^ Il ^ ACTES DU CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOT A M QUE TENU A PARIS KS .\'>^ ISIH SOUS LES AUSPICES DE 14 SOCIETE BITi^VlOUE BE FRWi. ITBLIKS PAU I.i:S SOINS M. EuG. FOIRNIER Docteur es sciences, secrétaire rédarU.ii ilu Congu. , HiS GERMER kuLUK::;. : ' HP \ i M E-ÉDITEU R, T .,i iu v:. M' ;ih: -^ vi, ïete b^ia^^ .'liK^ut kiunce, #- ACTES DU CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTÂNIOUE Les mémoires remis on langue étrangère au secrétaire du Congi'ès ont dû dire traduits en français avant leur publication, d'après la décision prise par le comité d'organisation. Paris. — Iiii|>iiiiipric do '^. Mautini;t, rie Mii^'iion, 2. ACTES Qu£.,'^i^ DU CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE TENU A PARIS EN AOUT 18G7 SOUS LES AUSPICES DE LA SOCIÉTÉ BOTAMOUE DE FRANCE PUHLIKS PAR LES SOINS DE M. EuG. FOURNÏER Docteur es sciences, secrélaire réJacteur du Congrès NEW YOUK &OTAMICAL (IAVIH5N PARIS GERMER BAILLIÈRE, LIBRAIRE-ÉDITEUR, Rue de l'École-de-Médecine, 17, ET AU BUREAU DE LA SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE, Rue de Grenelle-Saint-Germain , 84. NOVEMBRE 1867 SfI. BOREAU (A.), directeur du Jardin-(los-j)lantes d'Angers, président et délégué de la Société académique de Maine-et-Loire. BORNET (Edouard), docteur en médecine, à Amibes. BoucHARD-HuzARD (L.), secrétaire général de la Société impériale et centrale d'horticulture. BouRGEAU (E.), naturaliste-voyageur, à Paris. Bourg EAU (Victor), de Paris. BouTEiLLER, doclcur en médecine, délégué de la Société des amis des sciences naturelles de Rouen. Brice (G.), chef de bureau au ministère de la maison de l'Empereur. Brown (John-B.), professeur de botanique à Gape-Town. Brutelette (B. de), d'Abbeville (Somme). Bureau (Éd.), docteur en médecine et es sciences naturelles, à Paris. Burle (a.), de Gap. Candoixe (Alphonse de), de Genève, membre correspondant de l'In- stitut de France, etc. Cannart d'Hamale (de), sénateur, membre de la commission belge et du jury international, de Malines. Gavrois, de Paris. Charpentier (E.). Chevalier (l'abbé E.), professeur au séminaire d'Annecy. Clarinval (le colonel), de Metz. Clouet (J. ), pharmacien à Paris. COEMANS (l'abbé Eug.), membre de l'Académie des sciences de Bruxelles, vice-président de la Société royale de botanique de Bel- gique. CORDIER (F. -S.), docteur en médecine, à Paris. Cornu (Max.), élève de l'École normale. COSSON (E.), docteur en médecine, membre de la commission scien- tifique de l'Algérie, à Paris. Dagu. Dardenne (Emile), professeur à l'École moyenne, à Andennes (Bel- gique). Delacour (Th.), de Paris. Delghevalerie. Deruelle. Des Étangs, juge de paix h Bar-sur-Aube. Devernois. Devos (André), régent à l'École moyenne, à Namur. DONNADIEU (A.), (locleur en iii(''di'(in(' à Monipellier. DoùMET (N.), secrétaire de la Société d'horticulture et de botanique de l'Hérault. DucuARTKE (P.), membre de l'InstituL LISTE DES MEMBRES. 6 MM. Du Mortier (B.-G), de Tournay, membre de la chambre des repré- sentants, président et délégué de la Société royale de botanique de Belgique. DuRANDO, bibliothécaire de l'École de médecine à Alger. DURIEU DE Maisonneuve, directeur du Jardin-des-plantes de Bor- deaux, membre de la commission scientifique de l'Algérie. DussAU, pharmacien à Marseille. DuvERGiER DE Hauranne (Emm.), de Paris. EiGHLER (A.-W.), docteur es sciences, privatdocent à l'Université de Munich. Espagne, docteur en médecine h MontpelUer. Faivre (E.), professeur d'histoire naturelle à la Faculté des sciences de Lyon. Famintzin (André), de Saint-Pétersbourg. Farmer (R.). Fluegkiger, docteur en médecine à Berne. FORGET (E,), docteur en médecine à Paris. Fournier (Eug. ), docteur en médecme et es sciences naturelles, dé- légué de la Société impériale et centrale d'horticulture. Francqui (J.-B.), professeur de chimie à l'Université de Bruxelles. Garovaglio (Saiito), professeur à l'Université de Pa vie. Garroute (l'abbé), d'Agen. Gaudefroy, de Paris. Geleznow (Nicolas de), conseiller d'État actuel, directeur de l'Aca- démie agricole et forestière de Pierre-le-Grand, à Moscou. Germain de Saint-Pierre (E.), docteur en médecine, à Costebelle près H y ères. Goeppert, conseiller médical intime, professeur à l'Université de Breslau. GOETZ (Ad.), régent à l'École moyenne, à Virton (Belgique). GONOD d'Artemare, pharmacien à Clerinont-Ferrand. Grabowski (E.), dessinateur, à Paris, Groenland (Johannes), de Paris. GuBLER (Ad.), médecin des hôpitaux, professeur agrégé à la Faculié de médecine de Paris. GuiLMOT (L.), prêtre au collège de N.-D. de Bellevue, à Dinant (Bel- gique). Hacquin, horticulteur à Paris. Jamin (Ferdinand), horticulteur à Bourg-la-Reine près Pans. Kanitz (Aug.), docteur en médecine, à Lugos (Hongrie). KiRSCHLEGER (F.), pro.''csscur à l'École supérieure de pharmacie de Strasbourg. Kny(L.), docteur es sciences, privatdocent à l'Université de Berlin. h Congrès miERiNATioNAL de botanique. MIM. Kocu (Karl), professeur de botanique à Beilin. ^ KiiAi.iK (L. ). fie Paris. KUNTZE (Otto), de Leipzig, Laisné (a. -M.), ancien principal du lycée, à Avranches (Manche). Lancia de Brolo (Frédéric), délégué de l'Académie royale des sciences de Palerme et de la Société d'acclimalatioii et d'agriculture, de Sicile. Landrin (Armand), rédacteur de ï Avenir national, à Paris. Larcher, chef de bureau à la préfecture de la Seine. Lefranc, attaché à la préfecture de la Seine. Lefrang (Edmond) , pharmacien-major des hôpitaux militaires , à Paris. Leliî-vre (l'abbé R.), d'Angers, Lestiroudois, conseiller d'État, membre correspondant de l'Institut. Main, ancien avocat, à Melle-sur-Béroime. Malrranche, pharmacien en chef de l'hôpital de Rouen, président et délégué de la Société des amis des sciences naturelles de Rouen. Malinvaud, de Limoges. Malinverni, de Verccil (Italie). Martin (Km.), juge au tribunal de Romorantin. Martin (L. de), docteur en médecine à Narbonne. Michel (Aug.), attaché au ministère des linances. Mogre (Charles). MOORE (David), docteur en pliilosophie, directeur du Jardin botanique de Dublin, délégué de la Société d'histoire naturelle de Dublin. MORREN (Edouard), professeur à l'Université de Liège. MUENTER, professeur à l'I niversilé de Greifswalde (Poméranie). Naudin, membre de l'Institut. NissoN (Max), de Naples. Nylander (\V. ), docteur en mécfecine, d'Helsingfors. Parisot, vice-président et délégué de la Société d'émulation de Mont- béliard. Parseval-Grandmaison (J. de), de Mâcon. Pérard (a.), de Paris. PÊRONIN (A.), de Paiis. Personnat (Victor), de Sallanches (Haute-Savoie). Personnat (Camille), délégué de la Société des sciences naturelles de l'Ardèche. Planciion (J. -E.), professeur à la Faculté des sciences ol directeur de l'Ecole supérieure de i)hainiarie, h Monipellier. Planciion (g.), professeur à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Poisson (Jules), préparateur au Muséum d'hisioire ualurellede Paris. Poeuta (Georges), professeur à l'école \élérinaire de Kharkolî. LISTE DES MEMBRES. 5 .MM. POMEL (A.), garde-mines à Oran. Prat-Marca, docleur en médecine h Paris. PUEL (T.), docteur en médecine à Paris. Radlkofer, professeur à l'Université de Munich. Ra-MEY (Eug.), de Paris. Ramond, directeur des douanes, à Paris. Ravain (l'abbé .J.-R.), professeur au séminaire de Combrée (Maine- et-Loire). Ricard (Ad.), de Montpellier. RiPART, docteur en médecine à Bourges. Rivet (G.), attaché au ministère des finances. Rivière (Aug.), jardinier en chef du Luxembourg. Rivière (Charles), de Paris. RoBiNSON (William). Roussel, docteur en médecine, à Paris. ROZE (Ernest), attaché au ministère des finances, lauréat de l'Institut. Sagot (P.), professeur à l'école normale professionnelle de Cluny. Saldanha da Gama (J. de) , conmiissairc brésilien près l'Exposition universelle. Saint-Exupéry (Guy de), d'Agen. Schneider (Gustave), docteur en philosophie, délégué de la Société des sciences naturelles de Brème. ScHOENEFELD (W. de), secrétaire général de la Société botanique de France. SCHULTZ-SCHULTZENSTEIN , professeur à l'Université de Berlin. SouLA, pharmacien à Pamiers. Stizenberger (Ernest), docleur en médecine, de Bàle. Tantenstein, de Paris. Tard I eu (Maurice), de Paris. Tardy. Tellier, de Roubaix. Thibesard, de Laon. Thuret (Gustave), membre correspondant de l'Institut, à Antibes. TOURLET (E.-H.), interne des hôpitaux de Paris. Triana (José), de Santa-Fé de Bogota (Nouvelle-Grenade). Van Horen, docteur es sciences naturelles, à Saint-Trond (Belgique). Verlot (Bernard), chef de l'École de botanique au Muséum d'histoire natnrelle de Paris. Verlot (M.). ViGUJER (G.), de Paris. Vilmorin (Henry Lévèque de), de Paris. "Warner (Robert), de Londres. "Weddell (H. -A.), docteur en médecine, "a Poitiers. 6 CONGRÈS INTERNATIONAL DK ROTANIQUE. MM. Wesmael (Alfred), directeur delà Société d'horticulture et de zoologie du Vaux-IIall, h Mons. "NVlLLiNCK, d'Amsterdam. WlTTMACK, membre de la Société botanique de Brandebouig. Six séances ont été tenues les IG, 17, 19, 21, 22 et 23 août, et consacrées : 1° A la nomination du bureau et à l'organisation des travaux du Concjrès ; 2" Au (lépoiiillcmcnt de la correspondance ; 3° A la lecture des mémoires ; li" A la discussion des lois de la nomenclature botanique. Séance €l'ouvei*(iire, le 16 août 1869. Le Congrès se réunit le 16 août, à sept heures et demie du soir, dans une salle obligeamment mise à sa disposition par la Société impériale et centrale d'horticulture, et décorée d'arbustes et de fleiu's qu'y a fait placer, siu" la demande du comité d'or- ganisation, M. Aug. Rivière, jardinier eu chef du Luxembourg. Une exposition remarquable d'instruments, de livres, de plantes et de dessins est placée dans cette salle. 1° Inslruments. M. B. Verlot, chef de rÉcole de botanique au Muséum d'histoire naturelle de Paris, a exposé la plus grande partie des objets figurés dans son Guide du botaniste^ qu'il a réunis avec l'aide de MM. Cosson , Delacour, Gaiidefroy et Rivière. Ces objets, indispensables aux per- sonnes qui lierborisent ou qui font un herbier, se classent ainsi : hnlrumenls de recolle. Pioclioii Cosson (Guide, f. 3). — Hacquin [id. f. 1). Houlette ordinaire à vis. — Rivière {id. f. f) et f. fi). Couteau-iioignard et son ceinturon. — à licrboriscr du professeur Riclinrd (romrnuiiiqué par M. Rivière). Serpette. Sécateur (système Brassandj. SÉANCE d'ouverture. 7 Boîtes à herboriser de formes diverses. — cylindrique. — missel (docteur Roisduval). — semilunaire, etc. Cartable (deux exemplaires de). Objets utiles à la préparation des plantes. Papier à dessécher (matelas et feuilles simples). Presse portative (MM. Balansa et Delacour). Châssis de bois (M, Grœnland). — de fer (M. Rivière). — de toile métallique (M. Bureau). Conservation des plantes. i" Parle sublimé corrosif : Cuvette ovale. Presselles de cuivre ou de bois dur à mors très-allongés . 2° Par le sulfure de carbone : Caisse à sulfure (M. Gaudefroy). Distribution des plantes en herbier. Papier à herbier (feuilles simples et doubles). Étiquettes (divers modèles). Cartons, sangles. Échantillons fixés et non fixés. M. J. Groenland a exposé deux petites serres dans lesquelles il cultive les Hépatiques ; on y remarque une trentaine d'espèces très- rares, recueillies tout récemment dans la Forêt-Noire par M. Jack. Ces espèces sont étiquetées. 2" Livres. MM. J.-B. Baillière et fils, Klincksieck et F. Savy, libraires-édi- teurs, ont exposé la plupart des publications botaniques récentes, éditées par leurs maisons ou par leurs correspondants. 3° Plantes. M. Ad. Brongniart, professeur-administrateur au Muséum d'his- toire naturelle , a bien voulu autoriser l'exposition de quelques paquets, pris au Muséum dans l'herbier général et dans l'herbier de France, pour que l'on pût juger de l'arrangement de ces herbiers. M. E. Cosson et M. Gaudefroy ont, dans le même but, exposé un spécimen de leur herbier. Gelui de M, Gaudefroy est renfermé dans des boîtes particulières qui mettent les plantes à l'abri de la poussière. M. Grœnland a exposé plusieurs fascicules des différentes collée- 8' CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. tiens cryptogcimiques de M. le docteur Rabenhorst (1); 17 fascicules des magnifiques P/aiites cryptor/nmiques du grand-duché de Bade, publiées par M. le docteur Stiz enberger ; et une remarquable col- lection de ses propres préparations microscopiques. MM. Klincksieck et F. Savy ont exposé le Cryptogamen Herba- rium et le Phanerogamen Herbarium de Wagner ; M. Savy, les Mousses des Pyrénées et les Plantes des Pyrénées de M. Forcade. Enfin, M. E. Bourgeau (2) a exposé plusieurs des collections de plantes qu'il a mises en vente à différentes occasions, savoir des plantes médicinales, des plantes de France, d'Espagne, de Syrie, etc. (3). h° Dessins. M. Grabowski a exposé plusieurs des beaux dessins qu'il a faits sous la direction de M. Bureau, pour le Flora bras'diensis de M. de Martius. M. P. Duchartre, membre de l'Institut, vice-président de la Société botanique de France, occupe le fauteuil, assisté de MM. de Schœnefeld, secrétaire général; Bureau et Cosson, secrétaires ; Bescherelle etRoze, vice -secrétaires; Eug. Founiier, archiviste de la môme Société; G. Planchon et H.Vilmorin, secrétaires du comité d'organisation. En prenant place au fauteuil, M. Duchartre présente au Con- grès les excuses de M. Decaisne, président de la Société bota- nique, retenu par une indisposition. M. Duchartre exprime à la réunion les sentiments de fierté bien légitime qu'éprouve le bureau de la Société botanique en voyant que ses soins ont pu réunir à ce Congrès plus de cent botanistes français ou étran- gers, dont un grand nombre occupenl un rang élevé dans la science. D'après la liste dressée provisoirement par le comité dorga- (1) S'adresser pour racquisilion de ces collections à M. J. Crœiilnnd, rue dos Rou- langers-Sainl- Victor, 13, à Paris. — Les Cryptogames du grand-duché de IJade. qui n'ont été i)ublics qu'à 5(i exemplaires, sont tous entro les mains des souscripteurs (2) S'adresser pour avoir le détail et le prix de ces collections, à M. K. Bourgeau, rue Saint-Claude, 14, à Paris. (3) Les collections envoyées par M. Vénancc Payot (de Ciiamonix) ne sont parvenues à la Société qu'après la clôture du Congres, et n'ont pu être exposées. SEANCE D OUVERTURE. 9 nisation, M. Duchartre propose au Congrès de nommer pour faire partie du bureau : Président : M. Alph. de Candolle, membre correspondant ou étranger des Académies des sciences de Paris, Turin, Munich, Saint-Péters- bourg, Stockholm, etc., de la Société linnéenne de Londres, etc. Vice^p?'ésidents : , DE Cannart d'HAMALE, membre du Sénat belge, président de la fédération des Sociétés d'horticulture de Belgique. Du iMoRTiER, président de la Société royale de botanique de Belgique. Garqvaglio (Santo), professeur à l'Université dePavie. DE Geleznow, directeur de l'Académie de Pierre I" à Moscou. GoEPPERT, professeur à l'Université deBresIau. MooRE (David), directeur du Jardin botanique de Dublin. Nylander (d'Helsingfors). Sghultz-Sghultzenstein, professeur à l'Université de Berlin. Secrétaires : . Eichler, privatdocent à l'Université de Munich. Famintzin, de Saint-Pétersbourg. AuG. Kanitz, de Lugos (Hongrie). Éd. Morren, professeur à l'Université de Liège. Camille Personnat, de Paris. de Saldanha da Gama, commissaire du gouvernement brési- lien à l'Exposition universelle. José Triana, de Santa-Fé de Bogota. Secrétaire-rédacteur : M. EuG. Fournier, docteur en médecine et es sciences. Ces choix sont accueillis par les applaudissements unanimes des membres du Congrès. M. Du Mortier, président de la Société royale de botanique de Belgique, se lève et déclare que les botanistes étrangers ne sauraient accepter de s'asseoir au bureau à l'exclusion des bo- tanistes français, dont aucun ne figure parmi les vice-prési- dents, et qu'ils ne voudraient en aucune façon profiler de cette 10 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. preuve de courtoisie toute française. Sur la proposition de M. Du Mortier, vivement appuyée, M. Duchartre, membre de l'Institut, vice-président de la Société botanique de France, prend place au bureau en qualité de vice-président du Congrès. Au nom du comité d'organisation, M. de Schœnefcld donne lecture d'un projet de programme des travaux du Congrès. Après quelques observations, ce programme, légèrement modi- fié, est arrêté de la manière suivante : Programme des travaux du Congres. Vendredi 16 août. — Séance d'ouverture à huit heures du soir. Samedi 17. — Visite à l'Exposition universelle. — Séance à huit heures du soir. Dimanche 18. — Excursion à Fontainebleau. Lundi 19. — Visite de l'herbier de M. Cosson, des parcs des buttes Chaumont et de Monceaux. — Séance à huit heures du soir. Mardi 20. — Excursion à Verrières; visite des cultures de la maison Vilmorin-Andrieiix. Mercredi 21. — Excursion à Versailles; visite du potager impé- rial, des pépinières de Trianon, etc. — Séance à huit heui'es du soir. Jeudi 22. — Visite de l'École de pharmacie et du Jardin-des- plantes. — Séance à huit heures du soir. Vendredi 23. — Visite du Jardin-fleuriste de la ville de Paris et du Musée Delessert. — Séance de clôture à huit heures du soir. Dimanche 25. — Herborisation et dîner d'adieu à Montmorency. M. le Président rappelle au Congrès que dans les circulaires que la Société botanique a envoyées pour en préparer la réunion, deux questions principales ont été mises d'avance i\ Tordre du jour : l'étude des lois de la nomenclature et celle de X influence du sol sur la végétation. Il a préparé sur le premier de ces deux sujets, à la demande du comité d'organisation, et fait inijtrimer un texte qui doit servir de base aux discussions, et dont il dis- tribue des exemplaires aux membres du Congrès. D'après l'avis des membres du bureau, il propose de nommer une commis- sion (pii (Hudiera d'abord ce texte et fera au (jmgrès un rap- port sur lequel pouiTa s'engager la discussion. Celte conninssion est nommée et composée de MM. Boreauj SÉANCE d'ouverture. ' Il Bureau, Cosson, De Candolle, Du Mortier, Eichler, J.-E. Plan- chon et Weddell. Relativement à rinfluence du sol sur la végétation, M. le Président annonce que plusieurs mémoires ont été envoyés ou sont annoncés, et que la discussion se produira naturellement après la lecture de ces mémoires. Dons faits au Congrès. 1° Par M. Alph. de Candolle : Lois de la nomenclature botanique. Broch. in-S", Genève, 1867. 2° Par M. Du Mortier : Monographie des Roses de Belgique. 3' Par M. Gœppert : Verzeichniss der palœontologischen Sammlungen. h" Par M. J.-E. Bommer : Monographie des Fougères; 1" partie : Classification. Considérations sur la panachure et la coloration des feuilles. Des matières colorantes des fleurs. 5" Par M. Edm. Lefranc : Des Chaméléons noir et blanc des anciens. 6° De la part de M. Ant. Bertoloni : Flora italiana cryptogama^ 2' partie. T De la part de MM. Cusin et Ansbergue : Herbier de la flore de France. 8" De la part de M. Ch. Contejean : Les premiers habitants de l' Europe (conïérence scientifique). 9° Par M. Pointa : Sur l'effet nuisible pour les animaux domestiques de la plante nommée dans la Russie méridionale plante- feu ou plante-ivre (Stellaria graminea |3. hippoctona Czern.). 1*2 CONGRÈS INTERNATIONAL DE IIOTANIQUE. 10° De la part de M. Migout : Flore du département de l'Allier. ir Par M. C. Personnat : Sitr le Ver-à-soie du Chêne (coiiféreiicc scientitique). l^-r Par M. KarlKoch: Einige \orschlœge die Systematik betreff'ende. lo" Par M. Schultz-Sclniltzeustein : Ueber Pflanzenernœhrimg , Bodenerscliœpfung und Boden- bereicherung . Ueber den Stickstoffgehalt wid den Ursprung des Stic/isto//es im Torf mit BezieJmng au f die Benutzioig des Torfsals Duenger bei der Pflanzencidtur. H" Par M. Malbranche : Lichens de la Normandie ., h^ fasc. [exsiccata). M. Barat dit que M. Migout, dans sa Flore du département de [Allier^ lui a fait trop d'honneur en le citant pour la décou- verte d'un grand nombre de plantes. M. Barat ajoute qu'il a dû à la tradition conservée par les botanistes locaux la connais- sance de la plupart d'entre elles. Lecture est donnée des lettres suivantes : 1° LETTRE DE M. SCHNEIDER. M. le docteur Gustav L. Schneider, délégué de la Société des sciences naturelles de Brème, transmet plusieurs exemplaires des deux cahiers déjà publiés par cette Société, sons le titre ^ AbJiandlungcn herausgegebcn vom naturwisseîisdiaftlichen Vereine zu Bremen^ et exprime le désir que ces exemplaires soient distribués aux prin- cipales Sociétés savantes de France, avec lesquelles la Société des sciences naturelles de Brème désirerait faire l'échange de ses publi- cations. 2° LETTRE DE M. Éd. DlIFOUR. M. Edouard Dufour, président de la Société académique de la Loire-Inférieure, (5, rue de l'Héronnière, à Nantes, fait savoir ({u'il va SÉANCE t)^ OUVERTURE. l3 publier un exslccata des plantes de l'ouest de la France ; les phané- rogames de cette collection seront revues par M. Lloyd. M. Dufour annonce en outre qu'il a entrepris la formation d'un herbier général considérable, qu'il désire augmenter par la voie des échanges, et invite les botanistes français et étrangers à entrer en relations avec lui. Il a préparé dans ce but des prospectus en plusieurs langues qu'il adressera à ses correspondants. 3° LETTRE DE M. CUSIIV. M. Cusin, aide-naturaliste au Jardin botanique de Lyon, présente en son nom et au nom de M. Ansbergue, son collaborateur, leur Herbier de la flore de France. Ce travail, dit-il, est produit par la compression des plantes elles-mêmes sur la pierre lithographique. On pourra lui reprocher souvent un défaut de netteté inhérent au procédé; on trouvera que les organes grossis, dessinés au bas des planches, laissent à désirer sous divers rapports. Nous eussions pu atténuer tous ces défauts par des soins minutieux, mais qui eussent augmenté le prix de l'ouvrage, et notre but était de le mettre à la portée de toutes les bourses, ainsi que l'on peut en juger par le prix du volume qui est fixé à 20 francs par volume de 200 planches. Nous sommes d'ailleurs tout disposés à faire droit à toutes les observations que l'on voudra bien nous signaler, soit en ajoutant des planches à celles déjà faites, soit en substituant de nouvelles épreuves à celles qui seraient défectueuses. Après la lecture de cette lettre, M. J. de Parseval-Graiidmai- son rappelle que M. Ansbergue, rinventeur du procédé, a com- mencé par publier seul d'abord les Graminées fourragères de la France, puis les Plantes fourragères de la France, et que ce second travail a obtenu une médaille d'argent (grand module) au concours régional de Màcon, en 1865; il ajoute que le jury du concours a regretté de ne pouvoir disposer d'une médaille d'or en faveur de la belle publication de M. Ansbergue. M. Germain de Saint-Pierre ajoute que M. Bonnet, ingénieur en chef de la ville de Lyon et directeur du parc de cette ville, a émis une opinion très-favorable sur l'ouvrage présenté. Les auteurs étant souvent gênés par l'absence de bons échantillons, qu'ils ne peuvent trouver à Lyon , dans l'herbier incomplet et 14 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. mal conservé de Seringe, M. Germain de Sainl-Pierre invite les botanistes français à seconder MM. Cusin et Ansbergue par l'envoi de spécimens intacts et bien préparés (1). i' LETTRE DE M. CLEMENCON. M. Clémençon (de Hanau) adresse une collection de ses Essais phytorjraphiques. Le procédé dont il se sert est moins coûteux que la galvanoplastie. Il espère le perfectionner encore, car, jusqu'ici, il n'a travaillé qu'avec une mauvaise presse et des instruments qu'il a dû construire lui-même. 5° LETTRE DE M. DEG4ISIVE. M. Decaisne, en transmettant les dessins de M. Clémençon, qui lui ont été remis par M. le général de Jacobi à son passage à Paris, fait remarquer que ces dessins sont d'un fini bien plus délicat que ceux qui proviennent de l'impriaierie impériale de Vienne, et qui ont reçu une grande récompense à l'Exposition de 1855. 6" LETTRE DE M. DURANDO. M. Durando, bibliothécaire de l'École de médecine d'Alger, fait hommage de cinq années des Comptes rendus annuels de l'École de médecine et de pharmacie d'Alger, inaugurée en janvier 1859. M. Durando exprime dans sa lettre le désir que les botanistes euro- péens viennent prochainement tenir à Alger un Congrès spécial ; ils verraient, dit-il, qu'il y a beaucoup de civilisation en Barbarie. On exécute des chemins de fer entre Alger et Oran, entre Carthagène et Bayonne ; et la Méditerranée pourra être traversée en dix heures par bateau à vapeur, de Carthagène à Oran. 1' LETTRE DE M. BOCCHARD-IILZARD. M. Bouchard-Huzard, secrétaire de la Société impériale et cen- trale d'horticulture, invite, au nom de cette Société, les membres du Congrès à assister à la séance qu'elle doit tenir le jeudi 22 aoû(, pendant la durée du Congrès. M. de Candolle fuit passer sous les yeux des memlnvs du Congrès des échantillons du Qiœrcds Warfnianni, nouvelle (1) L'Herbier de la flore de France vient d"clrc lionorc A'nnc. médaille de bronze à rExposilion universelle, et d'une médaille de vermeil de iircniièrc classe au concours agricole de Lyon. Cet ouvrage se trouve chez M. F. Savy. SÉANCE d'ouverture. 15 espèce de Californie, dont le gland est remarquable par un sillon circulaire situé bien au-dessus de la cupule, vers les deux tiers de la longueur totale. M. Éd. Bureau dit qu'il a apporté de Nantes, en nombreux échantillons secs, des plantes intéressantes qu'il se propose de mettre à la disposition des membres du Congrès ; savoir : le JuncKs temds WilkL, le Coleanthus subtilis Seidel, le Malva înamillosa Lloyd, et le Viola Pesnei^ espèce du groupe du Viola tricoloi\ reconnue comme nouvelle par M. Génevier. M. Du Mortier fait observer que le /, tenuis est fort abondant dans la Campine anversoise. Il demande si l'espèce de l'ouest de la France est bien la même que celle qui a reçu ce nom de la part des botanistes américains. M. Bureau dit qu'il en a vu des échantillons envoyés d'Amé- rique par M. Asa Gray, complètement pareils à ceux que la Société botanique a recueillis en 1861 à la Jonnelière, pendant sa session extraordinaire de Nantes. A ce propos, M. Du Mortier indique les plantes les plus inté- ressantes qui croissent avec le J. tenuis dans la Campine : Subu- laria aquatica^ hedimi palustre, Carex guestphalica^ Scheuch- zeria palustris ^ Andromeda polifolia^ Utricularia minor ^ U. Breijmi^ U. neglecta, U. intermedia. ïl insiste sur l'intérêt que présenterait pour les botanistes français une excursion, soit dans cette contrée, soit dans les environs de Givet, et les invite, au nom de la Société royale de botanique de Belgique, à se joindre un jour à une des excursions annuelles que fait cette Société sur un des points du territoire belge. M. Eug. Fournier, au nom des botanistes français présents à la réunion, dit qu'ils acceptent avec empressement et avec reconnaissance l'invitation qui leur est adressée au nom de la Société royale de botanique de Belgique. Répondant aux demandes de quelques personnes, M. Du Mor- tier ajoute que les environs de Givet ont offert aux botanistes belges le TrientaUs enropœa, le Coralliorrhiza innata, VArte- misia camphoraia, Y Hieracium fallax , XHutchinsia petrœa^ et une espèce de Pirola probablement nouvelle. Il ajoute ^•0 CONGRÈS INtERNATIONAL t)É Ï^OTANTOUË. quo l'on peut, sans sortir de France, observer le Trientalis [rh- abondant aux environs de Saint-Omer. Il y a été reconnu par hasard. M. Biélé, horticulteur à Lille, avait fait à l'automne venir de la terre de bruyère de Saint-Omer, et fut fort étonné, au printemps suivant, de voir ses cultures envahies par le Trientalis. D'après l'avis des membres du bureau, M. le Président pro- pose au Congrès d'entendre d'abord les lectures scientifiques qui sont à l'ordre du jour, puis de passer à la discussion des lois de la nomenclature dont la commission nommée aura eu le temps de faire une étude approfondie. Cette proposition est universellement adoptée, et la séance est levée à onze heures. MALI3RA1NCIIE. — DES GENRES. 17 SÉANCES DES 17, 19, 21, 22 ET 23 AOUT (1). llléniozrcs et coniiniauicntious. PRÉSIDENCE DE M. ALPH. DE CANDOLLE. M. Malbranche dépose sur le bureau le mémoire suivant : DES GENRES EN BOTANIQUE, Par SI. lIi&L.BRA^'CHi;, Président de la Société des amis des sciences naturelles de Rouen. (Extrait.) Dans la plupart des ouvrages modernes, le nombre des genres va toujours croissant. Cette augmentation est-elle suffisamment jus- tifiée? est-elle logique, nécessaire, utile? La science profite- t-elle au moins de cette multiplication qui gêne f étude et fatigue la mémoire? Combien celle-ci gagnerait à la suppression d'un grand nombre, et si, en même temps, la première n'y perdait rien, avec quel empres- sement unanime ne devrions- nous pas en voter la déchéance ! Le nombre des genres a plus que décuplé depuis Linné ; on en compte environ 8000. On ne peut nier que, depuis les travaux du législateur de la botanique, les découvertes nouvelles , nombreu- ses, les investigations organographiques plus parfaites ont obligé d'augmenter les cadres; mais la limite ne serait-elle point dépassée? JN'a-t-on pas quelquefois cédé au désir d'innover, de faire une dédi- cace flatteuse, de créer un nom qui fera plus ou moins bien son che- min avec celui du parrain. « Il est bien certain, a dit un auteur » moderne (2), que si les botanistes descripteurs n'avaient point la )) mauvaise habitude de joindre le nom du parrain à chaque nom de » plante, cette ardeur créatrice, cette nouvelle espèce de prosélytisme » des botanistes médiocres n'existerait point Qu'en est-il résulté? (1) Les séances ayant été fréquemment parlagées entre raudilion des mémoires et des commnnications d'une part, et la discussion des lois de la nomenclature d'autre part, on a pensé qu'il serait prélérable, pour lacililer rinlelligence de cette discussion, d'en imprimer le procès-verbal sans inleiruplion. Dans ce but^ on a rejeté ce proces-verbal après rimpression des mémoires. (2) Payer, Botan. cryplogam., Tréface. CONGRiiS BOT. "i ^8 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. » ajoute-t-il ; des connaissances nouvelles ? En aucune façon ; seule- » ment la science qui comptait déjà les noms par centaines de mille, » ce qui lui a valu de la part de quelques critiques le nom de » science de mots, en compte quelques centaines de plus. » Je reviens, et sans jeu de mots, aux genres sérieux. D'après quels principes divise-t-on sans cesse? Le créateur d'un genre prend-il assez de souci du profit, de la clarté ou de la confusion qui peut en résulter pour la science? Celui-là se place à un point de vue, celui-ci à un autre, et la synonymie de plus en plus confuse, à laquelle on pourrait bien appliquer cette épitliète donnée par Fries à des Lichens litigieux, crux hotanicoriun^ la synonymie va toujours s' allongeant pour la plus grande douleur des botanistes et pour le tourment de leur mémoire. Déjà au xvi" siècle, Gesner en Suisse, et Césalpin à Pise, avaient reconnu que ce sont les Heurs et les fruits qui offrent les caractères les plus certains pour rétablissement des genres. Linné fit faire à la science un pas considérable dans cette voie, mais ce furent les Jus- sieu, dont le nom est impérissablement attaché à la méthode natu- relle, qui vraiment démontrèrent la prédominance et la valeur rela- tive des caractères. Toutes les parties (organes) de la fructification n'ont pas la même importance, et les moindres différences dans la forme, les contours, la couleur, le nombre, la situation, la propor- tion, la pubescencc, etc., etc., sont-elles des motifs suiTisants pour faire des séparations et de nouveaux groupes d'ordre générique? Si l'on poursuivait rigoureusement cette méthode pour les diverses parties de lafieur, il ne resterait plus de caractères pour distinguer les espèces ; nous n'aurions plus que des genres. Ainsi, dans la Camille des Acanthacées, je vois la torsion ou la dis- position parallèle des loges de l'anthère, l'avortement d'une de ces loges, être autant de motifs, bien légers, ce me semble, de créations génériques. Toutes les espèces de l'ancien genre Vicia ont le style barbu ou pubesccnt sous le sonnnet, mais quelques-unes ont ce style comprimé latéralement, d'autres d'avant en arrière; pour ce seul motif on a fait le genre Cracca. Aucune différence constante n'existe dans les autres parties: calice, corolle, étamines, gousse, semence. A la vérité, le pédoncule lloral est plus long dans les Cracca, mais ce caractère n'a qu'une très-mince valeur. Le genre liartsia était caractérisé par une corolle bilabiée avec la lèvre inférieure ti'ilobée. On s'est appuyé sur le port et sur la forme MALBRANCIIE. — DES GENRES. 1{) de la corolle pour former les genres Trixayo et Euphragia ; mais que la lèvre supérieure soit plus ou moins creusée en casque, et l'in- férieure plus ou moins échancrée , sont-ce là des caractères d'ordre générique? Elle port, combien varie-t-il dans beaucoup de genres , sans que l'on ait encore, heureusement, songé à les diviser. Une nouvelle preuve du peu de valeur de tous ces genres, c'est la divergence d'opinions et l'incertitude des botanistes qui font passer les mêmes plantes de l'un à l'autre, selon le point de vue où ils se placent. Ainsi YErvum hirsulum L. a été fait Vicia hirsuta par Koch, Ervilia vulgaris par M. Godron, et Cracca minor par Rivinus. VErvum monanthos a eu bien plus de parrains encore : pour le genre, il a été Vicia avec Desfontaines, Moris, Willdenow ( Hort. Ber. ) , Loiseleur, ^^'allroth , LatJnjrus avec AMlldenovv (Species); Lens avec Mœnch, Reichenbach, Cracca avec MM. Gre- nier et Godron ; pour nom spécifique, il a eu monanthos^ stipula- ceum^ articulata et multifida. On pourrait multiplier beaucoup ces exemples. Je m'arrête et je conclus de cette versatilité contre la solidité de ces genres. Dans la cryptogamie, d'autres règles doivent présider à lein* forma- tion; la simplicité et l'uniformité plus grandes des organes de repro- duction obligent à tenir compte de différences bien plus légères. Dans les Lichens, par exemple, la forme, la couleur, la division des spores doivent peut-être prendre rang parmi les caractères d'ordre géné- rique. Mais convient-il bien de descendre jusqu'à des nuances dont l'appréciation n'est pas toujours facile? Je m'expHque : les spores cylin- driques allongées peuvent avoir le sommet aigu ou obtus, être en forme de doigt, de massue, de chenille, d'anguille, de vers, etc. Eh bien, ces légères variations dans la forme sont dans quelques ouvrages des caractères génériques. Le grand genre Acharien, Lecidea, en a ainsi fourni une vingtaine. De très-savants lichénographes allemands ont créé une foule de genres dont le moindre inconvénient est d'avoir souvent des noms peu euphoniques, mais un plus regret- table, c'est la fatigue qu'ils imposent à la mémoire obligée de retenir non-seulement un nom nouveau, mais toute une description qui, avec beaucoup de caractères communs à d'autres genres, comprend seule- ment une petite note dillerentielle. N'eùt-il pas suffi d'inscrire cette petite note en tête d'une section? on aurait ainsi des sections for- mant des variétés dans le genre comme nous en avons dans l'espèce, et représentées, à un degré supérieur, par la tribu dans la famille* 20 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. La science sera-t-elle plus parfaite quand elle sera hérissée de mots qui en rendent l'étude si ardue et si laborieuse. La vie d'un botaniste ne suffît plus qu'à explorer un petit coin de ce champ im- mense. (( Quand j'ouvre les livres qui sont chaque jour publiés sur » ces chères plantes, écrivait, il y quelques années, un des vétérans » de la cryptoganiie, le docteur Mougeot, à Auguste Le Prévost, ils » me tombent des mains par l'impossibiUté, que je reconnais de suite, » de pouvoir m'en servir. Nous avions du plaisir à nous amuser de » nos Lichens; aujourd'hui, en voulant les étudier avec les Meyer, » les Pries, c'est un labeur qui nous fatigue, nous épuise et nous )) fait abandonner prise. Ne nous reviendra-t-il pas un grand réfor- » mateur qui ramènera les choses à une simplicité saisissable. » Que pourrait-il écrire aujourd'hui des derniers ouvrages de l'école allemande. Et ne pourrions-nous pas répéter avec plus de raison encore ces récriminations amères que Linné faisait entendre envoyant l'ab- sence de toute règle dans la formation des genres : Hinc tôt falsa gênera! tôt controversiœ inter auctorcsî tôt inala nominal tanta confusio ! Et il se demandait aussi si ces classifications n'avaient pas apporté à la science plus de perte que de profit : 7iùm plus damni vel emolumenti attiderint sijstematici. Les ilores locales, pour se montrer à la hauteur'des connaissances du jour, ont adopté ces classifications nouvelles et ne seront bientôt plus comprises par les amateurs ni par les débutants auxquels je les crois surtout destinées. Faire connaître les plantes d'une certaine contrée aux personnes qui ne veulent pas embrasser une trop grande tâche, aider et encourager les jeunes gens qui s'essayent dans une carrière attrayante en ne leur présentant pas trop d'épines à l'entrée, ménager à tous un délassement agréable et sans fatigue , n'est-ce point là le but des flores locales, et ce but ne serait-il pas mieux atteint en simplifiant un peu une nomenclature trop savante ? Je ne sais si je me trompe, mais la botanique, cette science si séduisante par les objets dont elle s'occupe et les secrets merveilleux qu'elle dévoile, ne rencontre pas parmi les gens studieux le nombre de dis- ciples qu'elle devrait réunir, et cet éloignement me semble dû, en partie, aux dilîicultés premières que je signale. On lit, on comprend encore la poésie des fleurs, on n'en connaît pas, on n'en étudie pas la science. Dans une de ces flores estimées, auxquelles je fais allusion, je vois KIRSCHLECER. — NOTICE TÉRATOLOGIQUE. 21 que la famille des Ombellifères comprend hO genres dont 22 ne renferment qu'une seule espèce. Voyez à quels efforts de mémoire vous obligez celui qui veut borner ses études ou occuper agréablement ses loisirs. Sont-ce là, dans le sens attaché à ce mot, des genres, des associations d'espèces réunies par des caractères communs? Je sais bien que parfois des caractères d'ordre majeur obligent à isoler une espèce. On m'opposera aussi que ces espèces, uniques dans leur genre, ont des congénères dans les espèces exotiques. Eh bien, je prends au hasard un exemple dans un volume du Prodromus : La famille des Acanthacées compte liO genres sur lesquels 38 n'ont qu'une espèce et 16 n'en comptent que 2. Loin de moi la pensée de blesser les savants auteurs des flores locales dont je parle ; personne plus que moi n'apprécie leur haute science et leurs aimables relations ; mais je trouve dans ces réflexions un nouvel argument en faveur de ma thèse. Dans ce cas particulier encore, la science générale ne perdrait rien, les synonymes seraient indiqués, les formes décrites avec soin, et les éléments d'étude reste- raient complets pour des vues d'ensemble, pour des déductions générales. Je me résume: la création d'un grand nombre de genres n'est justifiée ni par les nécessités, ni par les progrès, ni par la correc- tion de la science; des sections, quand le caractère le mériterait, suppléeraient heureusement à l'établissement de nouveaux genres. Cette augmentation des genres, en compliquant nos études, impose à la mémoire d'inutiles fatigues. Elle est dans les flores locales une cause de difficultés et d'éloignement pour les débutants. J'ai étudié la question surtout peut-être au point de vue pratique; de plus expé- rimentés pourront avec plus d'autorité l'examiner au point de vue scientifique, et fixer des règles qu'il ne m'appartenait pas d'indiquer. M. Kirschleger fait au Congrès la communication suivante : NOTICE TÉRATOLOGIQUE, Par SI. F. KIR!SCItL.GGER, Professeur à l'Ecole supérieure de pharmacie de Strasbourg. On connaît depuis le xvi" siècle (Lobel, Dodoëns, Tabernaemon- tanus, J. Bauhiii , etc.) une anomalie très-fréquente chez les Calendula et chez les hellis ; nous voulons parler de la naissance de 22 CONGRÈS TNTERNATIONAT. DE nOTANIQUE. rameaux calathiphores qui se développent à l'aisselle de l'une ou de l'autre feuille anthodiale, dans le Calendula. Ces rameaux ressemblent à des satellites accompagnant et en- tourant le soleil primaii'e , c'est-à-dire le capitule primi flore. Dans les Bel/is, les rameaux secondaires nés à l'aisselle des folioles antho- diales sont assez courts et donnent à l'ensemble l'air d'une lleur composée, double ou pleine (langage vulgaire). Dans l'anomalie que nous avons l'honneur de vous présenter, messieurs, ce n'est pas un i-ameau calathiphore qui se développe, mais une simple fleur femelle ligulée blanche, à l'aisselle des feuilles anthodiales d'un Leucanthemum pratense (la Grande-Marguerite des prés). Et ce ne sont pas seulement les feuilles anthodiales qui laissent échapper ces fleurs femelles ligulées blanches, mais encore toutes les feuilles de végétation supérieures de la tige, et cela à partir de 5 à 6 centimètres au-dessous de la calathide terminale. Ordinairement ces fleurs sont solitaires et sessiles, mais quelques- unes se trouvent réunies par deux ou trois, c'est-à-dire en capitule bi-triflore, axillaire, sessile. C'est en vain que nous avons cherché dans les livres et dans les notices tératologiques l'indication de cette anomalie que nous croyons fort rare et par conséquent fort intéressante. Ordinairement ce sont des rameaux calathiphores qui naissent à l'aisselle des feuilles supérieures de végétation et même des folioles anthodiales ; quant à des fleurs isolées, ligidées, femelles, semblables à celles du prétendu rayon, nous n'en avions jamais observé. Nous avons constaté cette singularité à la colline herbeuse de grès bigarré de Mutzig (Bas-Rhin) . L'autre fait dont nous avons à vous entretenir est semblable à celui que nous venons de vous faire connaître, mais il a trait au Scabiosa Columbaria. Vous savez que dans les Scabieuses l'axe tcruiiné par une cala- thide est nu à sa base, c'est-à-dire depuis la paire de feuilles supé- rieure jusqu'à l'involucre. Dans l' anomalie que nous vous présen- tons, deux feuilles opposées semblent s'être détachées de l'involucre [Diremptio Engelmann) et placées vers le milieu de cet axe ordinai- rement nu. A l'aisselle de chacune des feuilles de cette paire s'est développée une fleur sessile, radiante, semblable à celles de la péri- phérie des capitules. Jamais cette singularité n'a été constatée dans les notices térato- RADLKOFER. — FLEUR DES SAPINDACÉES. 23 logiques que nous avons pu consulter, et pourtant nous sommes à l'affût de tout ce qui se publie à cet égard. Nous avons trouvé cette anomalie dans les bois de la banlieue de Strasbourg, dits bois d'Illkirch, où la Société botanique, en 1858, a récolté en si grande abondance le rA«/z6'^rwm galioides qui estleJ/i. angustissimo folio C. B., parfaitement figuré par cet éminent bota- niste bâlois en 1620. En 1867, cette plante rhénane foisonnait dans cette localité. Une autre anomalie que je vous présente est offerte par un chaton femelle de Salix alba, qui, piqué par un insecte, a produit une polycladie, c'est-à-dire une répétition continue des rarauscules nés à l'aisselle des bractées mères qui auraient dû normalement pro- duire des inflorescences femelles. M. Radlkofer dépose sur le bureau le travail suivant : SUR LA FLEUR DES SAPINDACÉES, Par M. le professeur KAlil.KOft^EK, allaclic' au JarJin botanique do Muiiicli. Ce que je me propose de communiquer au Congrès, ce n'est qu'une petite notice préalable sur la structure de la fleur chez les Sapin- clacces et sur la structure de la graine, c'est-à-dire sur ce que l'on a appelé Tarille. Mes recherches sur ces points ne sont pas encore terminées et n'embrassent pas encore tous les genres; cependant je crois que les faits observés jusqu'à présent ne subiront pas de modifications importantes par des recherches ultérieures. Vous savez, messieurs, qu'il y a parmi les Sapindacées des genres à fleurs régulières et d'autres à fleurs irrégulières, mais symétriques. La plupart d'elles sont construites sur le type quinaire. Je ne veux parler ici que de ces dernières. Chez les Sapindiis, par exemple, et également chez les Cupania^ on observe ordinairement cinq sépales, dont la préfloi-aison est quin- conciale, et dont l'un se trouve placé immédiatement contre Taxe primaire de l'inflorescence. Suivant l'ordre de la genèse, ce sépale est le deuxième. En un mot, c'est un calice pentaphylle et opis- thaple (1). Avec ce calice alterne la corolle pentaphylle ; avec la corolle alterne un verticille de cinq étamines (superposées au calice) , et avec celui-ci un deuxième verticille de cinq étamines (superposées (1) Ce terme, qui n'est poitit en usage dans la botanique française, signifio adossé. 2/» CONf.RÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. à la corolle). Ensuite on trouve un verticille de trois carpelles soudés en un pistil triloculaire; l'un d'eux est placé au-dessus de la bractée. Chez les genres à fleurs irrégulières, cet ordre n'est pas renversé, il est seulement modifié par le développement particulier du torus en disque unilatéral, et par l'avortement de quelques étamines et de l'un ou de plusiein-s des pétales. En ce qui concerne ce dernier point, on ne trouve presque nulle part d'interprétation bien cor- recte chez les auteurs. Les uns considèrent ce pétale avorté comme étant supérieur, les autres comme étant inférieur, d'autres enfin le considèrent comme étant le cinquième. Mais si l'on examine avec soin, on doit reconnaître que ce n'est ni le supérieur, ni l'inférieur, ni le cinquième ; c'est plutôt, suivant l'ordre de la genèse, le troisième, lequel est placé entre le sépale troisième et le cinquième, vis-à-vis du sépale quatrième. C'est par ce môme quatrième sépale que passe l'axe de symétrie de la fleur, c'est-à-dire le diamètre sur lequel les pallies intérieures de la fleur, je veux dire la corolle, les étamines et les carpelles, sont disposées symétriquement. Pour bien comprendre ceci, il ne faut pas se borner à l'observation d'une fleur prise isolément ; il faut au contraire observer l'ensemble des fleurs réunies en une inflorescence. L'inflorescence représente, dans les genres dont il s'agit ici, dans \q^ Paullin'uu Se7'jania, Cardiosperminn^ etc., ce qu'on api)elle cln- cinnus avec M. Cari Scliimper, de Mannheim, ou cijme scorpioïde avec MM. Bravais. Presque toujours, quand les fleurs d'une sem- blable inllorescencc sont symétriques, l'axe de symétrie a dévié de sa position ordinaire, de sorte qu'il se rapproche le plus possible de l'axe sympodial ou idéal de l'inflorescence entière, pour devenir de cette façon presque parallèle avec lui (comme MM. Karl Schimper et Wydler l'ont démontré pour différentes plantes). La nature sacrifie pour ainsi dire ses propres règles de construction de la fleur à un but plus élevé, c'est-à-dire à la construction harmo- nique de toute une inllorescence. Je n'ai à ajouter à ce que je viens d'énoncer que quelques mots concernant le disque et l'androcée. La symétrie de la fleur ne se borne pas à agir sur la corolle et à éliminer un des pétales. Elle affecte aussi le torus, particulièrement entre les pétales et l'androcée, et iiièiiie l'androcée. Le torus est dilaté dans le sens de l'axe de symétrie, de façon (pie l'androcée et le gynécée tout entiers sont transportés du centre de la fleur vers le côté opposé au sépale RADLKOFER — FLEUR DES SAPINDACÉES. 25 quatrième. Il suit de là qu'il y a deux centres dans la môme fleur: un pour le calice et la corolle, placé dans le prolongement du pédoncule, et un autre qui est occupé par le pistil entouré des éta- mines et situé sur un point avancé de l'axe de symétrie. La partie du disque située au-dessus de l'insertion du deuxième et du qua- trième pétale (et souvent aussi celle située au-dessus de l'insertion du premier et du cinquième pétale), est gonflée en excroissances gibbeuses, qu'on appelle généralement des glandes. Enfin, chez les genres à fleur symétrique, l'androcée n'est pas complet ; généralement ce sont deux étamines qui ont été suppri- mées dans le verticille extérieur, mais ce ne sont pas, comme on serait disposé à le croire, celles qui sont traversées par l'axe de symétrie; c'est plutôt la quatrième, située au-dessus du sépale pre- mier, et la cinquième au-dessus du sépale second. Chez VyEscuhis, par exemple, c'est encore la deuxième, au-dessus du sépale quatrième; enfin ce sont, pour nous exprimer d'une autre manière, celles qui se trouvent renfoncées entre les excroissances du disque, et qui sont pour ainsi dire étoufi"ées dans leur développement. Le verticille intérieur est complet. C'est en ce point que je dilfère de l'opinion exprimée par M. Payer dans ses leçons sur les familles naturelles, lequel prétend que le verticille extérieur et épicalicien est complet. Je veux bien admettre qu'il soit difficile de se mettre entièrement hors de doute sur ce point. Il faut étudier pour y arriver la direction des faisceaux fibro-vasculaires, surtout dans les phases de dévelop- pement où le disque n'a pas encore pris une forme trop irrégulière. Un fait tend encore à confirmer mon opinion, c'est que le pétale supprimé est ordinairement celui qui devrait occuper une place entre deux glandes du disque. En ce qui concerne l'arille de la graine, il faut, il me semble, distinguer l'arille proprement dit , qui est pour ainsi dire un troisième tégument de la gemmule développé pendant l'accroisse- ment de celle-ci en graine mûre, des différentes transformations du tissu de la gemmule que l'on peut appeler psendo-arilles. C'est un semblable pseudo-arille qu'on rencontre, à mon avis, chez les Cardiospermum, et probablement aussi chez les PauUinia, etc. Ce n'est autre chose que le tissu basai de la gemmule, placé entre le funicule et la gemmule proprement dite, qui se transforme en masse spongieuse , et qui se sépare du funicule et plus tard aussi du testa de la graine. Chez le Cardiospermum, on voit prendre part à cette 26 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. transformation le tissu qui eiivimime l'insertion du ftmiculeet même les parties du tégument qui entourent le niicropyle : développement qui ne peut jamais être inter})rété comme un arille proprement dit, car celui-ci, étant un troisième tégument, ne pourra naître que de la partie axile, c'est-à dire du funicule de la gemmule, et non des téguments eux-mêmes. M. Auguste Rivière met sous les yeux du Congrès des Orchi- dées fleuries, et fait la communication suivante : SUR UN L/ELIA HVBHIDU, ET SU1{ LA FÉCONDATION DES ORCHIDÉES, Par II. Aug. RIVIÈRE, Jardinior en clief ilii Liixciiiljniu'g'. J'ai déjà eu l'honneur de mettre sous les yeux de la Société im- périale et centrale d'horticultui-e, le 'là août 1865, la plante intéres- sante que je présente aujourd'hui au Congrès (1), Elle provient d'un croisement fait entre deux espèces très-distinctes d'un mèuie genre: les deux parents sont le Lœlia crispa, plante-mère, épiphyte, et le Lœlia cinnabarina , plante-père, terrestre. Avant de retracer les caractères de mes semis, je crois devoir donner ici approximativement ceux des deux parents, afin de mettre chacun à même d'apprécier les dilîerences qui existent entre eux : 1" Caractères du Lœlia crispa, plante-mère. — Les pseudo- bnlbes assez gros, en forme de massue, mais un peu aplatis, sont longs de 20 à "2.5 centimètres, garnis, dans toute leur hauteur, de 6 ou 8 écailles sèches et engainantes ; la première, celle du bas, est très-petite, tandis que la dernière, qui est très-longue, enveloppe les deux tiers du pseudo-bulbe dans sa hauteur, et le dépasse même quelquefois de .1 à 2 centimètres. Celui-ci est terminé par une seule feuille épaisse, coriace, presque plane, longue de 1^0 à /iO centimè- tres, large dans sa partie moyenne de 6 à 7 centimètres. Quand les pseudo-bulbes sont normaux, c'est-à-dire de force à lleurii-, il existe à l'aisselle de la feuille une spathe coriace, longue d'environ 15 cen- timètres et large de 2 ou 3. Du centre de cette spathe sort, en juillet-août, une hampe de "20 à 30 centimètres, et portant 5 à 8 Heurs gi'andes, odorantes et à () divisious; 5 de ces divisions sont blanches. Les trois extérieures, (1) Voy. le Journal de la Snciélê impériale el centrale cl liorticuliurc, l. \\\, p. 208. RIVIÈRE. — FÉCONDATION DES ORCHIDÉES. 27 longues de 6 à 7 centimètres, larges de 2, sont terminées en pointe et un peu tourmentées; les deux autres, intérieures, sont de même longueur, mais beaucoup plus larges que les trois autres, car, dans leur partie moyenne, elles mesurent 3 centimètres et demi de largeur. Ces deux dernières divisions sont un peu ondulées, etc. Le labelle, qui forme la 6' division, est long de 5 centimètres environ; les deux parties latérales viennent s'appuyer sur le gyno- stème, mais sans le cacher entièrement; elles se terminent en lobes obtus. Le lobe médian, long de 2 centimètres, est crispé; les deux bords en sont rapprochés et d'une couleur violette très -intense. Le gynostème est assez gros, un peu arqué, d'une couleur blanche et long de 2 centimètres et demi à peu près. 2° Caractères du Lœlia cinnabarina, plante-père. — Les pseudo- bulbes, longs de 12 à 20 centimètres, sont renflés à la base et vont en diminuant de grosseur jusqu'à leur sommet, ce qui leur donne la figure d'un cône très-allongé, souvent de couleur brune ou violacée; ils sont garnis de quatre écailles sèches, engainantes, de couleur grisâtre. La dernière de ces écailles enveloppe à peu près les trois quarts de chaque pseudo-bulbe dans sa hauteur, et le dépasse aussi quelquefois de 1 ou 2 centimètres. Une feuille épaisse, coriace, presque verticale, longue de 20 à 30 centimètres, large de 3 ou /i et un peu en pointe, est placée au sommet du pseudo-bulbe. A l'aisselle de cette feuille, on remarque, quand la plante est prête à fleurir, une spathe sèche, mince, gri- sâtre, pointue, du centre de laquelle s'élance une hampe flexueuse, longue de 30 à 50 centimètres, où s'épanouissent, en juillet-août, 10 ou 15 fleurs de moyenne grandeur etd'une très-belle couleur d'un rouge cinabre. Il y a, comme dans la plante-mère, six divisions au pé- rianthe; les trois extérieures sont longues de 3 à Zi centiuiètres, et larges d'environ 1 centimètre; les deux autres, intérieures, sont un peu plus étroites. Toutes sont aiguës, un peu arquées, étalées, etc. Le labelle est d'une couleur plus foncée; les parties latérales, terminées en lobes très-aigus, s'appuient sur le gynostème, lequel se trouve, par cela même, entièrement caché. Le lobe médian, ondulé et crispé, se réfléchit assez brusquement. De chaque côté du lobe médian, qui se trouve entre les deux lobes latéraux, il existe un sinus très -pro- fond. Le gynostème, à peine long d'un centimètre, est de couleur violacée, etc. 3° Caractères du Lœlia de semis. — La plante obtenue par la 28 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. fécondation artificielle du Lœlia crispa et du Lœlia chmabarina^ dont nous venons de signaler les caractères d'une façon très-abrégée, possède des pseudo- bulbes longs d'environ 20 centimètres, renflés et légèrement ovales vers le milieu ; les extrémités sont plus minces que le milieu; cette conformation leur donne assez la figure d'un fuseau allongé un peu aplati. Six écailles sèches, minces, grisâtres, se déchirant quelquefois, adhèrent aux pseudo-bulbes et les envelop- pent complètement; la dernière, beaucoup plus longue que les au- tres, prend naissance vers le tiers de la hauteur de chaque pseudo- bulbe et le dépasse de 1 à 2 centimètres, comme dans les deux parents. Une feuille coriace, épaisse, longue de 25 à 28 centimètres, large de A, un peu arquée, contournée, obtuse, parfois un peu vio- lacée en dessous, tennine le pseudo-bulbe; quand la plante est de force à fleurir, il y a, à l'aisselle de cette feuille, une spathe longue d'environ ih centimètres, large de 2, du centre de laquelle se détache une hampe assez grêle, de 30 centimètres de longueur, portant 2 ou 3 fleurs odorantes, larges de 8 à 10 centimètres. Les divisions du périanthe sont d'un jaune pâle terne ; les trois extérieures sont longues de ii à 5 centimètres, larges de 15 milli- mètres, aiguës et presque planes; les deux inférieures sont de même longueur et de même largeur que les extérieures, sont un peu ondu- lées, tourmentées, et les bords en sont un peu roulés en dessous. Le labelle est d'un jaune plus intense; il est long de h centimètres à peu près. Les parties latérales qui cachent le gynostème se termi- nent en lobes arrondis, etc. Le lobe médian est réfléchi, recourbé et crispé. Le gynostème, long à peine de 2 centimètres, est un peu courbé et de couleur violacée: il diffère de celui du Lœlia crispa; mais, par sa forme et sa couleur, il se rapproche de celui du Lœlia cinnaharina. La touffe de ce Lœlia étant conqooséo de plusieurs individus, nous y avons observé, au moment de la floraison, trois variétés bien dis- tinctes : l'une a le labelle unicolore; la seconde a les lobes latéraux teintés de violet; enfin la troisième, qui est la plus belle, et dont les fleurs sont aussi un peu plus grandes, a les trois lobes du labelle d'un rouge violacé. D'après la description succincte que nous venons de donner de ces trois plantes, il est facile de voir que notre semis tient le milieu entre le père et la mère; mais, par l'onsemblc de son port, de son inflorescence et de la lonnc de ses Heurs, ou y reconnaît parfaite- ment le fji'lid (risjxi (plaiiU'-mère). RIVIÈRE. — FÉCONDATION DES ORCHIDÉES. 29 Je crois ne devoir point pcisser sons silence un caractère important à mon point de vue : c'est l'époque de végétation de ces trois plantes. J'ai dit un peu plus haut que le Lœlia crispa, plante-mère, donne ses fleurs en août-septembre. Aussitôt après leur chute, on voit les bourgeons se développer, s'allonger et se former en pseudo- bulbes, feuilles, spathes, etc. Ce travail commence vers la fin d'oc- tobre pour se terminer en mars-avril. De ce moment jusqu'à l'époque de la floraison, la plante se constitue. L'inflorescence ne se développe donc, comme on peut en juger, que lorsque la plante a parcouru toute sa période végétative. Le Lœlia cinnabarina, plante-père, a au contraire un mode de végétation tout différent : ses pseudo-bulbes, ses feuilles et ses spathes se forment pendant l'été, et ce n'est que dans l'année sui- vante que la hampe se montre pour faire voir ses jolies fleurs d'un rouge cinabre. Mais, dans la variété issue de ces deux espèces, la végétation com- mence dès le printemps pour se continuer au delà même de la flo- raison. Le moment du repos de la végétation de ce curieux hybride est donc du mois d'octobre au mois de mars. La première fleur de l'hybride que je présente au Congrès est ap- parue le 22 août 1865, sept ans après le semis des graines. Un grand nombre de semis de graines d'Orchidées ont été faits par mes soins au Jardin botanique de la Faculté de médecine de Paris, récemment supprimé à la suite des changements introduits dans la disposition du jardin du Luxembourg, lequel comprend maintenant ce qui reste des anciennes collections de la Faculté. La collection du Jardin de la Faculté avait été commencée, en 1838, au moyen d'un envoi de plantes fait par M. Peixoto, médecin de l'empereur du Brésil. Ce noyau de collection, composé de 33 es- pèces, avait été adressé à M. Achille Richard, professeur de botani- que, qui le confia aux soins de M. L'Homme, son habile jardinier en chef. Au moyen d'échanges faits à diverses reprises avec différents hor- ticulteurs et amateurs distingués, tels que MM. Cels, Makoy, Thibaut et Kételèer, Lûddemann, Ghantin, Luna, Milleret, Guibert, Pesca- tore, etc., le nombre de ces plantes s'accrut successivement, et, au- jourd'hui, la serre aux Orchidées en contient environ 1200 espèces ou variétés. Après quelques années d'études et de tâtonnements sur leur végé- ;U) CONGRES INTERNATIONAL DE lîOTANIQUE. tation paillculière et exceptionnelle, M. L'Homme était parvenu à établir, et le mode de culture actuellemeut employé, et la nmltiplica- tion de ces plantes par division ou section de leurs pseudo-bulbes. Vers I8/1O, il confia à mes soins, sous sa direction, ces nouvelles plantes. Au bout d'un certain temps, il me vint à l'idée de les mul- tiplier par semis; mais, pour arriver à ce résultat, il fallait néces- sairement des graines. Je voyais sans cesse fleurir ces plantes, qui gardaient leurs Heurs plus ou moins longtemps selon les espèces, puis je les voyais défleurir, ne laissant pour souvenir d'une si belle apparition que des pétales fanés et des tiges dégarnies. En observant attentivement, je remarquai que, les fleurs une fois flétries, l'ovaire prenait une teinte jaunâtre, diminuait au lieu d'aug- menter de volume, et qu'enfin le périanthe tombait, entraînant dans sa chute, avec l'ovaire non fécondé, tout espoir de fructification. Pourtant, disais-je, elles doivent produire des graines. Un fait bien simple et bien naturel vint enfin me révéler le mys- tère. Un jour, en soulevant un châssis pour donner de l'air à la serre des Orchidées, je fus surpris par le bourdonnement d'un gros bourdon noir, qui entra brusquement dans la serre, et se jeta sur la fleur d'un t'tillkijn Mosskv, en s'agitant avec vivacité. Quelques jours après, la fleur du Cattlejja prenait une forme nouvelle ; ses sépales s'étaient élargis et recourbés à leur base , rapprochés à leur soniuiet ; son ovaire s'était gonflé et avait grossi; on eût dit que le fruit allait se former, et il se forma en effet. Je compris parfaitement alors la manière dont s'était accomplie celte fécondation, et, imitant le travail de l'insecte, j'opérai moi- même une fécondation artificielle, opération très-simple, surtout lorsqu'on connaît les organes sexuels des plantes de cette famille. En y réfléchissant, je compris fjicilement combien la fécondation naturelle doit être difficile chez les Orchidées (1). Tout s'y oppose, pour ainsi dire, et particulièrement les raisons suivantes : 1" l.a nature toute particulière du pollen. Contrairement à ce qui a lieu chez toutes les espèces de plantes, dout le pollen est pul- vérulent, celui des Orchidées, comme celui des Asclépiadées, (]ui fait aussi exception, est solide, c'esl-à-dire que les grains en sont agglutinés en masses désignées sous le nom dcjwlli/iics. (i) J'ai bcsdiii ilc rappeler que ces oliscrvalioiis ont ttc faites il \ a plus de viiigl ans, avant la publication iic6 travaux de M. Cli. Darwin, de M. Bccr cl d'autres naturalistes. RIVIÈRE. — FÉCONDATION DES ORCHIDÉES. 31 2" La persistance de r opercule; c'est-à-dire que, lorsque la fleur est arrivée au terme de son existence, quand tous les pétales ont perdu leur couleur, qu'ils se sont aftaissés sur le gynostème, on voit celui-ci tout décomposé, portant encore à son sommet les masses polliniques emprisonnées sous l'opercule. — Où sont donc les mou- vements organiques qui le jettent au loin? 3° La position du gynostème, qui olire cette particularité que, dans presque toutes les espèces, le stigmate est tourné vers le sol. De là l'impossibilité du rapprochement sexuel. h" Le labellc souvent appliqué sur le stigmate, de sorte qu'il en cache complètement l'ouverture. Les masses polliniques, étant pla- cées au-dessus, tombent sur le labelle, puis dans le vide, si l'oper- cule vient à se détacher; les Epidendrum, les Cattleija, les Lcelia, etc. , en offrent de remarquables exemples. 5° Dans le Zygopetaluni Mackayi, etc., l'opercule se détache de haut en bas, emportant dans sa chute les masses poUiniques qui, emprisonnées dans l'opercule, s'en séparent diflicilement. 6° Jm bizarre conformation du labelle, qui quelquefois enveloppe le gynostème, et dont la partie supérieure vient s'appuyer sur l'oper- cule et empêche ainsi tout mouvement de celui-ci. Ce caractère se remarque dans plusieurs espèces du genre Aerides, et plus particu- lièrement dans les A. odoratum, virescens, suavissinuan, etc. 7° L'entrée du stigmate. Dans quelques espèces, le stigmate est recouvert par un appendice, en forme de rabat, qui en ferme com- plètement l'entrée. Ce caractère est très-remarquable dans la Vanille; ce qui explique la rareté des fruits de cette plante. 8" V ouverture d.e la partie stigmatique est tellement étroite dans certaines plantes, que tout contact des organes mâles et l'emelles est impossible naturellement. Tel est particulièrement le cas du Peristeria elata, des espèces du g,enre S tanhopea, de quelques- unes du genre Va?ida, surtout du Vcmda tricolor. 9" La sortie impétueuse des masses polliniques de certains genres. Ces masses, dans les genres Catasetum oiMyantlms (1), sont douées d'une sorte de mouvement si brusque, par rapport à la position qu'occupe le caudicule, que, lorsqu'on vient à toucher l'opercule de la fleur de l'une des nombreuses espèces de ces deux genres, elles sont lancées à plus d'un mètre de distance avec une telle vitesse que (1) Je désigne ici des formes connues sans en vouloir préciser le type. Il serait diffi- cile de se faire comprendre autrement. 3*2 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. l'œil peut à peine les suivre. J'ai été bien des fois à même d'observer ce fait des plus singuliers et des plus extraordinaires sur le Catase- tinn tridentatum, fait qui démontre encore une fois de plus l'impos- sibilité delà fécondation naturelle des plantes de cette étrange famille des Orchidées. Si, par hasard, certaines Orchidées se fécondent dans nos serres, cela n'est dû qu'à la présence de grosses mouches, comme le xylo- cope violet, l'abeille ordinaire, etc. Parfois encore, quelques autres plantes, dont les organes présen- tent quelques anomalies, semblent se féconder seules; cela se re- marque dans un petit nombre d'espèces {Epidenclrimi nurcmùacum^ Maxillaria j)unctidata, Centrosia Aubcrtii, etc.); car le peu d'har- monie qui existe entre les organes mâles et l'organe femelle rend impossible tout contact immédiat et naturel de l'anthère avec le stigmate, et par conséquent la fécondation naturelle est inadmis- sible. Du reste, les graines de ces Orchidées sont stériles. Ce peu d'harmonie explique, jusqu'à un certain point, l'opinion assez excen- trique deTragus, qui attribuait aux merles la faculté (Xcnfje^idrer ces plantes. Pour opérer la fécondation artificielle des Orchidées, il suffit, dans le plus grand nombre des cas, d'enlever l'opercule qui coifie les masses polliniques ; puis, à l'aide de brucelles, d'un petit pinceau, ou d'une très-petite spatule de bois, on touche au rétinacle qui sup- porte l'appareil sexuel mâle et se colle aux corps qui le touchent; on transporte alors les masses polliniques qu'on a ainsi enlevées jusque dans la matière gluante de l'organe femelle, où elles restent adhérentes. Cette opération exige beaucoup de délicatesse et de précaution. Dans le genre Sta?i/iopea, l'opercule est articulé, c'est-à-dire qu'il est retenu, à sa partie dorsale, par un petit corps filiforme. Les deux masses polliniques, en forme de cuiller très- allongée et un peu fermée, peuvent très-facilement être détachées sans qu'on soit obligé de lever l'opercule. Il suffit pour cela de toucher le rétinacle qui est assez apparent. Quelquefois, on est forcé d'appliquer fortement les masses polli- niques sur l'organe femelle, si l'ouverture de celui-ci est très-étroite, ce qu'on peut remarquer dans le Peristeria elata, dans les espèces et variétés du genre Stanhopea , dans quelques-unes du genre Vanda^ particulièrement dans le Vanda trkoloi\ etc. RIVIÈRE. — FÉCONDATION DES ORCHIDÉES. 33 Nous avons dit que, pour opérer la fécondation des Orchidées, il suffisait, dans le plus grand nombre des cas, quand les masses pol- liniques étaient caudiculées, de toucher au rétinacle qui est très- variable aussi dans ses formes, et qui, le plus souvent, est très- apparent. Mais dans une espèce d'Odoniof/lossiim, l'O. bictoniense, le rétinacle, de la même longuenr que le caudicnle, est placé dans une sorte de fourreau presque en suspension, au-dessus et au milieu de l'antre stigmatique; de sorte que, pour opérer la fécondation des Orchidées qui offrent cette particularité, il faut toucher le talon du rétinacle, à la base du caudicnle, ou bien saisir, quand l'opercule est tombé, les masses poUiniques avec des brucelles. Dans certaines espèces du genre Epidendriim, la fécondation artificielle est assez difficile à opérer, parce que le labelle est forte- ment appliqué sur le gynostème et bouche presque complètement l'entrée du stigmate, qui est très-étroite. Il faut alors déchirer le labelle afin de se donner plus de facilité pour opérer. Pour la fécondation du genre Dendrohium et des espèces analo- gues, il faut tremper le petit pinceau dont on se sert dans la liqueur stigmatique; on soulève l'opercule, et les masses polhniques , qui ne possèdent ni caudicnle ni rétinacle, tombent sur le labelle; on les enlève alors au moyen du pinceau enduit de liqueur, et on les enferme dans la cavité du stigmate. Les organes sexuels des Cypripédiées ont une disposition toute difi'érente; on ne remarque ni opercule, ni caudicnle, ni rétinacle aux organes mâles. Ceux-ci, au nombre de deux, sont placés et soudés de chaque côté du gynostème, et se montrent sous la forme de petits corps glanduleux courbés vers le labelle et supportant chacun deux masses d'un pollen mou et gluant. Immédiatement au- dessus des organes mâles, on voit le gynostème se diviser en deux parties. La partie supérieure est très-élargie, d'une couleur jaune, brune ou verdàtre, selon les espèces, et d'une forme plus ou moins arrondie, ayant à sa partie inférieure une échancrure quelquefois très-prononcée. Cet appendice, par la position qu'il occupe, sem- blerait remplir les fonctions d'opercule pour abriter ou protéger les organes staminaux ; mais il paraît, d'après les observations de divers botanistes, que c'est une étamine avortée. La seconde partie, qui est inférieure par rapport à la position de la fleur, est moins grande, d'une couleur blanche et d'une forme toute particulière, rappelant assez ce Champignon pédicule qu'on ren- CONGRÈS BOT, 3 84 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. contj-e quelquefois sur les Bouleaux et qu'on désigne sous la dénomination de Boletus vernlcosus ; c'est l'organe femelle. Il est recourbé, et sa face sligmatique est tournée vers le labelle. Cet organe, dans le genre Cypripedium, est complètement emprisonné par les bords du labelle qui le recouvre entièrement, et semble soutenir ce dernier. La fécondation artificielle des belles plantes qui composent le groupe des Cypripédiées est une opération assez minutieuse à exécuter. Il suiïit cependant de prendre sur les deux étamines ce pollen glutincux dont nous avons déjà parlé, et de le transporter sur l'orifice stigmatique qui se trouve presque en con- tact avec le labelle, et qui n'est point visqueux connue dans les autres Orchidées. Pour faire plus facilement cette opération, il faut, dans les genres Cy pripcdium et Sdenipedium^ appuyer fortement sur le labelle, afin de dégager complètement l'organe femelle. Les masses polliniques de la Vanille n'ont ni caudicule, ni réti- nacle, et sont presque adhérentes à lopercule, qui, dans ce genre, est articulé. Pour opérer la fécondation, il faut détacher l'oper- cule avec des brucelles : ensuite, à l'aide d'un petit pinceau dont on a coupé les poils à moitié pour leur donner plus de con- sistance , on enlève le pollen par la pression et on le transporte immédiatement sur l'organe femelle, en ayant bien soin, toutefois, de soulever l'appareil qui cache cette partie; sans cette précaution, le rapprochement des organes sexuels est impossible, et par con- séquent la fécondation ne peut avoir lieu. Cependant, si l'on veut encore opérer la fécondation avec plus de facilité et de sûreté, il est utile, et même nécessaire, de fendre le labelle dans toute sa longueur. Le moment de la fécondation , pour le plus grand nombre des espèces, arrive à partir du deuxième jour de la lloraison, depuis 10 heures du matin jusqu'à h heures du soir; mais le genre Vanilla fait exception, l'épanouissement du périanthe ou plutôt de la fleur ayant lieu chez lui vers 5 heures du matin et cessant à 10 heures de la môme matinée. Il faut donc opérer de 7 heures à 9 heures \j'l ; passé cette limite, les parties de la Heur se flétris- sent et l'opération ne donne aucun résultat. Quoique r{)i)érati()n de la fécondation artificielle des Orchidées ne soit pas difficile à exécuter, on ne réussit cependant pas toujours , et bien des fois j'ai échoué dans mes tentatives. Cer- RIVIÈIIE. — FÉCONDATION DES ORCHIDÉES. 35 tailles observations m'ont appris que bien des Heurs ne peuvent être fécondées par leur propre pollen. Je ne citerai qu'un fait à cet égard. Vers l'année 1860, j'essayai de féconder un Oncidium Caven- dishiammi avec son propre pollen : les fleurs restèrent stériles. Prenant alors du pollen sur un pied différent, j'obtins des fruits fertiles : je fis ensuite le contraire, transportant le pollen du pied devenu fertile sur le stigmate de celui qui m'avait servi à le fécon- der. Le résultat fut satisfaisant. Aussitôt que l'acte de la fécondation est accompli, on voit, quand il est complet, les bords de l'antre stigmatique se gonller, celui-ci se fermer, les sépales se rapprocher et changer de couleur ; l'ovaire prend en même temps un accroissement assez rapide, très- rapide même, dans les premiers jours qui suivent la fécon- dation. Quelquefois l'elïet contraire a heu ; c'est ce que nous avons remarqué dans une espèce du genre Stanhupea. Après la féconda- tion parfaitement opérée , l'ovaire est resté longtemps inerte , c'est-à-dire sans développement ; sa couleur verdàtre était le seul signe de son existence ; il demeura dans cet état pendant plusieurs mois ; mais tout à coup il prit une vigueur nouvelle et se développa avec une rapidité extraordinaire. Quant à la maturité du fruit, elle a lieu, selon les espèces, après un espace de teuips plus ou moins long. Le fruit de la Vanille , par exemple, met une année entière pour arriver à sa par- faite maturité ! On reconnaît très-facilement les fleurs sur lesquelles la fécon- dation artificielle n'a pas réussi : leur ovaire jaunit ou noircit, puis il se détache et tombe au bout de quelques jours, etc. Les remarques que je viens de présenter ont été insensiblement amenées par les expériences faites depuis 18ii3. Dès cette année, je soumis à l'expérience les plantes suivantes : Cattleya Mossice, Stanlwpea tigriua, S. oculata, Gongora ma- culata^ Leptoies bicolor^ Epidendrum crassifolium , E. radiatam^ E. cochleatum^ Chysls braclesci^ns, etc. Le résultat des essais que je tentai fut heureux, et j'en suivais attentivement les progrès , c'est-à-dire le développement des ovaires , qui prenaient un accroissement rapide. Mais bientôt des horticulteurs et des amateurs vinrent visiter la serre où se 36 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. trouvaient mes plantes. En les \oyant chargées de fruits nombreux, ils firent des observations qui parurent fondées au jardinier en chef. Les plantes ainsi fécondées, disaient-ils, devaient s'altérer et ensuite périr. Hélas ! on conclut de là qu'il fallait cesser les fécon- dations artificielles, et même qu'il fallait retrancher tous les fruits. Le jardinier en chef voulait, avant tout, conserver des plantes qu'il aimait tant, et, sous ce rapport, il avait parfaitement raison. Je dus donc exécuter ses ordres, et, le lendemain, toutes les plantes étaient dégarnies de leurs fruits, à l'exception d'une seule que j'avais pu obtenir de laisser intacte. (Vêtait YEpidendrwn cras- sifolinm. Cependant un pas était déjà fait. Cette fécondation m'avait dé- montré que, par la forme des fruits, on pouvait facilement, dans les grands genres, former des groupes parfaitement distincts. Pour en donner un exemple, disons que les Epidendrum cochleatum^ radiatum^ fragrans^ etc., qui ont les pseudo-bulbes en forme de massue un peu aplatie, donnent des fruits ailés, tandis que les espèces à pseudo-bulbes ovoïdes ou arrondis, comme les Epiden- drum ionosmum, ochranthum, phœniceum, atropurpureum^ etc., ont les fruits oblongs et sans ailes. Enfin, les espèces de ce même genre, dont les tiges sont longues et cylindriques, comme \ Epiden- drum crassifolium, etc., ont encore des fruits d'une forme parti- culière. Je remarquai, en outre, que les pseudo-bulbes qui naissaient sur des plantes munies de fruits devenaient une fuis plus forts, ou au moins aussi vigoureux que les autres. Ces expériences furent reprises plusieurs fois, mais, par des circonstances toutes particulières, que je ne puis rapporter ici, je fie pus les poursuivre que quand je fus moi-même chargé de la direction du jardin du Luxembourg, et débarrassé des obstacles que m'avait opposés l'autorité de mes supérieurs (1). Aussi ai-je eu la douleur de voir mes expériences, qui avaient donné l'éveil, reprises en Angleterre et en Allemagne par des horticulteurs plus entrepre- nants (jue les horticulteurs IVaiiçals, et couronnées bientôt de résultats importants et pralicpics. ('/est là une nouvelle preuve des entraves qu'une routine aveugle impose souvent à la marche de la science et surtout de la science horticole. (1) C'est une de mes tentatives qui a permis à M. Éd. rrillicux de soumcUre à l'exa- men microscopique la germinaliori de VAngrccum maculatuv}, sur laquelle nous avons public un mémoire spécial dans les Annales des sciences naturelles, 4* série, t. V, cellier n" 3. WEDDELL. — QUINQUINAS. 37 M. J.-E. Planchon demande à M. Rivière si l'hybride observé par lui est fertile ou stérile, et, dans le premier cas, quelles sont les conditions de sa fertilité. M. Rivière répond qu'il a réussi à féconder artificiellement cet hybride par lui-même, et qu'il en a récolté des graines. M. Planchon fait observer que c'est généralement le pollen qui est stérile dans les hybrides ; que , du moins, il l'a toujours trouvé tel. M. Rivière dit que le pollen s'est trouvé complètement fertile chez leLœlia hybride, au contraire de ce qu'il est chez les Cata- setiim et chez les formes singulières connues sous le nom de Myantims. M. Ed. Morren rappelle que feu le professeur Ch. Morren, son père, est le premier qui ait réussi à féconder artificiellement des Orchidées, en I806. Les gousses de Vanille obtenues alors par lui l'ont été depuis dans plusieurs établissements. M. Morren ajoute que les expériences d'hybridation faites par M. Rivière l'ont été presque à la môme époque par M. Dominy, chef de culture de MM. Veitch. M. J.-E. Planchon dit qu'il ne ûiudrait pas généraliser d'une manière absolue l'observation de M. Ch. Darwin, d'après la- quelle peu d'Orchidées devraient la fertilité à leur propre pollen. Il cite notamment YOphrys scolopax, et X Ophrys apifera, dans lesquels la longueur des caudicules permet que le stigmate soit fécondé par un simple abaissement des masses polliniques. M. Rivière ajoute qu'il n'a vu fructifier YOncidium Cacen- dishianum qu'en fécondant entre elles des fleurs de pieds diffé- rents. M. Weddell dépose sur le bureau des échantillons de diverses espèces de Quinquina, et fait la communication suivante : SUR LA CULTURE DES QUINQ[]INAS, Par M. II.-A. ^^'EWWEIX. Messieurs, C'est avec une vive satisfaction que je me vois chargé, par mon ami M. J. -Eliot Howard, de Londres, d'appeler l'attention du Congrès S8 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. sur les échantillons que j'ai l'honneur de déposer sur le bureau. Cette satisfaction, vous la comprendrez et vous la partagerez, je crois, lorsque vous saurez que les écorces mises sous vos yeux ont été retirées de caisses débarquées, il y a quelques jours, sur les quais de Londres, et renfermant la première récolte que les plantations de Cinchona de l'Inde anglaise aient livrée au commerce européen. Ces écorces témoignent donc du succès d'une entreprise qui, au point de vue de l'humanité, peut être regardée à juste titre comme une des plus utiles de notre siècle. Les progrès de la culture des Cinchona, dans les Indes, ont été exposés dans plusieurs ouvrages de date assez récente. Je demande néaiuTioins la permission d'en dire ici quelques mots qui, j'ose l'es- pérer, ne seront pas sans intérêt, surtout en vue des pièces qui vous sont soumises. Et puisque ces pièces me rappellent encore tout naturellement le nom de M. Howard, je dirai, en commençant, que, par ses profondes connaissances en quinologie, aussi bien que par son habileté comme chimiste, et par son noble désintéressement, notre éminent confrère a rendu à cette œuvre les plus importants services, et doit être mis au premier rang de ceux qui ont contribué à sa réussite. A la science, il en a rendu de non moins grands (1) ; mais je me contenterai, en ce moment, de rappeler que c'est en grande partie à son tact persévérant que l'on a dû de connaître enfin l'origine botanique du vrai Quinquina rouge, dont vous avez précisément ici les écorces sous les yeux. La première tentative de culture des Cincliona, dans les Indes britanniques, eut lieu en 1853 (2), époque à laquelle un certain nombre de plants de C. Calisaya, d'origine française, y furent trans- portés sous la surveillance de M. Fortune. Ce ne fut cependant que quelques années après, en 1859, que le gouvernement anglais se mit sérieusement à l'œuvre, en envoyant au Pérou M. Cléments Markham. Ce voyageur, auquel on doit les plus grands éloges pour le zèle et la persévéï-ance qu'il a déployés dans la mission difiicile qui lui était confiée, partit d'Angleterre avec un habile jardinier (M. Weir), aborda au Pérou par le port de Callao, et se dirigea ensuite sur (1) I.o inagniliquc ouvracjc puliliô par M. llnwnrd f tlie Nueva Quinologia of Pavon (I vol. iii-l" avec M) planches coloriées) csl comiu de loiit le monde. (2) Le premier pas officiel fait en Anglelcrro pour inlrnduire la culture dos C'nchona dans les Indes britanniques l'a élé à la suite d'une dépêche du gouverneur p'-néral de l'Inde, ni rlnto du '27 mars ISTi'i. WEDDELL. -- QUINQUINAS. 39 celui d'Islay, pour gapjiierki province de Carabaya où il suivit, à peu de chose près, l'itinéraire que j'y avais suivi moi-môme une douzaine d'années auparavant. 11 y recueillit, non sans difficulté, un grand nombre de plants de Cinchona qui furent confiés à des caisses de AVard, mais qui moururent malheureusement tous pendant la tra- versée ou peu après leur arrivée à Madras; perte considérable, mais qui ne fit pas, fort heureusement, périchfcer l'entreprise elle-même. En effet, M. Markham n'avait pas voulu en confier le succès à ses seuls moyens. Dès avant son départ d'Angleterre, il avait eu soin d'enrôler au profit de l'œuvre quelques hommes aussi habiles que dévoués, parmi lesquels on doit citer en première ligne le botaniste Spruce (1), auquel on dut d'obtenir bientôt de jeunes plants, et surtout des graines, de plusieurs espèces de Cinchona dont l'expé- rience avait depuis longtemps démontré la valeur. La perte de la récolte de M. Markham se trouva ainsi amplement compensée. Quelques-unes des graines obtenues de la sorte furent semées dans les serres du Jardin royal de Kew ("i) , en Angleterre; les autres, dirigées immédiatement sur l'Inde, y furent distribuées entre divers sites signalés comme étant les plus propi'es à fournir aux plantes à cultiver les conditions de sol et de climat qu'elles trouvent dans leur pays natal. Il est inutile de suivre les péripéties de cette culture dans ces diverses locahtés; bornons-nous à l'étudier dans celle qui a produit les échantillons que nous avons devant nous, c'est-à-dire Ootacamund dans les montagnes de Nilghiri. Cette plantation, placée sous la direction de M. Mac Ivor, ne tarda pas, grâce à la rare intelligence de ce cultivateur, à atteindre un degré de prospérité qui doit nécessairement la faire prendre pour modèle de toutes celles que l'on pourra établir par la suite. Quelques chiffres montreront du reste, beaucoup mieux que toute description, les ra- pides progrès de l'établissement. Ainsi, quand M. Mac Ivor s'étabhtà (1) c'est par le zèle infalii;al)le de M. Spruce que le gouvernement a été mis en pos- session du Cinchona succirubra, qui rivalise avec le C. Calisayn par l'imporlance de ses proiluits, et d'autres espèces du versant occidental des Andes de l'Equateur. M. Cross accompagnait M. Spruce, comme jardinier, dans cette expédition, et fit ensuite, seul, deux autres voyages quinologiques, avec le même succès : l'un au district de Loxa, l'autre à Pilayo, dans la Nouvelle Grenade. M. l'rilchctt visitait jiendant ce temps les montagnes d'Huauuco, et recueillait des graines et de jeuiies plants des espèces de celte localité classique. — Voyez, pour d'amples détails sur ce sujet, le très-inléressanl volume de M. Markham, intitulé ; Traoels in Pcru und India. (2) Alors sous la direction du célèbre Sir William Hookcr, lequel n'a jamais cessé, non plus que son illustre fils, le directeur actuel, d'apporter le plus vif intcrèl à toutes les questions qui se rattachent à la culture des Quinquinas. 40 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. Ootacamund,en mars 1861, il y rencontra 635 plaïUs de Cinchona, la plupart appartenant au C. succirubra. Eh bien ! en avril 1862, il y en avait 31 495, et, un an après, 157 70/i, Ce dernier recensement avait eu lieu en avril 1863. Au mois de décembre de cette même année, le nombre des plants de Cinchona existant à Ootacamund était de 277 080 ! A partir de ce moment on ne les compte pour ainsi dire plus; et, à l'heure qu'il est, c'est presque par millions qu'on peut les dénombrer. Dans la seule propriété particulière de Dova Sliola, il y en a 900000; et l'enthousiasme pour cette culture est tel, qu'indigènes et étrangers, rajas et paysans, tous veulent avoir leur plantation de Quinquinas. J'ajoute que cette immense multiplication a été obtenue par un système de bouturage par très-petits tronçons, grâce auquel, par exemple, un pied de C. of/lchmlis Lritusinga, présenté au gouvernement par M. Howard, et arrivé dans l'Inde en avril 'J862, a pu compter, dix-neuf mois après, 6850 rejetons. Les résultats que je viens de l'aire connaître sont déjà bien remar- quables, mais ceux dont il me reste à parler tiennent presque du prodige. Aux débuts de cette grande expérience, c'est-à-dire il y a quinze ans, on pouvait craindre que le rendement des écorces ne diminuât, par suite de la culture de l'arbre dans des conditions qui ne seraient pas tout à fait celles oii il végète en Amérique ; tout au moins devait-on avoir quelques doutes sur le résultat; eh bien ! on est en droit aujourd'hui d'affirmer que la richesse des écorces des Cinchona cultivés dans l'Inde, sera non-seulement égale à celle des écorces américaines, mais arrivera même peut-être dans certains cas à être double et peut-être plus considérable encore. Ceci n'est pas aujour- d'hui une hypothèse, mais un fait; et M. Mac Ivor a obtenu ce ré- sultat par un moyen si sinqile que je n'exagérais jias en disant que les résultats obtenus tenaient presque du prodige. Pour y arriver, il lui a sufii, en effet, d'api:>liquer sur l'écorce de l'arbre une couche de mousse qui la garantît, pendant une certaine période de sa crois- sance, de l'influence combinée de l'air et de la lumière. Ainsi, voici par exemj)le une écorce de C. siiccinihra déveloi)pée à Fair libre et âgée de quatre ans; son reiulfuiciit en alcaloïdes est de 6,05 poui- 100. Si, au coiUralre, six mois seiileiiieiit avant do reiilevor, vous l'eussiez enveloppée d'une couche de mousse, ce rendement aurait dépassé 9 pour 100. Ce n'est pas tout. Ce que cette application de moussr', ce que ce moussat/c de l'écorce offre peut-être de plus iu- WEDDELL. — QUINQUINAS. 41 téressant à noter, c'est qu'il permet à l'aubier d'un arbre dénudé de son écorce, pour les besoins du commerce , d'en reproduire une seconde et même une troisième (1); chacune de celles-ci étant non- seulement plus riche en alcaloïdes que l' écorce qui l'a précédée, mais étant proportionnellement plus riche en quinine, cette quinine étant en outre d'une extraction plus facile. Anatomiquement ces écorces diffèrent des autres par l'absence plus ou moins complète des fibres du liber. Enfin, un dernier fait qu'il faut signaler, parce qu'il peut résulter de la culture et qu'il pourra avoir une certaine impor- tance quand on saura exactement sous quelles influences il se produit, c'est la conversion des alcaloïdes voisins l'un dans l'autre (2) : de la quinine, par exemple, en cinchonidine, ainsi que cela s'est vu dans le C. Calisai/a, ou delà cinchonine enquinidine, comme M. Howard l'a constaté pour le C. micranlha. Je termine ici ce que j'avais à dire sur la culture des Quinquinas dans l'Inde anglaise, et je demande la permission d'appeler pendant quelques instants votre attention d'un autre côté. C'est à l'Angleterre, nous l'avons vu, que revient la gloire d'avoir offert au monde les premiers fruits de la grande entreprise dont je vous ai retracé quelques-unes des phases les plus intéressantes. Mais, ceci reconnu, il n'est que juste de revendiquer pour deux autres nations la part de mérite qui leur est due dans le développement de cette œuvre bienfaisante. Ces pays sont la France et la Hollande. Je commence par la France, et ici je vous prierai de m'excuser si je mets en avant mon propre nom. Peut-être ne le ferais-je pas si j'étais seul en fait dans le léger oubli dont je crois avoir à me plaindre, mais comme cet oubli porte surtout sur un établissement public, (1) Les habitants de Loxa réussissaient parfois à obtenir de leurs arbres une seconde récolle, mais par un procédé bien moins parfait. Ils enlevaient l'écorce d'un seul coté du IroMC. Les lèvres de la bande corticale laissée en place s'étendaient alors peu à peu et finissaient par recouvrir, plus ou moins complètement, la portion d'aubier dénudée. — Voyz Howard, /, c. , sub C. Uritustnga. (2) La valeur commerciale des alcaloïdes des Quinquinas, et par suite celle des écorces dont on les extrait, dérive en grande partie de leur rendement tiiérapeutique. Or, il résulte des rapports publiés récemment par des commissions siégearit à M idras et à Bombay, et dont l'objet est de s'assurer expérimentalement, et sur une grande échelle, de l'impor- tance thérapeutique relative des quatre alcaloïdes de Qi:inquina actuellement employés, que les sulfates de cinchonine, de cinchonidine et de quinidine sont beaucoup plus effi- caces qu'on ne le suppose généralement. Il est donc présumable que cette décision va donner du prix à bon nombre d'écorces que l'on a cessé d'exploiter, depuis que la croyance s'est répandue que la quinine possède seule à un haut degré les qualités dont on est obligé aujourd'hui de reconnaître l'existence, et seulement à un degré un peu moindre chez ses trois sœurs, et en particulier dans la quinidine. 42 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. établissement auquel j'ai été fier d'appartenir, je crois qu'il est de mon devoir en ce moment de défendre ses droits. Ce que je ré- clame pour la France, c'est le mérite d'avoir suscité le mouvement qui a eu pour résultat les diverses tentatives faites pour cultiver le Quinquina, et d'avoir ûiit le premier pas dans la voie féconde où l'ont suivie, pour la devancer bientôt, la Hollande d'abord, l'Angle- terre ensuite. Pour ce qui est de moi personnellement, je désire simplement constater que, quelles qu'aient été les suggestions faite» antérieurement, ce n'est, en réalité, qu'à la suite de la publication de ma Monographie des Quinquinas, en 18/i9, et du rapport dont elle a été l'objet ; ce n'est que sous l'impression du cri d'alarme ([ue j'y ai jeté que l'attention des gouvernements a été éveillée, et que les premiers pas utiles ont été faits pour opérer le transfert de la pro- duction et du commerce des Quinquinas du nouveau monde à Tan- cien. Voilà, messieurs, la part que j'ai eue dans cette œuvre. Celle qui appartient au Muséum d'histoire naturelle est bien autrement importante. Et d'abord, ne dois-je pas dire que c'est comme voyageur- naturaliste de cet établissement que j'ai été à même d'étudier l'état des forêts de Quinquinas et d'appeler l'attention sur la destruction qui en menaçait les espèces les plus précieuses? Ce sont ensuite les graines de (.'inchona^ recueillies et remises par moi au Muséum, qui, semées dans les serres de cet établissement, sous la surveillance de M. Houllet, y ont levé et ont donné les premiers plants de Quin- quina que l'on ait vus vivants en Europe. Ce sont enfin ces plants qui ont servi aux premiers essais de cultiu'o qui aient été faits, soit en Afi'ique soit en Asie. Dès leur apparition on se préoccu[)a, en eflet, des moyens de les transporter sous des climats que l'on pou- vait supposer propices à leur développement, et les premiers qui soient sortis de France furent adressés, en 18Z|9, à M. Hardy, directeur des pépinières des environs d'Alger, et furent livrés à la pleine terre, dans l'établissement (hi Hamma. C'est là le premier essai de culture du Quinquina, à l'air libre, qui ait été tenté hoi-s de son ])ays natal. Il ne fut pas heureux, et l'on doit, par celte raison même, i-egrctter plus vivement encore que le gouvernement français n'ait pas donné alors une attention plus sérieuse à une question d'une impoi-tance aussi manifeste, en prenant eu main rd'uvre dont le Muséum avait eu l'initiative, La Hollande commença ses essais vers le moment où la France suspendait les siens, en 1852, j'ar conséquent environ sept années WEDDELL. — QUINQUINAS. 43 avant que l'Angleterre, profitant des fautes comme de l'expérience de ses devanciers, entrât sérieusement dans la même voie. Le gouvernement hollandais savait que le Muséum avait distribué dans le counuerce français un certain nouibre de pieds de Cinchona Calisaya, nés dans ses serres. Il s'en procura chez MM. Thibaut et Ketelêer, et les fit transporter à Java. Ce sont les premiers qui aient respiré l'air des Indes. Ils provenaient, on le voit, du Muséum d'histoire naturelle. J'ai dit aussi, plus haut, que le premier envoi fait par l'Angleterre dans ses grandes possessions asiatiques était d'origine française. Les plants qui le composaient provenaient de la même source que ceux qui se trouvaient déjà dans les Indes néerlandaises : du Muséum d'histoire naturelle. La Hollande ne s'en tint pas là. Dans cette même année lS5"2,clle fit partir pour le Pérou le botaniste Hasskarî, avec mandat d'y re- cueillir des plants et des graines de Cinchona et de les accompagner à Java; ce qui fut fait ; mais, soit par une raison, soit par une autre, les progrès des plantations furent très-lents ; si bien que lorsque, trois ans après, la direction des cultures vint à être confiée à M. Jun- ghuhn, celui-ci n'y trouva que 351 arbres en pleine croissance. A partir de cette époque, cependant, la multiplication prend des pro- portions considérables, et, sans une circonstance qui est réellement à déplorer, les plantations des Indes néerlandaises n'auraient au- jourd'hui rien à envier à celles de l'Inde britannique. Séduit par la plus grande rusticité d'un Cinchona d'espèce douteuse, né de graines rapportées par M. Hasskarî, on se prit à le multiplier au dé- triment d'autres espèces plus délicates peut-être, mais dont l'utilité était démontrée, et l'on reconnut, trop tard, que la plante qui avait coûté tant de soins n'avait que peu ou point de valeur commer- ciale (1) ; de sorte que, bien cfu'il y ait en ce moment plus d'un million d'arbres à Quinquina dans l'île de Java, la proportion des bonnes espèces y est relativement faible. Je n'exagère donc pas (i) Ce Cinchona.^ provenant des environs d'Uchubamba, dans le Pérou central, a été reconnu nouveau par M. Howard, et a été dédié par lui au gouverneur général des Indes néerlandaises, sous le nom de C. Pahudiana. L'espèce avait été confondue, paraîl-il, antérieurement, avec le C. ovala et avec le C. carabayensis, dont elle est bien distincte. Des échantillons de l'écorce de cet arbre, ainsi que de celles de presque toutes les autres espèces de Cinchona cultivées jusqu'à ce jour dans les Indes, forment partie de la magnifique collection quinologique exposée par MM. Howard et fils dans le Palais du Champ-de-Mars On sera heureux d'apprendre que cette collection, que plu- sieurs d'entre nous ont examinée avec un si vif intérêt, a obtenu une médaille d'or du jury international a riix[iosiliOM universelle. A A CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. beaucoup en disant que l'opération devra y être reprise presque en entier, en Ji'y employant, cette fois, que les espèces ou variétés (1) dont l'expérience, ou mieux encore, l'analyse chimique, aura dé- montré la valeur. C'est en procédant ainsi que l'Angleterre est arrivée, presque du premier coup, à la solution du problème. M. David Moore, vice-président du Congrès, dépose sur le bureau une caisse pleine d'échantillons frais de Nepenthes et d'autres plantes, et fait la communication suivante : DE LA CULTURE, DK LA PROPAGATION ET DE LA MORPHOLOGIE DES PLANTES A FEUILLES ASCIDIFORMES. {Nepenthes, Sarracenia, Darlingtonia et Cephalotus), Par 91. David IflOORE, Directeur du Jardin botanique de Dublin, membre de la Sociélé Limiéenne de Londres, etc. Ayant eu l'honneur d'être invité à prendre part à ce grand congrès international, tenu dans le but de discuter des sujets de botanique pure et appliquée, j'ai pensé que l'étude des plantes à ascidies, actuellement cultivées, poui-rait intéresser les savants voués à la fois à la science et à la pratique, qui sont léunis dans cette enceinte. Vu la grande distance qui sépare Dublin de Paris, et la difficulté de transporter ici des plantes que leur grande dimension rend quelquefois fort précieuses, j'ai seulement apporté avec moi, pour vous les présenter, des feuilles fraîches munies de leurs asci- dies, qui pourront vous donner une assez bonne idée des différentes espèces, quoique bien maigre en comparaison de celle que vous donneraient les plantes entières. 1° l>c la rareté de cch plantes et de leur eiilture. Soit que nous considérions Ja rareté des collections des plantes à ascidies vivantes, ou le mécanisme curieux déployé dans la structure de leurs feuilles, phénomène d'une grande importance au point de vue purement morpliologiquc , les plantes à ascidies sonL plus (i) Il y a (les espèces botaniques de Cbwhona dont le type peut avoir une écorce pauvre en alcaloïdes, lorsque, au contraire, quelqu'une do ses variétés peut en avoir une très-riche, et vtcc versa. Le C. lancifolui elle C. Calisaya fournissent dcï extniples de ces anomalies MOORE. — PLANTES A ASCIDIES. flô intéressantes pour les botanistes et pour les liorticulteurs qu'aucun des groupes de plantes auxquels nous sommes accoutumés. On peut donc se poser immédiatement une question : pourquoi sont-elles si rares dans les collections et si difficiles à maintenir en bon état ? Pour toute réponse, je me bornerai à exprimer une conviction, c'est que les horticulteurs nuisent à ces plantes par trop de soins. Au Jardin botanique de Glasnevin , où sont venues toutes les espèces que je présente actuellement au Congrès (excepté le NepeiUhes mllosa et le Sarracenia psittacina^ qui proviennent des belles collections de MM. Veitch, de Chelsea) , nous n'avons pas éprouvé grande difiiculté en soumettant ces plantes au traitement suivant. Le sol où nous les plaçons est de la terre de bruyère fibreuse mêlée d'un peu de terre argileuse jaune et d'un tiers de beau sable blanc débarrassé de tout débris de calcaire. La terre de bruyère et la terre argileuse sont placées autour des racines des plantes en petits mor- ceaux qui varient d'un demi-pouce à deux pouces de diamètre et auxquels on ajoute le sable en remplissant les pots. Il faut avoir soin d'établir dans ces pots un drainage parfait au moyen des tes- sons, car, bien que ces plantes demandent beaucoup d'humidité pour leurs racines, cependant, à certaines périodes de l'année celles-ci pourrissent et meurent si le sol qui les entoure y laisse stagner Teau, ou si le liquide peut se corrompre dans les terrines où sont placés les pots. Pour empêcher ce dernier inconvénient, les gens chargés de la surveillance de la serre ont ordre de vider ces terrines deux ou trois fois par semaine, quand les plantes sont dé- veloppées, et de les laver ensuite. Cela se pratique pendant les mois d'été jusqu'au mois d'octobre environ ; quand la température décroît et que la lumière solaire faiblit , les pots sont enlevés des terrines à eau. Alors les plantes sont arrosées avec grand soin et avec sobriété avec de l'eau d'une température un peu plus élevée que celle de la serre, pour empêcher les racines de se refroidir. Si les plantes étaient trop arrosées en hiver, elles pourraient tomber dans un état ma- ladif d'où il serait très-difliclle de les tirer. Les espèces qui sont originaires des îles de l'archipel Indien demandent une température plus élevée que celle qui a été jusqu'à présent cultivée dans les jardins de l'Angleterre et du continent sous le nom faux (ainsi que cela est aujourd'hui démontré) de ISepen- thes dislillatoria. La véritable plante qui doit porter ce nom existe déjà dans les cultures, mais à l'état de petits échantillons. Le doc- /iO CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. leur Hooker pense que l'ancienne espèce est une plante du Bengale, la même (jue le Xcpent/tes raelajnphora. Il faut aux plantes de l'Inde une température variant de (iô à 80 degrés Fahrenheit (18 à 26 degrés centigrades) avec une atmos- phère humide, môme quand la chaleur est la plus forte, mais l'espèce dont je viens de parler se trouve mieux d'une température inférieui'c et d'une atmosphère sèche. A Glasncvin, il en existe un spécimen parfaitement bien portant, sur lequel ont été coupées les ascidies qui sont devant vous, avec des tiges d'au moins vingt pieds de long. D'après les mesures prises, ces ascidies ont de neuf pouces à neuf pouces et demi de longueur, et le diamètre en est en\ iron de deux pouces et demi ; elles peuvent contenir près d'une deuii-pinte d'eau. Le beau et très-rare Nepenthcs sanguinea^ dont je vous présente maintenant des ascidies, est une espèce extrêmement intéressante. Ces larges appendices colorés de pourpre attirent ordinairement, dans notre jardin, l'attention des visiteurs les plus indilférents, que frappe d'étonnement une structure aussi curieuse. Ces ascidies ont neuf pouces de longueur et deux pouces de largeur en diamètre. Elles peuvent contenir une demi-pinte d'eau. La plante qui les a produites a été soumise à une culture analogue à celle que j'ai déjtà décrite. Je n'ai pas besoin de caractériser particulièrement les autres espèces qui sont sous vos yeux; l'examen des ascidies montre qu'elles étaient en parfait état. Celles du Nepcnlhes Ra/fleslana sont plus petites que ce n'est ordinairement le cas à Glasne\in pour cette belle espèce, quoique la plante qui les a produites soit robuste et en bon état. 2° OEitcntiuii pur gritâsicN. Les espèces de Nepoi/fies étant dioïqucs, ou, comme certains auteurs le pensent, polygames, ne produisent pas de graines parfaites dans nos jardins ; à moins que la Heur femelle ne soit fécondée artificiellement par le pollen de la Heur mâle, et il est fort rare que les deux sexes de la môme espèce se rencontrent dans le même établissement. C'est là la principale raison pour laquelle ces plantes sont si rares. Le pollen, cependant, peut être emporté à une certaine distance ; il conserve ses facultés pendant huit jours. Mais, d'après mes expériences, il ne les conserve pas j)lus long- temps. J'ai expérimenlé aMc du pollen recueilli deux mois aupara- MOORE. - PLANTES A ASCIDIES. 47 vant et bien conservé, mais il n'a pas réussi dans mes essais de fécondation artificielle. Les graines sont généralement bonnes si la fécondation a été convenablement pratiquée, et elles doivent être semées aussitôt après leur maturité, qu'on peut reconnaître à ce que les capsules se fendent. Si cela se présente vers le commencement de l'hiver ou pendant cette saison, il vaut mieux conserver les graines jusqu'en février ou en mars , mois qui sont les n-teilleurs pour le semis. En accomplissant cette dernière opération, il faut avoir soin de ne pas recouvrir les graines de terre, mais de les répandre seulement à la surface de la terre humide. L'enveloppe lâche et mince qui les unit indique qu'elles flottent sur l'eau ou qu'elles reposent sur le sol humide jusqu'au momeiit de leur germination. Après le semis, les pots doivent être placés dans des terrines basses contenant de l'eau et disposées de façon que cette eau puisse être portée à une tempé- rature de 80 degrés Fahrenheit. Si les graines sont bonnes, les jeunes plantes apparaîtront avec leurs petites ascidies à l'extrémité des feuilles dans le mois qui suivra le semis. Quand elles atteindront un quart de pouce (ou même moins) , il faudra ies repiquer sur un sable léger dans des terrines basses, qu'on pourra recouvrir com- plètement avec des plaques de verre, et les placer ensuite pendant quelque temps dans une serre chaude où l'air sera humide. A ce moment de leur croissance, les jeunes plantes seront susceptibles d'être attaquées par une petite Algue filamenteuse dont le déve- loppement est favorisé par l'humidité ; et, si on la laisse s'étendre, elle aura bientôt détruit les plantules. Quand cet accident se pro- duit, nous avons trouvé que le meilleur moyen est d'arracher les plantules, de les bien nettoyer et de les replanter dans un sol frais. 3° Propagatiois par bouture ou par greffe. A peine ai-je besoin d'établir devant une assemblée d'horti- culteurs français dont la réputation est si répandue dans toute l'Europe, pour le talent qu'ils déploient dans la reproduction des plantes de leur culture, que les diverses espèces de Nepenthes peuvent encore se propager par bouture et par greffe. Mais ceux qui en ont fait l'expérience m'accorderont qu'il faut apporter à cette opération le plus grand soin pour empêcher les boutures de se pourrir avant de s'être enracinées. J'ai pensé que cela peut être dû à l'organisation particulière de ces plantes, les ISepenthes hS CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. étant du petit nombre des plantes qui ont dans la moelle de leur tige du tissu vasculaire et du tissu cellulaire mélangés, et ayant en outre une couche épaisse de vaisseaux spiraux entre le bois et l'écorce. On doit donc inférer de cette structure que l'humidité est plus rapidement introduite dans le tissu de leurs boutures que dans celui des végétaux organisés suivant la loi générale. Pour ce qui est des grefles, je n'ai que peu de chose à dire. Nous avons actuellement à Glasnevin des greiïes du N. IJookeri sur le iV. ampnllaria, et elles sont encore fraîches au bout de deux mois, bien qu'elles n'aient pas poussé; je ne puis dire s'il s'est opéré, oui ou non, la jonction nécessaire entre les tissus mis en contact. Je me contente de laisser ici cet avertissement, n'ayant vu usitée nulle part cette méthode de propagation. A propos de la reproduction des Nepenthes, je tiens à vous entre- tenu' des hybridations qui ont déjà été effectuées en Angleterre. Le mérite d'avoir tracé la voie dans ce mode important d'expérimentation appartient à MM. Veitch, de (Uiclsea, qui ont dans leur magnifique établissement des collections de Nepenthes dont l'importance et la variété dépassent tout ce que je connais en Europe. Ils ont fait de la culture de ces plantes leur principale étude, et ce sont les seuls horticulteurs qui aient jusqu'à présent réussi dans l'hybridation des Nepenthes. Le principal résultat de leurs expériences est devant vous sur cette table, sous le nom de Nepenthes hijhrida^ mais je préférerais lui doimer celui de Doininiana, en l'honneur de leur habile chef de culture, M. Dominy, si expert à obtenir des hybrides d'Orchidées et à une foule d'autres pratiques horticoles. 4 Morphologie de la foiiSlIcv K ce sujet, je n'ai rien à ajouter aux descriptions déjà faites dans les traités de morphologie végétale. On admet généralement aujour- d'hui pour certain que l'opercule de l'ascidie est la vraie feuille et que sa cavité est produite par une modification du pétiole. xMais je ne sache pas que l'on ait expliqué clairement connuent l'eau pénètre dans l'intérieur des ascidies avant le soulèvement de leurs opercules, et lorsqu'elles sont hermétiquement closes. Je pense donc qu'on me permettra de demander ([ue l'on discute la physiologie de la feuille relativement à ce phénomène. Le \cpenlhrs fait sans doute de son singulier pétiole le même usage que les autres plantes font de leurs vrilles, en se saisissant des espèces les plus fortes et les MOOKL:. — PLANTES A ASCIDIES. 49 plus capables de les soutenir. A l'exception de quelques Palmiers, je ne connais pas de plantes qui aient pour cet acte physiologique d'organes plus puissants que les feuilles des Nepeîithes. Voici les noms des espèces dont je présente ici des ascidies : ce sont les Nepenthes phyllamphora Jack, iV. lœvis Lindl., N. ampul- laria Jack var. guttata, N. samjuinea Hort. , 'N. Hookeriana^ N. Rafflesiana, N. hybrida. Le second genre dont j'ai à vous entretenir est le genre Sarra- ce?iia, dont les espèces sont plus généralement cultivées que les espèces de Nepenthes, bien qu'elles soient rarement bien vigou- reuses dans nos établissements horticoles. Les échantillons qu'on en a présentés l'année dernière à l'exposition internationale de Londres et cette année môme à Manchester, montrent à quel degré de per- fection on peut porter ces curieuses et intéressantes plantes par des soins bien entendus. Ce que je me propose aujourd'hui, en appor- tant celles-ci au Congrès, ce n'est pas tant de faire connaître ce qui a été déjà publié sur leur culture, que de montrer une espèce venue de graine à Glasnevin, le Sarracenia variolaris. Il est à croire que c'est la première germination de ce genre qui ait eu lieu dans les jardins anglais ; et, comme il est désirable qu'on ait des renseignements à ce sujet, je prierai les personnes présentes de me faire connaître si quelque autre fait analogue s'est produit dans les jardins du continent. J'ai décrit la méthode à suivre pour faire réussir ces semis, dans une courte note publiée dans le Gar- denei's'C/iroîiicle, de Londres, en décembre 1866, et je ne répéterai pas ici cette communication, dans laquelle j'ai fourni aussi quelques données sur la question de savoir si la végétation des Sarracenia est exogène ou endogène. Les spécimens qui sont devant vous représentent toutes les espèces qui ont été introduites en Europe, et je me bornerai à signaler la culture du Sarracenia piirpurea , parce qu'il s'est développé à l'air libre durant tout l'hiver dernier sans en souffrir, la température étant tombée à 6 degrés Fahrenheit (environ — \lx degrés centigrades) . Il y a ici des spécimens de Sar- racenia flava, de .S", flava var. Catesbœi^ de 5. ruhra^ de S. pur- piirea et du vrai .S", psittacina. Je dois maintenant appeler l'attention du Congrès sur un genre de plantes à feuilles ascidiformes récemment introduit et fort re- marquable : je veux parler du Darlingtonia calif arnica Torrey. ^ Quand la culture de cette plante sera bien comprise, nous avons CONGRÈS BOT. 4 50 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. sujet d'espérer que ce sera un des végétaux les plus intéressants que l'on ait introduits en Europe depuis quelques années. Un des premiers exemplaires vivants qui aient été introduits en Angleterre a éié reçu à Glasnevin en 185/| ; il y a été cultivé avec un gi'and succès pendant quelque temps. La plante produisit plu- sieurs pousses qui servirent à la reproduction et permirent d'en donner des rejetons à quelques amis, iMais toute la lignée en fut finalement détruite par l'exagération des soins et des précautions. Ils avaient été enfermés dans des serres chaudes, où ils ne recevaient que très-peu d'air, tandis qu'il aurait fallu, tout au contraire, les tenir fraîchement, en laissant abondamment circuler l'air autour d'eux. Je suis parfaitement convaincu que le Darlingtonia deviendra assez rustique pour pouvoir supporter en plein air nos hivers d'Ir- lande, et cela sans aucune protection. La plante à laquelle ont été prises les ascidies que vous voyez est demeurée tout l'hiver dernier dans une serre froide qu'on ne pouvait aucunement chauller et dans laquelle il gela fortement pendant quatorze jours. La seule précaution qu'on prit fut de les recou\ rir d'un pot à Heur ordinaire qui fut peu à peu et avec précaution sou- levé, puis enlevé quand le froid eut diminué. h^Darlingtonia est jus- qu'à présent la seule espèce de l'ordre des Sarracéniées qui ait été découverte en Californie (sur la pente occidentale des Montagnes- Rocheusçs). Elle se rencontre à une altitude considérable sur des terres marécageuses, notamment vers la source du Rio-Sacramento, où croissent des Conifères et d'autres plantes qui [)euvent parfaite- ment supporter sans abri nos hivers ordinaires. Après la perte de nos premiers Darlunjtunla, il se passa plusieurs années avant qu'on en importât d'autres , mais dernièrement des graines envoyées là Ivew et aussi à un particulier des environs d'Edimbourg, ont produit un nombre considérable de jeunes plantes qui se trouvent maintenant dans plusieurs établissements. La figure donnée der- nièrement dans le bel ouvrage de M. Van Houtte, la Flore des serres, a été, je pense, dessinée d'après une plante qui lui a été envoyée de Glasnevin et qui provenait de la prenùère introduction. Les ascidies que je vous présente ont été prises sur une jeune plante et ne donnent (|u'u)ie très-faible idée de la taille des grands Darluuj- /oN/ii, ([u\ atteignent souvent une hauteur d'un pied à un pied el demi. Je quitte l'étude d'une plante qui habile les coiùrées les plus MOOIIE. — PLANTES A ASCIDIES. 51 occidentales du globe pour appeler, quelques instants encore, votre attention sur une des plantes les plus remarquables du groupe qui nous occupe, sur l'élégant Cephalotiis folliciikiris, originsàre d'Aus- tralie. Grâce au nombre considérable d'échantillons de cette espèce qui ont été importés dernièrement tant sur le continent qu'en Angleterre, le Cephalotits est aujourd'hui parfaitement connu et fait partie de la plupart des belles collections de plantes, bien que peu d'horticulteurs s'entendent à le maintenir longtemps en bonne santé. Je ne l'ai vu nulle part aussi bien soigné qu'au Jardin botanique du Collège, près de Dublin, où M. Bain, le conservateur de ce jardin, en a obtenu de fort grands pieds ; assurément nous ne connaissons aucune plante dont l'obtention paisse nous payer aussi bien de nos .peines et de nos soins. Ces touffes de neuf à dix pouces de diamètre, portant en même temps de vingt à trente ascidies, offrent un spectacle qui frappe tous les admirateurs des beautés de la nature, et l'on ferait volontiers un long voyage pour le contempler-; le Cephalotus n'a jamais été à Glasnevin aussi beau que dans ce jardin, bien que nous en ayons aussi quelques exemplaires remarquables. Pour c[u'il vienne bien, il faut le placer sur une tablette derrière la vitre d'une serre froide et aérée, où il puisse être abrité contre le soleil durant les mois d'été. Il importe aussi de le recouvrir partiellement d'une cloche de verre que l'on soutient sur le dessus de trois petits pots à fleurs ren- versés et plongeant, ainsi que celui qui porte le CepJialotus, dans une terrine pleine d'eau. De cette manière, on maintient autour de la plante la libre circulation d'un air dont l'humidité demeure à peu près la même ; c'est ainsi qu'on a obtenu les plus beaux exemplaires qu'on voie dans les jardins d'Angleterre. Le Cephalotus ne souffre pas qu'on l'enferme ni qu'on l'échauffé trop, et quoiqu'il puisse commencer à végéter un peu dans une atmosphère chaude et confinée, si ce traitement est poursuivi pendant un temps considé- rable, il languit bientôt et périt. A l'égard de la reproduction du Cephalolus^\Q dois faire observer qu'il repousse fort bien de petits fragments des racines des plantes les plus fortes et les plus âgées. 11 faut sectionner ces racines hori- zontalement en morceaux courts que l'on répand à la surface de pots remplis de terre de bruyère et de sable blanc fin. Ces pots doivent alors être placés dans un lieu où l'atmosphère soit chargée de vapeur et la température plus élevée que dans celui où croissaient les plantes dont on a coupe les racines. En employant cette méthode 52 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. et en plaçant des plaques de verre au-dessus du pot, on verra sortir des racines des boui'geons adveiilifs qui donneront des plantules. Je termine cette lecture en remerciant le savant auditoire de l'attention ffu'il a bien voulu m'accorder, me permettant ainsi de contribuer à atteindre un des buts de ce Congrès international : celui de nous communiquer réciproquement les renseignements propres à intéi'esser la science pure ou appliquée. M. .l.-E. IMiuichoii (lil (juc \{i Darliiujloti/d a ('té iiguré par Torrey, et que lui -même a suivi l'auteui' américain pour le dessin qu'il en a donné dans la Flore des serres. Il ajoute qu'il est convaincu, d'api'ès ses éludes, que les Sarrucenia doivent être éloiguf's des Papavé'racées, près desquelles on les place généralement, et rapprocbés des/*//Y>A/. M. L. Kny fait au Congrès la communication suivante : SUR LE DÉVELOPPEMENT DU PROEMBRVON DE L'OSMUNDA REGALIS L., F'ar M. le (Incleiir Ia. KXY', l'rivatdocent à l'Uiiiversilc de lîcrliii. Les recherches dont j'ai l'honneur de présente)- les résultats au Congrès ont été poursuivies pendant les deux derniers mois, et n'em- brassent par conséquent que les premières phases du développement du proembryon. Elles oHVent cependant, au point de vue morpho- logique, un intérêt si particulier, que les savants qui m' écoutent me pardonneront, je l'espère, l'insuiïisance de cette conmiunication. Parmi les Fougères, c'est à la famille des Polypodiacées que se sont tout d'abord attachées les études des oj'ganogénistcs. v'iprès que M. Nœgeli eut décrit la formation des anthéridies , M. le comte Leszczyc-Suminski suivit la plantule depuis la germination de la spore jusf{u'à l'acte de la fécondation. Plus tard, Alercklin et M. Hofmeister montrèrent que ce n'est pas seulement parmi les I^olypodiacées qu'il existe une grande conrormilé dans la structure de l'embryon et dans la partition des organes de; la fruclilication, mais que, dans ses points es entiels, cette confonuité s'étend aux Cyathéacées, Schizéacées et Marattiacées. Mais \r. type de ces quatre familles n'est plus suivi par le développement du proembryon chez les Ophioglossées et les Ilyménophy liées, coimne Metlenius l'a observé le premier. Chez les premières, ce proembryon produit un KNY. — GERMINATION DE l'OSMUNDA. 58 corps celluleuxtubériforme, chez les secondes, un filament cloisonné et ramifié. On ne connaît encore ni le mode de germination ni celui de fécondation chez les familles des Gleicliéniacées et des Osinun- dacées. Mais si personne, à ma connaissance, n'a fait du développe- ment des premières l'objet de recherches organogéniques, on a fait avec les spores de VOsmunda regalis un grand nombre de sem qui malheureusement ont presque constamment échoué. Cet insuccès surprenant est principalement dû à ce qu'on a pris des semences dans les herbiers, comme on Fa fait pour les Polypo- diacées. Comme elles sont riches en chlorophylle et que les mem- branes en sont assez minces, on peut penser qu'elles ne conservent pas longtemps la faculté germinative. Aussi ai-je préféré les fau-e tomber immédiatement de la fronde sporigère sur le substratum dis- posé à les recevoir. Le substratum que j'ai employé était, dans la plupart des cas, de la tourbe ou bien un mélange de tourbe et de terre de bruyère; quelquefois du sable mouillé ou de l'eau pure. La germination, avec des circonstances favorables d'ailleurs, commença toujours au début du troisième jour. Après avoir suivi un peu, d'une manière passive, la dilatation de Tendospore, la membrane externe de la spore se fend au sommet sur trois lignes qui correspondent aux angles par lesquels la spore touchait les spores voisines. La première cloison qui apparaisse dans l'intérieur de la cellule est toujours pei- pendiculaire au sens suivant lequel elle s'allonge, et sépare la pre- mière cellule radiculaire de la cellule-mère du proembryon^ dont elle forme le prolongement immédiat. Tandis que la cellule radi- culaire, sans se cloisonner davantage, s'accroît notablement en lon- gueur, bientôt il apparaît dans la cellule-mère du proembryon une deuxième cloison parallèle à la précédente, et sur laquelle, dans chaque cellule-fille, il en tombe verticalement une autre. Alors le jeune proembryon se compose, abstraction faite de la cellule radicu- laire, de quatre cellules disposées en croix. Trois d'entre elles, savoir les deux inférieures, voisines du premier poil radiculaire, et une des deux supérieures, se comportent à peu près de môme dans leur cloisonnement ultérieur, c'est-à-dire se subdivisent en cellules marginales de môme rang, dont chacune se développe suivant le mode connu ; pendant cela, la seconde des deux cellules supérieures devient la cellule apicale du proembryon. Elle se divise par des cloisons perpendiculaires à sa surface, cloisons inclinées alternali- vement l'une sur fautre dans deux sens opposés. Après s'être 5/5| CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. répété cinq ou six fois pour l'ordinaire, ce procédé normal de déve- loppement se trouve toujours terminé. Alors, dans la cellule apicale de dernier ordre, apparaît une cloison verticale dans sa longueur, qui sépare une cellule superficielle à trois pans d'une cellule margi- nale à quatre pans. Les divisions qui se montrent dans celle-ci ne se distinguent en rien de celles des cellules marginales qui les pré- cèdent à droite et à gauche ; elles résultent soit d'un cloisonnement longitudinal produisant deux cellules marginales semblables de la génération suivante, soit d'un cloisonnement transversal séparant une cellule superficielle d'une cellule marginale d'un degré ultérieur encore. Le développement en longueur du proembryon de \ Osmimda rcgalis a lieu dès lors comme celui de la feuille du PeUia epipIiyHa, par plusieurs cellules marginales qui se pressent dans ï échancrure terminale. Quoique dans les phases ultérieures du développement du proembryon, la direction des premières lignes de division s'efface toujours plus ou moins par suite de l'enchevêtrement réciproque des cellules, cependant on reconnaît ordinairement encore avec toute évidence, quand l'ensemble a pris sa forme dernière et définitive, que les groupes de cellules s'ordonnent suivant les quatre secteurs 'un cercle. D'après ces observations, le proembryon de VOsmunda regalis offre, quand on le compare avec celui des Polypodiacées, quelques particularités importantes. La spore ne se développe pas ici en une série celluleusc simple et primitive susceptible de s'élargir à son sommet sur un plan formé d'une seule couche de cellules, et de pousser latéralement des poils radicaux sur ses cellules. Le premier poil radical est au contraire toujours la continuation de la cellule- mère du proembryon, et il se relie immédiatement à la surface de la cellule-mère de celui-ci. Une autre différence consiste dans la formation d'une nervure moyenne à plusieurs couches i\\\\ traverse le proembryon de sa base vers son sonnnct, et se trouve bornée à son extrémité supérieure par les deux bords latéraux aliformes. Les premières cloisons de séparation parallèles à la surface appa- raissent de très-bonne heure. Sur les proembryons les plus âgés (ils avaient deux mois) que j'aie examinés, j'ai trouvé la nervure moyenne épaisse de sept couches cellulaires. Uclativement au développement des anthéridiesetdesarchégones, mes rtîcherciics laissent des lacunes à combler. Tout ce que je puis dire ici, c'est (pièces organes apparaissent fort tard. La première MOORE. — PLANTES d'iRLANDE. 55 anthéridie qiip j'ai observée Fa été an quarante-cinquième jour. Je m'abstiendrai même de parler en détail de la conformation et des transformations de la chlorophylle particulièrement faciles à suivre sur les spores en germination de ['Osmimda. Mais je tiens à insister spécialement sur ce que le proembryon de cette plante, dans l'évo- lution régulière de ses développements successifs, se comporte complètement comme le jeune axe foliacé du Pellia. De même que chez cette Hépatique, on voit se changer en cellule apicale une des cellules marginales du corps paucicelluleux résultant de la partition de la spore, et cette cellule se diviser, pendant un certain temps, par des cloisons verticales inclinées alternativement à droite et à gauche ; enfin tout l'ensemble se transformer en l'état définitif de l'organe adulte par la multiplication des cellules marginales. C'est là un exemple remarquable de cette loi que les phases inférieures du dé- veloppement des organismes plus élevés peuvent présenter exacte- ment les mêmes procédés de formation qui caractérisent l'état adulte des organismes inférieurs. M. David Moore fait au Congrès la communication suivante ; CJ SUR QUELQUES PLANTES D'IRLANDE, rar II. David .YlOORE, Directeur du Jardin botanique de Dublin. J'ai l'honneur de mettre sous les yeux du Congrès des plantes remarquables par leur rareté aussi bien que par leur distribution géographique. Je fixerai d'abord son attention sur un échantillon frais du très-rare Neottia gejnmijmra Smith, qui, jusqu'à une époque très-récente, était regardé comme tout à fait confiné dans un espace très-limité du comté de Cork, sur la côte sud-ouest d'Irlande, le point peut-être le plus occidental de l'Europe. M. le professeur Reichenbach, de Hambourg, m'a dernièrement informé qu'il a reçu, depuis quelques années, de la côte occidentale de l'Amérique du Nord, des échantillons identiquement semblables à notre plante d'Irlande qu'il affirme être très-distincte du Spiranthes cernua Rich., auquel quelques auteurs l'ont rapportée. Il est à craindre que cette plante, si intéressante pour la flore européenne, ne soit bientôt perdue pour l'Irlande, car les habitants, dans la locahté où elle croît, ont déjà défoncé le sol pour la culture des céréales et pour d'autres motifs agricoles. 56 CONGRÈS INTERNATIONAI- DE BOTANIQUE. Nous avons en Irlande quelques Éricacées fort rares, parmi lesquelles YErica Mackayana Bab. , dont j'ai le plaisir de mettre des échantillons sous les yeux du Congrès. Cette plante a été consi- dérée par quelques botanistes comme un liybride de VErica tetralix et de \E. ciliarh^ qui croissent tous deux près de la localité où elle se trouve. Je dois mentionner ici que feu Sir AVilliam Hooker m'a dit avoir reçu de la partie occidentale des Pyrénées des échantillons pareils à ceux d'Irlande qui militent contre l'origine hybride de cette plante. La forme curieuse de l'^^. tetralix, qui croît dans le Cornouailles sur la côte méridionale d'Angleterre, et qui est \E. tetralix var. (3. Watsoni, a été regardée par quelques personnes comme la même que l'is. Mackaijuna. Les spécimens frais des deux formes que je dépose sur cette table mettront les botanistes présents à même de se renseigner sur ce point. Selon moi, elles sont tout à fait différentes. La plante qui se présente ensuite à notre examen est un spécimen, récemment cueilli en fleur, du C«//?ma «^/«wL G. Planclioii, secrétaire du comité d'organisulioii, dépose sur le bureau le mémoire suivant : Sim [/ÉTAT ACTI El. I)H LA FLOllK (iHECQUl!;, par Bl. Théodore OltPUAlMlMK^i, professeur de botanique ù l'Univorsitc nationale d'Aliièncs. (Allièiics, 1/13 uoùl 18G7.) La formation d'un Congrès botanique, depuis longtemps désirée, est aujourd'hui absolument nécessaire. Il n'y a que les savants réunis en corps qui puissent mettre de l'ordre dans le chaos que l'igno- rance et l'arbitraire ont introduit dans la science ; ce malheur, comme nous le savons tous, oblige les botanistes à perdre plus de tenqis pour contrôler les fautes des autres que i)Our contribuer au véritable progrès de la science. Désirant, quoique de loin, répondre à l'obligeante invitation qui ORPHANIDÈS. — ÉTAT ACTUEL DE LA FLORE GRECQUE. 71 m'a été faite de preadre part au Congrès international de Paris, je m'empresse de donner par ce mémoire quelques renseignements sur l'état actuel de la flore grecque, détails qui pourront intéresser les botanistes au point de vue de la géographie botanique. La végétation de la Grèce, et en général celle de l'Orient, occupe depuis quelque temps des hommes éminents en Europe. Plusieurs collecteurs de trésors végétaux ont entrepris des voyages pénibles, et formé des collections où brillent une multitude de nouvelles dé- couvertes, décrites déjà en grande partie par l'illustre auteur du Flora orientalis. Cet ouvrage, admirable de clarté et de précision, embrasse la végétation de tout l'Orient, d'une partie des Indes, de la Perse, etc. , et, s'il était entièrement publié aujourd'hui, le mémoire que j'ai l'honneur de présenter au Congrès n'aurait pu en être regardé que comme un fragment, car ce sont les plantes grecques qui ont occupé spécialement depuis plusieurs années M. Boissier. Mais cà peine Je premier volume du Flora orientalis est-il paru ; aussi je ne crois pas sans utilité d'entreprendre l'examen de la flore qui m'occupe spécialement. § I. — f']tcnsc>i et faisiillcs iiaturollc<«. Sibtliorp, ayant parcouru la Grèce dans deux voyages depuis le Pont-Euxin jusqu'au bout de l' Asie-Mineure, ei depuis les confins de la Servie jusqu'au cap Ténare, dans le Péloponèse, toute la Thrace et toutes les îles de l'archipel grec, y a trouvé : Plantes {ihanérogames 2335 Plantes cryptogames 253 2588 Le but principal de Sibtliorp, à ce qu'il paraît, était de retrouver les plantes mentionnées par Dioscoride, et cela se voit dans le Pro- drovnis Flora' Grœca\ où se trouvent, auprès des noms scienti- fiques, les noms grecs vulgaires et les noms de Dioscoride. Ces derniers, d'après les résultais d'une étude spéciale que j'ai faite depuis plusieurs années, non-seulement ne sont pas toujours exacte- ment expliqués, mais dans plusieurs cas sont tout à fait erronés. Après Sibtliorp, Tournefort, dans son voyage au Levant, a dé- couvert ([uelques rares espèces, principalement en Crète et dans les îles. Dumont d'Urville et Castagne, plutôt amateurs que botanistes de profession, ont ajouté quelques chaînons à la grande chaîne de la végétation grecque. D'autres botanistes ont fait encore deux bons ouvrages : Grisebach, qui nous a donné une très-belle Flore de Roumélie, Bory de Saint- Vincent et (Uiaubard, qui ont décrit, dans la Flore du Péloponèse el des Cijclades, 18*21 espèces de plantes, faisant partie des collec- tions que l'expédition scientifique envoyée en Morée par le gouver- netnent français, a faites dans cette partie de la Grèce. Les Illustrnliones Plantariun oricnlalinni, de M\L le comte Jau- bert et Spach, ouvrage d'un grand mérite, ont ajouté à notre llore un bon nombre de belles espèces. Mais tous ces excellents travaux n'étaient que des fragments, des études partielles et séparées de la grande flore grecque. Tous ces botanistes n'ont parcouru le pays qu'à la hâte ; ils n'ont pris que ORPHANIDÈS. — ÉTAT ACTUEL DE LA FLORE GRECQUE. 75 ce qu'ils ont trouvé sur leurs pas ; aucun d'eux n'a habité le pays constamment, aucun n'avait de cori-espondants réguliers parmi les habitants du pays pour en recevoir continuellement des collections et des découvertes nouvelles. Cette honorable tâche était réservée à M. Edmond Boissier, qui dans l'étude qu'il a entreprise depuis vingt-cinq ans de la végétation de l'Orient, a compris la riche et belle flore de la Grèce, M. Boissier, après plusieurs voyages qu'il a faits en Grèce et en Orient, a trouvé ou a su se créer des correspondants zélés ; en outre, il a envoyé à ses frais plusieurs collecteurs qui ont parcouru l'Asie- Mineure et plusieurs autres provinces de la Grèce. En mi mot, M. Boissier, après la publication de sa première livraison des Dia- gnoses, en 18â2, a centralisé les recherches de tous les observa- teurs qui s'occupaient de la flore grecque. Ainsi dans les dix-neuf livraisons de ses Diar/noses^ il a décrit une grande quantité d'espèces nouvelles, et récemment il a complété son œuvre par la publication de son Flora orientalis. J'ai regardé connue nn honneur de me i-anger parmi ses correspondants et amis , et je lui ai comumniqué mes découvertes, qu'il a bien voulu publier dans ses Diaçjnoses et dans son Flora oriehtaUs. Grâce à ces grands travaux, la flore grecque, dans les Umites mentionnées ci-dessus, compte actuellement, d'après le catalogue et le tableau ci-après, 56(38 espèces, c'est-à-dire plus du double de celles que Sibthorp a recueillies et que Smith a énumérées dans le Prodronuis Flora; Grœcœ. Mais ce qui étonne, c'est que 16iiV) espèces ont été découvertes dans l'espace de trente ans; c'est ce qui démontre la grande re- cherche de la flore grecque, et je n'hésite pas à assurer que si de zélés collecteurs examinent la grande montagne du Rhodope et des monts Acrocérauniens , le Pintle et le grand Olympe de Thessalie, la montagne d'Ossa, les montagnes de la haute Macédoine dans la province d'Ochrida, le Cerceteus dans l'ile de Samos, et les hautes montagnes du continent opposé; si l'on étudie avec zèle les Crypto- games dans toutes les régions de la flore grecque, et les Algues marines de toutes les côtes, plus de 1500 espèces nouvelles seront à ajouter, et la flore grecque parviendra au nombre de 7500 espèces. Si nous comparons maintenant notre flore à celle d'une plus grande étendue de terrain, à celle, par exemple, de toute l'Allemagne, 70 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. qui est la septième de l'Europe entière, si nous examinons rexcollent ouvrage de Koch, qui a pom- limites les bords de l' Adriatique et les sonuuetsdes Alpes, nous compterons 3/126 espèces seulement, c'est- à-dire 1000 espèces de moins que n'en comptent nos Dicotylédones. Voici le tableau des familles de la flore grecque : 1:^ numération des classes, familles, genres et espèces de la flore grecque. 1. Acotylcdonctc. Genres. Espèces, Espèces nouvelles. Algœ 52 132 9 Fungi 45 63 1 Lichenoiclae. ... 28 424 2 Muscinœ 27 74 Hppaticfn 12 24 1 Filices 19 44 3 Lycopodiaceœ . . 2 2 Equisetaceœ... .1 9 1 Characea; 1 2 Total.... Tbl 474 17 II. .flonocotylcdoncse. Gramineaî 72 314 51 Cyperaceaî 7 72 3 Juncaceœ 2 27 2 Arace£e 5 11 2 Typhace.'c 2 4 1 l'alm.o 1 1 Mclantliace.n. . . 4 15 2 A.sparagiriaceœ. . 5 13 Liliace;u 17 158 62 Amaryllidefc ... G 13 nioscoreœ 1 2 Iridcuu 5 47 14 Orchidaceaî 13 72 8 iSutomaceœ. ... 1 1 Alismaceœ 3 4 ^aja(lea3 5 13 Lciniiace.'c 1 2 Total 150 769 145~ III, I»iro()lcMlonca>. Abictinc;n .... 2 9 CiiprcssincîT! .2 14 Taxiiica) 1 1 Gticlacea; 1 3 r>(;lnlinr';r> 2 3 Querciiicaj 6 27 Salicinea; 2 2'2 Total 16 ' 79 Genres. Espèces. Report... 16 79 Juglandeœ 1 1 Caesalpinieœ. ... 2 2 Papilionaceœ. . . 51 542 Airiygdaleéc. ... 3 16 Pomacetu 7 25 Iiosaceaj 10 66 Spirœaceœ 1 2 Rliamnacex". . . . 3 16 Ekr-agneœ 1 1 Thyineleacîe ... 3 15 Lauraceœ 1 1 Graiiatea; 1 1 Myrlaceîc 1 1 Stacktiousieœ. . . 1 1 Lythrariece 1 7 Œnotlieraceœ. . 3 15 Haloiagea; 4 6 CucurbitaceiC. . . 3 6 Cylifif aï 1 1 Arislolochiace;e. 2 13 Ccratophyllacetc. 1 1 Loranthacr.'c. . . 3 3 Saritalacca; . ... 2 10 Urnbellifera. ... 78 277 Araliacete 2 3 (^ornacea.' 1 3 Ralsamilluœ. ... 1 1 Pla^anacca;. . . ■ 1 1 SaxifragacciC. . 2 28 lîibcsiacefc. ... 1 4 Crassulaceic. ... 5 55 Elalinaceaî 1 1 Dalisceaj 1 1 Mcsembriarillic - maccic 3 4 Gaclaccfo 1 1 Pliytolaccaccc . . 1 1 Ghcnopodaceie. . 11 49 Ainaranlaccc. . . 2 9 Sile.iea' 12 228 Aisiiica' H 9(i Paroiiycliiacca:. . 11 29 Total 267 1622 Espèces nouvelles. 9 U 203 3 9 U 3 1 1 3 3 105 13 15 122 45 6 552 OPcPHANlDÊS. — ÉTAT ACTUEL DE LA PLORÉ GRECQUE. Genres. Espèces. Espùces nouvelles. Report 267 1622 552 Portulacaceœ. ..3 à Polygonacese. . . 5 40 10 Urticeœ 2 8 Moreœ 3 4 Cellideoe 3 à Cannabineœ .... 1 1 Nymphœaceœ .2 2 Ranunculacea3 . . 17 li/j 37 Berberidaceœ . . 4 6 Fumariacea) . . . 2 17 6 Papaveraceœ. . . 5 22 5 Resedaceœ 1 7 1 Capparideœ .... 2 2 Cniciferaî 61 260 97 Violaceœ 1 22 12 Droseraceaj 110 Frankeniaceœ . . 1 2 Viniferœ 12 Stapliyleacea;. .1 1 Celastrineœ. ... 1 2 Coriariaceaî. ... 1 1 Acerineaî 1 10 3 Hippocastaneœ. . 110 Rutaceœ 3 13 5 Anacardiacea; . . 2 à ZygophyllaceiC. . 4 5 Oxalidaceœ. ... 1 2 Linacex' 2 26 8 Geraiiiaceœ ... 3 39 9 Polygalaceœ ... 1 10 4 EiiphoibiacecE . . 5 68 13 Malvaceic 10 32 4 Hypericineœ ... 2 47 28 Tamaricineic ... 2 6 1 Cislineœ ...... 3 25 2 Ebenaceœ 1 1 Oleineœ 4 8 Ilicineœ 1 1 Styracaceœ ... 1 1 Ericaceœ 7 14 Pyrolaceœ 1 4 Total 440 2497 "797 r.cnres. Espèces, Espèces nouvelles 440 2497 797 1 1 7 30 4 5 29 14 1 24 33 320 114 2 3 1 4 1 1 2 1 3 1 1 2 2 3 18 4 2 5 18 252 123 8 18 20 142 62 5 36 9 3 5 5 13 6 5 16 1 8 114 48 3 14 2 4 30 13 7 61 24 124 686 223 1 1 S 99 39 Report. . . . Monotropaceœ . . Prlmulace;c .... Plunibaginea) . . Plaiitagineœ . . . Labialea3 Verbenaceaî .... GlobuIariace;c . . Jasminacete. . . . Acanlliaceaî. . . . Gesneraccœ .... Orobanchaceœ . . Utriculariaceiiî. . Scropliulariaceiv. Kolanaccœ Borraginaceœ . . Convolvulacea; .. Apocyneacea). . . Asclcpiadaceœ. . Geiitianaceœ. . . Rubiaceœ CaprifoliaceiC . . Valeriaiiacea3 . . Dipsaccc Gomposilae Lobeliaccm .... Campanulaceaî . Total 717 4425 1487 Réctipilulntion. I . Cryploganiiu 157 II. Monocotyle- don;o 150 III. Dicotyledo - nie 717 474 71 709 145 4425 1487 Total. 1024 5668 1048 Ce tableau a été tiré du catalogue général de mon propre herbier, et des bons ouvrages que j'ai mentionnés ci-dessus. Dans sa rédac- tion, j'ai omis toute plante douteuse et toutes les variétés même les plus notables. Des chiffres de ce tableau il résulte : 1" Que la flore grecque comprend 137 familles naturelles ; 2' Que les Cryptogames y sont aux Piianérogames coumic 1 : 12 ; 3^ Que les Monocotylédonos sont aux Dicotylédones comme 1 : 7 ; "8 CONGRÈS INTERNAirONAL DE BOTANIQUE. à" Que les dernières découvertes, iDoiitant à 10/i9 espèces, for- iiieiU les 2/7'^'' de la végétation totale ; 5° Que les familles et les genres prédominants sont dans l'ordre suivant : 1 2 3 II 5 G 7 8 9 10 Jl 12 13 1/j 15 10 17 18 19 20 21 22 23 24 25 20 27 28 29 30 31 32 33 U 35 30 37 38 FAMILLES. Conipositaî. . 'apilionaccT. Labiateofi (Iraminea:; l'nibellircrac. . . . C-ruciferœ Scropliuluriaceœ. Sileiioœ Liliaccoc llaiiunculaceai, . Roiraginaccœ. . lîiibiacere Campanulacea}. . Alsineœ Cyperaccac Orchidaccœ Eupliorbiacc'iu . . Rosaceœ Dipsaceœ ...... Crassulacere. . . . Chenopodaceae. . HypciicineiC. . . Iridaccœ Polygonaceœ. . . Gciariiaccaî . . . . Convolvulaceac. . Malvacere Primulaccic. . . . Valcrianaceoe . . Paronychiaccfc. . l'iunibagincaj. . . Saxirragacoic . . Querciiien3 Juncaccic Linaceie Pomaceœ Cistincac Salicincac Etc., etc. G86 542 320 314 277 260 252 228 158 144 142 114 99 96 72 72 68 66 61 55 49 47 àl 46 39 36 32 30 30 29 29 28 27 27 26 GENRES PRÉDOMINANTS. Senecio 41. Achillea 30. Antbemis41. Ceii- taurea 99. Trifolium 92. Oiiobrycliis 20. Vicia 40. Aslra- galus 88. Salvia. Phleuni, Poa, Festuca, Avena, Dromus. Rupleurum 31. Scselil5. Arabis, Erysimum, Sisymbrium, Alyssum. Sorofulaiia 32. Verbascum84. Veronica 47. Dianlbus 04. Silène 112. Ornitliogaluni 20. Alliuiii 63. Ranuiiculus. Anchusa, Alkanna. Galium. Campatiula. Cerastium 25. Alsine 27. Carex 40. Cyperus 14. Oichis 33. Ophrys 13. Euphorbia. Potentilla 27. Rosa 20. Scabiosa. Sediini. Cheno|iodium. Ilypcricum. Iris 12. Crocus 26. Polygonum . Géranium. Convolvulus. Valeriana, Valerianella. Slalice. SaxilVagn 27. (juercns. .luncus 20. Linum. Cislus. Salix 16. GERMAIN DE SAINT-PIERRE. — HYBRIDES DE LAGENARIA. 79 M. Germain de Saint-Pierre lait au Congrès la communica- tion suivante : CONSIDÉRATIONS SUR LE PHÉNOMÈNE DE L'HYBRIDITÉ DÉDUITES d'expériences SUR LES ESPÈCES DU GENRE LAGENARIA (fécondation d'une même fleur par plusieurs pollens; hybrides de première, DE deuxième et de TROISIÈME GÉNÉRATION), Par II. E. GËKIIAIIV Di: fliAIIKT- PIERRE. Messieurs, Dans une communication que j'ai eu l'honneur de faire, l'année dernière, à la Société botanique de France, j'ai exposé sommaire- ment le; résultat que j'ai obtenu (dans mon jardin de Saint-Pierre- des-Horts, à Hyères, Var) de la fécondation de la fleur femelle du Lagenaria spJiœrica par le pollen du Lagenaria indgaris (var. leucantha-longissima) . Je rappellerai que le L. sphœrica^ plante d'Afrique (que M. Naudin a fait connaître il y a peu d'années), est une espèce très-éloignée du L. vidgaris, plante commune dans les jardins de l'Europe, probablement originaire de l'Inde. Le L. vulgaris est annuel et monoïque, le L. sphœrica est vivace et dioïque; feuilles, fleurs, fruits, graines, présentent des différences essentielles sur lesquelles j'ai déjà insisté. Les fleurs mâles du L. sphœrica me manquaient alors ; les fleurs femelles de cette belle plante se développaient, au contraire, en abondance ; après de nombreuses tentatives infiuctueuses pour les féconder par les fleurs mâles du L. vulgaris, l'opération réussit pour une fleur; l'ovaire grossit, le fruit mûrit; ce fruit ne différait en rien, en apparence, des fruits normaux du L. sphœrica que j'obtins ensuite plus tard ; les graines contenues dans ce fruit étaient égale- ment normales en apparence, toutes étaient parfaitement conformées, également mûres et en nombre indéfini comme à l'ordinaire. Ces graiues, semées au printemps suivant, levèrent toutes par- faitement bien, et donnèrent naissance à une plante hybride, dont les individus , assez nombreux, étaient tous identiques entre eux : feuilles, inflorescence, fleurs, fruits, tenaient exactement autant de la. mère que du père. Seulement, ainsi qu'il arrive presque toujours chez les plantes hybrides, les étamines étaient stériles, les granules polliniques nuls ou atrophiés ; la plante était donc, par conséquent, 80 CONGRÈS INTERNATIONAL DE ROTANIQIÎË. incapable d'être fécondée par elle-inùmc; les ovaires, au contraire, et les ovules qu'ils renfermaient étaient parfaitement conformés. A proximité de ces plantes hybrides végétaient et fleurissaient en abondance le L. splurrica (la mère), le L. vulgaris (le père), et un autre Lagenaria, récemment découvert en Afrique, et semé pour la première fois en France : le L. angolcnsis Naudin. La plupart des fleurs femelles hybrides furent fécondées à la fois par du pollen provenant de ces trois espèces (les seules dont se compose le gem'e Lagenaria^ regardé, il y a peu d'années encore, comme monotype). Un assez grand nombre des fleurs femelles de la plante hybride qui subirent cette triple fécondation artificielle, parurent avoir accepté l'imprégnation ; les ovaires grossirent, et, à mesure qu'ils grossis- saient, on pouvait i-emarquer qu'ils revêtaient une forme, un volume, une couleui-, parfaitement intermédiaires entre la forme, le volume et la couleur des espèces maternelle et paternelle. C'est ce fruit que j'ai eu déjà l'honneur de présenter, l'année dernière, à la Société ])otanlque, et dont nous allons maintenant examiner la postérité. Plusieurs de ces fruits hybrides étant ouverts, montrèrent un très- grand nombre de graines restées à un état incomplet de développe- ment; les téguments seuls avaient pris un certain accroissement, l'embryon ne s'était pas formé. Ces graines, vides, étaient petites et de couleur blanche; n)ais un certain nombre d'autres, une sur vingt environ, avaient évidemment subi la fécondation ; elles étaient beau- coup plus volumineuses, de couleur brune, et renfermaient un em- bryon apte, en apparence, à la germination. Une partie de ces graines furent semées au printemps dernier. Une assez longue absence de ma propriété d'Hyères, où avaient lieu les expériences, ne me permit pas de suivre toutes les phases de leur développement; à mon retour, en automne, je pus m'assurer que presque toutes les graines semées avaient réussi ; quelques-unes avaient dû ne fournir que des plantes mâles ou peut-être stériles, alors desséchées, mais un certain nombre étaient chargées de très- beaux fruits ; deux formes nouvelles s'étaient produites : l'une dont les fruits sont parfaitement intermédiaires de forme, de volume et de couleur entre la mère (l'hybride de première année : L. vulgari- spIifiTtca) et le père probable (A. splicrlca type) ; l'autre dont les fruits sont également tout à fait intermédiaires entre l'hybride mère et le père probable (le L. angolensis type). Au printemps de cette année (1867), j'ai fait de nouveaux semis GERMAIN DE SAINT- PIEIIIIE. — HYBRIDES DE LAGENARIA. SI des mêmes graines de l'hybride de première année, et j'ai pu assister aux premières périodes de leur développement. La plupart de ces graines, conservées depuis deux ans, ont germé et annoncé une vigoureuse constitution; un certain nombre des jeunes plantes ont malheureusement été détruites par divers accidents. Quatre d'entre elles seulement ont pu être sauvées et se sont vigoureusement développées. Il y a quinze jours environ (à mon départ), elles pré- sentaient les états suivants : la première était une reproduction identique du type du grand-père et en même temps père probable (le L. vuk/aris var. leucantlia-lom/issiina) ; cette variété est re- produite dans toute son intégrité; il ne reste aucune trace d'hybri- dité. Cette plante fournit des (leurs mâles et des fleurs femelles dont plusieurs sont, actuellement, passées à l'état de fruit. La seconde plante est une reproduction du L. anyolensis mâle dans toute son intégrité, seulement les étamines m'ont toutes paru dépourvues de pollen bien conformé (le L. angolensis est évidemment son grand- père, ou père de l'iiybride dont elle sort, et en même temps son père) ; la troisième et la quatrième plante n'avaient pas encore fleuri lors de mon départ; mais, d'après la forme des feuilles, l'une parais- sait devoir reproduire le type du L. sphœrica; l'autre, le type du L. angolensis ; ou peut-être constitueront-elles des formes hybrides de deuxième génération, analogues à celles obtenues par le serais fait l'année dernière. Occupons-nous maintenant de la postérité des hybrides de seconde génération : les fruits de l'un des deux, de celui qui est intermé- diaire entre l'hybride de première année (sa mère), et le L. sphœrica type, renfermaient des graines parfaitement mûres et bien confor- mées, dont la plupart ont levé et ont fourni, par conséquent, des plantes de troisième génération. Ces plantes montraient, il y a quel- ques jours, des fleurs en bouton se rapportant au type L. sphœrica, malheureusement, ces plantes, en assez grand nombre, paraissent devoir appartenir toutes au sexe mâle ; dans ce cas, les fruits de cette troisième génération nous manqueraient cette année, mais de nou- veaux semis de graines que je possède en abondance pourront, plus tard, compléter le résultat, en nous fournissant le sexe femelle dans les plantes à obtenir l'année prochaine. Des fécondations successives dont je viens d'exposer les résultats, on peut, je pense, déduire les conséquences suivantes : 1" La fécondation peut avoir lieu, sinon fréquemment, du moins CONÇUES liOT. 6 82 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. accidentellement, entre des plantes d'espèces très-difl'érentes, mais appartenant cependant, soit à un même genre, soit du moins à. deux genres très-voisins. 2° Le fruit de la fleur fécondée artificiellement ne diffère ordinai- rement en rien, en apparence, du fruit normal de la plante fécondée. 3° Une même lleur femelle (du moins chez les Cucurbitacées à fruits renfermant des graines nombreuses, telles que les Lagenaria) peut être fécondée à la fois par les pollens de plusieurs espèces appartenant au même genre ; tle sorte que diverses graines, sorties d'un même fruit, peuvent produire des plantes différentes, soit ayant des caractères d'hybridité, soit retournant à l'un des types spécifi- ques normaux. h° Les graines de la fleur femelle normale fécondée par le pollen d'une autre espèce normale peuvent toutes être fécondées et par- venir à la maturité. Le fruit fécondé d'une plante hybride ne produit généralement, au contraire, qu'un petit nombre de graines fertiles; ce qui tient à ce que, dans les fleurs hybrides, les ovules ne sont pas toujours tous régulièrement conformés. 5° Très-généralement, les étamines des fleurs des plantes hybrides sont ou dépourvues de pollen ou à pollen abortif. Les fleurs femelles des plantes hybrides, bien que possédant des ovules bien conformés, resteraient donc stériles, si la fécondation n'était pas opérée par le pollen d'espèces normales. C" Le sexe femelle est donc, dans ce cas, protégé et maintenu par la nature, tandis que le sexe mâle est abandonné. Cette prépondé- rance du sexe femelle est très-digne d'être remarquée, et aurait pu autoriser, selon moi, le système de nomenclature qui consiste, dans la fabrication du nom composé de l'hybride, à écrire le nom de l'espèce mère avant le nom de l'espèce père. (Tout en admettant la supériorité de l'ovaire sur l'étamine, chez les hybrides, le procédé de nomenclature inverse a été maintenu, le nom de la femelle au nominatif, bien qu'inscrit le dernier, étant regardé connue domi- nant le nom modificateur du mâle inscrit le premier.) 7° Une plante hybride peut présenter dans toutes ses parties, dans tous ses organes, des caractères parfaitement intermédiaires entre les formes de la mère et les formes du père. (Système de végétation, dimension de la plante, direction des rameaux, forme, couleur et pubescence des feuilles; forme, couleur, odeur, dimensions des diverses parties delà fleur; forme, volume, couleur et saveur du fruit, peuvent, chez un même individu hybride, tenir exactement GERMAIN DE SAINT-PIERRE. — HYBRIDES DE LAGENARIA. 83 le milieu entre l'une et l'autre espèce.) — Ce mélange intime de deux types quelquefois très-éloignés l'un de l'autre bien qu'apparte- nant à un même genre, ce mélange, disons-nous, est bien digne de nos méditations. La plante femelle semble ne fournir que les tégu- ments de l'embryon et, plus tard, les matériaux de sa nutrition; la plante mâle semble fournir les premiers matériaux constitutifs de l'embryon. L'ovule (du moins selon l'opinion que j'ai cherché à faire provaloir) est un bourgeon (un petit axe portant des feuilles modi- fiées) produit par la feuille carpellaire; le grain de pollen est une cellule modifiée, appartenant au parenchyme de la feuille staminale; et cependant, ces organes de nature diverse : le bourgeon ovulaire et la cellule pollinique, imposent, en quantité égale, les caractères de leur espèce au produit qui résulte de leur union. (Faisons remarquer, à ce sujet, qu'un rameau greffe n'emprunte cependant aucun carac- tère, dans son évolution, à l'arbre dont la sève le nourrit.) 8° Les fleurs femelles des hybrides fécondées par le pollen d'une espèce normale peuvent donner des fruits et des graines fertiles; ces graines produisent une deuxième génération, dont les individus peu- vent retourner exactement à l'un des types normaux, ou constituer des hybrides de second degré ayant une partie des caractères de l'hybride mère, et une partie des caractères de l'espèce normale père. 9° Ces hybrides de deuxième génération ou second degré peuvent, à leur tour, être fécondés par une espèce type, et donner des fruits mûres et des graines bien conformées et fertiles revenant ou non à l'un des types normaux. 10" Les plantes vivaces hybrides se conservent naturellement comme individus, et peuvent être multipliées par dédoublement, par bouture ou par greffe; il n'en est pas ainsi des plantes hybrides annuelles; comme elles ne peuvent, très-généralement, être fécon- dées par elles-mêmes, et qu'elles exigent, pour mûrir leurs fruits, d'être fécondées par une espèce typique, la génération suivante tend. à se rapprocher du type paternel, lequel ajoute moitié des éléments à la quantité déjà fournie par la plante hybride; souvent même, celle-ci reproduit tout h fait le type paternel, ce qu a presque tou- jours lieu à la troisième génération, 11° Le maintien d'une forme hybride par génération ne peut donc être espéré que dans le cas fort rare où la plante hybride mère pro- duit un pollen fertile pouvant féconder les Heurs femelles. i 2" Les fécondations croisées ont heu généralement dans la nature par l'intermédiaire des insectes (des abeilles surtout) qui se transpor- Sh CONGPvÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. tout, chargés de pollen, d'une fleur h une autre. Les fécondations croisées ou hybrides sont ccpendauL rares entre espèces typiques; elles sont, au contraire, assez faciles entre fleurs femelles de plantes hybrides à (leurs inâles ou à étaniiues stériles, et flcuis niàles ou étamincs d'espèces typiques. M. ,1. Poisson dépose sur le l)iii'eau le mémoire suivant : suit LA MAMÈRIi i)i; i'm'';si:i{vi:i\ di-s insfxti;s les collections botamoies, l-ar SI. elllllcs POIK$»0\, Préparateur au Muséum d'iiistoire naturelle. On a agité plusieurs fois au sein de la Société botanique la question de la conservation des plantes sèches d'herbiers, et je la crois assez digne d'intérêt pour porter à la connaissance du C.ongrès les rensei- gnements que j'ai pu recueillir sur ce sujet. C'est dans le vaste herbier du Muséum de Paris, ainsi que dans divers herbiers d'amateurs, que j'ai recueilli mes assertions; je ne suis d'ailleurs l'auteur d'aucun procédé nouveau qu'il me soit permis de préconiser, sachant bien que plusieurs causes concourent ensemble ou séparément à la conservation des collections d'histoire naturelle; on ne trouvera ici que le siiiq)le raj)porteur de faits déjà connus. Toutes les personnes qui possèdent des herbiers ou qui en ont à leur garde savent que lorsqu'ils ne sont pas fréquemment compulsés, les insectes, tels que les Anthrènes, Anobium, Dermestes, Ptinus, Cis, Phalènes, Psocus, etc., attaquent bientôt ces collections. On a opposé à ces ennemis du camphre, des essences volatiles, et enfin une recette découverte, paraît-il, par Sir el.-E. Smith, en 1805, l'im- mersion ou l'imbibition des échantillons à préserver dans une solu- tion alcoolique de subUmé corrosif (bichlorurc de mercure), qui jusqu'alors avait été considérée connue radicale. Malheureusement ce moyen n'a pas été reconnu définitif, et, en dehors de nos propres observations, M. Cossou déclarait, dans une séance de la Société, il y a ])eu de temps, qu'ayant rencontré du dégât dans son herbier, considérable un le suit, il s'était décidé à doubler la dose de poison dans resj)()ir d'un meilleur résultat. C'est à ce dernier mode d'cm- poisonuemeiit (1) (pic nous reviendrons en y proposant quelques modifications. (1) riiisiciirs liotaiiistcs, pour (listingucr ccUc expression |ir(>iirciiici.l dilc ilc i'aclc dont les pliiiilcs sonl l'olijr't, ilisciil rm/ioisoniir/r/c; nous ne s.ivons, quoiqu'elles n'aient pas la même si'jniliciilion, l:i(|iicllc des deux expressions doit prévaloir. POISSON, — PRÉSERVATION DES COLLECTIONS BOTANIQUES. 85 Les collections da Muséum ont eu des dommages à enregistrer, quoique les plantes qui les composent soient à leur arrivée soigneu- sement passées au sublimé corrosif; mais le voisinage de collections d'autre nature qu'on ne peut isoler faute de place, puis enfin les locaux différents dont la température est également différente, sont des motifs qui pourraient donner raison à des accidents très- rares heureusement. Il ressortirait de nos observations que : i" Des plantes d'herbier placées dans un local à température moyenne et sèche sont plus à l'abri des insectes que celles qui sont situées dans un milieu à température variable. '2" Nous avons remarqué qu'un local à lumière vive était moins favorable qu'un local un peu sombre-, la plupart des insectes dont il est question à l'état parfait, se dirigent de préférence vers la partie éclairée et supérieure des appartements (l). 3° Les plantes dites cultivées pour des usages divers, les plantes de jardin, etc., sont bien plus recherchées de ces parasites que les plantes spontanées ou sauvages. A" Les plantes de montagnes, généralement de petite taille, mais à souches, racines ou tiges volumineuses ou succulentes, sont plus promptement atteintes que les plantes des régions basses, habituel- lement plus développées, et qui, par la nature de leur tissu plus pénétré de ligneux, offrent moins de prise aux ravageurs. Cette dernière observation, quelque douteuse qu'elle puisse pa- raître tout d'abord, n'est pas sans valeur si on ne la regarde pas comme absolue, et qu'on l'applique à la flore générale du globe. Ainsi l'on pourra avoir moins de crainte pour des plantes de la Guyane, du Brésil, des Antilles, de la Péninsule indienne, etc. , qui môme sans être empoisonnées pourraient se garder longtemps, tandis que même avec les moyens de conservation employés jusqu'à ce jour, il n'est pas certain qu'on puisse maintenir intactes des plantes du Chili, de la chaîne des Andes, des plateaux de l'Abyssinie, de l'Orient, etc. C'est du moins ce que nous avons été à même de constater dans la limite de nos observations, abstraction faite toutefois de certaines espèces qui par leur contexture défient toute attaque, ou bien d'au- tres, comme les Chicoracées, les Ombelliferes, les Euphorbes, qu'on a tant de peine à conserver en raison des sucs propres qu'elles con- tiennent. (l) M. Tli. Delacour a Im-màme constati' ce fait plusieurs fois. 86 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. Une des causes plus fréquentes qu'on ne le pense cle la des- truction des plantes qui ont subi l'empoisonnement au sublimé, est la transition de température qu'elles sont à môme d'éprouver, ou le passage de la sécheresse à l'humidité et réciproquement. Or, le bichlorurc de mercure, comme la plupart des composés de ce métal, est susceptible de se transformer ou de se volatiliser ; nous lisons dans le Traité de Chimie de MM. Pelouze et Fremy : « Tous les sels de mercure sont volatils ou décomposables par une chaleur modérée ; » puis ailleurs : « Le protochlorure de mercure est volatil, mais beau- coup moins que le bichlorure. » Déjà, en 1852, M. Cloëz, chimiste dont le nom fait autorité, nous avait engagé à ajouter à la solution de sublimé une certaine quantité de sel ammoniac (chlorhydrate d'ammoniaque). Un paquet de plantes diverses fut consacré à cette épreuve et placé ensuite dans un milieu fort compromettant avec des plantes de jardin et d'autres non empoisonnées; au bout de douze ans, les plantes d'épreuve étaient intactes quand les autres étaient presque toutes endommagées. Le sel ammoniac, d'une saveur styptique très- prononcée, et l'âcreté horrible du sublimé seraient déjà des garanties de protection, si ces deux sels mis en contact ne formaient une com- binaison, qui, en pénétrant mieux les tissus, donne de la stabilité au bichlorure de mercure. Les proportions qui paraissent le plus con- venables à M. Cloëz sont les suivantes : Bicliloruro de mercure pulvérisé 72 grammes. Clilorhyilrale d'ammoniaque pulvérisé 28 Alcool ordinaire 2 litres 1/2. Il est inutile de dire qu'on pourrait équilibrer ces chiffres en ra- menant la quantité de sublimé à 70 grammes et celle de sel ammo- niac à 30 grammes. Les plantes d'épreuve dont il est parlé plus haut avaient été im- mergées dans une solution beaucoup moins concentrée que celle-ci, et des essais comparatifs répétés apprendraient peut-être jusqu'à quel point on peut varier les doses. Une opinion qui ne nous paraît pas solidement fondée, est celle de l'avantage que certains botanistes reconnaîtraient d'employer de l'alcool à un degré fort élevé, comme pénétrant mieux les plantes qu'on y plongerait et s'évaporant plus promptement. Personne n'ignore qu'en immergeant dans l'alcool concentré des fruits ou des POISSON. — PRÉSERVATION DES COLLECTIONS BOTANIQUES. 87 matières molles, des pièces anatoraiques, des Champignons, etc., puis les exposant à l'air, la partie superficielle au moins se contracte, durcit et devient souvent friable ; conséquemment, il doit en être de même pour des rameaux de fleurs ou de feuilles qui, en raison de leur peu d'épaisseur et de leur perméabilité, sont soumis au même phénomène, quoique l'échantillon passe assez rapidement dans le liquide, et la friabilité des échantillons d'herbiers est trop connue des botanistes. Enfin il est notoire que la verdeur de beaucoup de plantes sèches fraîchement recueillies, et qui ne perdent nullement d'intérêt h la conserver, disparaît très-souvent après l'empoisonnement, si surtout on a le tort de laisser trop longtemps les échantillons dans les cous- sins de papier buvard destiné à les essorer. Nous pensons donc que l'alcool affaibli et ramené de 85 degrés centésimaux à 65 degrés par exemple, donnerait un liquide tout aussi pénétrant qu'on pourrait le désirer, si toutefois la plante qu'on y abandonne n'est pas enduite d'une matière gommeuse, d'une pruinosité, ou ne recèle pas de ma- tières insolubles ou impénétrables par l'alcool. Les procédés mis en usage depuis quelques années par plusieurs botanistes, d'air satuj'é de sulfure de carbone, de benzine ou d'acide phénique, sont d'excellents moyens à opposer aux insectes, mais qui sont transitoires ; le sulfure de carbone est le plus énergique de ces agents, car rien de ce qui vit ne peut supporter ses vapeurs concen- trées; mais il n'est pas suffisamment prouvé que les œufs et même toutes les larves soient détruits par ce gaz, à moins qu'on ne répète sans cesse l'opération, ce qui ne paraît guère praticable pour un herbier considérable. Quant à la benzine et à l'acide phénique, qui devrait être choisi de préférence à cause de son odeur plus pénétrante et de sa volatilité moins rapide , ce ne seront jamais que des palliatifs excellents pour éloigner les insectes à l'état parfait, mais qui devront être sans cesse renouvelés. Ces moyens de conservation peuvent être suffisants pour un petit herbier contenu dans quelques meubles bien clos, mais seront insuffisants pour des collections importantes. Pour ce qui est de la répugnance que certaines personnes éprouveraient pour les odeurs désagréables que répandent les produits susnommés, on comprendra que c'est une considération toute personnelle qui doit guider le naturaliste dans son choix. 88 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. M. Fuivre tait au Congrès la communication suivante : OnSIiUVATlONS SUR LA FI.OUAISON D'UiN AGAVE, Par M. aï. FAIVRSÎ, Professeur à la Facullù des sciences île Ljon. I" Accroissement de la hampe. Dans une noie publiée en 1860 (1), nous avons fait connaître après Warthausen, Gay, Lister, Martins, Regel, des résultats relatifs à la croissance de la hampe et d'un Ar/avc densiflora. Nous apportons aujourd'hui de nouvelles observations auxquelles de récentes controverses sur les conditions de croissance chez les végétaux donnent un intérêt particulier. L'Agave que nous avons étudié estl'.!. lurida Ait. (2). Il provient d'un semis fait à l'ancien Jardin botanique de la ville, cl se trouve placé, depuis le commencement de la floraison, dans la serre princi[)ale du flouriste. Grâce au concours d'un habile jardi- nier, François Gaulln, j'ai pu surmonter les difficultés qu'oflrail l'élé- vation de la hampe, et prendre les observations avec régularité, le matin d(; cinq à six heures et le soir de six à sept heures. (Commen- cées le '!"■ juin au soir, épofjue à laquelle la hampe mesurait .'V%51, ces observations ont été continuées depuis celte époque jusqu'au 'S juillet au soir ; elles comprennent donc une période de trente-deux jouiMiées. Les mesurations ont été faites de la manière suivante: 1° Hauteur totale de la hampe à partir de l'aisselle d'une des feuilles inférieures. 2" Hauteur de la partie inférieure de la hampe, j-trise du point pré- cité à l'origine du pédoncule floral le plus jnféri(!ur. 3" Hauteiu- de la ])artie supérieure e! lermiiinle à parlli- du même pédoncule. h" Glrcoiiférence de la base de la hampe. Pendant le cours des observations, la plante a été laissée dans les mêmes conditions, bien isolée sur le gazon delà serre. Le résultat général de toutes les mesures prises a été le sui- vant : En trente-deux jours la hampe s'est élevée de 3'", 51 à 5"',/i(j, soit r",95. Mais cpielle a été la marche de cette croissance, (1) Note sur la (loraisoii et le d(îVclo|ipeiiieiit de la liainpe de Wlgave densi/lora {Annales de lu Socii'l(' imp, d'Agriculture, il'Hislotrc nalurelk cl des Ans ulilis de Lyon, 18GG). (2) Cf. Ail. H'jrt. keu\, i, 'i72 ; Kniitli, lùiinn., v, l'i.'»; .lîeqnes, MuducI t/fx piaules, IV, G75, Pic. FAIYRE. FLORAISON h UN AGAVE. 89 a-t-elle été régulière, lente ou brusque, a-t-elle été plus rapide le jour que la nuit, a-t-elle subi de la part de certaines conditions mé- téorologiques extérieures des influences appréciables? Le tableau suivant, dans lequel on a pris soin d'indiquer chaque jour les dilïérences de croissance, soit de la totalité de la hampe, soit de sa partie supérieure, l'ouruira des indications précises à cet égard. CROISSANCE DE LA HAMPE DE VAGAVK LUfllDA PENDANT :î-2 JOUKS. DATES des obser- valioiis. Juin. Juin. CROISSANCE do l:i li:m)pc enlière du soir :iu iiKitin. du malin ail soir. 1 2 3 II 5 G 7 8 9 10 11 12 13 14 15 IG 17 18 19 20 21 22 23 2à 25 2G l7 28 29 30 1 Obsenal.oa in IIjIc 1 0"',05 0,03 0,02 0,01 0,03 0,08 0,0G 0,05 0,04 0,07 0,02 0,02 0,02 0,01 0,0 0,02 0,02 0,02 0,02 0,02 0,02 0,01 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,01 0,0 0,01 0,0 0,0 G h. liu soir. 0,10 0,09 0,01 0,02 0,07 0,02 0,03 0,02 0,07 0,02 0,08 0,10 0,03 0,01 0,0G 0,05 0,04 0,08 0,04 0,06 0,04 0,04 0,04 0,04 0,05 0,03 0,01 0,01 0,0 0,0 0,01 0,0 5,51 4,0/1 4,50 5.00 5,40 CROIS do SANCE II jarlie supôrieure du soir du au malin O i- nmlin. au soir. » » » » » » )) » » » » „ » )) » » » » » » » » » » » )) » u » » » 1) » n )) » » » » » » 1) » » )) » )) » )> 1) » )) » )) n » „ » )) » » n « n ODSERVATIONS JlETtOI'.O- LOCIOlIfS corresjiondanles (1). Pression. Tem- ïéralurc. Pluies, 20,0 0,50 21,8 » 1G,8 0,90 10, G 1,00 18,0 <) 19,0 )) 21,8 » 21,8 )) 24,9 )) 2'i,7 » 25,0 » 17,5 21,80 15,3 5,50 17,9 7,50 19,2 » 15,8 2,50 15,0 » 20,0 » 20,8 » il,/ 24,8 » 23,0 1) 24,6 1,00 24,0 1,20 23,7 » 22,0 0,70 24,5 » 21,9 » 23,9 21.00 22,5 » 21,5 )) 19,7 3, GO 742 741 744 748 749 748 748 748 748 » 743 743 7A5 748 744 740 744 745 748 745 744 746 745 743 742 743 744 744 745 744 740 741 (1) Nous emprunloiis ces indicalions in(Jiéoi'ûIo„'ii(ucs .-^iuk lableaux dressés rétfulièrement à rObservatoiie do Lyon, d'après des obseï valions failes cbaipie join' à neuf beures du malin. 00 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. Les cliilTres indiqués dans ce tableau nous autorisent à tirer quel- ques conséquences intéressantes au point de vue physiologique. Considérons successivement la marche de la croissance par rapport aux parties observées de l'organisme végétal , et par rapport aux in- fluences que les circonstances extérieures peuvent exercer. Un premier résultat est relatif à la différence d'accroissement entre la partie supérieure et la partie inférieure de la hampe ; des mesures régulières ont prouvé que la partie supérieure prend seule de l'ac- croissement, tandis que la croissance est nulle pour la partie infé- rieure limitée comme nous l'avons indiqué. La circonférence de la base de la hampe mesurée chaque jour a conduit au même résultat. L'activité végétative, développée surtout vers les extrémités, ne se manifeste pas -seulement, comme on le sait, dans les hampes, mais aussi dans les tiges et les rameaux. Un second résultat est relatif à l'absence d'uniformité dans la croissance; le tableau indique qu'en général, elle a été d'autant moins marquée qu'on s'est rapproché du terme des obsei'vations ; ce ralentissement graduel, déjà constaté par M. Martins, sur la hampe du Dasylirion gracile, est conforme aux lois générales de la croissance des végétaux. Si l'on partage en trois périodes de dix jours le temps pendant lequel ces observations ont été faites, on trouve les indications sui- vantes : Durant ia première période, la croissance a été de 0.89 Pendant la seconde. . . 0,74 Pendant la troisième 0,31 La croissance n'a donc point été égale dans des temps égaux ; elle est allée en diminuant; mêmes résultats si l'on considère le temps exigé pour produire, aux phases diverses de l'évolution, un égal développement. Au début, six jours correspondent à un déve- loppement de 0'",53 ; lorsque la croissance est ralentie, quinze jours deviennent nécessaires pour déterminer la même élongation. Un autre résultat physiologique de la croissance se rapporte au rap|)ort inverse entre celle-ci et la consistance ou l'épaisseur des feuilles delà rosette inférieure ; M. Martins et d'autres observateurs ont déjà insisté sur ce fait, que nos observations confirnient enlière- nicul : plus la ]i;uiip(; s';i!loug(>, j)]us les feuilles ])(M'(l('nt les SUCS dont elles sont abondaunueut gorgées au moinenl de la flcraison. Si nous al)ordons maintenaiU la question de savoir quel rôle pa- FAIVRE. — FLORAISON d'uN AGAVE. 91 raissent jouer, au point de vue de la formation des parties nouvelles, les conditions physiques extérieures, nous nous trouvons en pré- sence d'un problème fort étudié dans ces derniers temps : celui de l'influence des périodes nocturne et diurne sur laccroissement des végétaux. D'après les observations récentes de M. Duchartre (1) , l'accroisse- ment des jets, coulants ou tiges, mesurés régulièrement le jour et la nuit, chez le Fraisier, la Vigne, le Houblon, le Glaïeul, a donné le résultat général suivant: Dans ces conditions, l'accroissement a tou- jours été plus actif la nuit que le jour ; la proportion a été fréquem- ment du simple au double et môme au triple ; toutefois M. Duchartre n'a pas généralisé ces données, et l'expérience prouve qu'il était dans le vrai, que les conditions du jour et de la nuit sont relatives, et varient suivant les végétaux et suivant les parties des végétaux que l'on considère. En ce qui concerne particulièrement la hampe de YAgave, M. Martins avait déjà remarqué, dans une intéressante observation pubhée en 1857, que l'accroissement est plus considérable le jour que la nuit (2). Il a depuis confirmé ces premières données par l'étude de V Agave americana et de \ Amaryllis Belladonna (3). Il n'en conclut pas cependant que ces données infirment les résul- tats obtenus par M. Duchartre, mais seulement que la croissance n'est pas la même dans les axes feuilles et dans les hampes florales. M. Ad. Weiss a également suivi une inflorescence ô^ Ac/ave et constaté avec beaucoup de précision qu'en cinq jours l'inflorescence s'est élevée de 2'",36/i, dont O'^jVO ont crû pendant la nuit, 0'%8() dans la matinée, O"",?? dans l'après-midi, la croissance de la nuit l'emportant sur celle de l'après-midi, mais non sur celle de la ma- tinée ; d'après cet observateur, la croissance est liée surtout à la température (Zi). L'observation que nous rapportons confirme les faits signalés par MM. Martins et Weiss ; elle nous apprend que, sur trente-deux jours d'observations, la croissance de la journée a excédé vingt-deux fois celle de la nuit. (1) Duchartre, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 9 avril 1866. (2) Bulletin da la Société botanique, 1857, t. IV, p. 606. (3) Comptes rendus, 30 juillet 1866, p. 212. (4) Weiss, Botanische Untersuchungen, etc. (Recherches faites au laboratoire de physiologie de l'École d'agriculture de Berlin, pp. 129-142). î)2 CONGRÈS INTERNATIONAL DE ROTAMQUE. En additionnant les cliinVes qui représentent les ci'oissances du jour, prises de cinq à six lieiires du matin à six à sept du soir, on trouve qu'en trente -deux jours la croissance diurne a été do 1"',29 et la croissance noctunie de 0"',(K) seulement. Cette influence du jour est générale, mais elle n'est pas constante pendant toute la durée de l'élongation de la hampe. En consultant le tableau, on reconnaît que la croissance, pendant la nuit, a été trouvée, dans sept observations, supérieure à celle du jour; il n'y a rien de régulier ni dans les quantités de croissance, ni dans les époques où elles ont été notées. Nous pouvons remarquer encore que les arrêts de croissance se sont manifestés parliculière- meut pendant la nuit. Ainsi, bien que riniluence ditu'iie se marque nettement comme trait général, elle est loin d'être absolue, et VAr^ave, comme les autres végétaux, a aussi des périodes de croissance nocturne. De quelles circonstances dépendent-elles? Los circonstances qui règlent ces phénomènes sont trop multiples et trop incomplètement déter- minées pour permettre une réponse satisfaisante. M. A^"eiss a remarqué que l'état couvert ou serein du ciel est sans influence sur l'évolution, mais qu'il n'en est pas ainsi des variations do la température. Les indications météorologiques que nous avons jointes à notre tableau, permettent en certaines limites la confir- mation de ces remai-ques; on no constate; point de relations entre les pressions, les pluies et la croissance, mais, dans plusieurs cas, aux croissances diurnes les plus marquées correspondent des varia- tions et tlos élévations dans la température. Nous verrons plus loin comment la phase nocturne semble agir sur l'organisme végétal par l'abaissement de la température et par l'état hygrométrique qui eu est la conséquence. 2" EpnnouisNcinciit o( rt-oonibiiion ; rroissancc des étainincs i-t «Iii style. L'activité si marquée dans la croissance de la hampe des Arjnvc est également manifeste dans les Heurs pendant l'épanouissemeul. Nous avions déjà, dans un |)récèd(Mit travail, présenté ({uohpies inili- rationsàcet égard; nous en ajouterons maiiilonant iW plus positi\os. Vuc.un antciu-. ((ih- nons sachions, n'a iusislè encore sur cet ordre de laits. Si l'on -;nit rt''\'olnlIoii des llcnrs d'/ly^z/v siu' lo plcd-nièro, ou si. FAIVRE. — FLORAISON d'UN AGAVE. 93 après les avoir détachées, on place dans un tube contenant de l'eau des boutons non épanouis, l'épanouissement continue et les phéno- mènes se succèdent de la manière suivante: Le périanthc s'entr' ouvre, les filets des étamines romniencent à s'allonger, et l'on peut constater alors que l'extrémité du filet et l'an- thère terminale sont incurvées sur le reste du filet. Le redressement de ces parties a lieu à mesure qu'elles sortent du périanthe entr'ouvert; après leur sortie du périanthe, les filets stami- naux continuent à se développer. Lorsque cette rapide croissance des étamines est arrivée cà son terme, le style se développe à son tour. Dans le ])Outon il était caché sous les enveloppes du périanthe ; en peu d'heures il les dépasse de 0'",05() k 0'",060. Au moment où il atteint la hauteur des filets staminaux, les an- thères que portent ceux-ci, en eflcctuant leur déhiscence rapide, se sont conrbées en arc de cercle. A partir de cette phase, à laquelle se rattache la fécondation directe ou croisée, les fdets des étamines s'incurvent et se llétrissent; le style s'allonge encore quelque temps. Telle est la uiarche générale du phénomène de l'épanouissement ; on en aura une juste idée en jetant les yeux sur des figures photogra- phiques, prises successivement sur la même fleur, soit durant le jour, soit pendant la nuit. Ces figures, habilement exécutées par un de nos élèves, M. ral)bé Tournereau, montrent quel secours la photo- graphie })ourra un jour apporter à la physiologie des plantes. Ajoutons maintenant des détails sur les conditions qui modifient la marche du phénomène ou nous permettent de l'apprécier d'une manière plus exacte. Et d'abord, l'évolution florale s'accomplit de même, soit qu'on étudie la fleur à l'état normal sur la plante-mère, soit qu'on en détermine artificiellement l'épanouissement après l'en avoir séparée. On a suivi à l'extrémité de la hampe l'épanouissement d'une fleur, et les résultats ont été les suivants: Le li juillet, à neuf heures du matin, le bouton est encore clos, il s'entr' ouvre à onze heures et demie et les anthères font saillie. Le môme jour, à une heure et demie, les étamines ont déjà dé- passé de O"",!)! le périanthe, et le style apparaît. A six heures et demie la longueur des étamines est double et le style s'est allongé. 9ll CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. Le 5 juillet, à cinq heures du matin, les étamines n'ont pas moins do 0'",0;i hors des enveloppes et le style mesure 1 centimètre seulement. De cinq heures à onze heures les filets ont atteint plus de 0'",05 et le style en mesure 0"',03. A une heure et demie on constate que la déhiscence des anthères s'est effectuée ; le style atteint à trois heures les anthères ouvertes. Séparées du pied-mère et plongées dans l'eau, les Heurs s'épanouis- sent plus lentement; mais l'évolution en est la même. Des boutons cueillis sur la hampe six mois après la floraison ne se sont plus développés hors de la plante, môme dans les conditions les plus favorables. L'épanouissement s'effectue à l'obscurité connue à la lumière. Ces expériences directes, si fidèlement représentées par nos images photographiques, indiquent aussi que l'activité végétative serait plus favorisée par l'influence que par l'absence de la lumière ; il est certain, d'un autre côté, que la déhiscence des étamines est plus lente et plus difficile chez les fleurs écloses à l'obscurité, et que chez elles les filets ont tendance à rester plus rapprochés du style et du stigmate; ils ont moins de consistance, de fermeté. On s'explique ces modifications si l'on réfléchit à l'abaissement de température et aux changements dans les raj^ports de l'absorption et de fexhalation. Ces faits concorderaient aussi avec les résultats d'observations faites récemment sur les pétales du Selenipcdiiim caudatum. On a trouvé que ces ])étales se sont accrus de 3/i/i millimètres de longueur pendant les quatorze jours de la durée de leur développement, tandis que la croissance, pendant les quatorze nuits, a été de 326 milli- mètres seulement (1) . Nous avons fait sur le mode et sur la quantité d'accroissement des étamines et du style de nombreuses observations; nous en résume- l'ons les indications essentielles ; elles donneront une idée exacte de l'étrange activité que les fleurs présentent alors dans leur nulritioii. Expérience I. — Mercredi 2i) juillet, huit heures du malin. Observation sur une fleur coupée et plongée dans l'eau par son pé- doncule. Le filet des étamines mesure 0'", 016, à partir du sommet du périanthe; le style en dépasse les enveloppes de 0"',003 environ; (1) Dclclievnlcric iKiiis lievuc horlicolc, IG juillet 18G7, p. 279. FAIVRE. — FLORAISON d'uN AGAVE. 95 le filet de l'étamine à observer est partagé par des marques faites à l'encre en trois parties égales. A quatre heures et demie, le filet staminal mesure 0'",050, l'accrois- sement a donc été en huit heures de 0'",03^. La distance primitive entre les espaces hidiqués est demeurée la môme; la croissance s'est donc faite par la portion inférieure. Le style a atteint 0"',017; on fait une marqueà 0"\026 au-dessous de son sonmiet, et l'espace compris est partagé en deux autres égaux. Jeudi 25 juillet, à huit heures du matin. La croissance du filet staminal a été de 0'", 003 seulement; les intervalles primitivement indiqués n'ont pas changé sensiblement. Le style mesure de son sommet à la marque indiquée, 0'%035, il s'est donc allongé dans cette partie de O'^jOOO; on constate en outre que la partie sous-jacente à la marque inférieure l'a dépassé de près de 0"',01 ; l'élongation s'est faite de bas en haut, plus mar- quée dans l'intervalle inférieur que sensible dans le supérieur. Jeudi 25, à quatre heures du soir. Le style atteint O^sOôS, il s'est donc accru en huit heures de jour de O'",02o, beaucoup plus le jour que la nuit. On constate encore que la croissance s'est effectuée très-sensiblement de bas en haut. Vendredi 26, à trois heures du soir. Le style mesure 0"',083, il s'est donc accru en vingt-trois heures de 0"',025. Les distances entre les marques tracées sur les filets d'une des étamines sont restées les mêmes ; la croissance a eu lieu au-dessous des marques inférieures. Dans une autre expérience, nous avons également mis en évidence la croissance de bas en haut des filets et des styles. A trois heures du soir on marque un trait à 0"',020 au-dessous d'une anthère sur le filet qui la supporte; ce trait correspond alors au sommet du périanthe. Même trait sur un style à 0'%00G au-dessous du stigmate ; ce trait correspond également au sommet du périanthe. Le lendemain, à huit heures du matin, la ligne marquée sur le filet staminal est distante de 0™, 022 du sommet du périanthe ; l'élongation entre elle et l'anthère est de 0"\00/î seulement. Le style n'a acquis aucune croissance au-dessus de la marque in- diquée, mais au-dessous de celle-ci, et par suite de l'élongation de bas en haut, il dépasse le périanthe de 0'",008. 06 CONlinÈS INTEr;NATION\L DE BOTANIQUE. Le iiièine joui-, à quatre heures, la marque inférieure du style dépasse le périanthe do 0"',02'2. On trace un nouvel indice en ce point ; le lendemain, à une heure, ce nouvel indice s'est élevé lui- même par rapport au sonunet du ])énanthe de (3"',017. (les faits, confirmés par un ensemble d'observations dont il est inu- tile de rapporter ici les détails, indiquent C|ue la croissance des éta- mines et celle du style ont lieu très-rapidement et piincipalement de bas en haut. Après avoir constaté la croissance si rapide des étamines et des styles allongés par leurs parties inférieures, nous nous sonunes pro- posé de rechercher jusfp'à quel point ces organes de la fleur sont indépendants dans leur évolution. Rappelons d'abord ce fait général et bien net, (ju'une fleur isolée du pied-mère s'épanouit plus lentement, mais suivant le uiêmemode, (pie lorsqu'elle est adhérente à la hampe. Ce sont les sucs dont sont gorgés le réceptacle et la base des pièces florales qui fournissent à ce développement, comme on en acquiert la certitude en étudiant la fleur avant et après son épanouissement. Si, dans un bouton, on enlève partiellement, soit une étaniine, soit une partie du style ou du stigmate, la croissance continue dans les parties restantes comme si elles eussent été intactes. Les expériences suivantes mettent en évidence ces résultats. 1° Le 23 juin, à cinq heures du soir, on enlève sur une fleur en bouton isolée, non épanouie, les anthères qui surmontent les lilets. Malgré cette ablation, on constate le lendemain à huit lieures, la croissance des hlets mutilés ; ils dépassent les enveloppes de 0"',030, le style les dépasse de 0"',005. A deux heures, le style a atteint 0'",012, les fdets des étamines mutilées continuent Iciu- élongation comme s'ils eussent été intacts ; il en est de même le 2/i et le 25 à quatre heures et demie : à ce mo- ment, le style dont la puissance d'accroissement sendjle augmentée par l'ablation des anthères, atteint ()"',Or)S. Sur une autre fleur on pratique, le 23, à cinq heures, l'ablation du stigmate sans toucher aux étamines; on voit continuer, malgré cette ablation, l'évolution des étamines et même celle du style. Le 25, à huit heures, les filets se sont allongés et les anthères ouvertes; le style dépasse le périanthe de 0"',01/i; dans la journée du leudeuiain il mesure 0,030 ; T accroissement est continu jus- (ju'au 27. FAIVUE. — FLORAISON D'UN AGAVE. 97 Sur une autre fleur, un lilet staminal encore dans le bouton est coupé en deux parties, dont l'une portant l'anthère non ouverte ; ce fragment, mis dans l'eau, continue à s'accroître et la déhiscence de l'anthère se produit; le fragment du filet resté adhérent dans la fleur s'allonge également. Pour nous mettre à l'abri d'erreurs, en partant, pour mesurer l'élongation, du sommet du périanthe, nous nous sommes assuré que les parties de cette enveloppe florale conservent une hauteur con- stante pendant la durée de l'observation. Ainsi il y a indépendance dans l'évolution des parties florales par rapport à l'ensemble de la fleur, comme il y a indépendance de l'évo- lution de la fleur elle-même par rapport à la hampe. C'est un nouvel exemple de l'individualisation et de l'indépendance du rôle des parties dans l'ensemble, ce fait capital que les physiolo- gistes ont nus en évidence jusque chez les organismes les plus perfectionnés. Un dernier résultat de nos études consiste dans la détermination du mode de fécondation ; celle-ci ne serait pas directe chez ÏAr/ave, mais croisée, comme il arrive si souvent chez les plantes herma- phrodites (1 ) . Voici les faits qui autorisent cette manière de voir, lis résultent d'observations effectuées non-seulement sur VAc/avc lurlda, mais sur un Agave d'un autre groupe, le Bonapartca juncca. D'abord l'inflorescence composée favorise, chez V Agave comme chez beaucoup d'autres plantes, la dissémination du pollen sur les différentes fleurs d'un même pied. En second lieu, dans les nombreuses fleurs isolées dont nous avons suivi l'épanouissement, nous n'avons jamais vu que le stigmate ait reçu le pollen des anthères; les étamines s'allongent les pre- mières, se déjettent du côté extérieur des enveloppes florales, et leur déhiscence a lieu avant que le style et le stigmate soient préparés. Si l'on observe enfin comment les choses se passent à l'état normal sur la hampe elle-même, on constate que l'épanouisse- ment marche de bas en haut et que les lleurs d'un étage sont toujours en avance sur celles de l'étage supérieur ; l'évolution a lieu de telle sorte qu'il y ait coïncidence, au point de vue de la féconda- (1) Voyez notre travail spécial Sur les rroiseme.iHa entre individus de même espèce dons le rèçine vfgclal, piibln' dans le ]lrr.upil ile^ travaux du Congrès médical de France. Session de Lyon, i vol. Paris, J.I!. BaïUicie et lil^-, 18(35, CONGRÈS r,OT. 7 98 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. tion, entre les stigmates des fleurs inférieures et les étamines des supérieures. En elVet, celles-ci, développées avant le style de leurs propres fleurs, s'incurvent au dehors et émettent leur pollen précisément au moment où le style des fleurs placées au-dessous a terminé son élongation, où leur stigmate est préparé. On reconnaît cette prépa- ration du stigmate, non-seulement à la production visqueuse de ses papilles, mais à l'écartement des lobes qui le composent. Or ces phénomènes physiologiques s'accomplissent dans la ffleur au moment propice, non pour qu'elle reçoive son propre pollen, mais pour qu'elle devienne féconde par le pollen des fleurs supérieures ; c'est dans ces conditions et en observant ces croisements qu'on réalise avec succès les fécondations artificielles. L'examen des photographies qui accompagnent ce travail vous montrera, messieurs, comment l'évolution des étamines précède celle du stigmate, et la tendance qu'ont les étamines, surtout à l'obs- curité, à s'incurver en s' écartant du stigmate. L'Agave qui fait le sujet de cette étude, vient de donner lieu, une année après sa floraison, à une curieuse manifestation physiologi- que. Les capsules ont produit des graines fécondes, et la hampe s'est maintenue bien vivante ; sur les branches courtes qui en partent et qui portaient l'été précédent des fleurs abondantes, se sont déve- loppées d'autres productions destinées à la multiplication du végétal. Ces productions sont des bourgeons mobiles ou bulbilles, dont on n'a point, que nous sachions, signalé l'existence chez l'espèce dont il s'agit, et surtout après sa floraison. Il a suffi d'imprimer des secousses à la hampe pour détacher aisément ces bulbilles, qui ont été employés avec succès à la umltiplication de la plante. L'examen de plusieurs de ces bulbilles nous a révélé un fait inté- ressant : il s'agit de la transformation florale plus ou moins complète des feuilles intérieures de ces bourgeons ; tantôt les pièces du pé- rianthe y sont seules apparentes, tantôt la fleur est entièrement con- stituée. Ces anomahes ne laissent guère de doute sur les rapports étroits qui unissent, au point du vue morphologique et physiolo- gique, le bourgeon, le bulbille et la fleur. U. IL Vilniuriii insiste sur hi (lliréiviicc que M. Faivre a rc- marquc'^c entre le développenicnt diurne et le déveloijpenient nocturne des Agave. 11 rappelle que Lindley, il y a une vingtaine SCHULTZ-SCHULTZENSTEIN. — CYGLOSE. 99 d'anuétis, a fait sur quelques végétaux des expériences analo- gues, dans lesquelles cet observateur partageait en quatre frac- tions la durée du jour ; il avait vu ses plantes atteindre leur maximum de croissance dans des fractions très-diverses de la journée. M. de Schœnefeld rend compte de l'herborisation faite, le 18 août, dans la forêt de Fontainebleau, sous sa direction. Cette course, dit-il, ne mérite pas un rapport spécial, parce que vu l'époque un peu tardive de l'année, elle ne pouvait guère que reproduire celle que la Société botanique de France a faite dans la forêt, le 12 août 1855, et qui a été de ma part l'objet d'un rapport détaillé inséré au Bulletin de la Société, t. II, p. 592. Le seul fait intéressant que nous ayons relevé dans notre rapide excursion, c'est que le Goodyera repens a sensiblement diminué sous les pins du mail Henry IV. M. Schultz-Schultzenstein, vice-président du Congrès, fait une communication orale sur la nutrition des plantes, et expose principalement que la formation de gaz a lieu beaucoup plus abondamment sur les feuilles immergées dans l'eau, quand on ajoute au liquide une substance acide, notamment du bitartrate de potasse. M. Schultz-Schultzenstein revient en outre sur la théorie de la cyclose, dont il est l'auteur, et qu'il a exposée dans un mémoire sur les laticifères, qui lui a fait décerner par l'Académie des sciences de Paris le grand prix des sciences physiques en 1833. Il s'applique à réfuter les objections qui ont été faites à cette théorie par divers observateurs modernes, et se propose de répéter devant le Congrès, dans un local appro- prié aux observations, ses expériences sur la formation des gaz, et de montrer au microscope certaines propriétés du latex (1). M. le Président répond que le bureau s'occupera de chercher le local nécessaire aux expériences de M. Schultz-Schultzenstein. (1) Le manuscrit de ces deux communications n'a [las été laissé au Congrès par M. Schultz-Schullzenslein. .100 r.ONGULS INTERNATIONAL DK BOTANIQUE. M. Sihultz-Scliullzoïisleiii dépose en outre sur le bureau le mémoire suivant : ni-, i.A niFKKtiKNCK (.ii;i KxisTi: KMin: I.A THÉORIIi 1)1-: L'ANAPHYT0S1<: DES PLANTES ET LA THÊOHIL OL LA MSTAMOnPIlOSL , Par M. SCnUIiTK-8CfilUliTXI<:\STEi:V, iirofcsseur à l'Université de Berlin. I. — EmsaLs nntériciir.s fnîcs pour trouver dans Ic>4 parties conslitiitivr* di'.*i plantes rél«'*iueiit essentiel de leur fornintinn. Avant d'aborder le sujet principal de ce iiiômoirc, l'étude de l'ar- ticle végétal {anapliijton), qui est l'élément morphologique essentiel des végétaux, je dois rappeler les essais autérieurs que l'on a faits pour déterminer cet élément par d'autres méthodes. On a compris de tout temps que ce principe général et nécessaire, sans lequel le végétal ne pourrait pas exister, doit en régler l'évolution successive et par conséquent servir aussi bien à en expliquer philosophiquement les diverses formes qu'à en classer systématiquement les diverses espèces. De là sont nées les tentatives faites, dès les premiers temps de la science, pour découvrir la nature de ce principe. Jusqu'à présent tous les essais qui ont eu lieu dans cette voie se sont bornés à chercher dans les plantes une partie extérieure qui contînt ce principe et concourût à la formation des autres })arlics. Cl' est ainsi qu'on a regardé successivement comme l'élément essentiel du vé- gétal la semence, l'embryon , la feuille. L'opinion d'Aristote, qui attribue ce caractère à la semence, dans laquelle, dit-il, réside l'âme de la plante, fut adoptée implicitement })ar Césalpin, puis par Ray et par Jussieu, qui en déduisirent que la graine doit fournir les moyens pratiques d'une bonne classification. Il est vrai que ce fut sans en prouver d'abord scientifiquement la vérité, ce qui du reste n'était guère possible, car l'embryon, abstraction faite de ce qu'il ne se produit pas dans toutes les plantes de la même manière, et de ce qu'il est construit tout diiïéremment dans les classes diverses, ne peiU, pas être l'élément général de l'organisation végétale. En effet, il n'est pas lui-même un élément simple; il représente plutôt, quoirpiV II miniature, une plante entière nnmie de sa racine et de ses feuilles ; il consiste en plusieurs paities, à propos (lesquelles on doit rechercher de nouveau quelle est de chacune d'elles la partie SCHULTZ-SCHULTZENSTEIN. — ANAPIIYTOSE. 101 essentielle. D'ailleurs, si les classes des Acotylédonées, des Monoco- tylédonées et des Dicotylédonées ont été déterminées par Jussieu d'après la forme de l'embryon, ce fut d'abord sur l'ensemble de leur sti'ucture qu'elles furent établies, plutôt que sur celle de l'embryon, qui ne servit guère qu'à les nommer : c'est pour cela que souvent les embryons qui appartiennent à une même classe dillerent tant les uns des autres. Plus tard se produisit la théorie des métamorphoses dont les au- teurs touchèrent souvent au sujet qui nous occupe. Le but de tous les naturalistes qui ont enseigné cette théorie, depuis Linné jusqu'à Gœthe, était d'expliquer la génération des fleurs et des autres parties de la plante. C'est ainsi que d'après Linné et Swammerdam la plante serait la larve de la fleur. Ou a dit d'après cela que la fleur est une plante métamorphosée, et l'étamine un pétale transformé. Gœthe a retourné cette comparaison en soutenant que la plante est une fleur transformée ; Linné voyait dans la formation de la fleur un développement par anticipation [prolejjsis) , qui réunissait dans le même ensemble plusieurs bourgeons de l'année invaginés les uns dans les autres par le raccourcissement de l'axe. A cela Gœthe ré- pondait que l'évolution des verticilles floraux est simultanée, tandis que celle des bourgeons est successive. Mais quoique Gœthe blâmât la théorie de la prolepsis, il l'a cependant admise et conservée en principe, puisque sa théorie de l'évolution simultanée et successive ne dit pas autre chose, en fait, que l'expression dont s'est servi Linné. D'après la théorie de la prolepsis, les jeunes pousses, formées de tige et de feuilles, sont l'élément morphologique qui doit constituer la fleur; d'après la théorie des métamorphoses, ce sont les feuilles seules qu'il faut considérer comme l'élément morphologique essen- tiel, comme la plante primitive, ainsi que l'appelle Gœthe. Celui-ci s'en est même rapporté, dans ses écrits ultérieurs, à C.-F. Wolfï, qui considère les feuilles comme des couches de la tige se résolvant en appendices; d'après cela, feuille et tige formeraient un tout orga- nique. Meyer, de Kœnigsberg, pensait que l'idée de WolIT n'est que le complément de celle de Gœthe, et plusieurs autres l'ont admis comme Meyer (1) , mais, en réalité, l'idée de AVolfl' est inconciliable (1) Voy. Alfred Kirclihoff, Die Idée der Pjlamen-Melamorphose bei Wolff und Gœthe ; Berlin, 1867, M. Kirchhoffa avancé que l'idée de la miMamorpliose se trouvait déjà cliez Wollî, el d'autre part, ([ue Gœthe avait déjà exprimé l'idée de l'anapliytose. Ces deux altirmations sont dénuée.-; de tout fondement. 102 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. avec celle de la métamorphose des feuilles, puisque selon lui c'est la tige et non la feuille qui serait le véritable élément-type de la plante, et que la métamorphose s'opérerait aux dépens de la tige et non de la feuille ; d'ailleurs il ne paraît chez lui ni l'expression ni l'idée d'un tel phénomène, car il ne discute que la théorie de l'épigenèse, et il me semble tout à fait erroné qu'on cherche chez lui, comme le fait M. Kirchhofl", la première conception de la métamorphose des feuilles. Au point de vue historique, c'est encore une grave erreur que d'attribuer à C.-F. AVolff l'hypothèse qui considère les feuilles comme des appendices ou des prolongements delà tige. Cette hypo- thèse est beaucoup plus ancienne et appartient à Malpighi , qui l'a motivée très-scientifiquement et l'a appuyée de faits probants, sans s'occuper aucunement de l'idée de la métamorphose, et, plus de cent ans avant les travaux de Woliï, Malpighi (1) déduit, comme résultat définitif de ses recherches microscopiques, la conséquence suivante : « Illa enim omnia quœ in trunco seu caule, principe vege- » tantium parte, colliguntur et quasi compendio coercentur, ulte- » riore productione in extremis et junioribus partibus solutse, in » folia exeruntur, ita nt elongati et laciniati trunci appendices » videantur. » Malpighi trouve les motifs principaux de cette hypo- thèse dans ses observations, selon lesquelles les faisceaux de vais- seaux ou les nervures des feuilles ont leur origine dans le corps ligneux de la tige. On ne trouve pas plus chez Malpighi que chez AA'olfl' l'idée de la métamorphose des feuilles; et c'est montrer une entière ignorance des travaux du premier, et se méprendre com- plètement sur les travaux du second, que de vouloir trouver en lui le précurseur de Gœthe. La théorie du philosophe de '^^"eimar est plutôt sortie de la métamorphose des insectes qu'enseignait Swammerdam, ou de la prolepsis de Linné. C'est une erreur non moins grande que d'attribuer à GdHhe l'idée de l'anapliytose. La théorie de l'anaphytose et celle de la métamor- phose sont très-différentes, comme le prouvera l'exposition que nous allons faire des principes de l'anaphytose. En produisant sa théorie, Gœthe n'a fait qu'élever la feuille au caractère de principe général créateur de la plante. Selon lui, la nature doit se servir de la feuille, type végétal originel, comme d'une partie simple, toujours présente, pour produire en ha métamorphosant tous les autres organes. 11 (1) Anatome plantarum. De fi)liis, in Opéra omniu. Lonil., 1G8G, iii-fol., p. 38. SGHULTZ-SCHULTZENSTEIN. — ANAPHYTOSE. 103 attribue à la feuille l'importance de l'embryon, et même une impor- tance supérieure, puisque l'embryon est constitué par des feuilles. Telle est, en substance, la théorie de la métamorphose. Malgré l'ex- tension considérable qu'elle a prise, elle tient cependant à des suppo- sitions erronées, et ne se soutient pas devant des objections morpfco- logiques ettaxonomiques, dont les plus importantes sont les suivantes: 1° Si la feuille était la forme-type, de laquelle dussent sortir toutes les plantes et les parties des plantes, il n'y aurait ni plante ni partie de plante qui ne provînt d'une feuille. Au contraire, nous voyons plusieurs parties de plantes, comme les racines, et beaucoup de plantes, comme les Champignons, les Conferves, se développer sans qu'il y ait eu formation antérieure de feuille. Il existe même des plantes complètement dépourvues de feuilles qui, néanmoins, portent des fleurs et des fruits; d'autres, comme les Mousses, les Fougères, émettent d'abord des axes qui, plus tard, se garnissent de feuillage. De tout cela, il ressort que les feuilles ne sont pas une partie commune et nécessaire d'où dépendent la vie et la forma- tion des plantes. 2° Avant que l'on voulût expliquer par la feuille toutes les autres parties de la plante, il fallait expliquer la nature ou la formation de la feuille elle-même, et en faire comprendre le développement. La théorie de Gœthe prétend tout nous expliquer à l'aide d'un élément qui n'est lui-même ni expliqué, ni déterminé, et dont l'explication est précisément la grande énigme de la botanique. 3° Dans cette théorie, la feuille demeure à Tétat de conception abstraite, d'élément mécanique ; la métamorphose de la feuille ne peut donc être qu'une transformation mécanique, abstraite, mathé- matique pour ainsi dire ; l'explication de l'évolution végétale se ré- duit à des formules vides. Or ce prétendu élément simple est en réalité un objet très-complexe, dont la complexité dérive de l'appli- cation de deux lois, l'articulation et la ramification. li° En réduisant à la feuille les différentes parties du végétal, on les identifie dans ce qu'elles ont d'essentiel, ce qui contredit com- plètement la variété de leurs fonctions. Cette observation s'applique surtout à la floraison et à la formation sexuelle de l'embryon. On sait combien les fleurs et les fruits peuvent varier, surtout dans les plantes cultivées, sans qu'il y ait de variations correspondantes dans les feuilles. La formation des hybrides témoigne aussi contre la prépondérance attribuée à la feuille. lOi CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. 5" Les vraies feuilles ont sur la môme plante une contexture si tlifl'érente de celle des fleurs et des fruits, que ceux-ci ne peuvent pas être une simple transformation des premières. 6" Si les feuilles étaient vraiment la forme-type de toutes les autres parties delà plante, le caractère particulier des feuilles devrait se retrouver dans les Heurs et dans les fruits d'une même espèce de plantes; il devrait y avoir correspondance ou ressemblance entre les fleurs et les fruits d'une plante et ses feuilles ; mais c'est le con- traire qui a lieu. 7° Ds là ressort que l'hypothèse de la métamorphose est tout à fait impropre à caractériser et à classer les plantes. L'idée de la métamorphose des feuilles a été modifiée et étendue par Turpin et de CandoUe ; ils ont établi, outre la feuille, une se- conde partie morphologique essentielle, à laquelle ils ont imposé le nom d'axe, et l'on a regardé alors toutes les parties do la plante comme ])rovenant de feuilles ou appendices rangés autour de l'axe. Cela nous amène à rechercher si ces tiges, considérées comme axes, sont constanunent présentes dans le règne végétal. Or cela n'est pas plus vrai des tiges que des feuilles, car : 1" Les tiges manquent chez beaucoup de plantes, comme chez les Ulva^ souvent chez les Lichens, entièrement chez les Lemnacées, tandis que chez d'autres, comme les Hépaticpies, la lige ne se dé- veloppe qu'après un thalle foliacé. La tige n'est donc ni constante dans son existence, ni liée nécessairement à la feuille. 2" On ne peut point soutenir que les feuilles doivent être néces- sairement portées par des tiges, puisqu'elles peuvent aussi naître sur d'autres feuilles (Fucoïdées, Lemnacées) ; comme le font aussi les fleurs dans leur totalité {I{uscus), ou quelques-uns de leurs élé- ments (pétales insérés sur le calice, étamines insérées sur la corolle ou sur le j)érianthe unique). 3' La notion d'axe est tout aussi ))eu déterminée ((ue celle d'ap- pendice, et n'est tout au plus qu'une abstraction mécani([ne. Les axes ne peuvent pas être le centre constant de la formation des ap- pendices, ])ui.srprils manquent entièrement à beaucoup de plantes et ti beaucoup de parties de plantes. /i" On n'explique })as plus l'oiigine des axes que celle des appen- dices. 5" Les axes et les a])pendicos n(^ sont uullcuicnl, coiuuk^ on l'ad- met, de^ pallies contraires, ni uiécaiiiipicnicnl, ni or;':;ini(jin'rueiit ; SCHULTZ-SCHULTZENSTEIN. — ANAPHYTOSE. lOô mais bien plutôt des parties identiques dans l'origine ; on le recon- naît à ce que souvent les feuilles se changent en véritables rameaux, tandis que, d'autre part, des organes morphologiciuement cauli- naires se résolvent en feuilles parfaites, comme cela est évident pour les Fougères, les Phjllucladus, les Ruscus, les Cycadées, etc., dont on appelle les feuilles rameaux foliacés. On a pensé que le nombre des appendices renferme une loi de formation. Cependant il s'en faut que ce nombre concorde avec le type des fleurs ou des fruits, pour exprimer le caractère du végétal que l'on observe. Si les proportions numériques contenaient la loi de formation des plantes, le type de la plante entière pourrait être j-endu par une formule. Il n'en est point ainsi. Nous voyons au con- traire les nombres des élénients floraux varier dans le même type de fleurs, par exemple, chez les Rheiim, les Paris ; et d'autre part les types les plus différents admettre dans leurs Heurs les mêmes proportions numériques : on en trouve un exemple dans les Liliacées et les Berbéridées. Le système numérique de Linné, en désaccord avec les affinités naturelles, a prouvé surabondamment combien les types sont indépendants des nombres. Qui pourrait déterminer le type des Amentacées, des Gupulifères, des Cycadées, etc., d'après des proportions numériques ? II. — lia ramification, caracf4]-i'«> morphologique clos plantes. Si l'on n'a pu jusqu'ici réussir à trouver dans une partie exté- rieure des plantes l'élément universel de leur formation, c'est parce qu'aucun de leurs organes ne se reproduit constamment chez tous les individus du grand règne végétal. 11 fout chercher cet élé- ment ailleurs, et ce ne peut être que dans les lois de la formation organique. Quels que soient les organes, et quelque nombreux qu'ils soient, depuis la racine jusqu'au fruit, ils doivent porter en eux le caractère que leur impriment ces lois, qui est le caractère morpho- logique fondamental du végétal. Nous considérons la ramification comme le véritable principe morpholor/iqae essetitiel de la plante ; elle se reconnaît dans tous ses organes; c'est le fondement de toute formation végétale ; et l'aspect général de la plante n'est qu'une expression tangible de la loi abstraite de la ramification. Il n'y a aucune plante qui ne soit raini!iée dans toutes ses parties, ou qui ne puisse se ramifier. Dans les théories qui ont légné jusqu'aujourd'hui, on ne consi- 100 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. dère cependant pas la ramification comme un caractère général, mais comme une fonction spéciale de certaines parties de la plante, les tiges ou axes ; on ne l'attribue pas aux autres parties de la plante, feuilles, fleurs ou fruits. Aux tiges seules on reconnaît la faculté d'émettre, et par formation axillaire, des bourgeons qui s'allongent en rameaux doués des mêmes facultés. Tout cela est trop restreint et ne convient qu'aux tiges qui possèdent des feuilles. Les tiges aphylles, comme celles de certaines Chénopodées, pous- sent des rameaux et bourgeonnent sans feuilles ni boutons. Il en est de même des plantes chez lesquelles la ramification se produit au-dessous des feuilles, c'est-à-dire des Équisétacées et surtout des Fougères. Si l'on veut, avec Mettenius, contester chez ces dernières la généralité de ce fait, on devra tout au moins en reconnaître l'existence. Non-seulement les tiges des Fougères produisent, sans la formation préalable de boutons, des pousses situées en dehors de l'aisselle des feuilles, mais encore le même fait s'observe dans les variétés dites prolifères, sur le"' nervures de leurs feuilles, comme sur celles des Bryophyllum, des liegonia, des Cardamme, et de tant d'autres végétaux. Il n'y a là ni aisselle ni bouton. Et veut-on d'ailleurs considérer la racine? Y a-t-il chez elle feuille ou bouton, et n'y a-t-il pas ramification ? Et ce qui est vrai de la ramification des racines ne l'est-il pas de celle des C/iara, des Conferves, des Champignons? Chez tous ces végétaux vous trouverez des rejetons, mais jamais de feuille. On voit parfaitement, par ces exemples, que la notion de ra- meaux, considérés comme issus d'un bourgeon, et telle qu'elle a cours dans la science, ne convient point à l'universalité des cas, et que ce que l'on appelle bourgeon n'est qu'un mode particulier de la formation raméale. Il importe donc de rendre la notion générale de rameau et de ramification complètement indépendante de l'exis- tence des boutons et des feuilles. La formation des rameaux est aussi indépendante de celle des feuilles que la formation des feuilles l'est chez les Lemnacées de celle des figes. Lorsqu'on aura a])andonné cette manière étroite de concevoir le rameau ou la ramification, on pourra facilement se convaincre de la généralité que présente cette fonction chez toutes les plantes et dans toutes les parties des plantes, dans chacune desquelles on doit natu- lellement en retrouver le caractère. Aucune sorte de ramification ne peut servir de type à la notion générale de la fonction. C'est SCHULTZ-SCHULTZENSTEIN. — A.NAPHYTOSE. 107 celle de la tige, répandue à profusion, qui a fait la plus vive im- pression sur tous ; aussi a-t-elle été considérée depuis des siècles comme le type de la fonction, même par les botanistes morpliolo- gistes qui en ont négligé les autres aspects. Cependant elle se ren- contre, j'espère le prouver péremptoirement, chez tous les organes ; il n'en existe aucun qui n'en porte l'empreinte. C'est surtout pour la feuille que nous devons le démontrer. Si l'indépendance de structure de la feuille a été méconnue, et si l'examen en a été négligé, c'est parce qu'on la considérait, avec les partisans de la métamorphose, comme un appendice de l'axe, pen- sant que ses vaisseaux ne faisaient que continuer ceux de l'axe. Cependant on aurait dû reconnaître la formation indépendante des feuilles chez les végétaux où il n'existe pas de tige, les Fucoïdées, les Lichens, les Lemnacées. En réalité, les feuilles sont, dans l'ensemble de la vie végétale, supérieures à la tige : elles sont, placées sur elle, et se forment sans elle ; et quand la tige existe, elles forment sur elle des systèmes particuliers, indépendants, constituant, pour ainsi dire, dans l'échelle végétale, un étage supérieur à l'étage des tiges, ' l'étage des feuilles. Les rameaux qui prouvent l'existence de la ramification dans les feuilles sont les nervures qui se produisent, comme les mérithalles successifs des racines, par simple anaphytose, c'est-à-dire par simple superposition d'articles, sans bouton ni aisselle de feuille. L'identité de nature de ces deux formations se reconnaît surtout à ce fait que les feuilles submergées de la Renoncule d'eau acquièrent du chevelu, bien que les ramuscules qui le portent alors ne soient que les ner- vures divisées des feuilles. Les pétioles sont les troncs dont la ramification fournit les ner- vures des feuilles, comme celle des troncs fournit les branches. C'est à cause de cela que les pétioles ont en général la structure de la tige ; ce sont soit des tiges complètes, soit des tiges incomplètes, comme divisées par moitié, chaque moitié ayant son analogue du côté opposé. Dans les feuilles à type termocladique {Lupiiius, Malvacées, Hippocastanées, Araliacées) , les pétioles présentent des couches concentriques comme les tiges des plantes ; quand les pétioles ne forment qu'une demi-circonférence, ils n'offrent qu'une des moitiés de la structure précédente. Dans les feuilles ramifiées des Ombelli- fères, des Légumineuses, des Fougères, les nervures médianes des 108 CONGnÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. feuilles se constituent en pétioles principaux, et les nervures latérales cMi rauiuscules latéraux. Dans certains cas, la disposition des feuilles sur la tige se répète dans les lobes des feuilles, par exemple, chez certaines Araliacées [Sciadophyllmn, Acùnophylluni) et Légumineuses {Liipinus)^ de sorte qu'alors une feuille munie de ses lobes reproduit une plante munis de ses feuilles. On voit môme se former, au point où le pétiole finit et où commence la feuille, des prolongements {li/jul/p) analogues à ceux qui existaient parfois aux nœuds de ramification des pétioles, c'est-à-dire à la base des pinnules des feuilles com- posées {stijjifiœ foliolonun). Partout se renouvelle, des tiges jus- qu'aux extrémités des feuilles, la même application de la loi de ramification, à tous les étages de l'échelle organisée que représente le végétal. Il semble, d'après tout cela, que l'on ne puisse douter que les feuilles ne pi'ésentent, aussi bien que les tiges des plantes, un système indépendant de ramification, et que, par conséquent, elles ne doi- vent nullement être considérées comme des appendices dépendant de la tige. L'antithèse mécanique d'axe et d'ap[)endice se retrouve même dans les ranïifications des feuilles, puisque dans les feuilles ramifiées (pinnées), les pétioles représentent les axes, et les folioles, par contre, les appendices. On voit que les conceptions d'axe et d'appendice, telles qu'elles sont admises, conduisent à des distinctions artificielles et contraires à la nature. Ces notions paraissent encore plus en contradiction avec la nature quand on considère les rameaux latéraux, qui conservent ou perdent le caractère d'axe selon qu'ils portent ou non des feuilles: chez les Conferves, les Champignons, certaines Chénopodées, ils retombent au rang d'appendice. Les axes et les appendices pourraient donc, suivant l'ancienne théoiie, être des parties identiques. En réalité, dans toute l'amification, il ne faut considérer que le nipport de tronc à branche, ra[)porl qui se réalise d'une manière pailiculière dans chaque système de ramification. Il en existe, comme on sait, trois différents : ]e?,)'siëmearc/n(/adi(jiie (croissance j)yr.imi(lal('), le système Iiijpoclddlque (croissance sarmenteuse et j)ai' bifurcations) , et le système tennocltidlqiip (croissance en oud)elle ou en éventail) (l); et seule, l'étude du genre de système j)ent (1; Vdj'i'/ iiir-. uiivr.if,'(s inliluliîs : ?\eucx Sj/slem dcr Mori.linloiiie dcr l*lJa:,zeit, Berlin, ISO/; cl Uie Aimijliylusis udcr Vnjucngung drr l'Ilanzcii, l'.filiii, 18^S. SCHULTZ-SCHULTZENSTHm. — AINAPHYTOSB. 109 conduire à une vue exacte de la nature de la ramification que l'on envisage. Quand on aura bien compris que les feuilles présentent des sys- tèmes particuliers de ramification, aussi bien que les tiges, tous ceux qui considèrent les bractées, le calice, les pétales, les étami- nes, l'ovaire et les graines comme nés de feuilles métamorphosées et qui les expliquent ainsi, conviendront sans plus tarder que cha- cun de ces organes contient aussi bien que les feuilles son système de ramification, et que par conséquent c'est la ramification qui est le principe essentiel de leur constitution, et non pas la nature ap- pendiculaire de la feuille ; enfin que pour expliquer l'origine de ces diverses parties, il ne faut pas d'abord redescendre aux feuilles, puisque celles-ci n'existent elles-mêmes qu'en vertu de leur propre ramification, mais se prendre directement au système particulier de ramification des organes que l'on considère. Aussi bien ne nous éten- drons-nous pas davantage à considérer cet acte organique dans les parties diverses des ileurs et des fruits. S'il est une fois démontré que les nervures des feuilles sont de véritables rameaux qui se for- ment par la ramification des pétioles caulinaires, il va de soi que les nervures du calice et des pétales, aussi bien que celles des fruits, ont tout à fait la même signification, que toutes ces parties portent en elles le caractère général de la ramification, et qu'un squelette de fruit témoigne de la ramification qui le constitue aussi bien que le squelette de la feuille. Nous avons donc à considérer les fleurs et les fruits, aussi bien que les racines, les tiges et les feuilles^ seulement com?ne des systèmes de ramification, et à en expliquer ainsi la formation. E9I. — I^es AnapSiyta (articles) considcré.s coninic éléuicnts morpholo- giques (le la formation de la plante (Ph jtodomie), et de la conception organique de la ramification. Les rameaux étant composés d'articles successifs, placés bout à bout, les articles {anaphytd) sont les éléments morphologiques de la ramification {anaphytosis) , et par conséquent, de l'aspect exté- rieur des plantes. En effet, ce n'est pas par expansion, mais par l'adjonction de nouveaux articles à leur extrémité, que se fait l'évo- lution des rameaux. Quand il existe des nœuds sur les tiges, les articles y sont nettement définis ; ils le sont moins chez beaucoup d'arbres, dont la tige cependant s'augmente chaque année par la 110 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. formation d'un ou de plusieurs niérithalles qui sont autant de nou- veaux articles. Les articles ne manquent pas non plus dans les au- tres parties de la plante, la feuille ou la racine. La séparation qui s'eflectue d'elle-même à certaines périodes, suivie de la chute des parties terminales, feuilles, fleurs, fruits ou racines, prouve claire- ment l'existence d'articles isolés organiquement les uns des autres. Dans les feuilles ramifiées des Légumineuses, des Ombellifères [Atliamanta, Oreoseliniim)^ l'articulation est aussi fortement mar- quée par des nœuds que dans les tiges ; mais les feuilles simples oll'rcnt elles-mêmes {CratœcjUs Oxyacantlia) des articles formés par les nervures. 11 en est de même chez les Arthrophijllum^ les Citrus, etc. Ces articulations existent à tous les étages du végétal, aux points de séparation des organes de divers ordres, entre les racines et le tronc au niveau du collet, entre le rhizome et la tige annuelle qui en sort (/rzs, Convallaria) , entre les racines et les bulbes, entre la tige et le pétiole, entre le pétiole et la feuille, entre les pédoncules et les fleurs ou les fruits, entre le réceptacle floral et les organes qui en naissent, entre le placenta et les semences. Les nœuds qui témoignent la place d'une articulation, et qu'on connaît surtout sur la tige, sont exprimés dans le fruit par les su- tures des carpelles. La signification des nœuds a été obscurcie par l'assimilation des nœuds des plantes aux jointures des animaux, assimilation amenée surtout par M. Du Mortier; c'est à cause de cette interprétation erronée que de Gandolle dut déterminer l'arti- cidalion comme caractérisée par la cessation naturelle de l'adhé- rence organique, et par la spontanéité de la séparation des parties voisines. D'après cette théorie, les parties qui ne se séparaient pas ainsi n'avaient ni articulation ni nœud. Il est facile de reconnaître combien cette opinion est fausse : les étamines, les pétales et les sépales ne sont pas caduques dans toutes les plantes, mais souvent persistants bien qu'ils soient articulés sur le réceptacle ; les feuilles, qui sont partout unies à la tige par des nœuds, restent souvent fixées ti celte tige après la mort de l'ensemble ; le pétiole même ne s'en détache pas toujours, bien que la nature de l'articulation soit la même chez lui, qu'il s'en sépare ou non ; les sutui'cs transversales ou longitudinales qui unissent les dilférentcs parties du fruit ne se divi- sent pas toujours à la maturité (noix, baies, légumes de beaucoup de Mimosa^ Enarthrocarpus, etc.). 11 ne faut donc pas croire que SCHULTZ-SCHULTZENSTEIN. — ANAPHYTOSE. 111 la chute soit le signe unique et certain de l'articulation ; il se peut qu'il y ait articulation sans séparation nécessaire d'articles. Lorsqu'il se fait une séparation, elle se produit par la destruction des articulations de vaisseaux et de cellules dans les nœuds ; telle est la raison pour laquelle les parties se détachent les unes des autres, comme cela arrive partout à la maturité d'une formation organique. La chute des couches mortes d'écorces dans la Vigne, la chute des feuilles, des fleurs, des fruits, la séparation des articles de la tige dans beaucoup de plantes, est due à un seul et même procédé de désarticulation, que j'ai désigné sous le nom de diaphytose. M. de Mohl [Bot. Zeit., 1860, p. 277) a affirmé récemment que la désar- ticulation des tiges et des feuilles n'a pas lieu suivant un procédé morphologique, mais suivant un procédé physiologique qui peut se produire dans la continuité de tiges ou de pétioles continus {Gymnocladm, Gleditschia), parce qu'il se forme une couche de séparation entre les parties destinées à se disjoindre. M. de Mohl ne dit pas ce qu'il entend ici par physiologique et morphologique, ni en quoi les deux procédés doivent se distinguer ; son opinion demeure un simple jeu de mots. Physiologique ne .peut s'appli- quer qu'aux diverses fonctions des organes intérieurs; et l'auteur qui ne distingue ni organes ni fonctions, mais qui ramène tout aux cellules, ne peut parler de physiologie ; morphologique s'applique, dans notre opinion, à la formation extérieure, à l'anaphytose, et à celle-là appartient au premier rang l'articulation. L'erreur de M. de Mohl consiste en ce qu'il regarde comme simples ou continus les tiges-axes et les pétioles qui ne sont point simples, mais composés d'articles. Ce qu'il appelle couche de séparation n'est autre chose que la couche d'organes morts situés au niveau des plaies qui se forment pendant la désarticulation. Cette couche n'est pas plus né- cessaire pour la séparation d'une feuille, d'une fleur ou d'un fruit qui tombe, qu'elle ne l'est pour la désarticulation des articles de la tige ou pour celle des folioles d'une feuille composée. Chaque article ou anaphyton est un individu complet , qui contient tous les organes et toutes les fonctions intérieures de la plante. Il peut, par lui-même, vivre, germer, former de nouvelles pousses ou fournir une marcotte de la plante. Chaque fragment de racine ou de feuille , ne contenant que des nervures , peut former des boutons. La désarticulation des anaphyta est donc un procédé d'individualisation, par lequel les articles deviennent indépendants. IVl CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. L'carliculatlon est le fondement de la ramification ; les rameaux sont des séries d'articles qui croissent sur un tronc formé lui-même de semblables séries d'articles plus âgés. La formation d'articles est la condition de la ramification ; il y a, entre ces deux actes morpho- logiques, une connexion naturelle et nécessaire. C'est en cette connexion que çjit la conception organique ou la signiftcatioji de la ramification dans le règne végétal ; d'après elle, la ramification est un procédé organique de génération. Selon l'opinion générale, on a considéré la ramification comme un partage, une division mécanique des formations axiles préexistantes; et, de nouveau, on a fondé là- dessus la théorie des adhérences (adhérence des étamines avec la corolle, etc.). Abstraction faite de ce que cette opinion ne se fonde que sur la ramification de la tige, et qu elle laisse, par conséquent, hors de considération le caractère général de la ramification dans toutes les parties de la plante, elle est fausse par cela même, que la ramification consiste en un accroissement dû à nouveaux rangs d'articles, qui se produisent sur de plus anciens articles formant leur tronc; de sorte que les nouvelles parties ne peuvent pas être une division des i)arties préexistantes, qui demeurent au contraire en arrière des plus jeunes. La pousse durcie de l'année précédente donne au printemps une nouvelle pousse ; pour cela elle devient tronc, de sorte que les nou- velles pousses ne représentent que les rameaux qui ne pourraient cer- tainement pas naître par une division du tronc plus càgé. 11 n'est pas plus logique de croire qu'une étamine insérée sur un pétale soit née d'une division dn pétale et puisse former avec lui une adhé- rence , puisque l'étamine est une nouvelle pousse, émanant par anaphytose du pétale sur lequel elle s'insère. La condition fondamentale de toute ramification est donc que la jeune pousse croisse sur l'ancienne comme un rameau, qu'un tronc devienne producteur d'un rameau. Les générations organiques d'ar- ticles sont donc la partie essentielle de la vie ou les éléments de la lamification, et si l'on veut saisir la signification de la ramification, il faut retournera ces éléments qui en déterminent le système. Il résulte de ces considérations que l'ensemble du végétal, tronc et rameaux, forme unassemblage d'individus [)lus âgés ou plus jeunes liés par leur croissance; l'arbre représente \\\\ tronc en )i;itiu"e, dont les plus jeunes membres sont les derniers rameaux. Le rapport du tronc au rameau est celui du père à l'enfant, et les notions mécani- SCHULTZ-SCHULTZENSTEIN. — ANAPHYTOSE. 113 ques d'axes et d'appendices ne peuvent être ici de mise. Ce rapport se retrouve dans la ramification de tous les étages de la plante, des racines, de la tige, des feuilles, des fleurs et des fruits. La plante s'accroît par ramification; sans la ramification et l'arti- culation, qui en est le complément, il n'y a pas de croissance possible ; la croissance est nécessairement ramification, et la conception de la ramification est identique avec celle delà croissance. La ramification exprime donc le caractère général delà plante, et l'on peut définir la plante comme un être qui se ramifie. Là est aussi le caractère qui distingue la croissance de la plante de celle de l'animal. La plante croît par superposition de nouveaux individus, qui meurent dans l'ordre de leur développement; l'animal au contraire comme un seul et simple individu, par développement des organes intérieurs, développement qui manque toujours à V anaphyton végétal. La plante ne se renouvelle que dans ses parties extérieures ; l'anima renouvelle aussi ses organes intérieurs. Ajoutez à cela que l'animal possède l'unité centrale de l'organi- sation intérieure qui manque aux plantes ; aussi s'accroissent-elles toujours par l'extérieur dans une direction linéaire, en formant de nouvelles pousses par une ramification qui n'est jamais terminée. Tandis que la croissance de l'animal est arrêtée, et que sa grandeur est déterminée, les plantes entassent toujours, par anaphytose , de nouveaux individus les uns sur les autres. IV. — I^écessifé organifjuc iii^turclle de l'articiplaCion et de la ramification. La ramification a, pour la plante, deux buts vitaux à remplir; elle est, pour elle, à cause de cela, une nécessité de nature. (]es buts sont les suivants : 1" Réunir entre eux, selon les rangs de génération, les anaphyta comme individus originels, et 2" Maintenir cependant séparés les individus distincts. 1° En premier lieu, se présente la nécessité d'une liaison des aiia- phyta. Le défaut d'un organe central intérieur a pour conséquence une plus grande dépendance des individus-plantes; ceux-ci, par suite, peuvent offrir, comme individus, beaucoup moins de résis- tance au monde extérieur. 11 est donc nécessaire que les individus soient réunis en un corps, et forment ainsi une unité organique qui CONGRÈS UOT. 8 114 CONGRES INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. les rend plus capables de résister au monde extérieur que s'ils demeuraient dans un état isolé. L'unité organique est obtenue par la ramification, qui compense l'organe central dont les plantes manquent. La ramification est le seul moyen d'effectuer cette com- pensation et d'établir l'unité organique de la plante. A cause du défaut d'un organe central intérieur, les plantes ne sont pas assez fortement organisées et individualisées pour pouvoir se défendre à l'état ^anaphjta simples et isolés contre les influences extérieures auxquelles elles sont exposées ; il leur manque les pieds, sur lesquels se tiennent les animaux ; c'est pourquoi les individus doivent se porter les uns les autres réciproquement: l'un doit servir de pied à à l'autre ; la ramification fournit ce support. Le tronc forme tou- jours l'imité dans le système entier de ramification. Le tronc ne se présente point comme le centre mathématique des feuilles; par conséquent, les notions mécaniques d'axe et d'appen- dice ne conviennent pas, le moins du monde, pour définir l'unité organique de la ramification. Dans la formation des plantes, ce qu'il faut déterminer, ce n'est pas une règle mathématique, mais un but vital. On rencontre une unité organique semblable à celle de la tige dans les autres étages de la plante, qui forment sur le tronc un sys- tème achevé de ramification ; de sorte que l'unité de la formation des feuilles existe en elle-même par l'union des nervures avec le pétiole ou par celle des folioles avec la nervure principale dans les feuilles ramifiées; de même pour l'unité de ramification des racines, de la ramification sans feuilles des Champignons et des Conferves. Dans les Heurs et les fruits on voit aussi naître une unité de système de ramification, pour laquelle ne conviennent nullement ni la notion mécani(iue d'axes, ni la notion mécanique d'appendices que fournit l'hypothèse de la métamorphose. Car il y a aussi des systèmes de ramification que nous avons appelés paracladi(|ues (croissance sar- menteuse par bifurcation), auxquels manquent totalement les axes véritables, quoique leurs parties soient disposées circulairement; chez les roses, par exemple, les fruits ne sont pas insérés sur l'axe de la fleur, mais sur les parois du calice. L'unité est donc atteinte ici sans axes, puisque le tronc de la fleur peut se lier avec ses ra- meaux selon d'autres types. 2" Dans la construction des plantes, ce n'est pas seulement le but essentiel de l'unité organique du tout et de ses parties, que la nature doit réaliser ; mais aussi la séparation des anaphyta, afin (|ue cha- SCHULTZ-SCHULTZENSTEIN. — AJNÂPHYTOSE. 115 cun d'eux existe comme individu et puisse entrer librement en contact avec le monde extérieur, La plante est formée par des gé- nérations d'individus, qui doivent chacun isolément demeurer en relation avec l'air, avec la lumière, et surtout avec les conditions de la vie. Les anaphyta ne doivent pas être enfermés dans un corps commun comme les organes des animaux qui composent l'unité d'un seul individu; ils ne pourraient pas croître ensemble en un corps épais sans perdre leur individualité. Lorsque les anaphyta plus âgés sont enfermés par la superposition de plus jeunes, comme dans la formation du bois ou del'écorce des arbres, les couches inté- rieures, séparées de la lumière et de l'air, meurent peu à peu, et les plus jeunes couches demeurent seules vivantes. Les rameaux articulés qui sont libres de tous côtés, entourés d'air et de lumière, peuvent seuls se maintenir en vie, tandis qu'ils seraient étouffés s'ils croissaient unis en un corps épais. La ramification est le seul moyen d'atteindre le but essentiel de liaison et de séparation réci- proque des anaphyta. Ce but n'aurait pu être atteint d'aucune autre manière. En cela consiste sa nécessité naturelle. Nous voyons donc deux grands buts nécessaires à la constitution des plantes : — la réunion des anaphyta en une unité corporelle, et l'indépendance réciproque des individus isolés, — atteints d'une manière admirable par la ramification ; celle-ci possède avec l'arti- culation, l'importance la plus grande pour le règne végétal ; elle porte en elle-même le plan de création et la loi de formation des plantes. Il reste à montrer ce qui se lie à ces lois, comment toutes les mé- tamorphoses des feuilles et les feuilles elles-mêmes ne prennent naissance que selon des types déterminés d'articulation ou de rami- fication et par la transformation de ces types ; comment les modes de formation des racines, des arbustes, des tiges, des feuilles, des fleurs et des fruits sont produits par des lois précises de ramification et selon les types de croissance qui en dérivent, par ce que j'ai appelé phytodomie ; comment en particulier, avec le secours de l'articu- lation, les divers étages des plantes, les étages des fleurs surtout, se produisent d'après des systèmes spéciaux de ramification, dans lesquels est exprimé le caractère propre des fleurs et des fruits ; comment jDar un développement graduel des systèmes de ramification se forment des types inférieurs et supérieurs de croissance, qui sont les moyens naturels de l'évolution des végétaux ; comment enfin 116 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. la formation de l'arbre n'est réglée que par des partlcidarités spéciales de la ramification et non par la théorie des axes et des appendices. Mais développer plus longuement les lois que nous avons énu- mérées ou les questions qui s'y rattachent et ([ui en découlent, se- rait dépasser les limites que nous nous sommes imposées en rédi- geant ce mémoire. Résumé. Pour établir et prouver la différence qui existe entre la théorie de l'anaphytose et celle de la métamorphose, il suffit de montrer que ce qui est conforme à la nature dans l'anaphytose n'a point été déjà observé par Gœthe, connue le prétetid M. Kirchhofl' (Gœthe, Métamorphose, % U3-H5), puisque Gœthe dit expressément que l'élément de composition morphologique le plus simple de la plante est un membre de tige uni à une ou plusieurs feuilles, c'est-à-dire à un jet. La supposition de M. Kirchhoif, que tige et feuille (axe et appendice) pris ensemble représentent Xanaphyton, et que les termes de jet et {ïanapJiyton expriment la même idée, est tout à fait erronée. La différence entre l'anaphytose et la métamorphose consiste essentiellement en ceci : 1° La théorie de la métamorphose considère la feuille, ou la réu- nion de la tige et de la feuille, autrement dit le jet, connue l'élément sinn:)le , sans expliquer la nature des feuilles elles-mêmes. La théorie de l'anaphytose montre, au contraire, que la feuille n'est point un élément morphologique simple, mais une formation com- posée par articulation et ramification des parties vraiment élémen- taires; qu'elle est formée dès l'origine de la même manière que la tige, par anaphytose; et qu'elle doit être expliquée ainsi, de même que toutes les autres phases de la ])laiitc, fleurs et fruits. La grande éni^-me de la botanique, qui est d'expliquer d'abord la feuille elle- même, se trouve résolue par la théorie de l'anaphytose. T D'après l'anaphytose, l'élément simple de la composition mor- phologique de la plante est Vanaphyton, parties de la plante qui représente un article-individu, susceptible de propager la plante, comme chacune dos nervures des feuilles d'un Begoiùa ou d'une Fou""ère. L'anaphytose montre que la répétition et la ramification des articles se trouvent non-seulement dans la tige, mais aussi dans les feuilles ; et que ce que l'on ap[)ellc métamorphose n'est pas autre SCHULTZ-SCHULTZENSTEIN. — ÂNÂPHYTOSE. 117 chose que les diverses formes extérieures de l'articulation et de la ramification des anapJiyta^ une construction {phytodomiê) formée de membres individuels par ramification ; en conséquence de quoi la plante représente une famille d^anaphyta^ un arbre généalogique. Gœthe a tenu pour simple un individu tout composé, la feuille ou le rejeton, et il n'a ni conçu, ni discuté l'individualité des plantes comme une individualité composée ; il a regardé la plante entière comme un individu simple, ainsi que l'avait fait ses prédécesseurs. 3" La théorie de la métamorphose explique les fleurs par une métamorphose des feuilles. D'après la théorie de l'anaphytose, les fleurs et leurs parties, telles que les étamines et le pistil, ne se for- ment jamais par une métamorphose des feuilles, mais par une nou- velle anaphytose à elles propre, c'est-à-dire par un nouveau système d'articulation et de ramification, qui produit un développement graduel propre avec de nouvelles fonctions. Chaque feuille ne croît que selon la forme qu'elle avait d'après le plan primitif; elle ne se métamorphose jamais en une autre partie ; mais les feuilles qui se succèdent présentent de nouvelles formes par le développement graduel de leur ramification, sans métamorphose de l'une ou de l'autre. Ce que l'on appelle métamorphose ne présente que les de- grés de l'anaphytose, et ne peut être expliqué que par l'anaphytose. La métamorphose rétrograde de Gœthe n'est pas autre chose qu'une prolifération anaphytosique des étamines consécutive à l'avortement des anthères, et non pas une métamorphose de l'anthère même. 4° Ce que la théorie de l'anaphytose renferme de conforme à la nature consiste dans la connaissance de l'individuahté composée de toute la plante, dans celle de ses racines, de ses fleurs, de ses fruits, et avant toutes choses dans celle des feuilles tenues pour simples par Gœthe et demeurées jusqu'ici inexpliquées. L'opinion d'après laquelle la plante serait formée par la métamorphose des feuilles n'a aucun fondement naturel ; le fait que les Champignons et les Conferves ne possèdent aucune feuille, et cependant acquiè- rent une forme extérieure, confirme et appuie l'opinion dont tout ce mémoire expose le développement. MM. Cosson et Balausa mettent sous les yeux du Congrès des échantillons d'un Eragrostis, récolté dans la cour du Ministère de la Guerre à Paris. Cet Eragrostis doit être rapporté à VEragrostis pilosa; il difl'é- 118 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. Ferait seulement de l'espèce typique par ses gaines glabres à leur ouverture et non couvertes de longs poils. Ce caractère, tiré des gaines glabres ou velues, a déjà servi à plusieurs agrostographes pour distinguer plusieurs espèces (X Eragrostis très-voisines les unes des autres, et il est probable, vu le peu de stabilité de ce caractère, que toutes ces prétendues espèces devront disparaître de la nomen- clature botanique. Cet Eragrostis a été trouvé aussi, il y a déjà longtemps, dans la cour de la mairie de Versailles. II paraît avoir été introduit dans ces deux localités par les bois flottés revenant de la haute Seine et ser- vant au chauirage. Sa synonymie peut être établie ainsi : Eragrostis pilosa P. Beauv. var. E. purpurascens Schult. ? E. inconspicua Hort. par. ! M. Eiig. Fournier entretient le Congrès de la pnblication prochaine d'une Flore morpliolofjiqiœ et sjjnopfique de France^ entreprise par M. Germer Baillière, libraire-éditeur à Paris, et dont la direction principale lui a été confiée. Cet ouvrage, rédigé en langue française, doit paraître dans le format grand in-8", avec de nombreuses figures intercalées dans le texte. Il coin])rendra deux i^arties distinctes, consacrées la première aux Phanérogames, la seconde aux Cryptogames, qui y seront traités complètement. Les familles et les genres y seront étudiés conformément aux progrès récents de l'anatomie et de la morphologie végétale, et la terminologie sera, à ce point de vue, l'objet d'une attention toute particulière. La synonymie et la distribution géographique générale et spéciale de chaque espèce, le sol et l'altitude où elle croît, seront soigneuse- ment indiqués; mais la description en sera réduite à une courte dia- gnose. Les auteurs anciens qui ont écrit sur la floi-e de France, notamment Dalechamp, les Bauhin, Magnol, Tournefort, Barrelier, seront cités quand on connaîtra certainement les plantes dont ils ont parlé. Les genres dont la fondation est antérieure aux ouvrages de Linné seront attribués à leurs auteurs véritables. Des tableaux synoptiques, convenablement choisis, auront pour EUG. FOURNIER. ■ — NOUVELLE FLORE DE FRANCE. H9 but d'exposer le groupement des genres dans les familles nombreu- ses et des espèces dans les genres nombreux. De nombreuses gra- vures sur bois éclairciront les différences génériques ou spécifiques qui embarrassent dans la détermination des Phanérogames, et ren- dront accessible à tous les botanistes l'étude des familles cryptoga- miques inférieures, jusqu'ici réservée à un petit nombre de savants spéciaux. L'ouvrage sera précédé d'une introduction où sera exposée la constitution orographique et géologique du sol de la France, dans ses rapports avec la disposition des végétaux qui l'occupent; on y indiquera l'altitude des massifs montagneux et des sommets les plus fréquentés par les botanistes. Une liste aussi complète que possible y sera dressée, par ordre de dates, de tous les travaux spéciaux publiés jusqu'ici sur la flore de France. On y joindra l'indication des principaux herbiers où se trouvent des matériaux importants pour l'étude de la végétation française. Un appendice à la partie phanérogamique contiendra l'énuméra- tion des espèces exotiques observées temporairement à l'état de natu- ralisation dans certaines localités du midi de la France. Les découvertes faites dans le domaine de la flore française dans ces onze dernières années, et l'addition des espèces dues à l'annexion du comté de Nice et de la Savoie, ne peuvent manquer de donner un nouvel intérêt à cet ouvrage, le premier dans lequel doive être tracée une description complète de la végétation de la France depuis la publication du Botamcwn gallicura de M. Duby. Le plan sur lequel est conçue la Flore morphologique et synop- tique de France permet d'attacher à son élaboration tous les bota- nistes français, soit comme monographes des différentes familles de la Flore, soit comme consultants. Ceux qui auraient quelques documents nouveaux sur la Flore française sont vivement invités à les faire connaître ; ceux qui habitent les centres où se trouvent des matériaux scientifiques importants, notamment des herbiers anciens, tels que ceux de Requien, de Lapeyrouse, de Villars, de Mutel, pourront fournir des renseignements utiles. Un grand nombre de savants ont promis leur collaboration à cet ouvrage. La partie cryptogamique, la plus difficile à rédiger dans l'état actuel de la science, et partant la plus importante, a préoccupé tout d'abord et est complètement organisée ; les savants nombreux 120 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. qui ont bien voulu accepter d'y coopérer, et dont plusieurs ont déjà commencé leur travail respectif, sont les suivants : Dialomées et Desmidiées M. de Brébisson. Algues supérieures M. Alpli. Derbès,professeurà la Faculté des sciences de Marseille. Lichens M. Santo Garovaglio, professeur à l'Université de Pavie, avec le concours de M. le professeur Gibelli pour la partie iconographique. Champignons Le rév. M.-.I. Berkeley. Characées M. 11. -A. Weddell. Hépatiques M. le docteur Gottsclie , avec le concours de IM. Grœidand pour la partie iconographique. Sphaignes et Mousses MM. Ém. Besclierelle et Ern. Roze. Equisctacées M. Duval - Jouve , inspecteur de l'Académie de Strasbourg. Fougères M. Eug. Fournier. Lycopoiliacées (Ophioglossées et Ly- copodiées) M. E. Roze. Sélaginellées M. E. Roze. Isoutées M. Durieu de Maisonneuve, directeur du jardin botanique de Lordeau.x. Rhizocarpécs M. E. Roze. La partie phanérogamique n'est pas encore distribuée complète- ment. Toutefois, on peut citer un grand nombre de monographes français ou étrangers qui ont promis leur collaboration, savoir : MM. Decaisne (Plantaginées) ; Naudin (Cucurbitacées) ; Trécul (Dro- séracées), membres de l'Institut; MM. les professeurs Ghatin (Typlia- cées, Butomées, Alismacées, Loranthacées, Santalacées, Cytinées, Monotropées) ; Kirschlegcr (Violariées, Silénées) ; Parlatore (Coni- fères, Gnôtacées) ; J.-E. Planchon (ïliéligonées, Linées, Parnassiées, Cistinées); S;clan {Ulerncium); et MM. Bouvier (Rosa); Cauvet (Solanées); C\rdboissQo.u (Fiimaria, liuùus) ; Duval- Jouve (Grami- nées, Cypéracées, Joncées) ; de Franqueville (Saxlfragées); Lebel {Callilriche, Ah'mées) ; Véi'D.vd (Quercus); Prillicux (Orchidées); Rodin (Élatinées) ; Vorlot (Frankéniacées), et Weddell (Lemnacées, Lrticées). En outr^', M. le professeur Ch. Martins a bien voulu se charger de l'introduction, où sera exposée la constitution g(''ologi([iie et mé- téorologique de la France, dans ses rapports avec la végétation, et M. Le-^pinasse de l'énumération des plantes adventivcs. J.-E. PLANCIION. — ERODIUM PETR^EUM. 121 :. p suivante : M. J.-E. Planchon fait ensuite au Congrès la communication SUR LES ANOMALIES DE STRUCTURE DE LA TIGE DE VERODIUM PETR.'EUM h., Par M. J.-E. PliAl^^r.HOIV, Professeur à la Faculté des sciences de Montpellier. La note suivante n'est que le résumé succinct d'un travail que l'auteur se propose de publier en l'accompagnant de figures. C'est parmi les lianes, les plantes parasites et les familles du groupe des Cyclospermées qu'on a surtout signalé des exceptions à la struc- ture ordinaire des tiges ligneuses des plantes Dicotylédones. Tout n'est pas dit néanmoins à cet égard, et bien des faits de ce genre se révéleront encorepar l'étude détaillée de familles supposées normales; témoin les singuliers faits de structure récemment découverts par M. Trécul chez diverses Ombeliifères ; témoin aussi XErodium petrœum, c'est-à-dire un végétal indigène assez remarquable pour qu'on pût le croire bien connu. La souche ligneuse de ce joli sous-arbuste se divise, dans sa partie aérienne, en branches courtes et rugueuses ; elle se prolonge en bas, sans démarcation tranchée, en un long pivot de racine simple ou peu ranieux. C'est la tige que nous étudierons de préférence dans sa constitution intime. On peut la ramener au type suivant : Au dehors, une enveloppe assez épaisse de périderme rouge-brun, plus ou moins exfolié, formé de nombreuses couches de cellules tabulaires. Sous le périderme, une couche épaisse d'écorce constituée princi- palement par des lames rayonnantes de tissu libérien faisant suite aux lames de tissu ligneux, et séparées l'une de l'autre par des bandes de tissu parenchymateux. Ces dernières bandes sont le pro- longement des rayons médullaires ; elles se réunissent entre le liber et le périderme en mie zone mince de tissu médulliforme, une sorte de moelle externe, répondant à ce qu'on appelle ailleurs couche her- bacée de l'écorce. La moelle interne existe à l'état de cylindre obs- curément pentagonal dans les rameaux encore jeunes et non aoûtés. Elle disparaît vite et se résout en rayons médullaires, à mesure que se dessinent les faisceaux ligneux des tiges adultes : elle persiste ailleurs, sous la forme de zone médullaire interne , autour des pro- ductions Ugneuses anomales dont il va être question, alors surtout 1^*? CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. que ces productions occupent l'axe de la tige. Ce tissu parenchyma- teux médullaire existe également à l'état disséminé dans les lames du liber. Ses cellules renferment de nombreux cystolithes arrondis, à surface granuleuse; sa couleur d'un blanc mat, son apparence un peu spumeuse, le distinguent, à la longue, du tissu plus compacte du liber et du corps ligneux. Le corps ligneux, vu sur une coupe transversale, se présente en fais- ceaux rayonnants, linéaires-cunéiformes, tantôt simples, tantôt bi- lobés ou bifurques, tantôt plus ou moins lobés-flabellés, toujours alter- nant avec des rayons médidlaires qui, pendant le retrait produit par la dessiccation, se divisent aisément sur leur longueur et tapissent alors les faces latérales des faisceaux ligneux contractés. Ces faisceaux ligneux, d'un jaune très-pâle, sont absolument dépourvus de fibres : ils sont formés de cellules cylindroïdes, deux ou trois fois plus hautes que leur diamètre transversal , très-élégamment réticulées-annelées, à la façon des fausses trachées. Du reste, pas de trachées véritables. Le liber, formé d'un tissu compacte, à cellules prismatiques, courtes, épaisses, très-cohérentes, ne saurait se confondre avec le bois aux faisceaux duquel ses propres faisceaux semblent faire suite, en se séparant comme eux par le retrait en lames ou rayons distincts. L'absence des couches annuelles concentriques dans le bois et le liber, le défaut complet de vraies trachées et de vraies fibres li- gneuses, la disparition précoce de tout cylindre de moelle central : voilà déjà des faits singuliers chez une Géraniacée. Mais le plus étrange reste à voir dans l'intérieur môme des tiges. Au lieu de la moelle centrale qu'on semblerait devoir trouver dans l'axe des tiges ligneuses, ce qu'on y rencontre féqucmment, c'est comme une seconde tige enchâssée dans la tige principale, et que dis- tingue, au premier abord, la teinte rouge sanguine de son périderme. Des coupes faites en divers sens révèlent bien vite, dans cette produc- tion interne, les éléments d'un corps licneux, d'un liber, de rayons médullaires, d'un péi"idcrmc. Bien plus, la tige intérieure eu renferme parfois une seconde et même plusieurs successivement emboîtées, tiges dont certains éléments sont indistincts, mais que séparent très- nettement les bandes rouges de leurs péridermes respectifs. Il arrive fréquemment que les tiges emboîtées, au lieu de se recouvrir complè- tement, représentent des sortes de cornets superposés, le plus exté- rieur dirigeaut sa pointe vers la base de la tige et coiiïiiut sim])lement le suivant, lequel en coille incomplètement un troisième et ainsi de J.-E. PLANCHON. — ERODIUM PETR^UM. 123 suite. L'ensemble de ces productions simule une espèce de stalactite à texture stratifiée, dont la base élargie occupe parfois le sommet déprimé de la souche, tandis que le sommet aigu semble s'enfoncer dans l'axe même de la tige principale. Du reste, cette forme de stalactite allongée est bien loin d'être la seule qu'affectent les excroissances caulinaires intérieures. Il en est qui ressemblent à des nodules, à des loupes plus ou moins arrondies, à des fuseaux, à des corps cylindroïdes, à des rognons irréguliers. Parfois même , au lieu de se développer dans tous les sens, elles affectent une forme lenticulaire ou déprimée, et, dans ce cas, on les voit intercalées dans l'épaisseur des lames du périderme extérieur de la tige, au lieu d'occuper des interstices du corps ligneux ou du liber. L'élément le plus développé dans ces superfétations de la tige, c'est toujours le périderme; c'en est aussi, ce nous semble, la partie la plus longtemps vivante et la plus en voie d'accroissement, au moins dans ses couches externes. L'élément libérien n'est pas tou- jours très distinct : les faisceaux ligneux et leurs rayons médullaires sont presque toujours fort apparents'; mais, très-fréquemment, toute cette partie intérieure des excroissances est atteinte de nécrose, pour peu que ces excroissances soient âgées au moment où le scalpel les met à nu. La présence de ces productions ligneuses intérieures n'est pas assez constante, leur distribution dans les tiges n'est pas assez régu- lière pour qu'on puisse les regarder comme un trait absolument normal de l'organisation de YErodium petrœum. Cependant il est rare de trouver un pied de ce sous-arbuste qui ne présente, au moins à l'état naissant, une ou plusieurs excroissances intra-caulinaires. Chez de vieilles souches (d'un diamètre de 2 à 3 centimètres) dont le sommet s'évase en coupe et porte une couronne de rameaux, c'est au centre même de la dépression que viennent affleurer les tranches de plusieurs tiges internes emboîtées l'une dans l'autre. Dans ce cas, la communication des tiges internes avec l'air extérieur se fait par la destruction du tissu superposé ou de la paroi de la souche. Mais, le plus souvent, les productions internes sont englo- bées dans la tige principale, sans ordre apparent, à des hauteurs différentes , en nombre indéterminé, sans communication avec le dehors, sauf les cas où cette communication s'établit à travers une fissure del'écorce. On ne saurait donc reconnaître aux productions intérieures de la ^'2h CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. tige de VËrodium une disposition symétrique, comme celle que présentent, par exemple, les corps ligneux secondaires de certaines Bignoniacées, et surtout de certaines lianes du groupe des Sapinda- cées, récemment étudiées par M. Netto. On les assimilerait plus volontiers aux singulières productions en forme de stalactites obser- vées parM. Decaisne dans la tige morte d'un Echinocactuspyaioxy- phus (voy. Decaisne, in liull. Soc. bot. de hroncc, t. V, pp. 213 et suiv.). Mais, pour éclairer l'étude de ces formations anomales de YErodium, c'est probablement au groupe des Ombellifères qu'il faudra demander des termes de comparaison. Le i\hjrr/ns odorata en particulier, autant qu'il nous est permis d'en juger d'après les descriptions de M. Trécul {Ann. se. nat. 5"= sér. V, pp. 296 et suiv.), le MyrrJds oflrirait, dans sa racine déjà vieille, des for- mations corticales intérieures et des centres indépendants de foruia- tions ligneuses qui compliquent singulièreuient la structure de cet axe, en y créant des zones d'écorce ou des faisceaux de bois noyés dans le tissu ligneux primitif. Là, paraît-il, c'est au moyen de cel- lules pai-enchymateuses interposées aux vaisseaux du bois, que se fait la genèse du tissu cortical ou ligneux supplémentaire. La couche génératrice, au lieu d'être condensée en une zone périphérique, se- rait donc disséminée, en quelque sorte, dans le corps même du bois. Nous croyons qu'une dispersion analogue du cambium explique également les productions secondaires de la tige de VErodiu?n petrœion. Mais pour être explicite à cet égard, il nous faudrait avoir suivi l'évolution de ces excroissances intérieures. Une fois cette étude faite (et nous ne l'avons qu'ébauchée), nous essayerons d'établir une comparaison précise entre ces curieuses endomorphoses et les formations anomales déjà signalées chez un grand nombre de plantes ligneuses dicotylédones. Ce sera le cas aussi de faire con- naîlre en détail les particularités de la structure des axes chez d'au- tres types de Céran lacées. M. Wi'ddell (lit qu'il existe dans la famille des Urtieées un fait analogue à eehii ((u'a observé M. Plaiiehoii sur XErodimn. M. Ferdiiiîiiid Miieller (de MellMuirne) lui a parlé, dans une de ses lettres, d'un Ijipiirlca phaluiipInjUa chez lequel on a trouvé une cavité coinplétenient fermée, de 2 ;i 3 mètres de longueur, revl^tue inttM'ieurement d'une couche d'écorce tout à lait semblable ;i l'écorcc extérieure de la même plante. V. TERSONNAT. — JARDIN DE LA MER DE GLACE. 125 M. Ed. Bureau rappelle les faits analogues qui se rencontrent dans la famille des Bignoniacées. M. V. Personnat fait au Congrès la communication suivante : NOTE SUR LA VEGETATION DU JARDIN DE LA MER DE GLACE ET SUR QUELQUES PLANTES DE LA VALLÉE DE CHAUO.MX, Par M. \. PERSO.^'IVAT. La plupcirt d'entre vous, messieurs, ont parcouru nos vallées des Alpes et admiré la majesté du xMont-Blanc et des grands mis de glace qui en descendent et s'avancent parfois jusqu'au milieu des cultures. Mais ceux qui, plus hardis ou mieux favorisés par le temps, ont abandonné ce que nos montagnards appellent la plaine , pour faire une ascension d.\x jardin^ ceux-là n'oublieront jamais, j'en suis assuré, les vives impressions que leur aura laissées leur course. Le Courtil^ ou Jardin de la Mer de Glace, est un îlot de verdure, à six heures de Ghamonix , au milieu de l'océan glaciaire le plus gigantesque que l'on puisse rêver; c'est une oasis perdue au sein des crêtes les plus déchiquetées, des pyramides les plus hardies et des crevasses les plus profondes. C'est un cirque splendide que l'œil embrasse du milieu du Jardin'. C'est l'aiguille du Moine (3521 mètres), puis le Toiir des courtes., puis les Petites Jorasses (3732 mètres) , et les Grandes Jurasses [h^-ih mètres), puis encore l'aiguille du Géant (ZÏ237 mè- tres), et celle du Tacul, le Mont-Blanc (/i810 mètres) et l'aiguille du Midi (3098 mètres). Ce sont les glaciers àwTalèfre , à&^ Jorasses, de Leschatix , du. Tacul et du Géant, et douze à quinze glaciers secondaires qui viennent converger au même point et former la Mer de glace. C'est , je l'ai dit , un ensemble gigantesque dont nulle plume ne saurait rendre l'incomparable majesté et la sublime horreur. On y trouve l'isolement absolu et le silence le plus solennel, troublé seule- ment de loin en loin par le sifflet strident de la marmotte et du cha- mois, ou par le cri perçant de la corneille et du pinson des neiges. La course du Jardin , qui d'ailleurs n'offre pas de difficultés sérieuses, est l'une des plus belles de nos Alpes, une de celles qui attirent le plus le vrai touriste, le sincère admirateur des merveilles de la nature. Mais pour le botaniste , elle a des attraits plus puis- 126 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. sants encore : Le Courtil lui offre, réunies sur un même point, à 2760 mètres cl'altitu de, les plantes les plus rares delazone hyperhoréenne, mêlées à un certain nombre d'espèces que l'on retrouve commu- nément sur d^autres points moins élevés, mais qui n'en sont pas moins très-intéressantes au point de vue de la géographie botanique des cimes alpestres. Notre ami M, V. Payot, de Cliaraonix, a publié en iSbli le cata- logue des plantes qui croissent à cette limite de la végétation : sa florule comprend 76 espèces phanérogames et 3/i cryptogames, réparties entre 6/i genres et 25 familles. Notre savant confrère, M. Charles Martins, dans sa remarquable notice Su?' la végétatioji du Spiizberg, comparée à celle des Alpes et des Pyrénées (1), a porté à 128 le nombre des végétaux décou- verts au y^r^/m, savoir: 87 phanérogames et /il cryptogames. C'était donc 18 espèces de plus en 1865 qu'en 185/i. Au nombre de ces dernières figurent les Potenf.Ula aurea L. et Lcucanthemiim alpinum L. que j'y avais déjà récoltés le 8 juillet 1862; et l'on doit y ajouter quatre autres plantes que je crois réelle- ment nouvelles pour la llore de ce petit coin de terre enclavé dans les neiges éternelles. Je ne sache pas, du moins, que leur présence au Jardin ait encore été signalée. C'est avec cette pensée, messieurs, que je me suis permis de prendre la parole dans cette éminente réunion , persuadé que l'intérêt inêuie qui s'attache à la découverte justifiera et excusera mon humble coummnication. Ces quatre espèces sont : Gentiana pimctata L., que j'avais déjà revu au col du Bon- homme, à 2200 mètres; Gentiana bavarica L. var. rotimdifolia Koch. Les chalets de Balme, à 2800 mètres, sont, après le Jardin^ le point le plus élevé où j'aie trouvé le type de cette plante; Veronica saxatilis L. , toujours récolté jusqu'à présent au-dessous de 1 800 mètres. Euphrasia montana Jord., ordinairement commun entre 1400 et 2100 mètres. Dans mes notes sur mon herborisation du 8 juillet figure égale- ment, connue recueilli au Jardi?!, le Gentiana paiinonica L.; mais j'ai égaré la plante et je ne la signale ici que pour mémoire. Je viens de citer le Leucanthemum alpinum L. Il est curieux (1) Voyez le hu.\kl\n de \o, Sociélé bolaniquc, séance du 24 mars 1865, CÂISSO. — SPOROTRICHUM, LA CÂNNE-DE-PROVENCE. 127 de voir cette jolie Radiée descendre à Ghamonix, clans les sables de l'Arve, jusqu'à 1050 mètres, et s'élever à 3/i55 mètres sur les rochers des Grands Mulets. Et puisque je vous ai fait faire une pérégrination à la Mer de glace., laissez-moi, messieurs, signaler à ceux d'entre vous qui pourraient y retourner, un superbe pied de Rhododend.ron ferrugi- neiim L. à fleurs blanches : il croît au Montanvert et il est, je crois, le seul connu dans toute la vallée. Laissez-moi aussi vous dire avec quelle profusion a fleuri cette année l^Saxifraga CotgledonL. , qui, rare au Brévent, est très-abon- dant au Chapeau, en face du Montanvert. A la fin de juillet, cette magnifique espèce couvrait de ses rosettes et de ses panicules pyra- midales toute la partie rocheuse qui forme la montagne du Chapeau. Il peut être bon d'ajouter que, d'après les remarques faites sur les lieux, elle ne fleurit abondamment que tous les deux ans. En terminant , messieurs , permettez-moi encore un mot sur le Pedicidaris sylvatica L. Connnun dans presque tous nos départe- ments de France, il avait été signalé par de Candolle près de Sal- lanches., en Savoie, et depuis quarante ans, malgré de nombreuses recherches, n'avait pu être retrouvé dans la région citée par l'illustre professeur. Le 26 mai 1S63, je l'ai cueilli, abondant et en pleine flo- raison, au pont d'Arvillon, près de Combloux, à 950 mètres d'alti- tude. Je serai heureux de l'offrir à tous ceux de mes confrères qui tiendront à le posséder de cette localité, vraiment précieuse pour les botanistes genevois et savoisiens. M. J.-E. Planchoii dépose sur le bureau la note suivante, extraite d'une communication faite le 2 juillet 1867 à la Société de médecine pratique de Montpellier, par M. Caisse. SUR LES ACCIDENTS MORBIDES QUE DÉTERMINE LA CANNE-DE-PROVENCE CHEZ LES OUVRIERS QUI LA MANIENT. Par M. le docteur CAISSO. Au commencement du mois de juin dernier, je me trouvai appelé à donner des soins à deux ouvriers atteints, tous les deux, d'un eczéma de la face, du cou et du scrotum. Cette maladie cutanée s'accompagnait chez les deux sujets, de fièvre, de céphalalgie, de 128 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. coryza, d'épistaxis et d'enrouement. Elle se termina par desqua- nialion vers la fin du second septénaire. Ces deux malades oflVant des phénomènes morbides identiques, il était naturel de penser qu'une même cause avait dû agir sur eux. Quelle était cette cause? Ces deux ouvriers étaient tonneliers; rien dans leur profession ne pouvait justifier le développement de la maladie qu'ils présen- taient. Interrogés sur l'emploi de leur temps pendant les jours qui précédèrent le début du mal, ils racontèrent qu'ils avaient été occupés la veille à faire une palissade au moyen de roseaux secs. Les roseaux furent aussitôt examinés ; on les trouva couverts d'une moisissure blanche qui fut considérée comme la cause de la maladie. Ces faits ne sont pas nouveaux dans la science. Ils avaient été signalés déjà par plusieurs auteurs. Chaptal les avait notés, le premier, en 1790, dans ses Éléments de chymie (t. III, p. 182). Cinquante ans plus tard, ils sont décrits dans un mémoire du doc- teur Fave (de Montpellier) , mémoire qui fut analysé en ISZiOparle docteur Trinquier dans le Journal de la Société de médecme pra- tique de Montpellier , et publié, en 1859 seulement, dans la/?et'we thérapeutique dxi Midi. Depuis lors les travaux se sont nmltipliés : nous citerons le mémoire de M. Michel de Barbantane [Bulletin de thérapeutique, 18/i5), celui de M. Maurin, de Marseille {Revue tlié- rapeutiquc du Midi, 1859) , l'article de M. Beaugrand [Annales d'h'i/f/iêne publique, 1861), celui du professeur Tardieu (/>/c/io«- 7iaire d'hygiène publique, article Vanniers, 1861) , et enfin le chapitre que M. le docteur Bazin consacre aux éruptions propres aux ouvriers qui travaillent la (cop. Méziéres. R. Alopecurus geniculatus L, Sillé, étangs, Osmunda regalis L. Forêt de Méziéres. Blechiium Spicant Smilh. Forêt de Sillé. Ceterach oflicinarum WiUd. Sillé, Neu- villalais, Rouessé. Lycopodium clavatum L. Forêt de Sillé. R. Plusieurs de ces plantes donnent lieu à des observations spéciales. Ces observations ont, pour les déductions que l'on peut tirer rcla- livenient à l'influence du sol sur la végétation, une importante d'autant plus grande qu'elles sont faites sur une toute petite échelle. On iH! compte, en eftet, que 15 kilomètres de Domfront à Sillé, 11 de Conlie ou de Méziéres à Sillé, et 5 de Crissé à Sillé. La grande Ciguë, très-comumne au Mans et à Sillé, ne se trouve })as à Conlie ; il m'est arrivé il y a qnelques années d'envoyer à la Pharmacie centrale de France 30 à ZiO kilogrammes de semences de grande Ciguë que j'avais fait récolter à Sillé. Une chose qui m'a frappé dans mes herborisations, c'est que les plantes à corolle bleue sont plus communes dans les terrains cal- caires de Conlie que dans les terrains primitifs de Sillé. Vers la lin du mois de juin, par exemple, on rencontre surtout dans les environs de Sillé : le Vaccinium Mijrtl.llus, les Erica teiralix, cinerca et vul- f/aris, les Llex ruropcnis et na/u/s, le D/g/'/^///s //i(rj)ifrrrf,]e Coti/- icdoH L'//ib(licif^, une quantité considéraJjle d'O/'c/i/'s iwiculato ;{i[, dans le terrain calcaire de Conlie on trouve en plus ou moins grande abondance : V A/iaf/allis cœrulca, VAquileyia vulç/aris, \ An<'mu)ic I'((isati/ia, [' Ajiiija f/encvcnsis, le Cantpanula ijlumcrata^ le Lac- C. PERSONNAT. — LE VER-A-SOIE DU CHÊNE. 133 tuca perennis^ le Veronica prostrata, le Gentiana Cruciala RR., les Muscari racemosum et comnsuin, le Salvia pratensis, etc. ; les Bluets, la Vipérine et la Pervenche s'y trouvent aussi en plus grand nombre qu'à Sillé. M. Camille Personnat, secrétaire, fait au Congrès la com- munication suivante : SUR LES CHÊNES DONT SE NOURRIT LE VEH-A-SOIE DU CHÊNE {Bombyx Yama-Maï), Par M. Camille PERSOl^l^AT. Lors de notre dernière visite à l'Exposition universelle, les hono- ra])les membres du bureau de la Société botanique de France ont bien voulu s'arrêter avec intérêt devant les éducations que j'y ai faites du nouveau Ver-à-soie du Chêne, et m'engager à en faire l'objet d'une communication an Congrès international. Je m'em- presse de répondre à cette amicale invitation; ce sera de la bota- nique appliquée, puisqu'il s'agit d'utiliser industriellement la feuille d'un arbre universellement répandu. Le Ver que j'ai l'honneur de présenter à l'assemblée est originaire du Japon, où il a fait, jusqu'à ces derniers temps, l'objet d'un monopole exclusif. On le désigne sous le nom de Bombyx Yama- Maï. Ce qui constitue l'importance de cette espèce, c'est qu'elle donne un magnifique cocon d'un beau jaune verdâtre, complètement fermé, qui se dévide très-facilement à la mécanique, et dont le brin est élastique et solide, malgré sa finesse; c'est que sa soie, fort abon- dante, possède beaucoup d'éclat, et que sa chenille peut se nourrir à l'état sauvage, en plein air, des feuilles du Chêne commun de nos bois. On aperçoit d'un coup d'œil l'immense avenir d'un si précieux insecte, l'immense richesse que sa propagation répandrait dans la France centrale et dans toute la partie de l'Europe où le Chêne abonde, et où le climat se prêterait parfaitement à sa culture. Les échantillons de cocons, de soies grèges et de tissus que je mets sous les yeux du Congrès ne démentiront pas, je l'espère, les favorables appréciations que je viens de formuler. Je n'entreprendrai pas, messieurs, de vous faire connaître en détail les divers modes d'éducation qu'on peut mettre en pratique IZh CONGRKS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. pour le Ver du Chêne, ou de décrire les caractères de ce Bombyx sous les diiïérents états qu'il traverse pendant sa vie. Ce serait abuser de vos moments, et vous pouvez, d'ailleurs, par les planches que j'ai l'honneur de vous soumettre, vous rendre compte de la grosseur de l'œuf, de la belle couleur verte de la chenille, de la dimension et de la brillante livrée des papillons. Pour ceux qui voudront entreprendre la culture de cet insecte, ils trouveront tous les renseignements nécessaires dans le livre que j'ai publié sur ce sujet (1) et dont j'oftre un exemplaire au Congrès. Je me contenterai donc ici de dire que le Ver du Chêne se conduit à peu près comme celui du Mûrier; que c'est, comme chez ce dernier, l'œuf qui passe l'hiver (grand avantage pour les soins de conservation), et que la chenille, après quatre mues ou changements de peau, fde un cocon dont les deux bouts sont complètement fermés. Il n'a aussi qu'une génération par an. L'éducation de la chenille se trouve même beaucoup moins compliquée. Le Yama-Mai est, en effet, une espèce sauvage qui aime le grand air, ne craint i:)oint les variations de température, et n'a pas besoin, conséquem- ment, de cette atmosphère factice qu'on donne à tort au Ver-à-soie ordinaire. On peut l'élever de trois manières principales : Soit en plein vent, sur taillis de Chênes ou sur arbres isolés, dont on éloigne autant que possible les ennemis de la chenille ; Soit sur des branches coupées, dont le pied trempe constamment dans des vases pleins d'eau ; Soit enfin sur branches coupées pendant le premier ou les deux ])remiers âges, et sur des arbres vivants, en pleine nature, pendant les derniers. Le Yama-Maï mange la feuille de tous les Chênes indistincte- ment. On le nourrit plus généralement, au Japon, des Quercus dentata^ Q. mstaneifolia et Q. serrata; en France, toutes les espèces ou variétés qui croissent dans nos bois lui conviennent également : Q. pedunculata^ sessilifloi^a, pubescens^ Cerris, etc. Il mangerait même le Chêne-vert et le Chêne-liége ; mais je crois qu'une nourriture de ce genre, pendant toute la durée de l'édu- cntion, pourrait nuire i\ la ({ualité de la soie. Il peut s'alimenter (1) Le Ver-a-!) styles, son ovule unique penché, son périgone adiiérent, est » presque pareil à la fleur femelle du LophopJiytum; la fleur nulle (1) Dans \e Mystropetalum, ou ne connaissait pas encore ceUe enveloppe; elle est cependant très-distincte et facile à voir. Klle lorine sur la graine un testa mince, inem- lirancux, qui adli«';re très-inliniement à l'eiHlospernie. EICHLER. — BAL^NOPIIORÉES. 1/jl » des deux genres, par son périgone composé de deux pétales et » ses deux étamines alternes, dénote aussi la plus étroite affinité. » M. Hofmeister trouve cette manière de voir confirmée, non-seule- ment parce que l'ovule très-exceptionnel des Balanophorées, réduit à un nucelle complètement nu, se retrouve chez VHippuris, mais parce que l'endosperme se forme dans ces deux genres d'une ma- nière identique et également exceptionnelle, par la partition com- plète de tout le sac embryonnaire, et non pas, comme dans la plu- part des genres, par des cellules libres. — Parmi les nombreuses hypothèses présentées sur l'affinité des Balanophorées, celle de MM. Hooker fils et Hofmeister est certainement la mieux motivée ; cependant elle pèche en ce qu'elle ne donne que des rapports incomplets, parce que les auteurs ont négligé les formes à ovule dressé, qui n'ont pas d'analogues parmi les Haloragées. Je demanderai maintenant à l'assemblée la permission d'exposer mes propres recherches, et je choisirai d'abord, comme la plus favo- rable pour la clarté de ce début, la fleur femelle du LophopJiytwn^ spécialement du L. mirabile. Les matériaux qui ont servi à ces recherches consistent en une belle série d'échantillons conservés dans l'alcool, et recueillis dans le voisinage de Ganta Gallo, province de Rio de Janeiro, par l'hono- rable docteur Théodore Peckolt. Ces échantillons font partie des collections de M. de Martius ; ils ont été mis à ma disposition par cet illustre savant avec la plus grande obligeance. Je saisis avec empres- sement cette occasion pour exprimer publiquement à M. de Martius mes vifs et sincères remercîments. Je suis, en outre, extrêmement reconnaissant, pour la communication de matériaux précieux, à M. Nœgeli, directeur du Musée botanique de Munich , à MM. Al. Braun et Garcke, qui m'ont envoyé les Balanophorées de l'herbier royal de Berlin , à M. Fenzl, auquel je dois celles de l'herbier impérial et royal de Vienne, à M. Wigand (de Marbourg), à M. J.-D. Hooker et à M. Weddell. Observée à l'extérieur, la lleur du Lophophi/tum mirabile a la forme d'un cône à six pans, renversé, allongé, un peu comprimé, un peu rétréci au milieu, et terminé, à son sommet, par nue dépression cratériforme d'oii sortent les deux styles courts et diver- gents (f. 8) . Excepté à sa base, cette fleur est d'une consistance dure, presque osseuse vers le sommet, et d'une couleur jaunâtre; sa longueur est de h millimètres et demi environ. Pour faciliter l'iu- 1A2 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. telligence de sa sti-ucture interne, qui ne peut s'exposer en peu de mots, il sera bon d'entrer tout de suite dans l'examen organogé- nique. La ileur du L. mirabile naît immédiatement sous le sommet de l'axe du capitule, sur lequel se trouvent réunies les ileurs femelles, et qui forme dans sa jeunesse une gibbosité large, mais relativement basse, en forme de mamelon hémisphérique; il n'y a aucune trace de bractées (1) (f. IZa). Ce mamelon s'allonge ensuite en un court cylindre ou en un corps claviforme, sans autre changement (f. 13 ô) ; alors commence une autre phase. Les cellules situées immédiate- ment au-dessous du sommet s'élargissent, se divisent et se subdivi- sent, et forment ainsi deux saillies opposées qui se dirigent à gauche et à droite de l'axe du capitule (f. 13 c) . En s' accroissant rapidement, ces saillies prennent bientôt la forme d'une cuiller évasée (f. lA), s'inclinent l'une vers l'autre en se courbant au sommet, et finissent par s'unir à partir de la base (f. IZi, 1 5) . En faisant cela, elles con- stituent une cavité de forme ovoïde, comprimée, qui est d'abord en communication avec l'extérieur par un canal placé à son sommet, et qui persiste assez longtemps en cet état (f. 15), L'union des bords, au reste, devient si parfaite, que l'on n'en trouve aucune trace dans la fleur développée. Il convient, en outre, de faire remarquer que ces deux organes (qui ne sont autres que les carpelles, comme on le verra plus clairement par la suite de cette exposition) se partagent tout d'abord, intérieurement, en deux couches constituées par un seul rang de cellules à l'origine. L'une d'elles, l'extérieure, ne s'aug- mente dans la suite que par des partitions verticales à sa surface, et reste, par conséquent, dans cette direction, toujours composée d'un seul rang de cellules. Plus tard, celles-ci s'élargissent, principa- lement vers le sommet, et elles acquièrent des parois épaisses, poreuses, dures et blanchâtres; leur contenu devient limpide et disparait, et le tout se transforme enlin en un épidémie bien prononcé (f. 15-18) (2). La couche intérieure, au contraire, en s accroissant (1) Je ferai observer que M. Weddell, qui a indiqué des bractées dans celte espèce {Ânn. se. nat., l. c, p. 185), a eu sous les yeux non pas le vrai L. miralile Schott et iMidl., mais le Lophoplujlum nommé par Leaudro Archimedea, qui est bien dilTerent du L. mirabile et constitue une es^pèce nouvelle (jue je décrirai dans le Flora hrasi- liensix de M. de Martius sous le nom de L. Lcandri. Dans le L. mirabile il n'y a jamais de bractées. (2) Cet épiderme ne possède pas de stomates, organes dont ou sait qUe la famille des lialaiiophorées est généralemeat privée. (Cf. J,-D. Uookcr, L c.) EICHLER. — BALANOPHORÉES. 143 par des divisions en tout sens, se trouve bientôt composée de plu- sieurs rangs de cellules qui s'augmentent continuellement et se dis- tinguent très-nettement des cellules épidermiques par leurs parois minces et par leur contenu plasmatique , trouble et granuleux (f. 15-18). C'est, par conséquent, de cette couche qu'est formée la plus grande masse, le corps pour ainsi dire de la fleur, et c'est dans cette partie que s'opèrent ultérieurement la plupart des phases de l'évolution. Le sommet du mamelon primitif, qui donnait naissance aux car- pelles, et qui est par conséquent l'axe floral, se trouve, pendant le commencement de l'évolution que je viens de décrire, caché entre les carpelles dans le fond de la fleur, où il forme une gibbosité hémisphérique à peine visible (f. 15 a). Mais bientôt il s'élève, s'allonge en un cône libre dans la cavité ovarienne, et produit latéralement deux nouveaux organes, savoir, deux mamelons cellu- leux très-petits, qui sont situés chacun en face d'un carpelle. Ceux-ci s'accroissent, et, comme ils s'abaissent peu à peu vers la base, le tout prend bientôt la forme d'une colonne, du sonnnet de laquelle pendent deux corps ovoïdes (f. 16 ov), qui sont les ovules dans leur première phase de développement. Pendant cela, les carpelles, qui étaient demeurés ouverts au som- met, s'unissent encore dans ce point, et la cavité ovarienne se trouve fermée de tout côté (f. 16). Du sommet fermé naissent immédiate- ment les styles (f. 16). C'est la couche extérieure (laquelle joue sur l'ovaire le rôle d'un épidémie) qui leur donne naissance, et leur évo- lution est due à un développement secondaire. Mais il ne serait pas d'un grand intérêt d'entrer dans les détails de ce développement, et je crois pouvoir négliger aussi la description de la structure des styles. Qu'il me soit permis seulement de faire remarquer que chacun d'eux correspond exactement à la ligne médiane du carpelle auquel il appartient, et que, par conséquent, ils sont tous deux orientés, comme le sont aussi les ovules, à gauche et à droite de l'axe du capitule. Quant aux changements survenus dans l'intérieur des carpelles pendant la naissance des ovules, il n'y en a que deux qu'il importe de noter. On voit d'abord une zone de parerlchyme, située autour du sommet de la cavité ovarienne, se transformer en un anneau de cel- lules sclérenchymateuses à parois très-épaisses, poreuses et blanchâ- tres, formées par des couches superposées, et dont le contenu finit IZlÛ CONGRÈS h^TE^^AT10NAL DE HÛTANInUt:. par dispaïaîli'C (f. 'iiisc). Cet anneau, d'abord très-niincc, s'aug- mente peu à peu, par l'adjonction des cellules voisines qui se trans- forment en cellules de sclérencliyme, et arrive à représenter un épais manteau en forme de cloche, ouvert au sommet pour laisser passer le tissu mince qui conduit aux styles (f. 17 se) . On rencontre encore, dans un degré d'évolution ultérieure, des cellules de même struc- ture dispersées en petit groupe au-dessus de cet anneau, dans le voisinage du sommet (f. 17 se'). — En même tenq)s commence la formation des faisceaux vasculaires. Il en entre, à l'origine, deux dans l'axe floral; ils sont situés l'un à gauche, l'autre à droite, et correspondent ainsi aux deux carpelles ; mais, un peu au-dessus de la base, chacun d'eux donne naissance à un rameau qui s'incurve vers la ligne médiane de la llcur, l'un en avant, l'autre en arrière, de sorte que, sur la section horizontale, on en trouve quatre disposés en croix (f. 18/"), car ces quatre faisceaux s'élèvent en conservant leur situation respective jusqu'au manteau scléj'enchymateux, à la surface extérieure duquel ils se terminent brusquement (f. 17 /). La colomie axile et les deux jeunes ovules qui lui sont attachés, en continuant de s'accroître, finissent par remplir complètement la cavité ovarienne; la colonne s'élargit si bien dans la direction de la ligne médiane, qu'elle touche les parois en avant et en arrière. Alors tout le système se confond avec les parois ovariennes, de sorte que la ileur entière représente un corps solide. 11 est bien évi- dent que c'est la colonne qui forme ainsi une cloison complète entre les deux ovules (f. 17-18). Voilà donc la fleur arrivée à un degré d'évolution que l'on peut regarder à peu près comme définitif. Elle subit bien encore quelques changements jusqu'à son parfait développement ; mais seulement pour achever la formation de parties déjà constituées, et non pour créer des organes complètement nouveaux. Parmi ces changements ultérieurs, il faut mentionner d'abord l'é- volution des sacs embryonnaires. 11 s'en forme, comme à l'ordinaire, un dans chaque ovule; dans la fleur développée, le sac constitue une utricule allongée, extraaxile, située dans la proximité de la cloison, renfermant deux vésicules embryonnaires à son extrémité supérieure et deux vésicules antipodes au point oi)posé (f. 10). On peut con- clure de là que l'évolution de l'ovule a suivi le type anatrope et (selon l'expression de M. ,).-(.•. Agardh) apotrope; on était à même de le supposer déjà par la configuration qu'avaient prise les tissus ElCIILEli. — BALANOPIIORÉES. 1/|0 dans les phases antérieures. Le reste du tissu de l'ovule entourant ce sac se transforme par des divisions répétées en un parenchyme régulier très-serré, rempli d'un plasma trouble et opaque, par lequel il se distingue très-nettement du tissu de la paroi ovarienne et de la cloison, qui reste bien plus clair (f. 17-19). Je dois cependant faire remarquer que le sonunet de la cloison se développe de la même manière que le tissu ovulaire, de sorte que les deux ovules finissent par sembler confondus entre eux, au-dessus de la cloison (f. 17). D'ailleurs, il est à peine nécessaire d'indiquer que ces ovules sont tout à fait dépourvus d'enveloppe, puisque cela résulte évidemment des figures. La dernière phase de développement dont il me reste à faire mention, consiste en ce que nous voyons se multiplier les cellules à la base de la cloison et dans la couche la plus interne de la paroi ovarienne, vers le moment où les ovules se confondent avec elle. Cette multiplication ne cesse que quand la fleur a atteint sa perfec- tion. Comme les cellules ainsi formées restent bien plus petites que celles qui les entourent, il se forme de cette façon un manteau parenchymateux spécial qui enveloppe tout le système ovulaire, et s'amincit vers les styles en s'effilaut (f. 17-19 m). C'est une couche de cette partie qui se transforme dans le fruit en coque scléren- chymateuse (i). C'est par là que se termine l'évolution de la fleur femelle, dès lors apte à recevoir l'imprégnation. Les phases ultérieures appartiennent à celle du fruit. Après cette exposition, l'explication morphologique des organes floraux du Lophophytinn n'offre plus de difficultés. Le mamelon primordial est l'axe; les deux organes latéraux qui en naissent et qui donnent naissance aux styles sont les carpelles. La fleur tout entière n'est donc quun pistil nu. La cloison médiane, qui résulte du développement de la colonne ovulifère primitivement libre et centrale, doit être regardée comme un placenta, et ce placenta comme la continuation directe de l'axe floral ; enfin, le reste se com- prend de soi-même. Je dois seulement faire remarquer que les ovules, quant à leur signification morphologique, présentent plutôt le (1) C'est la couche périphérique qui subit ce changement. Dans les fruits qui avortent, le manteau se transforme tout entier en sclérenchyme et forme ainsi un noyau dur, avec une petite cavité centrale où sont les restes des ovules atrophiés. CONGRÈS BOT. 10 146 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. caractère d'un bourgeon métamorphosé que celui d'une feuille (1), Je viens de considérer la fleur comme un pistil nu ; les auteurs qui m'ont précédé lui ont, il est vrai, attribué un périgone; ils ont pris pour tel le bord cratériforme qui couronne le sommet de la fleur. Mais il est évident que cette interprétation n'est pas fondée. En effet, ce bord, ce prétendu limbe, doit, comme nous l'avons vu, sa naissance aux carpelles; et, ce qui prouve le mieux combien il est impossible de réserver au périgone, dans la constitution de la fleur, ne fût-ce qu'une seule couche de cellules , c'est que le tissu qui émet les styles et qui, par conséquent, appartient indubitablement aux carpelles, forme la partie la plus externe, c'est-à-dire l'épiderme de cette fleur. On trouverait, au reste, beaucoup d'exemples analo- gues à ce prolongement des carpelles autour de la base des styles, notamment parmi les pislils gynobasiques, etc. La structure de la fleur femelle du LophopJnjlum nous révèle ainsi une forme tout à fait nouvelle et inattendue dans la famille des Balanophorées ; de plus, elle nous permet non-seulement d'expli- quer les anciennes indications de MM. Schott et Endlicher (2), qui ont tant choqué les botanistes modernes, mais aussi de rectifier les vues taxonomiques fondées sur la structure de ce genre. Mais per- mettez-moi, messieurs, d'abandonner pour un moment ce sujet, au- quel je reviendrai plus tard. La fleur mâle du LophopJnjtum ressemble beaucoup, dans l'en- semble, à la fleur femelle du même genre; elle ne consiste égale- ment qu'en deux organes foliacés : deux étamines supportées par un axe très-raccourci et situées, comme les carpelles, à gauche et à droite de l'axe du capitule sur lequel les fleurs se trouvent encore réimies. Les botanistes lui ont accordé un périgone, en considérant comme tel quelques écailles charnues (|ui se trouvent entre les étamines, mais qui ne sont que des ovaires avortés. On trouve des organes semblables entremêlés aux fleurs mâles du Langsdorffia et d'autres plantes de cet ordre (3) . La structure que nous venons de décrire n'est pas propre au seul (1) Si j'émels celte hypoUièse, c'est à cause de Tanalogie que Torganisation du Lopti()})hytuin ofl're avec celle des Ilélosidées et d'autres tribus, dans lesquelles l'ovule n'iiréseiilc, comme nous lo verrous plus lard, le souunct de l'axe floral. Je reconnais cependant que celte iiilerprélalion soullVc quelque ditUcullé, parce que chez le Lnpho- piiijlum l'évolution des ovules, organes latéraux nés au sommet d'un axe, répond mieux a la naissance d'vnii'. feuille. (2) Meleleniatii bol., L c. (3] J'ai observé des lorme» IransiLoirci qui relient ces tcaillcL- à un ovaire Lien déve- EICHLER. — BALÂNOPHORÉES. \!\7 genre Lophophytum; elle se rencontre encore dans quelques autres, et d'abord dans Y Ombrophytum. Gelni-ci est extrêmement voisin du précédent. Ses fleurs femelles, abstraction faite de la grandeur des parties et de quelques détails peu importants, se distinguent à peine de celles du Lophophytum. Ce que j'avance ici confirme l'exactitude de la description tracée anciennement par M. Pœppig (1) , qui attribuait à cette plante deux ovules séparés par une cloison ; et rien n'esta y changer que l'inter- prétation morphologique. La môme conformité existe entre les fleurs mâles des deux genres. Un autre genre rentre dans ce type : c'est le Scyhaliwn. Il serait trop long d'en décrire la structure; je me borne à en donner (pi. Il, f. 20) une figure qui suffira, si l'on se reporte à l'explication des planches, pour démontrer l'analogie parfaite qui existe entre le Scybaliwn et le Lophophytum. Par cette analogie s'expliquent, non-seulement les anciennes descriptions (2) qui donnent au Scyba- lium deux ovules séparés par une cloison, mais encore l'indication plus récente de M. Hofmeister (3) qui lui accorde un seul ovule muni de deux sacs embryonnaires. Ceci provient de ce que M. Hof- meister ne s'est pas rendu compte des deux nucelles, dont il a con- fondu les cellules avec le tissu ovarien environnant. Si nous avons trouvé dans les trois genres précédents, qui sont tous américains, toujours deux carpelles et deux ovules, le Sarco- phytCy au contraire, genre de l'Afrique méridionale, présente ces organes au nombre de trois, sans altération aucune des principaux types de l'organisation précédente. Cependant, comme les matériaux dont j'ai pu disposer n'étaient pas propres à l'examen délicat qu'exi- gent les études organogéniques, je ne puis émettre en toute sûreté cette assertion; je puis seulement affirmer que la description de M. Hofmeister (â), lequel attribue au Sarcophyte un seul ovule unicellulaire penché (ou quelquefois par exception deux), n'est pas loppé, mais je ne puis insister ici spécialement sur ce point, lequel sera mieux traité dans la monographie des Balanophorées que je prépare pour le Flora brasilieasis de M. de Marlius. (1) Pœppig et Endlicher, Nova Gênera, l. c. (2) Schott et Endlicher, Meletemala bol., p. 3, lab. 2. (3) Neue Beitrœge, l. c, p. 599. (4) Neue Beitrœge, l. c, p. 581 et sniv. Je dois faire remaïqucr que les fleuri exa- minées par moi proviennent du même échantillon que celles qu'a dccntus .M, Hofineister. Dans l'explication des planches, j'ai cherché, autant que possible, à mettre d'accord nOo observations réciproques. lllS CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. exacte, et que j'ai toujours trouvé moi-uiOme trois ovules à uucelle multicellulaire, séparés par autant de cloisons qui se rejoignent sur l'axe, et adhérents, de toutes parts, aux cloisons et aux parois ova- riennes (pi. II, f. '21 et 22). J'ignore si ces ovules sont dressés ou penchés, anatropes ou orthotropes, et je ne connais pas davantage, dans ce genre, la nature ou l'évolution des cloisons; mais, en consi- dérant l'affinité incontestable du Sarcophyte avec les Lophophytées, et en recomiaissant combien il se rapproche, par l'ensemble de sa structure florale, des genres de cette tribu, on peut conclure que cette structure ne diflere que ])ar le nombre des organes. Je suis donc disposé à croire que la fleur du Sarcophyte est aussi un pistil nu (comme c'est l'opinion de tous les botanistes), qu'elle se conqoose de trois carpelles, qu'elle olTre d'abord un placenta axile hbre, nmni de trois ovules descendants, fixés à son souunet, qui deviennent iinaleuient anatropes et apotropes ; que ce placenta s'élnrgit, dans la suite, en formant des cloisons entre les ovules, et se confond finalement avec ceux-ci et avec les parois ovariennes en un corps solide. Les fleurs mâles possèdent un périgone dans le Sanop/iyloni dans le Sci/baliiim. (leci ne peut modifier en rien rexi)lication que nous avons donnée de la fleur femelle; d'autant aïoins que dans tous les autres genres des Balanophorées, à l'exception seulement du Lopho- phytuDi et de ÏOmbrop/iytum^ il n'y a point de similitude entre les fleurs des deux sexes, relativement à leur composition morpholo- gique . Nous allons trouver une structure et une évolution tout à fait difl'é- rentes de la précédente dans le groupe des Hélosidées (dont j'exclus le Scybalimn déjà décrit). Je prendrai pour type de ce nouvel examen le geine Jlelosis; mais, pour être bref, je n'en rapporterai que les traits principaux, renvoyant pour le reste au Flora brosi- liensis et au mémoire déjà plusieurs fois cité de AI. Hofmeister, dont les investigations relatives aux Hélosidées me paraissent, à peu d'exceptions prés, fournir des résultats Ibrt exacts. La fleur de. ï Ile/osis naît, connue celle du Lophop//ytu/n, sous forme d'un mamelon celluleux qui représente l'axe floral. Celui-ci pro(hiit deux saillies opposées (f. 23) qui, en s'accroissant rapide- ment et en s'nnissant par les bords, forment bientôt un sac surmon- tant, l'axe et portant deux pointes allongées qui répondent aux som- mets des saillies [)rimordiales (f. 2.'i-2G). Comme ces deux pointes EICHLER. — BALANOPHORÉES. l/jO se transforment plus tard en styles, les organes qui les ont produites, c'est-à-dire les deux saillies, doivent être considérés comme des carpelles. Cependant l'axe floral s'accroît en même temps que les carpelles, sans autre changement (f. 24-26); et quand ceux-ci finis- sent par se réunir aussi au sommet et par former la cavité ovarienne, il remplit entièrement cette cavité, et se confond de toute part avec les parois. Bien qu'il en résulte une union très-intime, il reste ce- pendant une suture assez visible, provenant de la différence des cellules juxtaposées, suture qui indique très-nettement où commence l'axe et où se terminent les carpelles (f. 27). Enfin, une cellule située un peu au-dessous du sommet de l'axe, se transforme en un sac embryonnaire pourvu , à son extrémité supérieure , de deux vésicules; le tissu voisin se remplit d'un plasma trouble et épais; bref, le sommet de l'axe se transforme directement en ovule (f. 27). Quant aux changements ultérieurs qui s'opèrent dans les carpelles, ils n'offrent rien de bien intéressant ; aussi je les omets, sans négliger cependant de noter que la partie supérieure des carpelles s'élève à peu près comme dans le Lophophytum^ autour de la base des styles, en un limbe court, mince et irrégulier, qui couronne le sommet de l'ovaire (f. 25-27) . Ce limbe n'a donc nullement la valeur d'unpéri- gone, valeur qu'on lui a toujours reconnue; ce n'est qu'un simple prolongement des carpelles. La fleur de \ Helosis se réduit encore à un pistil nu, comme celle des précédents, et se compose, comme celle du Lophophytum, de deux carpelles ; mais voici la différence importante qui la caractérise: l'axe floral qui se développait, dans les précédents, en un placenta sur lequel naissaient les ovules sous forme d'organes latéraux, de- vient immédiatement dans \ Helosis l'ovule lui-même; il en résulte un seul ovule dressé et orthotrope, tandis que dans les Lophophy- tées et les genres voisins il se trouvait des ovules descendants ana- tropes, et aussi nombreux que les carpelles. La structure de Y Helosis est commune à tous les genres de la tribu des Hélosidées connus; bien que nous ne sachions l'évolution d'aucun d'eux, nous pouvons inférer des observations précédentes et de cette analogie, qu'ils se développent tous de même que Y Helosis. J'incline à croire qu'il en est encore de même dans les Langs- dorffiées. En effet, si ces plantes diffèrent des Hélosidées sur quelques points remarquables, principalement en ce qu'elles n'ont qu'un seul style termina], du moins, par la structure de leur ovaire et de leur J50 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. ovule, elles leur paraissent fort analogues. Mes investigations m'ont en effet démontré que l'ovule du Langulorffia ne consiste point, comme l'a affirmé M. Hofmeister (1), en une seule cellule anatrope, descendante et libre; il est, au contraire, composé d'un très-grand nombre de cellules, dressé, orthotrope et adhérent partout à l'ovaire. On se convaincra facilement de la justesse de mes assertions en consultant les figures 28 et 29 jointes à ce travail. Quant au reste de la structure de la fleur du Langsdorffîa^ cette fleur est, à mon avis, comme celle de tous les genres précédents, dépourvue de périgone, et ne consiste qu'en un pistil nu ; je ne vols pas, en eflet, de motifs sufiisants pour attribuer le rôle d'un périgone, à l'exemple des au- teurs, au limbe court qui couronne cette fleur. Ce limbe, d'après sa structure anatomique, a la même signification que celui des Hélosi- dées et des autres genres déjà étudiés; ce n'est qu'un simple prolon- gement des bords de l'ovaire lui-même; mais il serait trop long d'exposer ici les détails de cette structure. Quant à savoir si le pistil du Langsdorffm se compose, comme celui des Hélosidées, de deux carpelles dont les styles se seraient réunis par coalescence, ou ré- duits par avortement à un seul, ou bien si plutôt le pistil ne se com- pose que d'un seul carpelle, comme le donne à penser la simplicité du style, c'est une question que je ne puis trancher ; les matériaux de mes études, trop insuffisants, ne le permettraient pas, et ce point doit être réservé à des investigations ultérieures. D'ailleurs , pour le moment, il n'est pas d'une grande importance ; il nous suffit, en effet, d'avoir constaté que la fleur du Lancjsdorffia est un pistil nu, à ovule unique, dressé, orthotrope et dépourvu d'enveloppe, qui a, comme nous le concluons par analogie , la môme origine que dans les Hélosidées, en ce qu'il représente l'axe floral méta- morphosé. Pour le genre Balanophora, je suis à môme de constater l'exacti- tude des recherches de M. Hofmeister (2). Il résulte de ses investi- gations que la fleur femelle de ce genre consiste aussi en un pistil nu à style unique, et qu'elle ne possède qu'un seul ovule, com- posé de très-peu de cellules, anatrope et descendant librement du sommet de la cavité ovarieime (f. 1,2). H est probable, du reste, que dans ce genre le pistil n'est formé que d'un seul carpelle. (1) Neue Ikitrœge, loc. cit., p. 576. — Voy. aussi iin mémoire de M. Karsten sur ce sujet, d.-ins les Nova Acla Acad. Leop.-CoroL N'ilurœ Citriosorum, t. XXVI, pars 2. (2) Loc. ci7.,p. 585 et suivantes. EICHLER. — BALANOPIÎORÉES. /151 Si nous jetons maintenant un coup d'œil rétrospectif sur les formes dont il vient d'être question, nous trouverons que chez toutes la fleur femelle consiste toujours en un pistil nu et que les ovules y sont sans enveloppe. Les deux genres qui nous restent à examiner, le Cynomorium et le Mystropetalum^ ne sont pas dans les mêmes conditions; ils ont non-seulement un périgone bien accusé (f. 10, 11), mais aussi un ovule pourvu d'une enveloppe (f. 12). Il s'y joint quelques autres différences, dont la plus remarquable est peut- être celle que je vais exposer. Dans toutes les Balanophorées, à l'exception de ces deux genres seulement, les inflorescences naissent à la manière des bourgeons adventifs : c'est-à-dire qu'elles se forment dans Y intérieur de l'organe de végétation, qui est dans ce cas une sorte de rhizome. Elles y demeurent assez longtemps, et forcent par leur croissance le tissu de ce rhizome à s'élargir pour leur consti- tuer une enveloppe; enfin, en s' allongeant brusquement, elles rom- pent et dépassent cette enveloppe, qui persiste à la base du pé- doncule sous forme d'une gaine ou d'un calicule , quelquefois peu visible [Phyllocoryne) , mais le plus souvent bien apparent [Lanys- dorffid) , et dans quelques cas véritablement énorme [Ombrophytum] . Au contraire, chez le Cynomorium et le Mystropetalum, on ne trouve pas cette singulière évolution, qui rappelle en quelque façon celle de la fructification des Agariciis ; les inflorescences y forment la continuation des rameaux du rhizome. Je suis porté à croire que ces différences, celles de la structure florale et de la végétation, sont des motifs suffisants pour séparer ces deux genres des Balanophorées. Ils formeraient la famille des Cyno- moriées. On m'accordera tout au moins, quand même on ne serait pas d'accord avec moi sur cette séparation, que les Cynomoriées ont avec les Balanophorées bien moins d'affinité que les membres de ce dernier groupe n'en ont entre eux. D'ailleurs, en considérant com- bien les genres des Balanophorées, comme nous les définissons, concordent entre eux par les caractères de leur fructification et de leur végétation, mentionnés plus haut, il paraît évident que cet ordre ne peut être divisé davantage. J'ai essayé d'établir sur les bases de cette étude une disposition systématique des Balanophorées que j'ai lieu de croire naturelle. Les groupes qui en résultent coïncident pour la plupart avec ceux qu'a proposés M. Hooker. J'en exclus naturellement les Cynomo- riées, 152 CONCniiS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. Balanoplioraceze. Trib. I. Eubalaiioplioreae. $. Style 1; ovule 1, pendant, libre, anatrope. Dalanophora Forst. Trib. n. Langsdorflieae. ^. Style 1; ovule 1, orthotrope, adliérent à l'ovairo. Loiujsdorffia Mart. , Tlionninyia Valil {Do/tylan(/ius Hook. f. ?). Trib. III. Helosideae. ^\ Styles 2 ; ovule 1, orthotrope, adhérent à l'ovaire. — cf. Un pé- rigone, 3 étaniines. — Poils clavifornies entremêlés aux fleurs. Helosis Y{\ch. , Corynœa Hook. f., B/iopalocnemis 3img\\., Phyllo- coryne Hook. f. , Sphœrorrltizon Hook. f. Trib. IV. Scybalieœ. $. Styles 2 ; ovules 2, pendants du sommet d'un placenta axile trans- formé en cloison, anatropes, adhérents à la cloison et à l'ovaire. — cf. Un périgone ; 3 étamines. — Poils claviformos entremêlés aux fleurs. Trib. y. Lopbophyteae. $. Styles et ovules comme dans les Scybalieœ. — ç^. Pas de péri- gone ; 2 étamines. — Point de poils entre les fleurs. Lopliopliytum Schott et Endl., Ombrophytum Pœpp. Trib. VI. Sarcophyle.T. 5. Ovaire formé de 3 carpelles; stigmate sessilc; ovules 3, pendants du sommet d'un placenta axile élargi en cloisons entre les ovules, anatropes, adhérents aux cloisons et à l'ovaire. — ç^. Un'périgone ; 3 étamines. — Point de poils entre les fleurs. Sarcophyte Sparrm. Permettez-moi encore, messieiii's, deux mots sur la situation taxo- nomique de l'ordre des Balanophorées, ainsi constitué. Si l'on con- vient d'en exclure, à mon exemple, le ÇyDoinorlum et le Mi/stro- petalnm, il n'y a plus lieu de lui attribuer avec le genre Ilippuris une aninité fondée seulement sur le Ct/nomorium. (lonmie nous avons constaté que le Lophophytuut ne possède ni périgone, ni ovule unique, l'affîniti'' avec le Misamlrr/, supposée par M. J.-D. Hooker, tombe égalcnieiil. Ainsi disparaît toute analogie entre les Balano- phorées et les Haloragées. La vue se porte au contraire dans une direction bien différente; et c'est le Myzodendnni que nous recon- naissons comme la forme la plus analogue à, une j)artie de nos gen- res. En eflet la (If^ur femelle du Myzodmdron con-iste également en EICIILER. — BALANOPHORÉES. 153 un pistil nu, formé, comme celui AwSarcophjte, de trois carpelles; et l'axe floral s'y allonge aussi en un placenta central qui porte trois ovules situés chacun en face de chaque carpelle, pendants, ana- tropes et dépourvus d'enveloppes, comme le sont ceux des Lopho- phytées, du Scybalium et du Sarcophyte. Il est vrai que chez le Myzodendron le placenta ne s'élargit point en cloisons, et que les ovules n'adhèrent pas à l'ovaire. Mais cette difi'érence ne peut soule- ver d'objections sérieuses ; car non-seulement nous voyons dans le Lopliophytum les placentas et les ovules primitivement libres (de sorte que le Myzodendron représente en quelque sorte une phase plus jeune du Lophophytum) , mais encore nous trouvons chez quel- ques genres très-voisins du Myzodendron un placenta développé en cloisons, et quelquefois mêuie, au moins dans le fruit, une adhérence entre la semence et Tovaire (I). Je dois encore faire remarquer que les ileurs mâles sont aussi presque identiques dans le Lophophytwn et le Myzodendron; elles ne se composent, en effet, dans ce dernier genre, que de deux ou trois étamines, sans périgone. En un mot, l'analogie de ces deux types est aussi parfaite qu'on peut la désirer. Quant aux Hélosidées et aux Langsdorfliées, à ovule unique, dressé, orthotropeet adhérent à l'ovaire, celles-ci trouvent une ana- logie frappante parmi les Viscacées et les Loranthées. Car d'après les recherches de M. Hofmeister (2), l'ovaire et l'ovule de ces deux groupes sont formés suivant le même mode, et l'ovule est dépourvu d'enveloppe. Il est vrai que les Viscacées et les Loranthées sont pourvues d'un périgone, organe qui, nous l'avons vu, fait complète- ment défaut aux fleurs femelles des Balanophorées. Nous croyons, néanmoins, que les Balanophorées doivent rentrer directement dans la grande classe que M. Bâillon a composée avec beaucoup de raison des Viscacées, Loranthées, Santalacées (comprenant le Myzoden- dron), Olacinées, etc., et qu'il a nommée la classe des Loranthacées. En effet, la différence offerte par la présence du périgone est effacée par les transitions qui relient les différents types de cette classe ; si le Myzodendron possède encore des fleurs nues, les genres voisins ont un périgone simple ou double, et ce perfectionnement se révèle aussi en quelque façon chez les Balanophorées, savoir dans leur fleur (1) Voyez Bâillon, preiiiioi- eL (ieiixièine Mémoire zu^- le'; Loranthacéjs, dans VAian- sonia, 1861. (2) Neue Beilrœge, lue. cit., p. 539 et suivantes. (3) Mémuire sur les LnrcDUhacces, Uir. cil. J5i CONGRES INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. mâle, laquelle est nue dans les Lophophytées et pourvue d'un péri- gone dans les autres types. Les Balanophorées, dans la classe des Loranthacées, constitueraient le groupe inférieur, l'organisation la moins développée, organisation qui, par l'intermédiaire des Myzo- dendrées et des Viscacées, se relierait aux formes des Santalacées, Lorantliées et Olacinées, qui représentent l'évolution la plus haute du même type. Cependant il y a une difficulté qui s'oppose encore à cet arrange- ment systématique; elle est présentée parle genre Balanophora^ dont l'ovule attaché à la paroi ovarienne, et non émanant d'un pla- centa axile ou constituant le sommet de l'axe lui-même, n'a pas d'analogue parmi les Loranthacées. Toutefois il est permis de con- jecturer que l'histoire de l'évolution de ce genre, que nous ne con- naissons pas encore, nous montrera peut-être qu'il y a dans le Bala- îwphora, à l'origine, un placenta axile qui se soude plus tard à la paroi ovarienne, et du sommet duquel pendrait l'ovule : conjecture arhiti'aire sans doute, mais non dépourvue de probabilité. Si cette hypothèse se trouvait justifiée, c'est des Lophophytées que le Bala- nophora se rapprocherait le plus ; il rentrerait très-naturellement avec elles dans le type commun de la classe des Loranthacées. Dans le cas contraire, il se trouverait que les Balanophorées ont encore des affinités avec d'autres ordres qu'avec les Loranthacées. Il en serait de même si l'on conservait parmi elles les Cynomoriées ; elles renfermeraient alors des types très-différents, qui les relieraient à des ordres très-éloignés. L'affinité indiquée par les Cynomoriées concernerait du YesieVfJippia'is et les Haloragées, comme je l'ac- corde sans hésitation à M. Hooker. M. J.-E. Planchon présente les observations suivantes : Les rapports des Santalacées, Olacinées et Loranthacées ont été aperçus par R. Brown, par M. Decaisne et par iDoi-mèine, bien avant les travaux de M. Bâillon. Il pourrait bien se faire ([u'on dût rapprocher les uns des autres dos types végétaux qui diiïèreiit ce- pendant par la présence ou l'absence d'un tégument OMilaire ou môme d'un périanthe. Peut-être le Cyiiomorium est-il simplement une Balanophorée douée d'une organisation supérieure h celle des autres types incomplets de la même famille. On sait qu'il existe flans les Piprracéos \m périanthe incomplet qui s'accuse davantage C. PERSONNAT. — VÉGÉTATION DE l'âRDÈCHE. 155 dans les Saururées ; et d'après M. Eichler lui-même, on ne saurait séparer les Myzodendron des Loranthacées. M. Eichler répond que les Balanophorées, comme il les con- sidère, sont très-logiquement reliées en un seul groupe par le défaut d'enveloppes ovulaires et par la singularité de leurs bourgeons. M. C. Personnat, secrétaire, fait au Congrès la communi- cation suivante : APERÇU DE LA VÉGÉTATION DU DÉPARTEMENT DE L'ARDECHE, Par 51. Camille PE;RS0I\IVAT. Le département de l'Ardèche est fort peu connu dans le monde scientifique, surtout sous le rapport du règne végétal. Il n'a été visité que par quelques rares botanistes, dont les observations ont été signalées dans la Flore de France de MM. Grenier et Godron, dans le Pugillus de M. Jordan (qui y a fait une ample moisson d'espèces nouvelles), ou dans la Flore du centre, où M. Boreau a accueilli toutes les créations du savant observateur lyonnais. D'autres richesses se trouvent encore enfermées , inédites, dans l'herbier de notre regretté confrère, Henri de la Perraudière, que j'ai eu le trop court plaisir, en 1860, d'accompagner ou de guider dans quelques-unes de ses courses autour de Vais et du Mézenc. Mais ces fructueuses visites ont eu lieu à de longs intervalles, à la hâte et presque toujours aux mêmes époques de l'année. Aussi, que de choses ne reste-t-il pas à trouver, à signaler ou à décrire ! Sur ce sol exceptionnel et sous ce climat spécial, il semble que les plan- tes se déforment et revêtent un faciès ou des caractères propres à la contrée. L'Ardèche, en effet, se trouve située dans la région méridionale de la France, sur la limite où finit celle du centre, et cette position géographique suffirait déjà pour recommander ce coin de territoire à l'attention des botanistes ; mais ce qui en fait un pays exceptionnel, sous le rapport de la végétation, c'est le relief que lui ont donné les révolutions volcaniques par lesquelles son sol a été si profondément bouleversé dans les temps anciens ; c'est l'élévation de ses points culminants où la neige persiste pendant plusieurs mois; c'est la tem- ir>0 CONGRÈS INTERNATIONAL DE ROTANIQUE. pératiire brûlante de la plupart de ses vallées méridionales ; c'est la diversito' des terrains qui se montrent t\ sa surface, et conséquemment la variété do ses productions végétales. Ainsi, le Mézenc s'élève à près de 1800 mètres au-dessus du ni- veau de la nier; le (îerhier-de-Joncsà 1500 mètres; un grand nombre d'autres sommets atteignent de UOO à 1500 mètres, et les plateaux des trois chaînes granitiques du Tanargue, des Boutières et du ('oiron (jusqu';\ (lourdon) conservent ime altitude qui varie enti-e 1200 v.\ 1500 mètres. La région des Hêtres et celle des Sapins sont donc largement représentées sur notre sol; aussi retrouve-t-on, au milieu de ses rochers abruptes, de ses riches forêts et de ses vastes pâturages, presque tout ce qui peut être observé dans la chaîne des (lévennes et une grande partie des espèces qui constituent la végé- tation alpestre. Au nord-ouest, le département touche, par les versants occiden- taux de la chaîne du iVIézenc et par la vallée supérieure de la Loire, à la région qu'on appelle le plateau central de la France. La llore de ce vaste bassin arrive donc jusqu'à nos portes et pénètre même chez nous, entre le IJéage et le mont Gerbier. Et à quelques pas de là, les plateaux basaltiques du Coiron, qui conservent encore, autour de Pi-ivas, une élévation de 7 à 800 mètres, s'abaissent peu à peu vers le Rhône en changeant de nature et se transforment en coteaux cal- caires, dont les pentes inclinées vers le sud et rendues arides par un soleil brûlant reproduisent ou rappellent la nature la ])lus méri- dionale. De même, les vallées étroites et escarpées qui prennent naissance dans toutes les déchirures de ces chaînes, qui s'ouvrent vers le midi avec un sol dont l'élévation n'excède plus 70 à 100 mè- tres, et demeurent conséquemment toujours à l'abri des vents froids, donnent accès, du côté du Gard et jusqu'au pied des monts, au cli- mntet aux productions de la région méditerranéenne; tandis (|ue de l'autre côté de la chaîne à la([uclle est adossée la partie sud de l' Ar- dèche, l'arrondissement de Tournon voit naître sur ses pentes sep- tentrionales et dans ses vallées, une fraîche et Inxiiiiante végétation qui entretient partout un brillant tapis de verdure oi de fleurs. — Lnlin, du côté de l'est, la grande vallée du Rhône sert de voie facile à cette uiéinc nature méridionale et à celle des parties supé- lieures du bassin, qui, marchant toutes deux en sens inverse, vie)i- nent pour ainsi dire s'y donner la main ou s'y croiser en face de l'Ardèche. C. PERSONNAT. — VÉGÉTATION DE L'aRDÈCHE. 157 C'est ainsi qu'on peut récolter au Mézenc et au Gerbier-de-Joncs, les Petasites alhus Gaertn., Gnaphaliurn norvcgicum Gunn., Senecio leucophyllusYiC ^ Crépis f/)'a7îdi/I or a Tausch, Leontodon pyrenai- eus Gouan, Paradisia Liliastrum Bert. , Pedicularis comosa L. , ArhuUis Uva-Ursi L., Phyteimia hemispliœricinn L. et IJalleri Ail., Lycopodiimi Selayo L. et alpimim L., Fesluca spadicea L. et/jz7o.s« Hall., Jnnipcriis alpina Glus., Soldanella alpiiiah.^ (\q nombreux Saxifrages et un grand nombre d'autres plantes des hauts sommets. Sur les plateaux moins élevés : les Alchemillo, alpina L., Saxi- fraga hypnoides L,, Antcnnaria dioica Gœrtn., Anémone montana Hoppe, Valeria?ia tripteris L. , Geyitiana luLea L. et autres, Aco- nituni Napellus L. , Diantfms deltoides L. , et toutes les plantes de la végétation subalpine. Enfin, au pied même des montagnes, dans les vallées des bassins de l'Ardèche, del'Ouvèze et du Rhône, les Catananche C(Rrulea L., Dorycniwn suffruticosuniYiW.^ Dianthus Godroiii ioi'{\.^ Satu- reia hortensis L. , RhusCotinusL., Helianthemum polifolium DC. ei canumYixm.^ Cistiis laurifolins L. et albidus L., Aphyllanthes monspeliensis L. , Leuzea conifera DG. , Lavandula lalifoliaV\'\\\ù. , Linuni narho7iense h. et campaiiidatum L. , Linarirf siniplex DC. et supiîiaDC, PJup/iorbia Gerai^diana Jacf{., Scrrafulcns patulus Pari., Calamayrostis littorea DC., à côté des Ilippopliaë rlinni- noides L., Aslragalus Cicer L., Asclepias Cornuti DC, Salsola KaiiL., Coris monspeliensis L., Ruta a?igi(stifoIia'Pers., Aspara- gus acutifoliiis L., Cerinthe aspera Roth, Phlomis Lychnitis L. et Herha-venti L., et une foule d'autres espèces de la région des Oliviers. On peut donc en quelques heures, sans fatigue, sur un espace restreint, — et c'est là surtout le charme des herborisations dans ce beau pays, — étudier les végétations les plus diverses et faire les récoltes les plus variées. Mais ce qui excite encore très-vivement l'intérêt, c'est, comme je l'ai dit, la déformation fréquente des types connus, qui a déjà donné lieu à la création de nombreuses espèces nouvelles : le Cardiius nigrescens des auteurs y devient le C. vivariensis Jord. ; le Dianthus hirtus s'y transforme en B, vivariensis Jord., etc., etc. Voici quelques-unes des dernières observations que j'ai pu noter; elles concernent les espèces suivantes : 158 CONGHÈS IINTEKNATIONAL DE BOTANIQUE. 1- Anémone montana Hoppe. V A)ie»)io}ïc ?no7îtana'H.O])i[)e, par exemple, recueilli sur les coteaux du Goiron, offre des feuilles dont toutes les subdivisions sont pétio- hdées, tandis qu'habituellement les premières divisions seules présentent ce caractère considéré comme important. C'est cependant en réalité r.4. ?nonta?ia Hoppe de MM. (irenier et Godron. Le calice est d'un pourpre noir et en entonnoir lorsqu'il fait soleil ; à l'ombre, les sépales sont connivents, à sommet un peu déjeté. — M. Jordan ayant tiré quatre espèces nouvelles des deux types A . Pidsatilla L. eXA. montana Hoppe (1), notre plante paraît se rapporter à son Pid- satillariibra (Lam.) Ann. Soc. Lhm. de Lyon, 1860, p. û'ii, par la couleur de ses fleurs et par ses feuilles commençant à se développer en même temps que les fleurs. (H paraît, d'après M. Jordan, que ce dernier caractère distingue sa plante du vrai P. montana Hoppe, dont les feuilles ne se développeraient qu'après les fleurs) . Mais ce qui éloigne notre espèce de celle du savant botaniste lyonnais, c'est que chez nous la tige est toujours couverte d'une villosité lon- gue et soyeuse comme celle de r.i. ;?20w/cm« Hoppe, tandis que le P. rubra (Lam.) loc. cit. ne présenterait que des tiges simplement velues, à poils courts. M. Boreau(/'7. cent.) signale deux variations de Y A. montana Hoppe, l'une à fleurs d'un pourpre noir, l'autre à coloration moins foncée. Nous avons ces deux formes sur nos co- teaux, mais je ne pense pas qu'elles y constituent deux espèces distinctes. 2° Colchicu:n autuninalc L.? J'ai trouvé assez fréquemment des pieds de Colchicum en fleurs, au printemps, dans les prés un peu humides. Est-ce bien le C. au- twnnale L.? M. Grenier dit, à la vérité, dans sa Flore de France ^ p. 170, que « dans les lieux inondés, les fleurs ne se montrent qu'au printemps », et il donne à cette particularité le synonyme : C. vernalc Hoffm.; mais dans les individus que nous avons récoltés ainsi, au printemps, les divisions du périgone sont toujours étroites, aiguës^ ne se recouvrant pas par les bords, et d'un rose pâle; tandis que dans les fleurs automnales, très-communes dans les environs de Privas, les divisions périgonalcs sont oblongues, obtuses. La (1) Ce n'est pas que nous adopli.ms complètement toutes les espèces jordaniennes et autres ilc (ialc récente, flonl la validité ne nous paraît pas toujours suflisaninient démon- tri'e; mais ci.'s espèces conslituent au moins des formes distinctes de celles i)récédeui- nieiit Uccriles, cl c'est à ce point de vue que nous les admettons ici. C. PERSONNAT. — VÉGÉTATION DE l'AHDÈCUE, 1 5f) fleur du printemps est aussi plus petite et d'une consistance plus ferme. 3° Crocus vernns Al!» Dans tous les individus à fleurs blanches que j'ai cueillis sur les Goirons, la gorge de la corolle et les filets des étamines sont dépour- vus de poils, tandis que la plupart des auteurs, et notamment MM. Grenier et Godron, dans la Flore de France^ donnent comme caractère important, pour le C. vermis Ail. : a gorge et filets velus ou pubescents. » — Koch dit encore, fauce barbata, mais il ne parle pas des filets. — M. Parlatore, monographe du genre Crocus^ dit à la vérité ; filamentis glabris, mais il ajoute : fauce inter sta- minum baùn ciliata-barbata. — Ce caractère noté comme impor- tantn'est donc pas constant. Ce qui le donne à penser, c'est que, dans notre Crocus, on remarque des granules à la gorge, et, comme on le sait, ces petits tubercules se transforment quelquefois en poils. Ce n'est cependant que le C . vernus AH. ! Je ne veux point multiplier les citations ; celles-ci sufîîsent pour démontrer quelle influence le sol et le climat de l'Ardèche peuvent exercer sur le développement des diverses parties de la plante. Je demande seulement au Congrès, avant de finir, la permission de lui soumettre trois nouvelles espèces hybrides, dont l'une a été déjà discutée et controversée, mais dont les deux autres ne me sem- blent pas avoir été observées. 4° Primula grandlfloro-officlnalis. (-P. variabilis Bor. nOU Grcn. Godr.) Contrairement à l'opinion de quelques botanistes, mais d'accord avec celle de certains autres, la plante que nous avons trouvée sur le bord d'une prairie, à Combler, près de Privas, nous pai'aît être réelle- ment une hybride des P. yrandiflora et P. officinalis. Ces deux congénères abondent dans la localité : le P» grandlflora sur les tertres, et le P. officinalis dans les prés. Toute autre forme de Pri- mula y est extrêmement rare. Nous ne saurions donc douter que notre plante ne soit réellement une hybride. En voici la description : Fleurs peu nombreuses, dressées ou à peine penchées, à pédicelles pubescents-tomenteux, inégaux, ordinairement plus longs que le ca- lice ; pédoncules radicaux dépassant ordinairement les feuilles. Co- rolle à limbe plein, d'un jaune pâle et à gorge tachée d'orangé, à 160 CONGIŒS LNTEUNATKtNÂL DE r.OTANloUE. tube non saillant linrs du calice. Capsule paraissant plus courte que le calice uon étroiteuient appliqué sur elle. Feuilles inégalement et faiblement dentées-crénelées, oblongues ou obovales, vertes en des- sus, tomenteuses en dessous au moins dans leur jeunesse, à peine contractées à la base, ou insensiblement atténuées en pétiole ailé. FleuYfi très- 0(lorû)itcs, presque aussi grandes que celles du/^ rjran- dijlora (2 1/2 à 3 cent.); celles du centre de l'ombelle à limbe souvent courte concave, ressemblant aux (leurs du P. ofJicinaUs. Hab. — Privas, bords d'un pré non loin du ruisseau, dans le ra- vin au-dessous de Combler. Une seule toulïe. — Mai. Cette plante se rattache donc au P. f/ramiiflora Lam. , par sa corolle à limbe plan et d'un jaune pcâle, par ses fleurs ordinairement dressées ; et elle s'en sépare par ses fleurs trcs-odorantes et portées plusieurs sur un même pédoncule. Ces deux derniers caractères, ainsi que les taches orangées de la gorge, la rapprochent du P. o/ficinalisifacq., dont elle s'éloigne par son limbe du double plus grand, plan et d'un jaune pâle. Elle se distingue, en outre, du P. elatior Jacq. , par ses fleurs or/o- rantcs, dressées, non penchées, à calice non vert sur les angles ; par les fleurs centrales de l'ombelle petites, concaves ; et par ses feuilles moins brusquement contractées en pétiole à la base ; Du P. intr icata CiV. God., par ses corolles à tube ?ifni saillaiit hors du calice et ses feuilles non pubescentes à la face supérieure ; Du P. Thomasinii Gr. God., par son calice non enflé, vésiculeux et sapubescence moins décidément tomenteuse; Enfin du P. varia fj/iis Coup, in Gren. et God. 77. de Fr., par ses fleurs ircs-odoranfes, d'un jaune pâle et maculées à la gorge. Notre plante, quoique plus odorante, nous parait être la même que celle décrite par M. Boreau sous le nom de J\ varitihills ; leP.ca- ria/niis de MM. Grenier et Godron ne nous semble pas la même forme que celle analysée dans la F/orc du Centre, et pourrait être le P. o/ficinali-grandiflora. ')' Polygonuni llydropipori-Pcr^iicaria Noli. Épis grêles du /*. Hydropiper, un peu inlcrronipiis à la base, droits, comme dans le P. Persicaria, jamais penchés. Feuilles du /'. Persicaria, mais ordinairement sans tache et d'un vert pâle, ce qui les rapproche des feuilles du 7'. Ihjilropipcr. Fleurs à sé[)alcs verts à la base et d'un iuiil;(' \\( im sonnnet, entremêlés de deux ou C. PERSON.NAT. —VÉGÉTATION DE l'ARDÈCIIE. J6l trois fleurs blanches par épi. Racines radicantes aux nœuds infé- rieurs. — Saveur herbacée. Hab. — Privas, graviers de l'Ouvèze, sous la ville; en société avec les congénères, qui se trouvent seuls dans la localité. — Août- septembre. G° Mcnilha silvcstri-rotundSfoIia Nub. Épi grêle, un peu interrompu à la base, comme dans le M. rotun- difolla. Feuilles sessiles ou à peine pétiolées, ovales ou oblongues, aiguës et dentées-en-scie comme dans le M. silvestris. Villosités du M. rotundifolia. Odeur se rapprochant davantage de celle du M. silvestris L. ou du M. candicans Crantz. Serait-ce le M. insidaris Requien in Gr. God. FI. de Fr,, de la Corse? Hab. — Privas, bords hmnides et herbeux de l'Ouvèze, sous la ville ; en société avec les congénères. — A. C. — Août-septembre. Peut-être ces trois formes ne seront-elles pas encore admises comme hybrides, conformément à l'article 36 du Code des lois de la nomenclature botanique que nous avons voté, puisqu'il faut, pour attester l'hybridité, l'avoir constatée par voie expérimentale. Mais à cause des caractères mixtes de nos plantes et de leur habitat au rai- lieu de leurs congénères, j'ai la conviction que ce sont réellement des hybrides. Je vais bien essayer de les obtenir par fécondation artificielle ; j'avoue cependant que l'opération présente pour moi quelque difficulté. En attendant, si les noms que j'ai proposés pour les deux dernières plantes doivent être provisoirement repoussés, je proposerai de qua- lifier ces formes par V aôiecûï ambigims, qui n'a pas encore été, je crois, employé dans les genres Pohjgom.im et Mentha. Nous aurions alors les P. anihiguum., M. ambigita, jusqu'à ce qu'on pût adopter les noms caractéristiques de l'hybridité. Je remercie le Congrès de l'attention qu'il a bien voulu accorder à ma communication et, comme je travaille à la Floride de ï Ardèche^ pour laquelle j'amasse des matériaux, je prie ceux de nos confrères qui ont eu ou qui auront à l'avenir l'occasion d'herboriser dans ce département de vouloir bien me communiquer le résultat de leurs observations. Je viens aussi, en terminant et au nom de la Société des sciences naturelles et historiques de l'Ardèche, prier la Société botanique de CONGRÈS BOT. 11 162 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. France de désigner nos riches montagnes comme champ d'explora- tion de sa session extraordinaire en 1868. D'ici là, messieurs, nous poursuivrons nos recherches, afin de vous guider d'une manière plus fructueuse et de vous faire faire de nombreuses et intéres- santes récoltes. M. le comte Jaubert adresse au Congrès des documents sur une question importante, dont la Société botanique de France s'est occupée dans le cours de l'hiver dernier. Ces documents sont contenus dans une lettre de M. le comte Jaubert à M. A. Denis, ancien député du Var, et dans la réponse de M. Denis. LETTRE DE M. liE COMTE JAUBERT A M. A DENIS. Mars 1867. Monsieur et cher ancien collègue, Dans une des dernières séances de la Société botanique, il a été question de votre CJtamœrops humilis, qui aurait été fécondé par le Phœnix dactylifera, fait dont l'importance serait considérable. M. Duchartre, qui présidait, a rappelé à ce sujet les expériences de M. Bouschet, de Montpellier, sur le croisement de diverses variétés de Vigne, d'où il est résulté que l'influence du pollen s'est bornée à cer- taines modifications du péricarpe qui n'ont pas dépassé la première génération. Dût-il en être de même chez votre Chamœrops^ le fait resterait toujours des plus curieux, les choses ne s'étantpas passées ici entre variétés d'une môme espèce botanique comme pour la Vigne, ni même entre genres voisins, mais entre deux genres fort éloignés l'un de l'autre, l'un à frondes pennées, l'autre à frondes flabelli- formes. On a demandé si les drupes de votre Chaniœrups conte- naient des embryons bien formés. Ce qu'il y a de certain, c'est que sur les quatorze que j'ai cueillies moi-même, trois prises au hasard m'ont présenté des embryons logés comme à l'ordinaire dans la pe- tite cavité excentrique de ralbiiincn. — On a demandé ensuite ce que, i)Our les drupes oii vous trouveriez des embryons, il adviendrait dans les phases successives de la germination et du développement. — M. Cosson a fait remarquer en outre qu'il existe en Sicile une variété de Chamœrops à drupes plus allongées que dans l'espèce ordinaire, et par conséquent se rapprochant davantage de la dimen- A. DENIS. — FÉCONDATUiN HYBRIDE DU CHAM^ROPS. 1(33 sion des drupes de Pliœnlx. Chacun attend avec un vif intérêt le ré- sultat de l'examen auquel se livre sur la question un savant des plus compétents, M. Naudin, avec qui j'en ai causé lundi dernier à l'Aca- démie. En attendant, soyez assez bon pour me dire : 1° quelle est la pro- venance du pied de Chcnnœrops sur lequel vous avez opéré, son âge ; •2" les circonstances principales de l'expérience ; 3" si parmi les drupes que vous possédez, il en est qui soient dépourvues d'em- bryons. La Société vous sera fort reconnaissante de ces détails essentiels, et moi-môme j'y verrai un nouveau témoignage de l'obligeance que vous m'avez témoignée, en accueillant si cordialement, dans votre magnifique jardin, un ancien frère d'armes parlementaires. Veuillez agréer , monsieur et cher ancien collègue, la nou- velle assurance de ma considération la plus distinguée et de mon dévouement. Comte Jaubert. LETTRE DE JW. A. DEXIS A M. LE COMTE JAUBERT. Cher monsieur et très-honoré collègue, .... Vous savez que depuis nombre d'années je m'occupe, en temps et lieux opportuns, de la fécondation artificielle de plusieurs Palmiers-Dattiers femelles qui, parmi quelques autres espèces, végètent glorieusement dans mon jardin d'Hyères. Or, en l'année 1863, à l'époque du mois de mai, revenant de féconder un Palmier dont les fleurs femelles me paraissaient épa- nouies, je passai devant un Chamœrops humilis femelle dont les spathes étaient ouvertes depuis trois jours, mais qui n'avait point encore été en contact avec les fleurs d'un Chamœrops mâle, opé- ration à laquelle, d'ordinaire, je n'avais point manqué jusque-là de me livrer le 1'' du mois de mai. Or, il faut que vous sachiez, au préalable, que je n'avais pas dans mon jardin, en 1863, un seul C/iamœrops mâle, et que, chaque année, j'allais religieusement chercher les fleurs mâles à , dans un jardin qui possède deux magnifiques pieds de Chamœrops mâle; toujours est-il que cette fois, comme pour réparer le temps perdu, je saupoudrai, à plusieurs reprises, le Chamœrops femelle, et que j'attachai même de nom- ]C)h CONGRÈS INTERNATIONAL 1)K nOTANIQlP:. breijses brindille?; do la fleur fécondante aux branches qui perlaient les fleurs femelles. Deux OU trois mois après cette opération, je m'aperçus d'un sin- gulier phénomène : jusqu'au moment dont je parle, les fruits de ce ( 'hamarops icmeWa avaient été parfaitement ronds et gros comme le bout du petit doigt; mais, depuis la fécondation, les fruits avaient changé de forme; ils s'allongeaient comme ceux du Dattier, et ils étaient notablement plus gros que ceux récoltés jusque-là dans les années précédentes. A la fin de l'année je remarquai même que quelques fruits, dont les stigmates n'avaient point été atteints par le pollen du Phœuix dacfijlifcra, mais qui avaient reçu celui du Chammrops mâle, parvinrent même à maturité complète en conser- vant la forme ronde qui contrastait singulièrement avec la forme ovoïde-allongée des autres fruits. J'ajoute qu'il y eut aussi une vin,""taine de fruits enveloppés à dessein d'une feuille de papier, et ainsi préservés du contact de tout pollen, qui n'atteignirent pas la grosseur d'un pois. Bien entendu que ces petits fruits ne possédaient point de germes. M. Naudin, qui était venu à cette époque passer quelques jours à Hyères, et auquel j'avais raconté le fait, a vu de ses propres yeux et a emporté des fruits dans ces trois états dillérents, et il m'engagea à renouveler l'expérience. En 186/i, je fécondai de nouveau artificiellement le pied du i'hamœrops femelle en question et exactement de la même façon , et j'obtins exactement le même résultat de la double fécondation. En 1865, je n'employai à cette fécondation que le pollen du i'hamœrops Inimilis, et toujours sur le même arbre, et les fruits parurent et se maintinrent cette fois tout à fait ronds et d'une grosseur ordinaire. En 1860, nouvelle fécondation par les deux pollens du C/iamm- rops et du Palmier-Dattier, retour des fruits à la forme ovoïde-allon- gée ; la chair du fruit avait le goût de la datte beaucoup plus pro- noncé que celle des autres fruits de mon jardin fécondés par le pollen du Chamœrops mâle. En 1807, cette année même, fécondation répétée par les deux pollens ; cependant j'avais pris la précaution de recouvrir une partie des flem-s d'une large feuille de papier très-fort. Mais je crains que beaucoup de pollen étant resté sur les branches et les feuilles, et la ffuille de papier ayant été enlevée après l'opération, je crains, dis-jc, qu'il ne soit resté assez du pollen du Dattier pour que, après coup et EUG. FOURNIER. — NOMS ANCIENS DU CYPRÈS. 105 au moindre vent, ce pollen n'ait fécondé de nouveau ce que j'avais voulu mettre à l'abri. Car déjà je m'étais aperçu, avant de partir pour Paris, à la fin du mois de juin, que presque tous les fruits com- mençaient à prendre la forme allongée. Quant aux régimes du côté droit, leur configuration était déjà très-manifeste : elle était celle du Dattier, Il me reste une opération à faire, qui consiste à féconder le Chamœrops humills par ,1e pollen du Phœnix sans mélange avec celui du C Iiamœrups mâle, et je la tenterai l'année prochaine. Mais je n'en augure pas grand' chose comme résultat. J'aurai l'honneur devons faire remarquer, en terminant cette note dans laquelle j'ai tâché surtout d'être très-clair, que, dans les deux cas de maturité des fruits, l'embryon s'est toujours montré très-bien formé, et que, déjà, chez MM. Huber frères, horticulteurs à Hyères et mes anciens jardiniers, les graines produites par hybridation ont parfaitement levé, et que celles de 1863 ont déjà plusieurs feuilles qui se sont annoncées semblables à celles du CJiamœrops. Je ne sais si plus tard elles affecteront une autre forme ; mais, si cela était, j'aurais le soin de vous en instruire, car le fait serait bien plus curieux, et mériterait d'être soumis à l'examen de la Société botanique de France. J'ai l'honneur d'être, monsieur et savant cher collègue, Votre très-humble et dévoué serviteur, A. Denis, Ancien député du Var. M. Eug. Fournier fait au Congrès la comuiunicalion suivaiit(3 : SUR I.ES NOMS ANCIENS DU CYPRÈS, Par 11. ISug. FODR.\IEK, Docteur es sciences. La botanique, qui touche à tant de sciences, touche encore par un côté peu exploré de son domaine à l'archéologie et à la philologie historiques, qui peuvent souvent lui venir en aide. On sait le bel usage que notre illustre président a fait des ressources combinées de ces diverses branches de nos connaissances pour étudier l'origine de certains types végétaux. Elles sont appelées à faire justice de beaucoup de légendes erronées qu'on trouve dans l'histoire des J60 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. plantes le plus anciennement connues de l'homme, comme au début de toutes les manifestations de l'esprit humain : légendes dues à l'altération inconsciente du langage. On me permettra d'en sou- mettre ici quelques exemples à l'appréciation du Congrès, qui ne doit rester étranger à aucun des sujets où peuvent s'exercer le^ botanistes. Ces exemples sont empruntés à l'histoire d'un des arbres le plus anciennement connus du monde païen et surtout des races de l'Asie, le Cyprès pyramidal; cette histoire a été longuement développée par M. Lajard dans les BechercJies sur le culte du Cyprès jiiiramidal chez les peuples civilisés de rantiquité (1). M. Lajard n'a pas approfondi les questions étymologiques; mais nous renvoyons pour les détails archéologiques et historiques à son beau mémoire, qui nous a fourni des documents précieux. Parmi les noms anciens du Cyprès, le plus connu, et par con- séquent le premier qui se présente à notre esprit, est le grec hvttcI.- pnlos, d'où dérivent presque tous les noms du môme arbre dans l'Europe moderne. Une étymologie ridicule de xvKdpnlos ou xvnd' ptcraos a été donnée par les naturalistes de la Renaissance qui dérivent ce dernier terme de kvsiv et de isdpio-os, à-nb tov xvsiv 'Cfûipicrovs Toiis dHpéfxovas. Mais la forme attique nvTvdpnlos éloigne le nom grec du Cyprès de iffdpicros et y fait au conlraii-e ressortir le caractère d'un dérivé dont la forme première serait xvTrapos. Or ce terme existe dans la langue grecque avec deux sens assez différents : celui de vase servant de mesure, et de lleur de Pin. Dans le premier sens, il se rattache évidemment à la racine /:?//;, au sanscr. '^ {koupa), gr. HVTTti^ d'où dérivent un grand nombre de termes dans les langues indo-européennes (2). Dans le second sens, un botaniste serait tenté de rattacher encore xvTtapos à la même racine, à cause de la forme concave des écailles du cône dos Pins. Mais cette étymologie perd toute valeur, puisque la môme racine a servi à désigner le Cyprès, dont les cônes diffèrent beaucoup par leur forme de ceux des Pins, et qui ne pouvait guère, aux yeux des peuples anciens, ressembler au Pin que par son odeur et son imputrescibilité. Or ces caractères communs sont parfaitement exprimés parla racine hébraïque idd (kfh) ; et peu importe qu'un dérivé de cette racine ait désigné l'arbre lui-même ou sa fleur; plusieurs exemples, pris 1) Mémoires do VAcadéniio des Inscriptions et BcUes-LcUrcs, 185Û, t. xx. 2) Voy. Pictet, Orig. indo-curop6ennûs, ii, 26. EUG. FOURNIER. —NOMS ANCIENS DU CYPRÈS. 167 chez les anciens comme chez les modernes, prouveraient au besoin que le végétal et sa fleur ont été dénommés d'une manière identique. On a conjecturé indifféremment, comme racine do xvTrapos, l'hé- breu iDi [kopher) ou ")D3 {gopher) . M. Renan, dans son Histoire comparée des langues sémitiques, adopte cette dernière forme. La différence, il est vrai, est faible, puisque cet adoucissement d'une gutturale se rencontre fréquemment dans différents dialectes sémi- tiques. Cependant je crois que npi [gopher] doit être mis hors de cause. En effet, non-seulement la gutturale correspond moins exac- tement à celle du terme grec, mais encore npj {gopher) ne paraît qu'une-fois dans la Bible, comme le nom de l'arbre dont Noé dut se servir pour construire l'arche, et n'est peut-être même pas un nom d'arbre, puisque les Septante l'ont traduit par ^JXa -rsTpaycova {ligna quadranguki) , et qu'un commentateur distingué, Hiller {Hierophyticon, p. 37G) , fait remarquer qu'en intervertissant l'ordre des deux dernières lettres hébraïques du mot gopher on obtient goreph, participe passé qui a le sens de dedolatus. Eu outre, il est à remarquer que tous les dérivés de la racine nD3 (kfu) en hébreu comme dans les dialectes arabes, désignent des substances de na- ture bitumeuse ou résineuse, comme j.iî {qiffer), bitume, ^À:S» {quouffre) , goudron avec lequel on calfate les navires, ,oli=) {qunfour), camphre, etc. De plus, le nom d'une auti-e plante, bien différente du Cyprès et en général des Conifères, mais balsamique et odoriférante comme eux, a été tiré de la même racine, celui du iDi {kopher) , xvnpos des Grecs, Cypros des latins, aujourd'hui nommé encore «wiSs {kofreh) dans un dialecte de la Nubie, d'n.prè? Delile, le Henné (U==-) des Arabes, Lawsonia alba Lam. des Dota- nistes, arbuste connu dès la plus haute antiquité pour ses divers usages (1) , notamment dans la teinture et dans la pharmacie. Il en (1) Ses fleurs étaient employées contre la migraine: Tt) Si avOos èTrnrXoicrOèv tw Ij.evoJ-iva) XsTov fJiST' Ô^ovs, ■)(.s grecs, ainsi que nous l'ap- prend Pline, Uist. na!. lib. xii, c. 37. Le passage où Dioscoride décrit le Cypros (c. cxxiv) contient des détails qui s'opposent absolument à cette interprétation, qui ferait sourire un botaniste. Les détails pharmaceuliques qu'il donne s'appliiiuent par- faitement au Henné, et il a soin d'indiquer que la plante est tirée des côtes de Syrie; en effet, elle n'a jamais été que cultivée dans l'ile de Chypre, où aujourd'hui ou en trouve à peine quelques pieds dans les jardins. Il est assez curieux d'ajouter ici que le Cypros a été ra[iproclié par IMine du Troène ou Liguslitim, avec lequel le Henné a en effet assez d'analogie extérieure, pour que Prosper Al;iiii, qui avait le coup d'œil d'un natu- raliste, l'ait nommé /,(g'«s(;uin vifirum in llisl. A-1g. natur. lib. il, cap. V, p. 125, et De pUuU. exot. cap. ii, p. Ibd. Pline, après avoir décrit \c Cypros, ajoute {Uist. nat. lib. XII, cap. 51) : « Quidam banc esse dicuiit arborem ([iia"' in Italia Lij:;ustrum vocelur ; » et plus loin (lib. XXIV, c. 45), insistant sur les propriétés médicinales du Cypros, il dit encore : « Ligustrum, si eadem est quaî in Oriente Cypros » (d'apios les meilleures édi- tions) . Galion {De shnpl. mcdic. lib. vu) s'exprime ainsi: « ('.yi)ri seu Ligustri folia. » Celle identificatinn erronée explique divers passages jusqu'ici peu inlelli;,'ibles des auteurs lalins, où le mot lAcjmlrum désigne une plante balsamique et odoriférante qui n'est autre que le Henné, notamment le passage suivant de Columelle (lib. X, v. 3u0 à 302) ; c Fer colalhis Violam, cl nigro permixta Ligustro I) Ralsama cum Casia nccicus, croccosque corymbos, » Sparge mero lîaccbi ; nam Hacchus condit odoies. » Ces considérations expliquent surabondamment l'erreur où sont tombés les lexico- graphes qui traduisent Cypros par Troëne, et Cyprinum par huile do Troène, erreur dont aurait dû préserver la lecture de P.elju (obs. M, c. 5/i). (2) L'hy[)olhèsc étymologique i)roposée par M. Lajard est assez probable pour que l'on sourie en lisant dans le l'ioni mytholofjica de Dicrbach (p. 5) que si les (lèches de l'Amour étaient en bois de Cyprès, c'est parce que peu de llèches ont causé plus de deuils ei lie regrets que celles du jeune dieu. Sur les faces d'un autcd iialmyiénien observé à Rome, où Rotlari {Mus. capilol. t. iv, pp. 77-.SG) conjecture qu'd avait été apporté par l'empereur Aurèlien, autel que M. Lajard a décrit avec le plus grand soin, on ob- serve un grand Cyprès pyramidal, chargé de ses fruits globuleux, des flancs duquel n:iit rAin"ur, EUG. FOURNIER. —NOMS ANCIENS DU CYPRÈS. 169 logie le nom de l'île de Chypre, où abondent et surtout abondaient les Cyprès dans l'antiquité (Virg. Géorg. II, 8/i), et où était parti- culièrement adorée la déesse Cypris. Cari Ritter [Die Erdkwule , XII, pp. 577, 578) a pensé que Chypre signifie l'Ile des Cyprès. Il est certain que les Phéniciens, qui la peuplèrent de bonne heure, durent en tirer des bois pour leurs constructions navales, et l'on sait d'autre part qu'avant leur établissement à Chypre cette île portait d'autres noms (Isocrate, Éloge cVÉvagoras, et PUne, /. c, V, 35). D'ailleurs Hérodote (I, 105) et Pausanias (I, 1/i, G) attestent que les Phéniciens ont importé à Chypre le culte de Vénus. Ce peu de mots suffit pour infirmer les conjectures qui dérivent le nom du Cyprès de celui de l'île de Chypre (Ali Bei, Travels, etc. I, 265). Nous venons d'examiner la racine qui a fourni le nom du Cyprès dans les pays aujourd'hui chrétiens. Il est remarquable que ce ne soit pas la môme racine qui ait servi à dénommer le même arbre dans les langues sémitiques. D'après Ursinus [Arboretum bibliciim, p. 128), ce terme est n^i^n {thirzah), arbre d'une longue durée, odorant, avec lequel on construisait les images des divinités (Ésaï, cap. hk, V. IZi). Si, comme on l'a soutenu, les thyrses des Bacchantes étaient en bois de Cyprès, on aurait dans le grec S-i^po-o? la transcription du terme hébraïque et la confirmation du sens qui lui est attribué ici. 11 existe dans A.vicenne un terme Scerbin, Serbin ou Xerbin dont il dit (éd. lat. Venet. 1795, II, p. hOO , cap. 675) : et hiec quidem arbor est de génère Pini, et habet fructum similem fructui cupressi, sed est minor eo, etc. Le sens de ce terme a été discuté par les commentateurs; il me semble qu'il est indubitablement fixé par le terme arabe actuel : ^^^ [serou^ serv), qui a passé sous une forme légèrement altérée en persan et en turc, et qui désigne le Cyprès (1) . En ellet, d'après M. Kotschy [Der Libanon und seine Alpenflora, in Verhandlungen der K. K. zool.-bot. Gesellscliaft in Wien, 1866, pp. 733-768), le Cupressus horizontalis se nomme en Syrie Scherebin, et le Cupressus pgrmnidalis, Scherebin aali. Comme t^ym signifie également prince, majesté et élévation de ter- rain, c'est évidemment à la racine hébraïque Tiy (sr) qu'il faut rattacher ce terme. Si ces interprétations sont exactes, elles font rejeter l'opinion de (1) La slalion persane où sont plantés des Cyprès près de Scliiraz, porte le nom de Semîfan, le jardin des Cyprès. 170 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. M. l'abbé Lanci {Paralipomeni, p. 57), et celle de M. Lajard, qui rattachent serv (comme le goplier des Hébreux) à une racine signi- fiant engendrer. M. Lajard a été entraîné là par ses idées sur le culte de Cypris. Dans le groupe de langues qui nous occupe, quelques termes ont été faussement attribués au Cyprès par difl'érents auteurs. De ce nombre est le persan iU^rA {chemsad) , qui se retrouve dans les termes arabes ^<*uf^ [cJicmsyr), j^^^j^r; [tchemsijr), ^Uw^A {chem- sàii) ; tous ces termes, d'après les meilleurs Dictionnaires, désignent le Buis, Buxiis sempcrvirens. De ce nombre est encore le terme biblique nî.*")!: {/mr/ia?"), que M. Encontre {Additions à la Flore biblique de Sprengel^ p. \!\, dans les Bulletins de la Société des sciences, lettres et arts de Montpellier) attribue également au Cyprès. Il n'est guère douteux qu'il n'appartienne â quelqu'une des grandes espèces de Juniperus qui croissent en Syrie, car les termes arabes jjt^ {a'ra'r), j\s.js. («'^«'(/r) , désignent clairement le Gené- vrier ou le genièvre. Plaçons encore dans la même catégorie un terme de l'ancienne langue arménienne, sas, qui se trouve dans Moïse de Khorène {Hist. armen. I, XV, xix, éd. AVhitston), et qui a été traduit tantôt par Cyprès tantôt par Platane , ce qui prouve qu'on n'est pas bien certain du sens spécial de ce noai d'arbre. Or, c'est le terme de Sosna qui dans plusieurs langues slaves désigne le Pin (cochq en russe) ; le nom arménien actuel du Pin, £/oar^ {sudji), paraît dérivé du terme ancien. Toute cette classe de termes, comme un grand nombre de ceux qui sont communs aux arbres résineux, se rattache à la racine sanscrite ^J^ (soucli), brûler. J'aurai peut-être occasion de revenir sur ces termes dans un autre travail. Mais je dois faire remarquer dès à présent qu'en infirmant le sens attribué par certains traducteurs au terme armé- nien, je réprouve également l'hypothèse de M. de Saulcy, qui dans sa G hronologie biblique des empires de Ninive , de Baby- lone et d'Ecbatane, pense que le nom du roi assyrien Saos-dou- Khin signifie le gracieux Cyprès. Cette interprétation oflVe un sens bien étrange; mais ne l'est-il pas davantage de rassembler dans un seul nom des racines sémitiques et une racine sanscrite? Plusieurs étymologistcs ont vu dans le nom de princes anciens de la Perse celui du Cyprès; il ne faut pas oublier ce que nous avons dit EUG. FOURNIER. — NOMS ANCIENS DU CYPRÈS. 171 plus haut du terme arabe serv, qui signifie en même temps Cyprès et majesté. Enfin l'hébreu O'^ninD {berôtJdm)^ qui désigne le Cyprès d'après certains traducteurs des Écritures, n'a probablement pas ce sens. C'est sans doute l'arbre nommé ^pdQv par les Grecs, et que Dioscoride (chap. civ) et Pline (lib. XXIV, c. Cl) nous disent être \herba sablna des Romains. Dioscoride en distingue deux espèces : l'une est assez caractérisée dans son texte, par son aspect et ses propriétés, pour être rapportée à la Sabine, Juniperus Sabina. L'autre, qui n'en diffère que par les feuilles, et qui est em- ployée, selon l'auteur grec, aux mômes usages, est peut-être une espèce du même genre. D'ailleurs le terme hébreu que nous étudions ne paraît qu'une fois dans la Bible (Cant. i, 17), pour désigner le bois qui formait les lambris. Quand le psalmiste veut désigner les grands arbres du Liban (Ezéchiel, c. 31, v. 8; Esaï, c. 37, V. 24; c. 1/1, V. 8; Zach. c. 11, v. 2), il se sçrt de l'expres- sion tyi~i3 [berôsch). Les deux pourraient être assimilées, en rap- pelant combien est fréquente la conversion du ly en n dans certains dialectes sémitiques ; Aben-Esra n'y a pas manqué ; mais on ne peut admettre, vu le sens des passages cités, que ly^ia ait désigné un arbre tronqué et bas de formes comme le Juniperus Sabi?ia. Sans doute ce n'est pas le Cèdre, comme l'a cru Olaûs Celsius [Hierobotanicon, p. 7/i), rectifié sur ce point par Trew {Apologia et mantissa observationis de Cedro Libani)^ et Loiseleur-Deslong- champs [Histoire du Cèdre du Liban). Il est probable que le terme hébreu désigne le Sapin. Il a été généralement traduit par Abies dans la Vulgate. Il est mis en parallèle avec le Cèdre par le psalmiste; et cela convient mieux au Sapin, pour sa taille et pour son port, qu'au Cyprès. Ce qui empêche d'acquérir ici une certitude philo- logique, c'est qu'on ne retrouve pas de dérivé de berûscli dans les dialectes arabes. Cependant, d'après Ursinus [Arboretiim biblicum^ p. 270), les Sapins sont nommés dans le Thargum Uerazin. Les termes qui nous restent à examiner témoignent combien la longévité du Cyprès avait frappé les populations anciennes. En bas- breton, d'après M. Lajard, cet arbre est nommé hivi ou ivi. C'est le mot qui dans plusieurs langues européennes a passé à l'If, en vieux français euues, ancien allemand Iwa, qu'il faut rapprocher du latin œvum et du grec aîoiv. Rien n'est plus naturel que de tirer 172 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. de leur longévité les noms d'arbres tels que le Cyprès, l'If et d'au- tres Conifères. Pour le Cyprès, cela est d'autant plus plausible que cet arbre a été dans la plus haute antiquité l'objet d'une vénération particulière, et que sa durée devait être d'autant plus remarquée. Le culte dont le Cyprès a été honoré chez les peuples les plus divers, aussi bien au Mexique qu'en Perse, a été commenté longuement par M. Lajard, et je n'y insisterais pas, s'il ne nous fournissait l'expli- cation des deux derniers ternies dont il me reste à entretenir le Congiès, le sanscrit dhadarou et le persan cUv-dar. Le terme sanscrit ^ôf^ [dêvadarou] a été appliqué par Roxburgh au Cedrus Deodara, qui l'a gardé, bien que légèrement altéré, dans tous les livres de botanique. D'après M. Lajard, ce terme désigne également le Cyprès. Dans la matière médicale indienne d'Ainslie, on ne trouve pas ce nom pour le Cyprès, mais dans un mémoire publié dans les Transactions de la Société botanique d' Edimbourg ^ vol. YIII, part. 1, p. 77, par M. H. Cleghorn, surintendant du jardin botanique de Calcutta, et intitulé Principal plants of the Siitlej Valley^ mémoire où l'auteur a soigneusement mentionné les noms indigènes, on trouve Deodara pour le nom indigène du Ciipressus torulosa. Pour le Cedrus Deodara, le nom indigène est Kelu. L'auteur ajoute (^\wo])er]Y deica-daino) , mais probablement d'après l'indication antérieure de Roxburgh. Il suffit au philologue de savoir que le Cyprès a été nommé en Perse ^//y-J(/r, pour tran- cher au besoin une incertitude qui n'existe pas d'ailleurs après la citation de M. Cleghorn. Il est vrai que le Ciipressus torulosa n'est pas le G, pyramidalis de l'Asie occidentale et de la Perse en parti- culier, mais il ne serait pas sensé de supposer que les populations anciennes aient tenu compte, pour dénommer les végétaux, de cer- taines différences étudiées minutieusement par les procédés de l'analyse scientifique actuelle. Nous pouvons donc légitimement reconnaître au Cyprès le nom de ^"^^ {dêvadarou), arbre divin, arbre sacré. Dans les Védas, l'arbre ainsi nommé est en effet pré- senté comme l'objet d'un culte particulier, auquel s'associe celui de plusieurs personnages mythologiques, très-analogues aux faunes, aux Dryades et aux Hamadryades. Il est fort remarquable que le seul nom d'un arbre nous conduise à l'origine des premières su- perstitions de la race indo-européenne, et nous prouve le culte qu'on rendait au Cyprès dès les périodes préhistoriques, culte qui s'est conservé longtemps, et dont les traces se retrouvent encore DISCUSSION sur. LE MOUVEMENT DES DRANCHES. 173 dans nos ciinetières. Pline nous apprend (lib. XVI, cap. xxxiii) que le Cyprès « Dlti s:icra fuit, et ideo funebri signo ad domos posita » . Il faut évidemment voir dans l'institution et même dans le nom des Druides une preuve de la persistance du culte de l'arbre {daroii) . Les peuplades indo-européennes, après leur séparation, ont adressé leur culte chacune à l'arbre qui dominait dans le pays qu'elles habitaient; pour celles qui pénétrèrent dans le centre de l'Europe, le Chêne remplaça le Cyprès de l'Asie. Dans le Liban, c'est pour le Cèdre que les Maronites professent un respect religieux. Comme nous le disions tout à l'heure, le terme sanscrit a passé dans la langue persane, mais comme un simple surnom, qui n'a plus été bien compris. En zend, le nom de l'arbre est iirvara (auquel on a voulu rattacher le latin arbor) . Le terme de "^ : [dèvas] , par lequel les Indo-Aryas désignaient cette foule de demi-dieux répudiés parle monothéisme des Iraniens, ne fut plus pris par ceux-ci qu'en mauvaise part, comme il en fut plus tard des ^cci^xovss des Grecs, qui devin- rent les démons du christianisme. D'ailleurs il s'est rencontré un fait singulier : div-dar, bien qu'évidemment dérivant par altération du sanscrit dêvadarou, s'est trouvé signifier, en persan, qui garde lo.s dtus. Aussi lit-on dans Y Avesta que Zoroastre avait planté des Cyprès sacrés, que leurs sites étaient devenus autant de buts de pèlerinage, qu'un temple construit autour de l'un de ces arbres était devenu semblable au Paradis, et que Zoroastre y avait enchaîné les dÎDS. Le terme primitif n'étant plus compris, avait fait naître une légende. M. de Geleznow, vice-président, fiit au Congrès la commu- nication suivante : Sur le moiœement des brandies occasionné par les variations de température (1). M. de Candolle demande si l'influence attribuée par M. de Geleznow à la température ne devrait pas l'être en partie à l'hu- midité atmosphérique. M. de Geleznow répond que l'humidité de l'air ne lui paraît pas exercer d'influence appréciable sur ce phénomène. Cela lui semble résulter des observations hygrométriques qu'il a faites. (1) Au moment du tirage de cette feuille (30 octobre 1867), le manuscrit de cette communication nVtait pas encore parvenu au secrétaire chargé de la publication des AciGi du Congrès. 17/i CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. Il a eu soin, d'ailleurs, d'éloigner tout dépôt d'humidité de la surface des branches qu'il observait. M. J.-E. Planchon recherche s'il n'en serait pas de l'abaisse- ment des branches des arbres comme de celui des hampes des plantes herbacées qui s'inclinent vers le sol après la gelée, et si le phénomène ne serait pas dû dans les deux cas à ce que ces organes perdent du liquide sous l'influence de la gelée. M. deGeleznow fait observer que si les hampes des Jacinthes, lorsqu'elles subissent les effets de la gelée, s'inclinent en deve- nant demi-transparentes, pour ne se relever que quand la gelée ne se fait plus sentir, elles ne perdent pas leur élasticité dans ce phénomène, tandis que les branches des arbres gelées, si elles deviennent plus cassantes, ne perdent pas cependant celte élasticité, ce dont on peut s'assurer en les faisant osciller. M. Éd. Morren dit que les recherches de M. de Geleznow, comme celles que fait presque simultanément à Kœnigsberg M. Caspary, lui rappellent celles de Dutrochet. Il y a, dit-il, analogie complète entre les plantes sensitives, chez lesquelles l'excision d'une partie du bourrelet axillaire déterminait une inclinaison spéciale el permanente de la branche, et les arbres observés par M. de Geleznow. Peut-être le rameau ligneux ne s'abaisserait-il plus si l'on enlevail la portion ligneuse supérieure, et ne s'élèverait-il plus dans le cas contraire. — Abordant un point différent, M. Morren demande à M. de Geleznovv^ si les plantes peuvent résister aux effets d'une congélation intense, comme celle qu'observent fréquemment les naturalistes russes. M. de Geleznow répond qu'il n'a pas fait d'expériences pour savoir si le mouvement des branches et celui des pétioles des plantes sensitives sont produits par la même cause. Quant à la congélation des sucs des arbres, il est sûr qu'elle n'en occasionne pas ordinairement la mort. Dans un mémoire sur le développe- ment des bourgeons pendant l'hiver, il a constaté, connue l'a fait également M. Gœppert aviuit lui, que les sucs des arbres sontcomplétemeijt gelés pendant l'hiver, et que dans cet état le bois est difficile à entamer par la hache, mais qu'au retour du DISCUSSION SUR LE MOUVEMENT DES BRANCHES. 175 printemps les arbres rentrent dans les conditions biologiques ordinaires. M. Gubler est disposé à attribuer l'abaissement des rameaux ligneux à la dilatation des sucs aqueux renfermés dans leur tissu, qui augmentent de volume quand la température descend au-dessous de 4 degrés. L'exception présentée par les Coni- fères n'est qu'apparente, car dans leur tissu ce n'est plus seule- ment de l'eau qu'on rencontre, mais aussi une matière résineuse qui, au-dessous du maximum de densité de l'eau, continue à se contracter. Tout au moins observe-t-on alors, dans l'écarle- mentdu rameau, la résultante de deux effets contraires, dont l'un, la contraction, l'emporte sur l'autre. M. de Geleznow reconnaît également que ce phénomène dépend moins des propriétés des tissus des branches que de celles des liquides et des gaz qu'ils renferment; mais l'explica- tion des faits observés par la dilatation de l'eau et la contraction des résines ne lui paraît pas démontrée, et est encore aujourd'hui prématurée. Le phénomène, dit-il, est fort compliqué, et pour parvenir à en trouver une explication claire, il est nécessaire d'étudier les propriétés du bois frais. M. Balansa compare le rameau ligneux qui s'infléchit, pourvu de son canal médullaire, à un tube métallique remphde liquide, qui se courbe quand son contenu se contracte. M. de Geleznow fait observer que ce n'est pas par sa masse trop petite, par rapport à celle de la branche, que le canal médul- laire exerce la plus grande influence, mais par sa position entre des couches annuelles douées de propriétés différentes. M. Cosson demande s'il faut de grandes variations de tempé- rature pour déplacer les branches. Il rappelle que, d'après les travaux de Becquerel, celles-ci n'acquièrent que lentement la température de l'air. M. de Geleznow répond que le moindre changement de tem- pérature occasionne dans 'les branches un changement de direction, partant un mouvement appréciable. îl reconnaît que la conductibilité du bois frais pour la chaleur a une influence notable sur ce mouvement ; il dit qu'à longueur égale les jeunes 176 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. brandies sont beaucoup plus sensibles que les branches âgées aux variations clo température. M. Laisné fait remarquer que l'explication fondée sur l'aug- mentation (le volume de l'eau n'est pas suffisante, parce que ce litpiide, après s'être dilaté en tombant au-dessous de son maximum de densité jusqu'à zéro, se contracte ensuite à partir de ce point à l'état de glace, et que les branches s'abaissent de plus en plus à mesure que le froid augmente, loin d'être réglées, quant à leurs mouvements, par les changements de den- sité du liquide. M. Gubler objecte que la congélation se fait insensiblement, des couches superficielles aux couches profondes delà branche; de là vient qu'un froid toujours croissant amène un abaissement toujours croissant. M. I^aisné répond que M. de(ieleznow a parlé, dans sa com- munication, de branches longues de 1 à 7 mètres, et que les branches d'un mètre ne peuvent pas être assez grosses pour qu'on admette l'hypothèse de M. Gubler. M. de Geleznow ajoute que les branches les plus faibles sont précisément les plus sensibles à l'action de la température. M. André Famintzin, secrétaire, fait au Congrès une com- munication Si/r l'actiuii que la banicrc exerce .sur les plantes, notamment dans le développement du Spirogyra (1). {\) Ce mémoire, dont M. Faminizin n'a pas laissé le manuscrit au secrétariat du Conj,'rès, a été pulilié jiar lui (en alleniand) clans les Bulleltns de l'Acadcmio impériale de tiaint-I'ctcrsOourij, t. X, p. l. DISCUSSION DES LOIS DE L\ NOMENCLATURE. 177 SÉANCES DES 19, 21 ET t23 AOUT. Discussion (les liois «le Bn IWoiiiciiclatiirc botaul(|uc. PRÉSIDENCE DE M. DU MORTIER, VICE-PRÉSIDENT. M. Du Mortier exprime au Congrès combien il est fier de présider une réunion aussi nombreuse, composée de savants autorisés, appelés à donner leur avis sur les questions impor- tantes qui vont leur être soumises. M. le Président explique ensuite au Congrès que la commis- sion nommée dans la première séance a terminé ses travaux, et nommé pour son rapporteur M. de CandoUe. M. de Candolle donne lecture du rapport suivant : Messieurs, Vous avez renvoyé ù une Commission le recueil des Lois de la Nomenclature botanique dont j'ai eu l'honneur de vous présenter le projet (1) . Cette Commission, qui s'est livrée à un travail attentif, article par article, dans quatre séances distinctes, était composée de MM. Du Mortier, Weddell, Cosson, J.-E. Planchon, Eichler, Bureau et de Candolle, c'est-à-dire de botanistes appartenant à la France, à l'An- gleterre, à l'Allemagne, à la Belgique et à la Suisse, et pouvant ainsi représenter les tendances et les habitudes des descripteurs de divers pays (2). Nous avons eu la satisfaction de nous trouver d'accord sur la grande majorité des articles, et, ce qui est plus important, sur les principes fondamentaux en pareille matière, notanunent sur la loi (1) Lois de la NomenclcUurc botanique, hi\ ia-S", Genève, 1837, contenant une intro- duction liistorique, les lois pro.iosûes et un commentaire délaillé. Dans ce moment (novembre 18G7), M. de CaiulolL' publie une nouvelle édition de celle brochure, mo- difiée d'après les décisions du Congrès. Elle paraît eu t'ran(;ai5 (cliuz J.-B. l>:iilliôre et fils, à Paris), en allemand (chez Georg, à lîàle el Genève), et eu anglais (cliez Lovell Reeve et C'% à Londres). {Note ajoutée pendant l'impression.) (2) M. l)oreau et Anhrsiou a'aient clé dèsiga ;s pour ctrj mombies de h coainis- sioa;on les avait crus arrivés à Paris, miUioureuse nc;it ils ne le sont pas encore, ce qui nous a privés de leur concours. CONGRÈS BOT. 12 178 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. de priorité, qui est la hase la plus solide de toute nomenclature. Lorsqu'il s'est manifesté parmi nous une difTérence d'opinion, nous avons cru que la meilleure solution était, en général, de préciser moins et de laisser plus de liberté à chaque auteur. On peut espérer, en effet, que la marche de la science et la pratique amèneront tels ou tels usages, telles ou telles règles, dont la nécessité n'est pas évi- dente aujourd'hui, du moins pour tout le monde. Comme il ne peut pas être question dans les sciences d'obhger qui que ce soit à adop- ter une certaine méthode, la liberté des opinions doit toujours être respectée, et il vaut mieux laisser un peu de vague dans certaines dispositions que d'insister sur des règles contestées. La Commission a pensé, comme le rédacteur du projet, qu'il fallait exposer clairement les usages suivis par les botanistes, plutôt que de proposer des innovations qui ne seraient peut-être pas adoptées. De là certaines lacunes ou défectuosités apparentes dans le projet. Par exemple, nous avons reconnu que l'assimilation faite par les bota- nistes des mots ordre ^i famille^ les prive d'un moyen usité en zoo- logie pour établir un degré de plus dans la hiérarchie des groupes. Si le mot ordre, dans la plupart des ouvrages de botanique, expri- mait un groupe supérieur aux familles, notre nomenclature serait plus en harmonie avec celle des zoologistes, et nous n'aurions pas besoin d'introduire un nom nouveau tel que cohorte; mais il nous a paru aue l'usage de traduire famille par ordo est trop ancien, trop général en France et en Allemagne, trop établi dans les livres, pour qu'on puisse s'en éloigner maintenant. Il y a des usages qui s'im- posent par leur ancienneté et leur généralité. S'ils ne sont pas tou- jours parfaitement logiques, ils ont au moins l'avantage d'être com- pris par tout le monde. A l'occasion de chaque article, nous indiquerons si la Commission l'a accepté tel quel ou si elle vous propose un amendement. La discussion amènera sans doute des amendements. Elle pourra être terminée par un vote d'ensemble, portant simplement que l'as- semblée recommande le recueil tel qu'elle l'a amendé comme la meilleure direction à suivre dans la nomenclature botanique. L'îisserabléo ptasso à rexaincii des articles. j\L le i-apporteiir en donne suecessivenienl lecture, ainsi (jiu? des ameiidements proposés par la Commission ; après quoi la discussion est ouverte et ils sont mis aux voix par M. le Président. DISCUSSION DES LOIS DE LA NOMENCLATURE. 170 L'article 1 est adopté sans discussion (1). Art. 2. — Les rèi^les de la nomenclature ne peuvent être ni arbitraires ni imposées. Elles doivent èlre basées sur des motifs assez clairs et assez forts pour que chacun les comprenne et les accepte. La commission propose de remplacer les deux derniers mots par : soit disposé à les accepter. Cette modification est adoptée. Art. 3, § 3. — Les autres considérations, telles que la correction grammaticale absolue, la régularité ou l'euphonie des noms, un usage plus ou moins répandu, les égards pour des personnes, etc., sont relativement accessoires. La commission propose l'addition suivante : Les égards pour des personnes, etc. , malgré leur importance incontestable^ sont relativement accessoires. Cette modification est adoptée. Art. 6. — Les noms scientifiques sont en langue latine. Quand on les tire d'une autre langue, ils prennent des désinences latines. Si on les traduit dans une langue moderne, on cherche à leur conserver le plus possible une ressemblance avec les noms originaux latins. La commission propose la modification suivante : Les noms scientifiques sont en langue latine. Quand on les tire d'une autre langue, ils prennent des désinences latines, à moins d'exceptions consacrées jmr l'usage, etc. M. le professeur Karl Koch (2) présente les observations sui- vantes : En général, on aime à donner aux plantes des noms grecs avec des désinences latines. Je préfère toujours qu'on les tire de la langue grecque, parce qu'ils sont alors plus euphoniques. Les Romains eux-mêmes nous ont donné l'exemple à cet égard, et ont préféré (1) Pour abréger le texte de celte discussion, on a cru convenable de ne pas y rap- porter celui des articles qui ont été adoptés sans modifications, et qu'on trouvera plus loin dans les Lois de la Nomenclature. (2) M. le professeur Koch avait proposé, à Londres, qu'un congrès s'occupât des ques- tions de nomenclature. Celte circonstance le désignait naturellement pour être membre de la Commission, mais, au moment de la nomination de cette Commission, M, Koch n'était pas encore arrivé à Paris. ISO CONCnÈS INTERNATIONAL DK BOTANIQUE. tirer de la lanp;ue hellénique les dénominations nouvelles dont ils avaient besoin. M. P. Sagot demande s'il est bon dajouler des désinences latines à des noms indigènes tels qu'en fournissent les îles de rOcéanie pour former des noms spécifiques. M. de Candolle répond qu'en rédigeant l'article 6 il a surtout songé aux dénominations génériciues, et que d'ailleurs ce point sera mieux tliscuté au sujet de rarlicle 28. La modification proposée par la commission est adoptée. AuT. 8. — Tout itiilividu végétal appartient à une espèce (spectes), toute espèce à un genre (genus), tout genre à une famille (ordo, familia), toute famille à une cohorte (cohors), toute cohorte à une classe {classis). M. Cosson demande que l'on rejette complètement le mot familia, qui, à cause de son véritable sens latin, devrait, dans les associations de groupes, être placé au-dessous de tribus, comme l'a fait M. Schimper. On décide cependant de conserver ce mot, comme étant le corrélatif latin dun terme généralement usité, surtout en français et en allemand. Aux. 10. — Enfin, comme la complication des faits comluit souvent à dislingucr des groupes inteimédiaires plus nombreux, on peut créer par le moyen de la syllabe sous isub], mise avant un nom de groupe, des subdivisions de ce groupe, de telle manière que sous-famille {subordo) exprime un groupe entre une famille et mic tribu, sous-tribu {suhtrihus), un groupe entre une tribu et un genre, etc. L'ensemble des groupes subor- donnés peut ainsi s'élever, pour les plantes spontanées seulement , jusqu'à 18 degrés dans l'ordre suivant : Kegnum vegetabilc. Classis. Subclassis. Cohors. Subcohors. Ordo (gallicc : Famille.) bubordo (gall. : Sous-famille.) Tribus. iSubtribus. Genus. Subgcnus. Seclio. Subseclio. Specics. Subspecics (vcl Proies, gall. ; liace). Varictas. Subvarietas. Vaiiutio. Subvariatio. Planta. DISCUSSION DES LOIS DE LA NOMENCLATURE. 181 La commission propose d'ajouter, après regmnn vegetahile, deux degrés de plus, sous les noms de divisio et subdlvisio; et de modifier en conséquence la fin du paragraphe, en écrivant : jusqu'à 20 degrés dans l'ordre suivant. M. J.-E. Planchon et de Schœnefeld font observer que le règne végétal n'étant qu'une des deux parties du règne orga- nique, il conviendrait peut-être de dire subregnum vegetabile. M. de Candolle développe ramendement proposé par la com- mission, en faisant remarquer que dans le tableau les degrés supérieurs ne sont pas assez nombreux pour répondre aux groupes généralement admis. La Commission, dit-il, a cherché un mot latin correspondant au mot français embranchement, employé par les zoologistes. Elle n'en a pas trouvé de meilleur que divisio., duquel on peut tirer aisément subdivisio pour l'in- dication d'un deffré inférieur. La modification proposée par la Commission est adoptée. Une grande discussion s'engage sur la convenance de nommer, à l'exemple d'Endlicher, co/wrs, le groupe superposé aux familles et appelé par Lindley alliance. Plusieurs membres proposent de donner à ce groupe le nom à'ordo, réservant celui de familia pour le groupe nommé ordo dans le projet. M. de Candolle dit, que s'il a préféré le mot cohors^ et si la majorité de la Commission a partagé son opinion, c'est : 1° parce que le mot ordo a été pris généralement, par les botanistes, comme l'équivalent latin du mot français famille et, 2° à cause de l'usage introduit par plusieurs auteurs d'appeler d'un nom nouveau tel que cohors, alliance, etc. , les associations de familles. M. Du Mortier et M. J.-E. Planchon font leurs réserves sur la convenance d'adopter le mot cohors. M. Du Mortier demande à l'Assemblée l'autorisation d'expri- mer son avis, au moyen d'une note écrite, sur l'article en dis- cussion, qui lui paraît un des plus graves du projet puisqu'il touche à une question de classification. L'idée des familles des plantes appartient, dit-il, à l'école fran- çaise, et c'est son plus beau titre de gloire; c'est Magnol, c'est Adan- 182 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. son, qui les premiers ont employé ce mot pour désigner les groupes formés de plantes-sœurs. Linné, au contraire, dans la formation de ses essais de classification natnrelle, se servit du mot Ci ordre qui, dans son système sexuel, représentait le second degré de classifi- cation. Cet exemple fut suivi par Bernard de Jnssieu et par son neveu, dans un immortel ouvrage, le Gênera plantanim, où toujours le mot à'o?Ylre formait une subdivision des classes. Antoine-Laurent de Jnssieu répartissait le règne végétal en quinze classes, comprenant cent ordres. Par là, il avait réalisé ce point que Linné regardait comme inexé- cutable, la classification naturelle du règne végétal, et mérité le titre de magims Apollo de la botanique pi-omis par Linné à celui qui découvrirait le système des familles naturelles. Malheureusement l'insertion des étamines constituait une base souvent vicieuse et prêtant à de nombreuses exceptions, surtout dans les Monocotylées et dans les Apétales. Au lieu de chercher une base systématique nouvelle, propre à améliorer la synthèse végétale, Ro- bert Brown entreprit une révolution suivant moi bien malheureuse, en anéantissant les classes, c'est-à-dire la synthèse de la botanique. Pour lui, il n'y eut plus que des familles. Là est l'origine de la con- fusion qui a régné dans la botanique depuis cette époque, car une science sans synthèse est un corps sans âme. A partir de ce moment, on voit se former deux courants, le cou- rant français et le courant germani({ue. Dans l'école française. De Candolle, Loiseleur, Ach. Richard, etc., cherchent à ramener la science à la synthèse, par l'étude des organes floraux, tandis qu'en Suède, en Allemagne et en Angleterre, ime direction nouvelle est iuq^rimée, consistant à former les classes non plus au moyen de la lleur, mais en les basant sur les organes endospermiques. Batsch est le premier qui entrej)rit de forinei' ces groupes dans sa Tabula af/iuitafum rcr/nl vc(jetal>ilis ; après lui vint Agardh dans ses Aphorismi botanici et ses Classes piantarum, puis Reichenbach dans son Cuiispectus regni vcgetnbilis, Bartling dans ses Ordiues piantarum^ Lindiey, Martius, Kndiicher, etc., etc. Pour les uns, ces groupes substitués aux classes de Jussieu prennent le nom de classes, pour les autres, celui d'alliance ou de roi)ortc. Mais ce qui est commun à tons, c'esl la suppression de rniiilé scientifique et par là de la synthèse, puis la substitution des caractères endospermiques aux caractères floraux. DISCUSSION DES LOIS DE LÀ NOMENCLATURE. 183 Est-ce là un progrès ? dans mon opinion c'est un regrettable recul. En effet, l'étude approfondie des graines démontre que celles-ci contiennent cent fois plus d'exceptions que les organes floraux. Ajoutez à cela la difficulté que présente l'étude des petites graines, étude presque rebutante pour celui qui veut étudier la bo- tanique, et vous serez en droit de vous demander si, en voulant être trop savant, on n'est pas devenu erroné et obscur; si l'on n'ar- rive pas par là à substituer à une science aimable, une science in- grate et d'une extrême difficulté pratique. L'avenir de la science n'est pas là; il consiste à rechercher une base de classification meil- leure que l'insertion des étamines, de manière à reconstituer la syn- thèse végétale qui aujourd'hui fait complètement défaut. Bien évi- demment, les propositions soumises au Congrès ne peuvent avoir pour but d'enchaîner la science sur une matière aussi importante. Chacun donc sera libre d'employer toutes les divisions indiquées, ou d'en abandonner quelques-unes. Mais doit-on supprimer le mot de famille {familia) comme le propose la majorité de la Commission ? Il m'est impossible de par- tager cet avis. D'une part, le nom de plantes-sœurs est tellement heureux, tellement poétique ; il représente si bien l'association na- turelle, que créé par F école française, il a été admis par le monde entier, sinon dans les textes descriptifs, du moins dans les textes narratifs de tous les auteurs. Le mot d'ordre, dont la plupart des écrivains se servent en latin pour indiquer les familles des plantes, représente d'ailleurs une idée fausse, puisque, sauf les monotypes, ces ordres n'ont plus rien de commun avec ceux de Jussieu. Les ordres de Jussieu, ce sont les cohortes de l'école germanique, les alliances de l'école anglaise, et pour ces écoles les ordres sont presque toujours les tribus ou les subdivisions des ordres de Jussieu. 11 serait donc logique de réserver le mot d' (( oindre » à ces dernières divisions, et d'appliquer celui de « famille » aux subdivisions des ordres de Jussieu. Notre savant confrère M. J.-E. Planchon a fait remarquer avec raison à la Commission qu'en agissant de la sorte on aurait l'avan- tage d'adopter en botanique la même marche qu'en zoologie. En résumé, le mot de « famille » , qui est la poésie de la science, ne me paraît pas devoir être supprimé de notre programme. Le pro- grès de la science ne consiste pas dans les chaînes, mais dans la iSh CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. liberté. Laissons à chacun le droit de se servir du mot si poétique de familles de plantes ; pour moi, je vous assure que je ne saurais me décider à le sacrifier. M. J.-E. Planchon présente les observations suivantes : A l'occasion du mot alliance, proposé par feu le docteur Lindley pour désigner certains groupes de familles végétales, il exprime le regret de voir se perpétuer, entre les zoologistes et les botanistes, une discordance sur la valeur des mots ordre et famille. Ordoy pour les botanistes actuels, est à peu près exactement la traduction latine du français famille. Pour les zoologistes qui suivent plus ou moins Guvier, ordre est un groupe de familles, Conunent faire cesser ce désaccord entre deux branches parfaitement parallèles de l'histoire naturelle ? Peut-être en adoptant en botanique le mot ordre (et de forme latine ordo) dans le même sens que les zoolo- gistes, c'est-à-dire comme un degré hiérarchique supérieur à nos familles végétales actuelles. Adopter ce mot ordre (comme équiva- lent ^alliance) serait peut-être revenir ou à peu près au sens qu'il a sous sa forme latine dans le Gênera d'Antoine-Laurent de Jussieu. En effet, par suite du travail de subdivision qui s'est fait dans les anciennes coupes de Jussieu, les ordines de l'illustre auteur sont devenus, pour la plupart, des groupes de familles et non plus des familles simples. Il n'y aurait donc pas autant d'inconvénient qu'il le semble à prendre le mot ordo pour désigner l'association de familles végétnles que Lindley appelle alliances, Endlicher et M. Ad. Brongniart classes. En tout cas, il y aurait avantage \ s'entendre pour que les groupes à peu près équivalents en zoologie et en botanique fussent désignés par les mêmes noms. Prolonger les malentendus à cet égard entre des sciences connexes, c'est méconnaître la loi d'unité de la création et se condamner sciemment à des fautes de logique. M. Duchartre appuie l'opinion de la majorité de la Commis- sion : il fait observer qu'il faut s'écarter le moins possible des usages profondément enracinés, et qu'il y aurait un grand inconvénient à changer le sens universellement admis en bota- iii(|ue du mot ordo. DISCUSSION DES LOIS DE LA NOMENCLATURE. 185 M. J.-E. Planchon répond que l'objection de la majorité ne repose guère que sur l'habitude prise, et que si l'on s'était arrêté à une objection de cette nature, la France, on peut dire l'Europe, n'aurait pas le système des poids et mesures. La rédaction proposée par la Commission est adoptée en ce qui concerne les degrés désignés par cohors, subcohors, ordo et siibordo; elle autorise la faculté d'employer les mots famille et sous-famille. On agite l'idée d'exprimer d'une manière plus saillante les noms de certains groupes plus généralement usités, en particu- lier le mo\species. Comme il faudrait, à ce point de vue, établir une gradation typographique compliquée du haut en bas du tableau, cette idée n'est pas prise en considération. M. Kirschleger présente les observations suivantes : Il dit qu'au-dessous de l'espèce il n'y a pas de gradation, dans la nature, entre la race, la variété et la variation. Il insiste sur la diffé- rence de valeur qu'il trouve, dans le tableau que l'on discute, entre les quatre avant-derniers termes et les autres; il trouve un défaut de logique dans l'assimilation qui les met tous au même rang. C'est l'espèce, dit-il, qui est le véritable soldat de l'armée végétale. Dans les formes qui en dépendent, ce n'est que l'uniforme qui change. M. J.-E. Planchon répond qu'il est de pratique constante, depuis Linné, d'admettre des variétés en botanique; que la Théorie élémentaire a fixé le sens des termes qui sont en discus- sion, termes qui sont usités tous les jours, et qu'il est nécessaire de classer entre eux. M. Karl Koch présente les observations suivantes : Il dit que, dans un type spécifique, la sous-espèce consiste, pour lui, en ce que la forme se perpétue généralement par le semis ; la variété, en ce qu'elle se perpétue environ dans la moitié des cas, et les variations, en ce qu'aucune plante semée ne reste constante, et que la conservation de la forme n'est possible que par les boutures (Poiriers et Pommiers). Il ajoute que l'art horticole peut parvenir à faire une variété d'une variation, une sous-espèce d'une variété, et 186 CONf.RÊS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. môme une. espèce! d'une sous-espèce, si l'on veut adopter les idées de M. C-h. Darwin, qui ne sont pas les siennes. M. Kanitz propose de substituer , à la place des mots de vai'ietas et de varhitio^ ceux de hisifs et d(? /arma. M. de Candolle explirpie le])ul (pTil s'est proposé en construi- sant ce tableau; ce n'est pas de définir, rien n'est plus difficile en particulier pour le mot espèce. Il a voulu indiquer la hiérar- chie des noms, sur lîupielle on peut facilement tomber d'accord. M. de Parsin'al-Grandmaisou se plaint de l'importance ([ue l'on accorde aux variétés, qui sont souvent, dit-il, une affaire de modo[)lutot qu'un sujet d'étude scientifiipie. M. Duchartre dit qu'il faut tenii' compte des espèces cultivées à l'égard desquelles il reconnaît que les difficultés de la uomen- claluie sont considérables; mais ce n'est pas, dit-il, parce 'qu'il y a de telles difficultés que l'on doit se refusera mettre de l'ordre dans la multiplicité des formes qui apparaissent tous les jours. M. Ed. Morren présente les observations suivantes : Il dit qu'on peut varior d'opinion sur la considération que l'on doit accorder aux races, aux variétés et aux variations, mais qu'on ne saurait les siqiprimei* puisqu'elles existent dans la nature. Un ora- teur a déploré cette existence ; mais quant à lui, au contrau'e, il attache une véritable importance à toutes les modifications que les espèces éprouvent dans les jardins, et il pense que l'étude de ces variafions a contribué à élucider diverses questions de morphologie, et qu'elle peut même conduire à la véritable coimaissance de Tespèce. D'après lui, auciuie vai-iation horticole ne doit être dédaignée. Dansun autre ordre d'idées, ilestime que les dix-huil degrés établis dans la classification végétale n'ont pas tous la même importance : il lui semble que l'espèce, le genre, la famille et la classe représen- tent des groupes naturels, tandis que les autres divisions du tableau représentent toutes des idées variables et plus ou moins artificielles. M. Balansa fait observer que, dans la description des Grami- nées de rAlg(''rie faite par M. Cosson, il n'est cpiestiou, ni de variatio m i\{i siibvarialio ; \\ pense, en consé([uen('e, (pièces termes n'ont que très-peu d'importance. DISCUSSION DES LOIS DE LA NOMENCLATURE. 187 M. Cosson demande qu'on mette aux voix la suppression des mots variatio et suhvariatio . Cette suppression n'est pas adoptée, et Tarticle 10 est adopté tel que le propose la Commission. Art. lu. — Les modifications des espèces cultivées doivent être rattachées, autant que possible, aux espèces spontanées dont elles dérivent. A cet eflfet, les plus importantes de ces modifications sont assimilées à des sous-espèces (subspeciex), et quand on est certain de leur hérédilé constante par graines, elles se nomment races (proies). Les modifications de second ordre prennent le nom de variétés, et si l'on est certain de leur hérédité à peu près constante par graines, elles se nomment sous-races {sub- p rôles). Les modifications moins importantes, comparables aux sous- variétés, variations, sous- variations, des espèces spontanées, sont indiquées d'après leur origine ^lorsqu'elle est connue), de la manière suivante : 1" satus (semis ; seedUng, en anglais ; Sœmling, en allemand), pour une forme provenant de graines ; 2" misttis (mélis ; en anglais blending ; en allemand Blendling), pour une forme provenant de fécondation croisée dans l'es- pèce ; 3° lusus (sport), pour une forme née d'un bourgeon, tubercule ou autre organe et propagée par division. La Commission propose la rédaction suivante pour le quatrième paragraphe de cet article : Les modifications moins importantes, pouvant êtfe comparées aux sotis-variétés, variations, sous-variations des espèces spontanées, sont indiquées d'après leur origine (lorsqu'elle est connue), de la manière suivante : 1" satiis (semis ; seedling, en anglais ; Sœm/hifj, en allemand), pour une forme provenant de graines ; '2° mistus (mé- tis; en anglais hIcncUng', en ail. lilendling)^ pour une forme pro- venant de fécondation croisée dans l'espèce ; 3° lusiis (en angl. sport, en ail. Spielnrt) , pour une forme née d'un bourgeon, tuber- cule ou autre organe et propagée par division. M. Kirschleger demande ce que ?à^\\\^\q jwoles . Il préférerait l'emploi du mot stirp.''^. M. de CandoUe répond que le mot stirps n'a pas un sens aussi clair que celui de proies^ lequel se rattache à beaucoup de mots usuels, tels que prolifique, prolétaire. M. Ramond rappelle que de simples sous-variations, par exemple la forme à fleurs blanches du Dirptalis purpiirea, se perpétuent fort bien par graines. Il craint que la définition donnée dans le deuxième paragraphe de l'article \k n'induise en erreur les phytographes, et ne les conduise à appeler races de simples sous-variations. 488 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. L'article 1/i est adopté avec la modification proposée par la Commission. AnT. 15. — Chaque groupe naturel de végélaux ne peut porter dans la science qu'une seule désignation valable, savoir la première qui lui ait été donnée en botanique, par Linné ou depuis Linné, et qui soit conforme aux règles essentielles de la nomenclature. La Commission propose de modifier cet article de la manière suivante : Chaque groupe naturel de végétaux ne peut porter dans la science qu'une seule désignation valable, savoir la plus ancienne, adoptée par Linné, ou donnée par lui ou après lui, à la condition qu'elle soit conforme aux règles essentielles de la nomenclature. Cette proposition est adoptée. Art. 16. — Nul ne doit changer un nom ou une combinaison de noms sans des motifs graves, fondés sur une connaissance plus approfondie des faits, ou sur la nécessité d'a- bandonner une nomenclature contraire aux règles essentielles (art. 3, 1'"'' alinéa, 4, 11, 15, etc., voyez section 6). M. Eug. Fournier présente les observations suivantes : Il a semblé à de bons esprits que l'œuvre que poursuit actuelle- ment le Congrès n'était pas nécessaire. Pour ma part, je suis con- vaincu qu'elle répond à un besoin général, qu'elle est réclamée par l'état de la science. Je ne saurais mieux le prouver qu'en feuille- tant devant vous, messieurs, un ouvrage paru il y a quelques se- maines à peine, une Flore d'un département français (1), dont l'au- teur, s'inspirant de motifs respectables, a cru devoir changer la plupart des noms généralement usités. En ouvrant son livre, on se croit transporté dans un monde végétal complètement nouveau. M. Fournier cite plusieurs des nouveaux noms créés par l'auteur, dont la méthode est généralement désapprouvée par les membres présents. M. Fournier ajoute (pie, cependant, sur certains points, l'auteur de ce livre est d'accoi'il avec le projet soumis au C(jngrés, dans quelques-unes des nombreuses ré- turmes qu'il propose. L'article 16 est adopté. (1) Flore (lu dqmrtetncnl les llaulesPyrénée'', par M. l'abbé Dular. DISCUSSION DES LOIS DE L\ NOMENCLATURE. 189 Art. 18. — Les noms de classes et sous-classes se tirent d'un des principaux carac- tères, etc. Par suite de la décision votée sur l'article 10, la Commission propose l'addition suivante : Les noms de divisions et sous-divlsions, de classes et sous- classes, etc. Cette addition est proposée aussi dans le titre du paragraphe. Les propositions de la Commission sont adoptées. Art. 20. — Les cohortes sont désignées par le nom d'une de leurs principales familles, avec la désinence nies. La Commission propose la rédaction suivante : Les cohortes sont désignées de préférence par le nom d'une de leurs principales familles, et autant que possible avec une désinence uniforme. Art. 22. — L'usage justifie les exceptions suivantes : 1° Lorsque le genre d'où le nom de famille est tiré se termine en latin par ix ou «s (génitif îcts ou idîs, ou isci.">\ la désinence iceœ, ou idcœ, ou ineœest admise (Salicinese, de Salix ; Berberideœ, de Berberis ; Tamariscineœ, de Tamarix), etc. M. de Schœnefeld fait remarquer que Ton doit dire : Tama- rkùieœ^àu génitif Tamaricîs^ bien que l'expression de Tatnaris- cineœ, rapportée par M. de Candolle, ait généralement cours dans les ouvrages descriptifs. Cette rectification est adoptée. Art. 23. — Les noms de sous-familles {subordincs) sont tirés du nom d'un des genres qui se trouvent dans le groupe avec la désinence en e), toute classe à une division {(iivmo). Art. 9. — On reconnaît aussi dans plusieurs espèces des variê/ês Gi des variaù'om , dans coi'taines espèces cultivées, des modifications plus nombreuses encore; dans plusieurs genres des sections, dans plusieurs familles des tribus. Art. 10. — Enfin , comme la complication des faits conduit souvent à distinguer des groupes intermédiaires plus nom- breux, on peut créer par le moyen de la syllabe sous (a////;, mise avant un nom de groupe, des subdivisions de ce groupe, de telle manière que sous-famille {subonlo) exprime un groupe entre LOIS DE LA NOMEiNCLATURE BOTANIQUE. 211 une famille et une tribu, sous-tribu {subtribus)^ un groupe entre une tribu et un genre, etc. L'ensemble des groupes subordonnés peut ainsi s'élever, pour les plantes spontanées seulement, jusqu'à 20 degrés dans l'ordre suivant : Regnum vegetabile. Divisio. Subdi Visio. Classis. Subclassis. Cohors. Subcohors. Ordo (gallice : Famille) . Subordo (gall. Soifs- famille). Tribus. Subtribus. Gcnus. Subffenus. Sectio. Subsectio. Species. Subspecies (vel Proies, gall. Race.) Varietas. Subvarietas. Variatio Subvariatio. Planta. Art. 11. — La définition de chacun de ces noms de groupes varie, jusqu'à un certain point, suivant les opinions indivi- duelles et l'état de la science, mais leur ordre relatif, sanctionné par l'usage, ne peut être interverti. Toute classification conte- nant des interversions, comme une division de genres en familles ou d'espèces en genres^ n'est pas admissible. Art. 12. — La fécondation d'une espèce par une autre es- pèce, crée un hybride [hy bridas), celle d'une modification soit •212 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. subdivision cVespèce par une autre modification de la même es- pèce crée un métis {mistus). Art. 13. — Le classement des espèces dans un genre ou dans une subdivision de genre se fait au moyen de signes typo- graphiques , de lettres ou de chiffres. Les hybrides se clas- sent après l'une des espèces dont ils proviennent , avec le signe X mis avant le nom généiiquc. Le classement des sous-espèces dans l'espèce se fait par des lettres ou par des chiffres ; celui des variétés, par la série des lettres grec([ucs a, |3, 7, etc. Les groupes inférieurs aux variétés et les métis sont indiqués par des lettres, des chiffi'cs ou des signes typographiques, à la volonté de chaque auteur. Art. 1/i. — Les modifications des espèces cultivées doivent être rattachées , autant que possible , aux espèces spontanées dont elles déi'ivent. A cet effet, les plus importantes de ces modifications sont assi- milées à des sous-espèces [subspci-ies)^ et quand on est certain de leur hérédité constante par graines, elles se nomment races [lirules). Les modifications de second ordre prennent le nom de va- riétés, et si l'on est certain de leur hérédité à peu près constante par graines, elles se nomment sous-races [subprolcs). Les modifications moins importantes, pouvant être comparées aux sous- variétés, variations, sous-variations des espèces spon- tanées, sont indiquées d'après leur origine (lorsipi'elle est con- nue) de la manière suivante: 1" Salus (semis; scccUing , en angl.; Sœuil/fif/^ en allemanil), pour une foiine pi'ovenant de graines; T misfus (métis; en angl. bicnding (1); en ail. Blmd- Ibif/), pour une forme provenant de fécondation croisée dans l'espèce-, 0° lusus (en angl. f^port, en ail. Spielart), pour une forme née d'un bourgeon, tubercule ou autre organe, propagée par division. (1) Dans la tiadiicliou aiiglaiî-e. M. Weiliicll, d'accord avec M. de Candollc, propose le mul half-brccd, qui est plus connu cl rrpond mieux au sens du motmcis. LOIS DE LA NOMENCLATUHE DOTANIQUE. 213 CHAPITRE m SUR LA MANIÈRE DE DÉSIGNER CHAQUE GROUPE OU ASSOCIATION DE VÉGÉTAUX EN PARTICULIER. SECTION I. Principes généraux. Art. 15. — Chaque groupe naturel de végétaux ne peut porter dans la science qu'une seule désignation valable, savoir la plus ancienne, adoptée par Linné, ou donnée par lui ou après lui, à la condition qu'elle soit conforme aux règles essentielles de la nomenclature. Art. 16. — Nul ne doit changer un nom ou une combinai- son de noms sans des motifs graves, fondés sur une connais- sance plus approfondie des faits, ou sur la nécessité d'abandonner une nomenclature contraire aux règles essentielles (art. 3, 1" alinéa, h, 11, 15, etc., voy. sect. 6). Art. 17. — La forme, le nombre et l'arrangement des noms dépendent de la nature de chaque groupe, selon les règles qui suivent. SECTION II. TVoniencIaturo des divers groupes. § 1. — Noms de divisions et sous-divisions, de classes et sous-classes. Art. 18. — Les noms de divisions et sous-divisions, de classes et sous-classes se tirent d'un des principaux caractères. Ils s'expriment au moyen de mots d'origine grecque ou latine, et en donnant aux groupes de même nature une certaine har- monie de forme et de désinence (Phanérogames, Cryptogames; Monocotylédones, Dicotylédones, etc.). Art. 19. — Dans les Cryptogames, les noms anciens de familles, tels que Filkcs^ Miisci, Fungi , Lichenes , Algœ, peuvent être employés comme noms de classes ou sous-classes. § 2. — Noms de cohortes et soiis-cobortes. Art. 20. — Les cohortes sont désignées de préférence par le 21 A CONGRÈS INTERNATIONAL DE ROTANTQUE. nom diino de leurs principales familles, etanlant que posssible avec une cU^sinence uniforme. Les sous-cohortes (rarement employées) peuvent être dési- gnées de la même manière. § 3. — Noms de familles et sous-familles, de tribus et sous-tribus. Art. 21. — Les familles {Ordines, FamUiœ) sont désignées par le nom d'un de leurs genres , avec la désinence aceœ [Ro- saceœ^ de Basa; Ranunrulaccœ, da Raminculus^ etc.). Art. 22. — L'usage justifie les exceptions suivantes : 1° Lorsque le genre d'où le nom de famille est tiré se termine en latin par ix ou is (génitif ?m ou idis), la désinence iceœ, ou ideœ^ ou ineœ est admise [SaUcinnœ, de Salir ; Derbcrideœ^ de Dcrberis ; Tamaricineœ^ de Tamari.j^. 2° Lorsque le genre d'où le nom est tiré a un nom d'une longueur inusitée et qu'il n'y a pas de nom de tribu fondé sur ce même cfcnre dans la famille, on admet la terminaison en eœ. {Diptcrocarpeœ, de Diptcrocarpus). 3° Pour quelques grandes familles anciennement nommées, très-connues sous leurs noms exceptionels, on conserve les noms anciens (Cruciferœ , Leguminosœ , Grittiferœ ^ VmheUifcrœ, Compositœ, Labiatœ, Cupuliferd'^ Conifcrœ, Palmœ, Grami- ?ieœ, etc.). (i° Un ancien nom de genre devenu nom de section ou d'es- pèce, peut être maintenu comme base d'un nom de famille [LpnlihiJarirœ, de JjOnfihiihirhi ; n'/ppocrifitanpn' ^ de yEsniIus Hippocaslanum ; CaryopJujlkœ, de Dianthus C'.injophi/lhis; etc.). Art. 23. — Les noms de sous-familles {.whordines, siihfami- liœ) sont tirés du nom d'un des genres qui se trouvent dans le groupe, avec la désinence en eœ. Art. 2û. — Les noms des tribus (H sous-fribus se tireiit du nom d'un des genres qui en font [)arlie, avec la désinence eœ ou ineœ. % h, — Noms do genres et de divisions de genres. Aht. 23. — Les genres, sous-genres et sections reçoivent LOIS DE LA NOMENCLATURE BOTANIQUE. 215 (les noms, ordinairement substantifs, qui sont pour chacun d'eux comme nos noms propres de ftimille. Ces noms peuvent être tirés d'une source quelconque et même être composés d'une manière absolument arbitraire, sous la réserve des conditions indiquées plus loin. Art. 26. — Les sous-sections et autres subdivisions infé- rieures des genres peuvent recevoir un nom , substantif ou adjectif, ou porter simplement un numéro d'ordre ou une lettre, sans nom. Art. 27. — Lorsqu'un nom de genre, sous-genre ou section est tiré d'un nom d'homme , on le constitue de la manière suivante : Le nom, dégagé de tout titre et de toute particule prélimi- naire accessoire, est terminé en a ou la. Les syllabes qui ne sont pas modifiées par cette désinence conservent leur orthographe exacte , même avec les lettres ou diphthongues usitées dans certaines langues et qui ne l'étaient pas en latin. Cependant les ii, ô, û, des langues germaniques, deviennent des œ^ œ, iie\ les é et è de la langue française, de- viennent des e. Art. 28. — Les botanistes qui ont à publier des noms de genre font preuve de discernement et de goût s'ils ont égard aux recommandations suivantes : 1° Ne pas faire des noms très-longs ou difficiles à prononcer. 2° Indiquer l'étymologie de chaque nom. 3° S'ils ont créé autrefois un nom qui n'a pas été admis, ne pas créer eux-mêmes un autre genre sous le même nom, surtout dans la môme famille ou dans une des familles voi- sines. 4" Ne pas dédier des genres à des personnes absolument étran- gères à la botanique, ou du moins aux sciences naturelles, ni à des personnes tout à fait inconnues. 5° Ne tirer des noms de langues barbares , que si ces noms se trouvent fréquement cités dans les livres des voyageurs et pré- sentent une forme agréable qui s'adapte aisément à la langue latine et aux langues des pays civilisés. 210 CONGRÈS INTERNATIONAL DE DOTANIQUE. G" Rappeler, si possible , par la composition ou la désinence du nom, les affinités ou les analogies du genre. 7° Éviter les noms adjectifs. 8° Ne pas donner à un genre un nom dont la forme est plutôt celle d'un nom de section [Eimderoxylon, par exemple). 9" Éviter de reprendre des noms qui ont existé, mais qu'on a refusé d'admettre, pour nommer des genres différents des an- ciens, àmoinscju'ilnes'agisse dedédierde nouveau ungenreàun botaniste, mais dans ce cas il est à désirer encore : TQue l'aban- don du premier genre soit bien constaté ; 2° que la famille m l'on veut rétablir le nom soit toutà fait différente delà première. 10° Éviter de faire choix de noms qui existent en zoologie. Art. 29. — Les botanistes qui construisent des noms de sous- genres ou de sections feront bien d'avoir égard aux recomman- dations de l'article précédent et en outre à celles-ci : 1° Prendre volontiers pour la principale division d'un genre, un nom (pii le rappelle par quelque modification ou addition {Eu mis au commencement du nom , quand il est d'origine grecque; asfrum , ellu^ à la fin du nom, quand il est latin, ou telle autre modification conforme à la grammaire et aux usages de la langue latine). 2° Éviter dans un genre de nommer une section par le nom du genre terminé en aides ou en opsis ; mais au contraire re- chercher cette désinence pour une section qui ressemblerait à un autre genre, en ajoutant alors o'/drs ou npsis au nom de cet autre genre, s'il est d'origine grecque, pour former le nom de la section. 3" Éviter de prendre comme nom de section un nom qui existe déjà comme tel dans un autre gein'c, ou qui est le nom d'un genre admis. Art. 30. — Lorsqu'on désire énoncer un nom de section con- jointement avec le nom de genre et le nom d'espèce, le nom de section se place entre les deux autres en parenthèse. § 5. — Noms d'espèces, d'hybrides et de subdivi.licatiosi des noms ci de la dnte de cliaquc nom «ti combinaison do noms. Art. /i1. — La date d'un nom ou d'une combinaison de noms est celle de leur publication effective , c'est-à-dire d'une publicité irrévocable. Art. 42. — La publication résuite de la vente ou de la dis- tribution, dans le public, d'imprimés, de planches, ou d'auto- graphies. Elle résulte aussi de la mise en vente ou de la distri- bution aux principales collections publiques d'échantillons numérotés, nommés et accompagnés d'étiquettes imprimées ou autographiées , portant la date de la mise en vente ou de la distribution. Art. h?y. — Une communication de noms nouveaux faite dans une séance publique, des noms mis dans des collections ou des jardins ouverts au public, ne constituent pas une publi- cation. Art. hh. — La date mise sur un ouvrage est présumée exacte, jusqu'à preuve contraire. Art. /i5. — Une espèce n'est considérée comme nommée que si elle a un nom générique en même temps qu'un nom spécifique. Art. /i6. — Une espèce annoncée dans un ouvrage sous des noms générique et spécifique , mais sans aucun renseignement sur les caractères, ne peut être considérée comme publiée. Il en est de même d'un genre annoncé sans être caractérisé. Art. lil. — Les botanistes feront bien d'avoir égard aux re- commandations suivantes : 220 CONGRÈS INTERNATIONAL DE DOTAMOUL]. 1° Indiquer exactement la date de la })iil)licalion de leurs ouvrages ou fractions d'ouvrages, et celle de la mise en vente ou de la distribution de piaules nommées et numérotées. 2" Ne pas publier un nom sans indiquer clairement si c'est un nom de famille ou de tribu, de genre ou de section, d'espèce ou de variété, en un mot sans indiquer une opinion sur la nature du groupe auquel ils donnent le nom. 2>° Éviter de ])iiblier ou de mentionner dans leurs publica- tions des noms inédits qu'ils n'acceplent pas, surtout si les per- sonnes qui ont fait ces noms n'en ont pas autorisé formellement la publication (\oir art. 36, 5"). SECTION IV. De la précision A «lonner anx noms par la citation du botaniste €|UÎ les a publiés le proiuîcr. Art. /i8. — Pour être exact et complet dans l'indication du nom ou des nomsd'un groupe quelconque, il faut citer l'au- teur qui a publié le premier le nom ou la combinaison de noms dont il s'agit. Art. /i9. — Un cbangement de caractères constitutifs ou de circonscription dans un groupe n'autorise pas à citer un autre auteur que celui ayant publié le premier le nom ou la combinai- son de noms. Quand les changements ont été considérables, on ajoute à la citation de l'auteur primitif: mutatls charact., owpro parte, ou exd.fjcn.^t'xvL vyy., oxcL rar.^ ou t(,'lle autre indication abrégée, selon la nature des changements survenus et du groupe doiil il s'agit. Art. 50. — Les noms pul)liés d'après un document inédit, tel qu'un herbier, une collection non distribuée, etc., sont pré- cisés par l'addition du nom de l'auteur (pii jxiblie. iiialgi't' l'in- dication contraire ([u'il a pu donner. De même les noms usités dans les jiirdins sont précisés par la mention du premier auteur qui les publie. LOIS DE L\ NOMENCLATURE BOTANIQUE. 221 Dans le texte développé, on cite l'herbier, la collection , le yàYàin{Lam. ex Cominers. mss. in herb. par.; Lindl. ex horto LodcL). Art. 51. — Lorsqu'un nom existant est appliqué à un groupe qui devient d'un ordre supérieur ou inférieur à ce qu'il était auparavant, le changement opéré équivaut à la ci'éa- tion d'un nouveau groupe et l'auteur à citer est celui qui a fait le changement. Art. 5^. — Les noms d'auteurs mis après les noms de plantes s'indiquent par abréviations, à moins qu'ils ne soient très-courts. A cet effet on retranche d'abord les particules ou lettres pré- liminaires qui ne font pas strictement partie du nom, puis on indique les premières lettres, sans en omettre aucune. Si un nom d'une seule syllabe est assez compliqué pour ([u'il vaille la peine de l'abréger, on indique les premières consonnes (Br. pourBrown); si le nom a deux ou plusieurs syllabes, on indique la première syllabe , plus la première lettre de la syllabe sui- vante, ou les deux premières quand elles sont des consonnes [Juss. pour de Jussieu ; Rick, pour Richard). Lorsqu'on est forcé d'abréger moins, pour éviter une confu- sion entre des noms cpii commencent par les mêmes syllabes, on suit le môme système, en donnant, par exemple, deux syl- labes avec la ou les premières consonnes de la troisième, ou bien l'on indique une des dernières consonnes caractéristiques du nom (BertoL, pour Bertoloni, afln de distinguer de Bertero; Michx pour Michaux, afln de distinguer de Micheli). Les noms de baptême ou les désignations accessoires, propres à dis- tinguer deux botanistes du même nom , s'abrègent de la même manière (Adr. Jim. pour Adrien de Jussieu, Gœrtn. fil. ou Gœrtn. f. pour Gcertner fils). Lorsque l'usage est bien établi d'abréger un nom d'une autre manière, le mieux est de s'y conformer (L. pour Linné, S'-Hii. pour de Saint-Hi'aire). 222 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. SECTION V. Des noms A conserver lorsqu'un groupe est divisé, rciuaniê, trans- porté, élevé ou abaisj^é, ou (|uancl deux groupes de uiéuie ordre sont réunis. Art. 53. — Un changement de caractères, ou une révision qui entraîne l'exclusion de certains éléments d'un groupe ou des additions de nouveaux éléments, n'autorisent pas à changer le nom ou les noms du groupe. AiiT. bh. — Lorsqu'un genre est divisé en deux ou plusieurs, le nom doit être conservé et il est donné à l'une des divisions principales. Si le genre contenait une section ou autre division qui, d'après son nom ou ses espèces, était le type ou l'origine du groupe, le nom est réservé pour cette partie. S'il n'existe pas de section ou subdivision pareille, mais qu'une des fractions dé- tachées soit beaucoup plus nombreuse en espèces que les autres, c'est à elle que le nom doit être réservé. Art. 55. — Dans le cas de réunion de deux ou plusieurs groupes de même nature, le nom le phis ancien subsiste. Si les noms sont de même date l'auteur choisit. AiiT. 50. — Lorsqu'on divise une espèce en deux ou plusieurs espèces, si l'une des formes a été plus anciennement distinguée, le nom lui est conservé. Art. 57. — Lorst^u'une section ou une espèce est portée dans un autre genre , lorsqu'une variété ou autre division de l'espèce est portée au même titre dans une autre espèce , le. nom de la section , le nom spécilicpie ou le nom de la division d'espèce subsiste , à moins (|ue dans la nouvelle position il n'existe un des obstacles indiqués aux articles 0*2 et Go. Art. 58. — Lorsqu'une tribu devient famille, qu'un sou.s-genre ou uu(*' section devient genre, (pi'une subdivision d'espèce devient espèce , ou que des changements ont lieu dans le sens inverse, les noms anciens des groui)es subsistent, pourvu (pi'il n'en résulte pas deux genres du même nom dans le règne végé- tal, deux subdivisions de genre ou deux espèces du même nom LOIS DE LA NOMENCLATURE BOTANIQUE. 223 dans le même genre , ou deux subdivisions du même nom dans la même espèce. SECTION VI. Des Eiaims à rejeter, changer on modi^er. Art. 59. — Nul n'est autorisé à changer un nom sous pré- texte qu'il est mal choisi, qu'il n'est pas agréable, qu'un autre est meilleur ou plus connu, qu'il n'est pas d'une latinité suffi- samment pure , ou par tout autre motif contestable ou de peu de valeur. Art. 60. — Chacun doit se refuser à admettre un nom dans les cas suivants : 1° Quand ce nom est appliqué dans le règne végétal à un groupe nommé antérieurement d'un nom valable. 2° Quand il forme double emploi dans les noms de classes ou de genres, ou dans les subdivisions ou espèces du môme genre, ou dans les subdivisions de la même espèce. o° Quand il exprime un caracîère ou un attribut positivement faux dans la totalité du groupe en question, ou seulement dans la majorité des éléments qui le composent. [i° Quand il est formé par la combinaison de deux langues. 5° Quand il est contraire aux articles de la section V. Art. 61. — Un nom de cohorte , sous-cohorte, famille ou sous-famille, tribu ou sous-tiibu, doit être changé lorsqu'il est tiré d'un genre qu'on reconnaît ne pas faire partie du groupe en question. Art. 62. — Lorsqu'un sous-genre, une section ou une sous- section passe au même titre dans un autre genre, le nom doit être changé s'il existe déjà dans le genre un groupe de même oi'dre sous ce nom. Lorsqu'une espèce est portée d'un genre dans un autre, son nom spécifique doit être changé s'il existe déjà pour une des espèces du genre. De môme lorsqu'une sous-espèce, variété ou autre subdivision d'espèce, est portée dans une autre espèce, le 9Ali CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. nom en doit ôtre changé s'il existe déjà dans l'espèce pour une modification du même ordre. Art. 6o. — Lorscpùni groupe est transporté dans un autre en y conservant le même rang, son nom doit être changé s'il devient un contre-sens ou une cause évidente d'erreur et de confusion dans la nouvelle position qui lui est attribuée. Art. 6/1. — Dans les cas prévus aux articles GO, 61, 6*2, 63, le nom à rejeter ou à changer est remplacé par le plus ancien nom valable existant pour le groupe dont il s'agit, et à défaut de nom valable ancien un nom nouveau doit être créé. Art. 65. — Un nom de classe, tribu ou autre groupe supé- rieur au genre, peut être modifié dans sa désinence, pour être rendu conforme aux rèafles et aux usages. Art. 66. — Lorsqu'un nom tiré du grec on du latin a été mal écrit ou mal construit, ou qu'un nom tiré d'un nom d'homme n'a pas été écrit conformément à l'orthographe réelle du nom, ou qu'une erreur sur le genre grammatical d'un nom a entraîné une désinence vicieuse dans les noms d'espèces ou de modifications d'espèces, chaque botaniste est autorisé à. rectifier le nom fautif ou les désinences fautives, à moins qu'il ne s'agisse d'uii nom très-ancien et passé entièrement dans l'usage sous la forme erronée. On doit user de cette iaculté avec réserve , particulièrement si le changement doit porter sur la première syllabe, surtout sur la première lettre du nom. Quand un nom a été tiré d'une langue vulgaire, il doit sub- sister tel qu'on l'a fait, même dans le cas où l'orthographe du nom a été mal comprise par fauteur et donne lieu à des criti- ques fondées. SECTION VU. Des noms de plantes «lann los langues nioderncs. Art. 67. — Les botanistes emploient dans les langues mo- dernes les noms scicntitiqucs latins ou ceux qui eu dérivent immédiatement, de préfeience aux noms d'une autre nature ou LOIS DE LA NOMENCLATURE BOTANIQUE. 225 d'une autre origine. Ils évitent de se servir de ces derniers noms, à moins qu'ils ne soient très-clairs et très-usuels. Art. 68. — Tout ami des sciences doit s'opposer à l'intro- duction dans une langue moderne de noms de plantes qui n'y existent pas, à moins qu'ils ne soient dérivés du nom botanique latin, au moyen de quelque légère modification. CONGRÈS BOT, 15 226 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE, SÉANCE DU 23 AOUT. Clôture du Congrès. PRÉSIDENCE DE M. DE CANDOLLE. M. le Président appelle successivement les noms de plusieurs savants qui avaient annoncé l'intention de présenter des mé- moires au Congrès, mais qui ne répondent pas à cet appel et n'ont pas envoyé leur mémoire. Personne ne demandant plus la parole pour un dépôt de mémoire ou pour une communication scientifique, M. le Pré- sident déclare l'ordre du jour épuisé. M. Du Mortier exprime au nom du Congrès combien ses membres ont vivement senti les excellents procédés dont a usé envers eux la Société impériale et centrale d'borticulture, qui a fourni les salles nécessaires au Congrès pour la tenue de ses séances et les réunions de ses commissions, ainsi que pour l'installation de l'exposition importante de livres, de matériel botanique et d'herbiers qui a été mise sous ses yeux. M. Du Mortier rappelle que le jour môme de l'ouverture du Congrès, la Société d'horticulture en avait invité les membres à assister à la séance qu'elle devait tenir le jeudi 28 ; il ajoute ({u'il s'est rendu avec M. le professeur J.-E. Planchon à cette réunion, où ils ont été invités à s'asseoir au bureau comme représentants du Congrès international de botanique, et qu'il s'est fait un devoir, à cette occasion, d'ofTrir publiquement à la Société impériale et centrale d'horticulture les remercîments qui lui étaient dus. M. le Président remercie la Société botanique de France, et spécialement le bureau et le conseil d'administration de cette Société, ainsi que les personnes dévouées qui se sont chargées de l'organisation du Congrès, des soins qu'elles ont pris pour en assurer la réunion. M. Duchartre témoigne à M. de Candolle combien la Société SÉANCE DE CLÔTURE. 227 botanique a dû se féliciter de^ce qu'il avait bien voulu accepter, avec la présidence du Congrès, la tâche laborieuse d'en préparer les travaux, ce qui était le meilleur moyen d'en assurer le succès, ainsi que l'expérience laite dans ces huit jours l'a parfaitement prouvé. M. de CandoUe s'exprime ensuite en ces termes : Messieurs, Je ne puis terminer cette séance, la dernière du Congrès, sans vous remercier de l'honneur que vous m'avez fait en m' appelant à vous présider. Si vous n'aviez considéré que la capacité individuelle, assurément vous auriez pu choisir mieux, et l'expérience que nous avons faite plu- sieurs fois de la présidence de l'honorable M. Du Mortier le prouve bien, mais vous avez voulu, je suppose, rendre hommage au botaniste célèbre dont je ne suis que l'humble élève et successeur. Vous avez moins pensé à une personne vivante et ici présente qu'à un nom intimement lié, depuis soixante-dix ans, avec l'histoire de la bota- nique. Je me suis efïbrcé de comprendre les devoirs que cette position particuhère m'imposait. Heureusement j'ai été soutenu par votre extrême indulgence, et, grâce à vous, bien plus qu'à moi, le Congrès international de botanique de Paris , à la suite de discussions par- faitement régulières et de communications importantes, aura fait faire à la science de véritables progrès. Les dernières paroles de M. de Candolle sont couvertes par les applaudissements unanimes des membres du Congrès, et la séance est levée à onze heures et demie du soir. RAPPORTS SUR LES ÉTABLISSEMENTS VISITÉS PAR LE CONGRÈS NOTE SLR LES COLLECTIOrs'S BOTANIQUES DE L'ECOLE DE PHAUMACIE. Le 22 août, les membres cUi Congrès ont visité les collections de matière médicale et le Jardin botanique de l'Ecole de pharmacie. Réunies et classées avec soin par M. Guibourt, pendant les lon- gues années de son professorat, les collections de matière médicale présentaient, pour les savants étrangers, un très-grand intérêt. C'est là que se trouvent, en effet, les types principaux décrits dans une œuvre qui restera classique : Y Histoire naturelle des dro- ffites simples. Les écliantillons y sont classés en deux séries : les uns, contenus dans des bocaux, enfermés eux-mêmes dans des armoires vitrées, sont disposés autour de la salle et groupés d'après l'ordre même du livre de M. Guibourt, celui des familles naturelles. Des étiquettes collées sur les bocaux indiquent le nom vulgaire de la drogue et son origine botanique. Près de 950 sub- stances sont ainsi exposées, et les élèves peuvent en vérifier les caractères extérieurs. D'autres échantillons des mêmes espèces sont placés plus en évi- dence encore dans une vitrine occupant le milieu de la salle. Ils représentent les médicaments les plus usuels, avec lesquels il im- porte surtout de familiariser les étudiants. Comme le but principal est d'apprendre à distinguer les unes des autres des substances qui ris- queraient d'être confondues, on les a classées, non plus d'après l'ordre des familles auxquelles elles se rapportent, mais d'après leur nature morphologique ou chimique (racines, tiges, bois, écorces, feuilles, fleuis, fruits ; exsudations diverses, gommeuses, résineuses, gommo- résineuses, etc.). Les produits qui extérieurement se ressemblent le plus sont ainsi placés à côté les uns des autres, de façon que, par leur rapprochement même, il soit plus facile de saisir les carac- tères qui permettent de les distinguer. Une série de bois, des minéraux classés également d'après le livre de M. Guibourt, complètent les collections de cette salle, dont il serait trop long de détailler les richesses. NOTE SUR LE MUSÉE DELESSERT. 229 Le jardin botanique, confié à la direction de M. Chatin, est situé dans l'École môme. Non-seulement les espèces médicinales les plus importantes, mais encore les types principaux des familles y sont représentés et soignés avec intelligence par le jardinier M. Drévault. Les espèces, au nombre de 2500 environ (1) , y sont classées d'après l'ordre du Prodromus de M. de CandoUe. Une petite serre et une petite orangerie servent à la culture des plantes qui ne supportent pas la pleine terre. Après avoir visité avec attention les collections et le jardin, les membres du Congrès ont pu assister aux expériences faites dans un des laboratoires de l'École de pharmacie par M. Schultz-Schultzen- Rtein. Le savant botaniste de Berlin y a montré d'une part les prépa- rations microscopiques des vaisseaux laticifères, sur lesquelles il a fondé sa théorie de la cyclose ; d'autre part les expériences physio- logiques qui forment la base de son mémoire sur la véritable nutri- tion des plantes (2) . o. planchon. NOTE SUR LE MUSÉE DELESSERT. Le Musée botanique de la famille Delessert, que le Congrès a visité le 23 août, suivant son programme, n'a pas déchu de la répu- tation européenne qui lui est depuis si longtemps acquise. Les exsiccata et les livres récemment publiés, achetés pour le Musée ou envoyés par les botanistes, ont tenu au courant de la science les collections fondées par Benjamin Delessert, augmentées et entrete- nues avec un soin religieux par M. François Delessert. On trouvera dans le livre que l'honorable conservateur de ces collections, M. La- sègue, a consacré à leur description (3) , tous les renseignements qu'on peut désirer sur leur disposition et sur leur importance. Mais la date déjà un peu ancienne de cette publication nous fournissait l'occasion et nous imposait presque le devoir de signaler l'accrois- sement qu'elles ont pris depuis cette époque. Les collections contenues dans l'herbier se sont augmentées con- (1) Le jardin possède en outre 2500 à 3000 espèces qui ne sont pas comprises dans l'École botanique. (2) Voyez plus haut page 99. (3) Musée botanique de M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent, contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe, et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botanique; par M. A. Lasègue. Paris, chez Fortin, Masson et C'°, janvier 1845. 280 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. sidérablement depuis lors. Pour ne citer que les plus importantes qui'y sont entrées, nous devons mentionner : pour la flore de France, les dons de MM. Auge de Lassus, Aunier, Bouvier, Cliaubard, de Forestier, Eug. Fournier, Graves, Montagne, Naudin, Puel [Herbier des flores locales, etc.) ; l'herbier de M. Bélanger, et les exsiccata de MM. Billot, Bordère, CaïuU, Philippe et F. Schultz; pour l' Al- gérie, les collections de MM. Durando, Munby, P. Jamin, Bour- geau et Kralik ; pour l'Espagne, celles de MM. Bourgeau, Blanco et Lange; pour la région orientale, les exsiccata de MM. Balansa, Bourgeau et Kotschv; pour l'Amérique du Nord, les collections de Rafinesque ; pour l'Amérique centrale, les plantes de Cuba de Wright, les plantes du Mexique de Jurgensen, celles de Venezuela de Fendler et de Funck et Schliui ; pour la Bolivie , celles de Mandon; pour la république de l'Equateur, celles de Jameson; pour la région des Amazones, celles de Spruce. Ajoutons encore les dons faits par M. Cl. Gay des types du Flora chilena, par M. J.-D. Hooker des types du Flora antarctica, par M. Hombron des types du voyage de Y Astrolabe et de la Coquille^ une belle col- lection des Indes orientales, envoyée par la Société Linnéenne de Londres, et tout dernièrement Q,ûm ào,?, Reliquiœ Mailleana'. ; enfin, citons parmi les acquisitions les plus importantes à' exsiccata exoti- ques, les plantes d'Afrique de Boivin, et celles de la Nouvelle- Hollande de Drummond. Cela permet de comprendre comment le nombre des boîtes renfermant Therbier s'élevait au 10 mai 1867 à 2750. La bibliothèque s'est accrue dans des proportions plus impor- tantes encore. Aux beaux ouvrages de grand format et munis de planches qui sont indiqués dans le Musée botanique de M. Lasègue, il faut ajouter ceux qui concernent les Orchidées : les Folia orchi- dacea de Liudley, le Xenia orchidacea de M. Reichenbach fils, le Pescatorea, la Collection des Orchidées les plus remarquables de l'Archipel indien et du Jajjon de Blume, les Select orchi- daccous plants de M. Warner, la monograpie des Odontoglossum de M. Bateman ; les remarquables ouvrages que M. d'Etlingshausen a fait impi-iincr à l'imprimerie impériale de Vienne, avec le con- cours de M. Pokorny {Phi/sio///pia plan(aru)n austriacaruni, etc.; les belles publications de M. Fée sur les Fougères (onze mémoires dont plusieurs in-folio) ; le Flora brasiliensis de U. Martius, par- venu aujourd'hui ù son h2' fascicule; les Illustrations of thc gcnus îfOTE SUR LE MUSÉE DELESSERT. 531 Carex^ de M. F. Boott; les voyages récents : Asa Gray, United States exploring expedi tio7i ; Seemann , Botany of the votjage of H. M. S. Hei^ald; Flora vitiensis; Wawra , Botanische Ergebnisse der Reise seiner Majestœt des Kaisers von Mexico Maximilian I 7iach Brasiiie?t;'Wedde\\ , C hloris andina ; Maximowicz , Primitiœ fîorœ amw'ensis; Peters, Reise nach Mozambique. Citons encore le Bryologia javaiiica^ commencé par M. Van den Bosch ; les Annales Musei botanici Liigduno-batavi de M. Miquel; les Tabiilœ phycologicœ &qM.. Kuetzing; le Selecta Fungorum Carpologia Ae, MM. Tulasne; etc., etc. Un certain nombre de ces ouvrages ont été donnés au Musée par leurs auteurs. Nous ne saurions insister davantage, dans cette courte note, sur l'étendue de la bibliothèque. En général, toutes les publications botaniques parues depuis vingt ans, dont le bibliothécaire a eu con- naissance par la voie de la librairie ou par les dons des auteurs, doivent être ajoutées aux indications données dans le Musée bota- nique^ pour qu'on comprenne l'importance des sommes consacrées annuellement à l'augmentation de ces collections. On n'a même pas voulu éliminer des acquisitions un grand nombre de ilorules locales des pays étrangers, bien qu'elles soient fort rarement consultées à Paris. Les journaux périodiques, même ceux qui sont exclusivement consacrés à l'horticulture, ont leur place marquée dans les cases de la bibliothèque, et les lacunes qui peuvent s'y trouver doivent être attribuées à l'indifférence singulière que beaucoup de libraires pari- siens ont pour les intérêts de leurs correspondants étrangers ou des personnes qui placent chez eux des livres en dépôt. Ces notes suffisent pour indiquer l'importance des collections bo- taniques dont nous parlons ; mais aucun témoignage écrit ne pour- rait rendre compte de l'utlUté pratique qu'elles présentent, grâce à l'aménagement intérieur du Musée destiné à faciliter le travail de quiconque y est admis dans les salles de travail, où l'on se trouve dans des conditions toutes différentes de celles des bibliothèques publiques. Tous ceux qui y sont entrés savent qu'on y peut con- sulter simultanément tous les livres nécessaires à des recherches d'ensemble et compulser l'herbier en même temps que la biblio- thèque, avantage inappréciable. Les connaissances étendues du con- servateur des collections, M. Lasègue, et son obligeance inépuisable sont souvent mises à profit par les botanistes qui fréquentent le Musée ; il n'est guère de sujet sur lequel son expérience bibliogra- 232 CONGRÈS INTERNATIONAL DR ROTANIQUE. phique ne puisse venir en aide à leurs recherches, et l'auteur de cette notice saisit avec empressement roccasion de reconnaître le secours précieux qu'il a trouvé dans ses lumières, notamment pour des recherches sur les plantes connues des anciens. Bien qu'un des derniers venus dans la science, il est un de ceux qui sentent le plus vivement tout ce qui est dû de reconnaissance à une famille dont les membres se transmettent depuis quarante ans le titre glorieux et mérité de Mécènes de la botanique. eug. fouunier. RAPPORT SUR L'HERBIER DE M. LE DOCTEUR E. COSSON. Depuis que les collections de Ph. Barker-Webb ont été léguées par lui au Musée grand-ducal de Florence ; que M. le comte Jaubert a fait transporter les siennes dans son domaine du Berry, et que l'herbier de M. J. Gay, soustrait par la mort de notre si regretté confrère aux investigations des botanistes, attend que ses héritiers trouvent un acquéreur, les seules collections particulières impor- tantes que l'on puisse étudier à Paris sont, après celles de M. Fran- çois Delessert, celles deM. le comte Albert de Franqueville et celles de M. Cosson. L'absence de M. le comte A. de Franqueville empêchait une visite qu'il eût été le premier à solliciter du Congrès ; on aurait admiré chez lui l'importance d'un herbier qui contient presque tous les exsiccata distribués depuis vingt ans, et qui , très-riche en plantes françaises, s'est accru considérablement par l'acquisition des her- biers d'A. Richard et de Steudel. L'importance de ces collections est d'autant plus grande que M. de Franqueville, ne s'occupant lui- même d'aucune monopra])hie générale, se fait un point d'honneur de conmmniqucr ou d'envoyer ses plantes aux monographes fran- çais ou étrangers, et qu'il en résulte pour lui la possession de types précieux et authentiques. Chez M. Cosson, le Congrès devait trouver un herbier fort étendu également, mo'ins général, mais doué d'un intérêt plus spécial, tant à cause des nombreux travaux auquels il a servi de base et dont il contient les types, que par le soin avec lequel il est journellement déterminé par M. Cosson et classé par son ami et conservateur M. L. Kralik. Les collections de M. Cosson se composent d'une bibliothèque botanique comprenant les ouvrages généraux et la plupart des RAPPORT SUR l'hERRIER DE M. COSSON. 333 publications sur la llore de l'Europe, sur celle du bassin méditerra- néen et sur celle de l'Amérique du Nord, d'un herbier général, d'un herbier spécial des environs de Paris, d'un herbier spécial d'Abys- sinie et d'un herbier du Gap en voie de formation. L'herbier général se compose de plus de 1200 paquets et ren- ferme environ 50 000 espèces. — Les fascicules placés dans des casiers sont serrés entre des cartons uniformes maintenus par une seule courroie. — Les genres et les espèces sont classés d'après le Prodro7niis de De Candolle , et d'après des monographies ou les ouvrages les plus récents pour les familles qui n'ont pas été traitées dans le Prodrome. — Les familles et les genres sont indiqués par des étiquettes saillantes portant, pour faciliter les recherches, l'in- dication des numéros d'ordre et, de plus, celle du volume et de la pagination des ouvrages adoptés pour la classification. — A chaque espèce est attribuée une feuille double de papier fort et collé formant chemise, portant épinglée à son angle antérieur et inférieur une étiquette donnant le numéro d'ordre de l'espèce, son nom, ses prin- cipaux synonymes et les régions d'où proviennent les échantillons. Une chemise spéciale est attribuée aux plantes originaires de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie, qui sont plus particulièrement l'objet des études actuelles de M. Cosson ; les chemises des espèces de cette flore sont munies d'une étiquette bleue qui permet d'ex- traire facilement l'herbier algérien. — Les genres et les espèces non décrits dans les ouvrages suivis pour le classement sont rangés alphabétiquement en tête de leurs familles ou de leurs genres. — Les genres très-nombreux en espèces sont subdivisés par des éti- quettes de couleur, indiquant les sections du genre et les numéros des espèces qu'elles comprennent. Pour ces grands genres, tels que les Astragalus, les Senecio, les Panicum, etc., les espèces récem- ment décrites sont rangées alphabétiquement en tête de leurs sec- tions. Les paquets de l'herbier sont superposés en hgnes verticales qui se suivent de gauche à droite. Cette disposition et les indications portées sur les étiquettes saillantes permettent d'arriver, avec la plus grande célérité, aux genres et aux espèces objets d'une recher- che, car il suffit de se repérer, pour cette recherche, sur la numéra- tion du Prodromus ou des autres ouvrages classiques. Ainsi le Nomeiiclator botanmis de Steudel, Y Index de Buek et les tables de XEnumeratio de Kunth servent de véritable répertoire pour l'her- bier. 23 /i CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. Tous les échantillons de l'herbier ont été passés à la solution alcoolique de sublimé corrosif. Ils sont fixés sur des feuilles simples de papier blanc, au moyen de bandelettes de papier gommé, atta- chées chacune sur la feuille par une épingle; les étiquettes sont fixées aussi au moyen d'une épingle au-dessous des échantillons auxquels elles se rapportent. Cet arrangement, par lequel on a pu grouper souvent sur une môme ibnille des échantillons de diverses provenances et condenser ainsi l'herbier, permet de passer rapide- ment en revue tous les échantillons d'une espèce, et de les examiner sur leurs deux faces sans aucune chance de confusion. Les fleurs et les parties de fleurs, les graines et les fruits détachés sont conser- vés dans des sachets de papier mince et souple , faciles à ouvrir, et collés à côté de l'échantillon dont ils proviennent. Les plantes destinées à entrer dans l'herbier sont, aussitôt après leur empoisonnement, classées par familles et par genres, et forment un herbier provisoire intercalaire muni d'étiquettes génériques, et reproduisant exactement le cadre et la numération de l'herbier lui- même. L'herbier général renferme des espèces de toutes les parties du monde, et en nombre suffisant pour représenter la série des familles et des genres; mais son intérêt scientifique consiste surtout dans sa richesse pour l'hémisphère boréal. — Les espèces des flores de l'Europe, de l'Asie tempérée, de l'Afrique septentrionale, de l'Amé- rique du Nord y sont généralement représentées par de nombreux échantillons. On y trouve plus particulièrement d'importants docu- ments sur la végétation du nord de l'Europe, de l'Europe centrale, de toutes les contrées du bassin méditerranéen, tant européennes qu'asiatiques et africaines, et des Etats-Unis. L'herbier ofl'rc, en outre, la plupart des exsiccata formés dans les pays ayant des affinités avec la flore du bassin méditerranéen ou avec la flore désertique de l'Afrique, tels que la Perse, l'Arabie, le littoral de la Mer-Rouge, l'Egypte, l'Ethiopie, les A.çores, Madère, les Canaries, etc. — La flore des anciens Etats barbaresques, objet des travaux actuels de M. Cosson, est naturellement représentée très-largement dans son herbier, tant par les résultats de ses voyages en Algérie que par les nombreuses communications des botanistes algériens. Pour les Etats de Maroc et de Tunis, l'herbier renferme à peu près l'ensemble des espèces qui y ont été jusqu'ici constatées. La région équatoriale ne figure guère dans l'herbier qu'au point de vue de la représentation des principaux types géiiéiiqucs. RAPPORT SUR l'herbier DE M. COSSON. S35 Parmi les contrées ne rentrant pas dans le cadre spécial de l'her- bier, et dont cependant M. Cosson possède un assez grand nombre d'espèces, nous pouvons citer l'Inde, la Chine, le Japon, l'Abyssinie (à laquelle, comme nous l'avons déjà dit, est consacré un herbier spécial), le Sénégal, le Gap, l'Australie. M. le comte A. de Franqueville s'est fait un plaisir d'offrir libéra- lement à son ami M. Cosson, la plupart des plantes qu'il possédait en double dans son magnifique herbier général, qui renferme, comme le savent tous les botanistes, presque toutes les collections classiques et presque tous les essiccata. M. Cosson lui doit, entre autres col- lections de première valeur, la série complète des plantes recueiUies par Quartin-Dillon et Petit en Abyssinie. M. de Tchihatchef, avant de disposer de son herbier en faveur de la Société botanique, a généreusement offert à M. Cosson toutes les plantes qu'il avait recueillies dans l'Altaï et l'Asie-Mineure, plantes qui, ayant été déterminées par MxM. G. -A. Meyer, Fischer et Boissier, sont autant de types précieux. Plusieurs collections intéressantes ont été acquises par M. Cosson lors de la vente des plantes non intercalées laissées par M. J. Gay. L'herbier de M. Maille, réparti en collections après la mort de ce botaniste, a fourni également l'occasion de combler d'importantes lacunes, et c'est à cet herbier que M. Cosson doit, entre autres, la collection classique d'Aucher-Éloy. L'herbier de M. Cosson vient de recevoir un accroissement consi- dérable, surtout pour les flores exotiques, par l'adjonction d'une grande partie de l'herbier du regrettable M. Maire. En 1866, M. Maire, en raison de son grand âge, ne pouvant plus s'occuper de botanique, mais désirant néanmoins que son herbier continuât à profiter à la science, en a fait généreusement don à son ami M. E. Cosson. M. Cosson s'est réservé des échantillons des plantes les plus rares des environs de Paris, extraites de l'herbier spécial consacré à la flore de Paris par M. Maire, quelques plantes intéressantes de France et d'Europe ; pour l'Asie, des plantes de la flore des Indes et de Java récoltées par M. Bélanger, des plantes de Sibérie de divers collecteurs; pour l'Afrique, les plantes du Sénégal de MM. Le Prieur et Perrottet, du Cap de Drège etEcklon, de Sieber et de xMM. Ver- reaux, de l'île Maurice de Sieber et de Bélanger, de Bourbon de Goudot et de M. Perrottet, de Madagascar de Goudot; pour l'Amérique du Nord, les plantes du Canada, des États-Unis et du -•'î^ CONGHÈS INTERNATIONAL DE BOTANlOnE. Mexique acquises de Leiiian et de Schleicher, dePoilo-Rico de Ber- laudier, de Saiut-Domingue et de la Guadeloupe acquises de Léman et de Schleicher, de la Guyane de MM. Perrottet et Le Prieur , les plantes de ce dernier pays et de la Colombie acquises de Lenian et de Schleicher, du Pérou et de la Patagonie acquises des mômes bota- nistes, les plantes du Brésil de Blanchct et de Claussen , les plantes du Chihde Bertero ; pour la Nouvelle-Hollande, les plantes de LaBil- lardière et de Sieber ; les plantes des îles Sandwich de Gaudichaud ; des îles Mariannes de M. Perrottet; des îles Philippines de divers collecteurs; de la Nouvelle-Calédonie de La Billardière, etc. — L'herbier de M. Maire a fourni en outre plusieurs exsiccata, tels que celui d'Autriche de Sieber; une partie de celui de l'Allemagne de M. Reichenbach père ; celui de Suisse de Seringe ; une partie de ceux du Cap, de Maurice et de la Nouvelle-Hollande de Sieber, elc. Les collections de M. Cosson doivent encore à l'herbier de M. Maire une nombreuse série de plantes cultivées au Jardin de Berlin, pré- parées et étiquetées avec le plus grand soin par M. de Schœnefeld et comprenant de précieux types des espèces décrites par Runth dans ses grands ouvrages, une autre série encore plus nombreuse de plantes recueillies par M. Maire lui-même dans les jardins botaniques de Paris, d'Avignon, de Montpellier, etc., ainsi qu'un grand nombre d'espèces de diverses provenances oflerles à M. Maire par le Muséum d'histoire naturelle et par M. Delessert. Pour f;iire mieux apprécier l'importance scientifique de l'herbier phanérogamique de M. Cosson, nous terminerons cette note par l'énumération suivante des principales collections qu'il renferme, mentionnées par ordre géographique avec les noms des botanistes auxquels elles sont dues. EUROPE. Péninsule Scandinave, Danemark, Iles Feroë et Spifzbers. Anderssoii, AnYarion, >Vebb, Zickel, etc. Saliara au sud de l'Algérie. II. Duveyrier. Cyrénaïque. Plantes de Pacho. Egypte, IVubie et Cordofan. Aiicher-Éloy, Baudouin, Bové, Delile, Figari, Gaillardot , Husson , Kotschy, Kralik, Ch. IMartins, Marlins père, Raddi, Samaritani, Schim- per, Schwehifurth, Sieber, "NViest, etc. Abyssinic. Quartin-Dillon et Petit, Rochet-d'Héricourt, Schiuipcr. Adores et Madère. llochstetter, Mandon. Canaries. Bolle, Bourgeau, H. de la Perraudière, Pérez, Sagol, Webb, etc. Sénégal. Plantes de Heudelot, Le Prieur et Pcrrottet. Cap. De Caslclnau, plantes de Drège et Ecklon, de Sicbcr, de Verrcaux. RAPPORT SUR l'herbier DE M. COSSON. 239 AMÉRIQUE. Grœnland et Labrador. Plantes récoltées par les frères nioraves et reçues eu don de M. Wehb. Amérique anglaise. Bourgeau, plantes de Michaux reçues en don de M. A. de Franqueville. Montagnes-Rocheuses . Bourgeau, collection complète de MM. Hall et Harbour. États-Unis. Bosc, Garey, Darlington (herbier du West-Chester), plantes de Drum- mond, Elliot, Engelmann, plantes de Frank, Geubel, xi. Gray, Hall (herbier de l'IUinois), Hartmann, La Pylaie, plantes de divers collecteurs reçues de M. A. Lenormaud ou acquises de l'herbier de M. Maille, Ménard, Minn (herbier de Pennsylvanie), Salneuve, Sartwell (collection de Carex), Short (collection de Glumacées), Torrey, etc. Texas et %^ouvean-Mexique. ^ Plantes de Lindheimer et de Fendler. Mexique . Plantes de MM. Botteri, Virlet-d'Aoust et de divers collecteurs. Antilles. Bélanger (Fougères de la Martinique), Ramon de la Sagra, plantes de Cuba reçues en don de M. A. de Franqueville. Guyane. Plantes de MM. Sagot et Le Prieur, de Richard, et de divers collecteurs. Bolivie. Plantes de M. Mandon. Brésil. Plantes de Blanchet et de Claussen et de divers collecteurs reçues en don de M. de Franqueville. Chili. Plantes de Bertero et de Lechler reçues pour la plupart en don de M. de Franqueville. AUSTRALIE. Australie, IVouvelle-Zélande et Tasmanie. Plusieurs envois importants de M. F. Muller. POLYNÉSIE. NouTelle-Calédonie . Plantes de M. Vieillard reçues en don de M. R. Lenormand. 2/|0 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. Parjni les nombreux exsiccata que renferme l'herbier phanéro- gamique, nous nous bornerons à citer les principaux : Aucher-Éloy, Balansa, Becker, Blanche, C. Billot, Bordère, Bourgeau, Bové, Carucl, (lesati, Glioulette, Clauson, Endress, Fellman, Gaillardot, Hall et Harbour, Huguenin, Kolschy, Kralik , Martin, Philippe, Pucl et Maille, Reliquia3 Lehmannianœ, Reliquiœ Mailleanœ, P. Savi, Schrenk, F. Schultz, Sieber, Szovits, "W immer, A\ irtgen, etc. L'herbier cry})togamique, bien qu'il soit moins riche que l'herbier phanérogamique, offre cependant des documents importants. Les Characées ont été revues et enrichies par M. AI. Braun. — Les Algues comprennent presque toutes les espèces françaises reçues en don de M]\L Chauvin et R. Lenormand, ou faisant partie des exsiccata de MM. Lloyd et Le Jolis. Les Algues de l'Australie sont représentées par plusieurs envois de M. F. Millier. M. R. Lenor- mand a enrichi l'herbier d'un grand nombre d'espèces exotiques. — Les Lichens ont été revus par M. Nylander, qui a comblé les prin- cipales lacunes pour la flore de France et d'Europe. Les espèces sont représentées surtout par les échantillons reçus de MM. Chauvin , R. Lenormand, Mougeot, Nyman, et par quelques fascicules de \ exsiccata de Schœrer. — hç,?, Hépatiques sont représentées par des échantillons reçus de MM. R. Lenormand, Mougeot, Prost et une belle collection de M. Millier Arg. — Les Mousses^ revues et libéra- lement enrichies par M. Schimper, renferment V exsiccata àu.Bryo- logia Europo'a^ la collection bryologique de Bory de Saint- Vincent, riche en Mousses de Bourbon, décrites par Bridel d'après ces échan- tillons, et offrant de précieux types de Hooker, Frœlich, Palisot de Beauvois, Walker-Arnott, etc. Les Mousses de France sont largement représentées en outre par les récoltes ou les dons de MM. de Brébisson, Durieu de Maisonneuve, R. Lenormand, Maire, Mougeot, Prost, Cosson, etc. L'herbier cryptogamique comprend , outre les exsiccata déjà mentionnnés, ceux de Mougeot, une partie de celui de Rabenhorst, et celui des Mousses des environs do Paris publié par MM. Roze et Bescherelle. eug. fouhmer. NOTI-: SLll Li:S CÛLLIXTIONS BOTAMQUKS OU MUSÉUM. Les membres du (-ongrès ont été reçus au Muséum d'histoire naturelle, lu jeudi 22 août, par MAL Brongniart et Decaisne, pro- COLLECTIONS BOTANIQUES DU MUSÉUM. 2/|l fesseurs-administrateurs, assistés de MM. Tulasne et Naudin, aides- naturalistes. Ils ont pu faire, sous leur savante direction, une revue des diverses collections botaniques du Muséum, assurément remplie d'intérêt, suffisante pour en remporter une impression générale et grandiose, mais insuffisante pour en connaître les richesses et pour savoir quel concours ils pourraient en attendre pour leurs études. C'est dans l'intention de combler cette lacune que le présent rapport a été rédigé, grâce aux notes exactes et actuelles qui ont été obli- geamment fournies par MM. Brongniart et Decaisne, ou empruntées à des documents déjà publiés. On s'est flatté de saisir l'occasion de résumer l'histoire et d'indiquer l'état actuel des collections bota- niques du Muséum, ce qui n'a jamais été entrepris d'une manière spéciale. Ces collections forment deux départements distincts : les collec- tions de plantes vivantes, placées dans leur ensemble sous la direc- tion supérieure du Professeur de culture, et l'Ecole de botanique ainsi que les herbiers et leurs annexes, placés sous celle du Profes seur de botanique. Les collections de plantes vivantes comprennent ainsi : 1" l'Ecole de botanique ; 2° les Ecoles des arbres fruitiers et des plantes potagères ou économiques ; 3° les serres ; h° les pépinières ; 5° le service des graines. I. L'École de botanique, qui, au siècle dernier, était au Muséum la véritable et presque la seule collection botanique qui servit à l'étude, est universellement reconnue pour la plus vaste et la plus riche qu'il y ait aujourd'hui en Europe. Elle offre une surface de plus de 2 hectares. Le nombre des plantes qui y sont cultivées est environ /le 12 000, Elle admet 3 ou ZiOOO plantes qui sont rentrées tous les ans dans les serres. Toutes les plantes y sont munies d'une étiquette, indiquant leur nom en latin, leur patrie et leur usage. En 18Zi3, la nécessité de replanter l'École et d'en doubler presque l'étendue fournit à M. Ad. Brongniart l'occasion de la distribuer suivant une classification nouvelle qui lui appartenait et qu'il a exposée dans son Enumération des genres de pla?ites cultivés au Muséum d'histoire naturelle de Paris (1). On sait qu'après les Cryptogames et les Monocotylédonés , la série instituée par M. Brongniart se continue par les Gamopétales, les Dialypétales (1) Une deuxième cdiliou de cel ouvrage a ctc puMiéo en 1850. CONGRÈS 150T. 16 242 CONGRÈS INTERNATIONAL DE ROTANIQUE. (où sont intercalés les Apétales angiospermes d'Adrien de Jussieu), et se termine par les Gymnospermes. C'est la nécessité d'appliquer sa méthode à la plaïUatioa d'un jardin qui a forcé M. Brongniart de suivre cette marche : « Si j'avais eu, dit-il, l'intention de passer du » simple au composé, comme pour les Monocotylédons, j'aurais dû » commencer par les Gymnospermes, puis par les Dialypétales, » et, dans un livre, ce serait probablement la marche la plus natu- » relie à suivre. » En replantant l'École, on a respecté, dans la crainte de les dé- truire, quelques arbres qui existaient dans l'ancienne Ecole créée par Desfontahies en 182/j, et qui sont parvenus aujourd'hui à un degré remarquable de croissance; parmi eux, nous citerons un Diospi/ros cal(/cina, les Cornus mas, C. sangidnea, C. lutea, un Jiiglans oli- vœformis d'environ 15 mètres de hauteur, un Cratœgiis Azarolus de 10 mètres, un exemplaire du rare Pirus sinaica Thouin, un Genista œtnensis, un Pislacia chla^ un Cari/a «wzœ/m; plusieurs Qiiercus, Q. Turneri {Q. Pseudosuber Santi), Q. crinïta (de 12 mètres de hauteur) , Q. JEgilops [Q. macrolepis Kotschy) , Q. Pseudo- suber Desf. Il faut noter surtout le célèbre Pinus Laricio planté par Laurent de Jussieu en 177/i, et dont la hauteur est de 24 mètres. L'espèce est entendue à l'Ecole de botanique dans le sens le plus large; cependant, dans quelques cas, pour éclairer les botanistes sur la valeur des formes élevées au rang d'espèce par quelques auteurs modernes, on a cherché à réunir toutes les formes con- nues de certains genres indigènes. C'est ainsi que les Rosa sont actuellement représentés par 128 types, et les Sempervivum par 75. L'École de botanique (Jardinier-chef : M. B. Verlot) est, par son^ étendue, par le nombre des plantes qu'elle contient et par le soin qu'on met à leur étiquetage, la régulatrice de toutes celles qui existent en France ; on peut même ajouter qu'elle en est la pour- voyeuse, car c'est d'elle que toutes nos écoles secondaires tirent la majeure partie de leurs plantes. Le rôle qu'elle remplit vis-à-vis de la province est aussi celui des diverses sections du service des cultures, où la i)rovince et les colonies viennent puiser à pleines mains. On a lu plus haut (p. 42), dans une communication de M. Weddell, ce que l'administration du Muséum, bornée à ses seules ressources, avait fait pour l'acclimata- tion du Quinquina, et il n'est pas besohi de rappeler ici que c'est COLLECTIONS BOTANIQUES DU MUSÉUM. 2^3 encore du Muséum qu'est sorti le Caféier, qui a fait la fortune de nos colonies des Antilles. C'est du Muséum que nos provinces du Midi ont reçu le Mûrier des Philippines ; celles de toute la France, le Sophora du Japon, le Gleditschia sinensis, le Planera, le Jiigkms nigra, le Pauloivnia, le Robinia, l'Ailante, sur lequel on a espéré fonder une industrie séricicole nouvelle, et enfin une quan- tité d'arbres résineux dont l'économie forestière s'empare tous les jours. Même dans l'industrie plus modeste des fleurs, le Muséum a rendu des services qui ne sont pas à mépriser, si l'on envisage la multiplicité et l'étendue des intérêts qui y sont engagés aujourd'hui. C'est lui qui a procuré à l'horticulture d'agrément, depuis le com- mencement de ce siècle, le Dahlia, les Chrysanthèmes de la Chine et de l'Inde, le Cobœa, la Sauge et le Lin à fleurs rouges, et vers le milieu du siècle dernier, la Reine-Marguerite, plantes dont la culture fait vivre aujourd'hui des milliers d'hommes. En outre, au cours de culture est annexé, près de l'École de bota- nique, et communiquant avec elle, un jardin d'expériences, qui ne peut se prêter à des indications détaillées, parce que la dis- position en est renouvelée constamment selon les essais qu'on y doit faire. 11 suffit d'en mentionner l'existence pour que l'on en conçoive l'utilité. C'est là que M. Naudin a fait ses expériences sur les hybrides végétaux, ses cultures spéciales de Cucurbitacées; on a pu y voir souvent des semis de plantes nouvelles, précieuses acqui- sitions pour l'horticulture, qui se répandent sans que toujours on en connaisse la source ; l'administration du Muséum, qui possède à peine le nombre d'ouvriers nécessaires pour exécuter ce qu'elle con- çoit, n'a pas leloisu' de faire valoir les services qu'elle rend. Pour ne parler que des tentatives les plus récentes, il y a deux ans, c'étaient les graines envoyées de Chine par l'abbé David, qui, à l'aide de soins bien entendus, produisaient un grand nombre de plantes nou- velles ; cette année, c'étaient les semis des graines provenant de l'expédition scientifique du Mexique, et envoyées par M. Bourgeau, qui excitaient l'attention des naturalistes. On remarque dans le jardin d'expériences un aquarium pour plantes de marais, une collection d'Isoetes, une fougeraie, etc. II. L'École des arbres fruitiers, confiée aux soins de M. Cappe, jardinier, renferme une collection spéciale d'arbres fruitiers, unique en Europe, qui a reçu les accroissements suivants : 2Ûâ CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE En 1800 elle contenait 178 variétés de Poiriers, 54 de Pêchers. 18:50 — '202 — — 49 — 18G3 — 1113 — — 232 — 1807 — 1433 — — 287 — Cette collection sert de base à une publication magistrale et bien connue, que l'on doit à M, le professeur Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, parvenue aujourd'hui à son VHP volume. La rigueur des déterminations synonymiques adoptées dans cette publication et par conséquent dans rÉcolc, est si bien reconnue, que la plu- part des sociétés d'horticulture de France et d'Allemagne s'adres- sent au Muséum pour obtenir des greffes des espèces et des varié- tés qui y sont cultivées, et qu'elles regardent avec raison comme les étalons de l'arboriculture fruitière. III. Les serres (Jardinier-chef : M. HouUet) comprennent plusieurs locaux distincts : un grand corps de bâtiment, construit vers 1800, et désigné sous le nom (X Orangerie, cette dernière sous la sur- veillance de M. Rihoell; deux grands pavillons vitrés du côté du midi, renfermant l'un des plantes de serre tempérée, l'autre des Palmiers; une serre courbe divisée en deux étages, et une serre chaude partagée en trois compartiments, et renfermant l'aquarium dans celui du milieu ; enfin, plusieurs petites serres de moindre importance consacrées à la maltiplication. H ne peut entrer dans notre plan d'indiquer le grand nombre de végétaux conservés dans les serres du Muséum; mais nous ne pou- vons nous dispenser de signaler ceux qui sont le plus intéi'cssants par leur développement ou par leur rareté, savoir : 1° Dans le Grand pavillon tempéré : Livistona austral/s , Cupanla Cunninghami , Chamœrops GriffitJilana, Jubœa npectabilis, Cocos (/usiralis, Musa Ensetc. 2° Dans le Grand pavillon des Palmiers : Corypha nmhraculifera, Astrocarijum Aijii, ÏÀv.istona si- nensis, TJirinax radiata, Martinezia caryolu'folid , Areca Versclui /feltii , Cupania fdicifoUa , llavcualu madagas- car/eusis, Garcin'ui lancifolia, Crescentia regalts. 3° Serre courbe supérieure : Une belle collection d'Euphorbes charnus, de Cactées, ^ Agave, et surtout un gr^uid nombre d'espèces de Zurnia, d'Ence- COLLECTIONS BOTANIQUES DU MUSÉUM. 2A5 phalartos et de Dion , que l'on a pu voir en fleur l'été dernier. lx° Serre courbe inférieure : Cœsalpinia echinata, Cycas circinalis, C. caledonica^ C. Riu- miniana^ C. revoluta, Cocos nucifera^ Napoleo7ia impe- rialis, Mappa Porteana, CurateUa iin-perialis ^ Latania rubra., Pinanga latisccta, Calophyllum Calabat Monocera grandiflora, Heritiera macrophylla^ Guyacum officinale^ Mangifera indica, Draccnna marginata, plusieurs espèces de Rhopala, etc. 5° Serre chaude : Premier compartiment : Orchidées réunies en collection ; Marantacées, la plus belle collec- tion qui existe, et qui a fourni des matériaux aux travaux de M. A. Gris sur cette famille ; Galactodendron utile, Antiaris toxicaria, Acantholoma spinosum, Ruischia Souroubea, Theophrasta JuS' sieui, plusieurs espèces nouvelles de Pandanus. Deuxième compartiment : Des Aroïdées, des espèces remarquables de Freycinetia, de Car- ludovica et de Nepenthes, et les plantes qui ornent l'aquarium, Nymphœa, Euryale, Victoria regia, Neptimia natans. Troisième compartiment : Fougères exotiques, réunies en nombreuse collection, où l'on remarque X Angiopteris evecta, des Marattia, des Cyathea, des Alsophila; une très-belle collection de Clusiacées; le Theophrasta macrophylla, etc. Comme l'a reconnu en 1858 le rapporteur d'une commission chargée par l'administration supérieure d'étudier l'organisation du Muséum, et comme ne cesse de le répéter depuis longtemps le Pro- fesseur de culture, ces serres sont aujourd'hui littéralement encom- brées, et l'encombrement augmente sans cesse, tant par suite de l'accroissement des plantes déjà existantes que par les nouvelles acquisitions. On pourra s'en faire une idée en consultant le tableau suivant, qui indiquera d'une manière générale l'accroissement gra- duel des cultures (1) : (1) Ce tableau, comme le fait remarquer M. Decaisne, donne une preuve curieuse des oscillations que les circonstances politiques ont imprimées à l'accroissement des collections. De 1800 à 1815, le nombre lolal des plantes cultivées, loin de s'accroître. IhG CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. ^. . . ,,. , tonn ( I*lanles de plein air. . . 569i ) _,,- Étaient cultivées end 800 | pi,„tes de serre 17761 ^''^^■ enl815 j Plantes de plein air. . . 5066) ( Plantes de serre 21G4 \ -ooA i Plantes de plein air.. . 5639) nnno j Plantes de serre 3139 j Il y a vingt ans que radministi'ation du Muséum demande l'achè- vement des serres, et a fait exécuter des plans à cet effet. Le système de chauffage employé, établi sous la direction de Gay-Lussac, pourrait être utilement amélioré, dans l'intérêt des cultures et d'une économie bien entendue. Quand l'adininistration supérieure le déci- dera, il y aura lieu, pour le service des serres, à des changements importants et nécessaires dans l'aménageracnt d'une partie considé- rable des collections botaniques du Muséum. IV. Les pépinières, fort considérables, sont confiées à M. Car- rière, bien connu par ses publications horticoles, ]")ar le Ti^aité des Conifères parvenu à sa deuxième édition, etc. V. Enfin, le service des graines, dirigé par M. Albert Gault, mérite une mention distincte. Les graines, après la récolte, sont recueillies dans des laboratoires spéciaux où elles donnent lieu à trois manipu- lations distinctes. Placées dans des sacs, elles sont d'abord déposées au séchoir, ensuite classées par familles, puis, enfin, triées et mises en sachets étiquetés. Sur cette récolte, le Muséum prélève d'abord sa réserve. Le reste demeure à la disposition des établissements publics de France et de l'étranger, et des particuliers. La totalité des sachets de graines distrijjués par les soins de Tadministration, soit aux établissements scientifiques français ou étrangers, soit aux colonies, soit enfin aux étabUssements privés ou aux particuliers, conformément au règlement constitutif du Muséum, s'élève annuel- lement à plus de 90 000. On aura une idée exacte de l'importance des concessions de graines, d'arbres et d'arbustes foites par le Muséum, tant en France qu'à l'étranger, par la reproduction de l'état ci-joint, emprunté aux registres de l'administration. avait diminué d(^, 2/iO espèces. Ce fait s'explique par la rupture de nos relations avec l'Aiijîlcterre et avec les pays d'outre-nier, ri prouva conibicu la science doit },'''•«"•■'' '' '''' stabilité de la paix. (1) Depuis 1862, l'augmentation du nombre des plantes cultivées soit en plein air, soit dans les serres, n'a pas été considérable. COLLECTIONS BOTANIQUES DU MUSÉUM. 2Û7 Ces concessions se sont réparties de la manière suivante, en 1858 : Établissements publics 178 envois. Savants 99 Jardiniers-cultivateurs 68 Employés supérieurs civils ou militaires . 18 Particuliers , 595 ^ Total. . . . 958 envois. Les herbiers et leurs annexes sont logés dans une galerie qui fait suite à celle de géologie et de minéralogie. Les herbiers sont placés au premier étage, où l'on trouve égale- ment le laboratoire de botanique et les cabinets occupés par les aides-naturalistes; le rez-de-chaussée est occupé par d'autres collec- tions, sur lesquelles nous reviendrons tout à l'heure. Avant que le Muséum fût organisé sous la forme administrative actuelle, en 1793, les herbiers se composaient de quelques collec- tions distinctes : l'herbier de Tournefort, celui de Vaillant, les collections provenant des voyages de Commerson et de Dombey, qui n'avaient encore été ni étudiées ni classées. Ces collections, déposées dans un cabinet de ce qu'on nommait le Droguier du Jardin du roi^ ne paraissent pas avoir jamais été mises à la disposition du public ni des savants. C'est au professeur Desfontaines qu'on doit d'avoir le premier, de 1793 à 1797, formé par la réunion de ces collections et de quelques autres arrivées plus récemment au Muséum, l'herbier général qui a reçu plus tard de si grands accroissements. Il y ajouta quelques bois de diverses origines, provenant en par- ticulier de l'ancienne Académie des sciences, les fruits trop volu- mineux pour entrer dans les herbiers, et les objets de matière médicale qui formaient le droguier. Ce fut l'origine des collections qui remplissent actuellement les galeries de botanique. En J802 (l'^'" vendémiaire an X), d'après un catalogue sommaire des genres dé l'herbier général dressé par Des- fontaines, il était renfermé dans 165 cartons et ne devait pas com- prendre alors plus de 10 000 à 12000 espèces. A côté de cet herbier général, on avait conservé intact l'herbier de Tournefort, qui a été maintenu ainsi jusqu'à ce jour. En 1833, avant le transport des collections botaniques dans les nouvelles galeries, l'herbier général occupait 3Zi/i cases, et pouvait être évalué de 25 000 à 30000 espèces. Les herbiers de divers pays. 2'tS eONGRKS INTERNATIONAL DE ROTANIOrE. conservés séparément, remplissaient 6lû cases et comprenaient alors beaucoup d'espèces qui devaient être introduites dans Therbier général. En 1858, par suite de ces intercalations et de celles provenant des collections reçues depuis cette époque, notamment des envois faits par les voyageurs du Muséum, du don des herbiers de la famille de Jussieu, fait par les héritiers d'Adrien de Jussieu, ainsi que des herbiers du Brésil laissés par A. de Saint-Hilaire, l'herbier général occupait 1738 cases et comprenait environ 100 000 espèces. Actuellement l'herbier général occupe 2984 cases, et la moyenne des espèces étant de 35 par cases, il doit comprendre environ 105 000 espèces. Tout cet herbier considérable est rangé par familles naturelles et par genres , suivant l'ordre du Gênera planiarum d'Endlicher (1); les divers échantillons se rapportant à une même espèce, attachés sur des feuilles de papier, sont réunis dans une feuille servant d'enveloppe commune, et les trois quarts environ de ces espèces sont déterminées. Gomme on le pense bien, c'est dans les familles qui ont été étudiées par des monographes français que l'on rencontre le plus grand nombre de déterminations, précieuses alors par leur authen- ticité. Citons pour mémoire les Lichens classés par M. Nylander, les Urticées nommées par M. Weddell, les Amarantacées, Chénopodées et Phytolaccées déterminées par M. Moquin-Tandon, les Planta- ginées et les Asclépiadées monographiées par ]\I. Decaisne, les iîignoniacées par M. l>ureau, les Solanées par Dunal, les Convolvu- lacées par Choisy, les Composées en partie nommées par A. -P. de Candolle, les Malpighiacées étudiées par Adrien de Jussieu, les Mélastomacées nommées par M. Naudin, et revues celte année même par M. Ti'iana. Il est sans doute à regretter que la détermi- nation et le classement des espèces dans les genres ne soient pas plus avancés dans la généralité de l'herbier, mais il faut reconnaître que dans l'état actuel des choses, avec le personnel restreint et les ressources très-bornées dont dispose le laboratoire de botanique, on (1) Quelques exceptions sont présentées par certaines familles, qui ont été rançfées par divers inonograplies dans Tordre adopté par eux pour leurs travaux ; ainsi les Amaran- tacées et Chénopodées se trouvent distribuées suivant le classement adopté par M. Mo- quiii-Tandon; les Kupliorbiacé-s, suivant la mélliodo de M. Uaiiion, etc. COLLECTIONS BOTANIQUES DU MUSÉUM. 2/i9 ne saurait guère exiger davantage. Il ne faut pas oublier ce qui a été fait pour arriver au classement tel qu'il existe aujourd'hui, et malgré des intercalations annuelles considérables : cette œuvre a été commencée, de 1832 à 1849, par M. Decaisne; elle a été continuée, sous la direction d'Adrien de Jussieu d'abord, et ensuite sous celle de M. Brongniart, parle conservateur actuel de l'herbier, M. Spach; et les divisions et subdivisions génériques multipliées que ce der- nier a consignées dans les Suites à Buffon^ introduites par lui dans le classement de l'herbier, y fournissent encore aujourd'hui des points de repère précieux dans la pratique. Outre l'herbier général, placé au premier étage des galeries de botanique, il existe dans les cabinets de ces galeries, soit au premier, soit au second étage, un grand nombre d'herbiers particuliers, soit des herbiers-types, soit des herbiers géographiques, conservés séparément. Ces herbiers-types conservés séparément sont ceux de : Tournefort, comprenant 6/i80 espèces. Ant.-Laur. de Jussieu, comprenant 17208 Desfontaines (Algérie), comprenant l/i80 Michaux (Amérique sept.), comprenant 2192 Humboklt et Bonpland, comprenant 33C5 et les herbiers cryptogamiques de M. Desmazières et de M. Mon- tagne, qui, plus récemment légués au Muséum, n'ont pas encore été dénombrés. Parmi les herbiers géographiques caractérisés soit par le nombre de cases qu'ils occupent, soit par le nombre de leurs paquets, nous devons signaler d'abord l'herbier de France, qui doit son origine à un don précieux d'A.~P. de Candolle ; la lettre d'envoi, datée de Genève, le 17 juin 1822, se termine dans les termes suivants : « Je n'achèverai point cette note, destinée à faire partie perma- » nente de l'herbier de France, sans dire que plusieurs des plantes » qui y sont disposées ont été recueillies dans^les voyages botaniques » que j'ai exécutés dans les départements, par ordre du gouverne- .) ment, dans les années 180;5, 1807, 1308, 1809, 1810 etlSH, et » sans y consigner le témoignage de mon admiration et de ma » reconnaissance pour le Muséum d'histoire naturelle de Paris ; c'est » dans cet établissement que j'ai puisé mes premières connais- » sances sur l'art d'étudier les productions naturelles, et, si mes » travaux peuvent mériter que le Muséum en conserve le souvenir. 250 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. » je désire que l'on sache combien je m'honore d'en avoir été l'élève » et d'y compter des amis. » L'herbier de France s'est accru notablement depuis sa fondation, principalement par des dons. Mérat a légué son herbier des environs de Paris, et M. A\ cddell a fait don d'un her])ier de même provenance ; celui de Pourret s'est trouvé légué avec l'herbier Barbier dont il faisait partie. L'herbier de France, qui occupe maintenant 176 cases, est un des plus intéressants par le soin avec lequel il est rangé et déterminé, et des plus utiles à consulter ; sa nomenclature a été vérifiée h plusieurs reprises par les botanistes les plus compétents, et particulièrement dans ces derniers temps, grâce à la collaboration bénévole de M. le docteur Puel. Il mériterait d'être augmenté, car les différentes régions de la France sont loin d'y être convenable- ment représentées, et nous espérons qu'il suffira ici de signaler ce fait pour inviter les botanistes des départements, et notamment ceux des provinces récemment annexées, à faire don au Muséum des espèces intéressantes de leurs flores respectives. Outre l'herbier de France, nous devons énumérer les herbiers géographiques suivants : L'herbier d'Europe, occupant 152 cases. — d'Algérie, occupant 133 — des Canaries, occupant 24 — de Sénégambie, occupant 32 — d'Abyssiiiie, occupant 73 — de l'Afrique tropicale orientale, occupant 11 — de l'Afrique australe, occupant 31 — de Madagascar et de Dupetit-Tliouars, occupant. 128 — des îles de la Réunion cl Maurice, occupant.. . . liS — des Indes orientales, occupant 88 — de la ('liine cl du Japon, occupant 30 — de .lava et des îles d'Asie, occupant 32 — des îles de l'Océanie, occupant 74 — de la Nouvelle-Calédonie, occupant 40 — de la Nouvelle-Hollande, occui)ant 74 — de la Nouvelle-Zélande, occupant 10 — du (^liili, occupant 80 — de la Nouvelle-Grenade, du Pérou, de rflquatcur et de la Holivic, occupant 220 — du Brésil, occupant 310 — de la Guyane, occupant iH9 — des Antilles, occ\ipant 4 20 — du Mexifine, occultant IS!)? — de l'Amérique septentrionale, occupant 77 Total des herbiers géographiques 24(5r> cases. Il faut ajouter à ces herbiers, pour avoir le nombre des cases COLLECTIONS BOTANIQUES DU MUSÉUM. 251 occupées, l'herbier des plantes cultivées au jardin, qui en remplit 189. On nous saura gré d'indiquer sommairement quels sont de tous ces herbiers ceux qui présentent le plus d'intérêt, soit par le nombre des espèces qui les composent, soit parce qu'ils renferment beaucoup de matériaux inédits. 1° V herbier cT Algérie, que M. Cosson aura nommé tout entier quand il aura terminé ses travaux sur la flore de ce pays (1), con- tiendra les types des diverses publications de ce naturaliste, et sera augmenté par lui de toutes les espèces nouvelles découvertes pendant ses cinq voyages. 2° \1 herbier de Madagascar, extrêmement nombreux, contient les espèces rapportées par Boivin, et n'a jamais été l'objet d'aucun tra- vail spécial. Plusieurs naturalistes en ont décrit des plantes, mais il y aui-a lieu un jour à une publication fort intéressante, surtout si l'on y fait entrer la flore des autres îles australes de l'y\.frique, égale- ment visitées par Boivin. On trouvera, pour la partie cryptogamique de ce travail, des documents importants dans l'herbier de Bory de Saint- Vincent. 3" hlierbier de Chine, quoique peu considérable encore, doit une iuqDortance remarquable aux envois de M. l'abbé Armand David. Les beaux envois de M. David, consistant en graines et en herbiers ])ien préparés, ont été l'objet d'une grande attention au Muséum, où l'un des professeurs se propose de faire, à l'aide de ces envois, et d'autres qui sont attendus, une étude de la flore chinoise. La Gochinchine, qui n'a pas encore donné lieu à la formation d'un herbier géographique particulier, est représentée par les ré- coltes faites dans le Tourane par Gaudichaud, et par un envoi impor- tant de M. Lefèvre ; la Gochinchine, grâce à nos récents succès, étant maintenant ouverte à la colonisation française, il est probable que dans un avenir peu éloigné on possédera au Muséum les élé- ments nécessaires pour rectifier et compléter le Flora cochinchi- nensis de Loureiro. V herbier des iles de l'Océanie, surtout pour ce qui regarde les Sandwich et Taïti, renferme beaucoup de matériaux inédits, pro- (1) Outre la publication in-4" commencée en octobre 185i, et dont le premier volume, comprenant les Glumacées, vient d'être terminé, M. Cosson va mettre sous presse un Prodromus Florœ algenenais, in-8", commençant par les Renonculacées suivant l'ordre de la série CandoUienne. Î'..V> (;(IN(;HÎ;S INTMIINA'IIONM, lli; l'.OTANIQIIK. \('li;illl (lr;i voy.'if^cs (k (i.ill(lir|i;iii(l, de MM. VcMCO, .Illlrs l,(''|)liic, lîciiiy cl (raiilic;; ii;iliii;ili:;l('S. \.' Iinliicr (If lit i\niircHi'-( 'alriii<' , lin (1rs |)liis iiiipoil.'inlM parmi li'i lu iiii< r;i !('" riiiiiiriil (oniK'îH, rcnrcniic des rii;il(''ri;iii\ lorl, c.oiisi- (Irrahlcs, du;; piincip.ilrniciii à I\ni. Vicill.ird d I'.uk Ik r, (jui oui loiinii iï MM. Ad. Hidii^iii.uj, cl, A. (iris les éiciiiciils de, Iravaiix |iiil)li(''S sur l;i ll(»rc de celle coldiile d;iiis les Ainiulrs ilrs scivuras liai iii('llc\ cl (1,111 ; je Hiilli-llii ih' lu Siu n'Ir holmiKiiir dr l^riinco \ les recJlcrchcs (|iic <('s Ha,Vlillls ((Miliiiiiciil doinieioiil p.ir l.i ;;uile le I"('C,(!iiHeiiicnl d'une llore iirwd.iMc de;; plus cm ieii .c:;, une des der- nières ('.(ui(|iiete:; de iidlrc iii.ii iiic. M hcrhivr du Chili rcideriiie les lypes du h'Iorti (InlriKi de M. CI. (J.'iy, ;i.iiisi (|iie les pl;ud,(^s de. l'.erlero. M lii'rhivr (If In \(',ciil. (le, M. (ioiiiii, iiii''dc(".iii i\v. riiopilal d(i l;i, Vcf.i-drii/. On sair (pic, (•('H ('ollcdioiis, encore, incdilcs, soni, l'objel. d'nne. pid)lic;Uion en- lr(;prise par la. conimission scienlirnpie du !\lc\i(pic, cl diuil. la. direo lion est. conliée à, M. I)eca.isii(i, ipii a choisi poiu' son principal col lalioralcnr M. Mn^. h'onrnicr. La. pnMicalion projcl.(''c l'ornicia. deii\ vohnnes in-/i", cliacini a.vec cinipianlc |)lanc.lies lil.li()|.;i'a,|)hiéeH, cl, coMiprcndra réhide de lonlcs les colleclions mexicaines (pli a.nroni, |)a.ssri sons les yen\ des hol.anisl.es c.lia.r;;és de la. r(''da.clion des dilli';- reiiles r.'iinilles. Nous n'a.Nons |)n, dans celle revue, rapide, si;',na,ler Ions les c.rsic- ailn. spéciaux (pii l'onl la, richesse d<' l'herhicr ^(''lierai du Musrmii. Saiisvonloir les ('•iiiini(''rer Ions, ce (pii dé|)aMst!ra,i(. les limil,(!s di; ce, comple rendu, nous poiiNons ineiilioiiner les plus iniporlaiil.s, sa,voir, ponr la, (■ryplo|;ainie, cen\ {\v Desina/.ières, knel/in}.';, Ka,- lieiihorsl, l'Vies, i\lonfj;eol, llepp, INylander, Aiizi, Schiinper, el,c., pour hi, plia,iié,r();j,';unie, la, collecl.ion de cens d'Aiicher- l'iloy, de JJoiir^'oaii, (1(5 Halansa,; une ((illeclion considérable, de l'Inde, coii- lenanl, oiilre les r(''snllH(,s du voya.^^c; (h; .Iac(pieiiioiil, les envois de, i)l. l'eri'ollel., les dons de sirWiHiani llooker cl, du docl.enr,!. Ilooker, dcsrpicls le Muséinn a, r('(;ii succ,eHsiveiii(!iiL envii'on If) ()()() espé.ces, provena.nl des diverses poss<'ssioii,s aiij^laises; les piaules de ,la,va, de, rdiiine. ; (l(!s fx^urultt iinpoilanls de 1" A in(''ri(pie du INord envoy(''s pa.r M. A sa, (Ira y, eic. A riieihier se li'oiive aiineM''e une hihlioihéfpie hnlairnpie, placé(.! dans le l.ahoral.oire niénie, e| c((nipos(''e des oiivra,";es les plus iraiels, (pii conijtense le, diTanl, ht pins <.çra,ve (pie les bolanisles reprocJKjiil î\ rorj^anisalion du Miiséiim, cf^liii de l,rouv(;r les iicrbier.s cl, l;i J)ibliol,hè(pie, <;(''ii(''ra,le. dans des corp,s de ba,l,iineiil. loiil, à l.ul, S('iparés. \:,\. l)ibliolliè(pi(; du labora,l,oire,, (pii a surioiil, él,é rorinéc par des duiiy piirLlculi(.'rs, vu riixiguïlé dcH yuiiuui.:s allcjuccs au |)rolesseui 254 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. de botanique pour les acquisitions du laboratoire, comprend des répertoires précieux pour l'étude. Elle forme, en quelque sorte, le catalogue des herbiers : en efiet, elle contient les catalogues ma- nuscrits d'Aug. de Saint-Hilaire, de Jacqueniont, de M. Weddell, de Wallich, celui que M. le comte Jaubert a dressé des récoltes de Boivin avec les notes de ce voyageur, ceux que M. Brongniart a fait établir pour l'herbier d'Abyssinie, pour l'herbier d'A.-L. de Jussieu, etc, ; les catalogues manuscrits de divers exsiccata, sur les- quels on inscrit les déterminations des plantes qui les composent, à mesure qu'on les connaît (travail qui a été commencé par M. Graves) ; en outre, plusieurs des livres classiques qui composent cette biblio- thèque ont reçu en marge des annotations qui indiquent la richesse de l'herbier correspondant; c'est ainsi que le Synojms de Kinith permet d'apprécier immédiatement quelles plantes on doit trouver dans l'herbier d'Humboldt et Bonpland. Les collections annexes dont nous avons parlé plus haut sont les suivantes : 1" La collection de fleurs et de fruits secs ou conservés dans l'alcool; elle occupe 12 armoires vitrées, 72 tiroirs et deux meubles du milieu de la galerie du rez-de-chaussée. 2" La collection des bois dont les premiers échantillons ont été réunis par Desfontaincs au commencement de ce siècle, renfermée dans la même galerie, dans les armoires vitrées des travées latérales de gauche, et dans trois meubles du milieu, et dans le vestibule des galeries pour les grandes tiges. Une des travées est plus spéciale- ment consacrée à la structure couiparée des tiges et à leurs anoma- lies. Une grande partie de la collection spécifique des bois est placée au deuxième étage et dans des cabinets de dépôt, faute de place pour la distribuer avec ordre. 3" La collection en cire des Champignons de Trattinick , donnée en 1815 par S. M. l'Empereur d'Autriche, et d'autres modèles re- produits par Pinson d'iiprès les figures de BuUiard; ces collections, réunies à quelques Champignons coriaces bien conservés, occupent les cinq meubles du milieu tle la même galerie, que surmontent des tableaux à l'huile, au nombre de 50, représentant les fruits des colonies. h" Une des plus importantes collections botani(|ues du Muséum, la collection des végétaux fossiles, (jui a servi de base aux travaux célèbres de M. Ad. Brongniart, el (jui même a eu pour orighic la COLLECTIONS BOTANIQUES DU MUSÉUM. 255 collection particulière cle ce savant, qu'il a donnée au Muséum en 1833, lorsqu'il fut îiommé professeur cle botanique. Elle com- prenait alors 1000 échantillons; en 18(52, le catalogue spécial de cette collection atteignait le numéro 6254. Les plantes fossiles sont, dans cette collection, considérées et classées au point de vue bota- nique. Elle est disposée dans les armoires vitrées des travées laté- rales du côté droit de la galerie du rez-de-chaussée, et la série com- plète des espèces se trouve dans 600 tiroirs des travées des deux côtés de cette galerie. 5" La collection de tous les produits utiles, alimentaires, médi- cinaux ou industriels, fournis par les végétaux, et qui, si l'on jouissait de l'espace nécessaire pour la disposer, constituerait une des plus intéressantes ; elle se trouve au second étage, dans des tiroirs ou sur des étagères ; on y remarque notamment une suite fort riche des écorces de Quinquina. Tel est sommairement l'état d'un établissement dont il n'appar- tient pas à une plume aussi peu autorisée que la nôtre de rappeler ici les nombreux titres de gloire à la reconnaissance de la science ; tous les naturalistes les ont présents à l'esprit. On sait notamment qu'une grande partie des découvertes faites dans la flore exotique, principalement de 1830 à iSliS, ont été dues aux voyageurs payés ou indenmisés par le Muséum ; il suffirait de citer ici les noms de Gaudichaud, Cl. Gay, A. d'Orbigny, Weddell, Heudelot, Der- nier, Leprieur, Jacquemont, Perrottet, Chapelier, Guichenot et Riedlé, et de tant d'autres qui nous échappent, pour rappeler tout ce que les progrès de nos connaissances sur la végétation du gloire doivent à l'initiative du Muséum; et d'ailleurs, en mentionnant dans ce compte rendu tant de collecteurs et d'exsiccata divers, nous avons fait songer aux publications nombreuses dont cet établis- sement a fourni les matériaux, et qui auraient été impossibles sans le concours précieux qu'y ont trouvé les monographes, principale- ment les auteurs des Voyages exécutés par ordre du gouvernement. Si depuis 18Zi8 les acquisitions ont paru moins fortes, il ne faut pas s'en étonner, puisqu'à cette époque le budget accordé au Muséum par l'État a été diminué de 30 000 francs, et que cette diminution, toujours maintenue depuis, a réduit à 15 000 l'ensemble des crédits d'acquisition (pour toutes les branches de l'enseignement). Actuel- lement les services rendus par le Muséum , tant à la science qu'à la pratique horticole, le sont avec des fonds et un personnel 256 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. exlrêiiieinent restreints. Le personnel du service des cultures ne cor- respond guère qu'à la jnoitié du nombre des ouvriers considéré comme nécessaire chez les maraîchers pour l'exploitation d'une même étendue de terrain (1). Le rapportem- de la coiinnission ministérielle de 1858 a lui-même insisté sur rinsulfisance de ce per- sonnel. Pour achat de plantes vivantes et de graines, le service des cultures ne dispose chaque année que d'un millier de francs au plus; une somme équivalente est allouée au laboratoire de bota- nique pour l'acquisition des exsiccata ou d'autres collections bota- niques. En présence des reproches qui ont été souvent adressés par le public, dans ces derniers temps surtout, à l'administration du Muséum, il est bon de montrer que cette admhiistration ne peut dépasser ses ressources, et que, pour la botanique en parti- culier, il est remarquable qu'elle puisse exécuter dans l'état de choses actuel tout ce qu'elle réalise, grâce au concours actif et dévoué des chefs de service, habilement dirigés par l'initiative et par l'autorité des professeurs. Eue. FOUKNIER. NOTl^ SUR LES CULTURES DE LA MAISON VILMORIN. Pendant l'élaboration du programme des travaux du Congrès, le comité d'organisation avait reçu de madame Vilmorin et de ses fils une invitation générale qui l'épondait trop bien au désir d'un grand nombre de personnes pour ne pas être acceptée sur-le-champ, et pour ne pas déterminer la visite qui fut faite à Verrières le 'iO août dernier. Nous n'insisterons pas sur la réception dont le Congrès y fut l'objet. Ceux qui ont été, ne fût-ce qu'une heure, les hôtes de la famille Vilmorin, savent que la grâce et la cordiahté y sont de Iratlilion, surtout pour accueillir les naturalistes, dont les maîtres de la maison ont toujours été les amis et les émules. La propriété de Verrières présentait à l'étude trois parties dis- tinctes, olï'rant chacune un genre d'intérêt spécial. La partie d'agré- ment, d'abord, ancien jardin à la française modilié dans les pre- mières années du siècle, présente aujourd'hui un grand nombre d'arbres exotiques, dont quchjues-uns atteignent déjà des dimen- sions remarquables. 11 n'est pas surprenant qu'un jardin appartenant (1) Ce nombre csl ilc G par liuelarc clic-c les niaruîclicrs, et stulcmciil de 3 l/'i au MUbÙUill. CULTURES DE LA MAISON VILMORIN. ZO/ depuis plus de cinquante ans à une famille spécialement occiii)ée de l'étude et de l'introduction des plantes utiles et agréables, ren- ferme des spécimens des meilleures acquisitions faites par l'horti- culture française pendant et avant cette période. Ce sont principalement les arbres de grandes dimensions, et parmi eux, les Chênes et les Conifères, qui se remarquent à Verrières. Nous citerons parmi les premiers des exemplaires des Quercus alba^ Q. ferruginea, Q. Prinos, Q. discolor, Q. monticola, Q. hetero- phylla, Q. Phellos^ Q. falcata, Q. rubra, Q. Banisteri, Q. palustris, tous de l'Amérique du Nord et provenant en partie de glands reçus directement par M. Vilmorin père d'André Michaux, le célèbre botaniste, son ami particulier. Deux autres Chênes américains ré- clament spécialement l'attention des botanistes : l'un (qui est, selon toute apparence, une variété du Q. aquatica) se distingue par l'ir- régularité de ses feuilles qui sont tantôt entières, longues et étroites comme celles du Q. PJiellos, tantôt plus ou moins dentées ou lobées d'un seul côté ou des deux; l'autre, qui est surtout remarquable par ses dimensions et sa vigueur, est un exemplaire du Q. macrocarpa^ dont le tronc mesure près de 2 mètres de circonférence au niveau du sol. Parmi ceux de l'ancien continent, outre les Chênes de France, on remarque le Q. Velarn, le Q. castanelfolia, le Q. Mirbeckii, les Chênes verts à larges feuilles et à glands doux ; le Chêne-Liégc du sud-ouest de la France est représenté par un exemplaire de forte taille. On sait que cette espèce, déterminée par M. J. Gay, et con- fondue avant lui avec le Chêne-Liége d'Italie et d'Afrique, en diffère en ce qu'elle met deux ans à mûrir ses fruits. Les Conifères sont nombreux et d'une vigueur remarquable ; le sol riche et. profond, qui repose sur une épaisse couche de sable, semble particulièrement favorable à leur végétation. Les P. siivcstris^ P. Laricio et ses variétés, P. austriaca, P. pijrenaica, y sont repré- sentés par de forts individus plantés pour la plupart par M. Vilmorin père, qui en avait fait venir les graines des sources les plus cer- taines. Les P. Strobus, P. inops, P. sablniana., P. rubra^ P, ponde- rasa, de l'Amérique du Nord, présentent déjà d'assez fortes dimen- sions, les P. mrmticola et P. tnbcrculata de la même provenance fructifient déjà depuis plusieurs années. Parmi les Pins d'Asie, on remarque le P. excelsa, de l'Himalaya, et le P. abasica^ des côtes de la mer Noire, au pied du Caucase ; CONÇUES DOÏ. 17 2ÔS CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. tous les deux se développent avec une rapidité surprenante, quoique leur forme ne soit pas toujours très-régulière. Nous signalerons encore, pour en finir avec les Pins, un exemplaire de P. brutia, allectant tout à fait la forme d'un Pommier et chargé de cônes violacés, réunis par paquets, qui lui donnent une physiono- mie tout à fait distincte; un Pin Pignon, greffe sur Pin silvestre et assez fort pour donner des cônes depuis deux ou trois ans; enfin, plusieurs spécimens vigoureux et bien venants du P. Llaveaiia , du Mexique. Quelques autres Pins, aussi d'origine mexicaine, sont encore trop petits pour être mentionnés ici. En tète des Sapins, il faut placer deux magnifiques Ables Pin- sapo, les plus anciens qui existent en France. Ils proviennent de graines envoyées à M. Vilmorin par M. Boissier, immédiatement après qu'il eut découvert l'/l. Pinsapo dans le midi de l'Espagne. Convaincu, d'après raililude où l'arbre croit dans ses montagnes natales, qu'il devait être parfaitement rustique chez nous, M. Vil- morin n hésita pas à semer ces graines en pleine terre ; elles ont produit les arbres que nous avons vus à Verrières, et qui, âgés de trente et un ans, mesurent de 15 à 18 mètres de haut, et l"',ôO de circonférence à la base. Le plus grand, ^eul, a déjà donné deux fois des cônes, tandis qu'un autre arbre, du même âge, mais qui a été transplanté, en donne déjà depuis plusieurs années et régulièrement. Dans une autre partie du jardin et en face d'un quatrième A. PinsapOy de même origine que les autres, se trouve un A. ceplia- lonica^ qui l'égale en diamètre et en hauteur, et qui, lui aussi, fructifie abondamment depuis plusieurs années. Parmi les Sapins plus récemment introduits, nous citerons des spécimens relativement grands d'/l A eei' N^ordi/ianniana, A. cllicicay A, orientalis, A. MertensUi/iay tous les quatre d'une vigueur de végétation remarquable. Les Cèdres ne leur sont inférieurs ni en taille ni en rapidité de croissance ; deux Cèdres du Liban, planté ^ devant la maison en 1815 ou 1816, dépassent aujourd'hui '20 uiètres de hauteur; tous les ans ils sont couverts de cônes, et chose singuhère, les graines de l'un sont toujours bonnes et celles de l'autre conslannuent mauvaises. Deux Cedrus JJeodara, d'assez belle taille, montrent depuis quel- ques années des chatons mâles, mais n'ont pas encore donné de cônes. Enfin, nous ne quitterons pas les Conifères sans avoir men- CULTURES DE LA MAISON VILMORIN. 250 tienne les Séquoia girjantea et sp.mpervirens^ qui sont encore jeunes, mais semblent devoir justifier leur réputation d'arbres géants. Outre les (aliènes, plusieurs autres arbres à feuilles caduques se fout remarquer à Verrières, et entre autres un Noyer dont l'origine n'est pas exactement comme, et dont les caractères ne sont ceux d'aucune espèce décrite par les auteurs. Il a été signalé par M. Car- rière, dans un numéro de la Revue horticole. Peut-être est-ce un hybride ; toutefois il paraît se reproduire fidèlement par le semis. 11 existe à Verrières deux beaux sujets à'Alnus cordata^ arbre remarquable par la persistance de ses feuilles à l'automne ; il est rare qu'il soit dépouillé avant le 20 novembre et les feuilles ne jau- nissent jamais; elles tombent vertes. La collection des Érables est nombreuse ; elle comprend la plu- part des espèces européennes et orientales, et quelques-unes de celles de l'Amérique du iNord. Nous Unirons en citant : le Gleditschia triacanthos, et sa variété inermis^ le G. sinensis, le Planera crenata, le Virgilia lutea, et le curieux Cytism Adami, qui porte, outre ses fleurs propres tou- jours stériles, des fleurs de Cytisus purpureus et de C. Laôurnian, dont les graines se développent parfaitement. Voilà ce que nous retrouvons dans nos souvenirs au sujet des arbres plantés à Veirières ; il nous reste à parler maintenant de la partie expérimentale et de la partie industrielle des cultures. JNous passerons rapidement sur la dernière, qui n'intéresse les botanistes que par la nouveauté et la rareté de quelques-unes des plantes cultivées. Du reste, la plupart des lots destinés à donner des graines et les essais comparatifs des espèces commerciales étant en grande partie disséminés dans les champs loin de l'habitation, n'ont pu être visités par les membres du Congrès. Qu'il nous suflise de dire que plusieurs milhers d'espèces ou de variétés sont semés là tous les ans, et que, dans ce nombre, il y a bien chaque année une centaine de nouveautés. La partie scientihque, qui fait le principal mérite de Verrières, consiste dans les collections comparatives de diverses plantes alimen- taires et industrielles, et dans les expériences entreprises en vue d'améliorer diverses plantes utiles. En premier lieu, nous devons citer la collection de céréales com- mencée par M. Vilmorin père, continuée et si bien étudiée par M. Louis Vilmorin, à qui elle a servi de base pour son Catalogue 260 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE. sijnonymiqiie des Froments, ouvrage qui fait autorité en cette matière. Continuée et augmentée avec soin, elle n'embrasse pas moins aujourd'hui de quatre cents formes distinctes de Blés, Avoines, Seigles et Orges. La collection de Graminées comprend la plupart des espèces four- ragères ou ornementales, qui peuvent se cultiver en pleine terre sous le climat de Paris. Celles des plantes oléagineuses, des Houblons, des Sorghos et des Maïs, ont une importance qui se comprend sans que nous ayons besoin d'y insister ; mais la plus remarquable de toutes est la collection de Fraisiers réunie par madame Viljuorin, et qui comprend toutes les espèces botaniques connues de Fraisier, ainsi que toutes les variétés obtenues par la culture. Cette collection a entre autres mérites celui de représenter les types des Fraisiers décrits par madame Vilmorin dans le Jardin fruitier du Muséum. L'importance et l'intérêt des travaux botaniques auxquels cette collection a donné lieu de la part de MM. Vilmorin et de M. J. Gay, et la lumière que l'étude des variétés cultivées jetait sur les carac- tères réels des espèces, sont une preuve de plus des services que peuvent se rendre l'une à l'autre la botanique et l'horticulture, qu'on a souvent le tort de vouloir séparer absolument l'une de l'autre. Enfin, c'est à Verrières qu'ont été entreprises la plupart des expé- riences sur l'amélioration des plantes qui ont amené M. Vilmorin père et M. Louis Vilmorin à créer des races perfectionnées de divers végétaux usuels, parmi lesquels nous citerons les Betteraves et les Garances en i)remière ligne, et aussi à forumlcr d'une façon si i-emarquable les lois d'hérédité et de perfectibilité dans les végétaux. Voilà, en quelques traits ])rincipaux, les objets qui ont attiré l'attention du Congrès dans sa visite à Verrières ; malgré la rapidité forcée de son examen, il en avait assez vu pour concevoir la répu- tation européenne d'une maison qui depuis pkis d'un siècle marche à la tôle (le l'iiorticullure française, éclairée à la fois ])ar la science et par une, liatue intelligence pratique. Mais ce serait irudre un coujpte bien incomplet de notre visite que de ne pas insister sur les démonstrallons internationales dont elle a fourni l'occasion. Par les ordres de madame Vilmorin, que secondaient, dans sa gra- cieuse réception, ses fils, MM. Henry et Maurice Vilmorin, et son honorable associé M. Mies, accompagné des j)rincipau\ employés de CULTURES DE LA MALSON VILMORIN. 2l5l sa maison, un banquet de quatre-vingts couverts avait été dressé sous les arbres du parc, et les toasts qui l'ont couronné, portés avec effusion au Congrès et aux progrès de la botanique, au nom des régions et des Universités les plus éloignées, dans les diverses lan- gues de l'Europe, ont prouvé avec éclat que la science est de sa nature internationale, et qu'elle doit souhaiter avant tout, pour la liberté des relations, le calme que peut seule lui procurer la paix. JOHANNES GRŒNLAND. EXPLICATION DES PLANCHES Planche I. Fig. 1. Balanophompolijandra Qr'iïûih. — Fleur femelle. (Grossissement 20.) Fig. 2, Id. — Coupe lone;itu(linale de la fleur femelle : /", funicule; v, vésicules em- bryonnaires (d'après M, Hofmcister, Neue Beitr. pi. 15, fig. 1). (Gross. 90.) Fig. 3. Langsdnrffîa /n/pofjrœa Mart. — Fleur femelle isolée. (Gross. 14.) Fig. h. Id. — Coupe longitudinale delà fleur femelle : f, funicule; v, vésicules em- bryonnaires (d'après M. Hofmeisler, /. c. pi. 12, f. Il, sauf l'addition des vésicules). (Gross. 175.) Fig. 5. Helosis guyanens'is Rich, — Fleur femelle. (Gross. 10.) Fig. 6. Id. — Coupe longitudinale schématique de l'ovaire, d'après M. Hofmeister. Fig. 7. ScijhaUum fangiforme Schott et Endl. — Coupe longitudinale schématique de l'ovaire, d'après les idées de M. Hofmeister. Fig. 8. Lopliophytum mirabile Schott et Endl. — Fleur femelle. (Gross. 10.) Fig. 9. Id. — Coupe longitudinale de la fleur femelle, d'après M. Weddell. Fig. 10. Mystropelalum ThomUUarv. — Fruit. Fig. 11. Cynomorium coccineum L. — Fruit à demi mûr. Fig. 12. Id. — Coupe longitudinale de l'ovaire (d'après MM. Weddell et Hofmeisterj. (Gross. 15.) Fig. 13. Lophophylum mirabile Schott et Endl. — Apparition des fleurs femelles :a,h, c, degrés successifs; dans c on voit naître les carpelles. (Gross. ÙO.) Fig. 14. Id. — Fleur un peu plus âgi'e que celle de la figure 13 c, les carpelles se sont considérablement accrus. (Gross. 80.) Fig. 15. Id. — Coupe longitudinale d'une fleur un peu plus âgée encore : c, c, les car- pelles; a, sommet de l'axe floral. (Gross. G5.) Fig. If). Id. — Coupe longitudinale de la jeune fleur à un degré d'évolution plus avancé, où la cavité ovarienne est fermée, et où l'on voit maintenant les styles, le placenta et les ovules : pi, colonne ovulifère ou placenta; or, ovule; se, cellules transformées en sclérenchyme ; st, les styles. (Gross. 30.) Fig. 17. Id. — Coupe longitudinale de la fleur parfaitement développée :/", faisceaux vasculaires; m, manteau de parenchyme très-dense, enveloppant le système ovu- laire et s'amincissant vers le sommet dans le tissu qui conduit aux styles : ov, ovule; se, sac embryonnaire ; ci, cloison, résultant d'une transformalion du pla- centa; se, manteau de sclérenchyme ; e'p, épiderme. (Gross. 25.) Fig. 18. Id. — Coupe horizontale de la même fleur, traversant les ovules. Les lettres ont la même signification ([ue dans la figure 17. (Gross. 45.) Fig. 19. Id. — Portion delà figure 17, comprenant un ovule, avec une petite partie de la cloison et tous les tissus extérieurs de l'ovule plus fortement grossis ((if) fois), pour faire voiries détails du sac emhryonn.iire. Même signification des lettres. Couf//rs ùiterfmtùmal. m. /'/. //. ^. ■, V--. ^ ./.ir/:ir/,lnu/,l. EXPLICATION DES PLANCHES. 268 Planche II. Fig. 20. Scybalium fungiforme Schott et Endl. — Coupe longitudinale de l'ovaire, passant par les deux ovules. — Les lettres précédemment employées conservent la même signification dans cette figure et dans les suivantes, ce qui permet de se con- vaincre très-facilement de l'identité de structure des fleurs femelles chez le Scyba- lium et chez le Lophophytum. En effet, on retrouve ici, à l'exception des faisceaux vasculaires, toutes les parties que Ton voit dans le Lophophylum, et toutes disposées de même. (Gross. 65.) Fig. 21. Sarcophyte sanguinea Sparrm. — Coupe longitudinale de la fleur femelle. (Gross. 65.) Fig. 22. Id. — Coupe longitudinale du système ovulaire avec son enveloppe paren- chymateuse. On voit par ces figures que cette fleur ne possède pas de périgone, et qu'elle n'a pas de styles développés ; le stigmate {stg), dont les papilles sont altérées par l'alcool dans lequel l'exemplaire était conservé, est au contraire sessile. Le parenchyme de l'ovaire, disposé en séries rayonnantes, est partout mince ; il manque ici les cellules de sclérenchyme des genres précédents. Il y a trois faisceaux vas- culaires, disposés en triangle, situés chacun en face d'un ovule, et touchant la sur- face d'une couche spéciale de parenchyme plus serré m, qui représente évidemment l'analogue du manteau m de la figure 17 : analogie appuyée d'ailleurs sur ce fait, que la partie périphérique de cette couche se transforme, dans le fruit du Sarco- phyte, comme dans celui du Lophophytum, en coque sclérenchymateuse (ou la couche entière dans lesïruits qui avortent). Dans l'intérieur de cette couche se voient les trois ovules séparés par autant de cloisons, qui se réunissent sur l'axe ; bien qu'on ne puisse pas reconnaître les détails de leur structure, il est évident que l'organisation est ici en général semblable (abstraction faite de la différence du nombre des organes) à celle du Lophophytum. — Les indications bien différentes qu'a données M. Hofmeister proviennent probablement de ce que ce savant a pris les sacs embryonnaires pour les ovules, conjecture qui cependant n'explique pas la diversité de nombre que M, Hofmeister et moi avons observée dans les organes de cette fleur. (Gross. 65.) Fig. 23. Helosis guyanensis Rich, — Apparition des carpelles ce sur l'axe floral a. (Gross. 75.) Fig. 24. Id. — Coupe longitudinale d'une fleur un peu plus avancée : a, axe; s^ styles. (Gross. 40.) Fig. 25. Fleur un peu plus âgée encore. (Gross. 35.) Fig, 26. Coupe longitudinale de la même : a, axe; st, styles. (Gross. 50.) Fig. 27. Coupe longitudinale de l'ovaire (avec la base des styles st) parfaitement déve- loppé. Même signification des lettres que dans les figures 19 et 20. (Gross. 50.) Fig. 28. Langsdorffia hypogœa Mart. — Coupe longitudinale de deux fleurs contiguës. Ces fleurs adhèrent entre elles dans toute leur partie supérieure, et ne sont libres qu'à leur base ; les commissures, cm, sont vers le sommet faciles à distinguer parce que les cellules contiguës dans cette région ont les parois fortement cuticu- larisées et contiennent de la cire. Vers la base on aperçoit l'ovule ov. (Gross. 20.) Fig. 29. Portion de la partie basale de la coupe représentée dans la figure précédente, plus fortement grossie (100 fois) : se, sac embryonnaire; v, vésicules embryonnaires; '2(5li EXPLICATION DES PLANCHES. a, antipodes. La couclie bien circonscrite de cellules plus petites que les voisines et remplies d'un plasma épais, doit être regardée comme le nucelie, car le sac em- bryonnaire est libre et par conséquent ne peut à lui seul représenter l'ovule. Comme, en outre, cette couche a partout la même épaisseur dans la périphérie du sac em- bryonnaire, cet ovule ne peut être anatrope ; il est an contraire atrope ; et comme, finalement, le fil suspenseur de l'embryon se trouve dans l'extrémité supérieure de la semence (voy. Hofmeister, Le. pi. 12), on ne peut pas douter que les organes v ne soient en réalité les vésicules et les autres, a, les antipodes. Il faut conclure de tout cela que l'ovule du Langsdorffia est dressé, orthotrope, sans enveloppe, et, comme on le voit sur la figure, adhérent partout aux parois ova- riennes. La lettre p indique une petite portion du parenchyme de l'axe du capitule sur lequel les fleurs se trouvent réunies. FIN. Ï4BLE DES MATIERES Liste des membres du Congrès , . . 1 Ouverture du Congrès 6 Exposition d'instruments, de livres et de, plantes 6 Bureau du Congrès 9 Programme des travaux du Congrès 10 Dons faits au Congrès H Correspondance 12 Présentation ou indication de quelques espèces rares, par MM. de Candolle, Bureau, Du Mortier 15 MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS. Des genres en botanique, par M. Malbranche .... 17 Notice tératologiquc, par M. Kirschleger . . 21 Sur la fleur des Sapindacées, par M. Radlkofer 23 Sur la fécondation des Orchidées, par M. Rivière 26 Sur la culture des Quinquinas, par M. Weddell 37 Sur la culture des plantes à ascidies, par M. D. Moore â4 Sur le développement du proembryon de V Osmunda regalis , par M. L. Kny 62 Sur quelques plantes d'Irlande, par M. D. Moore. . 55 Anomalie du Pelargonium capilalum, par M. Robillard 57 Sur la flore des Cabres de Toscane, par M. Caruel 58 Discussion sur h géographie botanique H4 Sur les principes généraux de la culture des Orchidées, par M. Warner 68 Sur l'èlat actuel de la flore grecque, par M. Th. Orph^nidès 70 Considérations sur le iihénomène de l'iiybridité, déduites d'expériences sur les espèces du genre Lagenaria, par M. Germain de Saint-Pierre 7!) Sur la préservation des collections botaniques, par M. J. Poisson 84 Observations sur la floraison d'un Agave, par M. Faivre 88 Herborisation à Fontainebleau. 99 Sur la nutrition dfs plantes et la cyclose, par M. Schultz-Schultzcuslciu 99 266 TABLE DES MATIÈRES. Sur la théorie de l'aiiaphytosc, par le même 100 Sur une forme de VEracirostis pilosa, par MM. Cosson et Balausa 117 Sur la Flore morphologique et si/noplique de France, par M. Eug. Fournier 118 Sur les anomalies de structure de la tige de VErodium petrœuni, par M. J.-E. Plan- chon 121 Sur la végétation du Jardin de la Mer-de-glace, par M. V. Personnal 125 Sur les accidents morbides que détermine la Canne-de-Provence, par M. Caisse. . 127 Sur la station de quelques plantes dans le département de la Sarllie, par M, Crié. . 129 Sur les Chênes dont se nourrit le Bombyx Yama-Mai, par M. G. Personnat 133 Sur la structure de la fleur femelle de quelques Balanophorées, par M. Eichler. ... 137 Aperçu de la végétation du département de l'Ardèche, par M. C. Personnat 155 Sur la fécondation du Chamœrops par le Dattier 162 Lettre de M. le comte Jaubcrt 162 Réponse de M. A. Denis 163 Sur les noms anciens du Cyprès, par M. Eug. Fournier 165 Discussion sur les causes du mouvement hivernal des branches 173 Discussion des Lois de la Nomenclature botanique 177 Lois de la Nomenclature botanique 209 Clôture du Congrès 226 Rappouts sur les établissements visités par le Congrès 228 Note sur les collections botaniques île l'École de Pharmacie, par M. G. Plan- chon 228 Note sur le Musée Delessert, par M. Eug. Fournier 229 Rapport sur l'herbier de M. E. Cosson, par M. Eug. Fournier 232 Note sur les collections bola;iiques du Muséum, par M. Eug. Fournier 240 Note sur les cultures de la maison Vilmorin, par M. J. Groenland 256 Fin de la table des matières. Paris. — Impiimuric doE MAUriNiir, rue Mignon, 2. / ('«ris. — Inipriiiii'i'ii' ito K. Ni*i' ri'o Mignon, 2. IV New York Botanical Garden Library QK1 .15 1867 ^ . 9en International Botan/ Actes du Congres int 3 5185 00098 4722