>,°!°7f £2- ANNALES DES SCIENCES NATURELLES Ç,OjC]l+. IMPRIMERIE DE J. TASTU, ROE DE VAUGIRARD, N° 36. ' yr~&^<é^£ Kx3^/£«^£S't^^ SCIENCES NATURELLES 10 - l4t * 11 - ^° Il - *~ [0 tX TOME TROISIEME, ACCOMPAGNÉ DE PLANCHES I N-/|" A PARIS, CHEZ BÉCHET JEUNE , Il PRAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE , place de l'école de médecine , n° 4- 1824. / A-^L-a^^^ (aJ^/£« ANNEES n ;E s /•.y I SCIENCES NATURELLES, MM. AUDOUIN, ad. BRONGNIART et DUMAS, COMPRENANT LA PHYSIOLOGIE ANIMALE ET VÉGÉTALE , l'aNATOMIE COMPARÉE DES DEUX RÈGNES, LA ZOOLOGIE, LA BOTA- NIQUE , LA MINÉRALOGIE ET LA GÉOLOGIE. TOME TROISIEME, ACCOMPAGNÉ DE PLANCHES I IV — 4'' A PARIS, CHEZ BÉCHET JEUNE , U PRAIRE DE L'ACADÉMIF ROYALE DE MÉDECINE !*l\ce de l'école de médecine , n° 4- 4824. \ ,&+£ -'* ANNALES DES SCIENCES NATURELLES Observations sur le banc de Grignon , sur le Calcaire renfermant des restes de Végétaux , et sur les couches supérieures de cette localité ; Par M. J.-J.-N. Huot. Après la publication de l'important ouvrage dans le- quel MM. Cuvier et Brongniart ont donné les résultats de leurs travaux sur la constitution géologique des envi- rons de Paris , il y a peut-être de la hardiesse à fournir de nouveaux renseignemens sur une des localités les plus connues -, mais plus un terrain est intéressant aux yeux du géologue , plus il mérite d'être examiné avec une attention minutieuse. Dans les Recherches sur les ossemens fossiles ( nou- velle édition , tome II e , page 4°4) •> on trouve une des- cription détaillée de la coupe du banc de Grignon : il y est fait mention de deux couches de Calcaire grossier, pla- cées dans la partie supérieure de la masse où l'on trouve les coquilles fossiles. Ce Calcaire contient des em- preintes et des restes de végétaux, figurés avec exactitude dans l'ouvrage ci-dessus mentionné. Ils offrent des ca- ractères différens : les uns sont herbacés , les autres sont articulés. Le savant naturaliste, chargé de les décrire r Tome III. — Septembre. ( 6) avoue , en parlant de ces derniers , qu'il n a pu parvenir à les voir en place. Cet aveu qui atteste la modestie et la véracité de l'observateur, est fait pour accroître la confiance que l'on doit avoir en ses travaux; c'était aussi un motif de rechercher l'emplacement de ces em- preintes. J'ai cru devoir le faire , et j'ai reconnu que le Calcaire qui les renferme , ne constitue qu'une couche dans laquelle se trouvent réunies les plantes herbacées et articulées. Je n'attache point à mon observation plus d'impor- tance qu'elle n'en mérite, et je ne me décide à en publier le résultat que d'après le conseil bienveillant du savant estimable qui a si utilement coopéré à l'explora- tion du sol des enviions de Paris , et dont Jes écrits et les travaux ont enrichi la science, et formé tant de na- turalistes , qui s'empresseront un jour de marcher sur ses traces. C'est principalement sur le Calcaire à empreintes'de végétaux , que porte la rectification que je consigne ici ; mais elle doit s'étendre aussi sur les couches superposées à ce Calcaire, puisque, dans l'ouvrage de MM.Cuvier et | Brongniart, six couches sont décrites, tandis que j'en ai reconnu onze bien distinctes , depuis la base du banc jusqu'à la terre végétale. M. Brongniart a négligé, sans doute , comme une chose peu importante, de donner la hauteur de chaque couche. Mais dans une des planchas de l'ouvrage que renferme son travail, on remarque une coupe deGrignon, qui donnerait à ce banc près de trente mètres d'élévation. Je me suis assuré par la vérification que j'en ai faite de l'inexactitude de celte élévation, et je crois pouvoir donner ici , comme un ensemble complet, la description détaillée de cette localité. (7 ) Le banc de Grignon forme l'extrémité de celui de Villepreux; il s'étend dans la direction de l'Est-Nord- Estàl'Ouest-Sud-Ouest; sa hauteur est d'environ vingt- deux mètres au-dessus du niveau des eaux courantes du parc : il descend en pente rapide du Sud-Sud-Est au Nord-Nord-Ouest. AGn que l'on puisse comparer plus facilement la coupe que je donne ici , avec celle que l'on trouve dans le tome II e des Recherches sur les ossemens fossiles, je commencerai par la couche inférieure , et désignerai, par des caractères italiques, les dénominations adoptées dans cet ouvrage. N° i . ' — Cette couche est formée , ainsi que l'indi- quent MM. Cuvier et Brongniart , d'un Calcaire gros- sier , grenu , sableux , renfermant avec des coquilles du fer chloriteux granulaire. Son épaisseur peut être évaluée à environ trois mètres , ci .... . 3 » N° 2. — Calcaire jaunâtre , grossier, grenu ^ sableux , friable , contenant une quantité con- sidérable de coquilles fossiles entières, mêlées , ainsi que l'évaluation en a été faite, à une masse vingt fois plus considérable de débris de co- quilles. Parmi ces coquilles , le Buccinum stromboi- des s'y montre quelquefois coloré : on y trouve aussi le Pleurotoma filosa , le Pleurotoma li- neolata et la Voluta spinosa ; le premier orné de petits points rougeâtres , et les deux autres embellis de petites lignes de la même nuance. Ce banc, qui appartient aux couches moyen- nes du Calcaire grossier , est d'une épaisseur 3 » (8 ) D'autre part. . mètres. plus considérable que celle qui est évaluée dans les RechercJws des ossemens fossiles ; il a de puissance environ m# Il offre sur un grand nombre de points des efïlorescences de chaux carbonatée pulvéru- lente , remarquables par leur blancheur. C'est dans cette masse que les auteurs de l'ouvrage cité ont vainement cherché les bancs d'un Calcaire grossier à empreintes de végé- taux dont ils ont trouvé des débris épars sur le sol. On rencontre bien , à la vérité, çà et là, dans l'épaisseur de cette couche , des fragmens de Calcaire compacte 5 mais leur présence est due sans doute à une cause étrangère à celle quia présidé à la formation de cette masse. D'ailleurs , ils ne présentent aucune trace de coquilles ni de végétaux , et paraissent être tombés de l'une des couches supérieures. On trouve quelquefois dans cette masse le Cerkhium g'gas, dont certains individus ac- quièrent la longueur de 5o centimètres , ainsi qu'on en peut juger pa-r quelques fragmens. J'y ai recueilli aussi des dents d'un Squale in- connu , des pâtes de Crabes et d'Ecrevisses , des vertèbres de poissons et des débris osseux, qui paraissent appartenir à des becs de Sèches, et qui , d'après le sentiment de M. Cuvier, sem- blent être 1 extrémité de celte partie calcaire et solide qui recouvre le dos de ce mollusque. i4 » (9) Ci-contre. . mètres. i/\ » N° 3. — Ici , MM. Brongm'art et Cuvier signalent un banc de Calcaire tendre à grains fins , contenant moins de coquilles que le pré- cédent , mais offrant dans ses fissures des em- preintes jaunes , de feuilles ressemblant à des graminées aquatiques ou à des fucus , recou- verts de spirorbes microscopiques qui vivent ordinairement sur ces plantes marines , et ac- compagnés d'empreintes de flustra et d'autres polypiers. Je ferai observer que ce banc est celui-là même qui renferme les plantes articulées qu'ils n'ont pu voir en place, et que M. Brongniart fils a spécifiées sous le nom de Culmites ambiguus. Ce banc qui correspond , ainsi que le fait re- marquer le savant M. Brongniart, au Calcaire de Chavenay , de Villepreux, et à celui de Chà- tillon près Paris, dans lesquels on trouve une quantité considérable de plantes marines , en diffère cependant par sa cou texture. Il est beaucoup moins serré, il ne se partage point comme celui-ci en feuillets minces. Il se sé- pare assez facilement par le cboc du marteau, dans le sens de la couche horizontale, mais les fragmens en sont toujours ondulés , inégaux, et de petite dimension , et il est difficile de mettre à découvert , sans le briser , le végétal qu'il renferme. Il contient moins de coquilles que la masse i4 >> ( io ) D'autre part. . mètres. 14 » sur laquelle il repose ; mais il est à remarquer que daus cette masse même , le nombre des coquilles entières diminue à mesure que l'on s'élève vers la couche n° 3 , et que plus on s'en approche , plus le Calcaire sableux n° 2 ac- quiert de consistance. La couche n° 3 augmente aussi de dureté en remontant jusqu'à sa superficie. Elle pré- sente à diverses épaisseurs ce Cuhnitcs ambi- guus , plante sans analogue vivant , et ces gra- minées aquatiques qui n'offrent point de ca- ractères assez certains pour être classées. On y remarque quelquefois des racines en re- lief ou leurs traces en creux , auxquelles il est impossible d'assigner un nom générique, et que l'on pourrait prendre pour des racines non fos- siles qui auraient pénétré dans ce Calcaire , si elles n'occupaient pas la partie inférieure de cette couche. De nombreuses coquilles ont laissé dans toute l'épaisseur de ce banc leurs moules •en relief recouverts d'un Calcaire pulvérulent. Cette couche qui règne dans toute l'éten- due du banc de Grignon a dans sa plus grande épaisseur environ 1 , 3o N° 4« — Calcaire grossier, marneux, jau- nâtre et tendre au point de céder sous la pres- sion du doigt. Cette couche renferme peu de coquilles , ou plutôt elle paraît être formée en grande partie de détritus de coquilles broyées i5, 3o ( " ) Ci-contre. . . mètres. i5, 3o dont il est difficile de reconnaître quelques frag- mens. Son épaisseur est de i, 45 N° 5. — Calcaire grossier dont la partie supé- rieure est légèrement imprégnée de silice ,mais dont la consistance diminue graduellement en descendant vers la couche précédente , de ma- nière à laisser voir difficilement le point de sé- paration. Cette couche qui offre la réunion d'un grand nombre de moules de coquilles , parmi lesquelles on distingue le Cerithium Thiara et la Lucina Saxorum , compte d'épaisseur environ » 25 N° 6. — Sable siliceux calcarifère pulvéru- lent, sans coquilles. Epaisseur » 2 5 N 7 . — 'Calcaire grossier tendre , disposé en cinq ou six lits composés de fragmens de di- verses dimensions dont les supérieurs n'offrent aucunes traces de coquilles, mais dont le plus inférieur renferme des Lucines et des Cérithes. Cette couche qui à l'extrémité de la pente du banc atteint à peine l'épaisseur de 27 centimè- tres, acquiert en s'élevant vers la cime celle de » 55 N° 8. — Calcaire plus compacte renfermant en moins grande quantité les mêmes coquilles que la couche précédente, en formant une réu- nion de morceaux fracturés , disposés en une espèce d'assise de 10 centimètres d'épaisseur à l'extrémité de la pente du banc, et acquérant dans la partie la plus élevée environ 1, 4° 19, 20 i, 35 ( " ) D'autre part. . . mètres. 19, 20 N° 9. — Calcaire siliceux , jaunâtre stratifié, présentant sur une épaisseur de » oG dix couches de différentes nuances avec des fragmensde coquilles. La partie inférieure de ce Calcaire renferme le Ceritliîum Thiara dont on rencontre quelques individus isolés entière- ment siliceux et de la plus belle conservation. N° 10. — Calcaire facile à se désagréger par l'action de l'atmosphère. Cette couche décrite avec beaucoup d'exactitude par M. Brongniart qui y signale une immense quantité de Cérithes de diverses espèces et plusieurs autres genres de coquilles, est très-visible à la partie supérieure du banc où elle acquiert une épaisseur d'en- viron N° 11. — Calcaire compacte connu sous le nom de Clicart : son épaisseur est de 10 centi- mètres à l'extrémité de la pente du banc ; dans le point le plus élevé il atteint l'épaisseur d'en- viron » M. Brongniart a reconnu que le Clicart est de formation d'eau douce, ce que prouvent en effet les coquilles qu'il renferme. Celui qui forme à Grignon la onzième couche en contient , il est vrai , qui semblent appartenir aux Potamides ou Cérithes d'eau douce et aux Cfclostômes de l'espèce connue sous le nom de Cjclosloma mumia. Les plus grandes de ces diverses co- quilles offrent celte particularité, que leur inté- rieur est tapissé de petits cristaux de chaux carbonatée inverse. Mais ce que ce calcaire a ai, 4* 80 ( *3 ) Ci-contre. . . mètres, ai, 4 l de remarquable, c'est que ce n'est que dans la partie supérieure de la couche qu'on aperçoit ces restes de Mollusques fluviatiles et que dans sa partie inférieure ce Clicart contient des co- quilles marines, telles que X Jmpullaria acutaet la Lucina Saxorum. On connaît , en effet , plusieurs exemples de ce mélange de coquilles marines et fluviatiles dans des formations évidemment d'eau douce. Peut-être doit-on en conclure que dans la série des différens états , par lesquels notre globe a dû passer avant que l'espèce humaine pût y vivre, il arriva une époque où les eaux de l'Océan formèrent, dans l'intérieur des terres , des lacs dont les eaux nourrirent pendant long- temps des animaux marins; mais que ces eaux ayant peu à peu perdu de leursalure, les espèces marines s'éteignirent et furent avec le temps remplacées par des espèces qui ne vivent plus qu'à l'embouchure des fleuves et dans les eaux douces. N Q 12. — Enfin la couche supérieure du banc de Grignon est formée de fragmens du Clicart ci-dessus et de terre végétale mêlée de morceaux de Silex , parmi lesquels on rencontre quelquefois, ainsi que je m'en suis assuré, l'Our- sin désigné par M. Lamarck sous le nom de Ananchytes gibba entièrement changé en Silex d'une belle teinte rouge. Cette couche peut avoir environ. ..... o,4o Total : vingt-un mètres quatre-vingt-un cent. 21,81 ( i4) M. Brongniart prétend avec raison que ces Silex ont dû, être apportés des terrains crayeux enlevés de la Norman- die à l'aide des derniers courans qui ont parcouru le sol des environs de Paris -, et en effet , V 'Anancliyt.es çibba que Ton trouve quelquefois à Grignon est extrêmement commun dans les bancs de craie qui forment les falaises des bords de la Manche. Ce qui ajoute à la vraisemblance de cette assertion, ce sont les nombreux fragmens arron- dis d'une roche siliceuse rougeâtre parsemée de petites parcelles de carbonate de chaux et d'une grande quan tité d'empreintes de coquilles microscopiques, qui parais- sent appartenir au genre Cériilie et que l'on trouve ré- pandus çà et là à la surface du sol sur les points du banc de Davron contigu à celui de Grignon. Ces fragmens roulés et d'une forme sphérique, ont quelquefois jusqu'à six pouces de diamètre. Je ne terminerai pas ces observations sans parler du genre Ljmnée , que M. de Lamarck a compris dans sa nomenclature parmi les coquilles fossiles de Gri- gnon. Dans les différens voyages que j'ai faits à cette lo- calité, j'ai cherché cette coquille dans les couches supé- rieures qui renferment des coquilles d'eau douce , mes recherches ont été infructueuses ; j'ai consulté M. Des- hayes qui a exploré plusieurs fois ce banc calcaire , il m'a assuré n'y avoir jamais trouvé de Lymnées. J'ai donc lieu de croire que ce genre n'y existe point, que M. de Lamarck aura été induit en erreur par l'inspection de quelque collection, où on lui aura montré des Lymnées étiquetés par erreur comme étant de Grignon. Il est vrai qu'on trouve assez fréquemment dans la masse coquillière, une coquille marine qui offre à la première vue quelque ressemblance avec les Lymnées ; mais c'est la Phasia- ( i5 ) nella tubinoides qui est souvent très-remarquable par les petites zones rosâtres qu'elle a conservées de sa couleur primitive. Explication de la Planche 1 er . La figure i représente la vue du banc de Grignon , prise de la cour du château et offrant la portion coupe'e qui présente les couches calcaires s'élargissant à mesure qu'on approche de la partie supérieure du banc. La figure 2 présente deux coupes verticales de Grignon , la coupe A. donne la suite complète des couches représentées en perspective dans la ligure 1. La coupe B. est celle qui a été donnée dans le tome II des Recher- ches sur les Ossemens fossiles. Ces deux coupes sont en regard et sur la même échelle, afin que l'on puisse comparer plus facilement la succession des couches. Cette seconde coupe offre six couches décrites dans l'ouvrage ci-dessus men- tionné. Le no 1 y est désigné sous le nom de Calcaire contenant des coquilles et du fer chloriteux granulaire. Le n° 2. Calcaire grossier jaunâtre â coquilles. Le n° 3. Calcaire à grain fin , renfermant des empreintes de plantes Le n° 4. Calcaire tendre fissile à Lucines des pierres. Le n» 5. Calcaire tendre, fissile, sans coquilles. Le no 6. Calcaire dur se désagrégeant facilement et contenant des Cérithes et autres coquilles , et dans la partie supérieure le Cyclostoma mumia. En comparant ces deux^ coupes , on voit que la couche no 1 de la coupe A, est égale à celle du n 1 de la coupe B. ; mais que le n° 2 de A. est de trois mètres plus élevé que la même couche de la coupe B. ; que le no 3 de A est seulement de 1 m . 3o c . tandis que dans 1-a coupe B. , il a deux mètres de hauteur ; que le n° 4 de la coupe A n'est point représenté dans la coupe B., et que les couches nos 5, 6 et 7 de la coupe A. sont représentées dans l'autre partie par le no 4. Les no» 8 et 9 de A. ont pour analogue le n° 5 de B. , et enfin les n»' 9, 10 et 1 1 de A représentent dans leur formation différente les couchi'S n° 6 de la coupe B. ( «6 ) Sur un nouvel appareil propre à dessécher les végétaux pour riierbier. Par M. le colonel Bory de Saint-Vincent. ( Lu à l'Académie des Sciences, séance du 9 août 1824. ) Rien de ce qui peut économiser l'emploi du temps ne saurait être dédaigué par lessavans qui en connaissent si bien le prix ; et comme la préparation des échantillons de plantes dont se compose un herbier entre dans les travaux les plus essentiels des botanistes , nous croyons rendre un service à ceux-ci , en leur faisant connaître un nouvel appareil dont l'usage facilite considérable- ment la dessiccation des végétaux, en abrégeant de beau- coup cette opération. C'est à M. Lecoq , jeune pharmacien interne à la Pitié, et qui s'occupe avec le zèle le plus louable des sciences physiques , que j'en dus la première idée : aidé de mon ami le docteur Lamouroux , je n'ai fait qu'y ajouter quelques perfectionnemens qu'a in- diqués l'usage de la machine. Divers moyens ont été, comme on sait , employés jus- qu'ici pour dessécher les végétaux. Il en est de minutieux dans leurs détails que dédaignent avec raison les person- nes utilement occupées. Les botanistes se servent habi- tuellement de feuilles de papier gris non collé, entre les- quelles ils étendent les échantillons qu'il est question de conserver, et qu'on change fréquemment , afin d'en en- lever l'humidité le plus promptement possible. On sait qu'une trop grande pression dénature les formes , écrase les parties dans lesquelles résident les principaux carac- tères et change le faciès ; tandis qu'une pression insuf- fisante , laissant aux feuilles ou bien aux pétales , la ( '7 ) faculté de se racornir el de se crisper, cause des incon- véniens non moins graves que l'écrasement , et qui s'op- posent trop souvent à l'étude des plantes sur le sec. Les amateurs qui tiennent à posséder des herbiers d'une belle conservation , savent combien il faut perdre de temps à changer le papier destiné à opérer la prépara- tion pendant les jours qui suivent les récoltes. La plu- part renoncent même à conserver certaines familles entières dont les individus , éclatant de beauté tant qu'ils vivent dans les campagnes , deviennent méconnaissables après leur mort, quelque soin qu'on emploie pour leur conserver la moindre apparence de fraîcheur. Quel bo- taniste n'a pas vu avec une espèce de douleur noircir ses Orchidées , en dépit de toutes les précautions qu'il pou- vait prendre ? Obligé d'appeler le secours du fer chaud , du bain de sable , de l'immersion dans l'eau bouillante ou dans l'alcool, des résultats imparfaits ne dédomma- gent point de leurs journées perdues , les collecteurs , et découragent les plus déterminés, qui rarement ont rap- porté de leurs excursions lointaines de ces plantes re- belles. Combien de végétaux moins intraitables que ceux qui sont sujets à noircir, ou que ceux dont la con- sistance charnue s'oppose à la dessiccation par les procédés usités, n'en demeurent pas moins des semaines , ou même des mois entiers, entre les feuilles qui doivent absorber leur humidité, avant de pouvoir être intercalés parmi leurs congénères dans l'herbier ! On a vu des Joubarbes et des Crassules végéter encore au milieu des collections, long-temps après qu elles y avaient été pla- cées , ie| notre confrère M. De Candolie nous a raconté l'histoire d'un sempervivum des Canaries, maintenant répandu dans les j.-.i Bilans , et dont c;- savant enrichit le Tome lil. a ( i8 ) premier les orangeries de l'Europe , en confiant à la terre un échantillon qui s'était conservé vivant depuis plus de dix-sept mois dans son immense herbier. J'avais dès long-temps remarqué que la presse usitée par quelques botanistes n'est un bon moyen que pour la première préparation quisuit immédiatement la cueillette, et que son usage prolongé fait noircir les plantes. Je lui substituai bientôt deux forts cartons ou des planchettes entre lesquelles je serrais le plus possible , au moyen de cordes, mes plantes , lorsqu'elles avaient subi quelques heures d'une pression plus considérable. Une cinquan- taine ou une soixantaine d'échantillons ainsi disposés , entre six ou huit doubles chacun de papier non collé, se desséchaient mieux et plus vite quand je les posais vertica- lement, que lorsque jeles tenais de champ ., etmesplantes ainsi comprimées sans excès , placées au soleil , sur un poêle , dans un four récemment chauffé , dans l'àtre d'une cheminée où l'on avait fait du feu durant toute la journée , ou même entre les deux matelas de mon lit , conservaient passablement leurs couleurs. Mais de tels procédés ne dispensent point du changement journalier \ des doubles de papier destinés à l'absorption de l'humi- dité , et je ne puis songer, sans éprouver les plus vifs regrets, au temps que me consomma la préparation des plantes durant mes nombreux voyages, lorsque j'ai sous les yeux l'Appareil dont je dois la première idée à M. Lecoq , et qui eût obvié à beaucoup d'inconvéniens. Il suffit de déposer dans cet Appareil les échantillons que l'on prétend conserver , après les avoir mortifiés en quelque sorte , et convenablement disposés par une première et assez forte pression de peu d'heures , vingt- quatre au plus , dix ou douze au moins. L'on n'aura ( i9) plus , après cette opération préalable , à se mêler des échantillons récoltés que pour les retirer de la machine après quelques jours , et pour les répartir, parfaitement secs et bien conservés , à la place définitive qu'on leur destine. On doit choisir une planchette de la même grandeur que le format de l'herbier qu'on veut se faire ou complé- ter. Le hêtre me paraît être le meilleur des bois pour base de la machine. L'épaisseur de cette planchette doit être assez considérable pour qu'on n'ait point à craindre de la voirplier ou se rompre. Elle doit être légèrement bom- bée en-dedans , afin de présenter une résistance suffi- sante à l'effort qui doit s'exercer sur ses deux grands côtés. On fixe solidement le long de l'un de ceux-ci , et par le moyen de petits clous, un morceau de toile d'em- ballage forte et grossière , plus grand de quelques tra- ' vers de doigts en largeur que la planchette. On fait coudre solidement sur le côté libre du morceau de toile, une tringle en fer de la grosseur d'une forte plume de cygne environ , vers les extrémités de laquelle sont fixées deux courroies , soit en cuir , soit en ruban de fil, qui puissent serrer, entre la toile et la planchette , les plantes qu'on y étend les unes sur les autres , cha- cune entre dix à douze feuilles de papier non collé , et au moyen de deux bonnes boucles clouées à la partie inférieure sur le côté opposé à celui où la toile est fixée. L'Appareil ainsi disposé , et lorsqu'on y a placé dé dix à vingt échantillons , doit avoir en outre , aux deux extrémités encore libres de la toile , des oeillets formés par de petits anneaux en fer, pour éviter tout déchire- ment. Ces anneaux répondent à des crochets au nombre 2* ( ™ ) de cinq ou six , fichés sur les bords de la planchette eu haut et en bas. Les uns et les autres sont destinés , au moyen de deux bouts de ficelle qu'on passe alternative- ment des anneaux aux crochets , et des crochets aux an- neaux , à tendre de nouveau la toile dans le sens où l'effet delà tringle ne se ferait que faiblement ressentir. On sent que si l'on a la précaution de cribler la planchette d'une multitude de petits trous à l'aide d'un vilbrequin, l'é- vaporation aura lieu en tous sens, quelle que soit la pres- sion : et si l'on expose le tout , ainsi disposé, aux mêmes influences dessiccatives qu'on emploie avec les appareils ordinaires, on obtiendra un résultat d'une étonnante rapidité. Avant que j'eusse rendu l'usage de la nouvelle ma- chine plus commode et plus sûr par l'addition de la tringle , la substitution de boucles et de crochets à de petites chevilles de bois, qu'employait M. Lecoq , et surtout en criblant de Jrous la planchette fondamen- tale , jusqu'à vingt et trente plantes y furent à la fois perfaitement desséchées, sans avoir rien perdu de leur fraîcheur. J'avais, dans une excursion que je fis à Fontai- nebleau pour examiner la nature des grès au temps où le charlatanisme et l'ignorance prétendaient y avoir dé- couvert des Anthropolithes impossibles ; j'avais , dis-je , rempli la petite machine, encore imparfaite , de M. Le- coq , des plantes récoltées chemin faisnnt. Quand j'ou- vris le paquet cinq ou six jours après et de retour à Paris , je trouvai une partie des échantillons que j'ai l'honneur de montrer à l'Académie, et qui proviennent de mon voyage, supérieurement conservés. Quelques Orchis seuls n'étaient pas encore entièrement secs, et plusieurs même commençaient à noircir. Depuis et par ( 21 ) suite des améliorations faites à la machine , les Orchis ont subi , comme les autres plantes , le salutaire effet de son influence. Deux ou trois jours au plus ont suffi pour obtenir les beaux échantillons de ces plantes rebelles que l'on peut voir ici , et auxquels je ne saurais comparer rien de ce que j'étais encore parvenu à préparer avec tant de peines , et au moyen des procédés fort in- commodes du fer chaud ou des immersions dans l'eau bouillante. J'ai même obtenu en vingt-quatre heures de beaux échantillons de ces mêmes Orchis en exposant la machine , qui en était remplie, au grand soleil sur une croisée durant l'excessive chaleur du peu de jours se- reins dont Paris a joui cette année. En résumé , toutes les fois que j'ai pris la précaution de placer la machine au soleil, soutenue par les deux extrémités, et de ma- nière à ce que l'air pût librement circuler en dessus et en dessous, la dessiccation a été fortement accélérée. Les plantes plus faciles à conserver, telles que des Fougères , des Graminées et divers arbustes, ont été totalement sèches en quelques heures. Des Borragiuées n'ont subi aucune altération dans leur verdure ; les Liliacées ont seulement un peu jauni , et la plupart de ces végé- taux qui noircissaient ou devenaient méconnaissables de quelque façon qu'on s'y fût pris jusqu'ici pour con- server leur forme et leur couleur, n'ont perdu ni leur aimable teinte , ni les caractères qui les rendent facile- ment reconnaissables. Il ne faut pas imaginer cependant que des plantes complètement grasses, trop épaisses et toutes aqueuses, certains Cactes et des Champiguons charnus, par exem- ple , puissent , à l'aide du nouvel Appareil , être con- servés comme le pourraient être une Renoncule ou quel- ( 35 ) que Fétuque ; et son secours ne dispense point de chan- ger de papier au moins deux ou trois fois certains végé- taux trop mucilagincux qui , d'ailleurs, sont sujets à se coller contre les feuillets préparateurs si l'on n'a le soin de les renouveler. Mais ces exceptions sont en petit nombre , et nous ne présentons point notre procédé pour qu'on essaie par son secours des tours de force ou des choses impossibles , mais pour éviter de grandes pertes de temps aux vrais botanistes qui , n'essayant de con- server que ce qui peut être conservé , savent qu'on ne fait guère de grands progrès dans une science de com- paraison , si l'on ne réunit le plus possible d'objets à comparer. Cet exposé suffira , je l'espère , pour faire apprécier l'avantage de la petite machine que j'ai l'honneur de présenter à l'Académie , et pour laquelle je proposerai le nom de Coquette , par allusion à l'élégance des her- biers qu'elle promet aux savans et au nom de son in- venteur. Un voyageur doit se munir d'un secours qu'il peut se procurer avec une vingtaine de sous. Si , comme je l'espère , après la terminaison des ouvrages à la pu- blication desquels je me suis engagé, je puis entreprendre quelque jour de nouvelles pérégrinations scientifiques dans les régions les moins connues du globe , pérégrina- tions où l'expérience acquise dans mes voyages anté- rieurs me permettrait l'espoir d'être plus utile que je ne sus l'être , je me munirai d'une cinquantaine d'Appareils semblables à celui-ci , avec la conviction que , par leur secours , je pourrai obtenir des résultats cinquante fois plus satisfaisans que ceux que j'obtins, lorsque, reve- nant charge des productions végétales des îles africaines, j'inondai les herbiers de l'Europe de tant d'espèces qui ( ** ) avaient échappé à mes devanciers, cependant plus sa- vans que moi et non moins actifs. Notice sur un nouveau genre d'Aranéïdes. Par M. Latreille , de l'Acad. roy. des Sciences, etc. (Lu à l'Académie royale des Sciences , séance du ia juillet 1824O Lister et Degéer ont décrit une espèce d'Araignée phalange ou sauteuse qui ressemble tellement, au premier coup-d'oeil , à quelques-unes de nos Fourmis fauves , que celui-ci s'y est d'abord trompé. (Mémoires, tome 7, p. 9.93. ) Le nom spécifique de Fourmi qu'il lui a donné lui convient donc parfaitement. Elle forme avec quelques autres espèces , dans le genre Aile de M. Walc- kenaer, ou nos Saltiques, une division particulière, les 'voltigeuses. Mais quoique leur thorax , ou plutôt le cépha- lothorax se rétrécisse brusquement en arrière, pour se ter- miner en manière de cône , la forme primordiale de cette partie du corps , ou celle qui est généralement propre au thorax des Aranéides , n'est point essentiellement mo- difiée. Il n'en est pas ainsi de TArauéïde du Brésil , qui est l'objet de cette notice. Ici il est comme articulé , du moins en apparence : car il n'offre d'ailleurs aucune incision transverse. Plusieurs étranglemens le partagent en trois. La division antérieure , beaucoup plus grande en tous sens et carrée , porte les organes de la mandu- cation, les quatre pieds antérieurs, et les yeux au nombre de huit ; savoir, quatre en avant , deux autres derrière les précédens et les deux derniers rejetés sur les côtés , ( *4 ) et situés à l'extrémité d'une petite élévation oblique. Les deux autres divisions superficielles du thorax ont la forme de nœuds ou de bosses, et servent chacune d'attache à une paire de pattes , ou aux quatre postérieures. Le thorax est resserré entre ces deux nœuds , et à la suite du second, il se rétrécit brusquement d'une manière cy- lindrique. La division antérieure représente la tête des insectes hexapodes réunie avec le prothorax ; la seconde le mésothorax , et la dernière le métathorax : à celle-ci est suspendu , au moyen d'un pédicule court et cylin- drique /l'abdomen. Cette partie du corps est beaucoup plus courte que le thorax , recouverte depuis sa nais- sance jusqu'auprès du milieu d'un épidémie solide ou coriace, divisé en deux plaques ou lames , l'une supé rieure et l'autre inférieure , mou et presque membra- neux ensuite. Elle est brièvement resserré immédiatement après le pédicule , d'une forme presque triangulaire dans le mâle, plus allongée dans la femelle •, la portion char- nue et terminale prend ici une figure carrée , et le dos offre des vestiges d'anneaux. Nous doutions la figure de l'abdomen de l'un et l'autre sexe , mais en prévenant cju'il nous a été impossible d'en bien saisir la forme , à raison de la dessiccation de sa partie membraneuse , et des altérations qui en sont le résultat. Le corps est étroit, allongé et presque glabre. Il en est de même des pattes : la quatrième paire et la première sont les plus longues -, la troisième parait être un peu plus courte que la seconde. On voit çà et là sur ces or- ganes quelques épines longues et très-fines et un léger duvet. Le dernier article du tarse est court , tronqué au bout , avec les crochets très-petits et latéraux. L'un des caractères qui distinguent la tribu des Ara- ( «5 ) néïdes saltigrades de celle des Aranéides citigrades , ou les Araignées louvs , c'est que dans la première les deux yeux antérieurs et latéraux sont situés aux angles du bord antérieur du thorax, tandis que dans la dernière ils en sont notablement éloignés, et forment avec les deux intermédiaires antérieurs une ligne transverse et à intervalles presque isométriques» Sous ce rapport l'Aranéïde de cette notice est plus voisine des Aranéï- des citigrades et particulièrement des Dolomèdes, que des saltigrades; mais les deux yeux latéraux postérieurs sont presque dans la même ligne que les deux situés derrière les quatre premiers : ils forment ensemble une seconde ligne transverse un peu arquée en-devant, el à peu près comme les quatre derniers des Drasses , au lieu que, dans les citigrades, ces mêmes yeux lisses des- sinent un carré ou un trapèze. Quant aux organes de la manducalion, ils sont semblables à ceux des Saltiques ou des Attes. La lèvre inférieure (Ja langue) est plus allongée que celle des Lycoses et des Dolomèdes-, il y a identité pour tout le reste. Les palpes du mâle sont renflés et arrondis à leur base , et terminés ensuite en manière de cône allongé , et dont la pointe, vue de profil , est bifide : on aperçoit un denticule à l'extré- mité interne du quatrième article. Le dernier article des palpes de la femelle est long et cylindrique. On voit par ces caractères que cet Aranéïde ne peut entrer dans aucun des genres connus, ou qu'il doit en former un nouveau faisant le passage des Dolomèdes aux Erèses. Les dessins que je mets sous les yeux, et qui ont été exécutés par un babile artiste, M. Alphonse Prévôt, élève de M. Huct , peintre et maître de dessin au Muséum d'histoire naturelle, justifient le nom de Mvr- ( f ) mécie , Myrmecium, que je donne à ce genre, et qui avail déjà été employé par les Grecs pour désigner des Araignées, soit qu'elles ressemblassent à des Fourmis, soit que l'on crût qu'elles fissent leur nourriture de ces insectes. M. Walckenaer, possesseur d'un très-beau manuscrit de dessins d'Aranéïdcs de la Géorgie américaine , ob- servées et peintes par Àbbot , y a reconnu une ou deux autres espèces de même genre. Celle que je possède , provenant de la vente de la collection d'insectes recueillis au Brésil par MM. Martins , recevra le nom de fauve. Sa manière de vivre nous est inconnue. Myrmécie , Myrmecium. Genre d'Aranéïdcs citigrades. Yeux. Huit, petits \ six rapproebés au milieu du front; quatre au milieu formant un carré ; les deux la- téraux antérieurs un peu plus petits , et disposés avec les deux antérieurs des précédens sur une ligne trans- verse 5 les deux derniers placés sur les côtés supérieurs du céphalothorax , très-écartés l'un de l'autre en arrière des précédens , un peu plus gros , insérés à l'extrémité d'une petite élévation oblique , et formant avec les deux intermédiaires et postérieurs des précédens une ligne transverse , arquée en-devant. Chelicères (mandibules) fortes ; leur premier article épais, convexe en-dessus , dentelé en dessous. Mâchoires droites, un peu élargies, arrondies et très-velues à leur extrémité supérieure. Palpes du mâle terminés par un aiiicle renflé à sa base, allant ensuite en pointe, ou presque pyriforine \ le dernier de ceux de la femelle cylindrique et long. ( *7 ) Lèvre (langue) presque carrée, un peu plus longue que large , arrondie latéralement au bord supérieur avec une ligne imprimée et transverse près de sa base. Pieds longs, presque filiformes ; ceux de la quatrième paire et de la première les plus longs , ceux de la seconde ensuite. ■ ESPÈCES. i. Myrmécie fatjve. Myrmecium rufum. Fauve, luisante , presque glabre , avec l'extrémité des palpes , des cuisses , du premier article des pieds posté- rieurs et le bout de l'abdomen noirâtres. Longueur, environ six lignes. Se trouve aux environs de Rio-Janciro. EXPLICATION DE LA PLANCHE 2. Fig. i. Le mâle, de grandeur naturelle. 2. Le maie, grossi du double. 3. Abdomen du même individu , avec l'extrémité postérieure du tborax, très-grossi. 4- Celui de la femelle, très-grossi. 5. L'une des pattes postérieures du mâle très-grossie. 6. ïeux très-grossis. ■j. Parties de la bouche du mâle trés-grossies : aa. mandibules , bb. mâchoires, avec les palpes ce. ; d. lèvre inférieure. 8. L'un des palpes de la femelle , très-grossi. Histoire de Z'Ahenakia tetraquetka, L. Par M. J. Gat. De tous les disciples de C. Bauhin , celui qui a le plus long-temps voyagé dans l'intérêt de la botanique, et rassemblé le plus grand nombre de plantes , c'est assu- rément Burser. L'Allemagne , la Suisse , l'Italie , la ( *8 ) France , les Pyrénées el presque toutes les contrées de l'Europe, furent successivement visitées par lui , et quoi- qu'il n'ait pas décrit lui-même les objets qu'il avait ré- coltés , il n'en a pas moins rendu à la science de cette époque des services signalés, en communiquant ses dé- couvertes à C. Bauhin , son maître , qui cite souvent Burser dans le Prodromus et dans la seconde édition du Pinax. Parmi les plantes que Burser rapporta des Pyrénées , une des plus intéressantes et des plus mal connues est celle que C. Bauhin mentionne, pour la première fois , dans son Prodromus, sous le nom de Caryophyllus saxa- tilis ericœfolius ramosus repens. Après avoir passé en différentes mains, l'herbier de Burser, qui se composait de vingt-cinq volumes, fut enfin donné à la bibliothèque publique d'Upsal -, et cette circonstance fournit à plusieurs savans, notamment à Linné, les moyens soit de décrire des espèces nou- velles, soit d'appliquer, avec exactitude, à celles qui étaient déjà connues , la synonymie de C. Bauhin. Linné publiait la première édition de son Species Plantarum, où les noms triviaux furent pour la pre- mière fois appliqués au règne végétal tout entier. La plante de Burser s'y trouve indiquée sous le nom à'Are- naria telraquetra, avec le synonyme de C. Bauhin, et la citation du volume et du numéro de l'herbier de Burser. La même phrase spécifique et les mêmes synonymes sont répétés dans la seconde édition du Species, publiée neuf ans après. Dans l'une et feutre éJition , Linné dit que sa plante est très-voisine du Gjpsophyla aggregata , que les I 2 9 ) feuilles sont absolument semblables , mais qu'elle en diffère par ses fleurs solitaires au sommet des rameaux , non réunies plusieurs en tête. Dix ans auparavant, dans une dissertation intitulée Nova Planlarum gênera, et qui fait partie des Ainœni- tates Academicœ , Linné avait indiqué, sous ce nom de Gypsophila aggregata , une plante qui alors n'avait encore été observée qu'aux environs de Montpellier, et dont C. Bauhin et Magnol avaient déjà fait mention. Le même nom se retrouve, avec l'addition de quelques sy- nonymes , dans les deux éditions du Species Plantarum. Les rapports de ces deux plantes sautent aux yeux de quiconque les voit rapprochées l'une de l'autre-, mais leurs différences ne sont pas moinsévidentes. Elles ne suffirent à Linné ni pour les maintenir dans deux genres et deux groupes distincts, ni pour les rapprocher dans un mê ne genre comme espèces différentes. En 1771, année de la publication du Manlissa altéra, le Gypsophila aggregata devint le type de YArenaria letraquelra ; et l'espèce primitive de ce nom ne fut plus indiquée que comme variété (3. En opérant ce changement, Linné fit connaître la forme du Gypsophila aggregata ou Are- naria telraquelra « par une assez bonne description, la première qui ait été donnée de cette plante dans le langage linnéen. Reichard, Murray, Gmelin , Wildenow et Poiret sui- virent l'exemple qui leur avait été donné , et réunirent les plantes sous un seul nom spécifique. Seulement ils con- sidérèrent YArcnaria telraquelra primitif comme type de l'espèce , ou comme la variété a, et ce fut le Gypso- phila aggregata qui figura dans leurs ouvrages sous le titre de variété f3. Cela devait être . et il faut savoir gré ( 3o) à ces auteurs , trop souvent copistes, d'avoir redressé en ce point l'illustre Suédois. Les auteurs que je viens de citer avaient répété mot à mot , soit la description de Linné , soit celle que , dans l'intervalle , Schreber avait publiée de la variété (3 , dans le quatrième volume des Nova Acta Academiœ Naturœ curiosorum ; et, quoiqu'ils n'eussent point caractérisé la variété a , qu'il était cependant bien essentiel de dé- crire , puisqu'elle constituait le type de l'espèce , ils avaient classé sous deux rubriques distinctes les syno- nymes précédemment rapportés à ebacune des deux va- riétés. Mais leurs successeurs , et parmi eux des hommes du plus haut mérite , ayant supprimé les synonymes de la variété a , en conservant le signe de la variété (3 , qui , seule, paraît leur avoir été connue, ont paru ou considérer les deux variétés comme une seule , ou les prendre l'une pour l'autre \ ce qui sera reconnu pour une faute grave lorsque les deux plantes auront été distinguées comme elles doivent l'être. C'est sous cette forme incomplète qu'est présenté l'article de M Arenaria tetraquetra dans le Summa Plantarum de Vitman, dans la Flore française de De Candolle , dans le Synopsis de Persoon , et dans le Flora Gallica de Loiseleur. Dans le Prodromus de M. De Candolle , M. Seringe distingue deux variétés de Y Arenaria tetraquetra, carac- térisées par leurs feuilles lâches ou serrées , et leurs ca- pitules pauci-ou mulliflores. Il est impossible de mé- connaître le Gypsophila aggregata dans la variété laxi- folia \ la phrase et les synonymes s'y rapportent exac- tement. Il serait naturel de penser que , dans la variété densifolia , M. Seringe a voulu désigner le vrai Arenaria tetraquetra Linn. , qui a , en elfet, les feuilles beaucoup ( 3i ) plus serrées que le Gypsophila aggregata. Mais M. Se- ringe parle de capitules pauciflores , et il cite pour syno- nyme le Gypsophila aggregata. Il m'est donc im- possible de supposer que M. Seringe ait connu le vrai Arenaria tetraquetra, et je me verrai forcé de raporter ses deux variétés au Gypsophila aggregata; car je n'ai jamais vu plusieurs fleurs à Y Arenaria tetraquetra, et M. Seringe ne peut pas avoir appliqué aux feuilles le mot aggregata que Linné employait pour exprimer la disposition des fleurs. Ray, Boccone , Barrelier , Gérard, Gouan, Quer et Allioni , ont parlé de la variété [3 , en y appliquant la synonymie qui appartient à cette variété. Lapeyrouse mentionne , dans son Histoire abrégée des plantes des Pyrénées, une variété de Y Arenaria tetraque- tra à quatre étamines et à quatre pétales. D'après la loca- lité indiquée par l'auteur, localité que j'ai visitée l'année dernière , et où j'ai vu la variété a , sans la cueillir , j'ai lieu de supposer que la variété de Lapeyrouse se rapporte à ma variété «, qui est celle deReichard, Murray, etc. , quoi- qu'elle ne m'ait jamais offert que huit étamines. Mais je crains que l'auteur n'ait confondu mes deux variétés en citant les localités de la plante qu'il considère comme le vrai Arenaria tetraquetra. La variété (3, ou le Gypsophila aggregata L. , peut bien croître dans les basses montagnes dudépartement des Pyrénées-Orientales etdu département de l'Aude , et j'en possède , en effet , des échantillons provenant de la Font-de-Comps , une des montagnes appartenant au premier de ces départemens, qu'indique Lapeyrouse. Mais je concevrais difficilement que la même plante fut venue s'établir au Portillon, à Picade, au port de Benasque et à la Massive, localités situées ( 3a ) dans le département de la Hante-Garonne ou en Espa- gne , au midi de ce département, et séparées du dépar- tement des Pyrénées-Orientales par la vallée d'Arau et par la plus grande largeur du département de l'Arriége , localités, d'ailleurs, beaucoup plus élevées et où je n'ai trouvé que X Arenaria tetraquetra Linn. Spec. Je suis donc porté à croire que Lapeyrouse n'a pas distingué les deux variétés, et que les localités par lui rapportées doi- vent être distribuées entre ces variétés de la manière que j'indiquerai plus bas. Mon opinion à cet égard est encore appuyée par un échantillon que je tiens de l'auteur , étiqueté de sa main Arenaria tetraquetra , et qui est exactement semblable à la variété «. Je n'ai point vu la plante que M. Bory de Saint-Vin- ; cent a décrite dans les Annales générales des Se. phys. sous le nom d' Arenaria amabilis , et qu'il a observée sur les hautes montagnes de la Sierra-Nevada , dans le royaume de Grenade. Cette plante n'existe point dans son herbier, et il était difficile de juger , à la simple des- cription, si elle différait suffisamment de l'une des va- riétés de VAr. tetraquetra pour mériter d'être conservée comme espèce ; mais M. Bory de Saint-Vincent ayant cru reconnaître sa nouvelle espèce dans les échantillons deYAr. tetraquetra a. que je lui ai fait voir, je rapporte- rai V Arenaria amabilis parmi les synonymes de cette variété , en attendant que les deux formes aient pu être étudiées comparativement. Après avoir ainsi tracé l'histoire de ces plantes , il me reste à les considérer en elles-mêmes, à les comparer aux autres espèces du même genre, à signaler une cir- constance remarquable de l'organisation de leurs fleurs, à les distinguer l'une de l'autre, et à les décrire som- ( 33 ) mairement, dans le langage technique, en rapportant tous leurs synonymes. Les plantes dont il est ici question sont de vrais Are- noria. Elles sont dépourvues de stipules et elles se pla- cent naturellement dans la section caractérisée par la forme lancéolée ou ovale des feuilles 5 mais elles diffèrent des espèces de cette section, ainsi que de toutes les autres espèces, parla consistance coriace de leurs feuilles et de leurs sépales, ainsi que par le bourrelet blanc, épais et arrondi, qui marque le contour de ces deux organes. Il est depuis long-temps reçu en principe que les Ca- ryopliyllées ont leurs pétales et leurs étamines insérés sur le réceptacle de la fleur. Aussi ont-elles été classées par M. de Jussieu parmi les polypétales hypogynes. Il existe, néanmoins, à ma connaissance , trois exceptions à cette règle , et tout porte à croire qu'une étude plus attentive de la tribu des Ahinées en fera découvrir un plus grand nombre. La première de ces exceptions a été constatée, en 1816, par M. Auguste de Saint-Hilaire , dans les fleurs du Slellaria aquatica Lam. (Mém. Plaç. centr. libr. p. 80 , 81 ) dont les pétales et les étamines sont évidemment périgynes , et pour lequel, en raison de cette structure , M. Saint-Hilaire a établi le nouveau genre Larbrea (i). La seconde exception m'a été four- nie par le Cherleria sedoides dont les pétales et les éta- mines sont tout aussi manifestement insérés sur le calice que les mêmes organes dans la fleur du Stelldria aqua- (1) Je dois relever ici l'erreur dans laquelle est tombe M. Serince en taisant du Ceraslium aquatlcuu L. , dont les pétales et les étamines sont hypogynes, l'espèce unique du genre Larbrea, et en laissant parmi les Stellaria le S tellaria aquatica, pour lequel seul ce genre fut ins- titue. ( f^oyez De Cand. Prodr. I. p. 3g5 et 3g v '. ) Tome III. 3 ( 34) t'tca (1). Enfin, j'ai trouvé des traces bien sensibles de périgynie dans l' Arenaria tetraquclra. Mais il est à re- marquer qu'à cet égard, les échantillons que j'ai exami- nés n'étaient pas tous aussi instructifs les uns que les (i) Les caractères du genre Cherleria ont été exposés d'une manière fort incomplète, et même erronée dans un point essentiel , par tous les auteurs qui se sont succédés jusqu'à Ce jour. Non-seulement ces au- teurs ne font aucune mention ni des fleurs polygames, ni du ca- lycc urcéolé à sa base , ni des étamines perygines ; mais les plus ré- cens et les plus estimés d'entre eux , attribuent au Cherleria, quoiqu'avec doute , une capsule trilocuîaire , ce qui est absolument contraire à la vérité. Je crois donc devoir rétablir ici les caractères de ce genre, d'a- près les observations que j'ai faites dans les Pyrénées, sur la plante fraîcbe , au mois d'août de l'année dernière. Cherleria. Calix quinqueparlilus , busi urceolatus. Petala 5 , mi- nivia , suniina calrcis brevi urceolo insert a, apice nunc indh'isa , nunc oblique emarginata. Filamenta 10, pariter perigyna. Glandulœ 10 , fihimenùs alternée , teretiusculœ . Styli 3. Capsula unilocularis , t'ri- i/alvis , seminibus 5-G , erectis , ovalis , obtusis , trineri'ibus , imagine membranaceis ; petalis 4 staminibusque 8 hypogynis ; capsula, inclusd , trivalvi, 2V. Sieberacheilerioides. Hopp. in Flor. od. Bot.Zeit. II. p. 24 (i a Januar. 1819). Somerauera quadrifida. Hopp. 1. c. p. 26. Arenaria aretioides. Portenschl. ined. ante ann. 1821 (cxSieb. ). Cherleria octandra. Sieb. Herb. Austr. n° 149 C ann. 1821 ). (35) autres. Dans tous ceux que je possède de la variété fi aggregata, ainsi que dans tous les individus hermaphro- dites et en fleurs de la variété a uniflora , que j'ai cueillis aux Pyrénées , l'insertion pouvait passer pour ambiguë, c'est-à-dire qu'elle n'était ni visiblement périgyne ni clairement hypogyne. Au contraire , dans les individus femelles de la variété <* uniflora, surtout dans ceux dont les jeunes fruits avaient déjà acquis un certain dévelop- pement et renfermaient des graines presque mûres , l'oeil apercevait un intervalle assez notable entre le point d'at- tache de la capsule et la ligne circulaire sur laquelle les pétales et les étamines prenaient naissance. Je dois ajou- ter que cet intervalle n'était ni enfoncé ni aplati , comme le sont les réceptacles des plantes analogues, mais bombé et arqué comme l'urcéole du Larbrea et du Cherleria , de manière que le mouvement ascendant se continuait sans interruption depuis la base de la capsule jusqu'au point d'où partaient les étamines. Cet intervalle devait donc être considéré comme le tube du calyce , et non comme le ré- ceptacle delà fleur. Donc l'insertion des étamines était pé- rigyne Je conviens que ce troisième exemple de périgynie , dans une plante de la famille des Caryophyllées, est bien inférieur aux premiers ; mais j'ai dû le rapporter, d'abord parce qu'il fournit la preuve de ce fait, que la périgynie Clierleria imbricata. Seringe in De Cand. Prodr. 1. p. 421 ^ 1824 ). Petala mihi 4 , lineari-laoceolata , indivisa, acuta , calyce tripio breviora, aliis vel cunoiformia obtusa acutiusculave, calyce paulô ion- giora, vel Ianceolata , acuta , calyce pariter paulô longiora , vel lan- ceolata, acuta, calyce paulô breviora , velminima, squamuliformia , calyce quadruplé aut quintuplô breviora. Antlierae demùm exsertae. Glandulae hypogynae nullre. Styli mihi 2, aliis 2-5. —Variât sepalis 5, petalis 5 emarginatis et staminibus 10 ( Sieb. in litt. ). — Confer Koch. in Flor. od Bot. Zeit. IX. p. 753-709 (decembr. 1822 ). Habitat in sumrais Ca'rinthiœ et ïyrolis alpibus. Examinatum spé- cimen é ïyrolis alpe Kirschbaum misit Hoppe. 3* ( 36) peut dépendre de L'élat plus ou moins avancé d'une fleur, en second lieu , parce qu'il établit un passage entre l'hy- pogynie positive et la vraie périgynie, passage d'où l'on peut inférer que l'hypogynie des autres Ahinées n'est pas aussi incontestable qu'on l'a cru jusqu'ici. On a vu plus haut que tous les auteurs qui ont parlé du vrai Arenaria lelraquetra , tel qu'il fut primitive- ment publié par Linné, et qui ne l'ont pas confondu avec le Gypsophila aggregata de cet auteur , se sont contentés de le désigner comme variété par la citation du synonyme de Banhin, sans en donner la description, sans même répéter le peu de mots que Linné avait ajoutés à sa phrase spécifique , et qui suffisaient pour la faire distinguer du Gypsophila aggregata. Ainsi , de tous les ouvrages où il est question de Y Arenaria telra- quetra , les plus utiles à consulter présentent le singu- lier spectacle d'une espèce composée de deux variétés , autrefois regardées comme espèces etmême comme genres distincts , dont la seconde seule est décrite , quoique ce soit précisément celle dont le nom a été abandonné. Une telle singularité peut avoir sa cause principale dans l'habitude que les éditeurs du Species Planlarum ont eue trop long-temps de se copier servilement les uns les autres ; mais elle peut tenir aussi à d'autres circonstances. Notre plante ne se trouve ni au nord ni à l'ouest des Py- rénées - , Linné ne la vit probablement que dans l'herbier de Burser , et , par le fait seul de sa rareté , elle resta inconnue à tous ceux qui publièrent de nouvelles édi- tions de son ouvrage , de même qu'à tous les auteurs de Flores particulières. C'est ainsi que se propagent les vices primitifs des meilleurs livres. Je m'estime heureux d'avoir pu corriger celui-ci , et dissiper la confusion qui en a été la suite. ( 3 7 ) Au fait , Linné a eu raison , selon moi , de réunir le Gfpsophila aggregata à YArenaria tetraquetra. Mais ces plantes se présentent sous des formes et avec des ca- ractères si distincts, elles croissent à des hauteurs si diffé- rentes, qu'on serait excusé par le juge le plus sévère siou voulaitles considérer comme deux espèces. Le Gfpsophila aggregala croit sur les collines et les basses montagnes de la Provence, du Languedoc et du Roussillon. A Mont- redon , près Marseille , il descend jusqu'au niveau de la mer. Dans ses Herborisations aux environs de Monlpel- lier, Gou an l'indique surles petits coteaux qui entourent le village de Saint-Loup , au Capouladou , à la Sérane et au Vigan, toutes localités plus ou moins montagneuses, mais fort peu élevées au-dessus du niveau de la mer. Les plus hautes montagnes des environs de Montpellier sont le pic de Saint-Loup , dont j'ignore la hauteur ; le cap de Cost , qui a 5g5 toises d'élévation , et l'Aigual qui va jusqu'à ^3o toises. Gouan énumère fort longue- ment les plantes qui y croissent , et le Gfpsophila aggre- gala n'est dans aucune de ces listes. Je n'ai pas visité moi-même la Font-de-Comps ni les autres montagnes du Roussillon, queLapeyrouse ciie^owxY A renaria tetraque- tra, et qui vraisemblablement appartiennent au Gfpso- phila aggregata. Mais j'ai tout lieu de penser que le Gfpsophila s'y trouve à de basses élévations , et non près des sommets. Au contraire, YArenaria tetraquetra ne paraît se plaire que sur les montagnes soumises a l'influence des neiges permanentes. Je l'ai trouvé en Arragon sur le versant occidental de la Massive de Caslanèze , à une hauteur qui ne saurait être moindre de 800 toises. Quel- ques jours auparavant, je l'avais cueilli sur le versant ( 38 ) méridional du port de Benasque , à Q23 et à i ioo toises d'élévation , et dans cette dernière localité , il n'était éloigné que d'environ ioo toises de la limite des neiges perpétuelles. La Sierra-Nevada , où M. Bory a observé son Arenaria amabilis, passe pour avoir des sommets tout aussi élevés que les plus hautes cimes des Pyrénées , et M. Bôry affirme y avoir trouvé sa plante à une grande élévation. Ainsi Y Arenaria tetraquetra vit à de plus grandes hauteurs, a besoin d'un autre sol , et réclame une autre température cpie le Gjpsophila aggregata. La différence du climat devait influer d'une manière notable sur le port des deux plantes. En effet , X Are- naria tetraquetra est plus raccourci, plus gazonnant que le Gjpsoplula agreggata. Les tiges florales du premier ont rarement un demi-pouce de long; elles sont, du haut en bas , couvertes de feuilles imbriquées, et ne portent qu'une seule fleur au sommet. Celles du second s'allon- gent jusqu'à deux pouces , les feuilles y sont beaucoup plus courtes que les entre-nœuds, et on compte, au som- met , cinq ou dix fleurs disposées en tête et environnées de bractées. Les feuilles elles-mêmes sont beaucoup plus obtuses et plus glabres dans Y Arenaria tetraquetra , que dans le Gypsophila aggregata. Mais la fleur présente d'autres différences , et des différences bien plus remarquables. Après avoir examiné un grand nombre de fleurs de Y Arenaria tetraquetra, je m'aperçus que mes échantillons ne portaient pas tous des fruits, et, ce qui m'étonna beaucoup , c'est que les moins avancés étaient ceux que j'avais cueillis plus tard , presque dans le même lieu , à quinze jours de distance des premiers. En cherchant la ( 3 9 ) cause de cette singularité , je trouvai que les anthères étaient avortées dans tous mes échantillons fructifères , et bien conformées dans les antres dontl'ovaire était lan- guissant plutôt qu'avorté. Dès ce moment, il me fut démontré que les fleurs de X Arenaria tetraquetra étaient polygames comme celles du Cherleria,et je compris alors pourquoi j'avais trouvé en pleine fleur, le 26 août, une plante que j'avais cueillie en fruit le i3 du même mois. Il était naturel que les sucs nourriciers qui dans les pre- miers échantillons étaient dépensés en faveur de l'ovaire et des graines, servissent, dans les autres, à prolonger la vie des pétales. Il est bien connu que les fleurs doubles dont le fruit avorte , durent plus long-temps que les fleurs simples. N'ayant point étudié le Gypsophila aggregata dans les lieux où il croît, et n'ayant jamais vu ses fruits , il m'est impossible de dire positivement si ses fleurs sont polygames ou non. Mais ce qui est bien certain , c'est que personne n'a signalé cette plante comme ayant des sexes séparés par suite d'avortement, et que tous les échantillons de ma collection , lesquels proviennent de trois localités différentes et éloignées les unes des au- tres , sont organisés d'une manière uniforme, avec des anthères fertiles et des ovaires qui paraissent bien cons- titués. Il est donc très - probable que ses fleurs sont toutes hermaphrodites , à moins qu'on ne veuille sup- poser qu'elles sont toutes mâles par avorteraient, comme celles du Phragmites commuais et du Donax vulgaris. La dernière différence que je dois signaler , réside dans le nombre des parties de la fleur. Toute espèce àHArenaria présente cinq divisions calicinales , autan i de pétales , et dix élamines ou un moindre nombre , ( 4o) avec inconstance du nombre inférieur. A cet égard , le Gypsophila aggregata est un vrai Arenaria. Mais quel- que persévérance que j'aie mis à étudier la structure de X Arenaria tetraquetra dans un grand nombre de fleurs , il m'a été impossible d'y trouver ni plus ni moins de quatre sépales , quatre pétales et buit '''aminés. Plusieurs genres d'Àlsinées ne sont tondes que sur le nombre des organes de la fleur. Quatre ou cinq sépales , autant de pétales , d'étamines et de valves capsulaires T constituent le genre Sagina. Quatre sépales, autant de pétales , buitétamines, quatre valves à la capsule, carac- térisent le genre Mœhringia. Ciuq sépales , cinq pétales , cinq ou dix élamines, cinq styles, six valves, servent de fondement au genre Spergula , dont Y Arenaria diffère uniquement par ses styles au nombre de trois , et YAl- sine par ses feuilles stipulées et sa capsule à trois valves. Si ces caractères présentaient quelque fixité, on pour- rait , à la rigueur , maintenir les genres que je viens d'énumérer , quoique ce ne soit pas un service à rendre à la science que de multiplier sans nécessité les divi- sions. Mais quel est celui qui a étudié les Ahinées et qui ne sait pas que le nombre des valves de la capsule , des styles , des pétales, varie à l'infini dans cette tribu , sur- tout dans les genres dont il est ici question, et qu'il n'est pas rare de trouver les caractères de ebacun d'eux dans les différens individus d'une seule et même espèce? Ces divisions ont d'ailleurs l'inconvénient de troubler les affinités spécifiques. Quoi de plus semblable que Y Arenaria bavarica L. et le Mœhringia muscasa L. , que Y Arenaria uliginosa Scbl. et un Spergula , que le Sagina cerasloides Smitb etle Cerastium pentandrum L. ! Quoi de plus dissemblable que les Sagina apetala et (4> ) erecta, que les Arenaria peploides et trineivia, que les Cerasliwn vulgalum , manticum et aquaticum ! Il est donc évident que les genres Sagina, Mœliringia , Spergula, Alsine et Arenaria doivent être réunis , puisque la na- ture n'a point établi de limites entre eux. Telle est , du moins, mon pinion. Je ne commettrai donc pas l'inconséquence de rapporter Y Arenaria tetraquetra au genre Mœliringia , dans lequel il vient se placer par ses caractères. J'aime mieux suivre l'exemple de M. Gre- ville qui , dans sa Flora Edinensis , n'a considéré le Sagina cerastoides Smilli, que comme une variété du Cerasliwn penlandrum. Y! Arenaria tetraquetra ne figu- rera donc ici que comme variété du Gysophila aggregata, malgré la différence constante que j'ai trouvée dans le nombre des parties de la fleur des deux plantes. Je viens de comparer entre eux Y Arenaria tetraque- tra et le Gjpsophila aggregata. Il me reste à examiner les deux formes du premier, et à voir en quoi elles diffè- rent l'une de l'autre. J'ai déjà dit que , dans certains échantillons, les an- thères étaient bien conformées et l'ovaire languissant , tandis que, dans d'autres , les étamines étaient avortées , et la capsule remplie de graines fécondes. J'en ai conclu que cette plante était polygame. Je puis ajouter que les pétales sont un peu plus longs que le calice dans la fleur mâle, et un peu plus courts que les sépales dans la fleur femelle. ' Mais les pétales offrent dans les deux sexes une diffé- rence bien plus remarquable. Dans la fleur mâle, ils sont, ou, du moins, ils m'ont paru, comme dans le Gysophila aggregata, parfaitement alternes avec les divisions du calice. Dans la fleur femelle , au contraire , (4* ) ils sont évidemment rapprochés par paires opposées ; et, lorsqu'on en cherche la cause , on trouve que chacun des deux sépales opposés embrasse la plus grande partie des deux pétales les plus voisins , à peu près comme la paillette extérieure d'une Graminée embrasse les deux écailles de la lodicule. Ces pétales ne sont pourtant point exac- tement opposés au sépale qui les reçoit , puisque l'inter- valle qu'ils laissent entre eux regarde seul la ligne mé- diane du sépale; mais ils ne sont pas, non plus, alternes avec cet organe, dans la rigueur de l'expression, puis- que leur ligne médiane est adossée à la surface intérieure du sépale , dans la partie de ce dernier organe qui avoi- sinc le bord ; le bord seul des pétales dépasse un peu le bord des divisions calicmales. Il y a donc dans cette fleur des pétales disposés deux à deux ou sensible- ment détournés de la situation alterne. Mais je ne sais s'il faut attacher beaucoup d'importance à ce carac- tère , qui peut dépendre en grande partie de la forme des pétales ., plus courts dans la fleur femelle que dans la fleur mâle. Au reste , cette organisation n'est pas nou- velle dans le groupe des Alsinées. Il y a plus de soixante [ ans que Gérard décrivait en ces termes les pétales du Buffbnia annua (Flor. Gallopr. p. 4° 0*5 petala 4 basi calfcis adnata, eodcm dimidio breviora , ex ut roque lalere bina, approxûnata , adeoque duo simulproxima, aliis duobus proximis opposita, interstitiis pariler op- posilis. Les conclusions de tout ceci sont que X Arenaria te- traquetra diffère du Gypsophila aggregata par des carac- tères très-remarquables, et qui étaient restés ignorés jusqu'à ce jour 5 mais qui, néanmoins , n'autorisent pas à le regarder comme une espèce différente de ce Gjp- ( 43 ) sophila. Je vais rapprocher leurs différences et les dé- crire , en conservant YArenaria letraquetra Linn. Spec. comme type de l'espèce , et en y rapportant le Gjpsopliila aggregala comme variété B. Arenaria tetraquetra. A. Caulibus ex eadem radice pluribus , cespitosis ; foliis oblongis , coriaccis, calloso-marginatis, infernè margine ciliatis ; sepalis ovato- lanceolatis, coriaceis, rigidis , acutis, trinervibus, apice et margine callosis ; petalis oblongis , sublinearibus ; stylis plerumque 3 ; capsula oblongâ , calycem aequante , plerumque sexvalvi ; seminîbus renifor- mibus , tuberculatis. N. a. Uniflora. A. Caulibus floriferis brevissimis, yix unquam semuncialibus ; foliis ovalo-oblongis, obtusis, dorso glaberrirnis, circà cauleni florïferum dense imbricatis; floribus in singulo caule solitariis, polygamis ; se- palis petalisque 4 ; staminibus 8. Caryophyllus saxatilis cricnefolius ramosus repens. C. Bauh. Prodr. ^671) p. io5. — Ejusd. Pin. edit. 2 a (1671) '"p. au. — Ray. Hist. II. (1688) p. io34- — Burs. Herb. XI. i35. Arenaria tetraquetra. Linn. Spec. edit. ! a (1 753) p. 4 2 ^j e'di f . 2 a (1762) p. 6o5. Ar. tetraquetra g. Linn. Mant. ait. (1771) p. 386 (excl. descript. varietati subjeclâ). Ar. tetaquetra a.. Reich. Syst. PI. II (1779) p. 359. — Miirr. Syst. Vcget. (1784) p. 423.— Gmel. Syst. Veget. edit. Lugd. (1796) p. 719. — Miirr. Syst. Veget. edit. Pers. (1797) p. 453. — Willd. Spec. II. (1799) p. 717. excl. syn. Ali.— Poiret Dict. VI. (i8o4) p. 36 r. excl. syn. Ail. et Willd. — (excl. apud omnes descript. varietati /Ssubjectâ). Ar. imbricata? Lag. in Ann. Se. nat. V. p. 278.— non Marsch. nec Rafin. Ar. tetraquetra /2 floribus tetrandris? Lapeyr. Abr. Pyr. ( i8i3 ) p. î5i. Ar. amabilis? Bory Ann. Gen. Se. phys. III ( 1820) p. 5. — Seringc in De Cand. Prodr. I ( 1824 ) P- 4°9- S P- 9°- Habitat in Pyrenœorum montibus Venascum, arragonensem oppidum, circumjacentibus , aïtitudine 800-1100 hexapodum , videlicet in occi- deatali declivitate montis Massive de Castanèze et in australideclivitate montis Port de Benasque, locis dictis le Plan d'Estagnc, et Penna ( 44 ) blanca. Ex locis à Lapeyrousio ad suam Arenariam telraquelram crtalis hue ctiam spectare videntur le Port de Paillas in pra:fectura Aurigc- rana , le Portillon, inter valletn iVArran et vallem f/e Ludion, denique /e p/ej du Port de la Picade , qui poslerior loeus omnium proximus est monti Port de Benasquc. Eamdem aut proximam stirpem inregni Grana" tensis altissimis montibus Sierra-Nevada observavit Cl. Bory de Saint- Vincent. If. . Floret Augusto. Radix longa , crassa intrr lapides et saxorum rimas altè descendens. Caules suprà terrain vix biunciales , dense i'oliosi et folis imbricatis omnino tecli. Folia lœte viridia , falcato - incurva , canaliculata , vix duas lineas longa, obtusa , non pungentia, in ramorum apicibus laxiora. Flores aut omninô sessiles aut brevissimo eoque foliis su- perioribus bracteato pedicello sufl'ulti , bracteis duabus superioribus calycem stipanlibus. Calyx 2-21/2 lineas longus , prœter sepalorum marginem ciliolatum glaberrimus. Petala venosa. Filamenta com- pressa, alterne petalorum et sepalorum basi affixa. Masculi fioris petala sepalis alterna, iisdem triente longiora , linearia , obtusa, sub- spatulata; filamenta cum petalis potiùs hypo-quam perigyna, demùni calyce longiora, basi a?qualia ; antherœ fertiles; ovarium ovoideum , breviter stipitatum , trigynum, ituperfectum. Foemiwei floris petala calyce paulô breviora , elliptico-lanceolata , geminatim approximata , et quasi duobus iulerioribus sepalis opposita ; filamenta cum petalis potiùs peri-quam hypogna, calyce breviora , linearia, basi valdè dila- tata ; anthera; castratac ; capsula sessilis , oblonga , calycem iequans , plerumquc trygina , sexvalvis : semel visa quinquevalvis cum stylis 3 , semel quinquevalvis cum stylis 2 , bis quadrivalvis cum stylis 2 ; ovula subduodena; semina 3-5, reniformia, tuberculata. /S Aggregata. A. caulibus floriferis I 1/2-2 uncias longis, foliis lineari-lanceolalis, acutis , subpungcntibus, ad nervum carinalcm pubescentibus , supernè laxissimis , distantibus , floribus 5-io, terminalibus, aggregatis , capi- talis , quiuquesepalis , pentapetalis , decandris. Caryophyllus saxatilii Ericae foliis , umbellatis corymbis. C. Baub. Prodr. ( 1671) p. io5. — Ejusd. Pin. edit. 2 a (1671), p. 211. — Magn. Bot.Monsp. (1676), p. 53. ic— Ray. Hist.II (1G88) p. io33.-Ant.Juss. in Barrel. Icon. (1714) P- 6j. — Quer FI. Espan. IV (1764) p. 75. Alsinc cricoides umbellatis corymbis. Magn. Hort. (iC. dans s - arncrictir.iv . avec une assez, bonne usure, sous le nom que Linné lui avait donne. Aublet eu publia e:uo:v une nouvelle gravure avec une description . et il v aouta une scconJe espèce sous le nom de lymnwmaiia adima qui n'est qu'une variété Je la première : M. Je l.amarck M décrivît une nouvelle très-distincte , apportée de Cayenne par M. Claude Richard, et qu'il nomma èV;:.- : I rn wM m M. Du Fetit-Thouars en recueillit une à MaJagascar que M. Persoon a publiée sous le nom de S .et qui ne diffère pas Je 17 L'auteur relève un grand nombre d'erreurs au sir'et de celte plante . commises par Ramier . Schultes et autres cncoie. Les espèces Je S* -rites ;us jour, se trouvent Déduites à Jeux. Le Mémoire nous rendons compte en renferme sept bien distinctes , pares des toges incomplètes, les semence? ne s.>nt point »th l'ange interné . mais sur \e sommet tronqué J«r< ei m To>lF III. ( 5o ) dont la plupart sont indigènes du Brésil, où elles ont été observées et recueillies par l'auteur. Le getire Lavradia, moins connu que le précédent , n'a pas été la source d'autant d'erreurs. Vandelli est le premier qui en ait parlé dans son Florce Lusitaniœ Spécimen 5 mais sa description et sa figure sont si mauvaises , que le Lavradia a été oublié pendant long-temps et regardé comme une plante ima- ginaire. Le Sauvagesia et le Lavradia présentent des faits assez remarquables relativement à la géograpbie des plantes. M. de Humboldt avait avancé qu'aucune plante dicotylédone n'était commune aux deux mondes. Le Sau- vagesia erecta fait une exception à cette loi. Cette plante croît au Pérou , au Brésil , au Mexique , aux Antilles , à Surinam , à la Guiane , en Guinée , à Madagascar. Les individus recueillis dans ces diverses contrées n'offrent Aucune différence , et il n'est pas croyable qu'une plante aussi peu remarquable , dont les graines ne sont ni ailées, ni accrochantes , ait été transportée , par les hommes ou par d'autres circonstances, sous des climats si divers et si éloignés. Les lieux au contraire où croissent les autres espèces du même genre , ainsi que les Lavradia , sont très-limités. Des douze espèces qui composent les deux genres men- tionnés ci-dessus, le Sauvagesia erecta est la seule à la- quelle on ait attribué des propriétés. Les Péruviens , suivant Ruiz et Pavon , l'emploient dans les affections de poitrine. Les feuilles sont mucilagineuses, et les nègres de la Guiane les mangent mêlées à leurs alimens. L'auteur traite ensuite de l'affinité du Sauvagesia avec les Violacées , affinités qu'il avait déjà établies en 18 16, ( Si ) dans un Mémoire imprimé parmi ceux du Muséum d'his- toire naturelle, et qu'il confirme encore par de nou- velles observations dont nous croyons devoir omettre tous les détails. Le genre le plus rapproché du Sauvagesia , est in- contestablement le Lavradia qui n'en diffère que par quelques caractères de la fleur dont nous avons déjà parlé. A la suite du Lavradia doit être placé un nouveau genre décrit par l'auteur sous le nom de Luxemburgia , qui a les plus grands rapports avec les deux précédens , et surtout avec le second ; et ces trois genres ne doivent jamais être séparés. Les Frankenia qui ont l'ovaire à une loge , les pla- centas pariétaux, des anthères dont le dos est du côté de l'ovaire , comme dans les trois genres précédens , doivent en être rapprochés, quoiqu'ils en diffèrent par le port, par leurs feuilles opposées et par quelques autres carac- tères communs avec les Caryophyllées. L'intervalle qui existait entre les Violacées et les FranJcenia , se trouve comblé par les genres Sauvagesia , Lavradia , Luxem- burgia, et le Frankenia, que M. deSaint-Hilaireréunità ce groupe, en établit la liaison, et conséquemment celle des Violacées avec les Caryophyllées qui se lient également aux F arony ciliées et celles-ci aux Fortulacées. L'auteur examine ensuite quels sont les autres groupes qui dans un sens opposé se rapprochent le plus des Sau- vagésies ou Frankenièes ; ce sont les Cistes , ensuite les Violacées, et cet arrangement est fondé sur la compa- raison" des caractères qu'offrent ces différens groupes , et sur la valeur relative de ces mêmes caractères. On avait déjà proposé de rapprocher les Drosera des Violacées ; et en effet les pétales et les étamines des Drosera éga- 4* ( 5a ) lemeut hypogynes et au nombre de cinq , leurs graines nombreuses , renfermées dans une capsule à une logt? et attachées au milieu des trois valves, les rapprochent évidemment des Violacées dont ils diilèrent cependant en ce qu'ils ont plusieurs styles et l'embryon placé à la base de la graine et non au centre , comme dans les Violettes , et qu'en outre les Drosera qui ont des tiges n'ont pas de stipules. M. de Saint-Hilaire dispose les groupes ou familles dont on vient de parler dans l'ordre suivant, savoir : les Droséracées , les Violacées , les Cistinées , les Franke- niées ou Sawagésiées , les Caryophy liées , les Parony- chiées et les Porlulacées. Les Polygala que M. De Candolle a rapprochés des Violacées ont en effet quelques affinités avec elles par l'irrégularité de leur corolle et par leur embryon placé au centre d'un périsperme charnu -, mais ils en diffèrent par un si grand nombre d'autres caractères, qu'il paraît douteux à l'auteur que ce rapprochement soit naturel , et il demande si les Polygala ne seraient pas mieux placés auprès des Sapindacées. M. De Candolle a séparé les Réséda des Capparidées , pour les rapprocher également des Polygala avec les- quels ils ont quelques rapports 5 mais M. de Saint-Hi- laire observe qu'on ne peut nier que les Réséda n'en aient de plus réels encore avec les Capparidées , par l'insertion de leurs graines aux parois du fruit porté sur un gynophore , par leurs étamines nombreuses et par l'embryon dépourvu de périsperme. Enfin il pense que si on les laissait auprès des Câpriers , et qu'à la suite des Réséda on plaçât les Polygalées , puis les Sapin- dacées , on conserverait , par cet arrangement qui lui ( 53 ) parait préférable ,*des rapports déjà établis par MM. De Jussieu et Adanson. L'auteur examine encore d'autres genres sur lesquels l'opinion des auteurs n'est pas uniforme et qui, suivant lui , appartiennent à la famille des Droséracées. Le D rosophyllum que Linné avait réuni au genre Drosera sans doute à cause de ses feuilles parsemées de soies glanduleuses et de sa fleur dont la structure est entiè- rement analogue à celle des Drosera , en diffère cepen- dant par l'insertion de ses graines à un placenta central libre, comme dans les Caryophyllées ; néanmoins, malgré cette différence remarquable, on ne peut l'éloigner des Drosera, dont tous les autres caractères le rapprochent. Le Dionœa muscipula dont l'auteur a observé avec soin les organes de la fructification a de grands rapports avec le Drosophyllum, et conséquemment cette plante singu- lière appartient aux Droséracées. La structure du fruit n'est pas toujours uniforme dans cette famille , comme on vient de le voir par le D rosophyllum, et le genre Ro- ridula que tous les caractères du port et de la fleur réu- nissent encore aux Droséracées , n'a qu'un seul style et un ovaire à trois loges , dont chacune ne renferme que deux ovules. Le Parnassia , genre dont les rapports sont assez dif- ficiles à établir, avait été mis par Adanson auprès des Cistes , et auprès des Drosera par M. de Jussieu. M. de Saint - Hilaire pense que, quoique le Parnassia n'ait aucune ressemblance avec les Drosera, ni par le port, ni par les formes extérieures , néanmoins les divisions de son calice , ses pétales et ses étamines hypogynes et également au nombre de cinq , sa capsule à une loge . ses graines , à la vérité dépourvues de périsperme , mais ( 54) ressemblantes à celle du Droscra rotundifolia , et atta- chées aux parois des valves , le rapprochent plus des Droséracées que de toute autre famille. L'auteur, après avoir décrit avec beaucoup d'exactitude les divers organes de la fructification des Droséracées, des Violacées, des Cistes, des Franheniées ou Sauvagé- siées , résume dans un tableau abrégé les caractères dis- tinctifs de ces diflerens groupes ou familles. Droséracées. Étamines en nombre défini ; anthères le plus souvent immobiles dont la face est tournée en dehors ; graines attachées à la paroi du péricarpe ou au fond de la loge-, déhiscence loculicide, quand les pla- centas sont pariétaux ; embryon le plus souvent très- petit , droit , conique , placé à la base du périsperme ; radicule tournée vers l'ombilic ; stipules axillaires ou nulles. Violacées. Étamines en nombre défini ; anthères im- mobiles dont la face est tournée vers l'ovaire ; placentas pariétaux ; déhiscence loculicide ; embryon droit , cylin- drique , placé dans l'axe du périsperme : radicule tournée vers l'ombilic -, stipules latérales. Cistinées. Étamines en nombre indéfini -, anthères ayant presque toujours la face tournée vers l'ovaire ; placentas asiles ou pariétaux-, déhiscence loculicide-, embryon diver- sement courbé et entouré du périsperme ; radicule et cotylédons tournés en sens contraire de l'ombilic -, sti- pules latérales ou nulles. Frankeuiées. Étamines en nombre défini ou indéfini ; anthères mobiles ou immobiles, ayant la face tournée vers l'ovaire ; déhiscence septicide ; embryon droit, cy- lindrique, placé dans Taxe du périsperme } radicule tour-; née vers l'ombilic ; stipules latérales ou nulles. ( 55 ; Dans la seconde partie de son Mémoire qui n'est pas susceptible d'analyse , M. de Saint-Hilaire expose les ca- ractères des genres Sauvagesia et Lavradia. lien décrit douze espèces dont sept appartiennent au premier, les cinq autres au second , et elles .sont accompagnées de dessins qui en représentent exactement toutes les parties. Ce travail renferme un grand nombre d'observations nouvelles d'un grand intérêt. Nous pensons qu'il mérite les éloges de l'Académie, et d'être imprimé dans les Mémoires des savans étrangers. Signé De Jussieu , Desfontaines , rapporteur. L'Académie approuve le rapport et en adopte les con- clusions. Mémoire Géologique sur le sud-ouest de la France , suivi d 'observations comparatives sur le nord du même royaume , et en particulier sur les bords du Rhin \ Par M. Ami Boue. ( Suite. ) Nous avons dit que les Pyrénées renfermaient , outre les Granités, d'autres masses non stratifiées, parmi les- quelles les Siénites doivent d'abord nous occiiper. Ces roches parfaitement caractérisées, c'est-à-dire composées de Feldspath lamelleux blanchâtre ou rou- geâtre , et d'Amphibole lamclleuse noirâtre ou verdâtre et à cristaux disséminés de Titane silicéo-calcaire, parais- sent être fort rares dans la chaîne des Pyrénées , du moins je n'en ai vu que deux exemples. L'un se trouve ( 56 ) autour de Betarram, les Siénites souvent assez chargées d'Amphibole semblent, autant qu'on en peut juger, se trouver au milieu de Schistes intermédiaires ou d'espèces de Grauwackes schisteuses, et elles y forment une espèce de mamelon, ou peut-être font partie d'un large filon, qui s'étend à l'est vers Saint-Pé et Lourdes, ou du inoins , qui reparait, çà et là, dans cette direction. La seconde localité de Siénite est le col de Lherz ; cette belle roche y est quelquefois fort décomposée , quand elle contient assez de fer sulfuré magnétique , et elle occupe un espace considérable sur le côté nord du Col et de la descente du Col à Vicdessos. Elle s'y trouve en contact , d'un coté, avec des masses granitoïdes et des Schistes cristallins ; et de l'autre avec la grande couche ou montagne de calcaire grenu de l'étang et de Col de Lherz. Si la véritable Siénite est si rare, par contre, une va- riété extrêmement chargée d'Amphibole ou plutôt une vé- ritable Diabase (Grunstein) abonde dans cette chaîne, et surtout dans la partie , qui se trouve entre le golfe de Biscaye et la vallée du Lez et de la Salât. Quelques masses semblables ressortent çà et là , sous les terrains tertiaires du département des Basses - Pyrénées et des Landes , comme près de Bayonne , de Bastènes et de Dax. C'est l'Ophite de M. Palassou et de beaucoup d'au- tres géologues français, et c'est la roche que quelques minéralogistes ont voulu assimiler au Basalte et même au Basalte tertiaire. Dans l'état actuel de la science, cette question se trouve toute décidée en observant que ces rochi's renferment constamment plus ou moins d'Epidote disséminé <>u en petits filons ^ et leur décomposition bizarre, leurs caractères particuliers et leur gissemenl près de tel ( 5 7 ) ou tel terrain , ne sont que des choses accessoires ou accidentelles qui ne doivent pas arrêter un instant le géo- logue expérimenté et instruit. Les Diabases des Pyrénées forment avec les Siénites , les Serpentines et les roches pyroxéniques, les masses non stratifiées les plus récentes de cette chaine, et elles parais- sent , d'après leur nombre , y occuper , jusqu'à un cer- tain point, la place des porphyres d'autres contrées in- termédiaires, qui manquent totalement dans les Pyrénées, ou plutôt elles servent à montrer que les agens ignés ont commencé à percer aussi cette chaîne , environ à la même époque qu'ailleurs, mais des circonstances locales les ont empêché de continuer leurs éruptions sous la l'orme porphyrique , comme cela a eu lieu dans tant d'autres contrées. Les Diabases (Ophite, Grunstein) ont été extrême- ment bien décrites , par M. Palassou, dans ses Mémoires sur lhistoire naturelle des Pyrénées (i). Ce sont des roches composées d'Amphibole lamelleuse et de Feldspath, qui renferment de petits nids ou de petits liions contemporains d'Epidote (Saint-Pé, Col de Mendé, Pouzac , Gaujac , Mont-Peyroux près de Dax). On y voit quelquefois un peu de Mica , comme à Come-Rover , près Labassère , et à Lurbe , dans la vallée d'Aspe. Plus rarement on y trouve disséminé du Fer oligiste (Mont-Peyroux, près Pouillon ), et du Fer sulfuré ( Biaritz ) , ainsi que de petits filons de Stil- bite ( pont de Pouzac , Poui d'Eous près de Dax ) ou des fentes tapissées de Cristaux de quartz hématoïde ( Poui d'Eous et d'Arzet , près de Dax ). M. Charpentier y a (i) l'oyez suite des Mémoires, 1819. ( 58 ) vu de petits filons de Prcchnite à Loubié (i), qui existeraient anssi , suivant M. Picot de la Peyrousc, dans le Granité de l'étang de Léon , près de Barèges. Les variétés de ces roches sont fort nombreuses et dépendent des différentes proportions deleurs parties cons" tituantes et de l'état de ces dernières •, les extrêmes de ces modifications sont , d'un côté , une belle Diabase presque grenue â grands cristaux d'Amphibole noirâtre ou ver- dâtre (Saint-Pé, Pouzac), substance qui paraît surtout bien cristallisée le long de petits filons noirs , verdàtres, et de l'autre une roche compacte noirâtre, très-amphi- bolique , ou bien plus souvent très-feldspathique , d'une teinte grise , noirâtre , et ressemblant à certains Phono- lites basaltiques (Basaltic. Klingstone Jameson ), comme près de Bastènes, au mont Loustavez, du Cournau , près de Brascmpoui, et au milieu du Pouid'Arzet, prèsde Dax. Ce sont ces dernières roches qu'on a voulu assimiler , de même que certaines masses assez semblables d'Egypte (Basalte statuaire ) aux Basaltes, mais ce dernier rappro- chement est, je le répète, uniquementfondésurlacouleur, car je n'ai jamais pu apercevoir de Pyroxène dans ces ro- ches. Néanmoins il faut avouer qu'à la première vue , plu- sieurs variétés de ces roches offrent un aspect assez semblable à certaines Doléritcs secondaires , surtout lors- qu'elles sont déjà dans un certain état de décomposition. Ces roches ne laissent apercevoir aucun indice de stratification ; elles sont simplement traversées de fentes , et elles présentent quelquefois des décompositions glo- bulaires (entre Bayonne et Biaritz , au Poui d'Eous ) , comme les Kugclfcls du Fichtelgebirge et les Dolérites (i) Voyez Palassou . supplément aux Mémoires , 1831, p. i3o- ( 5 9 ) de l'Ecosse , près de Gullon , ou bien elles montrent quelques traces d'une division prismatique colomnaire ou tabulaire , comme dans la commune de Saint-Pandelon , près de Dax. Ces roches paraissent dans les Pyrénées être fort sujettes à se décomposer , ou , pour parler plus correc- tement , elles s'y trouvent souvent dans un état qui, à nos yeux , paraît être une altération ou une espèce de décomposition spontanée ; c'est là ce qui semble avoir le plus étonné la plupart des géologues qui ont examiné ces roches ; mais au fond cet accident est très-commun et se retrouve , par exemple, dans le Fichtelgebirge , l'E- cosse, la Normandie ( entre Domfront , Mortain et Mayenne (1) ) et la Hongrie. En conséquence de cette cause , quelle qu'elle soit, les, roches qui, à l'ordiuaire, sont très-dures et verdàtres ,ou noires verdàtres, ou grises verdàtres , prennent d'abord une foule de teintes bizarres de gris , de gris-jaunàtre, de gris-bleuàtre, de gris-blancbàtre , de jaune de rouille, de brunâtre , etc. , comme cela se voit à Dax , à Bayonnc, à Come-Rover près de Bagnières , à Portet, etc. 5 de plus elles se désagrègent complètement en une espèce de sable qu'on emploie partout pour des usages domes- tiques. Lorsqu'on vient à examiner ces curieuses carrières , l'on trouve en général que le Feldspath est devenu, en grande partie , une matière stéatiteuse très-tendre , et que l'Amphibole a perdu beaucoup de son lustre , et n'y est très-souvent plus indiqué que par de petites taches [) Communication de M. Desnoycrs. ( 6o) noirâtres ou plus foncées que le reste de la masse ; néan- moins il parait que ce minéral uni aux parties feldspa- thiqucs les plus intactes , forme les parties sablonneuses. Les variétés les plus surprenantes de ces roches sont celles qui présentent des parties brillantes , comme du Mica ( Bastcncs ) , qui sont verdàtres , ou verdàtres vei- nées de blanc ou de jaune, et qui ne semblent former qu'une masse onctueuse voisine de la nature serpenti- neuse , et quelquefois employée pour dégraisser les étolfes. Au-dessus du pont de Pouzac existent de sem- blables roches. Ce procédéparticulier de lanature qui varie ainsi la cons- titution de ces produits, est très-difficile à expliquer en entier ; car si le fer sulfuré et le fer oligiste paraissent y Jouer rarement un certain rôle par leur décomposition et la combinaison de l'eau avec des parties ferrugineuses plus ou moins faiblement oxidées, la principale cause semble cependant dépendre d'autres combinaisons chimiques nouvelles , qui résultent peut-être des affinités que peu- vent avoir entre elles , soit les parties constituantes de ces roches, soit celles-ci , et les élémens de l'air et de l'eau. Ces masses sont ainsi intimement liées d'un côté aux serpentines et aux roches pyroxéniques , comme M. Pa- lassou l'a déjà démontré , et comme nous le dirons plus bas; et de l'autre elles sont unies étroitement aux Gra- nités des Pyrénées , qui présentent un Feldspath tendre ou une espèce de Kaolin , et qui paraissent les plus ré- cens. En effet , on voit à Pouzac , au-dessus du pont, la Diabasc traversée de petits filons de Granité , qui pro- viennent d'un amas de cette roche gissant à côté , et (6i ) de petits filons de Diabase se retrouvent aussi dans celte dernière masse granitique , et enfin les deux roches se désagrègent en un sable particulier (i). Cette description fait déjà voir que le dépôt de ces roches a le plus grand rapport , soit avec les Siénites de l'île d'Arran , et certaines roches semblables du Thurin- gerwald , soit avec les Diabases du Fichtelgebirge et les Diabases orbiculaires de Corse , qu'il ne faut pas con- fondre avec le Porphyre orbiculaire de la même île. J'ai cependant observé sur le côté nord d'une butte de Diabase , près de Ri mont , à la descente du Pastouret , un accident qui n'a pas encore été remarqué ailleurs. On y voit distinctement la Diabase se lier à une espèce de Tuf fort bizarre , composé de morceaux de Diabase dé- composée, et d'une roche feldspathiquebrune-rougeàtre, quelquefois très-boursouiïlée à la manière des laves. La base de cette roche est une matière terreuse ou wacke 'verdàtre , grisâtre ou brun - rougeàtre , qui renferme beaucoup de petits filons calcaires et des noyaux de chaux carbonatée et d'une Stéatite verdàtre : c'est, en un mot, le pendant de certains Tufs trappéens , des colonnes trappéennes ou basaltiques 5 et même ces fragmens de Diabase rappellent par leurs teintes brunes-noirâtres les anciennes scories plutoniques. Ceci tend encore à mon- trer l'origine très-récente de ces Siénites , quoiqu'on ne puisse pas dire pour cela qu'on a là un Basalte 5 car la Diabase est très-distincte , et elle est évidemment recou- (1) Si M. de Charpentier, sorti depuis long-teuaps.de l'atmosphère systématique de l'école de Freiberg , visitait maintenant les Pyrénées , il ne placerait pas le Granité de Pouzac parmi les roches primitives {V. p. 170), et l'Ophite du même lieu parmi les Trapps secondaire* (f^. p. 538). L'homme de 1824 n'est plus celui de 1808. (6a ) verte , même à ces endroits tufacés cl scorifics , par des masses de grès bizarres. De plus , les blocs de Diabase amygdalaire qu'on ren- contre dans les vallées des Pyrénées ( gave de Navar- rains, etc.), montrent que les autres amas siénitiques ont eu probablement aussi leurs parties scorifiées. Le gissenient de ces roebes acbève de démontrer leur étroite liaison avec les autres amas granitoïdes ; c'est ce qu'a démontré admirablement le savant M. Palassou , et c'est ce qu'a méconnu un géologue aussi estimable que M. de Cbarpeutier. Les Diabases forment au milieu des Scbistes et des Calcaires intermédiaires des espèces de bandes plus ou moins longues, ou plutôt ces roebes se trouvent dans de véritables filons , ou , si l'on veut, des fentes qui reparaissent cà et là, en suivant une certaine direction , et qui le plus souvent traversent les couches presque parallèlement au plan de leur stratification , au lieu de couper ces dernières sous des angles plus ou moins grands. Néanmoins çà et là ce dernier caractère y est très -distinctement marqué , comme l'a fort bien observé M. Palassou , près de Saint-Jean-Pied-de-Port, au sud d'Alaxa , et près de l'église de Saint-Engrace , dans le pays de Soûle, etc. (i). Je vais donner quelques exemples de tels filons de Dia- base (2). Un des plus distincts se trouve entre Bettaram et Lourdes -, les couches de Schiste et de Calcaire courent dans cet espace en général, environ d'ouest à l'est, ou (1) f^oyez suite des Me'moires, 1819, et Supple'nient à ces Me'- moires, p. 127. (1) Pour la distribution des masses de Diabase, voyez les Me'moires sur l'Ophite de M. Palassou, et. la Carte ge'olog. dos Pyréne'es de M. Charpentier. (6i ) de l'ouest nord-ouest à l'est sud-est, et leur inclinaison presque toujours très-forte est au sud-ouest. De Bettaram à Saint-Pé l'on ne voit que des roches argileuses ou cal- caires , du moins les alluvions et le lit du gave de Pau empêchent peut-être d'apercevoir les Diabases ; car ils occupent justement la place où on devrait en attendre. Mais après Saint-Pé , sur la roule , se montre une masse 6erpentineuse appliquée d'un côté contre des Calcaires et des Schistes intermédiaires , et de l'autre couverte d' al- luvions ou de terre végétale. A dix minutes plus loin des masses presque verticales d'un Calcaire compacte ou à demi - grenu , blanchâtre ou grisâtre , encaissent un fdou ou une masse de Diabase d'environ cent pieds d'é- paisseur. On voit distinctement de la monticule que la Diabase , du côté nord de la route , vient en contact avec la roche intermédiaire , tandis que la même masse descend jusque dans le lit du gave pour s'appuyer presque sur le Calcaire qui s'élève en muraille à quelques toises de distance. Il paraîtrait même , si l'on peut se fier à quelques indices , que la fente rçmplie incline au nord et court environ de l'ouest nord-ouest à l'est sud-est. A dix minutes plus loin la rive septentrionale du gave présente dans la même direction une colline ou mamelon presque isolé qui se trouve aussi composé d'une belle Dia- base épidotique , et qui s'adosse contre des Schistes in- termédiaires. Au-delà ce n'est qu'au nord de Lourdes , et entre cette ville et Bagnières , qu'on revoit çà et là , toujours à peu près sur la même ligne , des niasses de Diabase -, tout le reste de la contrée ne présente que les Schistes et les Cal- caires intermédiaires ordinaires. Un second exemple se trouve entre Cierp et Portet : ( 64 ) l'on voit d'abord paraître à l'ouest de Saint-Béat , entre une grande eouche de Calcaire grenu et des Schistes in- termédiaires , un massif de Diabasc qu'on revoit en petit mamelon en contact avec le Calcaire, à l'est du même bourg, sur la route du col de Mendé. Sur ce col elle forme aussi une butte à côté de Calcaires grisâtres quelquefois coquilliers ; plus loin au col au-dessus de Portet, on la revoit entre des Schistes , puis à la descente de Portet encore entre des roches semblables et des Cal- caires saccharoïdes grisâtres , et enfin à Portet même. En jetant les yeux sur la carte, l'on verra que ces différentes masses se trouvent à peu près dans la même direction ; mais il n'y a guère de probabilité qu'elles ne coupent pas çà et là le plan des couches intermédiaires sous des angles assez aigus» Les amas semblables entre Rimont et Saint-Girond sont aussi sur une ligne qui court du nord-ouest au sud- est , et les buttes près de Rimont sont enveloppées et recouvertes de Grès bigarré , tandis que la masse de Baillard est presque entièrement cachée sous un Calcaire secondaire bréchilornfe, qui correspond au Muschelkalk des Allemands, ou bien au Calcaire jurassique magnésien. Dans le département des Landes , les éminences ellip- tiques deDiabase qui se montrent çà et là sous les ter- rains secondaires et tertiaires , paraissent aussi situées l'une à la suite de l'autre dans une certaine direction; ainsi les Diabases du Poui d'Eous ou d'Eure , de Saint- Pandelon , du Poui d'Arzet dans la commune de Sau- gnac , de Bastènes et du mont Caut à Jauzac , et les buttes de Hon et de Peyres Neyrcs, se trouvent situées dans une direction de l'ouest nord-est à l'est sud-est. Enfin M. Palassou cite une foule d'exemples sem- ( <>5 ) blables, comme dans \n vallée d'Aspe , etc. C'est proba- blement la décomposition de ces roches et leur gissement particulier dans des crevasses qui se sont entr'ouvertes cà et là , qui font que quelquefois on ne les découvre que très - difficilement , quoiqu'on en voie des blocs épars, comme cela m'est arrivé dans une longue tour- née que j'ai faite inutilement dans les montagnes au sud de Saint-Pé, oùles ruisseaux abondent en blocs de Diabase. Les Pyrénées renferment encore assez rarement des roches siénitiques plus ou moins porplijriques • ces roches sont tantôt des roches de Feldspath compacte , grisâtre ou gris jaunâtre, ou verdàtre , ou noirâtre et à cristaux d'Amphibole, oiibiendes espèces deSiénitesporphyriques passant à des roches feldspathiques. Les premières roches forment dans les Schistes inter- médiaires des filons ou des espèces de couches qui sont fort minces , en général , de quelques pieds d'épaisseur, et rarement on y voit quelques petits filons d'Asbeste et d'Axinite comme au Pic d'Éreslids. On voit deux filons semblables au défilé de l'Echelle entre Gèdre et Luz et près de Barèges ; on en rencontre en allant au Tourmalet et au Pic du midi 5 M. Palassou en cite encore d'autres , et M. Charpentier en a fait son Trapp primitif. Les surfaces de ceux de l'Echelle sont singulièrement bosselées , et il s'en détache de petits filons remplis à moitié de quartz, qui se prolongent dans les Schistes as- sez fendillés , dans quelques points , près de ces masses étrangères. Entre Luz et Gèdre, j'ai aussi trouvé des blocs d'une roche feldspathique semblable à du Quartz dodécaèdre. L autre variété de la roche siénitique se trouve à l'en- TOME III. 5 C 66) droit où la route deNalzen vient aboutirau grand chemin de Tarascon à Foix ; des roches taillées à pic présentent là une section tout-à-fait remarquable. Au sud se trouve du Granité et du Gneiss courant du nord-ouest au sud-est et s'inclinant au nord-est , puis l'on voit suivre, en allant au nord, un Calcaire noir mêlé de parties schisteuses et traversé de petits filons calcaires , puis un Calcaire gris rougeâtre aussi impur et à druses de chaux carbonatée et de chaux carbonatée ferrifère et même à nids de fer spathique. A côté se trouve un massif siénitique, qui présente dif- férentes masses fort bizarres ; d'abord c'est une Siénite porphyrique assez distincte , puis une roche feldspathique jaunâtre à petits filons calcaires et à petits rognons ferru- gineux, une masse semblable fort décomposée et fer- rugineuse rouge brunâtre et ensuite la même roche jau- nâtre à petits filons ferrugineux et semblable à certaines masses porphyrîques bizarres deStonehaven en Ecosse (i). Enfin vient une roche feldspa thique blanche rougeâtre , à petits filons ferrugineux, qui est intimement liée aux masses précédentes, et entre ces roches et le Calcaire se trouve une roche noirâtre fort dure à petits filons qui ont quelque ressemblance avec le Schiste siliceux, et un lit noirâtre imprégné de Fer oxidé hydraté et d'une nature méconnaissable. Au-delà de cette Siénite se trouve une couche de Calcaire noirâtre et jaunâtre, et après cela des Schistes, dont quelques-uns sont noirâtres fort compactes et durs. Les Serpentines ne sont pas communes dans les Py- rénées ; elles sont, en général, d'une teinte noire ver- (t) Koyez mon Essai géologique sur l'Ecosse, p. 137. (67 ) dâtre , et elles ne m'ont pas paru renfermer beaucoup de parties ferrugineuses et point de Fer chromé. Elles sont intimement liées aux Diabases , qui prennent , comme nous l'avons vu quelquefois , un aspect serpenti- neux, dépendant peut-être de l'accumulation des écailles de Mica talqueux ou de Talc, qui sont, du reste , rare- ment disséminées dans ces roches. C'est ce qui se voit bien , par exemple , près du pont de Pouzac où ces parties talqueuses , bizarres ? renfer- ment quelquefois des fragmens ou des rognons de Calcaire grenu , et même le Calcaire dans le voisinage semble pé- nétré de ces matières talqueuses. D'ailleurs je n 1 ai aperçu dans les Pyrénées ni Eupho- tides, ni cristaux de Diallage dans les Serpentines, et ce- pendant de petits filons d'Asbeste roide ou d'Amianthe ( Saint-Pé ) sont assez fréquens dans ces roches. Dans ce cas-ci, cette substance serait, peut-être, une variété d'Amphibole , tandis que dans d'autres localités et d'au- tres roches l'on sait que de semblables masses fibreuses ou filamenteuses appartiennent soit au Pyroxène, soit à l'Kpidote , soit même à la Tourmaline et peut-être aussi à la Diallage. (Collection de M. le comte deBournon. ) De ces faits l'on serait presque tenté de croire qu'il y a plusieurs espèces de Serpentines ou que plusieurs roches* composées , surchargées de matières talqueuses , donnent naissance à des Serpentines. L'intime liaison connue de l'Euphotide et de la Ser- pentine obligerait , d'abord , d'admettre une Serpentine diallagique , qui serait l'espèce la plus répandue, la plus variable en couleur et peut-être la plus riche en matières ferrugineuses } on aurait ensuite une Serpentine amphibo- lique moins connue et même une Serpentine pyroxénique 5 V (68 ) plus rare encore , car on ne peut nier que certaines Do- lentes ou roches pyroxéniques n'offrent aussi çà et là un aspect et même un état serpCntineux fort remarquable , comme, par exemple, à l'île d'Inchkolm en Ecosse, etc. D'ailleurs la Serpentine semble elle-même indiquer cette triple origine , en renfermant non-seulement diffé- rentes variétés de Diallage , mais encore dos Amphiboles et des Pyroxènes ,deux minéraux bien peu différens. D'après cela on ne doit pas s'étonner de voir , dans les Pyrénées , les Serpentines ne former que des por- tions de filons de Diabase ou quelques-uns des mamelons epars de ces fdons , comme cela s'observe à Saint-Pé et dans la vallée de Barétons (i). Les Pyrénées renferment encore une quatrième roche non stratifiée , qui est le Pyroxène en roche ; il y est assez rare, il forme des roches compactes à parties gre- nues , d'une teinte verdàlre ou noir verdàtre 5 il est pres- que uniquement composé de Pyroxène noir ou vert , plus ou moins mal cristallisé et confusément groupé , et rare- ment ily a quelques lamelles de Mica, de la Stéatiie, etc. La roche est traversée de petits filons d'une teinte S moins foncée qu'elle , et où les cristaux sont plus net- tement prononcés. Les montagnes de Pyroxène offrent à Lherz un amas de rochers bizarrement arrondis , fort durs et peu favorables à la végétation , même à celle des Cryptogames. On trouve ces roches surtout près du col de Portet , où elles paraissent former avec des Diabases une partie d'un filqn ou dune fente remplie , mais la plus grande masse est, comme Ion sait, autour de l'étang de Lherz, 1) p^JttyjBZ Palasson, suite des Mémoires, 1819, p. 120. (6 9 ) ioù elle a son gissement à côté des Granités et des Siénites an milieu d'un des côtés -d'une grande couche de Calcaire- | grenu. Cet amas considérable ou cette espèce de colonne pyroxénique parait même, sur le côté sud du col de Lherz, supporter une masse de ce Calcaire; du moins on le voit disparaître au-dessous d'une monticule de cette roche et reparaître en-dclà. De plus sur le côté nord-ouest de la masse de Pyroxène , il s'est formé çà et là , probable- ment lors de son soulèvement , une espèce de salbande composée d'une brèche de Pyroxène et de Calcaire gre- nu ou plus exactement de morceaux de Calcaire empâtés dans la matière pyroxénique (i). Les dépôts secondaires des Pyrénées ne m'ont pas offert de Grès rouge nouveau ou de véritable Todtlie- gende des Allemands (New red sandstone de M. Buck- land ) 5 du moins dans toutes les vallées que j'ai visitées je n'ai rien trouvé qui me rappelât cette formation, quoi- que j'aie cependant aperçu, çà et là, comme à Cierp , près de Coledoux, etc. , des roches de transition fort gros- sières, des Poudingues quartzeux ou à débris déroches plus anciennes , qui m'ont paru correspondre avec la Grauwache la plus récente de l'Allemagne et le old red sandstone d'Angleterre et d'Ecosse. Au reste les Pyrénées n'offrant pas de Porphyres , il est tout, naturel qu'on ne doive pas y trouver le Todtliegende ou l'agglomérat po.r- phyrique par excellence. Quant au terrain houiller, je n'en ai point observé de véritable dépôt ,• mais peut-être qu'il est faiblement remplacé par des roches arcnacécs impressionécs , qui sont intimement liées à un Calcaire secondaire qu'on (1) Comparez ce que dit là-dessus M. île Charpentier,, p. 2Ûi- ( 7° ) doit, peut-être , se hasarder à placer en parallèle avec «le Zcchstein ou le Magnesian limestone (1). Ce dépôt offre des Grès gris marneux ou argileux, souvent micacés , à impressions végétales ou légèrement charbonneux, qui alternent en lits minces entre eux ou avec un Calcaire. Cette dernière roche est compacte à cassure esquilleuse en petit , souvent plus ou moins mar- neuse , noirâtre , grise noirâtre et grise claire , et à petites veines spathiques , comme cela se voit à Castetarhet et sur les montagnes autour du Cirque de Gavarnie, où ces roches placées sur le terrain de transition se distinguent si éminemment par leur stratification parti- culière et leurs montagnes escarpées. Quelques Ammo- nites, des Peignes, des Caryophyllites , des Encrines et surtout des Nummulites , des Huîtres crêtées et d'autres Bivalves indistincts , sont les restes organiques les plus fréquens de ces roches. Rarement ce Calcaire paraît se présenter sous une forme qui approche de celle de la Rauchwache des Allemands ; c'est alors une roche gris de cendre mar- neuse ou demi -terreuse et poreuse , qui renferme du bitume et des cristaux de soufre , comme , par exemple , au moulin de Monique, dans la commune de Saint- Boës près d'Orthès , où l'on est frappé de la ressem- blance de ces masses avec les Calcaires à soufre de Bex et de TarnowitZj et où ces roches donnent naissance à une source sulfureuse contenant du pétrole. La formation du Grès bigarré (Red Mari, Bunter Sandstein , Macigno) est fort abondamment répandue sur le pied des deux versans des Pyrénées , et surtout , (\) Pour M. Conybeare c'est du Grès vert. ( 7< ) à ce qu'il paraît, du côté de l'Espagne, dans la grande vallée de l'Ebre. Sur le côté de la France ce Grès forme une espèce de bande interrompue le long du pied de la chaîne , ou bien il paraît même , çà et là , dans la plaine tertiaire , comme au sud de Dax , où il se trouve en lambeaux épars , plus ou moins considérables , dans un grand nom- bre de vallées des Pyrénées et même assez en avant dans ces cavités , comme près de Lacour , de Lecum- berri , de Mendive , et dans les vallées de Barétons et de Lourhiborre. Les portions les plus considérables sont près de Saint- Girons, et entre cette ville et Rimont , près de Dax, dans la commune de Saint-Pandelon , près de Bastènes , de Gaujac et de Brasempoui , etc. Comme certaines masses de Diabase et de Schistes anciens (i) ressortent dans la plaine , et que plusieurs vallées des Pyrénées doivent peut-être en partie leur existence aux Diabases et à leur désagrégation , il n'est pas étonnant de trouver quelquefois ces amas encroûtés de Grès bigarré, comme cela a lieu au Poùi d'Eous , à Saint-Pandelon , au Poui d'Arzet , à Rimont, etc. , et de voir, d'une autre part, quelquefois à côté des buttes ou des mamelons isolés de Diabase des vallées des Pyrénées, des lambeaux de Grès bigarré. / D'ailleurs , il est même possible que la destruction des premières roches et leur nature , aient contribué , en partie , à donner au Grès bigarré sa qualité éminem- (i) Ces petites masses de Schiste qui accompagnent çà et là les buttes de Diabase dans la plaine, ont été prises quelquefois , par des savans du pays , pour de la Diabase schisteuse , comme par exemple, à Cocainat au mont Peyroux près de Pouillon. ( fr»J ment argileuse , et même , peut-être conjointement avec les Granités , sa couleur généralement rouge. C'est néanmoins du voisinage accidentel de ces deux dépôts qu'on a voulu conclure, d'après les apparences trompeuses de superposition, que la Diabase était posté- rieure au Grès bigarré; déduction tout-à-fait fausse (i), puisque l'on voit, dans beaucoup d'endroits, le Grès bigarré reposer sur la Diabase , comme nous venons de le dire. De plus à Rimont, à la descente du Pastouret, et dans une autre localité voisine , où le Grès bigarré a l'air de s'enfoncer sous la Diabase , je me suis assuré que décidément ce Grès ne remplit là qu'un petit angle rentrant de cette dernière roebe , que c'était une appa- rence de carrière tout-à-fait trompeuse que j'ai déjà môme détruite , en faisant faire une tranchée dans une partie de cette sinuosité ainsi remplie par des lits arénacés in- clinés en partie, de manière à s'enfoncer sous la Dia- base. D'ailleurs , le contournement d'une portion de ces couches de Grès ne parait être que le résultat de ce gissement particulier, et enCn la cime de la colline même de Diabase du Pastouret montre déjà la fausseté de cette superposition supposée, puisqu'elle est recouverte , vers le nord , de couches de Grès bigarré ayant la même in- clinaison au nord que celles du pied sud de la butte. Le. Grès bigarré des Pyrénées ne m'a présenté, en gé- néral , que la partie marneuse de cette formation , il offre des alternations de couches assez minces et assez inclinées de marne rougeàtre , jaunâtre , jaune verdâtre , grisâtre et crise foncée. Ces roches renferment des nids (i) Voycn à ce sujet le6 beaux Mémoires de M Palassou , suite des Mémoires, p, 396, et le supplément , p. 122. C 7^ ) et de petits filons de chaux carbonatée , mélangée de marne ou bien d'une marne fort calcaire , et elles sont , presque toujours, accompagnées de rognons plus ou moins grands , ou de nids de gypse compacte ( Lacour ) , semi-grenu ou fibreux , d'une teinte blanchâtre , rou- geàtre ou grisâtre , et le gypse fibreux y forme souvent de petits filons. Des cristaux simples ou groupés de quartz hématoïde (Hyacinthe deCompostelle) prisme (Pouid'Arzet, etc.) et d'Arragonite (prisme à six pans et groupe symétrique de M. Haùy)y sont abondans dans quelques couches. Cette dernière substance se trouve assez rarement dans certaines marnes grisâtres , comme à Bastènes , dans le lieu dit Morat , et en Espagne. LaGlaubérite et même la Phosphorite terreuse ont pro- bablement le même gissement. Cette opinion se fonde sur ce qu'on a écrit sur ces minéraux et sur la quantité prodi- gieuse de soude sulfatée que déposent les eaux de la sa- line de Corcaballana dans la Manche (1). On. voit aussi dans les marnes quelquefois des cris- taux de Fer sulfuré jaune , etc. On y trouve rarement des espèces d'amas subordonnés , ou de bancs de Fer oli- giste écailleux ou micacé , plus ou moins mélangé de marne , comme à Bastènes dans le chemin de la Hontan- nette et dans la lande de la Hernie ; et celte même substance se trouve quelquefois disséminée en lames dans le gypse grenu , compacte ou spathique gris de la lande de Baylongue dans le quartier du Mon t-Pey roux , près de Pouillon. Ce dépôt paraît donner naissance à plusieurs sources (ri IVIolls neue Jahrbuch , vol. 5. ( 74) minérales , telles que la source chaude hydrosulfureuse de Tercias , celle d'Alemblat, près de Donzat , etc. , et aussi à beaucoup de sources salées , comme au pied nord du Poui d'Arzet et dans plusieurs points du départe- ment des Landes ou du pied des Pyrénées , à Salies , à Camon , etc. ; mais la proximité de*la mer fait que ces sources sont presqu'entièrement négligées ou utilisées seulement par les paysans du voisinage. La même cause retarde aussi la découverte des bancs salifères , que recèle probablement cette formation. Du côté de l'Es- pagne l'on fait, au contraire, usage du grand nombre de ces sources , ainsi que du sel en roche que renferme ce même dépôt dans plusieurs endroits de l'Arragon, comme à Pampelune , à Cordona , etc. Les couches de cette formation n'ont naturellement pas de direction et d'inclinaison fixe , puisqu'elles se sont accommodées à la surface inégale des dépôts antérieurs ; aussi elles sont peu inclinées dans quelques endroits , comme entre Rimont et Saint-Girons *, et ailleurs elles sont presque verticales, comme près de Bastènes , où elles s'appuient contre un mamelon proéminent de Diabase , et comme près de Talamon et au pied nord du Poui d'Arzet, où les alternations bizarres de ces marnes rap- pellent tout-à-fait certains points de la Westphalie et du Mansfeld. De plus , dans cette dernière localité , l'on observe , parmi les couches supérieures des marnes , deux lits de quinze à vingt pieds d'épaisseur d'un Calcaire gris. Ces masses sont séparées par quelques argiles et par un lit d'une espèce de brèche marneuse rougeâtre empâtant les morceaux du Calcaire le plus inférieur. Ces roches sont tout-à-fait analogues à ces lits calcaires qui se trou- c 75 ) vent , çà et là , autour du Hartz , subordonnés aux marnes bigarrées , placées immédiatement sous la formation du Muschelkalk ou du second Calcaire secondaire. Le Cal- caire est compacte , à cassure conchoïde en grand , et csquilleux en petit -, il est quelquefois légèrement fétide-, il laisse souvent apercevoir , surtout dans la coucbe infé- rieure , cette structure oolitique particulière des véri- tables Roggenstein du Mansfeid , qui est bien différente de celles des Oolites testacés jurassiques. Ces petites con- crétions globulaires se décomposent aussi , çà et là , en une marne terreuse , et laissent enfin de petits vides , qui donnent à ces Calcaires le même aspect que certaines parties du Muschelkalk de Warburg , placé très-près du Grès bigarré (1). Enfin , on y observe rarement des I3i- valves et de petits Univalvs turbines indistincts. Des Calcaires semblables , grisâtres et noirâtres , exis- tent aussi près de Pouillon , et l'on observe près de Ri- mont , les marnes du Grès bigarré , alternant d'abord avec un Calcaire noirâtre ou grisâtre, et recouvertes en- suite d'un Calcaire compacte grisâtre ou noirâtre, qui m'a paru appartenir au Muschelkalk \ et supporter le Calcaire jurassique à gryphites ou le Lias anglais, ou bien la Dolomie et d'autres assises jurassiques. Il est probable que ce dépôt existe encore, çà et là, au pied des Pyrénées , dans une position semblable , et il y est suivi , comme ailleurs, par le troisième Grès se- condaire , ou le Quadersandslein et le Calcaire jurassi- que , qui sont plus ou moins liés l'un à l'autre. Le Quadersandstcin paraît former tout le long du (1) Voyez mon Mémoire sur l'Allemagne dans le Journal de Phy~ sique , t. 95. ( 7*:) pied des Pyrénées un dépôt d'une épaisseur assez consi- dérable au-dessous du Calcaire du Jura, quoiqu'il pa- raisse manquer accidentellement, çà et là, par la super- position de ce dernier dépôt sur le Muschelkalk ou le Grès bigarré. Il abonde surtout dans les départemens des Basses- Pyrénées , de l'Arriège et de l'Aude -, il y offre des Grès plus ou moins schisteux , quartzeux , marneux , fins ou grossiers ; ils sont çà et là désagrégés en sable , et sur- tout micacés; quand ils sont schisteux, ils renferment quelquefois des rognons d'argile ou de marne , comme près de Loubeing , .et il y a dans certains lits des nids de Fer hydraté qui , quelquefois, forme le ciment de cer- tains Grès grossiers ou poudingues , comme près du village de Loubeing. Ces Grès alternent avec des marnes plus ou moins sablonneuses , jaunâtres , grisâtres , jaunes brunâtres ou rougeâtres , ou avec des marnes schisteuses , micacées , grises noirâtres , comme près de Nalzen , ou enfin avec des Calcaires marneux grisâtres ou jaunâtres , et des lits de Calcaire jurassique , comme dans les Basses-Pyrénées. On y rencontre assez souvent des débris de végétaux réduits à l'état de lignite terreux ou de jayet , mais ces impressions sont presque toujours fort indistinctes , et pourraient cependant renfermer quelques restes de plan- tes marines , cemme cela se voit dans les masses de Grès entre Ogenne et Navarreins et près de Nalzen. Ces amas de végétaux ont été quelquefois assez consi- dérables pour produire des lits de Lignite, qui méritent rarement d'être exploités comme cela a lieu dans les Cor- bières , dans le département de l'Aube. Des corps marins s'y rencontrent aussi même dans ( 77 ) les lits qui renferment tics débris de végétaux 5 ainsi , près d'Ogenne , il y a des pétrifications qui peuvent provenir de quelques espèces de la famille des Isis. Le Calcaire jurassique forme au pied des Pyrénées une bande presque continue et assez large , qui ne parait se rétrécir qu'au pied du milieu de la chaîne, des deux côtés de la vallée de Bagnères de Bigorre, où le Calcaire est ré- duit à Montgaillard à une très-petite masse. Néanmoins ce rétrécissement n'est qu'un effet du recouvrement des terrains tertiaires qui , avec les alluvions modernes des Pyrénées , nous cachent souvent des portions considé- rables de ce Calcaire , et en isolent même sur le pied nord-ouest et nord-est des portions qui servent à mon- trer d'une part l'étendue de ce dépôt , et de l'autre sa liaison avec l'immense masse jurassique qui remplit pres- qu a elle seule toutes les parties basses du grand bassin du sud-ouest de la France. L'étude de l'ordre de superposition des étages du Calcaire jurassique des Pyrénées ne peut être faite par un géologue voyageant rapidement , ou du moins il ne peut les classer que d'après l'analogie avec d'autres districts de ce Cal- caire \ car outre que plusieurs masses calcaires se trou- vent isolées au milieu de terrains plus récens , comme àTercis, à Pouillon, à Montgaillard, etc., et qu'elles y ont, avec la craie ou des terrains plus anciens, des positions inclinées et bizarres , l'on aurait besoin de beaucoup de temps, pour rattacher ensemble les masses éparses dans les montagnes jurassiques considérables , telles que celles de l'Arriège et de l'Aude , et pour classer le tout suivant la nature. ( La suite au prochain numéro. ) ( 7» ) Extra.it d'une lettre de Van Hassclt , datée de Buiten- zorg(îlede Java), le 12 août 1821 , sur les Biphores. (Algem. Konst en Letterbode , 1822. ) L'ingénieux Savigny( voyez son troisième Mémoiresur les Animaux sans -vertèbres ,p. 1 1 3) indique ainsi qu'il suit la circulation vraisemblable du sang dans les Ascidies simples. «Un des vaisseaux du coeur reçoit, à ce que » l'on dit , tout le sang des branchies, il prend le nom » de veine pulmonaire *, l'autre plus long est l'aorte , qui » distribue le sang aux diverses parties du corps. » Il ajoute dans la note a : « L'Ascidie n'a, comme les Gas- » téropodes et les Acéphales , qu'un ventricule gauche » ou aortique , et il n'y a point de ventricule à la réu- » nion de la veine-cave et des artères pulmonaires. » Il résulte évidemment de ces passages que l'auteur ne présume pas de différence entre la circulation probable dans les Ascidies simples et celles des mollusques dont il a fait mention. Le même savant, dans la suite du Mé- moire, pag. 124, indique aussi le rapport qui existe entre les Ascidies et les Biphorcs , et il en vient au ré- sultat , que du moins pour la circulation il n'y a point de différence essentielle entre ces animaux. Telles étaient aussi nos idées sur l'organisation des Bipbores , mais nos propres recherches nous ont prouvé que leur circulation non-seulement est très-différente de celle des animaux auxquels M. Savigny les compare ; mais qu'en vérité ce phénomène s'exécute d'une manière jusqu'alors sans exemple dans les animaux : voici ce que nous avons remarqué à ce sujet : Un vaisseau grand et long (aorte, suivant Savigny) ( 79) part du cœur «lu côté de la partie antérieure du corps ( la partie postérieure , suivant Cuvier ) , et se divise en un grand nombre de branches , qui se subdivisent , s'anastomosent et se répandent dans diverses parties du corps. Ces ramifications sortent les unes des autres sous des angles droits et se recourbent ensuite la plupart en arc, ainsi que l'a observé M. de Chamisso, de sorte qu'à l'exception de ceux qui vont en travers , tous ces petits vaisseaux ont une direction opposée à celle du vaisseau principal , c'est-à-dire qu'ils se dirigent d'arrière en avant , tandis que l'aorte se dirige de devant en arrière. A l'extrémité postérieure du cœur on observe deux vais- seaux qui répondent aux veines pulmonées , suivant M. Savigny ; ils se distribuent également dans le corps de l'animal en s'anastomosant avec des rameaux du grand vaisseau principal (aorte, Sav. ) Mais ce qu'il y a surtout de remarquable et de singulier dans cette cir- culation, c'est que le sang ne coule pas toujours du cœur à l'aorte pour se répandre de-là dans lés diverses par- ties du corps •, mais qu'après avoir coulé ainsi pendant quelque temps on le voit s'arrêter tout-à-coup et prendre une direction absolument opposée. En vérité le sang se rend alors par les artères et l'aorte au cœur , et de-là par les veines pulmonaires et leurs anastomoses , il re- tourne dans les artères et l'aorte. Lés contractions du cœur, en général très-régulières } diminuent de vitesse à l'approche d'un tel changement périodique de circu- lation , et ce fut dans ces circonstances que nous vîmes le sang s'arrêter et môme reculer un peu , jusqu'à ce qu'une contraction générale du corps le détermina à prendre la direction opposée. La durée de ces circulations opposées n'est pas tout-à-fait la même ; nous avons vu (8o ) le sang couler pendant trois quarts de minute du coeur à l'aorte , et, pendant ce temps , il y eut quarante-deux contractions du cœur ; mais il fallait ensuite un tiers de minute au sang pour refluer des artères au coeur et aux veines pulmonaires, et dans cet intervalle nous comptâmes soixante- deux pulsations. Tout ce phénomène tient à l'organisation du coeur et à la manière dont il se contracte, les vaisseaux y sont absolument passifs. Ce coeur , comme d'autres l'avaient déjà remarqué, semblable à un sac tubiforme, est enfermé près du nuclcus dans un péricarde immobile ; mais , ce qui est bien important , ces contractions se font dans une direction de spirale, dont les mouvemens ressemblent au mouvement péristaltique des intestins. Le sang du Biphore est un fluide séreux rempli de petits globules blancs qui se rangent en chaînes pour passer l'un après l'autre dans les petits vaisseaux. Comme ces globules sont assez consistans , cela produit néces- sairement une résistance dans toute la masse du sang, qui finit par vaincre la force répulsive du coeur, après s'être arrêtée un moment ; le coeur prend alors un mou- vement de spirale contraire au précédent. Il s'ensuit de tout cela ; i°. Puisque le sang est poussé tant en avant qu'en ar- rière directement dans les vaisseaux mêmes du corps , et que c'est seulement par le moyen des anastomoses de ceux-ci que la circulation peut être regardée comme ayact lieu , tout le système des vaisseaux pulmonaires ne peut consister que dans des ramifications accessoires , qui n'ont point d'influence directe sur la circulation principale. 2 . Deux systèmes artériel et veineux séparés n'existent ( 81 ) pas • tous deux sont réunis ou plutôt ils ne sont pas encore séparés. Réponse à quelques observations critiques de M. de Fé~ russac , sur la famille des NéritAcées de M. de La- marck , et sur le genre Navicelle ; Par M. G. P. Deshates , Membre de la Socie'té d'Histoire Naturelle de Paris. Dans une notice que j'ai publiée dans les Annales des Sciences naturelles, février 1824, j'ai examiné le genre Pileolus de Sowerby, et conduit par une analogie de formes , j'ai proposé de le placer dans la famille des Néritacées de M. Lamarck , au lieu de le laisser à côté des Cabochons , en démontrant qu'il pouvait servir de passage entre la Navicelle et la Néritine. M. de Férussac , qui a rendu compte de cette notice dans le Bulletin des annonces, n° 5 , 1824, a prétendu que j'avais eu tort de proposer ce rapprochement, et il s'est fondé , i° « sur ■» ce que les Natices et les Nérites , quoique rapprochées , » appartiennent cependant incontestablement à deux » familles distinctes , par la forme des tentacules et la » position des yeux , caractères qui , dans les mollusques , » ont une telle valeur , qu'il n'est pas permis de passer » outre. 2 . Sur ce que les Nérites et les Néritines ne » forment point deux genres distincts , puisque leur » animal et leur coquille sont absolument semblables. » 3°. Que l'opercule des Navicelles parait n'avoir que » des rapports éloignés avec celui des Nérites , et que Tome III. 6 ( 8* ) » même ce n'est point un opercule. 4°- Enfin , que le v genre Navicelle étant encore fort peu connu , on ne » peut baser des raisonnemens sur ses rapports , ni sur » l'intervalle qui le sépare des Nérites, d'autant qu'il » est très-possible qu'il faille le reporter dans l'ordre « des Pulmonés, près des Ancyles , et l'ôter ainsi et des » Pectinibranclies et des Scutibranches. » Si j'avais été convaincu de la justesse des critiques de M. de Férussac, et de l'exactitude de ses observations, je me serais rangé de son avis ; mais comme je les crois mal fondées pour le plus grand nombre, je pense qu'il est de l'intérêt de la science de ne point les laisser sans réponse. La famille des Néritacées, telle que M» Lamarck l'a proposée, est très-naturelle, à l'exception du genre Néritine qui doit rentrer dans les Nérites. Tous les concbyliologues qui ont précédé M. Férussac , et nous citerons entre autres Adanson, Bruguière , M. Lamarck , M. Cuvier , qui ont tous vu les animaux des Nérites et des Natices , leur ont trouvé tant de ressemblance, qu'ils n'ont point cru pouvoir les séparer dans des familles distinctes ; ils ont tous vu et j'ai vu également que plu- sieurs espèces de Natices ont les yeux placés sur des pé- dicules à la base des tentacules, ce qui existe également dans les Nérites. Que M. Férussac considère ces yeux pédicules et soudés à la base des tentacules , comme une seconde paire de tentacules , et qu'il se serve de ce ca- ractère pour séparer dans deux familles les Nérites et les Natices dans les Tableaux systématiques qui font partie de son ouvrage sur les mollusques terrestres et fluvia- tiles-, que M. Férussac, oubliant ce caractère, ne le men- tionne pas ici , et ne se serve que de celui de la forme , ( 83 ) qui doit être à ses yeux d'une moindre valeur que Je nombre, c'est un oubli, une contradiclion'même que nous ne chercherons pas à expliquer, et qui ne détruit pas un seul des faits qui prouvent incontestablement que plusieurs espèces de Natices ont les yeux semblables en tout à ceux des Nérites , ce qui ne permet pas de passer outre et de les séparer. Il est facile, d'après cela, de sentir que l'objection re- posant sur la position des yeux , tombe d'elle-même , puisque le caractère des pédicules à la base des tentacules, n'étant plus le propre des Nérites , devient , au con- traire , un moyen nécessaire de « leur réunion dans la même famille que les Natices. Tous les zoologistes savent aujourd'hui que le genre Néritine doit rentrer dans celui des Nérites , en con- servant pourtant pour lui une section particulière , mo- tivée sur la circonstance de l'babitalion de ces animaux dans les eaux douces 5 et si je l'ai admis dans la Notice dont il est question, c'était pour trancher les formes et en faire mieux sentir les progressions , puisque c'était d'après elles seules que je pouvais porter un jugement. L'opinion que M. Férussac donne sur l'opercule des Navicelles et sur ce genre lui-même , ne nous paraît con- forme ni aux faits ni aux principes que ce zoologiste paraît avoir considérés comme de première valeur. On a vu, par l'exposé des objections, que M. Férussac pense que ce genre ne devra rester ni parmi les Scutibrancb.es ni parmi les Pectinibrancbes , ce qui est avouer que l'on a eu tort de le placer parmi les Scutibranches, mais qu'il devra se ranger parmi les Pulmonés, à côté des Ancyles, , et c'est ce que M. Férussac tend à prouver dans une courte description de l'animal qu'il n'a vu , à ce qu'il 6* ( «4 ) nous apprend , qu'en mauvais état; mais cette descrip- tion , loin d'infirmer l'opinion de M. Lamarck, la con- firme au contraire par tout ce qu'elle contient de plus positif. En eiïet , les tentacules ont une disposition absolument semblable à ceux des Nérites ; comme eux ils son*, pédicules à la base ,' et comme eux les pédi- cules sont soudés dans toute leur longueur aux ten- tacules , ce qui , certes , l'éloigné beaucoup de ce que l'on remarque dans les Ancyles, dont les tentacules sont simples , tronqués au sommet , et oculés à la partie interne de la base , au lieu de l'être extérieurement. Mais puisque les tentacules des Navicelles sont si sem- blables à ceux des Nérites, pourquoi ne pas les rappro- cher, lorsque ce caractère important'est le seul bien connu ? Il doit résulter de-là que cette disposition des tentacules , contre laquelle il n'est pas permis de passer outre pour les Nérites et les Natices , devient de peu de valeur pour les Navicelles , ce qui rend extrême- ment facile à soutenir les hypothèses que l'on peut | faire à plaisir, en variant à son gré l'importance des ca- ractères. Celui-ci manquant tout-à-fait à M. Férussac pour soutenir son opinion , il ne lui en reste plus que d'accessoires qui le rejettent dans des probabilités repo- sant, sur la forme du pied , sur celle de la bouche, sur la disposition du manteau et la forme des impressions musculaires. On sait très-bien que la forme du pied n'est, dans aucun cas , d'une importance absolue dans la clas- sification des Mollusques , puisque cette partie varie presque dans chaque genre : on sait également que, dans le très-grand nombre de ces animaux , le manteau est disposé de manière à permettre au liquide ambiant ( «5 ) de circuler librement autour du cou et sur le dos : cette disposition n'étant point particulière aux Pulmonés aqua- tiques, le caractère qui en résulte est de nulle valeur pour le genre qui nous occupe. Quant à ce qui est relatif à la forme de la bouche , je doute qu'on l'ait jamais bien vue chez les Ancyles , ce qui empêche évidemment d'en établir la comparaison avec celle des Navicelles ; et il en est absolument • de même de la forme de l'impression musculaire que l'on connaît bien dans la Navicelle , mais non dans l'Ancylc ; et quand même celle-ci -serait analogue , comme elle serait semblable à celle des Patelles , des Cabochons , des Sigarets , des Emarginules , etc. , ce serait encore un mauvais moyen d'induction. Une seule chose qui aurait pu décider de la place du genre Navicelle, était la connaissance des organes de la respiration , ainsi que de ceux de la génération ; mais à cet égard , M. Férussac nous laisse dans le même doute , puisqu'il n'a rien vu de ces organes. Pour ce qui est de l'opercule des Navicelles , nous pensons avec M. Lamarck et M. Blainville que c'en est réellement un. M. Férussac nous apprend que cette pièce testacée est placée entre deux poches , qui toutes deux communiquent à l'extérieur. Il faudrait sa- voir ce que M. Férussac entend par ces poches , pour comprendre cette partie de sa description 5 du reste cette pièce est articulée comme les autres opercules de la même famille , et elle est fixée au pied par des muscles d'attache, ce qui la fait rentrer dans la règle générale : seulement elle se trouverait là dans l'état rudimenlaire , et ce n'est pas le seul exemple d'opercule à l'état rudi- mentaire que Ton puisse citer , ce qui certainement (86 ) ne peut être un motif suffisant pour rejeter ce genre dans une autre famille. - Une chose à laquelle M. Férassac n'a point fait atten- tion , c'est la disposition du sommet de la coquille, et ce caractère est pourtant de quelque valeur. La coquille de l'Aneylc est parfaitement symétrique : coupée en deux dans sa longueur par un plan perpendiculaire passant par le sommet , les deux parties qui en résulteraient seraient parfaitement semblables, ce qui certainement ne serait point de même pour la Navicelle , dont le sommet s'in- cline à droite, en montrant de ce côté un commence- ment de spire ; c'est ce que m'a offert également le Pileo- lus ncritoides que j'ai trouvé aux environs de Paris, et c'est aussi ce qui se voit dans le Nerlla allavillensis de M. Defrance. C'est pour ce motif et quelques autres que j'ai exposés dans la Notice sur ce genre de coquillage, que j'ai proposé son rapprochement de la famille des Néritacées. De tout ceci il résulte, i° que l'opinion de Bruguière, de MM. Cuvier et Lamarck , sur le rapprochement des genres Nérite et Natice , est fondée sur de bons carac- tères tirés de la connaissance des animaux qui présentent dans ce groupe une organisation très-analogue ; 2 que le genre Navicelle y est bien placé par tout ce qu'on en connaît , je veux dire la forme de la coquille , l'oper- cule, les tentacules, puisqu'on ne connaît ni les organes de la respiration ni ceux de la génération ; 3° qu'il est impossible , d'après ce que nous savons sur ce genre , de former le moindre rapprochement avec les Ancyles , que l'on ne connaît également que d'une manière im- parfaite , et bien moins encore avec d'autres Pulmonés connus. ( * 7 > Avant de terminer , nous demanderons comment il se fait que M. Férussac, après avoir dit , page 97 du cinquième numéro du Bulletin des Annonces, en rendant compte de ma Notice sur le genre Pileolus, que le genre Navicelle était trop peu connu pour établir des raisonnemens sur ses rapports, et sur l'intervalle qui le sépare desNérites, nous demanderons, disons -nous, à M. Férussac , comment il se trouve pourtant suffi- samment éclairé à la page suivante , pour proposer de le réunir aux A ncyles? Nous demanderons aussi comment il se fait que M. Férussac ayant, dès l'établissement du genre en 1807 , l'opinion qu'il était plus voisin des Ancyles que des Patelles , on retrouve en 1820, dans ses Tableaux systématiques, ce genre à la même place qu'en 1807 , lorsque M. Férussac était libre d'opérer ce changement dans le système, aussi bien que beaucoup d'autres ? Note sur le gissement du Gypse dans les Alpes. Par M. Victor Jacquemont. (Lu à la Société d'Histoire Naturelle , le 4 juillet i8-i3 ) Les couches gypseuses ne sont pas rares dans les Alpes , et s'y trouvent assez également répandues, accompagnant les terrains plus anciens, soit primitifs, soit de transi tion, composés principalement de roches micacées , tal- queuses , quartzeuses , feldspathiques et calcaires, et les couches aussi très-variées, mais décidément intermédiaires du Calcaire alpin. L'étendue de ces couches gypseuses , leur couleur sail lante , et enfin l'intérêt qui résulte , dans beaucoup de localités, de leur exploitation, en ont fait reconnaître un (88) grand nombre 5 mais les circonstances particulières qui accompagnent généralement leur gissement , ont laissé de l'incertitude sur la véritable position géologique de la plupart d'entre elles ; et il y a peu de rocbes qui , après avoir été le sujet d'observations si nombreuses, soient encore l'objet de tant de discussions. L'indécision de plusieurs savans relativement à leurgis- sement, et leur divergence d'opinion quant à l'âge relatif de ces Gypses , proviennent de la difficulté de bien ob- server le premier, et du point de vue différent sous le- quel les géologues ont envisagé les terrains qui les ac- compagnent. Ainsi, un grand nombre de coucbes gvp- seuses sont entièrement découvertes , et paraissent libres de tout recouvrement 5 et , s'il y en a qui se montrent évidemment subordonnées , c'est généralement à des ter- rains sur la nature desquels les géologues sont encore partagés. De tous ceux qui se sont occupés de leur détermina- tion , M. Brochant est sans doute celui qui a dû réunir, en faveur de son opinion , le plus de suffrages , parce qu'elle est appuyée sur un nombre de faits plus consi- dérable et discutés avec cet esprit de réserve que devraient imiter tous les géologues dans les rapproebemens de terrain». Les conclusions de cet important travail, qui a été lu à l'Institut et imprimé depuis , sont que tous les terrains des Alpes , où le Gypse est intercalé , appartiennent aux terrains de transition , dont il distingue dans les Alpes deux formations ; l'une , plus ancienne , qui domine dans la Tarentaise et se retrouve , suivant lui , en lambeaux épars à l'Allée-Blanche et en divers lieux du Valais ; l'autre , plus moderne , composée seulement du terrain ( »9) de Calcaire alpin , qui constitue essentiellement la grande chaîne septentrionale , et s'étend depuis l'Ober- Hasli jusqu'aux bords du Léman et aux cimes du Buet. M. Brochant ne reconnaît d'ailleurs dans les Alpes aucune couche , aucune masse de Gypse, distinctement enclavées dans un terrain primitif, et ayant avec lui des rapports d'une formation contemporaine. Tous les Gypses , réputés jusque-là primitifs , sont re- gardés par lui comme de transition , ainsi que les ter- rains qui les renferment 5, ou bien ils appartiennent à une classe de dépôts superficiels , qui reposent indistinc- tement sur les terrains de transition ou sur le sol pri- mitif, et dont plusieurs ont une apparence analogue à celle de dépôts formés dans des bassins. Je ne prétends pas nier l'existence absolue de ces der- niers dépôts , dont on multipliait plus anciennement les exemples sans aucun discernement -, mais je ferai obser- ver d'abord que , de l'aveu même de M. Brochant , ils ont avec le Gypse des deux gissemens reconnus par lui dans l'un et l'autre terrain de transition, des rapports si frappans , qu'on croirait que ce sont trois membres épars d'un même genre de formation opérée dans les mêmes circonstances , mais à différentes époques d'un dépôt continu; et ensuite je demanderai s'il est vraisem- blable qu'à une époque aussi reculée , au temps d'un ordre de choses assurément différent du nôtre, et qu'en sé- pare le long période des formations secondaires ; je deman- derai , dis-je , s'il est vraisemblable qu'au temps où se déposaient encore les derniers termes du terrain in- termédiaire , les Alpes eussent déjà leur relief actuel. L'affirmative est dénuée de toute vraisemblance; le sol primitif et celui de transition n'ont pas dû rester impas- ( 90 ) sibles durant les secousses qui ont bouleversé le sol se- condaire , parce que les forces qui ont été capables de ces efforts n'ont pu l'être de tels ménagemens. D'après ces considérations, je ne saurais donc regarder, comme les dépôts d'un bassin, les amas de Gypse qu'on observe dans les vallées des Alpes primitives et intermé- diaires , où ils se montrent sans être recouverts par les roches environnantes ; mais ayant avec elles des traits de ressemblance qui semblent attester la conformité de leur âge ; et elles avaient suffi à beaucoup de savans pour les regarder comme contemporains de ces terrains qu'ils ne paraissent plus que recouvrir. Mais c'est sur une observation précise et sur une preuve irréfragable que je vais établir la contemporanéité d'un de ces prétendus dépôts gypseux , avec les terrains de la vallée dont il occupe le fond -, et dans le cas dont il s'a- git . avec le sol primitif. Ce Gypse est celui du Val Canaria. Des considérations importantes avaient été présentées en faveur de sa primordialilé par M. Lardy qui , dans la présence des paillettes du Mica doré qui y est répandu comme dans la Dolomie de Campo longo , et dans l'incli- naison comparée de ses couches et de celles du Mica- schiste environnant, trouvait de fortes présomptions pour le regarder comme également subordonné à celui-ci. Mais M. Brochant rappelant que d'autres Gypses, évi- demment de transition , étaient aussi mélangés de Mica doré ou de Talc , et contestant le fait de l'inclinaison des couches observée par M. Lardy , a regardé ce Gypse de Canaria comme indépendant du sol primitif de celte vallée , et comme appartenant à celte classe de dépôts gypsexix superficiels, qui ont été dans son opinion les ( 9 l ) derniers termes du terrain intermédiaire dans les Alpes. Sij en effet, on jette les yeux sur le plan et les coupes du Fal Canaria tigurés par M. Brochant, on verra que le Gypse en occupe le fond dans une grande partie de sa longueiir , en se tenant à un niveau toujours à peu près égal , que nulle part il n'est recouvert ; et on sera facilement entraîné à le considérer comme un dépôt pos- térieur au creusement de cette vallée. Ces apparences sont très-spécieuses; mais l'observa- tion suivante démontre leur peu de réalité. Je revien- drai ensuite sur leur cause. Le Val Canaria est une petite vallée fort étroite, d'environ deux lieues de longueur , qui descend du Saint- Gothard dans la direction du N. E. au S. O. , et dé- bouche dans la haute vallée du Tessin , un peu au-des- sous àïAirolo. Il est encaissé entre de hautes monta- gnes appartenant à ce système primitif, où dominent les roches de Schiste micacé et d'Amphibole schisteuse , presque toutes mélangées de Grenat, et comprenant des couches subordonnées de Calcaires saccharoïdes micacés et de Dolomies. Le Gypse occupe le fond du vallon clans sa partie in- férieure , et c'est dans sa masse, encore énorme , malgré les grandes dégradations qu'elle paraît avoir subies , que coule le torrent qui la ravine encore tous les jours , et y mine le pied d'escarpemens qui, bien tôt manquant debase, s'écroulent et laissent à découvert la nature anhydriti- que de la roche partout altérée par l'épigénie dans les surfaces anciennement exposées à l'air. On reconnaît en- tore la structure laminaire et le clivage rectangulaire de l'Anhydrite dans la plupart des fragmens fraîchement éboulés. Le Mica doré elle Mica argentin , ou de minces (9* ) enduits talqueux sont très-abondamment répandus dans ce Gypse , et ils y deviennent plus apparens iorsque, par une épigénie complète, les lames anliydritiques décom- posées ont perdu leur éclat. A l'entrée du vallon, et sur sa rive droite , on voit des couclies d'un Calcaire jaunâtre saccharoïde et mi- cacé , qui alternent avec celles du Gypse. Plus rares et plus minces dans sa partie inférieure, elles deviennent plus épaisses et plus nombreuses dans sa partie supé- rieure , et , enfin , c'est une de ces couches calcaires très- puissantes qui recouvre toute sa masse. Ces couches calcaires et gypseuses , comme celles des terrains environnans , sont dirigées du N. E. au S. O. et généralement inclinées au nord. Elles se terminent brusquement sur les pentes de la vallée du Tessin , où. la terre végétale et des éboulemens considérables ne permettent pas de reconnaître leurs rapports avec ces terrains. Mais toutes ne s'arrêtent pas ainsi. Quelques-unes des couches calcaires supérieures vont se prolongeant au-delà , et descendent isolées entre celles du Schiste micacé, auquel elles se montrent subordonnées , comme elles l'avaient été auparavant au Gypse. La plupart ne s'y étendent que fort peu, et n'y ont qu'une très-faible épaisseur 5 j'en ai observé une , cependant, qui s'éloigne à plus de cent toises du point où paraît s'arrêter la masse gypseuse , et qui conserve , dans cette étendue , une épaisseur de près d'une toise. On la voit très-facilement dans une sorte de ravin peu profond, creusé sur les pentes de la vallée du Tessin , parallèlement au Val Ca- nada, et plus près encore (ÏAirolo. Le Schiste micacé où pénètre cette couche cabane , (93 ) et qui la recouvre immédiatement , est mélangé de Gre- nats et criblé d'aiguilles amphiboliques très-déliées ; il est recouvert à son tour par un Schiste talqueux carburé assez solide , et pareillement rempli de Grenats. Ainsi , le Gypse du Val Canada est recouvert par ces roches , puisque les couches calcaires qui alternent avec lui et dominent dans sa partie supérieure , plongent sous elles ; il est donc primitif. Cette observation décisive confirme les présomptions qu'un grand ensemble de caractères faisait naître en faveur de la primordialité de ce Gypse , et l'établit d'une manière incontestable. Voyons maintenant la cause des apparences spécieuses qui l'avaient fait méconnaître , et qui donnent à ce gissement tant de ressemblance avec un dépôt postérieur au creusement de la vallée. Elles tiennent' essentiellement à la forme particulière des dépôts gypseux dans les terrains anciens des Alpes , où ils constituent plutôt des amas aplatis allongés , brus- quement amincis en leurs bords et de forme lenticu- laire , que de véritables couches continues; or, l'on conçoit aisément que dans le cas où une vallée vient à être creusée aux dépens d'un de ces amas, d'une de ces len- tilles gypseuses, si la moitié supérieure de sa masse seu- lement est emportée, la moitié iuférieure qui subsiste, quel que soit son nouveau relief, n'est plus recouverte en aucun endroit par les couches du terrain qui la com- prenait tout entière. Cette moitié inférieure, creusée da- vantage dans sa partie moyenne , la plus épaisse , et qui peut correspondre au Thalwege de la vallée , parait alors comme un dépôt postérieur qui en remplit le fond. Voilà ce qui a eu lieu sans doute au Val Canada , et cette disposition primitive y est encore attestée par les ( i)i ) t-.ouches calcaires, qui, de la masse gypseuse, pénètrent et se perdent dans le terrain environnant. Je joins ici le croquis de ce gissement tel que je l'ai observé, avec la configuration de la niasse gypseuse avant le creusement de la vallée, et ses rapports avec le Schiste micacé, tels qu'ils me paraissent devoir être déduits des observations précédentes. Au reste , ce gissement de Gypse dans le terrain pri- mitif n'est pas le seul dont je me sois assuré , et j'en indiquerai un second que je n'ai vu consigné nulle part , et dans lequel la réalité des faits n'est pas cachée, comme au Val Canaria, par des apparences trompeuses capables de la faire méconnaître. J'ai observé ce nouveau gîte dans le Haut- Valais, sur la rive gauche du Rhône, entre Vispachet Glilz, à peu près eu face et au-dessus du hameau de Gamsen. C'est une couche gvpseuse d'environ quinze à vingt mètres d'épaisseur, peu étendue , ou que je n'ai pu du moins reconnaître que sur une faible longueur, et qui est in- tercalée très -régulièrement entre les couches du Schiste micacé , auquel le Schiste talqueux est aussi subordonné , et passe souvent par des transitions insensibles. Ce ter- rain est dirigé du N. E. au S. O. , et ses couches, que l'on peut suivre facilement jusqu'à V'ispach , à l'embou- chure de la vallée ° ) <;l ne variera plus pendant tout le reste de l'existence fétale. En effet, les artères qui vont à l'aire veineuse donnent des rameaux plus nombreux et plus forts , et l'on aperçoit un second système de vaisseaux qui ramène le sang parallèlement à elles. Ce système est celui de la veine-porte , qui acquiert successivement une plus grande importance à mesure que le sinus terminal s'oblitère. Celui-ci disparaît peu à peu : dès le huitième jour il semble étranger au mouvement du sang , et vers le quinzième il devient presqu'impossible de le retrouver. Après avoir décrit les organes de la circulation dans le fœtus , voyons comment le mouvement du sang s'y établit. C'est vers la trente-neuvième heure que le cœur commence à battre. Il ne contient pas de sang alors , mais comme toutes les cavités à cette époque , il est dis- tendu par un sérum incolore. L'auricule se contracte , et l'on voit au même moment le canal qui forme le ven- tricule gauche du cœur et le bulbe de l'aorte se dis- tendre indubitablement par l'effet du liquide qui y est refoulé. A cette contraction succède celle du ventricule , et dans ce mouvement le liquide ne peut plus retourner en arrière au travers de l'auricule qui est contractée, et il est poussé dans le bulbe de l'aorte : celui-ci se con- tracte à son tour , et le chasse dans les vaisseaux qui lui font suite , d'où il gagne de proche en proche les divi- sions de l'artère mésentérique.qui se portent au cercle veineux. Lorsque le bulbe de l'aorte a' disparu , le mou- vement du cœur se simplifie, et nous ne voyons plus que les contractions alternatives de l'oreillette et du ventricule. On n'aurait qu'une idée bien inexacte de tous ces phé- nomènes , si nous n'ajoutions à cette histoire du cœur quelques mots , relativement à la formation du sang lui- (IOI ) même, afin de fixer l'opinion sur la question si long- temps agitée de leur influence réciproque et de leurs droits à la priorité. Le coeur paraît le premier , si l'on considère comme cœur la trace des auricules , qui se peut distinguer à la vingt-septième heure de l'incubation. Mais déjà dès la trentième et la trente-troisième heure , la membrane vasculaire commence à s'épaissir en certains points qui présentent d'abord une teinte d'un beau jaune : bien- tôt cette couleur devient orangé, puis rouge-pâle , et enfin , dès la quarantième heure , la circulation peut se suivre dans les plus petits détails , à cause du ton décidé qu'ont pris les globules sanguins. Mais il faut bien ob- server en ceci que le sang se crée indépendamment du cœur , qu'il se montre loin de celui-ci fort long-temps avant l'époque où il commencera à battre , et que ce n'est point par conséquent le cœur qui détermine la^pro- duction du sang , ni le sang qui stimule le cœur pour l'obliger à se contracter. On peut faire à ce sujet une remarque assez singu- lière ; le système nerveux , sous la forme du rudiment delà moelle épinière, parait le premier entre tous les organes du fœtus. Le cœur vient beauconp plus tard , mais il est de tous les muscles celui qui entre en fonc- tion le premier ; car à l'époque où il commence à battre , les irritations galvaniques ne produisent aucun effet sur l'animal , ce qui prouve l'absence des muscles ou leur incapacité à se contracter. Quelle que soit l'opinion qu'on adopte, il est évident que le cœur agit avant tous les autres muscles, et que de toutes les parties qui le composent, c'est l'auricule qui se met la première en mouvement. Observons maintenant ce qui se passe aux approches d5 ) Il se trouve donc précisément dans les conditions cor- respondantes à la production des molécules elliptiques ; et l'on ne peut s'empêcher de lui attribuer l'importante fonction de la sanguification chez l'adulte, puisqu'à dater de cet instant , il continue à jouir des mêmes fonctions apparentes , et que la forme des globules se conserve pendant tout le cours de la vie de l'animal. Il se produirait donc à la fois, dans le même organe , la matière rouge des molécules du sang et la .substance verte qui caractérise la bile. Ces deux fonctions seraient simultanées, et probablement liées de (elle sorte, que l'une d'elles serait la conséquence de l'autre. Examinons si cette déduction est d'accord en effet avec les autres phénomènes de la vie animale, et s'il nous sera possible de la corroborer par des observations d'un autre ordre. Nous observerons d'abord qu'en même temps que le sang se produit dans la membrane vasculaire , la couleur jaune du vitellus s'altère, et qu'elle ne larde pas à devenir verdàtre. Ce phénomène a frappé tous les observateurs qui se sont occupés de l'histoire du poulet , sans qu'ils aient pu fixer leur opinion sur la cause à laquelle ils de- vaient l'attribuer. La même circonstance se retrouve» avec plus d'évidence encore, sur les foetus de Mammi- fères , et tous les anatomistes ont remarqué l'abondante production de matière verte qui se dépose sur les mem- branes près des vaisseaux qui s'y viennent répandre. Il manquait, pour rattacher ce fait aux précédens, un exa- men attentif des circonstances du phénomène , et nous en avons fait une étude spéciale. Les détails dans les- quels nous serions obligés d'entrer, nous interdisent une discussion qui serait ici déplacée, et nous nous borne- rons à dire que parmi les membranes du foetus mam- ( 'o6) mifère , il en est une que sa position désigne comme l'analogue de la membrane vasculaire du poulet , et qui reçoit précisément les mêmes vaisseaux*. C'est sur elle et d'abord dans les parties contiguës au placenta que l'on voit paraître les premiers indices de la matière verte. Celle-ci ne tarde pas à devenir de plus en plus abon- dante , jusqu'au moment où le foie du fœtus entre lui- même en fonction. Alors elle disparaît successivement, et plus tard on n'en trouve aucun indice. Il est probable qu'elle est absorbée par les vaisseaux de la mère. En plaçant dans le foie la fonction de l'hématose , nous aurions réalisé les pressentimens de Bicbat, qui ne pouvait se résoudre à penser que cet appareil énorme n'eût d'autre but que de sécréter la bile. Nous lui aurions attribué d'ailleurs un emploi bien plus en harmonie avec la gé- néralité de son existence dans tous les êtrts qui possè- dent du sang, et avec l'importance de son action pour l'entretien de la santé. C'est à de nouvelles recherches à décider si notre opinion doit être adoptée. Nous en avons tenté de plus d'un genre , et nous en indiquerons ici les principales, bien qu'elles n'aient pas eu le succès que nous souhaitions. Peut-être quelque autre obser- vateur sera-t-il plus heureux dans la même entreprise , en modifiant convenablement les moyens que nous avons mis en œuvre. Il paraîtra de toute évidence à quiconque a suivi l'é- volution du poulet dans l'œuf, que le sang se produit aux dépens du vitellus • mais s'y trouve-t-il formé , ou bien est-il créé par un organe sécréteur? L'observation microscopique des élémens qui composent le jaune prouve qu'il ne s'y rencontre aucun globule de sang , et les variations de forme des glohules du sang chez le poulet le démontrent également. Cela étant, il se pré- ( 10 7 ) sente ici l'un des problèmes les plus piquans de la phy- siologie : Le jaune étant donné en extraire du sang. Les moyens chimiques ou physiques que nous avons essayés n'ont pas réussi, mais il nous semble indubitable que l'on y parviendra tôt ou tard. Enfin , quant à ce qui concerne l'action du foie , nous avons tenté plus d'une fois, et par divers procédés, de supprimer la circulation dans cet organe , afin de dé- truire la sécrétion dont il est chargé. Mais nous avons toujours produit un trouble trop considérable pour que l'animal pût vivre après l'opération. Un physiologiste habile , M. Defermon , à qui on doit d'excellentes ob- servations sur la rate , s'est occupé de cette question avec succès , et il serait bien à désirer qu'il fît con- naître ses résultats. Explication de la Planche 4- 37. Premiers vestiges du cœur dans le poulet, aprè< vingt-sept heures d'incubation, aa. Prémicede l'auricule. — 3o ici. Après trente heures. c. Ventricule gauche. L. Position de l'aorte. — 33 id. Après trente- trois heures. — 36 id. Après trente-six heures. — 3g id. Après trente- neuf heures. — l\i id. Après quarante- deux heures, d, Bu'be de l'aorte. — 60 id. Après soixante heures , vue en avant, c. Ventricule gauche, a. Aorte, b. Canal auriculaire, d. Auricules. — 6j1 id- Vu par sa partie postérieure. Toutes ces figures sont grossies dix fois, a A 3 jours , représente une portion de la membrane vasculaire d'un poulet do cet âge. On y voit en pleine circulation des globules de forme circulaire. — 4- Globules d'un poulet de quatre jours. — 5.id. d'un poulet de cinq jours. — 6. id. d'un poulet de six jours. A toutes ces époques ils sont encore circulaires, mais il n'en est plus de même dans le n" 7 où l'on voit le sang d'un poulet de sept jours. Il renferme déjà des globules elliptiques. N° 8 est du sang pris au huitième jour de l'incubation où les globules elliptiques sont encore plus nombreux. K° 9 enfin représente les globules d'un poulet de neuf jours , et à cette époque les globules circulaires ont presque entièrement disparu. Toutes les figures relatives au sang sont grossies trois cents fois en diamètre. ( io8 ) Observations sur la nouvelle famille des Coboeacêesj Par M. David Don. (Edimburgh. Philos. Journ. janv. 1824- ) Il arrive souvent que les plantes les plus communes sont les moins bien connues sous le rapport botanique -, les objets qui nous sont devenus familiers attirent rare- ment notre attention , et nous les regardons comme in- dignes de notre examen. Ces remarques s'appliquent à la plupart des plantes communes, et particulière- ment à celle qui fait le sujet de ce mémoire , le Cobœa scandens, qui orne nos jardins par ses tiges grimpantes et par l'abondance de ses belles fleurs. Cette plante re- marquable est originaire de la grande vallée de Teno- chtillanprès de Mexico, et fut d'abord introduite en Eu- rope en 1787-, la facilité de sa propagation , tant par graines que par bouture , l'a rendue l'une des plus com- munes dans nos jardins. Le genre Cobœa a d'abord été décrit par Cavanilles dans le I er volume de son excellent ouvrage intitulé: Icônes plantarum. Cet auteur l'a rapporté à la famille des Bignoniacées , et cette classification a été adoptée par la plupart des botanistes; un léger examen montrera ce pendant que cette idée sur l'affinité du Cobœa est extrê- mement fausse et que sa vraie place dans la métbode naturelle a jusqu'à présent été mal appréciée 5 ce genre ne possède en eflet presqu'aucun caractère commun avec l'ordre dans lequel les botanistes l'ont rangé , et pour le montrer clairement , il suffit d'indiquer les grandes différences qui existent entre eux. ( io 9 ) Le Cobœa se distingue des Bignoniacées par sa co- rolle régulière et à cinq étamines , par ses anthères lon- gues non divisées et incombantes , par son stigmate à trois lobes, par la structure et la forme de son fruit, et par ses semences presque dressées , contenant un al- bumen charnu recouvert par un tégument simple ; ces caractères le rapprochent beaucoup des Polémoniacées, avec lesquelles il a plus d'affinité qu'avec tout autre or- dre établi, comme M. Desfontaines l'a déjà indiqué (1). Mais il en diffère beaucoup par les valves de la cap- sule nues et non septifères , par l'insertion oblique des graines et par le port de cette plante elle-même. Je pro- pose par conséquent d'en former un ordre particulier qu'on peut nommer Coboeacées. Le Cobœa , le seul genre qu'on puisse rapporter à cette famille, ne renfermait jusqu'à présent qu'une seule espèce; mais la vaste collection de M. B. Lambert m'en a fourni une seconde espèce, recueillie par Don JuanTafalla , élève de Ruiz , dans la province de Quito, au Pérou , et on peut espérer que les vastes régions en- core si peu connues de l'Amérique méridionale enrichi- ront cette famille de nouvelles espèces et même de nouveaux genres. CoBOKACEi. Calyx foliaceus , 5- fidus, œqualis. Corolla campanulata, liinbo 5- loba , aequalis , sestivans , imbricata. Stamina 5, fertilia, sequalia, exserta, basi cum corollœ tubo connata . Anlherœ indivisœ, compressa, bilocularcs, per médium filamentis incuaibenti adnatae. (i) Ann. Mus. T. 2 , p. 3o. ( "O") Ouarium simplex , trïloculare ; Oimlis pluribm , adseendentibus. Stylus simplex ; Stigma trifidum. Capsula cucurbilacea , trilocularis, trivalvis ; valvis crassissimis intus midis 5 se/ila nulla. Placenta mnxima , centralis , trignna. Semina plana, margine alata, duplici série imbricata; testa sim- plex, superficie mucilaginosa; albumen carnosum; embryo rectus , fo- liaceus , incumbens ; cotyledones cordatœ , intégra: : rudicula infera recta , centiifuga. Frutices scandentes. Folia 'alterna, pi/mata, apice cirrhifera. Flore? axUlares , solilaru. Obs. Genus Coboea adhuc Bignoniaceis maie associa- tum, nunc in novum ordinem constituere necessarium mibi videtur quod cum nullà familià usque in série na- turali cognilà, et minime omnium cum Bignoniaceis convenit ; abis longe discrepat coiollà regulari pentandrâ, antberis inJivisis incumbenlibus, stigmate triplici, fruc- tùs forma et structura , septis nullis , placenta maximâ trigonà, scminibus subereclis, testa simplici mucilagi- nosà, albuminis presentià, cotyledonibus integris, radi- culà multo longiore; sed à Polemoniaceis , cui in multis accedit,tantum triplici caractère differt, scilicet: semini- bus adscendentibus-, valvis capsulœ intus midis, septis nullis. Coboea. Cavan. Juss. Calyx maximus, foliareus , qninqucfldus, pi-aefloratione quinquan- gulus. Lac'uins latis, cordato-subrotnndis lanceolatis-ve , marg'mibns inter se per paria arcte appiicatis , hinc calyx 5-alatus. Corolla ampla , campaiiuljta, limbo 5- loba , aequalis, lobis late ro- tundatis, margine tomcnto lenui vestitis , sestivanlibus , imbricatis: intus pi ope basin coarctata atque land molli niveâ copjosâ instructa. Stimina 5 sequalia omnia fertilia , exserla ; Filamenla ci assiuscula , terelia, apice atlenuata, b;isi cum tubo corolloc connata, sed 1ère totâ parte libéra , erecta , dislantia , nisi ad bases, omnino glabra. Antherœ magnas oblongse, compressa;, indivisae, biloculares, per médium fila— mentis incumbcnti adnatœ, apice obtusae, basi laliore emaiginalâ : loculi lineares, paralleli, singulis extùs rima longitudinali bivalvi déhiscente» et pollen granulosum aureum efTundenles. ( »» ) Ofarium oblongum, trigonum, basi disco magno nectarifero 5- an- gulo , foveis 5 notato , carnoso cinctum. Stylus rectus, staminibus brevior , trisulcus. Stigma trifidum : laciniis linearibus acutis, asqua- libus intus planis. Capsula pyriformis cucurbitacea, fructui PassiQorae specierum quarumdatn omnino similis, triloculaiïs, trivalvis, sulcis 3- angnlis placentas oppositis exarata: Loculh oligospermis; V alv'is cras- sissirais, carnosis, marginibus appositis, raedio intus nudis, ovali-ob- longis. Placenta maxima, trigona , centralis sed fructum omnino im- plens, carnosa, succulenta. Septa nulla, nisi vestigia fere obliterata et in angulis placentas imraersa. Semina latissima, compresso-plana , niargine alata, duplici série imbricata , adsccndentia : testa simplex, tenera, crassiuscnla , snper- ficie dense mucilaginosa , lateris inleiioris prope basin bylo lineari- oblongo notata : sllbumen parcurn, carnosum, lacteum, molle. Embryo magnus, rectus, incumbens, lacteus. Colyledones latas, cordatas, ob- tusas , intégras, compressas, applicatas. Radicula cylindracea crassius- cula . cotyledonibus triplo brevior , infera , recta, basi obtusissima. Frutices ( Mexicani et Peruviani) difl'usi , ramosissimi, scandentes , glabii, irondosi, Passiflorœ habita similes. Folia tri-pari-pinnata sessilia apice termina ta cirrho valido in spiram convolulo ; triplici vel quinque ordine dichotomo : Fotiolis integerrimis pctiolo alatis; infimis stipulas menticntibus. Flores magni, axillares, solitarii pedunculati; peduncu- lus , rnedio, bracteis 2 oppositis parvis impari-pinnatis, praeditus ; sor- dide purpurei fasciis albis notati aut luteis. 1. Coboea scandens , segmentis calycinis late cordato-subrotundis, foliolis ellipticis mucronulatis. Cobœascandens. Cav. icon. 1. , p. 1 1., t. 16 et 17 , etiamque vol. 5 , p. 69, t. 5oo. Persoon. Syn. I , p. i85. , Lamck. Enc. suppl. 1 , p. 3o5. Kunlli. in nov. gen. et spec. 3. p. 1S1. Hab. in convalli Tenochitlensi prope urbem Mexico et ad portum AcapulcoMexicanorum. percnn. — Vulgo ùicitur Yedra Moradaià est Hedera violacea. a. Coboea ldtea, segmentis calycinis linearilancasolatis mucronatis, foliolis oblongis acutis. Cobœa macroslema Pavon. Mss. Hr.b. ad fortum Guayaquil in îegno Quitensi Peruvianorum (Joannes Ta/alla) H. — ( V. S. in H'îrb. Pavon. nunc in Mus. Lambert). Praecedenti similis. Corolla lutea , minor. Stamina ultra limbum longe exscrta. Stigmala longiora et angustiora. ( »» ) Note sur le genre Cat-sella ; Par M. Sendel. On sait que dans son Prodromus comme dans son Systema , M. De Candolle a pris pour première base de classification de l'ordre des crucifères , le rapport de la radicule avec les cotylédons et la forme variable de ceux- ci 5 que de-là résulte la formation de cinq sous-ordres , sous les noms de Pleurorhizeœ , Notorhizece , Ortho— ploceœ, Spirolobeœ , Diplecolobeœ ; que dans le pre- mier la radicule est latérale, qu'elle est dorsale dans les quatre autres 5 qu'en conséquence les espèces du genre Thlaspi se trouvent disséminées dans trois de ces sous- ordres, et réparties dans un assez grand nombre de genres différens -, qu'enfin le Thlaspi bursapastoris, de- venu le type et l'unique espèce du genre Capsella , a pris place à la suite des vrais Thlaspi dans la tribu des Thlaspidées appartenant au sous-ordre des Pleurorbizées, c'est-à-dire parmi les crucifères dont la radicule est ap- pliquée devant la fissure des cotylédons , ou dont , en d'autres termes , les cotylédons sont accumbentes. Un examen réitéré et dont le résultat est facile à vé- rifier par tout le monde, m'a fait voir qu'il y a erreur dans cette dernière supposition : le Capsella bursa pas- toris , en effet, a la radicule dorsale (Cotyledones in- cumbcntes). Ce genre, d'après la classification suivie par M. De Candolle , devra donc être transporté dans le sous-ordre des Notorhizées , et placé dans la tribu des Lépidinées entre les genres Lepidium et Bivonea : peut- être même pourra-t-on le réunir à ce dernier , formé comme lui aux dépens du genre Thlaspi , et que la conformation de son embryon en éloigne également. ( »3 ; Troisième Mémoire. De la génération dans les Mammifères , et des premiers indices du développement de T Embryon ; Par MM. Prévost et Dumas. Nous avons montré dans le précédent Mémoire quels sont les principaux phénomènes qu'il nous a été possible de reconnaître dans la génération des Batraciens , nous avons tâché de suivre pas à pas les diverses circonstances de l'évolution du fœtus , et nous voyons qu'il s'est offert une condition importante que nous rappellerons ici. La moelle épinière ou son rudiment se sont montrés tou- jours bien avant l'apparition des autres organes , et c'est, pour ainsi dire, auteur de ce centre de cristallisation, que les divers systèmes sont venus végéter successivement. Examinons maintenant si celte loi peut également s'ap- pliquer aux Mammifères. Nous allons exposer en pre- mier lieu nos expériences particulières , et nous discu- terons ensuite celles que nos prédécesseurs ont fait con- naître. Mais avant d'entrer en matière nous serons obligés d€ réclamer toute l'indulgence de l'Académie , et nous avouerons sans peine qu'il nous reste beaucoup à faire encore pour amener cette partie de notre ouvrage au même point où se trouvent celles que nous avons eu déjà l'honneur de lui communiquer, l^es difficultés que nous avons rencontrées sont telles qu'il est vraiment im- possible à de simples particuliers d'en venir à bout , et nous avons dû mettre des bornes au zèle dont nous étions animés. Nous espérons toutefois que l'importance Tome III. — Octobre, g ( »4 ) clu sujet déterminera MM. les commissaires chargés d'examiner notre ouvrage, à revoir par eux-mêmes les faits que nous avons pu constater, et à nous aider de leurs moyens et de leurs lumières pour soulever le voile qui cache encore certaines parties du phénomène. Depuis les travaux du célèbre de Graaf , tout le monde sait qu'il existe dans les femelles des Mammifères deux organes analogues à l'ovaire des oiseaux , à ceux des Ba- traciens , et qu'ils renferment des vésicules plus ou moins grosses suivant les espèces. On considère celles-ci comme des œufs. Chez les chiennes et les femelles de lapin, les ovaires sont deux masses oblongues du volume d'une crosse fève , dans lesquelles se voient diverses vésicules pleines de liquide , et qui semblent enchâssées dans le tissu de l'organe. Leur volume n'est pas à beaucoup près identique, et l'on en trouve de très-petites que l'on a quel- que peine à distinguer , et d'autres qui atteignent la di- mension d'un pois ordinaire. Vers l'époque de l'accouple- ment , quelques-unes d'entre elles prennent un accrois- sement très-manifeste, et dans les femelles pleines ce dernières, ne se retrouvent plus. Elles ont été rempla- cées par un nombre correspondant de carnosités qui pro- duisentautant de petits mamelons à la surface de l'ovaire. Si on les ouvre on observe que leur partie intérieure est creusée d'une cavité très-manifeste. Ce sont les corps jaunes , et nous pouvons affirmer que leur nombre s'est trouvé parfaitement identique avec celui des fœtus dans sept femelles de lapin que nous avons examinées dans ce but, et qui portaient pour la première fois. Ces con- sidérations ne sont point nouvelles, et leurs conséquen- ces avaient déjà frappé le plus grand nombre des phy- loisogistes. ( "5 ) L'ovaire sécrète des œufs. Ceux-ci grossissent progres- sivement et s'échappent enfin vers l'époque de l'accou- plement en déchirant l'enveloppe qui les retenait em- prisonnés. Il en résulte une petite inflammation du tissu de l'organe, et l'injection de ses vaisseaux, son gonfle- ment ne tardent pas à lui donner l'aspect particulier qui permet de reconnaître, surtout à des époques peu éloignées de la gestation, la réalité d'une copulation fé- condante. Les corps jaunes ne diffèrent donc pas des godets quel'on retrouve si fréquemment sur les poules, et que M. Geoffroyde Saint-Hilaire vient d'examiner encore tout récemment. Ils renfermaient comme'eux, dans leur cavité , l'ovule qui est venu éprouver l'influence prolifi- que de la semence. A la vérité, l'on peut bien rarement se convaincre de la réalité de ce rapprochement, et ce n'est qu'après avoir ouvert un gnind nombre de femelles qu'on parvient à rencontrer la fente du corps jaune, qui indique nettement le déchirement des parois du sac qu'il formait. Mais cela tient uniquement au petit vo- lume de l'appareil, qui permet aux lèvres de la plaie d'entrer en contact aussitôt après l'évacuation de l'ovale et de se réunir en peu de jours. Le corps jaune n'offre plus alors qu'un sac fermé sur la partie externe duquel on observe pourtant encore une trace sanglante. Celle- ci s'efface à son tour , et bientôt après la cavité qui , jus- qu'alors était occupée par une matière séreuse, se rem- plit d'une mucosité jaunâtre , fort épaisse, qui s'infiltre dans le tissu environnant , et donne à cette portion de l'ovaire la couleur d'où elle tire son nom. Les corps jaunes ne sont véritablement jaunes qu'à une époque éloignée de la fécondation. Ces divers résultats deviennent plus sensibles avec le ( "G) secours de la ligure que nous joignons ici. Elle repré- sente un tics ovaires dune chienne que nous avons sa- crifiée huit jours après une copulation fécondante. Nous observerons , une fois pour toutes , que les dates dont nous aurons occasion de parler , ont été prises avec un soin et un scrupule extrême. S'il pouvait nous rester le moindre doute , nous en ferions plutôt mention que de présenter comme certaines des circonstances équivoques. Il est probable que la difficulté qu'on éprouve en général à déterminer l'époque précise de la copula- tion a contribué pour beaucoup à la confusion qui s'ob- serve dans les divers auteurs qui se sont occupés de l'histoire de la génération des Mammifères. Nous avons toujours procédé de la même manière , et nous sommes persuadés qu'il n'est pas en ce moment possible d'en imaginer de plus convenable. Les femelles étaient sé- parées de leurs mâles pendant quelque temps , et lors- qu'elles donnaient des signes d'ardeur , on les plaçait ensemble pendant deux jours. On les isolait alors de nouveau jusqu'au terme fixé pour leur examen. On sait par cela même , à un jour près , quelle est l'époque pré- cise de la copulation , et nous verrons par la suite que la manière dont la fécondation s'opère n'exige pas une détermination plus rigoureuse. Au bout de huit jours , nous avons trouvé dans cette chienne des corps jaunes tellement récens, qu'ils nous ont permis de suivre pas à pas toutes les altérations que ce genre d'organe éprouve. L'ovaire que nous allons décrire en renfermait quatre et de plus une vésicule énorme encore intacte , mais évidemment sur le point de se détacher. Au centre de la paroi extérieure de tous ces corps jaunes, on remarquait un bourrelet irrégu- ( "7 ) lièrement découpé plus ou moins saillant , mais toujours environné de vaisseaux injectés , et quelquefois déchirés de manière à livrer une libre issue au sang. Deux d'entre eux, et c'étaient ceux qui nous offraient le bourrelet le plus proéminent, présentaient aussi dans la partie moyenne de celui-ci une fente très-marquée qui per- metlait de pénétrer facilement dans la cavité sans dé- chirer, ni couper les parois. Dans les autres , la saillie était presque nulle et la fente se trouvait réduite à un point presque insensible , et qu'on ne reconnaissait guère qu'à sa couleur plus rouge. Mais ils se ressem- blaient tous pour leur cavité dans laquelle on aurait logé facilement un corps sphérique de deux lignes de diamètre. Elle était remplie de sérosité albumineuse ; ses parois lisses à l'extérieur présentaient en dedans de larges plis , et son fond se trouvait occupé par une dé- pression cordiforme ou lancéolée. Nous voyons donc ici dans le même ovaire une vési- cule fort grosse près de rompre ses enveloppes , et quatre corps particuliers qui sont évidemment ces mêmes en- veloppes privées de leur vésicule. La fente , qui a livré passage à celle-ci , se montre dans deux de ces corps , elle a déjà disparu dans les autres , et peu de temps après nous les aurions vus sans doute sous la forme ha- bituelle aux corps jaunes. Les cavités se seraient obli- térées par l'affaissement des parois , et la sécrétion du mucus leur aurait donné la couleur de rouille qui ca- ractérise ces organes , et sert à les distinguer des autres parties de l'ovaire. L'identité des fonctions de l'ovaire des Mammifères et de celui des Oiseaux étant bien établie sous un point de vue général , nous allons passer en revue les autres ( "8) parties de l'appareil générateur. 11 se compose du vagin, de la matrice , des cornes , des trompes et des pavillons qui terminent ces dernières et viennent s'épanouir sur l'ovaire lui-même. Comme il nous serait peu nécessaire d'entrer ici dans des détails circonstanciés , nous borne- rons notre description aux points essentiels à l'intelligence des expériences qui vont être exposées. Le vagin est un tube unique destiné à recevoir l'organe mâle et commu- niquant à son sommet avec la matrice au moyen de l'ori- fice connu sous le nom de museau de tanebe. Celle-ci présente une cavité simple, qui communique avec les deux cornes par des ouvertures distinctes. Les parois de ces dernières sont comme celles de la matrice elle- même , fortes, musculeuses, épaisses et riebement pour- vues d'appareils vasculaires. A leur sommité tout-à-coup, elles se rétrécissent, prennent le nom de trompes et se dirigent vers les ovaires droit et gauebe , en décrivant des sinuosités et des flexions qui justifient assez la com- paraison qu'on établit entre cette portion et le canal déférent des mâles. Enfin , chacun de ces tubes se ter- mine par un épanouissement charnu , très-froncé , plact presquimmédiatement en contact avec l'ovaire. C'est k pavillon qui porte sur un de ses côtés le petit orifici qui doit amener l'œuf dans les trompes. Nous remarque- rons enfin que le développement de la matrice et celui des cornes se balancent mutuellement, en sorte que l'ui d'eux s'accroît toujours aux dépens de l'autre , et c'est dans celui qui possède la supériorité que se passe géné- ralement la gestation du foetus. Nous pouvons donc envisager cet appareil comme ut tube continu dont les deux bouts sont librement ou- verts. L'orifice vaginal sert à l'introduction de l'orgai ( "9) mâle qui vient déposer la liqueur prolifique , l'autre reçoit l'œuf à l'instant de sa chute. D'après cela, nous devons soumettre les phénomènes à un examen attentif afin de reconnaître le trajet que parcourt le liquide sé- minal après son arrivée dans les organes de la femelle et les altérations qu'il peut y éprouver successivement. Il importe de fixer, au moyen d'un nombre d'expériences suffisant , l'instant réel de la fécondation. Il est possible en effet qu'elle se passe dans l'ovaire comme le pensent un grand nombre de physiologistes habiles. Il se peut aussi qu'elle ait lieu dans les trompes , et l'œuf ne serait fécondé dans cette supposition qu'au moment où sa chute l'y aurait amené. Nous sommes enfin obligés de discuter l'opinion généralement reçue qui tendrait à confondre le moment où la fécondation s'effectue avec celui de l'acte même de la copulation. C'est à peu près dans ce petit nombre de principes simples que nous essaierons de jeter quelque lumière , et l'on peut voir qu'ils se bornent à deux ou trois conditions bien déter- minées. Nous avons ouvert des femelles de lapin, de chien, vingt-quatre heures après la copulation. Aucune appa- rence particulière n'aurait pu faire soupçonner la pré- sence du liquide séminal dans leurs organes; mai si l'on prenait une portion du mucus qui lubréfiait les cornes de la matrice, on y trouvait une grande quantité d'ani- malcules en mouvement. Le vagin n'en offrait pas au contraire la moindre apparence , et l'on nen pouvait pas reconnaître non plus dans la mucosité qui gorgeait les trompes. Quelquefois nous trouvions la cavité qui renferme l'ovaire et dans laquelle vient s'ouvrir le pa- villon , remplie d'une sérosité claire et transparente en- ( 12 ° ) tièrement privée d'animalcules. Les ovules de l'ovaire tic présentaient rien de particulier , et lorsque cet or- gane contenait des corps jaunes ils élaient dus évidem- ment à des gestations antérieures. Nous regardons ce résultat comme un des plus im- portans par ses conséquences , et nous allons , en peu de mots , les faire sentir. A la vérité , pour qu'on puisse en conclure quelque chose, il faut nécessairement supposer que le coït aurait été fécondant. C'est une certitude qu'il est impossible d'acquérir directement, mais on peut en approcher en multipliant les expériences. C'est aussi ce que nous avons fait, et comme elles ne présentent aucune difficulté dans l'exécution, chacun pourra vérifier aisément ce que nous avons avancé. Admettons mainte- nant que les femelles examinées fussent réellement pro- pres à produire plus tard des petits , nous serons déjà convaincus qu'il est essentiel de séparer l'instant de la copulation de celui de la fécondation. Car s'il faut que l'œuf et la liqueur fécondante entrent en contact , cette condition ne peut être remplie que de deux manières : ou bien le liquide séminal traversera les trompes et arrivera jusqu'à l'ovaire, ou bien encore il s'arrêtera dans les cornes ; mais l'oeuf détaché de ses enveloppes viendra se faire féconder. Or , ici nous ne pouvons réa- liser ni l'une ni l'autre de ces suppositions ; car, d'une part , les animalcules n'ont point dépassé les cornes , et de l'autre les ovaires sont restés intacts et n'ont évidem- ment pris encore aucune part à l'acte générateur. La fécondation n'a donc point lieu au moment de la copu- lation ; elle ne s'est pas même opérée au bout de vingt- quatre heures. Les femelles ouvertes deux jours après l'accouple- ( «si ) ment nous ont offert à peu près les mêmes circonstances. Cependant , il nous a paru que , dans plusieurs cas , quelques-unes des vésicules de l'ovaire avaient un dia- mètre sensiblement supérieur à celui qu'elles offrent à l'ordinaire. L'habitude que nous avions acquise à ce sujet donne seule quelque garantie sur ce point, car la différence était plus sensible à l'œil qu'au compas, et se manifestait principalement par la transparence du point central de la vésicule qui devient d'autant plus sensible qu'elles grossissent davantage. Les animalcules mouvans se montraient dans les cornes , et l'on ne pouvait en voir ni dans le vagin, ni dans les trompes , et, à plus forte raison , dans le liquide qui baigne l'ovaire. Après trois et quatre jours , plusieurs chiennes nous ont montré des vésicules toujours croissantes , et nous en avons souvent rencontré d'un diamètre de sept à huit millimètres. Les trompes contenaient quelquefois des animalcules en petit nombre , les cornes en renfermaient toujours beaucoup , et ils étaient pleins de vie ,• mais le liquide qui baigne l'ovaire ne nous en a jamais présenté. A celte époque , l'on ne pouvait encore reconnaître au- cun corps jaune de date récente, et les détails consi- gnés plus haut montrent assez qu'il ne nous était pas possible de faire erreur sur ce point. Ainsi , toutes les circonstances que nous avons fait ressortir, en parlant des femelles ouvertes vingt -quatre heures après le coït , se reproduisent encore ici , mais les conclusions qu'on en tire sont bien plus décisives, puis- que l'accroissement progressif des ovules témoigne que la gestation aurait eu lieu sans aucun doute. Ces ovules n'ont pourtant pas été fécondés , puisque la liqueur se- ( ta» ) ininale s'est arrêtée à une distance considérable de l'ovaire. Le cinquième jour olï're peu de cliangemens , mais il n'en est pas de même du sixième et septième. On voit le nombre des animalcules diminuer sensiblement dans les cornes , sans qu'il s'en rencontre pour cela davantage dans les trompes ou le pavillon. Les vésicules de l'ovaire disparaissent successivement , et l'on trouve les corps jaunes vides ou remplis de sérosité , mais toujours carac- térisés par la présence de la fente sanglante dont nous avons parlé plus baut. Cliez une cliienne ouverte après six jours , nous avons vu deux corps jaunes sur l'ovaire droit , un seul du côté gauche , et cinq vésicules de sept ou huit millimètres de diamètre , qui semblaient sur le point de s'échapper de ces organes. Une autre, dont l'accouplement datait de cinq jours , nous a présenté les mêmes circonstances -, et quoiqu'il fût bien évident que chacun des corps jaunes avait déjà fourni la vésicule qu'il contenait auparavant, nous avons vu avec surprise que les trompes et les cornes ne présentaient rien de particulier. Nous nous sommes livrés alors à toutes les supposi- tions imaginables , persuadés que les vésicules de l'o- vaire devaient passer dans les cornes telles qu'elles étaient. Comme leur diamètre est très-considérable , il n'était pas possible de croire qu'elles fussent susceptibles d'échapper à notre examen. Ne les trouvant point dans les trompes , ni dans les enveloppes de l'ovaire , ni dans les cornes, ni dans la cavité abdominale où nous pou- vions craindre qu'elles ne fussent tombées , nous avons craint qu'il ne se passât dans ce moment quelque phé- nomène bizarre qui les dérobait à nos recherches. C **3 ) Il est inutile d'insister sur les essais infructueux que nous avons dû faire , préoccupés comme nous l'étions d'une comparaison qui s'offre d'elle-même à l'esprit. Le jaune de l'ovaire dans les poules est en tout point sem- blable à celui des œufs parfaits ; l'ovule des Mammi- fères ne devait pas être différent. A la vérité , le dia- mètre de la trompe ne dépasse guère deux ou trois mil- limètres , et il serait presqu'impossible d'y faire passer un corps de la grosseur des ovules de l'ovaire -, mais , d'un côté, nous savions que M. Magendie avait rencontré des trompes beaucoup plus larges , et de l'autre, on pou- vait supposer à ce tuyau plus de souplesse pendant la vie qu'il n'en montre après la mort. Ce n'est qu'après un très-grand nombre de tentatives inutiles que nous avons pu retrouver les œufs décrits par de Graaf et par Cruikshanks , et dont la petitesse nous avait probablement empêché de reconnaître la présence. Sur deux chiennes examinées huit jours après l'accouplement , nous avons rencontré des vésicules dans les cornes. La première en offrait six, dont quatre du côté droit, et deux dans la corne gauche. Mais nous avons été bien plus satisfaits encore en examinant les trompes , car dans l'une d'elles nous avons trouvé un septième œuf à quelques lignes du pavillon seulement ; et l'ovaire de ce côté possédait encore deux grosses vési- cules qui se seraient probablement ouvertes à leur tour. D'ailleurs , le nombre des corps jaunes sanglans corres- pondait exactement au nombre des ovules de chaque côté. C'est sur cet animal que nous avons décrit l'o- vaire , et les corps jaunes encore béans. Dans une se- conde observation , nous avons retrouvé des ovules par- faitement semblables aux précédens pour la grandeur et I 124 ) l'aspect microscopique ; mais quoique nous eussions éga- lement laissé huit jours s'écouler depuis l'accouplement, nous avons vu avec surprise qu'il ne s'en trouvait que trois dans les cornes. A la vérité , les ovaires renfer- maient plusieurs vésicules très-grosses. Ce qu'il y a sans doute de plus remarquable dans ces ovules , c'est leur petitesse , surtout quand on les compare aux vésicules de l'ovaire. Ils ont au plus un millimètre et demi ou deux millimètres de diamètre , et si l'on ne mettait pas dans l'examen des cornes le soin le plus scrupuleux, on les méconnaîtrait sans la moindre difficulté. Cela doit nous être arrivé fort souvent à nous- mêmes dans le cours de nos premières expériences ; mais, lorsqu'on est prévenu, qu'on éclaire bien la corne qu'on veut examiner , et qu'on l'ouvre avec précaution , on ne peut guère éviter de rencontrer les ovules au bout de quelques essais. Ils sont entièrement libres , ne pré- sentent point d'adhérence avec les parois des cornes , et l'on peut les enlever sur la lame d'un scalpel , puis les déposer dans un verre à montre rempli d'eau , pour les examiner plus facilement. Cette particularité remar- quable d'un isolement parfait présente non-seulement . un caractère physiologique fort digne d'attention , mais encore elle devient très-utile pour distinguer les ovules des petites vésicules que l'on observe si souvent dans le tissu des cornes , et qui sont probablement des hydati- des. Celles-ci sont toujours engagées dans la paroi même de l'organe , et ne peuvent point s'en détacher sans le secours d'un instrument tranchant. Ces remarques prou- vent ainsi que les ovules , puisqu'ils sont libres , ne sont point des hydatides, ni rien autre de ce genre ; mais nous en verrons plus loin de meilleures preuves encore. ( »5 ) Grossis trente fois et vus par transparence , ces ovules paraissent sous une forme ellipsoïde , et semblent com- posés d'une membrane d'enveloppe unique et mince dans l'intérieur de laquelle est contenu un liquide trans- parent. A la partie supérieure de l'ovule on remarque une espèce d'écusson cotonneux , plus épais et marqué d'un grand nombre de petits mamelons. Vers l'une des extrémités de celui-ci , on observe une tache blanche , opaque, circulaire , qui ressemble beaucoup à une cica- tricule. On est également frappé d'un rapport général de ressemblance entre l'écusson lui-même et la mem- brane caduque. Il est évident que ces ovules sont bien les mêmes que ceux rencontrés par de Graaf au bout de trois jours dans les femelles de lapin. Cruikshanks est le seul ana- tomiste , à notre connaissance , qui les ait retrouvés de- puis 5 mais ce dernier a certainement contribué pour beaucoup à discréditer tous ces résultats en donnant la figure des oeufs les plus petits qui se fussent offerts à lui. Il leur attribue un diamètre si faible qu'on peut l'évaluera un huitième de ligne environ, et nous ne pensons pas que des corps de ce genre pussent se dis- tinguer des flocons de mucus qu'on rencontre toujours dans les cornes. Les plus petits que nous ayons vus avaient au moins un millimètre , et, comme d'après les circonstances de l'observation , on peut se convaincre qu'ils étaient détachés de l'ovaire , le jour même ou la veille au plus tôt , il est bien probable qu'ils n'avaient encore subi aucun accroissement sensible. Nous avons fait beaucoup de tentatives inutiles pour nous procurer des oeufs de dix jours, et quand on n'a point essayé ce genre de recherches , on ne peut se C '"'G ) former une idée des difficultés qui arrêtent l'observa- teur. Tantôt les œufs étaient trop avances , tantôt la copulation n'avait point amené de résultat , et nous n'a- vons pu trouver malgré tous nos soins que des ovules de douze jours environ. Ceux-ci nous ont offert un grand nombre de résultats précieux, mais nous éprouvons le plus vif regret de n'avoir pas suivi la progression natu- relle de leur accroissement. Les ovules que l'on rencontre dans les trompes , douze jours après la copulation , sont encore moins volumineux que les vésicules de l'ovaire, et cette circonstance vient corroborer les observations précédentes. Ceux qui sont près de la base des cornes , c'est-à-dire éloignés de l'o- vaire , sont toujours plus volumineux et plus avancés dans leur développement, que ceux qu'on prend au sommet de ces organes ou plus près de l'ovaire. Cette remarque se lie fort bien avec la circonstance de leur arrivée progressive dans les cornes , car ceux qui sont placés à une grande distance de l'ovaire y sont arrivés un ou deux jours plus tôt que les autres ; et, dans les pre- miers instans du séjour, cette différence qui devient in- sensible plus tard en amène de très-saillantes dans le volume et la forme de l'ovule, et plus encore dans l'étal de l'Embryon. Nous n'avons pas vu ce dernier , lorsque nous avons examiné les petits oeufs ellipsoïdes de huit jours. Cela peut se concevoir aisément si on le suppose fort petit, aussi petit, par exemple , qu'un animalcule spermatique de chien -, car, dans cette hypothèse, il faudrait absolu- ment employer, pour le distinguer , des verres capables de produire une amplification de deux ou trois cents diamètres ; mais c'est une condition qui n'est point pra- : r*7 ) licahlc à cause de l'épaisseur de la membrane d'une part, et de t autre aussi en raison des séries de globules qui se rencontrent dans son propre tissu , et que l'on apercevait alors elles-mêmes. On pourrait admettre en- core que l'œuf n'avait point été fécondé ; mais cette sup- position répugne à l'esprit, et d'ailleurs il n'est pas né- cessaire d'y avoir recours pour expliquer ce résultat qui se conçoit fort bien d'après l'opinion précédente. Dans les ovules de douze jours , l'Embryon se recon- naît sans la moindre difficulté. La transparence parfaite qu'ils ont conservée les r^end même tellement propres à ce genre de recherche, que nous sommes bien convain- cus , et chacun pourra former son jugement sur ce point , en comparant nos observations entre elles ; nous sommes bien convaincus que de tous les animaux , les Mammifères sont ceux chez lesquels l'observation du premier âge de l'Embryon s'exécute avec le plus de fa- cilité. On pourrait même donner en quelque sorte l'ex- pression numérique de cette différence ; et nous savons pour nous, par exemple , qu'il nous a fallu plus de cinq cents oeufs de poule , plus de mille œufs de grenouille pour établir chez chacun de ces animaux les résultats que nous avons pu constater pour le chien avec une douzaine d'ovules seulement. Cela dépend uniquement de ce que chez ce dernier l'ovule est parfaitement lim- pide , en sorte qu'il n'est point nécessaire d'y toucher pour examiner l'Embryon , tandis que pour les Batra- ciens , les Poissons et les Oiseaux, l'Embryon se trouve appliqué sur une masse de substance opaque dont il faut toujours le dégager ; en sorte que pour les Mammifères la difficulté consiste seulement à se procurer des œufs , tandis que pour les autres , lorsqu'on les possède , il est ( »« ) encore indispensable du se livrer à des dissections déli- cates, ou bien à des observations par réflexion, qui sont toujours bien plus fatigantes et bien moins sûres que celles qu'on opère par transmission. L'Embryon se reconnaît donc aisément sur les ovules de douze jours \ mais sa forme et ses dimensions va- rient 5 celles des ovules eux-mêmes varient aussi, suivant qu'on les prend au sommet ou à la base des cornes. Comme nous devons suivre , autant qu'il dépendra de nous , la série des développemens , il faut donc com- mencer par ceux qui nous paraîtront les moins avancés. Ceux-ci ne sont plus ovales , et possèdent au contraire exactement la forme d'une poire qu'on supposerait très- régulière. A la première inspection on peut y recon- naître trois parties. La tète de la poire est cotonneuse, marquée de petites taches plus opaques que la mem- brane , parfaitement arrondie , et limitée par un bord frangé circulaire et déprimé légèrement. La queue est lisse, sillonnée de quelques plis très-faibles, et profon- dément sinueuse au point où elle se réunit avec le corps de la poire. Celui-ci forme une espèce de bande ou de zone circulaire plissée longitudinalement avec une sorte de régularité. Mais elle est surtout remarquable à cause d'une dépression sub-cordiforme qui s'observe à la partie supérieure. C'est le siège du développement de l'Embryon, et celui-ci peut déjà s'y reconnaître. On voit en effet une ligne plus noire ou plus épaisse partir du centre de l'écusson et aboutir à sa pointe. En suivant les progrès du développement, nous verrons que cette ligne est la moelle épinière ou son rudiment 5 c'est donc par elle que commence l'évolution du nouvel animal. Si l'on examine des œufs plus avancés, on trouve ( 12 9 ) leurs deux extrémités prolongées en cornes. Cilles-ci sont situées dans l'axe des cornes de la matrice. Il en était de même dans le cas précédent , mais nous n'avons pu nous assurer s'il y avait quelque chose de régulier dans l'ordre de l'apparition de ces prolongemens. Nous n'avons vu que deux ovules unicornes , en sorte que nous ne pouvons savoir si ce changement s'opère plutôt à la face qui est fournée vers la matrice, ou bien à celle qui regarde les trompes. Des observations plus nom- breuses peuvent seules décider cette question. À cet âge l'ovule est devenu lisse dans toute sa sur- face , sauf l'endroit où se trouve le fœtus. La ligne pri- mitive est plus longue ; elle s'est entourée d'un bourrelet saillant parallèle à sa direction , et l'on observe dans la partie élargie de l'écusson une espèce d'arc de cercle relevé en bosse. L'écusson lui-même n'est plus subcor- diforme; il est devenu ovale-lancéolé. Plus tard, en donnant à cette expression un sens qui se rapporte à la grosseur de l'ovule, à la longueur du trait fœtal et à la position de l'œuf dans les cornes de la matrice , plus tard l'écusson a pris l'apparence d'une lyre, le croissant s'est prolongé , et dessine à l'intérieur de celle-ci une ligne qui lui est entièrement parallèle, et le bourrelet qui environne le rudiment nerveux com- mence à perdre sur ses bords sa direction droite. Enfin dans les œufs plus avancés encore , on retrouve à peu près le même aspect, seulement tout le sys- tème compris dans l'écusson a éprouvé un allonge- ment considérable. La zone qui borde le renflement intérieur s'est rétrécie ; la partie qui correspond à la qu'aie du fœtus s'est prolongée en pointe , et le bour- TOMH T1L q ( i3o ) relet qui environne la ligne primitive semble devenir le siège d'une organisation plus active qui s'annonce par l'apparition de plusieurs lignes sinueuses dans l'épaisseur de son tissu. Nous ne pousserons pas plus loin cette étude descrip- tive , et nous nous bornerons à insister sur les circons- tances essentielles : la fidélité de nos dessins, tous exé- cutés d'après nature , nous dispense d'entrer dans de trop minutieux détails. Tel est l'état des ovules de cbien de douze jours. Mais pendant qu'ils ont éprouvé de semblables métamor- phoses , ils sont néanmoins restés complètement libres , et il suffit d'ouvrir la corne de la matrice qui les con- tient avec quelque précaution sous l'eau , pour les voir à l'instant s'en détacher et venir flotter dans le liquide , comme une vessie à peu près de même densité que lui. Toutefois l'organe utérin a subi des modifications remar- quables au point qui correspond à la situation des ovules. Une couche épaisse d'une matière spongieuse et pourvue de vaisseaux abondans , est venue s'y déposer , et quand on enlève par couches le tissu de la corne , on trouve au-dessous de lui une espèce de sphéroïde déprimé, formé de deux segmens égaux qui recouvrent l'ovule de toutes parts , et l'emprisonnent ainsi dans une cavité limitée , ce qui ne lui permet plus de changer de situation. Plus tard l'œuf se greffe avec cette matière par la face opposée à celle où se trouve le foetus , et plus tard encore on aperçoit le dépôt de la matière verte remarquée par tant d'anatomisles -, il s'effectue précisément vers le sommet de chacune des cornes de l'œuf où il forme un anneau régulier d'une beauté remarquable pour le ton de la ( '3i ) couleur qui se marie avec le rouge éclatant des vaisseaux sanguins. Nous reviendrons dans un autre Mémoire sur la production de cette matière. Il nous reste à prouver que la ligne primitive est bien réellement le rudiment de la moelle épinière. Nous avons éprouvé sur ce point des inconvéniens analogues à ceux que nous avons déjà signalés pour les ovules de dix jours. Il était nécessaire d'obtenir des oeufs de qua- torze jours au plus , et tous ceux que nous avons pu nous procurer en avaient au moins seize ou dix-huit ; et comme à cette époque l'évolution s'opère avec une incroyable rapidité , les foetus de cet âge sont déjà munis de presque tous leurs organes, et présentent un dévelop- pement si avancé , qu'il serait impossible d'établir la com- paraison entre deux états aussi éloignés l'un de l'autre. Nous puiserons donc nos preuves dans le lapin, et nous allons voir en effet que chez cet animal les ovules que nous avons rencontrés huit jours après l'accouple- ment ne peuvent laisser aucun doute sur ce point im- portant. Ils sont bien plus avancés que ceux du chien au douzième jour , et cette circonstance s'explique d'une part en tenant compte de la date à laquelle a lieu la chute de l'ovaire, et de l'autre parles variations qui s'ob- servent dans la durée de la gestation. Le dernier point est trop connu pour qu'il soit nécessaire de l'établir sur des preuves particulières 5 quant au premier, nous rap- pellerons que les observations de De Graaf fixent au troi- sième jour, pour le lapin, l'apparition des ovules dans les cornes et la production des corps jaunes correspondans ; tandis que les nôtres montrent que ces phénomènes ne s'opèrent dans le chien que huit jours après l'accouple- ment. En sorte qu'à date égale les oeufs de lapin ont 9* ( i3a ) réellement cinq jours d'antériorité sur ceux de chien , et que ceux de hait jours devraient être comparés à des ovules de chien âgés de treize jours au moins. Mais en outre il faut tenir compte aussi de la différence des es- pèces. Au sommet delà corne gauche d'une femelle de lapin ouverte huit jours après l'accouplement, nous avons ren- contré un ovule parfaitement comparable avec ceux de chien âgé de douze jours, c'est-à-dire que le centre del'é- cusson pyriforme était occupépar la ligne primitivesituée dans l'axe de ce même écusson. Un peu plus bas nous avons trouvé un autre œuf plus avancé que le précédent. La portion céphalique de la ligne primitive était sur- montée d'une espèce de bonnet vésiculaire , premier ru- diment du cerveau. Sa terminaison inférieure offrait une dilatation dans laquelle on pouvait déjà reconnaître le ventricule rhomboïdal. Enfin dans sa partie moyenne on observait de chaque côté quatre tubercules disposés par paires , faciles à reconnaître pour les points ver- tébraux. Ces premiers indices fixent positivement la nature de la ligne primitive et montrent qu'on doit la con- sidérer comme le rudiment du système nerveux. D'ail- leurs si l'on pouvait conserver encore quelques doutes , ils seraient entièrement levés par la comparaison des fœtus de mammifères avec ceux des oiseaux qui feront l'objet du chapitre suivant. A la première inspection, on sera frappé d'une ressemblance tellement extraordi- naire entre les formes des fœtus très-jeunes de ces dem classes , qu'on ne pourra pas se refuser aux application? qui en découlent. Cette ressemblance est telle que Toi peut, défier l'observateur le plus exercé de distingue! d'une manière quelconque les fœtus de chien ou de lapin, ( '33 ) Jonl nous doutions les ligures, des poulets ou des ca- nards d'un âge correspondant. Quant à la généralité des phénomènes que nous avons observés, il serait imprudent peut-être de vouloir, dès ce moment, l'établir dans tous les détails. Il doit y avoir quelques variations dans les espèces , mais nous sommes disposés à penser que la fécondation a lieu dans les cor- nes chez tous les mammifères , et que le développement présente chez tous aussi des phases analogues. Nous en avons cité déjà un exemple fort remarquable dans les animaux à bourse ( Ann. des Se. nat. , t. I , p. 4°6 ) > et cependant ces animaux s'éloignent des espèces que nous venons d'étudier sous des rapports très-importans. Si de tels caractères se sont conservés dans des animaux qui présentent de si grandes anomalies , on doit en con- clure qu'ils sont de première importance dans l'évolution fœtale , et les physiologistes saisiront sans doute toutes les occasions qui se présenteront , soit pour les cons- tater , soit pour les étudier avec plus de soin que nous n'avons pu le faire. Il est aisé de voir que , dans cet exposé rapide , nous n'avous point voulu faire usage de tous nos matériaux afin de ne pas détourner l'attention de la question principale. Il nous reste à résumer les résultats que nous avons établis , en priant toutefois MM. les commissaires de vouloir bien nous indiquer les éclaircissemens qu'ils pourraient souhaiter sur ces points ou sur d'autres rela- tifs à la question de l'organogénésie que nous avon? voulu séparer de l'histoire de la génération. ( <34) Conclusions. i°. La fécondation n'a point lieu dans l'ovaire , puis- qu'à aucune époque on ne rencontre les animalcules spermatiques dans la poche qui renferme cet organe. 2°. En admettant ce premier résultat , il est aisé de voir que le moment de la fécondation est de beaucoup postérieur à celui de l'accouplement ; car alors l'œuf n'est réellement fécondé que lorsqu'il parvient dans la trompe ou la corne et qu'il se trouve en contact avec la liqueur séminale. Les capsules de l'ovaire s'ouvrent , les ovules qu'elles renfermaient sont mis en liberté , ils sont reçus par le pavillon et amenés dans les cornes. Pour chaque ovule , ces divers mouvemens doivent avoir lieudans un temps fort court; mais il n'en est pas de même lorsqu'il est question d'ovules dillérens , car il paraît, d'après les observations de De Graaf et les nôtres , que dans le lapin et le chien il faut deux jours au moins pour que tous les œufs d'une portée se détachent des ovaires. 3°. Les ovaires d'une chienne en folie ne diffèrent de l'état naturel que par une circulation plus abondante. Les œufs possèdent un volume peu considérable et tel qu'on l'observe sur des animaux qui ne sont pas disposés à s'accoupler. Il n'en est pas de même après la copula- tion. Quelques œufs prennent alors un accroissement rapide, et l'on voit leur diamètre devenir en quelques jours trois ou quatre fois plus considérable. Enfin le tis- su de l'ovaire se déchire , et l'on trouve à la place occu- pée par chaque œuf une cavité remplie de sérosité albu- mineuse. La fente se cicatrise avec rapidité, la cavité s'oblitère , et le tissu voisin devient le siège d'un dépôt muqueûx, jaunâtre, qui ser% à reconnaître les corps jaunes. ( '35 ) 4*. Les ovules qu'on rencontre dans les cornes sont remarquables par leur petitesse. Ils ont en effet un ou deux millimètres de diamètre au plus, tandis que les vé- sicules de cet organe en possèdent un de sept ou huit millimètres , au moins. Ce sont donc deux choses qu'il ne faut pas confondre, et très-probablement les vésicules ou les œufs de l'ovaire, contiennent dans leur intérieur, les petits ovules des cornes, qui s'y trouvent environnés d'un liquide destiné peut-être à faciliter leur arrivée dans l'utérus. Il nous est survenu deux fois, en ouvrant des vésicules très-avancées, de rencontrer dans leur in- térieur un petit corps sphérique d'un millimètre de dia- mètre. Mais il différait des ovules que nous observions dans les cornes par sa transparence qui était beaucoup moindre. Il serait donc nécessaire de rechercher avec soin quel est le rapport qui existe entre les vésicules de l'ovaire et les ovules des cornes. Cela paraîtra fort im- portant surtout si l'on réfléchit à l'influence singulière que cette circonstance inaperçue a toujours exercée dans les travaux relatifs à la génération des mammifères. On a dit et répété mille fois que ce phénomène offrait un mystère inextricable. Il l'aurait toujours été sans doute si l'on s'était obstiné à chercher, le lendemain de l'ac- couplement , des œufs dans l'utérus , tandis que l'ovaire n'en avait point encore fourni. Enfin quelques jours plus tard, à l'époque où les ovules se trouvent déjà dans les cornes, on en aurait toujours perdu l'observation si l'on avait cru les trouver égaux en volume à ceux que l'on apercevait dans l'ovaire. Pour éviter doréna- vant cette confusion d'idées qui a tant influé sur les re- cherches anatomiques , nous désirerions qu'on donnât le nom de vésicules aux corps particuliers renfermés dans ( »36 ) l'ovaire , jusqu'à ce qu'on ait mieux étudié leur nature. 5°. On pourrait supposer que ces vésicules con- tiennent la liqueur séminale des femelles. Cela paraîtrait encore plus probable si l'on accordait quelque confiance à l'observation faite par M. de Bufïbii sur des ovaires de chienne. Mais en premier lieu nous remarquerons que c'est dans les corps jaunes qu'il a cru reconnaître des êtres semblables à ceux que l'on trouve dans la liqueur spermatique du chien. Nous avons examiné sous ce rap- port un grand nombre de vésicules plus ou moins avan- cées, et la liqueur limpide qu'on en retire ne nous a ja- mais offert, non-seulement des animalcules, mais même des globules comme on en observe dans le plus grand nombre des fluides animaux. Il est donc évident que les femelles ne coopèrent pas à l'acte de la génération au moyen d'une liqueur semblable à celle que les mâles fournissent. L'observation de M. de Buîïon , si elle était exacte , prouverait donc seulement que la semence du mâle pourrait parvenir jusqu'à l'ovaire. Mais sous ce point de vue, nos résultats, constatés avec soin et répétés à plusieurs reprises , ne sont point d'accord avec le sien. Le liquide des corps jaunes ne nous a pas offert plus d'animalcules que celui des vésicules. D'ailleurs la négli- gence avec laquelle la dissection fut pratiquée par M. De Buffon laisse concevoir aisément la possibilité d'un mé- lange entre la liqueur des cornes et celle des corps jaunes. 6°. Les ovules des cornes sont d'abord ellipsoïdes , ils grossissent ensuite et deviennent pyriformes, età mesure qu'ils s'accroissent, ils montrent un prolongement à cha- cun de leui-s bouts. Ils conservent celte troisième modi- fication jusqu'à ce qu'il se produise de nouvelles mem- bianes qui altèrent alors l'aspect général, mais l'œuf ( *3 7 ) primitif peut encore se reconnaître à sa forme au bout d'un temps assez long. 7 . Dans le premier état on ne peut encore y recon- naître le fœtus ; peut-être se trouve-t-il situé à l'intérieur de la tache blanche circulaire dont nous avons parlé. À la seconde période on le voit tout de suite. Sa position est déterminée par celle de l'aire subcordiforme dans l'intérieur de laquelle il se montre comme une ligne à peu près droite plus opaque que la membrane qui l'en- vironne. 8°. Cette ligne s'allonge , s'entoure de diverses pro- ductions membraneuses qui proviennent d'un plissement de la membrane propre de l'aire. Son extrémité anté- rieure occupe la base des vésicules cérébrales, son bout postérieur se dilate pour produire le ventricule rhom- boïdal, et dans sa partie moyenne elle occupe la position propre à la moelle épijiière. La ligne primitive n'est donc autre chose que le rudiment du système nerveux. Explication des Planches. Planche 5. Chien. — Corps jaunes et ovules. Fig. i. Ovaire huit jours après l'accouplement ; C. corne ; T. trompe; P. pavillon; GGG. graisse; V. grosse vésicule près de s'ou- vrir ; J. corps jaunes ; AB. corps jaune vu de côte' ; C. id. vu par-dessus; D. id. ouvert pour voir le fond de la cavité, l'ig. 2. Ovule de la même époque, vu de grandeur naturelle en B , et grossi en B'. Fig. 3. Ovule pris sur le même animal, mais plus près delà base des cornes. De grandeur naturelle en A, grossi en A'. Fig. 4- C. Ovule de douze jours , de grandeur naturelle ; C le même grossi. Fig. 5. D. Ovule de même date plus avancé que le précédent et en place ; D'. séparé de la corne ; D". grossi. Planche 6. Ovules tle chien douze jours après l'accouplement. C '38 ; A. B. C. OEufs de grandeur naturelle. A' B 1 C. Fœtus correspondais grossis, le premier i5 fois, le se- cond ii fois, le troisième 8 fois. Planche 7. Latin. — Organes femelles et ovules. Fig. 1. Utérus huit jours après un accouplement fécondant. O. ovaire; C. corps jaune vu par-dessus ; D. vu de côté. A. Ovule du sommet de la corne gauche, dont on a grossi le fœtus ; B. Fœtus du troisième ovule également grossi. Notice Géologique sur le prétendu Fossile Humaintrouvé près de Moret , département de Seine-et-Marne. Par M. J.-J.-N. Huot. Les personnes qui s'occupent d'histoire naturelle , savent de quelle importance serait , pour la Géologie , la découverte de quelques restes fossiles d'ossemens hu- mains. Aussi l'étude des divers terrains qui présentent des débris de corps organisés , a-t-elle été poussée si loin, depuis près de vingt ans, sur presque tous les points de la surface de la terre , que l'on peut dire sans trop de témérité que le fait de la non-existence d'os humains fos- siles ou pétrifiés est généralement admis par ceux qui s'occupent de recherches relatives aux révolutions dont notre planète offre tant de traces. L'annonce d\in corps humain fossile devait donc ins- pirer d'abord peu de confiance 5 loin de cela on s'est em- pressé d'offrir, sous ce nom, à la curiosité publique, quelques fragmens de grès dont les contours méritent à peine d'attirer les regards des savans*, l'Académie des Sciences a même été invitée à donner son opinion sur celte configuration bizarre. Dans cette occurrence, j'ai cru ( i3 9 ) devoir faire à cette Société l'hommage d'une Notice , à laquelle j'ai donné toute la publicité possible , afin d'é- clairer sur cet objet la classe nombreuse des gens qui ne sont point familiarisés avec de pareilles questions. J'ai eu la satisfaction de voir la commission choisie au sein de l'Académie , adopter sans restriction les raisonnemens d'après lesquels je prouvais que le Grès trouvé près de Moret ne présentait aucun débris osseux. C'est ce qui m'engage à reproduire ici pour une autre classe de lec- teurs , et d'une manière plus concise , une partie de ces raisonnemens. Au mois de septembre 1823, des écoliers qui accom- pagnaient leurs pères à la chasse , dans les environs de Moret , découvrirent près de Montigny , au lieu dit le Long-Rocher' , au fond d'une cavité , un morceau de Grès qui leur parut être un homme pétrifié , et tout près ds-là un autre morceau représentant une tète de cheval. Une foule de curieux se porta au Long-Rocher, les uns admirèrent ce qui avait causé l'étonnement des écoliers , les autres ne virent dans ces Grès qu'un jeu de la nature. Cependaut il y avait, momentanément, sur le territoire de cette découverte, un chimiste habile , M. Barruel. Dans la crainte de se laisser séduire par des formes trompeuses, il eut recours à l'analyse : elle lui offrit des traces d'une substance animale *, dès-lors il fut prouvé selon lui que ces deux morceaux de Grès étaient deux Fossiles. L'acquisition en fut faite, et on les exposa tout récemment aux regards du public , sous le nom de Fossile humain. M. Barruel publia le résultat de son analyse, et dans sa notice il déclara d'une manière formelle que les frag- mens qu'il avait examinés appartenaient à un véritable ( i4o ) Fossile hufnain dont Vorigine était très-antérieure à la dernicre catastrophe qui a bouleversé la surface de nos contrées. Le témoignage d'un homme instruit était de quelque poids; je dus alors porter un regard presque minutieux sur un objet que l'on considérait comme un des monumens géologiques les plus curieux. Ce ne fut donc qu'après un examen sévère , que je me hasardai à publier mon opinion. Avant de la reproduire ici , je dois donner une idée de la disposition du Grès dont il s'agit : sur une lon- gueur d'un peu plus de cinq pieds et demi , le morceau que l'on annonce être un homme fossile présente , dans le seul point de vue où l'œil puisse le considérer, l'ap- parence grossière d'un corps humain couché de manière que la tête et une partie de l'épaule reposent sur un morceau de roc ; que la surface du corps , c'est-à-dire la poitrine , le ventre et le fémur , sont appliqués contre la masse de Grès qui les recouvre , et que le dos , les muscles fessiers, ceux de la cuisse et de la jambe sont à découvert et en relief. Le bras et l'avant-bras sont aussi en relief, ployés et appuyés contre le coi^ps ; mais depuis la naissance de ce qui paraît être l'épaule jusqu'à l'extrémité du coude , on compte 22 pouces, et l'avant- bras , avec ce que l'on prend pour le métacarpe , porte à peine 12 pouces. Tout cet ensemble ne présente que la moitié d'un homme, puisque le bras, la cuisse et la jambe droite manquent entièrement. Auprès de ce Grès on en voit un autre qui offre un peu plus l'aspect d'une tête de cheval , reposant sur une sorte de poitrail mal conformé et mal arrondi. Cette tête , dont les dimensions sont plus petites que dans le cheval vivant, puisqu'elle n'a qu'environ 18 pouces de- ( i4i ) puis la naissance de la crinière jusqu'à l'extrémité de la lèvre supérieure , laisse voir une oreille et la langue. La tète de l'homme , qui compte plus de 10 pouces dans son plus grand diamètre , semble être coiffée d'un frag- ment de grès qui, au premier abord, présente l'idée d'un casque. Après la description que je viens de donner , il ne s'agit plus que d'examiner si le fragment du Long-Rocher appartient à un Fossile , à une pétrification ou bien à une incrustation. Une définition exacte de ces trois mots servira à nous guider dans cet examen. On doit comprendre sous la désignation de Fossiles tous les corps organisés que l'on trouve dans les der- nières enveloppes de notre globe , et qui ont conservé d'une manière plus ou moins intacte leurs parties so- lides. Les plantes et les coquilles que l'on voit si com- munément les unes dans le calcaire grossier fissile , les autres dans le calcaire grossier friable: les ossemens que Ion rencontre au milieu du gypse ou de certains bancs calcaires , sont donc de véritables Fossiles. Les débris osseux fossiles ne semblent avoir perdu que la substance gélatineuse qu'ils contenaient à l'état vi- vant ; cependant si on les soumet à l'analyse , ils en of- frent souvent des traces nombreuses , et ils présentent en abondance du phosphate de chaux. Mais il faut dire aussi qu'un œil exercé n'a jamais besoin d'avoir recours à la chimie pour reconnaître un os fossile. On peut donc avec assurance déclarer que le Grès du Long-Rocher n'offre rien qui annonce un homme et un cheval fossiles. En effet les seules parties animales qui puissent devenir fossiles sont les ossemens, et ces frag- meus de Grès n'en présentent point. On a voulu faire ( i40 admirer des formes et des proportions parfaitement belles , dans des contours qui occupent à peu près la place des parties charnues que l'on remarque dans l'homme et le cheval vivans , et l'on n'a point songé à l'impossibilité que ces mêmes parties passassent à l'état fossile. Il sera tout aussi facile de prouver que ce Grès n'est point une pétrification ; il suffira de rappeler ce qui se passe dans cette singulière opération de là nature. Si un liquide contenant en dissolution de la chaux ou de la silice , a pénétré dans les pores d'un corps organisé ; ce liquide en s'évaporant laissera dans chaque cavité un dépôt solide , en sorte que la substance organique dis- paraissant peu à peu , le corps se trouve transformé en un morceau calcaire ou siliceux qui offre à l'oeil les contours et le tissu qu'il avait avant sa pétrification, tant la matière pierreuse en moule les plus petits détails avec précision. Or ici se présente, à l'égard du Grès des environs de Moret , la même difficulté pour le ranger parmi les pétrifications que parmi les Fossiles. En effet, nous avons vu qu'au lieu d'une charpente osseuse , on ne pourrait, à en juger par quelques formes grossières , y voir que des parties musculaires. Il me suffit donc de rappeler à ceux qui s'occupent d'histoire naturelle et de géolo- gie , que des muscles ne peuvent pas subir l'effet de la pétrification , d'abord parce qu'ils ne présentent point assez de consistance, et en second lieu parce que celte opération exigeant un temps considérable , ils doivent toujours disparaître par l'action de la fermentation, et laisser le tissu osseux subir seul cette métamorphose. C'est ainsi que les Mollusques et les Conchifèrcs^t'est ainsi C i43 ) que les Oursins que l'on rencontre si souvent pétri- fiés , n'offrent jamais de traces de leurs parties molles ou cartilagineuses. Je dois dire ici que M. Desmarets , dont le mérite et le talent sont connus de tous les naturalistes , avait eu, depuis l'impression de ma première Notice , l'ingénieuse idée de rechercher si le Grès que l'on montre au public n'aurait pas pu se mouler dans une cavité produite par un corps humain que le temps aurait détruit. Mais l'inspection de ce Grès ne permet pas d'admettre cette supposition , puisque la partie musculaire qui fait tou- jours ici la grande difficulté , n'aurait pas pu produire une impression profonde dans le Grès ; puisque les osse- mens n'auraient pas pu disparaître entièrement; puisque la partie creuse dans laquelle le corps aurait été moulé aurait été retrouvée au moins en partie ; puisqu'enfin les parties de ce corps devraient présenter la dimension exacte du corps vivant. Il reste encore à examiner si ce Grès ne serait pas une incrustation formée sur un corps humain. On sait que l'incrustationvestun dépôt calcaire ou siliceux qui se fait au milieu de quelques cavités ou au fond de certaines fontaines dont les eaux tiennent en dissolution de la Chaux ou de la Silice. On sait aussi que ces dépôts, lorsqu'ils sont calcaires, se moulent avec exactitude sur le corps qu'ils recouvrent, et que si les parties molles disparaissent dans cette opération , ce qui arrive presque toujours , les parties solides se conservent dans toute leur intégrité. Mais il ne s'agit pas ici d'un dépôt cal- caire , il est question d'un dépôt siliceux. Or la Silice se dissout avec une lenteur extrême en comparaison de la Chaux ; aussi est-il fort rare de trouver des incrustations ( i44 ) siliceuses , et encore ne se forment-elles que sur des corps solides d'une petite dimension. Ajoutons une autre observation, c'est qu'une eau qui entraînerait avec elle les molécules siliceuses d'un Grès et qui les déposerait sur un autre corps, n'y formerait pas un dépôt de Grès, mais une couche dure, serrée, compacte, enfin une couche de véritable Silex. Ce n'est pas ce qu'on verra dans le fragment du Long-Rocher ; le Grès y est intact , et même il y est à l'état de désagrégation. Ces raisons, auxquelles on pourrait en ajouter une fouie d'autres, repoussent toute idée d'incrustation dans le prétendu fossile de Moret. Les personnes qui savent que les momies naturelles , c'est-à-dire ces corps humains ensevelis au milieu des sables de la Lybie , y sont quelquefois tellement com- primés , que le sable pénètre dans tous leurs pores , et leur donne l'apparence d'une véritable incrustation , croi- ront peut-être que ce Grès recouvre le corps d'un homme et une partie de celui d'un cheval ; mais ils re- connaîtront le contraire à la plus légère inspection ; ils verront que la partie qui représente une espèce d'avant- bras mutilé , n'offre dans son intérieur rien d'analogue aux ossemens d'un bras , et que les cavités qu'on y re- marque sont l'effet d'un liquide dont les gouttes ont long-temps agi sur le même point. Ils verront que les cavités qu'on regarde comme celles du radius et du cu- bitus , sont d'un diamètre qui détruit l'illusion ; ils ver- ront enfin que cette partie n'est qu'un morceau de Grès à l'intérieur comme à l'extérieur. Ainsi , après avoir examiné toutes les parties de ce prétendu Fossile humain, on est forcé d'avouer qu'on n'y reconnaît point la structure auatomique de l'honnin' , ( «45 ) et que la structure analomique d'un cheval ne se retrouvé pas plus dans le morceau qui imite la tète et le poiti'ail de cet animal. On est bien alors forcé de ranger ces deux fragmens parmi ces Grès dont les environs de Fontai- nebleau abondent , et dont les formes bizarres et va- riées rappellent celles d'un grand nombre d'animaux. L'apparence qu'ils ont affectée par suite de l'action lente des eaux , n'est pas plus extraordinaire que les contours que prennent les stalactites au fond de certaines cavités telles que la grotte de la Balme , située dans le départe- ment de l'Isère , et dans laquelle on aperçoit des con- figurations qui semblent être des morceaux de comes- tibles pétrifiés, et une entre autres qui ressemble telle- ment à un homme , vêtu d'une large robe , qu'on lui a donné le nom de Capucin. Le prétendu Fossile du Long-Rocher ne détruira donc pas cette proposition généralement adoptée par tous les géologues , et entre autres par le savant M. Cuvier, qu'il n'existe point d'ossemens humains fossiles, en admettant toutefois que cette dénomination ne doit être donnée qu'aux ossemens que l'on trouve dans les terrains qui ne sont pas formés par des alluvions ou par d'autres dé- pôts récens. ' La marche rapide de l'analomie comparée et de la géologie , ne permettra plus que l'on regarde comme des débris humains les restes osseux de quelques animaux mal observés : les débris de quelques grands mammi- fères ne seront plus les ossemens du roi Teutobacus ni ceux de quelque autre géant ; les carapaces de Tortues que l'on trouve dans les terrains calcaires , ne seront plus des restes de crânes humains; onne donnera plus, comme Scheuchzer le Gt eu 1726, la qualification de homo di- Tome III. 10 ( *4«) lui'ii testis , à un reptile du genre Proteus ; on saura , à l'exemple de M. Drapiez (i), reconnaître, dans des osse- mens annoncés pour être humains , quelques restes de la grande Tortue franche désignée par Linné sous le nom de Testudo mydas; enfin on ne prendra plus des os de quadrupèdes des rochers de Gibraltar pour des ossemens d'hommes. On saura distinguer des véritables Fossiles les ossemens de quelques naufragés échoués sur les côtes de la Guadeloupe , et engagés dans une agglo- mération calcaire composée de madrépores et de coquilles broyés par le mouvement continuel de la mer ; on ne donnera plus le nom & Antropolithes à des débris hu- mains renfermés dans des terrains d'alluvion comme ceux qu'on découvrit en 1820 en Saxe, au milieu de quelques pieds de terres glaises déposées dans les cre- vasses d'un calcaire secondaire. Je terminerai cette Notice par quelques mots sur la nature du Grès de Fontainebleau , et sur l'analyse que l'on a faite de plusieurs fragmens du prétendu Fossile. D'abord je rappellerai à tous les naturalistes que d'après les observations de M. Brongniart, et celles d'un grand nombre d'autres géologues , que chacun peut vérifier , il est reconnu que les Grès des environs de Fontainebleau ne contiennent aucun débris de corps organisés 5 que ces Grès qui sont superposés à des bancs calcaires de for- mation d'eau douce , reposent dans les points élevés de cette contrée , au milieu de puissantes masses de sables marins , d'où l'action de l'atmosphère et de la pluie les ont souvent entraînés dans les lieux bas où ils se grou- pent de diverses manières. L'atmosphère et la pluie pro- duisent à la longue de grands changemens sur ces Grès, (1) Coup-d'oeil Minc'ralogique et Géologique sur le Haiuaut, p. i4o» ( Ùfe ) en les disposant , en les contournant avec plus ou moins de bizarrerie , et en désagrégeant leurs parties au point de les rendre friables de durs qu'ils étaient, et de leur ôter ainsi la qualité qui les rend propres au pavage des routes , comme cela a lieu dans le Grès du prétendu Fossile^ On demandera peut-être comment il se fait que la chimie ait reconnu des substances animales dans le mor- ceau de Grès auquel on donne le nom d'bomme fossile. L'analyse des diverses parties superficielles du Grès du Long-Rocher, donne en effet, d'après MM. Thénard et Vauquelin , i° quelques millièmes d'une matière azotée. 2°. De l'eau. 3°. De la silice. 4*- De l'alumine. 5°. De l'oxide de fer. 6°. Quelques traces de chaux. Il est à remarquer que le Grès du Long-Rocher con- tient du phosphate de chaux, mais en proportion bien faible, puisque les chimistes dont je donne ici l'analyse n'ont reconnu cette substance que M. Barruet y avait trouvée, que dans un seul des dix échantillons examinés, celui qu'on avait pris dans la partie de l'homme qu'on regarde comme la main. La quantité en était si petite , qu'il a fallu recourir à de nouvelles méthodes analytiques pour la reconnaître ; mais tout le monde sait que le phos- phate de chaux est une substance naturelle dont la pré- sence dans certaines roches n'annonce point des débris d'être organisés. Je ferai aussi observer que les portions de matières animales trouvées dans ce Grès y forment une trop petite fraction pour qu'il soit possible d'en déduire les conséquences qu'on en avait d'abord tirées. Et, encore une fois , eût-on trouvé plus de matière animale , ce ne serait point une raison pour regarder un morceau de Grès comme un Fossile , quand surtout cette substance *o* ( «4» ) se trouve à la surface extérieure, et qu'il est prouvé que cette surface peut en absorber quelques petites parties par suite du séjour des animaux ou bien encore parle dépôt des particules de matière organique qui flottent continuellement dans l'air. Dailleurs la cbimie ne juge de la présence des matières animales que par celle d'un composé organique azoté, et les observations Je M. Vau- quelin sur la rouille , celles de M. Knox sur divers mi- néraux montrent assez que ces résultats sont insigni- lians dans la question actuelle. Il y a dans les résultats analytiques de MM. Thénard et Vauquelin, une circons- tance sur laquelle ils ont insisté : lorsqu'on, expose la roche à l'action de la chaleur , il s'en dégage d'abord une eau acide , puis une eau chargée d'ammoniaque. Ce pre- mier produit acide, d'après d'autres essais, parait plus fréquent dans les matières végétales, azotées , que dans les matières animales proprement dites. Je ferai remarquer en outre un fait décisif, c'est que le fragment de Grès qui parut d'abord être le cimier du casque du prétendu homme fossile , et qui , de l'aveu de ceux qui soutiennent que ce Grès est un corps humain , n'appartient à aucune partie de ce corps , a présenté les mêmes indices de matière animale que les autres frag- mens du Grès ; il en est de même des portions du rocher qui dans le système, des propriétaires, n'appartiennent ni au cheval ni à l'homme. Ainsi donc l'analyse chimi- que sert à prouver que l'anatomie et la géologie ont parfaitement jugé le Grès du Long-Ptocher , en le ran- geant parmi ces configurations accidentelles que l'on désigne sous le nom de jeux de la nature ; et l'on doit espérer qu'on n'abusera plus de la chimie en interpré- tant de travers les îésullats qu'elle fournit. ( «49 ) Sur la Méthode de calculer les angles des Cristaux et le rapport de position de leurs faces ; Par M. E. Mitscherlich. Un des problèmes fondamentaux de la cristallogra- phie » est de rechercher comment, à la rencontre de plusieurs faces, les unes déterminent les autres par leur situation relative, c'est-à-dire par le parallélisme de leurs arêtes , pour pouvoir ensuite calculer les angles. J'ai tâché de ramener tous les problèmes observés , ainsi que le calcul des angles , à quelques règles générales et peu compliquées. Les règles que je vais rapporter compren- nent presque tout le calcul dont on a besoin en cristal- lographie ; les cas particuliers que j'ai omis , et qui sont très-rares, peuvent être facilement résolus par la même méthode. Pour calculer les angles et la situation relative des plans , je me suis servi de la trigonométrie sphérique et de quelques constructions géométriques. Lorsque l'on a à déterminer la valeur des angles et le rapport de si- tuation des faces , il est bien facile de désigner les plans d'après la méthode de MM. Haûy , Weiss, Bernhardi ou Mo lis. I. La trigonométrie sphérique enseigne à calculer, les élé- niens nécessaires étant donnés , le rapport des angles et des côtés d'un triangle sphérique quelconque. On peut consulter les traités élémentaires de trigonométrie sphérique pour con- naître la méthode par laquelle on est parvenu à des formules pour le calcul du triangle sphérique trièdre. On divise chaque polygone sphérique en des triangles sphériques, et on par- ( i5o ) vient par conséquent , en se servant des mêmes formules, à déterminer toutes les parties du polygone sphérique. Les formules pour les triangles sphériques , telles qu'elles se trouvent dans les traités élémentaires , admettent une ap- plication immédiate au calcul cristallographique (i) : ceux qui connaissent cette partie des mathématiques , ne trouvent aucune difficulté en l'appliquant à ce cas particulier ; cepen- dant j'entrerai , à cet égard, dans un peu plus de détail que je n'ai peut-être besoin de le faire. Ordinairement , on n'a besoin que de calculer les angles trièdres isocèles , et il arrive rarement qu'on soit obligé de résoudre des triangles trièdres scalènes : ainsi le cas qui se présente le plus fréquemment est celui d'un triangle isocèle ABA' (PI. 8 ,jîg. i re . ) , dans lequel l'angle A est égal à A' . On divise ce triangle en deux triangles trièdres égaux par l'arc BC, tiré perpendiculairement du point B sur l'arc AA'. L'angle que le plan COB forme avec le plan COA est par conséquent un angle droit. Pour calculer l'angle trièdre BCA, dans lequel C est l'angle droit, on se sert des formules trigo- nométriques suivantes : cos. A zzz sin. B cos. a (i) , tg. a ~ sin. b tg. A (2) , cos. c — cotg.A cotg. B (3) , cos. c -zz. cos. a cos. b (4) » sin. a =3 sin. c sin. A (5) , tang.o =s cos. B tg. c (6) , (1) M. Haiiy, et ceux de son école, ne se servent que de la trigono- métrie rectiligne ; elle n'admet cependant une application que lorsque les dimensions ou les axes des formes primitives sont dans un rapport simple ; ce qui se trouve en effet dans la classe des formes primitives , que M. Hiiiy appelle formes limites. Dans toutes les autres formes pri- mitives qne l'on a déterminées par des instrumens qui admettent une mesure exacte , ce rapport simple ne s'est point trouvé. Le» mesure» d,e MM. Malus , Wollaston , Biot , Philipps , ont prouvé que la sup- ( i5. ) dans lesquelles les côtés du triangle sont désignés para, b, c, et les angles qui leur sont opposés, par A, B, C. La _fig. 1 est un prisme oblique à base rhombe. Les trois plans M', M' , P, forment en O un triangle solide , que nous diviserons par le plan OFO'G en deux triangles égaux. Ce nouveau plan forme , avec les plans Pet M' , un triangle trièdre, dans le- quel l'angle formé parle plan P avec le plan OFO'G est un angle droit, que nous appellerons G. Nous appellerons a le côté du plan OFO'G , b le côté du plan P, c le côté du plan M , A l'angle formé par les plans P et M , et B l'angle formé par les plans M et OFO'G. Si nous avons déterminé par la mesure l'angle A que P fait avec M' et celui que M' fait avec M" =aB, nous aurons cos. A „ „ = (0 sin. B le cos. de l'angle formé par le plan P avec l'arête entre M' et M", ou avec l'axe du prisme. Il est encore évident que puis- que l'angle formé par les plans P et M est un angle obtus , on doit calculer le supplément du triangle sphérique : par conséquent on aura aussi le supplément de l'angle formé par P avec l'arête u. Veut-on calculer le côté du plan P ( c'est- à-dire , l'angle plan BOB, fig. 2), alors appelons B l'angle formé par P et M, A l'angle formé par M et OFO'G , et a la moitié de l'angle plan BOBj, qui a pour mesure l'arc a j on aura : cos. A = cos. a (1) = cos. B le cos. de la moitié du côté du plan P. Je calculerai ensuite d'après ces formules des cristaux de deux sels , qui sont ri- position d'un rapport simple des dimensions , dans laquelle la nié thode de M. Ha'ùy est seulement applicable , quoique toujours avec de grandes difficultés et de grands détours , n'est [pas l'ondée sur des aits. ( »5a ) chesen plans secondaires ; c'est pourquoi je m'abstiens main- tenant de donner d'autres exemples. Les faces secondaires des cristaux forment , soit avec les plans primitifs , soit les unes avec les autres , des arêtes pa- rallèles ; leur inclinaison et leur rapport réciproque sont dé- terminés j)ar le parallélisme de ces arêtes, et on trouve , par un calcul bien simple , les angles qu'ils forment , quand les élémens nécessaires sont donnés. Je choisirai parmi les for- mes cristallines celles que l'on rencontre le plus souvent et qui présentent les cas les plus compliqués , c'est-à-dire le prisme oblique à base rhombe , et je vais maintenant résoudre les problèmes qui peuvent avoir lieu. II. Les angles que les arêtes formées par les plans qui ont résulté d'un décroissement sur les arêtes terminales tant ob- tuses qu'aiguës font avec l'axe , et celui que le plan P fait avec l'axe , sont à déterminer réciproquement. ( \ oyez jîg. 3 et 4 ). Les faces /z', n" proviennent d'un décroissement sur les arêtes terminales obtuses et t! , t'' d'un décroissement sur les arêtes terminales aiguës : le plan P est le plan terminal du prisme (1) , et en supposant que deux de ces trois parties soient connues , on ne peut déterminer la troisième que dans le cas où les arêtes formées par t" et ri et par t' et ri' sont parallèles au plan mené par les coins EE du prisme. Prolon- gez, les arctiîs /, r", k et c jusqu'à ce qu'elles se rencontrent en o , et elles s'y rencontreront nécessairement , puisque les arêtes r', r" sont parallèles au plan mené par les coins EE , et que leur inclinaison à l'axe est la même, et puisque en- core les arêtes k et c sont parallèles au plan mené par les coins F et O , et qu'elles sont formées par les plans ri ri' et t' t" , qui ont résulté d'une troncature des arêtes termi- nales aiguës et obtuses ; gh est une des diagonales du rhombe Pet vc est l'autre 5 oi est l'axe du prisme. Si deux des trois (0 Ce(j'ii répauil .1 la face , appelée base par M. Haiiy. ( «53 ) angles voi , oie , et coj ont été donnés , le problème est de trouver le troisième. Laj^-. 5 représente ce triangle , dans lequel vizz. ci , car les diagonales d'un rhombe se divisent en deux parties égales. Donc , en tirant vk perpendiculaire- ment à l'axe , prolongez, oc à k et oi à s; et menant cp per- pendiculaire à vk , on aura mais cpzz. 1 «, etpk = sk~vs : par conséquent 05 * 2 /s * * .s£ * sk — ow, Cherchons pour cette équation une expression trigono- métrique, nous aurons, si nous appelons a l'angle vie — oie, c l'angle voi , et b l'angle ioc(i) , cotg. c l 2 cotg. a * ' tg. & * tg. £ — tg. c jr * * cotg. c • cotg. c — cotg. b : par conséquent cotg. c = 2 cotg. « •+- cotg. è. Si le rapport de deux de ces cotangentes est donné , on trouve bien facilement leur rapport à la troisième. Par exem- ple, si le rapport de la cotangente a à la cotangente b est connu ,'et qu'on veuille savoir quel est le rapport de la co- tangente a à la cotangente c, on n'a qu'à diviser les deux par- ties de l'équfction par la cotangente a , et on aura cotg. c cotg. b cotg. a cotg. a (1) Pour obtenir cette transformation , il faut considérer, pour le premier rapport , les deux triangles vos et vis; et pour le second rap- port, les deux triangles vos et sok. On a pour le premier os : zis : : cotg. c : cotg. a ; et pour le second, sk : sk — vs : : tang. b : tang. b — t.ing. c. Et en mettant pour les tang. leurs valeurs encotang., on a la proposition ci-dessus. ( i54) et de la même manière on trouve le rapport des cotangentes dans les autres cas. III. Si les arêtes obtuses du prisme sont tronquées, et que le coin formé par ces nouveaux plans avec les pians latéraux soit remplacé par une face rliomboïdale, il s'agit alors, en connaissant deux des trois parties 5 savoir l'inclinaison du plan P à l'axe , ou celle de l'arête formée par les plans qui remplacent les arêtes obtuses à l'axe, ou celle du rhombe à l'axe ; il s'agit, dis- je , deux de ces choses étant connues , de trouver la troisième. Les plans n\ n" {fig. 3) ont résulté d'une troncature des arêtes terminales obtuses du prisme , et le plan adbe est un rhombe. Menons les lignes am et £ot, qui sont des prolon- gemens des lignes s'b et s"a, puis em et dm , qui sont des prolongemens de k et u; tirons les diagonales du rhombe ab et de et la ligne ml. L'angle Ime est égal à l'angle que le plan P fait avec l'arête u ; car, puisque les plans ri, ri ' remplacent les arêtes termi- nales obtuses du prisme, un plan mené par s ms" est paral- lèle au plan P ; la diagonale du rhombe est divisée par l'autre diagonale ab en deux parties égales dl et le. \i\xjîg. 6 représente le triangle dme : menons ts parallèle- ment à me , cette ligne est par conséquent l'axe du prisme 5 tirons la ligne ms perpendiculairement sur ts ; menons du point m la ligne mt parallèlement à ed , et prolongeons Im jusqu'à r : puisque dl-=. le, lm = Ir et td= df, nous avons ts-=.2 ds — rsj et si nous appelons a l'angle formé par le plan P avec l'axe, c'est-à-dire l'angle mrs, b celui que l'arête for- mée par les plans qui remplacent les arêtes obtuses termi- nales fait avec l'axe , c'est-à-dire l'angle mds; et c l'angle formé par le rhombe avec l'axe du prisme, c'est-à-dire l'angle eds qui est égal à l'angle mts, nous aurons cotang. c = 2 cotang. b — cotang. a. De cette équation on tire , comme de la quatrième , le ( i55 ) rapport de deux cotangenles étant donné, le rapport de la troisième à celle-là. IV. Si les arêtes aiguës du prisme sont tronquées , et que le coin formé par ces deux plans avec les plans latéraux du prisme soit remplacé par une face rhomboïdale , deux des trois parties suivantes étant connues; savoir, l'inclinaison du plan P à l'axe , celle de l'arête formée par les plans qui ont résulté de la troncature des arêtes terminales aiguës du prisme à l'axe , ou celle du rhombe à l'axe , il s'agit de déterminer la troisième. Les plans t' , t" {fig. 3) sont les plans qui ont résulté de la troncature des arêtes terminales aiguës du prisme , et xnqp est le rhombe , ny et qy sont des prolongemens des li- gnes s"" pet s"'n , et qy et xy des prolongemens des arêtes /*, u : par conséquent l'angle que zy fait avec u est égal à celui que P fait avec u. \>&fig. 7 représente le triangle &yq* Tirez la ligne eg pa- rallèlement à yx , la ligne eg-est alors l'axe du prisme; me- nez la ligne yn perpendiculairement sur eg, et tirez yg de manière qu'elle divise la ligne qx en deux parties égales ; complétez le parallélogramme yeqx en menant la ligne ye parallèlement à qx , nous aurons qz zz zx : par conséquent gz izz zy et eq =z qg ; par conséquent en ss 2 qn-\- gn. Si nous appelons a l'angle ygn, qui est l'inclinaison du plan P à l'axe , b l'angle yqn, qui est l'inclinaison de l'arête formée par les plans t! , t" à l'axe, et c l'angle xqn, qui est l'inclinaison du rhombe à l'axe, nous aurons cotg. c = a cotg. b -f- cotg. a. V. Si les coins EE du prisme sont tronqués, les plans qui résultent de cette troncature forment l'un avec l'autre , ou tous les deux avec le plan P, des arêtes qui sont parallèles à la diagonale oblique (1) du plan P, et ils forment avec un (1) J'appelle la diagonale du plan P qui est menée de F à O la dia- ( m ) plan qui a résulte d'un décroissement , soit du coin F , soit du coin O , des arêtes qui sont parallèles aux arêtes que ce dernier plan fait avec les plans latéraux ; c'est-à-dire que ce dernier plan est un rhombe. Les plans n' -, n". {fig- 8 et 9) ont résulté d'une troncature du coin EE , et /"d'une troncature du coin F. Les arêtes for- mées par /*', ti" et P sont parallèles à la diagonale oblique du plan P, et/*est un Thombe. ^ On peut calculer l'inclinaison de ces plans d'après les for- mules trigonométriques susmentionnées ; mais comme il est nécessaire qu'on connaisse le rapport qui existe entre les formes secondaires et primitives, il vaut mieux chercber d'a- bord une formule pour le triangle qui mesure les décroisse- mens du coin E. i 1. \a.fg. 10 représente un prisme oblique à base rhombe, dans lequel nous voulons déterminer le triangle mensurateur ekr y en connaissant l'inclinaison du plan M à M et du plan P à Paxe : soient l'angle formé par M et M z£z 2 b et celui formé par le plan P et l'axe ES3 a. La ligne Iz est perpendicu- laire sur Iget iz d'après les propriétés de cette figure primi- tive. Cette ligne divise l'axe en deux parties égales spr=^pe' 7 spl est un angle droit , parce que l'axe est parallèle à l'arête m : par conséquent sp _- == cotg. a, Lp se et — = 2 cotg. a. lp Menons rk perpendiculairement à II , et tirons ek , celle-ci sera nécessairement perpendiculaire à er et nous aurons dans le triangle kse , i ke — ~ sin. a se gonalc oblique ; et celle qui est menée de £ à E la diagonale horizon- tale. ( i5 7 ) ke et — t=r 2 cotg. a sin. a ~ 2 cos. «. La ligne //> est la moitié d'une des diagonales d'une sec- tion perpendiculaire aux arêtes latérales , et er est parallèle et égale à l'autre demi-diagonale de la même section : par conséquent — — b Ip-' 8 ' er tg. b et — - B ke 2 cos. a et si nous appelons c l'angle ekr du triangle mensurateur, nous aurons te- b tg. c = 2 cos. a 2. Venons à présent au problème même. Soient^/z^-. 8 et 9 l'inclinaison du plan fk l'axe = d, celle de M' à M " = 2 5, celle de P à l'axe z= a, celle de 72'àn" —2e, le planyest un rhombe , et par conséquent l'angle v est égal à v' ,• le plan y forme avec les plans latéraux un triangl,e spliéricpie isocèle, que nous diviserons en deux triangles spliériques égaux, dans lesquels un des angles est un angle droit et l'in- clinaison dey à m et celle de M' à M" est connue : par con- séquent tg. \ v' rxsin. c? tg. b (1,2). Le plan y forme de même un triangle sphérique isocèle avec les plans rc', n 11 } dans lequel nous connaissons l'angle plan v' et l'inclinaison de l'arête formée par les plans 72', n" à y qui est égal à a •+- d : par conséquent sin. d tg. b Kv.e — sin. (o + (f) sin. (a-^-d) Si nous divisons cette formule par la précédente. que nous avons trouvée pour le triangle mensurateur^ nous aurons ( i58 ) te e a cos. a sin. d 2 cos. asin.d H _____—— = — ; (l), tg. c sin. ( a + d) sin. c cos. 9 2 5 P ar conséquent à peu près comme 2*5. Une erreur de quelques minutes , qui est iné- vitable dans les trois mesures par lesquelles nous avons ob- tenu ce résultat, a été la cause de cette différence. Après avoir calculé , par cette méthode , le rapport entre les cotangentes des angles que les plans/ et P forment avec l'axe , il faut déterminer les inclinaisons de ces plans avec plus de précision : on y parvient en se servant de l'inclinai- son mesurée du plan P au plan/. VII. Il s'agit de résoudre alors le problème suivant 5 savoir, la somme de deux angles et le rapport de leurs tangentes ou cotangentes étant donnés , trouver les angles mêmes ( voyez fig.il). tg- * l tg- y l .* b .' a ctg. x ; ctg. y II al b. cotg. x ■+- cotg. y l cotg. x — cotg. y l l a •+■ b la — b. cot. a: -H cotg. y (1) sin. (x-t-y ) a ■+- b cot. x — cotg. y sin. (y — x) a — b a — b sin. (f — x)=. = sin. (x-*- y ). (1) Car, d'après une formule trigonoméirique connue : R» sin. ( n -f- M cot". a-r" c0, ç> b — : i ; • sin. a sin. !> R 1 sin. ( b — a) cota, a— cet", 6= — : : ■ sm. a siu. o ( 161 ) a est dans ces cristaux := 1,4 = 2; etx = yz=. ioo°6'. log. = log. ( — i ) = 9,63202. a<+- b log. sin. 70°54' =.9,97541. log. sin. sy — x = 9,60743 ±s log. sin. 23°53 . y — a? = a3053' 4; ■+• jy =i09°67' a: zr 66°29 5'. y = 42.036 î'. Prenons l'inclinaison du plan P à l'axe=66°29 f comme angle juste, nous avons ( 1 , 1 ) P;M = io5°46'. et quant à la tangente c, qui est la tangente du triangle meu- surateur des décroissemens du coin E, nous trouvons ( V, 1) log. tg. b = 9,96890 = log. tg. 42O57' log. 2 cos. a =3 9,90188 = log. 2 cos. 66°29 \' log. tg. c = 0,06702. Les plans n {fig> 8 et 9 ) forment des arêtes avec le plan P qui sont parallèles à la diagonale oblique de ce plan , et le plan^est un rhombe : nous aurons par conséquent ( d'après la formule V , 2 ) 2 cotg. a tg. e cotg. a -f- cotg. d tg. c Le rapport des cotangentes pour l'inclinaison de P à l'axe et àef à l'axe , ou de cotangente a * cotange'nte d, etan comme 1 * 2^, nous avons tg c 1 tg. e = tg. c * tg. 1 (»:»):: 7 : 4, et log. tg. c — 0,06702 -t- log. S =3 9,75696 Par conséquent 9,82398 zzz log. tg. 33°4?' = lo g- %• 5 («>)et7i';n''=: 67O24'. Tome III. 1 1 \( ï6a ) Les plans n forment avec y un triangle spLérique isocèle , dans lequel nous connaissons l'inclinaison du planta, l'arête formée par les plans n. Si ces plans sont prolongés, cette in- clinaison est la même que celle de P kf\ et en divisant ce triangle en deux triangles égaux, nous avons Jog. cos. a — Iog. cos. 7o°54' = 9,51484 = iog.sup P .(P:/). Iog. sin. B = log. sin. 33°42' = 9,74^17 — log. sin. f ( n \ n" )• log. cos. A :± log. cos. 79°32 r ==: 9,25goi r= log. cos. supp. (n \f) il s'ensuit l'inclinaison de n à fzz. I00°28'. Nous trouvons d'après l'inclinaison du plan y à l'arête // , et de celle de M' à M" de la même manière ( form. I, 1 ) , l'inclinaison de/à M'" et M""= T26O6', et celle de/à M' et M" 59°54'. Le supplément de l'inclinaison du plan n sur /est = 79°3a', et par conséquent l'inclinaison du plan «sur M' et M" = 79O32' 4- 5o°54' z=z i3 9 o 2 6'. D'après l'inclinaison du plan P à l'axe et celle du plan M à M", nous déterminons l'angle plan O (form. I, 2 ). log. tg. A=lg. tg. 42057' =9,96890=%. tg. ï( M' ; M"). log. sin.^=lg. sin. 66°29 7=19, 96237==:%. sin. sup. (P * u). log. tg. fl=lg. tg. 40O29' =9,95127— lg.tg.io. Les plans t forment avec P un triangle sphérique isocèle , dans lequel sont connus l'angle plan O et l'angle que l'arête formée par les plans /fait avec le plan P. Ce dernier angle est le même que celui que le plan/fait avec P : cela posé , nous trouvons l'inclinaison de P;/ ( I, 2 ) = 102O40' t \t ( I, 2 ) = 84°i2'. *:M'"etM"" = i5i033'. Nous déterminons l'inclinaison de l'arête r à w en menant < i63 ) un plan par les coins Eet un autre par les coins F et O. L'in- clinaison du plan n au plan qui est mené par les coins F et O est de 33°4 3 ' — î (>* I ra )î et l'inclinaison du plan P à l'axe de 66°2q/ \ ; par conséquent ( for m. 1,2) r\ w = i{8°33'. Nous calculons l'inclinaison de t à n de la manière suivante. L'inclinaison du plan n au plan mené par les coins F et O ( zz, 33°42' ), et celle du plan P à l'axe sont connues : de-Ià, nous trouvons l'inclinaison du plan n au plan mené par les coins E' (form. I , I ) ~yj° i3' : l'inclinaison du plan tan plan mené par les coins F et O ( 42°5' t) et celle du plan y à l'axe étant connues , nous trouvons l'inclinaison du plan t au plan mené par les coins E (Form. 1,1) = 6o°26' j la lomme de ces angles trouvés est égale à l'inclinaison du pian t au plan n =: i37 3q/. Les plans t forment avec x des arêtes qui sont parallèles aux arêtes que x forme avec les plans la- téraux; le plan x est par conséquent un rhombe , et on peut déterminer son rapport aux autres plans et les angles qu'il forme, parla méthode susmentionnée ( V, i, 3). On y par- vient en cherchant d'abord le rapport de la tangente de ~ (l' l t 1 ') à la tangente de l'angle c du triangle mensurateur, pour le décroissement des coins E d'un prisme dont le plan terminal esty"au lieu de P, suivant la formule : te. e 2 cote, a J2 _ È -. ( form. V, 2 ). tg. c cotg. a •+- cotg. a Puisque nous avons trouvé que 7 dans ce «el , cotg, a i cotg. d ; ; 5 l 2 , nous avons tang. e io. tang. c rj D'après cela, nous pouvons déterminer le rapport des cotan- gentes pour l'inclinaison du plan f à l'axe , et du plana; à ( «64) l'axe ( form. V , 3 ) : ayant trouvé tg. c * t g e\\ 7 * 10 , nous avons cotg. d a tan "- c «4- tg. e a4 cotg. a tg. e 10 Connaissant le rapport de ces deux cotangentes , nous avons log. cotg. (y à l'axe) = log. cotg. 4 2 °36' \ = o,o3656 4- log. •V , = o,38o2i log. cotg. ( xk l'axe ) = log. cotg. 20°57' \ = 0,41677: par conséquent x \ u = \5<)°x' | xl f=z i58°2i'. On trouve l'inclinaison des plans M'" et M"" et des plans /' et t 11 kx , en divisant les triangles sphériques isocèles qua ces plans forment avec x en deux triangles égaux ; savoir : x * t =: i28°32' x\ M'"etM"" = i2 9 3x'. J'ai déjà suffisamment fait connaître l'usage des formules pour le triangle sphérique isocèle , je veux maintenant rap- porter quelques exemples où l'inclinaison des plans est dé- terminée par le parallélisme des arêtes qu'ils forment. J'ai déterminé par la mesure M ; M = 38°44' P \ l'axe =. 8o°42' 7 / : l'axe = 63°5i' \. P est le plan terminal primitif, les plans t remplacent les arêtes terminales aiguës , et /"est un rhombe. Soient l'inclinaison du plan P à l'axe=a, celle du rhombe à l'axe z^. c', et celle de l'arête formée par les plans t à l'axe ssi : puisque , d'après la mesure cot. a \ cot. c \\ cot. 8o° 42'i:cot. 63°5i'i:: i ;3, ( i65 ) nous avons cotg. b cotg. c— cotg. cotg. a 2 cotg. l'arête formée par les plans / fait par conséquent le même angle avec l'axe que le plan P, c'est-à-dire 8o°4^' f . Les plans t forment avec P un triangle isocèle, dans lequel sont connus l'angle du plan P que l'on trouve de l'inclinaison de P à l'axe et de M à M, et l'angle que l'arête formée par les plans /fait avec P ( = 8o°42' f •+■ 80042' f = i6i°a5' ) : de-là , on trouve l'inclinaison du plan t à t et celle du plan t à P et à M. On trouve l'inclinaison de /à t en divisant le triangle sphérique isocèle formé par les plans /et/en deux triangles égaux ; l'inclinaison de l'arête formée par les plans /au plan /est i63°c/ (=99°i7'| 4-63°5i'ï ), et nous venons de trouver l'inclinaison du plan / à t. Les plans /ont résulté d'une troncature des arêtes termi- nales aiguës , et les plans n d'une troncature des arêtes termi- nales obtuses ; les arêtes que les plans / forment avec les plans n sont parallèles au plan mené par les coins E du prisme : nous aurons par conséquent , si nous appelons l'in- clinaison du plan P à l'axe a , celle de l'arête formée par le plan / à l'axe b f et celle de l'arête formée par le plan n à l'axe c' ( Il ), cotg. c 2 cotg. c -4» cotg. b cotg. a cotg. a et log. cotg. 8o 4i' i = 9,2i38o log. 3 = 0,47712 log. cotg. 63°5i' f = 9,69092 -zz. log. cotg. c. Les plans P et « forment un triangle sphérique, dans le- quel on trouve l'angle plan de la face P de l'inclinaison de P à l'axe et de M à M , et dans lequel l'inclinaison du plan P^à ( *66) l'arête formée par les plans n est de i63°9' ( — <)<) ij' 7 ■+■ 63°5i' J ). Les plans n ont résulté d'une troncature parallèle aux arêtes terminales obtuses du prisme, dont P est la face terminale primitive , et g est un rliombe : si nous appelons l'inclinaison du plan P à l'axe a celle de l'arête formée par les plans n à l'axe b et celle du rliombe à l'axe c, nous au- rons cotg. c 2 cot g. b — - cotg. a cotg. a ~ cotg. a par conséquent log. cotg. 8o°42' 7 = 9,21380 log. 5 = 0,69897 log. cotg. 5o°4^' = 9-9 l2 77 == cot g- c 5 on trouve l'inclinaison du plan n à g et g à M de la manière susmentionnée. Je vais ajouter ici quelques formules , afin qu'on puisse déduire des rapports trouvés les signes employés par M. Haûy. Soit le rapport de la cotangente de l'angle que le plan P fait avec l'axe à celle qu'un plan qui résulte d'un décroisse- ment sur le coin F ou O , comme I : x 1 on désignera, dans le premier cas , le nouveau plan x -+- 1 , et dans le dernier F O Si la cotangente de l'angle que le plan P fait avec Taxe est en rapport comme 1 * x à la cotangente de l'angle qu'une arête formée par deux plans qui ont résulté d'un décroisse- ment sur les arêtes aiguës (B) ou obtuses (D) du prisme fait avL-c T.ixt;, nous désignerons, dans le premier cas, les nou- ( i6 7 ) veaux plans x ■+- i , dans le dernier x — i . B D Si deux plans ont résulté d'un décroissement sur le coin £, x nous désignerons les nouveaux plans E , si la tangente c du triangle mensurateur est à la tangente de la moitié de l'angle que ces deux nouveaux plans font l'un avec l'autre en rapport comme 1 * x. Si le rapport de la tangente de la moitié de l'arête H ou G est à la tangente de la moitié d'un biseau placé sur l'arête H ou G comme i * x, on désignera, dans le premier cas, les faces du biseau x -4- î H et dans le dernier x ■+- i x •+- î *- J G X ~ \ On désigne la troncature tangente de l'arête H * 'H', et celle de 'G'. Il me reste encore à montrer avec quelle facilité on peut employer ma méthode à calculer à tous les autres systèmes cristallins. Soit (Jïg- i4) un octaèdre régulier, un octaèdre à base carrée ou un octaèdre à base rhombe. Menons par les arêtes r,u et y?)X deux plans , et menons le plan cvs de manière qu'il fasse avec la face h un angle droit : dans ce cas l'angle svd que ce dernier plan fait avec le plan qui est mené par les arêtes w et x est le complément de l'angle vds : d'après cela on voit que lorsqu'on connaît deux angles qui sont indépen- dans l'un de l'autre , on peut calculer tous les autres d'après les formules pour le triangle sphérique, dans lequel un des angles est un angle droit. ( i68 ) Tous les cas où l'inclinaison est déterminée par le paral- lélisme des arêtes sont résolus d'une manière très-simple dans les cristaux qui ont pour forme primitive une de celles dontvnous nous sommes occupés. Un seul cas peut-être a be- soin d'explication; savoir, celui où les plans terminaux sont étroitement mis sur les plans latéraux , et lorsque le coin que les plans terminaux forment avec les plans latéraux est rem- placé par un plan qui est un rhombe. Soient les plans n ou t droite ment mis sur les plans M {fig. 3), l'angle a ( form. III et IV ) est alors un angle droit , et la cotangente a z=. o : par conséquent , cotg. c zr 2 cot. b — cotg. a = 2 cotg. b (form. III), cotg. c = 2 cot. b 4- cotg. a sz 2 cotg. b ( form. IV ). La cotangente de l'inclinaison de l'arête formée par les plans n ou t est alors en rapport à celle de l'inclinaison du rhombe à l'axe comme i * 2. Je veux ici ajouter le calcul des angles du biarséniate ou biphosphate de soude. J'ai trouvé, par la mesure , M' ; M"= 7 8o3o' p ;P' = i26°,52", et d'après la formule I > 6 , log.cos.B.=9,8oi20=log. cos.5o°45'=l'angl. S vd(fig. i4) tg. c zro,3oioo=log. tg. 63°26'=l'angleafce tg. a =0,10230— log. tg. 5i°4i'=l'angle sev : par conséquent n' l ni' ■=. io?.°22' n l M = I28°»9'5 et d'après la formule I, 3, log. cos. c zz 9,65o54 = log. cos. 63°26' = l'angle dev log. cos. Brz 9,91224= log. cot. 5o°45' es l'angle svd log. tut. A— 9,75S3o— log. cot. 6i°i8' = ( »6g) l'inclinaison du plan h au plan dvc = h ( »' I »" ) : par con- séquent n \ n = i22°36' «:P r= i5i°i8'. Le plan b, qui remplace le coin formé par les plans n,n et M,M, est un rhombe : nous avons par conséquent log. ( cotg. P : l'axe ) = 9,69600 = log. cotg. 63°26' log. 2 =: o,3oio3 log. cotg. ( B t l'axe ) SS o,oooo3 = log. cotg. 90 . Tableau des formules cristallographiques les plus usitées. I. cos. A = sin. B cos. a (1) tg. a = sin. b tg. A (2) cos. c == cotg. A cotg.B (3) cos. c = cos. a cos. b (4) sin. a = sin. c sin. A (5) tg. a = cos. B tg. c (6) II. ctg. c — 2 ctg. a 4- ctg. 5. III. ctg. c = 2 ctg. ô — ctg. a IV. ctg. c = 2 ctg. b -H ctg. a. tg. b Y. tg. c = te. e 2 cos. a 2 ctg ■CO- tg. c. ctg. facettes articulaires 5 la protubérance occipitale et les espaces com- » pris au-dessous sont les analogues des apophyses épineuses et de » leurs lames osseuses ; enGn les protubérances mastoïdes sont tout- » à-fait conformes aux apophyses transverses. » » Chez les poissons osseux, la tête n'est pas plus mobile sur l'échiné ( 177 ) offraient des éminences, des saillies , des dépressions et des cavités , en même répétition que les parties posté- rieures des vertèbres. C'est, ajouta M. Dnméril , une correspondance tellement suivie de formes et d'usages, un arrangement des parties médullaires et des attaches musculaires si manifestement le même , qu'on se laisse naturellement aller à cette prévention, à cette conclu- sion générale : la tête nest autre quune vertèbre d'une dimension gigantesque. Mais cette opinion, qui établit incontestablement que l'auteur avait, à quelques égards, pressenti les fameuses doctrines des homologies alle- mandes , n'eut pas été plutôt énoncée au sein de la pre- mière classe de l'Institut, qu'elle y excita une rumeur, dont , je ne puis me dispenser de le faire remarquer , il est fâcheux que notre savant confrère se soit trop préoccupé. L'expression de vertèbre pensante , proférée tout-à-coup comme offrant un équivalent du mot crâne, et qui circula durant la lecture du Mémoire , fut con- sidérée par M. Duméril comme une condamnation in- directe d'une hardiesse trop grande. Cet incident engagea l'auteur à ne publier son écrit, lors de l'impression, qu'avec les plus grands correctifs (r), et même bientôt après à quitter une direction dont il venait cependant, avec tant de bonheur, de saisir un premier chaînon. Les » que les autres vertèbres ne le sont entre elles ; aussi ces animaux » n'ont-ils pas de condyles au crâne, mais une cavité conique, située » en dessous du trou occipital, et articulée absolument comme les ver- » tèbres qui suivent, etc., etc. (i) L'auteur s'en tint, dans ses conclusions imprimées, à dire que c 'est seulement sous le rapport des mouuemens de l ensemble qu'il con- sidère la léle des Animaux comme une -vertèbre très-déceloppée ; Mac Encyc, tome 3 de l'aunée 1S0S, ou tome ;5 de la Collection géne'rale page 148. Tome III. ,-> ( 178. ) rapports trouvés étaient incontestables , l'expression seule était fautive. Le mot de vertèbre , qui n'avait encore figuré que dans des anatomies spéciales , avait eu jusqu'alors un sens précis et nécessairement restreint ; la nouveauté de l'idée , au contraire, demandait le se- cours de beaucoup d'art , exigeait peut-être un terme nouveau , pour être rendue clairement et de manière à éebapper aux inconvéniens des interprétations. Mais déjà de grands travaux étaient entrepris en Alle- magne. La situation politique de l'Europe mettait alors les savans de divers pays sans communications , et nous ignorions que des tentatives faites en France avaient été poursuivies chez nos voisins avec un succès dont il est juste de leur faire honneur. Le célèbre rédacteur de l'Isis, M. Oken, jeune alors , voyageait pour son ins- truction -, se trouvant à Brème , et dans le cabinet d'his- toire naturelle de l'excellent homme et savant anato- misle Albers , il fut, sous les yeux de ce maître , et tout soudainement , frappé du rapport que présentaient avec les arrière - parties du crâne des poissons les premières vertèbres de leur rachis. Les impressions furent fortes,, et au moment même tout le système d'Oken fut conçu et expliqué à Albers. Je tiens ces détails de la bouche même de celui-ci, dans une visite qu'il me fit à son dernier voyage à Paris , voyage qui n'a guère précédé que d'un an la mort de ce bien digne et respectable savant. Ainsi , sur la considération des corps vertébraux se continuant chez les Poissons , presque sans interrup- tion , dans le crâne , Okcn publia ses vues nouvelles , lesquelles ont servi de base à son Mémoire sur la signifi- cation des os de la tête (i). Il a reproduit ces mêmes (i) A son retour ù Iéna , le professeur Oken s'empressa de publier, ( x 79 ) idées , rendues alors plus étendues et plus précises , en 1820 et 1821 , dans deux articles en langue française (1). Les vues d'Oken sont singulièrement amplifiées dans la Cephalogenesis , qui a paru en i8i5. L'auteur, M. Spix, naturaliste bavarois, porte beaucoup plus loin les effets de Y homologie ; car il ne s'en tient point seule- ment à donner le crâne comme une prolongation du système vertébral , il le voit comme une seconde forma- tion, qui en répète toutes les parties 5 comme une re- production , pièce à pièce , de ce qui compose le tronc et ses extrémités. Ainsi , l'être serait constitué deux fois , savoir , par deux tronçons complets •, l'un en avant, restreint dans son développement, c'est la tête; et l'autre en arrière , qui se serait étendu sans obstacle, c'est le tronc. Comme celui-ci a des extrémités (les en leur donnant la forme d'an Programmé , les idées de ce Mémoire intitule : Ueber die bedeutung der schadelhnochen , Iéna 1807. (1) « La tête (lisons-nous dans llsis, no 6, année 1820, page 55a), » la tête est une continuation de la colonne vertébrale ; car le crâne » montre les vertèbres complètes, soit dans la conformation, soit dans » le nombre des pièces , comme les vertèbres dorsales dans le corps » et les arcs latéraux. En effet , dans le crâne, il y a trois corps , celui » de l'occipital et ceux des deux sphénoïdes , lesquels répondent aux » corps des vertèbres du dos : les parties latérales des vertèbres » crâniennes sont formées , savoir : pour la première vertèbre , par » les condyles; pour la seconde , par les pariétaux, et pour la troi- » sième, par les frontaux ; à quoi il convient d'ajouter , pour la face, » une quatrième vertèbre fournie par le vomer (corps ) , et par les m deux nasaux. » L'année suivante l'auteur donna des noms comme il suit à ses ver- tèbres : voyez Esquisse d'un système de L'Anatomie, de Physiologie, etc., page 41 , Paris , chez Béchet , libraire, a Le crâne est composé de trois » vertèbres, le visage d'une. Chacune de ces vertèbres est destinée pour » les organes des sens ; telles sont le» vertèbres auriculaire , linguale » oculaire et nasale. » ( i8o ) quatre membres ), le crâne en a de pareilles , qui seraient les élémens de la face : se fondant sur cette interpréta- tion , M. Spix n'admet que les trois vertèbres crâ- niennes , qu'il désigne par les parties qui y dominent , occipitale , pariétale et frontale : la face est ainsi ré- servée. L'auteur, qui a d'autres vues d'homologie, nomme de plus ces mêmes vertèbres cnaiique, tliora- cique et abdominale (i), ou bien encore, antérieure, moyenne et postérieure, voulant par-là indiquer les ana- logies correspondantes des diverses parties de la tête et du tronc. Au moyen de la face réservée , l'auteur s'est de plus ménagé les ressources de trois sections aussi cor- respondantes, antérieure , moyenne et postérieure, pour en former les appendices ou les extrémités de la portion cépbalique de l'animal. Tel est le singulipr échafaudage (i) Voici, quant à la troisième vertèbre crânienne, un exemple du mode d'exposition de M. Spix. VeRTEBRA ANTERIOR , SEtT TERTIA , SED CRANIO-CEPHAL1CA , SED FRONTALIS. Processus ejusdem spinosi , sive ossa supeiïora. ( Ossa frontis. ) III a Eorumdem pars superior. 111a- anterior. IIIa.. lateralis, seu temporalis. lHa"- inferior , seu orbitp.lis. IH a - . . . processus zigomaticus. IIIa-- in cornua excurrens. Processus ejusdem transversi , seu Ossa lateralia (Alœ sphenovïdœ mi- nores. ) IIl b Eorumdem regia interna , seu cerebralis Hlb- externa , seu facialis. Corpus ejusdem , seu Os basi lare ( corpus alarum minorum ossis sphe- noïdei. ) III e Ejusd«m regio tùtn interna , tum externa. ( *i ) que quelques esprits ardens en Allemagne honorent du nom de Philosophie de la nature. Quoi qu'il en soit, la doctrine du célèbre professeur d'Iéna se répandit rapidement \ elle passa dans l'école française. MM. Cuvier (1), de Blainville (2), Àdclon(3), (i) M. Cuvier s'abstient de prononcer le mot de vertèbres, mais il s'exprime en ces termes sur les rapports découverts : « Leur crâne se 33 subdivise comme en trois ceintures , formées, l'antérieure par les 3) deux frontaux et l'ethmoïde , l'interme'diaire par les pariétaux et » le sphénoïde , la postérieure par l'occipital : entre l'occipital , les » pariétaux et le sphénoïde, sont intercalés les temporaux, dont une » partie appartient proprement à la face. » Cuv. , Règne animal, etc. , tome I, page 73, in-8° , 1817. (2) M. de Blainville s'en explique, en 1S1G et en 1817, de manière à faire croire qu'il adopte comme judicieuses les opinions des Allemands sur la composition vertébrale du crâne : « La tète des Animaux est 3) composée, dit M. de Blainville , i° d'une suite d'articulations ou de 33 vertèbres soudées , chacune développée proportionnellement au » système nerveux qu'elle renferme , comme dans le reste de la co- » lonne vertébrale ; 2 d'autant d'appendices pairs, qu'il y a de ces 3) fausses ■vertèbres. » Voyez Bulletin des Sciences, année 1816, page 108. Ces idées, presque dans les mêmes termes, sont reproduites l'an- née suivante, même ouvrage , page m. « La tête des Animaux ver- 3) tébrés, reprend M. de Blainville en 1817 , comme celle à peu près 3) des Animaux articulés , est composée, i° d'une série de vertèbres im- 33 mobiles, dont les anneaux développés proportionnellement au sys- 33 tème nerveux qu'ils renferment , forment la voûte cérébrale ; 2°d'ap- » pendices latéraux et servant au perfectionnement des organes des 33 sens , mais dont ils sont réellement indépendans ; ou à l'appareil de 3> la mastication ou enfin à celui de la respiration. » (3) C'est un extrait des idées de M. de Blainville , et recueillies à son cours , que M. Adelon a consigné dans sa Physiologie , tom. H , p. 73 , ainsi qu'il suit : « Le crâne est formé par la réunion de plusieurs ver- 33 lèbres analogues à celles qui forment le rachis , mais soudées entre 33 elles d'une manière immobile et ayant toute l'étendue que com- 33 mande le volume de l'organe nerveux qu'elles recouvrent : la face ré- 33 suite de quatre appendices placés sur les côtés de ces vertèbres 3> crâniennes , savoir : l'appendice de la mâchoire supérieure, celui de ( i8a) l'enseignèrent. Ulric en 1816 (1), et Bojanus en 1818 et en 1819 (2), ont repris ces mêmes travaux de leur con- citoyen , sans y introduire des modifications essentielles. A peu près à la même époque , Carus (3) entrait dans d'assez grands détails sur les trois principales vertèbres crâniennes , et essayait de déterminer les os qui appar- tiennent à chacune d'elles chez les animaux vertébrés. Ce travail , disséminé au milieu d'une foule de recher- ches zootomiques, est encore l'un des plus étendus qu'on ait publiés sur la matière. Meckel (4) n'admet non plus que trois vertèbres crâniennes. Du caractère général de la vertèbre et de ses condi- tions examinées chez le fœtus. On se fourvoyait pour avoir laissé derrière soi quel- ques lacunes. La science réclamait de nouvelles re- cherches, j'essayai de pourvoira ses besoins , et j'écrivis un article qui eut pour titre : Considérations générales sur la Fertèbre (5). Des dissections assidues et de nom- breuses observations , qui m'ont permis de poursuivre toutes les modifications de la vertèbre, soit en descen- » Porgaue de l'ouïe , celui île la mâchoire inférieure , et enGn tout en » bas, celui de l'hyoïde. « (1) Ulric , Opuscule in-4° ; savoir : Annotationes quœdam de signi- Jicatione ossium capitis. Berolini apud Dummlerum. (a) Bojanus dans plusieurs cahiers de l'I sis , année 181 S, p. 498 , et 1819. (3) Dans son Lehrbuch der Zootomie , Leipsik , i8i8,in-S°. (4) Mendbuch der menschlichcn anatnmie, tome II. (5) Voyez Mémoires du Muséum d'Histoire naturelle, tome IX ^ page 89. Voyez encore mon Mémoire sur le Système intra - vertébral des Insectes, imprimé dans les Annales de la Physiologie de M. le docteur Broussais , tome II, page î33. ( i83 ) dant les degrés de lechelle zoologique , soit en recher- chant les formations fœtales , ont donné lieu aux pro- positions suivantes : Toute vertèbre qui se développe régulièrement est formée de deux anneaux posés ou attachés sur un noyau intermédiaire. L'anneau supérieur contient un tronçon du système médullaire, l'inférieur un tronçon du sys- tème sanguin. Deux paires d'osselets deviennent les pièces du cercle d'en haut , deux autres paires celles du cercle d'en bas. Ayant donné à la pièce unique et moyenne le nom de cycléal , j'ai nommé les autres pièces qui en dépendent , en raison de leur position res- pective , soit à son égard, soit à leur égard mutuel; savoir , supérieurement , les osselets les plus voisins du cycléal ,périaux, et les plus éloignés , èpiaux\ et, infé- rieuremenl , les plus voisins du cycléal , paraaux , et les plus éloignés , cataaux. Ainsi, du cycléal, partent pour former la région dorsale et pour circonscrire le système médullaire , deux ailes , qui commencent par le périal de droite et par le périal de gauche , et qui sont ramenées sur elles-mêmes, et en forme d'anneau , au moyen de V épiai droit et de ï épiai gauche. Le même arrangement, dans un état in- verse toutefois , forme la région ventrale et sert d'en- ceinte au système sanguin. Les composans de cette enceinte sont le cercle produit par les paraaux et par les cataaux. C'est ainsi que s'établit une vertèbre, si rien n'en gêne le développement. Elle est donc composée de neuf parties primitives , de neuf matériaux élémentaires. Chaque élément tend à se reproduire et à devenir une répétition de lui-même -, mais cette tendance est presque ( i84) toujours contrariée par les parties organiques, ou les sys- tèmes médullaire et sanguin, qui occupent l'intérieur des cercles , et qui , le plus souvent , sont l'un à l'égard de l'autre dans un rapport inverse , quanta leur volume respectif. Cependant , il est des cas où leurs dimensions se ba- lancent et deviennent égales. La vertèbre offre alors une symétrie parfaite, et elle réalise , bien utilement pour l'observateur , une circonstance qui n'est indiquée plus haut que comme une vue de l'esprit , que comme pré- sentant les conditions , nécessairement un peu arbi- traires , d'un type idéal. Je citerai , comme étant dans ce cas, la vertèbre post-abdominale des Pleuronectes. J'en aï donné plusieurs figures dans les planches de mon mémoire précité. Je crois devoir le redire ; la nature des choses s'op- pose à ce que les deux cercles soient fréquemment d'un volume égal , et cela , principalement dans les animaux les plus élevés dans l'échelle. Tout au contraire, l'un des anneaux grandit ; accroissement qui se fait aux dépens de l'autre : et c'est quand cette prédominance de l'un sur l'autre devient extrême, que les élémens du plus petit cercle se montrent sous l'apparence de très-petits points apophysaires. On a coutume d'exprimer cet état réduit et les os qui le ressentent , par l'idée et par le nom à'épiphyses. La nature des choses veut encore que le contenant soit soumis à toutes les variations du contenu, en sorte que , celui-ci grandissant , les pièces qui l'enveloppent croissent daus une même raison, de même que, dans le cas de son moindre volume , elles diminuent. Enfin , le système médullaire , qui forme un long ( i85 ) cordon et dont les deux bouts sont si différens , étant atténué et finissant à rien postérieurement, refoulé au contraire sur lui-même et singulièrement accru et ra- massé en boule par-devant , rend encore là nécessaires , non-seulement un accroissement superficiel des pièces principales , mais de plus , à égalité d'influence , le con- cours de toutes. Toutes sont appelées à intervenir d'une manière uniforme , et , sans aucune distraction de par- lies au-debors ou de saillies, à devenir pièces d'enceinte, à fournir le cloisonnage extérieur. On peut ainsi ex- pliquer le défaut de saillies et d'apophyses, qui forment un des caractères distinctifs des crânes les plus volumi- neux. Le système osseux est alors uniquement affecté et comme entièrement dévoué au cloisonnage d'une masse médullaire considérable, et il s'y rend utile , en conser- Taut le moins possible de relations au-debors. Mais tout au contraire , s'employant plus loin à la région cervicale , seulement au profit d'une très-petite tige (le cordon spinal), son extérieur, c'est-à-dire celui des . enceintes osseuses , devient tout raboteux et se compose sur tous les points superficiels de fortes saillies pour chaque partie musculaire. Je viens de dire ce qu'il faut entendre par vertèbre , quelles généralités la caractérisent , quelles idées il convient présentement d'attacher à ce terme ? Ce n'est plus un seul compartiment transversal, un tronçon qui, placé bout à bout à la suite d'autres tronçons semblables, donne lieu à un entassement de parties , à un arrange- ment , d'où le nom de colonne a pu être donné à l'en- semble. L'homme adulte avait fourni les premières con- sidérations et fait croire à un objet unique : mais pré- sentement ce n'est plus un seul os -, nous y voyons un ( i86) ensemble formé de neuf élémens , un système à part , dont les parties peuvent être ou non soudées , et cela , sans que cette circonstance en modiGe l'essence. Bien au conti'aire , l'isolement des pièces est le fait néces- saire du premier âge , comme leur groupement devient celui des derniers efforts du développement. Leur isole- ment s'observe cbez le fœtus ou chez les animaux des rangs inférieurs de l'échelle zoologique , dont le degré du développement correspond à celui des fœtus. Ainsi la soudure des pièces serait , elle est bien véritablement une circonstance secondaire. Sur ce pied , quand je viendrai à faire entrer le mot de vertèbre dans une définition du crâne, je me ser- virai d'un terme nettement défini, et, par conséquent, je puis rechercher, comme j'ai montré qu'on lavait déjà fait avant moi ; je puis, sans que cela doive maintenant donner lieu à quelque fâcheuse interprétation , re- chercher , dis-je , si le crâne est lui-même un composé d'appareils vertébraux. Du crâne , reconnu présentement comme formé de sept vertèbres. Nous avons vu de quelles considérations sont sorties les analogies trouvées par MM. Oken et Duméril. On a pensé à faire honneur de leurs découvertes à des au- teurs plus anciens ; d'abord, à un élève de M. Duméril, aujourd'hui M. le docteur Burdin , qui a rédigé et im- primé en i8o3 un Cours d'études médicales (1)5 à Kiel- (1) Voyez le discours préliminaire de cet ouvrage ; on y lit page 16 : « Quant à l'appareil osseux , considérez d'abord celui dont se com- » posent les vertèbres, au-devant desquelles est la lête qui est elle- » même une espèce de vertèbre très-développée. » ( «8 7 ) meyer (i) , qui aurait exprimé les mêmes rapports , mais en renversant les termes ; à Autenrieth (Archives de la physiologie par Reil), et à Jean-Pierre Frank (Epist. de cur. hom. morb. lib. 2, p. 4» ) , qui ont eu aussi les mêmes inspirations ; mais il faut vraiment concevoir ces analogies aussi nettement qu'on le fait aujourd'hui , pour les aller présentement découvrir au milieu de tant d'idées hasardées , pour les y démêler là comme impor- tantes , et pour les faire enfin sortir de ce chaos qui est censé les contenir. J'ai rapporté et cité textuellement tous les faits et toutes les opinions qui sont entrés dans le domaine de la science , touchant les questions de cet écrit. On n'en saura que mieux discerner, si ce qui va suivre se borne à étendre les vues de mes devanciers, ou si je n'en ai point proposé qu'on pourrait, à beaucoup d'égards, croire en- tièrement nouvelles. Car autre chose est sans doute un pressentiment heureux, un rapport saisi sur un seul fait dans une question compliquée , et autre , un travail qui embrasse tous les élémens du problème , soit aperçus dans leur ensemble , soit détaillés et considérés chacun en particulier , un travail enfin suivi sur tous les points et exactement comparatif. Il y a des vertèbres de plusieurs sortes , et aussi divers modes de groupement pour l'association de plusieurs 5 car, premièrement, elles affectent des formes très-variées et sont composées tantôt de tous leurs élémens au complet, et tantôt de moins , suivant les régions où on les ob- (1) Voici l'opinion que M. Ulrich (Dissertation citée plus haut, page 4) attribue à son vénérable maître : « K.ielmeyerum praeceptorum » piè venerandum , quamvis vertebram tanquacn caput integruiu con- » siderari posse in scholis anatouiicis doceatem audivi. > ( i88 ) serve , savoir , le cou , le dos , les lombes , le sacrum et le coccyx •, et secondement , elles sont associées , par petits groupes , pour former un appareil complexe, étant aussi, suivant la convenance de certains lieux, ou sé- parées , ou soudées ensemble. On sait que chaque fa- mille fournit son fait propre et spécial à ces considéra- tions. Pour peu qu'on ait examiné une collection de squelettes , on a été à même de se convaincre des diffé- rences sans nombre qu'ils offrent à cet égard. Il n'y a pas jusqu'aux vertèbres cervicales , que la nature des choses paraît plus essentiellement dévouera la mobilité, qui, dans les cétacés , par exemple, ne soient prompte- ment réunies et ne forment qu'une seule tige osseuse. Qu'on réfléchisse à ces modifications infinies. Puis, qui pourrait ensuite s'étonner qu'il en soit habituellement de l'appareil crânien comme du cas exceptionnel de l'ap- pareil cervical des Baleines ? Qui ne voit comme une conséquence toute naturelle de ce qui précède , que la tête ne doive être formée d'élémens primitifs , comme le sont les vertèbres elles-mêmes? Mais ce n'est pas seulement choses établies par déduction , c'est de plus un fait trouvé à posteriori. Les vertèbres ne produisent point toutes leurs pièces , là où le rachis est dans un étatrudimentaire, à la queue elles deviennent d'autant plus grandes, au contraire, que les parties inscrites dans les cercles sont volumi- neuses , et, dans ce cas , aucune pièce élémentaire n'est absente. L'exemple le plus remarquable , quant aux anneaux inférieurs, se voit à la cage respiratoire, où non-seulement sont des paraaux et des cataaux fort allongés , mais où d'autres pièces servent de clef et com- plètent l'anneau -, c'est-à -dire , en bas , pour le cas où ( *S 9 ) le tronc est posé dans une situation horizontale. La cage respiratoire est ainsi complétée par une rangée de pièces distinctes, ou par un autre appareil nommé sternum. Le même plan est reproduit en devant 5 car, comme l'appareil vertébral du dos a ses parties supplémentaires dans le système sternal , de même l'appareil vertébral du cou aies siennes dans le système hyoïdien. Mais on a vu plus haut que le rachis se prolonge dans le crâne. Si nous ne nous sommes pas mépris à cet égard , et qu'il y ait aussi un appareil vertébral de la tête , nous de- manderons, en confirmation de ces idées , que le même plan soit également suivi , en ce qui concerne le système supplémentaire. C'est comme un hors-d'oeuvre à cher- cher , et il est bientôt aperçu dans le système maxil- laire inférieur. Ainsi , la mâchoire inférieure , composée de quatorze os (sept de chaque côté) dans son état du plus grand développement , est aux vertèbres crâ- niennes, ce qu'est l'hyoïde aux vertèbres cervicales, et ce qu'est le sternum aux vertèbres dorsales. Ce premier pas fait encourage à en faire d'autres. Quand nous avions aperçu la vertèbre formée de neuf élémens et trouvé une pièce impaire et occupant le centre , nos considérations embrassaient un fait du foetus et non de l'embryon 5 car , en remontant plus haut , ou à l'embryon , cette même pièce se trouve elle- même composée. La théorie du célèbre anatomiste M. Ser- res sur la formation des os impairs et médians nous l'aurait fait pressentir , si d'ailleurs des observations positives de M. Audouin sur les insectes ne nous l'a- vaient décidément appris. Avertis par cette étude , c'est la tête du fœtus et non celle de l'embryon que nous examinerons, et qui doit ( l 9° ) en effet nous donner pour chacune de ses ceinturée osseuses des faits correspondans à ceux exposés plus haut sur la vertèbre. Or, voici présentement notre position : i° nous avons débarrassé le rachis céphalique de ses parties supplémentaires 5 2 nos observations s'appliquent à des appareils assez développés , si ce n'est du côté terminal ou de celui des lèvres, pour être persuadés qu'il ne manque point ou peu des élémens constituans, eu égard à chaque segment transversal ou à chaque ceinture osseuse. Sur ce pied, quels soins aurons-nous à prendre pour suivre notre recherche ? nous ferons état de tous les os crâniens. Mais que donne l'observation étendue à tous les êtres ? c'est ( non compris les i4 de la mâchoire in- férieure) 63 parties, et, en prenant enfin le nombre 9 pour diviseur , je trouve pour quotient le chiffre 7. Serait-ce en effet de sept vertèbres que l'appareil crânien serait définitivement composé ? Cette conclusion sera rigou- reusement admissible , si toutes ces pièces sont parta- geables en ceintures distinctes , si elles sont rangées et superposées dans le même ordre qu'à la vertèbre , mais surtout si je viens à découvrir un classement de sept noyaux posés bout à bout et formant un axe central. Or , voilà précisément ce qui est et ce que j'ai déjà montré à l'Académie, quand, dans les séances des a3 février et 4 mars dernier , j'ai eu l'honneur de lui présenter mon tableau lithographie , portant pour titre '. Composition de la tête osseuse chez V homme et les ani- maux. Que les 63 parties crâniennes que j'ai dis- tinguées soient vraiment partageables en sept divisions ordonnées chacune autour d'un axe médian , moitié supérieurement pour le système médullaire , et moitié ( '9* ) inférieurement pour le système sanguin , j'en apporte pour preuve la construction de ce même tableau, que je reproduis en ce moment , et qui place nettement sous les yeux des idées qui n'en sont que plus accessibles pour l'esprit. Voyez ce tableau, lequel est compris dans l'atlas du présent volume sous le n° g. Seriez-vous surpris de voir aussi constamment les sept vertèbres crâniennes se réunir exactement en une boite cépbalique ? J'opposerai à ce fait : i° que c'est seule- ment chez les Mammifères qu'on l'observe 5 car , chez les Oiseaux, les Reptiles, et encore mieux chez les Poissons, la plus grande partie des élémens vertébraux, ou ceux de la légion inférieure, ne sont plus qu'engrenés et ne sont jamais soudés avec les centres des vertèbres et l'ensemble des tubes supérieurs ; 2 que le fait inverse est repro- duit, comme pour montrer que ces associations ne sont vraiment que secondaires et simplement subordonnées à l'excès de développement des parties médullaires céphali- ques. Car, de la même manière qu'il y a une boîte crâ- nienne pour loger antérieurement et au-dessus de l'axe ver- tébral l'une des parties du système médullaire , il y a de même chez quelques animaux (les Tortues) une boîte thoracique , pour loger postérieurement et au-dessous de l'axe vertébral quelques parties du système sanguin, comme le cœur et les poumons. Cette boîte thoracique est une aussi solide maison que la boîte crânienne. La Tortue s'y renferme entièrement. Cette vaste coquille, si je puis me permettre de l'appeler ainsi , est composée de segmens vertébraux , d'abord indépendans chez le fœtus , tout comme le crâne de l'Homme et des Ani- maux 5 lequel est aussi composé de segmens vertébraux , également distincts dans l'âge fœtal. Les deux coffres s ( *9 2 ) osseux sont susceptibles des mûmes modifications. Ainsi, quand les élémens vertébraux de la rangée supérieure , ou ceux du système médullaire , sont portés au maximum de composition, en revanche, les élémens du système san guin sont réduits à un état de minimum, et vice versa. Quand ce sont ces derniers élémens dont le volume devient prédominant, les élémens supérieurs sont dans l'état rudimentaire. Les Tortues sont dans ce dernier cas. Cette application de la loi du balancement des or- ganes revient sans cesse. J'arrête à ce point ce premier article. Entrer plus avant dans la démonstration que le groupe des os crâ- niens constitue vraiment un appareil céphalique du même rang que le groupe des osselets du cou qui compose l'appareil cervical, me paraît désormais superflu. Ce serait d'ailleurs prévenir l'exposition des faits de détail que je ne manquerai point de donner , mais que je ne puis pas cependant présenter dans une discussion de généralités. Je réserve une partie de ces détails pour l'ar- ticle i , dans lequel je traiterai spécialement des pièces crâniennes chez les Crocodiles. ( La suite au numéro prochain. ) INote sur le genre Francoa. Par M. Ad. de Jussieo. Cavatulles , dans l'ouvrage intitulé : Icônes et des- criptiones plantarum, avait établi, d'après une plante originaire de l'île de Chiloé , un nouveau genre qu'il nommait Francoa. Il lui donnait pour caractères un calice profondément quadriparti , quatre pétales, huit étamines alternant avec autant de corpuscules, un ovaire ( «93 ) libre creusé dans sa longueur de quatre sillons , et sur- monté de quatre stigmates sessiles ; un fruit composé de quatre capsules réunies entre elles par leur angle in- terne, s'ouvrant au sommet et en- dedans en deux valves , aux sutures desquelles s'attachaient des graines nom- breuses. Les botanistes , en discutant les affinités de ce genre , étaient restés indécis sur la place qu'il devait dé- finitivement occuper. En effet , ils la cherchaient d'a- près l'indication assez obscure de Cavanilles , dans les familles où l'insertion des étamines est hypogynique •, et s'il se rapprochait de quelques-unes de ces familles par certains caractères , il s'en éloignait par d'autres. Une plante qui faisait partie d'un herbier du Pérou et du Chili , m'ayant présenté dans son port une ressem- blance frappante avec la figure du Fraricoa, j'ai voulu m'assurer si elle appartenait à ce genre, et sur ce point son analyse ne m'a laissé aucun doute. Mais en retrou- vant tous les mêmes caractères , j'en ai rencontré un que l'auteur avait négligé, et qui est delà plus grande im- portance. J'ai reconnu que les étamines s'inséraient , non sous l'ovaire, comme on l'avait cru, mais au calice, un peu au-dessus de sa base. Dès-lors on doit chercher autre part les rapports du Francoa, et l'on peut les déter- miner avec plus de facilité. Mais avant d'entrer dans cette discussion, il convient de décrire complètement la plante qui y donne lieu. Sa racine cylindrique est interrompue assez près de terre par un ou plusieurs renflemens en forme de tuber- cules , d'où partent des prolongemens coniques et grêles : il en naît quelques fibres capillaires. Une tige ou plutôt une hampe nue, droite, haute d'un à trois pieds , sort du milieu de plusieurs feuilles Tome III. i3 C '94 ) radicales qui l'embrassent et la cachent à sa base jusqu'à environ un pouce de hauteur , et dont les inférieures sont ordinairement flétries et desséchées. Les autres se redressent ou s'étalent en- divers sens. Elles sont lyrées à sept lobes , les six latéraux opposés deux à deux et d'autant plus larges , qu'ils se l'approchent davantage du terminal. Celui-ci , ainsi que chaque paire des pre- miers , se termine à sa base par une double oreillette qui recouvre un peu les lobes immédiatement infé- rieurs. Le bord des feuilles est sinué et denté irréguliè- rement 5 ieur plus grande largeur d'un pouce et demi à quatre, leur longueur de quatre à douze. Elles sont parcourues longitudinale nient par une nervure large, d'où en partent d'autres latérales plus étroites qui se ramifient et forment par leurs anastomoses un réseau assez peu apparent sur le sec. Leur consistance est molle. Leurs deux surfaces sont couvertes de poils très-courts et fins dirigés en divers sens, abondans surtout le long des nervures et vers le contour. La hampe , garnie comme les feuilles d'un court du- vet , porte à son sommet un épi long de deux à quatre pouces, et souvent il en part plus bas deux ou trois épillets latéraux plus courts. Les fleurs longues de quatre ligues, et larges de la moitié, sont écartées au bas de l'épi , serrées supérieurement, et sont accompagnées cha- cune d'une ou deux bractées étroites naissant sur un très court pédicelle, et égalant presque les divisions du calice. Celles-ci sont profondes , entières, aiguës, trinervées, légèrement hispides. Avec elles alternent autant de pé- tales deux fois plus longs, rétrécis en onglet à leur base, à limbe à peu près ovale, légèrement caréné, parcouru extérieurement par une nervure longitudinale assez ( '95 ) saillante, d'où en naissent plusieurs latérales. Ils s'at- tachent au calice un peu au-dessous du point où il se divise. Au-devant, et presque à la même hauteur, s'in- sèrent les huit étamines et les corpuscules qui les sépa- rent. Les filets sont subulés ; les quatre opposés aux divisions du calice les égalent à peu près en longueur , et surpassent un peu les quatre autres. Les corpuscules plus courts que ces derniers, plus épais, ont la forme d'un cône grêle et obtus à son sommet. Les anthères sont terminales , cnrdiformes , à deux loges qui s'ouvrent en-dehors par une fente longitudinale , et renferment un pollen de couleur jaune à grains très-menus et glo- buleux. L'ovaire plus court que les étamines est pris- matique, a quatre angles mousses séparés par quatre sillons. Le stigmate est divisé jusqu'auprès de sa base en quatre lobes, lisses extérieurement , granuleux en- dedans , légèrement échancrés au sommet , placés entre les sillons de l'ovaire. Ce dernier est partagé en quatre loges cylindriques, presque libres, car elles ne tiennent l'une à l'autre que par l'axe central. Parvenu à cet axe, le péricarpe se réfléchit pour former deux placentaires longitudinaux, couverts chacun d'un rang de tubercules blanchâtres auxquels s'insèrent des ovules très-uom- breux. J'ai eu à ma disposition des ovaires plus ou moins avancés , mais je n'ai eu aucun fruit. L'espèce décrite par Cavanilles sous le nom de Francoa appendiculata , diffère de la mienne par ses feuilles dont les lobes, au lieu de se recouvrir, sont séparés par un rétrécissement plus ou moins long , et par ses fleurs pé- donculées et deux fois plus grandes. Il pense avec Née que la plante recueillie par le père Feuillée au Chili , et nommée Llaupanhe , est congénère i3* ( '9? ) du Francoa , et c'est , il me semble , avec raison. Il est vrai que Feuillée n'indique que quatre étamines et pas d'appendices entre elles. Mais des huit élamines, quatre perdent souvent plutôt leurs anthères , ou bien ordinai- rement celles qui sont opposées aux pétales sont cachées dans leurs replis , de sorte qu'il est facile , si l'on décrit la fleur sans l'ouvrir , l'étaler et l'examiner avec soin , de ne pas voir tous les filets et les corpuscules. D'ailleurs dans la figure donnée par Feuillée, on peut dans une fleur reconnaître, quoiqu'assez obscurément, quelques autres corps entre les quatre étamines. Si l'on admet maintenant le Llaupanke comme une espèce de Francoa, il deviendra difficile d'en distinguer celle que j'ai décrite. Elle présente en effet de même une racine oblongue interrompue par des tubercules, des fleurs en épi accompagnées de bractées , des feuilles lyrées à sept lobes, dont les supérieurs recouvrent un peu les inférieurs par les oreillettes de leur base. Elle offre , il est vrai, quelques légères différences. L'auteur décrit les feuilles comme naissant en tout sens de la tige ; mais d'après la figure , c'est seulement à sa base. Dans les feuilles de ma plante , chaque paire de lobes est séparée des autres par un rétrécissement que je ne retrouve pas dans celle du dessin de Feuillée, et, sous ce rapport, elle est intermédiaire entre le Llaupanke et le Francoa de Cavanilles. Mais des caractères aussi faibles suffisent-ils pour établir une espèce ? Je ne le crois pas, et je conserve en conséquence à mon espèce le nom très-juste de Fran~ coa sonchifolia , que Cavanilles a proposé pour le Llaupanke. Je résume tout ce qui précède , en traçant en latin les caractères du genre Francoa et de ses espèces. ( *97 ) Francoa. Cavan. ( Icon. torn. 6, p. 76. ^ Calix ^-partitus , persistens. Petala 4 longiora , unguiculata , imô calyci inserta. Stamina 8, ibidem inserta, cum corpusculis totidem brevioribus alternantia , inclusa , 4 alterna calici opposita paulô bre- viora, filamentis subulatis , antheris cordatis, bilocularibus , longitu- dinaliter cxtrorsùtn dehiscentibus. Stylus o. Stigma profundè 4-lobum. Ovariuoi superum , sessile , 4 _su I curn » apice 4-lobum, 4 _ ' ocu ' are > loculis multi-ovulatis , ovulis angulo interiori biseriatim adnexis. Fructus ( ex Cavanilles loc. cit.), 4-capsularis, capsulis inter se axi centrali coalitis , apice et dorso in valvas duas debiscentibus ; semina nuraerosa, oblonga, rugosa, minuta. Herbœ ; Folia radicalia , lyrala ; flores racemosi spicative, singuli bracteati. Francoa appendiculata. Cavan. le. tom. 6, pag. 77, tab. 596. F. chiloensis, lobis foliorum 5-9 omninô inter se discretis, floribus racemosis. Francoa sonchifolia. (Ann. Scienc. nat. tab. rj.) F. peruviana, lobis foliorum 7 sibi niutuo incumbentibus, floribus spicatis, minoribus. Congener absque dubio atque etiam conspecifica profectô prsece- dentis. Llaupanke amplissimo sonohifolio , Feuillée. ( Journ. tom. II. , p. 74 2 , tab. 3i.) Planta chilensis , ili versa tantùm lobis foliorum non' iu- terse intervallo angustiori , ut in aliis speciebtis , discretis; in quâ prse- tereà flores spicœ inferiorc^ ssepiùs 6-petali. Le Francoa me semble devoir prendre sa place à la suite des Crassulées , après le Septas. Il a en effet la plupart de ses caractères communs avec les genres de cette famille , dans laquelle on observe un calice infère à divisions pro- fondes en nombre défini 5 autant de pétales insérés à sa base, ainsi que les étamines qui sont en nombre égal ou double, etquialternent avec de petits corps squammiformes ou glanduleux ; des capsules , en même nombre que les pétales , s'ouvrant du côté interne en deux valves , au bord desquelles sont attachées des graines nombreuses. Il est vrai que d'une autre part il présente quelques différence* assez notables. En effet , daus les Crassulées le pistil se ( <9* ) compose de plusieurs ovaires libres , chacun terminé par un style et un stigmate libre également, et muni en-dehors à sa base d'un appendice glanduleux ou écail- îeux : le nombre de ces derniers égale donc celui des pétales. Dans le Francoa il est double -, les appendices s'insèrent au calice sur un plan plutôt postérieur qu'an- térieur à l'insertion des étamines : les quatre loges de l'ovaire sont réunies par l'axe central ; il n'y a pas de style , mais un seul stigmate quadrilobé. Cependant si l'on considère l'indépendance presque complète des loges , la profondeur des lobes stigmatiques , le court support qui les soutient , et qu'on pourrait regarder comme résultant de la soudure de quatre styles très- courts , on attachera peut-être moins d'importance à ces différences , et l'on trouvera , en comparant les points par lesquels le Francoa se rapproche des Crassulées, et ceux par lesquels il s'en éloigne, que la somme des premiers surpasse celle des seconds. Explication de la Planche 12. a. La plante de grandeur naturelle. B (i). Une fleur. C. Fleur coupée verticalement, 1. Calice, 2. Pétales, 3. Flammes, 4. Corpuscules, 5. Ovaire. D. Fleur ouverte et étalée artificiellement , 1. Base et division dit calice, 1. Pétales, 3. Etamines, 4. Corpuscules, 5. Place de l'Ovaire qui a été enlevé. E. Anthère au moment de sa déhiscence. F. Pistil, 1. Ovaire, 2. Stigmate. G. Stigmate d'un ovaire plus avancé. (1) Toutes les ligures indiquées par une lettre majuscule sont plus on moins grossies. ( T 99 ) H. Coupe horizontale de l'ovaire, i. Son sommet, 2. Axe central 3. Loges et ovules. I. Coupe verticale de l'ovaire, 1. Deux loges conserve'es , 2. Deux loges coupées , 3. Ovules , dont la plupart ont e'tu enleve's dans l'une des deux loges, 4- Placentaire mi -s à découvert par l'ablation des ovules. Remarques additionnelles sur la détermination du sys- tème solide et du système nerveux des minimaux Articulés. L'auteur des Observations sur les deux systèmes ner- veux des Animaux vertébrés , dont il suppose qu'un seul subsiste dans les Animaux invertébrés (Voyez Ann. des Se. naturelles, juillet., tome II, page 3o4-3io) , a communiqué le i3 août dernier à l'un de nous quel- ques développemens de ses idées sur le même sujet. Il remarque d'abord qu'en supposant un animal ver- tébré couché sur le dos dans la situation où se trouvent les animaux articulés , et en assimilant l'ouverture des narines de celui-là à ce qu'on appelle la bouche dans ceux-ci , l'os basilaire et le sphénoïde se trouvent au- dessous du canal digestif et près de son extrémité, préci- sément comme est placée dans les animaux articulés la pièce impaire à laquelle on a donné le nom de lèvre infé- rieure , et celle qu'on désigne sous celui de languette , la première de ces pièces correspond à l'os basilaire des vertèbres , et la seconde à leur sphénoïde. En supposant toujours l'absence de l'encéphale dans les insectes , et leur crâne ouvert, les analogues des os qui s'articulent sur l'os basilaire, les uns immédiatement , les autres médiatement, se retrouvent dans les diverses articulations des palpes. ( 200 ) Dans la même situation de l'animal vertébré renversé sur le dos, si l'on suppose que les points osseux de l'embryon qui , en se soudant, forment les deux branches de chaque mâchoire, restent au contraire séparés et se changent en des pièces distinctes et simplement articulées entre elles, sans contracter aucune union aux extrémités où ces bran- ches se réunissent sous le milieu de chaque lèvre, on aura précisément les quatre antennes des crustacés , et une seule mâchoire donnera les deux antennes des insectes dans lesquels l'autre mâchoire reçoit probablement une destination différente. Jusqu'à présent on a cherché les analogues des parties dures dont se compose supérieurement la tête des ani- maux articulés dans les os du crâne des animaux verté- brés : suivant ma manière de concevoir l'organisation des invertébrés , il faut les chercher dans les os de la face. Mais comme M. Geoffroy Saint-Hilaire a établi que les uns et les autres sont en même nombre et soumis aux mêmes connexions, d'après la correspondance qu'il a établie entre chacun des os des sept anneaux verté- braux et des sept anneaux périsplanchniques de la tête des animaux vertébrés , il suffirait que toutes les parties dont nous parlons fussent déterminées dans Tune des manières de voir , pour qu'elles le fussent immédiatement dans l'autre en remplaçant chaque os des anneaux verté- braux par l'os correspondant des anneaux de la face. Cette expression, les anneaux vertébraux , employée par op- position aux anneaux périsplanchniques , repose sur ce qu'il paraît convenable de ne donner le nom de ver- tèbres qu'aux anneaux formés par les os que M. Geoffroy Saint-Hilaire a nommés périaux et épiaux , sans y com- ( 201 ) prendre le cycléal , comme on le fait communément , parce que cet os n'appartient pas plus à la vertèbre propre- ment dite , c'est-à-dire à l'assemblage osseux qui entoure la moelle épinière , qu'à l'anneau périsplanchnique cor- respondant : il est le support commun et le lien de ces deux anneaux , pourquoi le comprendrait - on plutôt parmi les os de celui qui est formé par les périaux et les épiaux, que parmi ceux de l'anneau que forment du côté opposé les paraaux et les cataaux. En restreignant ainsi le mot de vertèbre , il sera vrai de dire que les animaux des classes inférieures n'ont pas de vertèbres, puisque les os qui devraient les former restant séparés , ne forment point d'anneaux autour de la moelle épinière , et deviennent des organes de locomotion. On devra donc conserver le nom d'Animaux invertébrés , déjà consacré par l'usage universel des physiologistes et des natura- listes. En continuant la comparaison d'un Animal vertébré renversé sur le dos , avec un Animal invertébré, on voit que l'analogue de ce qu'on appelle cerveau dans celui-ci, doit être cherché dans les ganglions de l'Animal ver- tébré qui appartiennent aux anneaux périsplanchniques de la face , qui sont déformés et très - restreints dans leur développement s à cause que les anneaux verté- braux correspondans prennent une grande extension pour loger l'encéphale. On ne considère ordinairement ces ganglions que comme des accessoires de la cinquième paire, taudis qu'ils ne sont, ainsi que la plupart des ra- meaux nerveux de cette cinquième paire , que la partie antérieure du système ganglionnaire des Animaux verté- brés , qui devient dans les Animaux invertébrés le seul organe des sensations et de la locomotion. On observe ( 202 ) en effet que , de même que le reste de ce système envoie dans les Animaux vertébrés des rameaux à tous les nerfs locomoteurs sortis de la moelle épinière pour produire dans les muscles où ils se rendent les mouvemens instinc- tifs de locomotion, la partie antérieure du même système , formée de la cinquième paire et de ses ganglions , en- voie dans les mêmes Animaux , à chacun des organes des sens, un rameau accessoire destiné à recueillir les im- pressions reçues par ces organes , qui déterminent des mouvemens instinctifs : rameau accessoire qui par suite de la dépendance mutuelle des deux systèmes nerveux des Animanx vertébrés , est indispensable à l'intégrité de l'organe sensitif , d'après les belles expériences que M. Magendie vient de communiquer à l'Académie des Sciences , et qui paraît même suppléer dans quelques- uns de ces Animaux le rameau venu de l'encéphale , quand ce dernier devient rudimentaire et cesse d'arriver jusqu'à l'organe correspondant. Il ne sera pas difficile , d'après cette indication , de dé- terminer chez les vertébrés les ganglions de la cinquième paire analogues à ceux dont se compose le prétendu cer- veau des invertébrés , puisque le nerf accessoire de chaque organe des sens des Animaux vertébrés correspondant au nerf qui se rend au même organe chez les invertébrés , le ganglion d'où part ce nerf sera le même dans ces deux classes d'Animaux. On donne principalement chez les Animaux articulés le nom de cerveau au ganglion situé au-dessus de l'œso- phage qu'il embrasse de deux cordons nerveux formant une sorte de cercle autour du tube digestif. L'analogue de ce ganglion doit se trouver parmi les ganglions que présentera face des animaux vertébrés en avant du ( ao3 ) même tube. Ne serait - ce pas le ganglion naso-palatiu de ces animaux qui correspond au prétendu cerveau des invertébrés , et les filets nerveux de ce ganglion qui s'a- nastomosent avec ceux du spbéno-palatin , ne seraient- ils pas les analogues des deux cordons dont nous venons de parler? La réunion des sphéno-palatins correspondrait alors au ganglion pro-œsophagien des insectes et des crus- tacés (i). Le nerf olfactif est-il ï organe de l'odorat? Expériences sur cette question ; Par M. Magendie. Demander si le nerf olfactif est le nerf de l'odorat , n'est-ce pas s'exposer à faire rire à ses dépens ? Qui en doute ? vous répondra-t-on ; cette vérité n'est-elle pjas reconnue depuis que l'anatomie a fait connaître la dispo- sition du nerf, sa distribution sur les surfaces olfactives , son volume considérable dans les animaux où ce sens est plus parfait, etc. , etc. J'avoue que le mois dernier encore, si la question m'avait été posée, je n'aurais pas balancé à répondre par l'affirmative, et que je n'aurais pas osé élever de soupçon à cet égard , bien qu'en physio- logie , en médecine , etc. , il ne soit pas inutile de douter quelque peu des choses les plus certaines : mais ne doute pas qui veut. (ï) M. Bailly, dans le Mémoire sur lequel M. Cuvier a fait le rap- port insère dans notre numéro d'août, et M. Serres , dans l'ouvrage qu'il vient de publier , sont parvenus à des résultats analogues à ceux qui sont indiqués ici , et qui paraissent s'accorder en général avec les- idées de l'auteur de cet article. ( TYote des Rerlacleurs.) ( 204 ) Quoi qu'il en soit, voulant celte année démontrer dans mes séances de physiologie expérimentale les di- verses propriétés du système nerveux , je commençai par chercher à prouver directement que le nerf olfactif était l'agent de l'odorat , tentative qui , à ma connais- sance , n'avait point encore été faite. Ma première expérience fut de mettre à découvert , sur un chien d'environ un an , les nerfs olfactifs ; je ne m'attendais guère à les trouver sensibles au contact des corps , ni même aux piqûres , les hémisphères cérébraux étant insensibles à ces excitations sur la plus grande partie de leur masse ; en effet; lés pressions, les piqûres profondes, les déchiremens en divers sens n'amenèrent aucun signe qui indiquât la sensibilité de ces nerfs. J'étais curieux de voir si le contact direct d'un corps très-odorant aurait un même résultat : je plaçai à cet effet quelques gouttes d'ammoniaque sur le nerf; l'animal ne parut pas d'abord s'en apercevoir , mais bientôt il donna des preuves d'une vive sensation. Je m'aperçus dans le moment que le liquide avait coulé sur les parties latérales du nerf et avait gagné sa face inférieure, et par conséquent la fosse ethmoïdale. Je crus alors que l'ammo- niaque avait agi sur la partie médullaire du nerf, qui , comme on sait , repose sur la lame criblée de l'ethmoïde, et que si la substance grise supérieure n'était point sen- sible , la substance blanche inférieure était douée de cette propriété. Après avoir fait ces observations , je pris le parti de détruire entièrement les nerfs olfactifs, bien persuadé d'abolir complètement l'odorat. Quelle fut ma surprise, en examinant le lendemain l'animal , de le trouver sen- sible aux odeurs fortes que je lui présentais (l'ammo- ( ao5 ) niaque , l'acide acétique , l'huile essentielle de la- vande , etc. ) ! La sensibilité de l'intérieur de la cavité nasale n'avait rien perdu de son énergie; l'introduction d'un stylet avait le même résultat que sur un chien in- tact. Cet étrange phénomène me rappela un fait auquel j'avais donné peu d'attention l'année précédente, parce qu'il était tellement en contradiction avec les idées ad- mises , que je l'attribuai , je ne sais pourquoi , à quelque vice d'expérience. Je veux parler d'un canard auquel j'avais enlevé les hémisphères cérébraux et qui survécut huit jours en présentant divers phénomènes curieux. Il avait, entre autres singularités , conservé l'odorat pour les odeurs fortes; je montrai cet animal, et je lui fis subir ces di- verses épreuves dans mes cours de cette époque. Pour bien m'assurer du fait , je détruisis sur plusieurs autres animaux les nerfs olfactifs , et les résultats furent exactement semblables ; mais je fis en outre la remarque importante que la sensibilité que j'avais observée à la face inférieure du nerf olfactif, n'existait que le long du bord externe de la lame criblée de l'ethmoïde , et je fus ainsi conduit à penser qu'elle pouvait appartenir , non au nerf de l'odorat , mais au filet du nerf ophthalmique , qui passe de l'orbite dans le nez par une fente de la lame criblée. Cet indice me mit sur la voie de soupçonner que les branches que la cinquième paire envoie dans les fosses nasales étaient les organes par lesquels la sensibilité ol- factive se maintenait après la destruction des nerfs de la première paire. Dans l'homme ces branches sont assez nombreuses , quoique d'un volume médiocre ; elles se composent : i° du filet ethmoïdal du nerf nasal ; 2 du ( aoti ) naso -palatin de Scarpa -, 3° des filets multipliés qui nais- sent de la face interne du ganglion sphéno-palatin. Elles oflrent ensemble cette disposition , quelles se distribuent à toutes les parties de la pi lui taire. Je ne connaissais pas exactement la manière dont la cinquième paire se com- porte relativement au nez du chien : je priai M. Des- monlins , très-habile en pareille recherche , de disséquer avec moi ce nerf, et nous trouvâmes que le filet cllimoïdal est beaucoup plus gros que chez l'homme , et qu'il fournit un nombre assez grand de petites divisions dans la partie la plus supérieure de la cavité olfactive ; nous trouvâmes encore/ que le nerf maxillaire supérieur ne forme pas de ganglions sphéno-palatins , qu'il envoie dans les parties inférieure, latérale et interne du nez, une grande quantité de filets d'un volume considérable. Il était donc anatomiquement possible que toute la sensibilité de la pituitaire dépendit des divisions de la cinquième paire. Mais les conjectures anatomiques sur les fonctions organiques ne sont lien jusqu'au moment où elles sont prouvées par les expériences physiologiques. Je pensai à couper les nerfs de la cinquième paire, de manière à ce que les animaux survécussent. Mais il était plus facile d'avoir cette idée que de la mettre à exécution. Dans leurs trajets sur la base du crâne , les nerfs sont accolés au sinus caverneux et à l'artère carotide interne. Cependant j'en tentai la section sur quelques lapins , et le hasard me servit assez bien pour que je réussisse sur plusieurs animaux , à les couper des deux côtés sans produire d'accident grave. Je fis les mêmes tentatives sur de jeunes cbiens , de jeunes chats , des cochons- d'Inde ; je pus aussi m'assurer qu'une fois les nerfs bien coupés , toutes les traces de l'action des odeurs fortes ( 2 °7 ) disparaissent. Les animaux qui éternuent , se frottent le nez , détournent la tête quand on leur fait respirer de l'ammoniaque , de l'acide acétique , etc. , restent impas- sibles après la section de la cinquième paire , ou bien ne manifestent que l'action des odeurs sur le larynx. Il résulte, ce me semble, de cette expérience, contre- épreuve de la précédente , que l'odorat , relativement aux odeurs fortes , est exercé par les brandies de la cin- quième paire , et que la première paire de nerfs ne par- tage pas cette fonction avec la cinquième. Ici se présente une objection : les odeurs que vous avez employées , dira-t-on , sont très-actives , elles ont une action cbimique sur la pituitaire, comme elles en ont une sur la conjonctive quand elles viennent la frapper. Ne serait il pas possible qu'en détruisant le tact de la membrane du nez vous enlevassiez à cette membrane la propriété de reconnaître, non les odeurs proprement dites, mais la faculté de sentir l'impression des vapeurs piquantes et caustiques , comme celle de l'ammoniaque , de l'acide acétique? Cette remarque est fondée pour les vapeurs citées ; mais elle ne l'est plus autant pour l'huile de lavande et de Dippel. Dans tous les cas, on n'aurait guère pu présumer avant mes expériences que les va- peurs irritantes n'agissaient pas sur le sens de l'odorat. Afin de résoudre expérimentalement la difficulté , j'ai détruit , en les broyant , les nerfs olfactifs d'un chien braque, dont on connaît la finesse du nez ; et j'ai re- connu, comme dans mes précédées essais, qu'il distin- guait aisément les odeurs fortes. Mais j'ai voulu m'assurer s'il reconnaîtrait l'odeur de la viande , du fromage, et en général des alimens. A cet effet , j'en ai enfermé des portions dans du papier et je les ai présentées à l'animal ; ( ao8 ) il a toujours défait le papier et s'est emparé des alimens. Mais je ne regarde pas cette tentative comme suffisam- ment probante ; car , dans d'autres circonstances , il m'a paru manquer d'odorat pour trouver des alimens que je mettais près de lui à son insu. En supposant ce dernier résultat exact, il ne prouverait pas non plus que la cin- quième paire n'est pas l'agent de l'odorat, car le désordre nécessaire pour détruire les nerfs olfactifs produit néces- sairement de l'inflammation dans la cavité nasale , et peut ainsi, bien que secondairement, nuire à l'odorat. Je poursuis en ce moment celte recherche. J'ai enlevé , sur des poules , des canards , des pies , les hémisphères cérébraux et la totalité des nerfs olfactifs : ces animaux ont conservé toute la sensibilité de la pitui- taire , et donné des signes évidens de l'action des odeurs fortes sur l'odorat. Je ne comprends pas comment on a pu récemment imprimer le contraire. Enfin , je dois à la complaisance de M. Ramon , mé- decin inspecteur de la maison royale de Charenton , un fait qui me semble prouver que l'intégrité des hémi- sphères cérébraux n'est pas non plus indispensable chez l'homme à l'exercice de l'odorat. Après plusieurs années de démence et d'exaltation , il est très-fréquent de voir tomber les aliénés dans un état d'engourdissement et de torpeur qui a de l'analogie avec une ivresse complète ; les jambes sont chancelantes , les mouvemens incertains , la langue embarrassée : cet état , auquel rien ne peut remédier , est suivi d'un vé- ritable anéantissement des facultés intellectuelles ; la mort survient au bout d'un temps qui n'est jamais très- long. A l'ouverture du corps on trouve les hémisphères gorgés de sang , les enveloppes du cerveau enflammées , C 20 9 ) et souvent la substance corticale profondément altérée. Sur des individus qui présentaient cet appareil de symp- tômes , M. Ramon a constaté la persistance du sens de l'odorat , non-seulement pour les odeurs fortes et pi- quantes , mais encore pour des odeurs beaucoup plus fugaces. Telles sont les observations que je présente aux phy- siologistes touchant le nerf de l'odorat; elles sont en- I core incomplètes et demandent à être suivies : j'espère i toutefois qu'elles auront l'avantage d'engager à les répéter, | et à ne pas négliger l'occasion de les confirmer ou infirmer par des observations pathologiques. Il résulte encore de ces recherches que les animaux qui, tels que les dauphins , manquent entièrement de nerfs olfactifs , ne sont probablement pas dépourvus d'o- dorat, ainsi que quelques naturalistes l'avaient supposé. S'il se confirme que l'odorat appartient à la cinquième paire , il restera à rechercher quels peuvent être les usages des nerfs et des lobes olfactifs. Rien jusqu'ici ne sem- blerait mettre sur la voie. Ce serait, dans ce cas , des parties à ajouter à toutes celles qui dans le système ner- veux ont des fonctions entièrement ignorées. ( Extrait du Journal de Physiologie. — l8a4- ) De Tinfluence de la cinquième paire de nerfs sur la nutrition et les fondions de l'œil. Par M. Magendie. On a vu, dans le Mémoire qui précède, comment j'ai été conduit à couper les nerfs de la cinquième paire dans le crâue , de manière à ne pas compromettre la vie des Tome III. i^ ( 210 ) animaux. J'ai ainsi clé amené à observer des phénomènes qui sortent complètement des idées reçues touchant les fonctions du système nerveux. Après avoir coupé sur un lapin la cinquième paire d'un côté , je reconnus que toute sensibilité était perdue du même côté de la face -, l'intérieur du nez , la surface de la conjonctive, etc. , étaient insensibles au contact des corps durs et même des instrumens piquans. Je voulus m'assurer si le défaut de sensibilité existerait pour des agens chimiques très-irrilans : j'appliquai donc de l'am- moniaque sur l'œil, et je n'eus pas de peine à remar- quer qu'il ne produisait aucune impression. Pour avoir un objet de comparaison , je touchai légèrement l'œil du côté sain avec un peu d'ammoniaque , et aussitôt l'ani- mal manifesta, par ses mouvemens, ses e (forts , l'abon- dance des larmes , le resserrement des paupières , etc. , l'exquise sensibilité connue de l'œil. Il n'y avait rien de semblable du côté où le nerf était coupé ; l'œil était sec, et, chose des plus singulières, le mouvement des pau- pières , appelé clignement , avait cessé ; le globe de l'œil lui-même semblait avoir perdu tous ses mouvemens à l'iris était fortement contracté et immobile } enûn l'œil semblait un œil artificiel placé derrière des paupières privées de mouvement. Vivement intrigué par la mul- titude de phénomènes étranges que j'avais observés , je remis au lendemain à continuer mes observations, et je cherchai à me rendre raison de ce que j'avais vu. La perte de sensibilité de la surface de l'œil était ce qu'il y avait de plus facile à comprendre : la distribution des branches du nerf ophihalmique aux paupières , à la con- jonctive , etc. , expliquait bien ce phénomène , qui d'ail- leurs avait été vu récemment par M. H. Mayo sur des ( 2,1 ) pigeons. La suspension de la sécrétion des larmes pou- vait aussi s'entendre par la paralysie du nerf lacrymal ; mais l'immobilité des paupières , celle de l'œil , la con- traction permanente de la pupille, n'étaient pas aussi faciles à ramener à des faits déjà connus. Je m'arrêtai toutefois à l'idée que probablement , en coupant les nerfs trijumaux , j'avais intéressé les nerfs moteurs de l'œil. Le lendemain, j'examinai l'animal , et je ne fus pas peu surpris de retrouver les choses dans l'état où je les avais laissées ; seulement, l'œil sain , par l'effet du contact de l'ammoniaque , était très-fortement ertflammé ; l'œil op- posé , au contraire , n'offrait aucun indice d'inflamma- tion. La section des nerfs avait donc empêché le dévelop- pement du travail inflammatoire , et ce résultat n'était pas moins curieux que les précédens. Pour me mettre à même d'étudier avec soin ces divers phénomènes , je coupai ce jour-là la cinquième paire sur plusieurs lapins, soit d'un seul côté , soit des deux à la fois. C'est en ob- servant ces animaux les jours suivans que je découvris successivement les faits que je vais rapporter, qui sans doute exciteront l'intérêt des physiologistes. A. Après vingt-quatre heures de la section, la cornée commenceà devenir opaque, après soixante-douze heures; elle l'est beaucoup plus . l'opacité augmente , et cinq ou six jours après la section elle est de la blancheur de l'albâtre. B. Dès le deuxième jour , la conjonctive rougît , pa- raît s'enflammer, et sécrète une matière puriforme, lactescente , fort abondante ; les paupières sont, ou lar- gement ouvertes et immobiles, ou bien elles sont collées par les matières puriformes qui sont desséchées entre leurs bords , et quand m vient à les écarter, il s'écoule '4* ( 212 ) une assez grande quantité de la matière dont je viens de parler. C. Vers le deuxième jour qui suit la section , on voit aussi l'iris devenir rouge , ses vaisseaux se développent , enfin l'organe s'enflamme. Il se forme à sa surface anté- rieure de fausses membranes , qui ont comme l'iris la forme d'un disque percé à son centre. Ces fausses mem- branes finissent par remplir la chambre antérieure de l'oeil , et contribuent à faire paraître la cornée opaque. N'est-ce pas un phénomène bien extraordinaire qu'une inflammation vive avec suppuration et insensibilité com- plète de la partie enflammée , et qui est causée par la section d'un nerf? Avant d'aller plus loin , je dirai que cette opacité ra- pide de la cornée me parut d'abord dépendre du con- tact prolongé de l'air. Pour m'en assurer , je coupai sur un lapin la septième paire de nerfs , qui , d'après les ob- servations de M. Charles Bell , dirigent les mouvemens de clignement : mais quoique l'oeil ait resté sur cet animal en contact continuel avec l'air pendant plusieurs jours , aucune opacité ne se montra sur la cornée , ni aucune inflammation , soit à. la conjonctive, soit à l'iris. Je vins alors à soupçonner que l'opacité dépendait du défaut de sécrétion des larmes. Il est possible , me disais- je , qu'une membrane telle que la cornée ait besoin d'être continuellement imbibée par un liquide limpide pour conserver sa transparence. Pour m'assurer si ma con- jecture avait quelque fondement , je fis sur deux lapins l'extraction complète de la glande lacrymale , mais au- cune opacité ne se montra sur la cornée durant les huit jours qui suivirent cette extraction. Ma supposition n'était donc pas fondée. L'opacité de la cornée, l'inflammation ( 2i3 ) et la suppuration de la conjonctive , celle de l'iris , dé- pendaient donc de l'influence nerveuse. D. Vers le huitième jour qui suit la section de la cin- quième paire , la cornée s'altère visiblement ; elle se détache de la sclérotique par sa circonférence , et son centre s'ulcère : au bout de deux ou trois jours, les hu- meurs de l'œil , troubles et en partie opaques , s'écou- lent , et l'œil se réduit à un petit tubercule qui n'occupe qu'une très-petite partie de l'orbite-, ce qui donne à l'aspect des animaux quelque chose de hideux. Si à cette époque on dissèque l'œil, on trouve qu'il ne contient plus qu'une matière qui ressemble à du caséum fraîchement coagulé , et que la rétine est presque entièrement disparue 5 on n'en voit que çà et là quelque trace. E. La vue paraît être, sinon perdue entièrement par la section du nerf, du moins très-aflaiblie , et si quel- ques heures après la section on pousse une aiguille sur la surface de la rétine , l'animal ne donne aucun indice de sensibilité (1). Dès que les deux nerfs sont coupés sur un animal , il semble aveugle , et sa démarche est des plus singu- lières -, il ne marche que le menton appuyé fortement (1) On se fait généralement une idée fausse de la sensibilité de la rétine ; elle est représentée comme le prototype des organes sensibles. Elle touche, dit-on, jusqu'à la lumière! si un corps dur venait à la toucher, des douleurs atroces seraient la suite de ce contact grossier. L'expérience ne donne pas ce résultat ; une aiguille portée sur la rétine ne produit qu'une sensation très-faible , le broiement, le déchirement de la membrane n'excite qu'une douleir médiocre , et qui ne peut être comparée à celle qui se produit quand on pique la surface de l'œil. J'ai fait également cette remarque sur l'homme, en pratiquant l'opération de la cataracte par la méthode de l'abaissement. ( -,,/ f ) sur le sol , poussant ainsi sa tête devant lui , et s'en ser- vant comme d'un guide, ou comme l'aveugle de son M ton. La démarche d'un animal dans cet état diffère tout- i.-fait de celle d'un animal simplement privé de la vue : celui-ci se dirige facilement au moyen de ses mousta- ches et de la sensibilité de la peau du visage ; il s'arrête devant les creux, sent les obstacles, enfin il serait sou- vent difficile de savoir s'il est aveugle ou non ; tandis que l'animal dont les cinquièmes paires sont coupées n'a qu'une manière de se mouvoir, et au lieu de s'éloi- gner des obstacles , il s'obstine souvent à les pousser pendant plusieurs heures, et de manière à s'excorier la peau de la partie antérieure de la tête. F. La langue est insensible du côté où le nerf est coupé , et des deux si les nerfs le sont à droite et à gauche. L'animal la tient dans ce cas hors de la bouche , mais il peut la retirer vers le pharynx. Les corps sapides n'ont aucune action apparente sur la partie antérieure de l'or- gane , mais ils ont une action évidente sur le centre et la base. Dans les chiens, les chats, la mâchoire infé- rieure est pendante après la section des deux cinquièmes paires , ce qui gêne beaucoup la déglutition et la rend quelquefois entièrement impossible. Ils ont la même dé- marche que les lapins,- mais, au lieu de s'appuyer sur le menton , ils pressent souvent sur la langue , qui de- vient inféxùeure par l'abaissement de la mâchoire, et qui frotte alors contre le sol dans le moment de la pro- gression. G. Quand un seul nerf est coupé , il se montre des altérations dans les narines , la bouche, la surface de la langue de ce côté ; la moitié de la langue devient blan- ( 2l5 ) châtre, son épidémie s'épaissit, les gencives quittent les dents , des matières alimentaires s'enfoncent dans les intervalles qui se forment ; probablement que les animaux, n'étant plus arrêtés par la sensation de la tendance des matières à passer entre les dents et les gencives , les y poussent sans s'en apercevoir. H. Je crois avoir remarqué que la section de la cin- quième paire entraîne aussi la perte de l'ouïe,- cela se- rait d'autant moins extraordinaire , que dans beaucoup d'animaux le nerf acoustique n'est évidemment qu'une branche du tri-facial. Si ce dernier résultat est exact , tous les sens seraient donc sous l'influence de la cin- quième paire , et la théorie générale des sensations de- vrait donc être réformée. (Extrait du Journal de Physiologie. — 1824.) Recherches anatomiques sur les Cakabiques et sur plu- sieurs autres insectes Coléoptères > Par M Léon Dufoor. (Suite.~) B. CiCINDÉLÉTES. Les Coléoptères de cette tribu de carnassiers se font remarquer par le développement des parties de la bou- che , et surtout des mandibules qui sont armées de dents fort acérées , par des pâtes grêles et déliées , par une extrême agilité à la course et au vol, par une struc- ture , en un mot , qui les rend essentiellement propres à la chasse des petits insectes dont ils font leur proie. lis habitent les lieux les plus exposés à la chaleur et particulièrement les plages sablonneuses. J'ai disséqué et ( ai6) figuré , ainsi que Ramdohr , l'appareil digestif de la Cicin- dela campestris. Son canal alimentaire est assez analogue pour sa forme générale , sa texture et le nombre de ses parties , à celui des Carabiques. Sa longueur n'excède que fort peu celle du corps de l'insecte. Un oesophage court débouche dans un jabot assez vaste , dilaté en arrière , et dont la surface est le plus souvent parcourue par des séries longitudinales de granulations. Ce dernier trait est mal exprimé dans la figure de Ramdohr (i). Il est vrai que cette première poche gastrique est exposée suivant son degré de réplélion à des variations qui changent l'as- pect de sa texture. Le gésier est oblong,, garni intérieu- rement de quatre lames cornées dont les pointes sont conniventes. Les papilles du ventricule chylifique sont bien prononcées. Le cœcum ou la dilatation qui précède le rectum a, comme dans les Carabes, des bandelettes musculaires longitudinales dont Ramdohr ne fait pas mention. C. Hydrocanihar.es. La tribu des Hydrocanthares , ou Coléoptères nageurs , se compose des genres Dytiscus et Gjrinus de Geoffroi. Ces Insectes, tout-à fait inhabiles à la marche, sont tous aquatiques et carnassiers. Ils exhalent, quand on les retire de l'eau, une puanteur des plus nauséabondes. Les espèces du genre Dytyscus dont j'ai fait la dissec- tion sont : Dytyscus marginalis , D. Roëselii , D. sul- catus. Leur tube alimentaire , quoique formé sur le même plan que celui des autres Coléoptères carnas- siers , présente quelques différences que je vais men- (i) Abbildungen zur Anatomie der insecten vom Dr. Karl August Ramdohr.— 1 809—1810 — Tab. III, fig. 1 , 1 , 3, 4, 5, 9 et 10. ( 2l 7 ) donner. Le jabot se termine en arrière par un bourrelet annulaire bien marqué, qui n'a point été exprimé par Ramdohr , et qui est constant au moins dans les trois espèces soumises à mes recherches. Ce bourrelet est pro- duit intérieurement par la saillie de l'orifice du gésier. Celui-ci , orné à l'extérieur de trachées ramuleuses qui lui forment une élégante broderie, est armé en-dedans de quatre pièces lancéolées cornées, dont les pointes conniventes alternent avec des mamelons charnus. La texture du ventricule chylifique est la môme que celle des Carabiques , mais ses papilles sont sensiblement plus dé- veloppées. Je n'ai point trouvé dans le D. sulcatus ni dans les deux autres espèces , la portion lisse de ce ventricule mentionnée et figurée par Ramdohr (i). Cette poche gastrique est proportionnellement plus courte dans le D. sulcatus que dans le marginalis , et ses pa- pilles sont plus grosses. L'intestin grêle est beaucoup plus long que dans les Carabiques. Il est filiforme , replié sur lui-même, et débouche brusquement sur la face laté- rale d'un ccecum très-expansible. Celui-ci , quand il est bien dilaté . est ordinairement conoïde ou piriforme-, et sa grosse extrémité, qui est antérieure, se termine par une appendice vermiculaire flottante, plus ou moins contournée en spirale. Il dégénère postérieurement en un rectum. Quand il est vide et contracté sur lui-même, il est allongé , froncé , ridé en travers, et au lieu de pa- raître recevoir latéralementl'intestin grêle, celui-ci s'insère à l'origine du rectum par une portion rétrécie en forme de col. Le ccecum des Dytiques est une véritable vessie natatoire. Susceptible de se gonfler par de l'air , elle sert (1) Loc. cit., tab. II, ûg. i , 4 et 5. ( 3i8 ) ainsi à élever l'animal du fond de l'eau à sa surlace. Ram - dohr me semble avoir mal saisi la texture et les usages de cette vessie natatoire , qu'il se contente de désigner sous le nom de membrane froncée et fiasque du rectum. Le second genre des Hy drocaniliares est celui de Gyrin ou Tourniquet. Le Gyiinus natator est l'espèce la plus commune en Europe, et c'est celle que j'ai disséquée. Qui n'a pas admiré l'agilité surprenante avec laquelle ces petits Coléoptères , brillans de l'éclat de l'acier le plus poli , décrivent sans cesse à la surface de l'eau des courbes concentriques! Destinés à tenir toute la région dorsale du corps entièrement émergée, les Gyrins avaient besoin, pour leur conservation , de voir en même temps et dans l'air et dans l'eau. Eh bien ! par une faveur spéciale, ils ont reçu en partage deux paires d'yeux assez gros! L'une placée sur le vertex les met en rapport avec ce qui se passe au-dessus d'eux dans l'atmosphère ; l'autre, située tout-à-fait sous la tête, les instruit de tout, ce qui les me- nace ou les intéresse dans l'eau. L'existence de ces quatre yeux est un fait assez singulier dans les Coléoptères. Le tube de la digestion du Gyrin a quatre fois la lon- gueur de tout son corps. L'oesophage est gros, vu la peti- tesse de l'insecte. Le jabot est très-lisse . simplement membraneux , sans aucune apparence de rubans muscu- leux, soit en long soit en travers. Il n'est pas rare que la portion de ce jabot qui pénètre dans l'abdomen , offre un renflement latéral de manière qu'alors l'œsophage s'y insère tout-à-fait par côté. J'ai presque toujours trouvé cette poche remplie d'une pâte alimentaire noirâtre. Le gésier est ovale-oblong , rénilent, élastique , et à travers ses parois, ou reconnaît qu'il est garni intérieurement de pièces brunes destinées à la trituration. Le ventricule ( ai 9 ) chylifique est court , hérissé de grosses papilles eouoïdes bien distinctes. L'intestin grêle est fdiforme, remarquable par sa longueur qui égale la moitié de tout le canal di- gestif. Le cceeutn n'est point latéral comme dans les Dy- tiques. Il est peu renflé et sépaxé de l'intestin grêle par une légère contracture. Examiné à une forte loupe, on y découvre quelques traces de plissures transversales, ce qui, joint à sa texture membraneuse, le rend susceptible d'être gonflé par l'air. Famille 11. Brachélytres. Les Staphylins de Linuseus composent la famille des Brachélytres. Ces Insectes ont successivement éprouvé diverses mutations dans le cadre entomologique. La forme allongée de leur corps , leurs courtes élvlres leur donnant quelque ressemblance apparente avec le genre Forjîcule placé en tête des Orthoptères , les avaient fait reléguer à la fin des Coléoptères par Linnreus, Geoffroi , Fabricius et le plus grand nombre dos entomologistes. Carnassiers pour la plupart, ils ont plusieurs habitudes des Carabiques , et nous verrons que l'organisation de leur appareil digestif justifie pleinement la place que M. Latreille leur a enfin assignée dans ces derniers temps. Ils sont généralement de petite taille et d'une dis- section difficile, surtout à cause du mode de connexion des anneaux de l'abdomeu , qui sont étroitement em- boîtés entre eux. Les Brachélytres qui ont été jusqu'à ce jour l'objet de mes investigations anatomiques, sont les suivans : Staphylinus olens , S. erythroplerus , S- maxillosus , S. punctatissimus; Pœderus reparius , P. ruficollis. ( 220 ) Parlons d'abord des Staphylins proprement dits. Leur canal alimentaire a tout au plus deux fois la longueur de l'Insecte. Il n'offre de différence essentielle avec celui des Carnassiers précédens , que l'absence d'un jabot. L'œso- pbage qui est presque capillaire , conserve un diamètre uniforme jusqu'à son embouchure dans le gésier. Celui- ci , logé dans le mésothorax , est ellipsoïde ou oblong , roussàtre , et ses parois ont une consistance rénitente , élastique. Il est garni en-dedans de quatre arêtes brunes , allongées , faiblement cornées , composées d'une embri- cation de dents très-acérées , sétiformes , dont les pointes disposées en brosses sont dirigées vers Taxe de l'organe. Ces arêtes sont creusées en gouttière , et effilées en avant , où elles convergent pour la formation d'une val- vule. Chacune d'elles m'a paru, dans les quatre Staphylins que j'ai disséqués , divisible en plusieurs lanières garnies de soies. Cette même organisation existe aussi dans le Staphylinus politus dont Ramdohr a figuré le canal di- gestif (i). Le ventricule chylifique est allongé, bérissé de papilles un peu moins prononcées que celles des Dytiques. Elles sont plus longues et plus uniformes dans le S. olens et le S. politus , que dans Yerythrop- terus où , vers la fin de l'organe , elles ressemblent à des granulations. Dans le S. punclatissimus , les papilles se présentent sous la forme de granulations arrondies , ter- minées par un petit bec que la loupe seule rend sensible dans les contours de l'organe. Vers la partie postérieure de celui-ci elles sont plus rares , plus grêles , plus sail- lantes. Ces papilles , surtout les granuleuses , qui sont très-apparentes dans l'insecte vivant ou tout récemment (») Loc. cit. Tab. III, fig. 4,5, 6. ( 2 *I ) mort , s'effacent presque tout-à-fait après une demi- heure de macération. L'intestin grêle est filiforme, plus ou moins flexueux. Le ccecum forme dans les S. olens et punctatissimus une dilatation très-distincte , ovale , arrondie. Il est allongé et moins ample dans les deux autres epèces. Le tube digestif des Pédères a la même longueur res- pective que dans les Staphylins. On serait tenté de prendre pour un jabot la dilatation allongée qui précède le ventricule chylifique ; mais un œil attentif, aidé de la loupe , distingue à travers les parois de cette dilatation , quelques traits d'un brun pâle que l'analogie , malgré toute ma sobriété à l'invoquer, doit faire regarder comme l'indice des écailles intérieures qui caractérisent le gésier des Staphylins. Le ventricule du chyle est fort long. Il forme à peu près les deux tiers de tout le canal , et est tout chagriné par des points papillaires rendus à peine sensibles par le microscope , et qui s'effacent même vers la partie postérieure du ventricule. L'intestin grêle est bien court , et le ccecum oblong et peu distinct. Famille III. Serricornes. Il y a, tant sous le rapportde la conformation extérieure du corps , que sous celui du genre de vie et de l'organi- sation intérieure , une transition un peu brusque de la famille des Brachélytres à celle des Serricornes qui lui succède immédiatement. N'a-t-on pas même violé les rap- ports naturels dans la réunion des diverses tribus qui composent cette dernière famille? Ne serait-il pas plus convenable , comme l'avait fait précédemment M. La- treille , de convertir la plupart de ces tribus en familles ? ( l-X'l ) Quoi qu'il en soit , je me conforme au plan déjà arrêté , et je vais exposer ce que je sais sur l'analomic de ces Insectes. A. BuPRESTIDES. Ces Coléoptères , auxquels l'éclat de leurs couleurs métalliques a valu le nom de Richards , sont assez rares dans nos contrées , et je regrette de n'avoir à offrir que l'anatomie de deux espèces d'assez petite taille , le Bu- prestis novem-maculata et le B. virtdis. Le premier de ces Insectes habite les fleurs; le second m'a paru faire sa nourriture du parenchyme des feuilles de vignes qu'il ronge. Le tube alimentaire dans ces deux espèces a trois fois environ lalongueur du corps. L'œsophage est grêle, renflé dans le viridis en un petit jabot conoïde , tandis que dans l'individu du novem-maculata, dont j'offre ici la fi- gure , il conservait son diamètre presque capillaire sans aucune trace de jabot. Cette circonstance tenait sans doute à ce que l'animal n'avait pas pris de nourriture de- puis long-temps, et que cet organe était, pour celte raison, uniformément contracté sur lui-même. Le ven- tricule chylifique est brusquement distinct du jabot, allongé , tnbuleux , flexueux ou replié , parfaitement lisse ou glabre. Il présente dans le novem-maculata une configuration singulière dont je n'ai point encore vu d'exemple dans les insectes. Cet organe est fourchu dès son origine , ou en forme d'Y, comme s'il résultait de la confluence de deux boyaux borgnes, allongés et diver- gens. Ceux-ci sont un peu boursoufflés sur leurs bords. C'est dans l'angle de la fourche qu'est reçu l'œsophage. L'intestin grêle est court, presque droit. Le cœcuth en ( m3 ) est distinct par une contracture , et se fait remarquer par sa forme allongée , cylindroule. Il renferme une pulpe excrémentitielle verdâtre. Le rectum est court et droit. B. Elàtétudes. Les insectes que renferme cette tribu ont été dès long - temps remarqués par leur faculté singulière à sauter brusquement et par ressort , le corps étant cou- cbé horizontalement sur le dos. On les connaît sous le nom de Taupins et Scarabées à ressort. Ils déter- minent ce mouvement brusque , cette espèce de saut de carpe , en enfonçant à volonté le stylet du sternum dans une cavité de la poitrine. Ces insectes se nour- rissent , je crois , de substances végétales. ISEIater ma- rinus, Y El. sanguineus, Y El. gilvellus sont les espèces que j'ai eu occasion de disséquer. Ramdohr nous a donné les figures du canal digestif de la première de ces espèces et de Y El. spulator (i). Le tube de la digestion des Taupins n'a guère plus d'une fois et demie la longueur de leur corps. Il débute par un œsophage excessivement court renfermé dans la tète ; puis il se renfle en un petit jabot conoïde, lisse à l'exté- rieur, et qui ne peut être mis en évidence qu'en tirant en sens contraire la tète et le tube alimentaire. Ce jabot n'a point été saisi par Ramdohr. Le ventricule chy- lifique est allongé et à peu près droit. Il est remarquable à son origine, au moins pour le murinus et le gihellus , par deux courtes dilatations latérales , arrondies , sépa- rées par une échancrure qui reçoit le jabot. Dans la [i) Lor. cit. Tab. XI, iig. 1 et i. ( s*4 ) première de ces espèces, sa surface est toute couverte de papilles granuleuses arrondies , serrées entre elles. Dans la seconde il est parfaitement lisse. Il offre ordinaire- ment dans la cavité abdominale un renflement plus ou moins prononcé; puis il se termine brusquement par un bourrelet autour duquel s'implantent les vaisseaux bi- liaires. L'intestin grêle est filiforme , flexueux ; il se renfle en un coecum oblong plus ou moins rempli d'une pulpe blancbe comme crayeuse , et il dégénère en un rectum filiforme , au moins dans la femelle. Je n'ai pas reconnu que le ventricule cbylifique de VElater sanguineus fut bilobé à son origine comme celui des deux espèces précédentes. Il m'a paru aussi très-lisse. A en juger par la figure que nous a laissée Ramdobr de l'organe digestif de VElater sputator, le tube alimentaire de cette espèce serait moins long que dans les précédentes, et le ventricule chylifique aurait des plissures trans- versales. C. Lampyrides. Le Lycus rufipennis , le Lampyris splendidula , les Telephorus fuscus et lividus sont les espèces de cette tribu dont j'ai étudié l'anatomie. Le corps de ces Insecte s est généralement allongé , plus ou moins déprimé , re- marquable par la mollesse de ses tégumens et la sou- plesse , la flexibilité des élytres. Us habitent pour la plupart les fleurs. Le tube digestif du Lycus a tout au plus une fois et demie la longueur du corps de l'animal. Il a des tu- niques minces et diaphanes. L'oesophage se renfle en un jabot oblong où le microscope découvre une disposition longitudinale des fibres , et qui est séparé par une con- ( 2a5 ; traction , une valvule annulaire du ventricule chylifique. Celui-ci est allongé , très-lisse , droit et simplement mem- braneux. L'intestin grêle est filiforme , flexueux , et il présente quelques boursouflures ou rides transversales en approchant du ccecum. Ce dernier est allongé et renferme une pulpe excrémentitielle blanchâtre. Le rec- tum est peu marqué. Le Ver luisant, qui est la femelle aptère du Lampjris, a un canal alimentaire dont l'étendue a environ deux fois celle de tout le corps. L'œsophage est d'une briè- veté qui le rend imperceptible. Il se dilate aussitôt en un jabot court. Le ventricule chyliBque est séparé de ce dernier par un étranglement valvuîaire. Il est fort long, lisse , c'est-à-dire dépourvu de papilles , mais boursoufflé dans ses deux tiers antérieurs , et cylindrôïde , intes- tiniforme dans le reste de l'organe. L'intestin grêle est fort court. Celui qui est destiné au séjour des matières fécales en est brusquement distinct. Il est flexueux , et offre un renflement , peut-être inconstant , qui repré- sente le ccecum, et qui dégénère en un rectum allongé. Le canal digestif des Telephorus est absolument droit , sans aucune inflexion. L'œsophage, à son issue de la tète , se renfle en un petit jabot conoïde qui n'a point été exprimé par Ramdohr dans la figure qui représente le tube alimentaire du T. fuscus (i). Le ventricule chylifique est allongé , lisse , dépourvu de papilles , mais ridé en travers dans cette dernière espèce , et parfai- tement uni dans le T. lividus. L'intestin grêle est bien marqué et filiforme dans le fuscus , plus renflé dans le lividus. Le cœcum est peu distinct. (i)Loc. cit., T. VII, «g. 5. Tome III. ,5 ( oMï ) D. Melyrides. Cette tribu , de la famille des Serricomes , comprend des Coléoptères dont la forme , ainsi que la texture du corps et le genre de vie sont fort analogues à ceux de la tribu précédente. Je n'ai pu encore soumettre à mon scalpel que le Malachius œncus et le Drilus flânes cens. Dans le Malachius , le tube alimentaire a près de trois fois la longueur du corps. L'œsophage, bientôt après sa sortie de la tête , se renfle insensiblement en un jabot allongé , séparé par une contracture d'un ventricule chy- lifique, oblong , cylindroïde ou conoïde , parfaitement lisse et glabre. L'intestin grêle est assez long, filiforme , flexueux. Le cœcum est gros et court, comme tronqué en arrière. Le rectum est allongé et filiforme. Le canal de la digestion du Drilus est un peu moins long que celui du Malachius. Le jabot est fort court , ainsi que l'oesophage. Le ventricule cliylifique est oblong et lisse comme dans l'espèce précédente. L'intestin grêle ressemble à celui de cette dernière. Le cœcum est oblong. E. Ptiniores, Il n'y a que de fort petits Insectes dans cette tribu. Ils habitent nos maisons , et leurs larves ruinent nos meu- bles et nos collections. Y? Anobium fascialum , espèce qui me semble nouvelle , et la seule que j'aie disséquée, a un tube digestif trois fois environ plus long que son corps. Le jabot était peu marqué. Le ventricule chyli- fique est allongé , glabre , lisse , et se termine par un bourrelet saillant pour l'insertion des vaisseaux biliaires. ( 22 7 ) L'intestin grêle est filiforme. Le coecum est gros , ovoïde , rempli d'une pâte fécale roussâtre , et le rectum est allongé fort grêle. Famille IV* Clavicornes. La famille des Clavicornes se compose de Coléoptères dont la filiation généalogique ( qu'on me passe l'ex- pression ) me semble mériter le reproche déjà adressé à la famille précédente. Sans prétendre ici faire ressor- tir l'espèce de mésalliance qui résulte de la réunion en une seule race des sections et genres qui y sont compris et qui forment surtout un contraste par leur genre de vie, puisque les uns se nourrissent du pollen des fleurs, les autres de cliarognes ou de matières animales décomposées, je me contenterai d'exprimer le vœu que l'on rétablisse dans leurs anciens droits la famille des Clairons, celle des Bjrrhiens , celle des Nécvophages , celle des Nitidulaires dont la formation est due à M. Latreille et qui se trouvent aujourd'hui confondues dans les Clavicornes. A. Clairons. Les Clairons sont des Coléoptères oblongs , velus, dont les antennes se terminent par une masse de trois articles distincts et qui ont les yeux échancrés. Ils habitent gé- néralement les fleurs. Je vais exposer mes recherches anatomiques sur le Clerus alvearius et le Clerus apiarius, deux espèces voisines mais très-distinctes. Leur tube ali- mentaire a tout au plus deux fois la longueur du corps. Le jabot est si court qu'il est presqu entièrement caché dans la tête et qu'il faut briser le crâne pour le mettre en i5* ( aaR ) ' évidence. Il est conoïde ou turbiné suivant son degré de plénitude. Une valvule marquée à l'extérieur par une contracture annulaire le sépare du ventricule chylifique. Celui-ci est allongé, cylindroïde, flexueux , dépourvu de papilles , mais à sa surface l'œil , armé d'une bonne loupe, découvre des cryptes glanduleux logés en dessous de la tunique externe. L'instestin grêle est fort court , le ccecum oblong, dilatable, contenant une pulpe fécale d'un jaune pâle. Le rectum est bien marqué , filiforme et droit. B. Escarbots. - Les Escarbots ou Hister que M. Latreille avait placés autrefois dans la famille des Byrrhiens et dont il fait au- jourd'hui une section des Clavicornes , ont des antennes coudées, terminées par une massue en bouton solide , des pâtes rétractiles, le corps court , presque carré, avec des tégumens très-durs et le dernier segment dorsal de l'abdomen entièrement à découvert. Ils vivent de subs- tances animales dégénérées. Le Hister sinuatus est la seule espèce dont j'ai pu faire la dissection. Le canal de la di- gestion de cet insecte a de quatre à cinq fois la longueur de son corps. L'œsophage est très-court , entièrement ca- ché dans la tête. Un renflement oblong lui succède. A tra- vers ses parois on dislingue quelques traits brunâtres qui sembleraient annoncer l'existence intérieure de pièces propres à la trituration. S'il en était ainsi, ce que je pré- -sume, ce renflement mériterait le nom de gésier. Le ven- tricule chylifique est fort long , replié sur lui-même, hé- rissé de papilles acuminées, très-saillantes, bien distinctes les unes des autres et d'une égale grandeur dans toute l'é- tcnduede l'organe. L'intestin grêle estfiliforme, flexueux. ( 2 29 ) Le coecum est distinct du précédent par une contracture annulaire. Il offrait dans l'individu, dont je joins ici le dessin , des plissures transversales qui annoncent sa dila- tabilité, Ramdohr, dans la figure qu'il a donnée de l'ap- pareil digestif du Hisler bipustulatus , qui est peut-être la même espèce que la nôtre , n'a point exprimé le ren- flement que je présume être un gésier (i). C. Boucliers. Ainsi que les Hister , à la suite desquels leur classifi- cation naturelle les place , les Boucliers ou Silpha vivent de matières animales plus ou moins putréfiées. Comme les Carabes et les Staphylins avec lesquels ils ont une analogie frappante sous le rapport de la structure du ventricule chylifique , ils vomissent, quand on les saisit, un liquide noirâtre d'une odeur fétide, repoussante. J'ai disséqué les Silpha obscura , sinuata et Httoralis. Le canal digestif de ces insectes a environ trois fois la longueur de leur corps. L'œsophage est si court qu'il ne déborde point la tête. Il est suivi d'un gésier oblong ou ellipsoïde , lisse à l'extérieur et un peu roussijtre. En dé- chirant avec précaution ce gésier, j'ai trouvé dans le Littoralis et le Sinuata une tunique interne de consis- tance un peu scarieuse , conservant après son extraction la forme ellipsoïde de l'organe , et hérissée de soies poin- tues , dirigées en divers sens , mais disposées en huit bandes longitudinales que séparent des intervalles lisses. Ramdohr a fait la même observation pour le Silpha obs- cura dont il a dessiné l'appareil digestif (2). Le ventri- (1) Loc. cit., T. VIII , Gg. 4, 5, 6. ri) Loc. cit.. T. IV, fig. 2, 5, G, 7 . ( ti3o ) cule chylifique est assez long pour faire sur lui-même une circonvolution ou une anse plus ou moins grande. Il est hérissé de papilles grêles et pointues également prononcées dans toute la longueur de l'organe. Recou- vert dans sa position naturelle parle paquet intestinal , il est maintenu en place par des brides trachéennes nom- breuses et fort déliées. Le tube intestinal est fort long , filiforme, replié sur lui-même. Sa partie antérieure , com- prenant environ le cinquième de son étendue , est lisse et peut être comparée à l'intestin grêle. Elle présente à son origine une courte portion distincte par un étrangle- ment qui s'efface quelquefois. A cette partie lisse succède un intestin qui n'en diffère point par son diamètre, mais dont l'organisation est toute particulière. Cet intestin est tout couvert à sa surface de points saill-ans , granuleux , bien sensibles à la loupe. 11 m'a paru avoir un peu plus d'étendue dans le Liltoralis. Une semblable texture dans le tube intestinal est encore pour moi un fait unique parmi les Coléoptères , et elle suppose des fonctions particulières qui ne sont pas à ma connaissance. Cet intestin granuleux s'ouvre , un peu latéralement pour le SilpJia obscurci, et directement pour le Sinuata et le Lilto- ralis, dans un renflement lisse qu'on peut comparer au coecum. Avant de se terminer par le rectum, il reçoit par côté une bourse pédicellée ovalaire ou oblongue , qui appartient à l'appareil des sécrétions excrémentitielles dont je parlerai ailleurs. Je n'ai point encore en l'occasion de disséquer le Né- cropîiore , mais d'après la figure queRamdobr a donné' du canal digestif du Necrophorus vespillo (i), \e vois (i) Loc. cit., T. V., fig. i, 2,3. ( i3i ) qu'il a la plus grande analogie avee celui du Silpha. Seu- lement le tube intestinal est beaucoup plus long, et le gros intestin , au lieu d'être couvert de papilles granu- leuses, a des rubans musculeux, transversaux, qui lui for- ment des plissures annulaires. D. Nhidula.ib.es. Cette section de la famille des Clavkornes ne renferme que des Coléoptères de petite taille. Le Thymalus lim- batus est le seul que j'aie disséqué. Cet insecte habite sous les écorces du sapin et du hêtre dans nos Pyrénées , et malgré sa rareté, j'en ai sacrifié plusieurs individus à des recherches anatomiques. Son tube de la digestion a un peu moins de trois fois la longueur du corps. L'œso- phage et le jabot sont confondus en un tube fort court et très-lisse. Le ventricule chylifique estoblong, droit, assez ample. Au lieu des papilles saillantes qui caracté- risent cet organe dans les Silpha ,il n'offre que des gra- nulations presque imperceptibles, qui s'effacent même par une macération peu prolongée. L'intestin grêle est lisse, flexueux et dégénère en un coecum allongé. Le rectum est bien distinct du précédent par une contracture an- nulaire , droit , mais d'une extrême brièveté. Famille V- Palpicornes. VHydrophiluspiceus, l'un des plus grands Coléop- tères aquatiques de l'Europe , forme le type de cette fa- mille. Il a un tube digestif dont la longueur surpasse quatre ou cinq fois celle de tout le corps , et qui a beau- coup d'analogie pour ce dernier trait , ainsi que pour sa ( f*3* ) forme et sa texture , avec celui des Lamellicornes. Quoi- qu'il vive dans l'eau ainsi que les Djtiques , il n'a pas comme ces derniers une vessie natatoire distincte. M. Dutrochet,dans ses recherches sur la métamorphose du canal alimentaire chez les insectes (i), a évidemment commis une erreur essentielle ou du moins une inadver- tance, en décrivant l'organe digestif du grand Hydrophile et de sa larve. C'est un Dytique et non un Hydrophile qu'il a soumis à ses dissections. Famille VI Lamellicornes. C'est la dernière famille des Coléoptères pentamérés , et une de celles qui renferment les insectes les plus nom- breux et les plus grands. Leur trait entomologique le plus saillantesld'avoirdes antennes courtes, terminées par une masse feuilletée oupeclinée. M. Latreille les partage en deux tribus , celle des Scarabéides et celle des Lucanides. j\. Scarabéides. Parmi les Scarabés de Linnœus, les uns se nourrissent presque exclusivement des excrémens des animaux her- bivores ou de la matière végétale plus ou moins décom- posée. M. Latreiile les avait précédemment groupés dans une même famille , celle des Coprophages , qui me paraît bien naturelle. Les autres dévorent les feuilles fraîches des végétaux , ou le pollen des fleurs. Ils sont compris" dans les genres Melolontha , Cetoniael Trichius de Fabricius. a. Coprophages. Mes recherches relatives à ces fouil- (i) Journal de Physique. — Mars , 1818. ( 233 ) leurs de bouses ont été particulièrement dirigées sur les Copris îunaris , Aleuchus semi-punctatus , Ontïiophagus tauriis, Geotrupes syîwaticus , Geotrupes stcrcoraiius. Leur canal digestif, fort grêle et très-replié , est sans dilatations bien constantes. Je vais me bornera esquisser la description et à fournir le dessin de cet organe dans le Copris Iunaris. Je signalerai en môme temps les diffé- rences peu remarquables de forme ou de structure dans les autres espèces. Le tube alimentaire a , dans ce Copris, une longueur dix à douze fois plus considérable que celle de tout son corps. L'œsophage est d'une extrême brièveté. Il se dilate aussitôt en un jabot oblong, co- noïde , qui ne dépasse que de peu le bord occipital de la tête. Le , ventricule ehyliûque est distinct du jabot par un étranglement valvulaire. Il est reconnaissable aux papilles conoïdes ou claviformes, mais clair-semées dans toute son étendue. Il n'est pas rare qu'il offre , çà et là , principalement vers son origine, des traces de plissurcs transversales. Il forme à lui seul les cinq sixièmes de la longueur de tout l'organe. 11 se replie en huit ou neuf circonvolutions agglomérées en un paquet et mainte- nues par de nombreuses brides trachéennes. Avant sa terminaison , reconnaissable aux insertions hépatiques , il acquiert ordinairement un diamètre plus considérable, et les papilles de ce renflement sont plus rares , plus distantes entre elles. Je me suis bien convaincu dans cette dissection que les papilles ne sont véritablement que des bourses destinées au séjour du liquide alimen- taire , car elles étaient tout-à-fait incolores dans les por- tions du ventricule qui ne renfermaient aucune trace d'aliment , et d'une couleur brune dans les circonvolu- tions de ce même ventricule remplies d'une pulpe de cette ( *H ) dernière nuance. L'intestin grêle est filiforme , très- étroit , lisse , courbé en anse , et avant de se terminer à l'anus , il présente un renflement coecal oblong, qui ren- ferme des excrémens blancs. Le tube alimentaire de Y Onthophagus n'offre pas de différence essentielle avec celui du Copris ; seulement il est du double moins long, et l'intestin présente à son origine une portion courte , plus étroite. Le canal de la digestion des Geotrupes a un peu moins d'étendue que dans le Copris , et leur ventricule chylifique n'offre aucun vestige de papilles. On lui observe des étrangle- mens annulaires qui le rendent plus ou moins festonné sur ses bords; mais ce caractère est loin d'être constant. Il présente aussi des renflemens tout aussi variables. b. Phytophages. Les Scarabéides de cette section , dont j'ai étudié l'organisation interne , sont les suivans : Melolontha vulgaris, Melolontha vilis , Hoplia formosa, Trichius fasciatus , Cctonia aurata, Celonia sliclica. Dans les deux Melolontha que je viens de désigner, le tube alimentaire, moins étendu que celui du Copris, puisqu'il n'a que six à sept fois la longueur du corps , a des parois plus robustes. L'oesopliage se dilate aussitôt en un jabot conico-cylindroïde qui pénètre jusqu'au tiers antérieur du corselet. Le ventricule chylifique , replié en trois ou quatre circonvolutions , est tout-à-fait dé- pourvu de papilles. Les élégantes franges des vaisseaux hépatiques rampent et adhèrent à sa surface. Il est assez souvent d'une couleur sombre due à la pulpe alimen- taire dont il est rempli. Il est plus gros, plus dilatable à sa partie antérieure. Lorsque celle-ci n'est pas distendue par des alimens , on y voit des rubans niusculeux très- prononcés qui , dans la condition contraire , s'effacent ( a35 ) presque entièrement. L'intestin grêle est excessivement court. Il est suivi d'une portion intestinale très-ren- flée, dont la texture épaisse et charnue annonce par ses nnfractuosités l'existence de nombreuses valvules inté- rieures. C'est une espèce de colon. Ces valvules, sou- mises à un examen spécial , se présentent sous la forme de petites poches triangulaires embriquées et disposées sur six séries longitudinales , séparées par autant de cordons musculeux. J'ai souvent rencontré ces poches remplies d'une pulpe végétale verte. Cette portion cel- luleuse dégénère en un intestin cylindroïde qui, avant sa terminaison à l'anus , offre une dilatation coecale. Le canal digestif de YHoplia est beaucoup moins long que celui du Melolontha , et se rapproche davantage de celui de la Cetonia. Sa longueur ne dépasse pas plus de deux fois celle de tout le corps. Le jabot est le même que dans les Lamellicornes précédens. Le ventricule chylifique est lisse , flexueux. L'intestin grêle est moins court que dans le Melolontha. Il présente souvent à son origine un renflement ovoïde. Il est suivi d'un gros in- testin allongé , dépourvu d'anfractuosités valvuleuses. Le rectum en est distinct par un bourrelet et est bien marqué. Le tube alimentaire de la Cetonia aurata a deux fois environ la longueur du corps de l'insecte. Le jabot est plus ou moins renflé , et quelquefois , comme dans l'in- dividu dont j'ai représenté l'appareil digestif, il ne dif- fère pas de l'oesophage . Le ventricule chylifique, bien moins long que celui du Melolontha, a sa tunique ex- terne couverte de fort petites papilles superficielles en forme de points saillans. L'intestin grêle est fort court et suivi d'un renflement allongé qni n'est point caver- ( 236 ) neux comme celui du Melolonlha , et qui a tous les ca- ractères du cœcum des autres Insectes. Il y a un rectum distinct. Dans la figure que Ramdohr nous a donnée de l'appareil digestif de la même Cétoine, il n'a point fait sentir la distinction de l'œsophage , ni celle de l'intestin grêle (i). Je trouve la même forme et le même plan d'organisa- tion dans le tube alimentaire de la Cetonia stictica. Le jabot est conoïde ; le ventricule chylifique a des papilles en forme de points \ l'intestin grêle est bien distinct et conoïde à son origine , et le cœcum est lisse et flexueux. Je puis en dire autant du Trichius fascialus. Son ca- nal de la digestion est en tout semblable à celui de la précédente Cétoine. A en juger par la figure que TAamdohr a publiée de ce même canal dans le Trichius eremita (2), cet or- gane serait à peu près droit, moins long par consé- quent que celui du T. fasciatus; et le ventricule chyli- fique serait dépourvu des points papillaires qui s'obser- vent dans cette dernière espèce. B. Lucanides. Les Insectes de cette tribu terminent la section des Coléoptères pentamérés. Ils se distinguent surtout des Scarabéides par leurs antennes à masse pectinée et par le développement souvent extraordinaire des mandibules dans les mâles. Le vieux bois vermoulu paraît être leur aliment. M. Latreille en avait autrefois formé une fa- mille distincte , et elle mériterait d'être rétablie. Les es- (1) Loc cit. , T. VII , fig. 1. (?) Loc. cit., T. XXIV, fig. 3. ( ^1 ) pèces que j'ai disséquées sont le Lucanus ce/vus et le Lucanus parallelipipedus . Le canal de la digestion du Lucanus cervus n'a guère qu'une fois et demie la longueur de sou corps. L'œsophage est bien plus long que dans les Scarabéides , filiforme. Il se dilate en un jabot de forme variable, tantôt à peine distinct de l'œsophage , et tantôt ovoïde. Le ventricule chylifique est cylindroïde plus ou moins dilaté , flexueux ou replié sur lui-même. Il est lisse et glabre extérieure- ment ; mais l'œil armé d'une forte loupe y distingue des points blancs qui sont des cryptes glanduleux, ou, si l'on veut , des papilles rudimentaires nichées au-dessous de la tunique externe , et conséquemment ne formant pas une saillie en dehors. L'intestin grêle est bien dis- tinct -, ou il est simplement allongé et comme plissé lon- gitudinalement quand il est vide, ou bien il offre, soit un renflement ovoïde, soit quelques étranglemens in- constans. Il est suivi d'un cœcum rugueux, boursoufflé, qui dégénère en un rectum. Le tube alimentaire du Lucanus parallelipipedus ne diffère essentiellement de celui du Cervus , que parce que le ventricule chylifique est hérissé de papilles bien prononcées quoique courtes , et que son cœcum n'est ni rugueux ni boursoufflé. La comparaison des figures , jointes à mon travail , suppléera à de plus amples détails. ( La suite au prochain Numéro. ) Explication de la Planche X. Fig. i. Appareil digestif fort grossi de I'O.mophron limbatum. a. Tête, antennes et parties de la bouche. Têle transversale avec son bord occipital largement e'chancré ; mandibules acérées éJentées ; mâchoires allongées cilie'es , terminées par un crochet ; lah?e carré cilié; article terminal des palpes allongé cylindroïde, comme tronqué. ( 238 ) b. Jabot ; c. gésier oblong , suivi d'un ventricule chyliftque assez court ; dû. vaisseaux hépatiques ; e. intestin grêle , suivi d'un cœcum; Jj'. appareil des sécrétions excrémenlitielles; g. dernier segment dorsal de l'abdomen du mâle. Fig. a. Appareil digestif fort grossi de la CiciwnELA campestws. a. Tète et parties de la bouche étale'es ; b. jabot granuleux ; c. gésier ; d. ventricule chyliftque droit conoïde ; ee. vaisseaux hépatiques ; f. intestin grêle ; g. coecum. Fig. 3. Appareil digestif médiocrement grossi du Dytiscus roeselh. a. Tête et partie de la bouche; b. jabot et œsophage ; c. gésier; d. ventricule chylijique ; ee. vaisseaux hépatiques ; f. intestin grêle replié sur lui-même ; g. cœcum ou vessie natatoire ; hh. appareil des sécrétions excrémenlitielles ; i. dernier segment dorsal de l'ab- domen de la femelle. Fig. 4- Appareil digestif fort grossi du Gyrihus natator. a. Tête, transversale, largement échancrée en arrière avec une petite dent à peine sensible de chaque côté de l'échancrure ; labre ar- rondi en devant et villeux; b. jabot; c. gésier oblong ; d. ventri- cule chyliâque court, avec de grosses papilles; ee. vaisseaux hé- patiques assez gros, excepté à leurs insertions ; f. intestin grêle suivi d'un cœcum peu marqué; gg. appareil des sécrétions excré- menlitielles; h. les deux derniers segmens dorsaux de l'abdomen de la femelle , velus , et les crochets vulvaires ciliés. Fig. 5. L'un des organes des sécrétions excrémentitielles beaucoup plus grossi , pour mettre en évidence le mode d'insertion du vais- seau sécréteur avec le réservoir. Fig. 6. Appareil digestif fort grossi du Staphylwus erythropterus. a. Tête et partie de la bouche étalées. On y distingue , i o un col ou lobe occipital à trois festons ; 2° deux grandes mandibules qui se croisent dans le repos et qui ici sont représentées dans un écarte- ment forcé. Elles sont inégales entre elles. Celle du côté gauche est tridentée à sa baie, l'autre n'offre qu'une seule grosse dent tronquée et presque échancrée ; 3° le labre distinctement bilobé , en forme de bouclier ou de cueilleron, doublement bombé au milieu, comme membraneux sur les bords, velu et cilié ; 4° les palpes maxillaires avec le dernier article plus petit; 5» les antennes ve- lues à leur base ; le dernier article échancré en dehors en crois- sant , les trois premiers conoïdes , les autres hémisphériques mo- nihformes; b. gésier précédé de l'œsophage; c. ventricule chyli- jique; dd. vaisseaux hépatiques ; e. intestin grêle, dégénérant en un cœcum allongé peu marqué;/, appareil des sécrétions excré- ( 23 9 ) tnentitielles ; g. dernier segment abdominal du m.1le et appendices qui s'y rattachent. Ceux-ci au nombre de deux paires , Tune plus grande externe, velue en dehors débordant l'abdomen dans l'ani- mal vivant; l'autre interne plus petite, pareillement velue, in- se'rée en dessous du segment abdominal. Fig. 7. Trois des lames canalicule'es qui garnissent intérieurement le gésier; l'une d'elles est vue dans un sens opposé aux deux autres pour mettre en évidence les poils en brosse dont elle est armée. Fig. 8. Appareil digestif fort grossi du Staphtliwus punctatissimus. a. Tête et parties de la bouche , même conformation générale que dans la précédente espèce. Antennes et palpes velus , mandibules unidentées ; b. gésier précédé de Vœsophage; c. ventricule chyli- Jïque ; dd. vaisseaux biliaires ; e. intestin grêle et cœcum; f. der- nier segment dorsal de l'abdomen de la femelle, et appendices qui s'y rattachent. Fig. 9. Appareil digestif fort grossi du P^edercs riparius. a. Tête et parties de la bouche. Le lobe occipital ou col m'a paru entier; labre transversal ; antennes et palpes hérissés ; mandibules acérées unidentées ; b. gésier et œsophage ; c. ventricule chytifique; «/.vaisseaux hépatiques à insertion unilatérale; e. intestin grêle suivi du cœcum ; f. dernier segment abdominal et appendices. Flanche XI. Fig. 1. Appareil digestif fort grossi du Btjprestis novem-mactjlat»a. a. Tête et antennes ; b. œsophage et jabot confondus ; c. ventricule chylifique ; dd. vaisseaux hépatiques; e. intestin grêle ; f. cœcum. Fig. 2. Appareil digestif fort grossi du Btjprestis viridis. a. Tête transversalement obronde , bord occipital légèrement échan- cré , antennes en scie , labre demi- circulaire ; b. jabot et œsophage ; c. ventricule chylifique; dd. vaisseaux hépatiques; e. cœcum al- longé précédé d'un intestin grêle , court et suivi du rectum;/, der- nier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 3. Appareil digestif fort grossi de TElater murintjs. a. Tête transversalement ovale, à bord occipital à trois lobes; an- tennes en scie , dernier article ovalaire ; labre demi circulaire ; mandibules bifides à leur pointe; b. ventricule chylifique, bilobé à son origine , précédé d'un jabot court ; ce. vaisseaux biliaires; d. intestin grêle suivi d'un cœcum oblong ; e. dernier segment dorsal de l'abdomen de la femelle. Fig. /j. Appareil digestif fort grossi de I'Elater cilvelltjs. a. Tête, bord occipital avec un lobe intermédiaire arrondi, peu ( 24o ) saillant ; antennes à peine pubescentes , leur 4o » 5 e et 6 e articles triangulaires un peu en scie; mandibules peu arquées avec un vestige de dent près de leur extrémité ; labre demi-circulaire ; palpes filiformes; b. ventricule chylijique bilobé à son origine, précédé d'un jabot court ; ce. vaisseaux biliaires; d. coecum pré- cédé de l'intestin grêle ; e. dernier segment dorsal de l'abdomen de la femelle. Fig. 5. Appareil digestif fort grossi du Lyccs rbfipennis. a. Tête à bord occipita/ légèrement trilobé; front prolongé en mu- seau : antennes insérées à côté d'une petite éminence frontale ; labre ovale arrondi cilié ; palpes de quatre articles, dont le pre- mier à peine apparent, et le dernier très-obtus ; mandibules petites, • faibles; mâchoires allongées, lancéolées, dans un état d'extension forcée ; b. jabot et œsophage ; c. ventricule chylijique ; dd. vais- seaux hépatiques ; e. intestin grêle suivi d'un cœcum allongé; f. les deux derniers segmens dorsaux de l'abdomen du mâle; g. vais- seau dorsal, libre comme dans les Cimex , barbu sur les côtés, atténué à son extrémité antérieure. Fig. 6. Appareil digestif fort grossi du Lamtyris splendidula femelle. a. Tête à bord occipital droit; antennes de il articles, dont le der- nier excessivement petit est enchatonné dans le précédent; der- nier article des palpes ovale, obtus; b. ventricule chylijique , précédé d'un jabot fort court; ce. vaisseaux hépatiques; d. cœcum allongé, précédé d'un intestin grêle court; e. rectum. Fig. 7. Appareil digestif fort grossi de la larve du Lampybis splen- diddxa. a. OEsophage ; b. jabot ou gésier; c. ventricule chylijique; dd. vais- seaux hépatiques ; e. cœcum allongé précédé d'un intestin grêle court. Planche XIII. Fig. 1. Appareil digestif fort grossi du Telephorus livîdus. a. Tête; b. jabot et œsophage ; c. ventricule chylifique ; e. intestin ; f. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 2. Appareil digestif fort grossi du MalAchius jENEus. a. Jabot et œsophage; b. ventricule chylijique; ce. vaisseaux hépa- tiques assez gros ; d. cœcum renflé précédé de l'intestin grêle ; e. rectum long, brusquement distinct du cœcum ; J. les deux derniers segmens dorsaux de l'abdomen du nulle, et un fourreau appartenant à la verge. Fig. 3. Appareil digestif fort grossi du Clercs alvearius mâle. a. Tête, bord occipital trilobé, lobe intermédiaire un peu terminé ( M* ) rû pointe; yeux velus échancrés ; labre échancré; mandibule: éilentées presque droites , acérées; palpes à dernier article sécu- riforme; b. ventricule chylijique , précédé d'un jabot fort court; ce. vaisseaux hépatiques; d. ccecum oblong , précédé de l'intestin grêle; e. rectum; J. dernier segment dorsal de l'abdomen du mâle , et pièces copulatrices. Fig. 4- Appareil digestif fort grossi du Hister sinuatus. a. Tête petite, relativement à la grosseur du corps; front plane; bord occipital avec un lobe médian pointu , table inférieure du crâne débordant en arrière la supérieure ; yeux triangulaires , oblongs en grande partie, placés sous la tête; antennes coudées au premier article ; mandibules robustes, crochues à leur point, et faiblement unidentées ; labre petit, en carré transversal, ar- ticulé à une espèce de bouclier incliné et tronqué; b jabot ; c. ventricule chylijique ; dd. vaisseaux hépatiques ; e. intestin grêle ;f. ccecum ; g. dernier segment dorsal de l'abdomen de lj femelle. Fig. 5. Appareil digestif fort grossi du Siitha obscura. a. Tête ; région occipitale comprimée latéralement; et oflïant en arrière un lobe moyen arrondi, à peine sensible; Libre large- ment t'ehancré , bordé d'un duvet roux ; mandibules bifides ;i leur pointe ; b. gésier ; c. ventricule chylijique , dd. vaisseaux biliaires , e. intestin granuleux, précédé d'une portion lisse , _/. ccecum; g. appareil des sécrétions excrémenlitielles ; h. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 6. Mode d'insertion de l'intestin granuleux , avec le ccecum. Fig. 7. Portion fort grossie du tube alimentaire du Stlpha littoralis. a. Partie postérieure du ventricule chylijique ; b. intestin grêle; c portion granuleuse de l'intestin ; d. ccecum ; e. appareil des sécré- tions excrémenlitielles ■ Fig. 8- Surface interne du gésier de la même espèce formée de huit, bandes parallèles, hérissées de soies. Planche XIV. Fig. 1. Appareil digestif fort grossi du Thymalcs limbattjs a. Tête, bord occipital trilobé, lobe intermédiaire triangulaire, table inférieure du crâne débordant la supérieure comme dans le Hister; yeux assez grands, oblongs, latéraux fortement chagrinés ; labre demi-circulaire , velu ; b. jabot suivi du ventricule chylijique; celui-ci a des papilles ponctiformes ; ce. vaisseaux hépatiques ; d. intestin grêle ; e. ccecwi; allongé suivi d'un court rectum; f. les deux derniers segmens dorsaux de l'abdomen. Tome III. i(J ( *4* ) Fig. a. Origine du cœcum vu par sa face inférieure , pour mettre en évidence le mode d'insertion cœcale des vaisseaux hépatiques, l'ig. 3. Appareil digestif fort grossi du Copris iunarts mâle. a. Tête; b. jabot; c. ventricule chylijique excessivement long, d. intestin grêle terminé en arrière par un renflement cœcal ; ee. vaisseaux hépatiques tronqués ;J. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 4- Appareil digestif grossi du Melolontha vulgaris. a. Tête du nulle ; b. jabot ; c. ventricule chylijique fort long; dd. vaisseaux hépatiques; e. sorte de colon, précédé d'un intestin grêle fort court ; f. caecum. Fig. 5. Portion considérablement grossie d'un vaisseau hépatique. Planche XV. Fig. i. Appareil digestif fort grossi de la Cetonia aurata mâle. a. Tête; b. jabot non dilaté; c. ventricule chylijique; dd. vaisseaux hépatiques; e. intestin grêle ; f. cœcum suivi d'un court rectum ; g. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 2. Appareil digestif médiocrement grossi du Lucanus cervls mâle. ■i Parties de la bouche étalées. On y distingue: i" une plaque membrano-coriacée, échancrée en arrière, formant la paroi su- périeure de l'embouchure de l'œsophage; 2° la lèvre inférieure consistant en deux languettes coriacées velues , soyeuses, rousses , réunies à leur baçe en uni; tige commune courte ; 3° des palpes labiaux de quatre articles , dont le premier excessivement court. Ils sont insérés sur une éminence, de chaque côté de la base de la lèvre inférieure ; 4° des mâchoires en forme de languette rousse et velue comme la lèvre inférieure ; mais plus grande que celle-ci. Elles ont à leur base interne une autre pièce plus petite et pareillement velue; 5° des palpes maxillaires de quatre articles, insérés dans une éehancrure entre la mâchoire et un lobe corné; b. jabot précédé d'un œsophage; c. ventricule chylijique; dd. vaisseaux hépatiques; e. intestin grêle; f. caecum ; g. dernier seg- ment dorsal de l'abdomen. fig. 3. Portion considérablement grossie du ventricule chylifique. Au- dessous de la tunique externe, le microscope découvre des ru- dimens de papilles , des cryptes. Fig. 4- Appareil digestif foi t. grossi du Lucanus r-AnAM-ELipirEDus. a. Tête de la femelle; boni occipital échancié ; un petit sinus prés des yeux; deux petits tubercules rapprochés sur le vertex ; b. jabot et œsophage, c. ventricule chvlilique ; dd. vaisseaux hépa- tiques; e. intestin grêle suivi du cœcum ; I. dernier segment dorsal de l'abdomen. ( *43 ) Note sur une Ichthyolithe des rochers des Vaches- Noires. Par M.- Constant Prévost ( Extrait du Bulletin de la Société Philomathique , 1824 , p- 4 « • ) Dans la séance du 6 avril , M. Constant Prévost, mem- bre de la Société , a présenté une tête de poisson fos- sile, qui a été trouvée près de Villers -sur-Mer, en Nor- mandie , dans un calcaire marneux bleuâtre , placé au- dessous des argiles brunes et en partie oolitiques dont se composent presque en totalité lesY-falaises entre Villers et Dives , localité célèbre par le grand nombre de fos- siles qui s'y rencontrent , et généralement connue sous le nom vulgaire de Vaches -Noires , à cause des blocs de couleur foncée que l'on voit , lorsque la mer est basse , répandus cà et là comme un troupeau sur une plage sablonneuse jaunâtre. Les couches de ce calcaire sont celles qui renferment fréquemment des ossemens d'Ichthyosaure , et elles pa- raissent correspondre par leur position géologique au Lias supérieur des Anglais , ou aux assises moyennes du calcaire du Jura des géologues français. L'Ichthyolithe de Villers ne se compose que d'une tète ; mais celle-ci est assez bien conservée pour que l'on puisse distinguer, outre sa forme générale, celle des os mandibulaires , qui sont garnis de dents fines et pointues, celle de l'oper- cule et celle d'une plaque unique qui recouvre tout l'es- pace supérieur compris entre les deux orbites ; les rayons branchiaux apparens sont au nombre de quatorze au inoins de chaque côté. D'après ces seuls caractères , il aurait été difficile de rapprocher des genres de poissons connus, un fragment aussi incomplet , si en le compa- rant à la superbe Ichtliyolitln: tiouvée depuis long-temps ( M4 ) à (îraudmont, à qualre lieues de Reaune en Bourgogne , dans un calcaire de même nature que celui de Villers , et appartenant aussi aux terrains jurassiques , on ne trou- vait entre eux des rapports assez grands pour faire croire qu'ils sont les restes d'une même espèce. L'Ichthyolithe de Grandmont a été figurée par d'Ar- genville , puis par Faujas de Saint-Fond ; et M. de Blain- ville , en la rapportant dans son Histoire des poissons fossiles au genre Elops , la nommée Elops macropterus. Voici donc encore une même espèce d'êtres organisés dont les débris se retrouvent à des distances géographi- ques considérables , dans des couches de la terre qui correspondent à une même époque , espèce qui n'a été trouvée ni dans les couches plus anciennes ni dans les couches plus modernes. Chaque jour apporte des faits nouveaux à l'appui des rapports intimes qui existent entre la présence des divers fossiles et la position relative des couches qui les renferment ; chaque observation nouvelle semble aussi donner plus de force à celte con- sidération générale de la plus haute importance ; que l'apparition successive de nouvelles classes, de nouveaux ordres, de nouveaux genres et de nouvelles espèces de corps organisés aurait eu lieu en même-temps que la lerre s'enveloppait de nouvelles couches. S'il faut se garder de donner aux fossiles une importance trop ex- clusive , il semble que , d'après la masse des faits connus , il faut à plus forte raison n'admettre un fait évidemment en opposition avec le principe général qu'il semble ren- verser, qu'après s'être bien assuré qu'il n'est pas expli- cable par une disposition locale. Ainsi la présence de mammifères didelphes cités dans la série des terrains oolitiques en Angleterre , demande , par ces motifs , un examen qui ne saurait être trop minutieux. ( *45 ) Composition de la tête osseuse de l'Homme et des Animaux. Par M. Geoffroy St.-Hilaire. Art. 2 e . Des pièces crâniennes chez le Crocodile, com- parées à leurs analogues chez tous les animaux , d'une part ramenées à l identité philosophique , et de Vautre, considérées sous le rapport de la spécialité et des anomalies de leurs formes. Mes premiers essais de détermination touchant les pièces crâniennes, datent de i8o5 et 1806. Déjà per- suadé que la tête des animaux vertébrés était formée de parties analogues, je ne voyais alors de difficultés, pour établir cette proposition par les faits , qu'à l'égard des poissons 5 et ce fut uniquement à titre d'acheminement vers cette solution désirée que je donnai en 1807 un pre- mier travail sur le crâne du Crocodile (1). . Revenant sur toutes mes recherches quant à la tête osseuse , je commence cette révision , comme autrefois , par cette même espèce , prise vers le milieu de 1 échelle zoologique. Je crois toujours ce mode préférable , y trou- vant l'avantage qu'en ne m'occupanl pas d'abord des Mam- mifères , je ne heurte point dans ce début une opinion nouvelle , qui s'est tout-à-coup répandue , que leur crâne est exactement une répétition de lui-même , et qu'en ne m'occupant point non plus des Poissons , je respecte également cette même opinion , encore trop effrayée des difficultés de notre problème , en ce qui concerne ces Animaux , dont on croit toujours que les pièces cra- (1) Voyez Annales du Muséum d'hist. uat. , t. 10, p. 249. Tome HT. 17 ( ?46 ) niennes sont en nombre trop considérable et dans une confusion tout-à-fait inextricable. § I. — Des axes vertébraux ou des ejelcaux de l'appareil crânien chez le Crocodile. Que de préjugés à abandonner, avant que nous soyons en état d'accepter sans réserve toutes les conséquences de nos nouvelles analogies ! On a d'abord puisé les pre- mières bases de l'anatomie cbez l'Homme adulte. Dans le partage fait en tète , tronc et extrémités, la tête con- trastait à l'égard des deux autres subdivisions comme quelque chose de tout-à-fait spécial. Or c'est de ce point qu'il faut partir pour y apercevoir présentement un segment du racbis. Que de raisons , au surplus , ont dû faire prendre le change ! La tète humaine est un sphé- roïde, sans prolongement de parties , sans ligues qui en débordent d'autres ; c'est , sans le moindre doute, l'exemple le plus ingrat pour concevoir la tête osseuse comme formée par. une suite de pièces attachées bout à bout , comme le produit d'un développement ver- tébral; mais en revanche, il n'est pas d'exemple plus favorable , et , par conséquent , plus capable d'engager dans ces recherches , que la tête du Crocodile. Le cerveau y est à peine plus volumineux que les masses médullaires dont il est suivi. L'exiguité du con- tenu s'est alors contentée de ceintures plus petites, de ceintures qui fussent d'un volume plus rapproché de celui des tronçons ou des vertèbres du cou. L'observa- teur y peut donc plus facilement démêler des condi- tions d'analogie avec les parties de la région cervicale. D'autres avantages lui sont en outre ménagés en avant; car la petitesse du cerveau et de la boîte qui le contient ( Hl ) y rend là un élément de compensation nécessaire. La face devient d'autant plus grande que la boîte cérébrale est plus petite ; elle est en effet dans le Crocodile d'une dimension démesurée. Mais comme tout maximum de composition organique trabit nécessairement toutes ses conditions possibles d'existence, nous n'en serons que plus empressés à recueillir tous les faits et les consé- quences d'un développement aussi considérable. Or , la tète du Crocodile se présente sous la forme d'un cône irrégulièrement et considérablement aplati; vue par-dessus , c'est une sorte de triangle isocèle , dont la base est sous-double des lignes latérales : con- sidérées comme une portion du racbis , elle termine la tige vertébrale en avant , ainsi que l'est celle-ci en arrière , c'est-à-dire en pointe : et enfin , si nous en exa- minons les sutures, Cg. i et 3 , pi. 16, lesquelles, dans la plupart des individus, ne s'effacent jamais , nous verrous la tète osseuse du Crocodile manifestement partagée en diverses zones transversales ; ce qui forme la princi- pale condition d'existence de la tige vertébrale. ' Reste maintenant à savoir si ce partage donne la même subdivision que dans notre Article premier , sept parties; et d'abord, si l'on trouve les sept noyaux mé- dians propres à devenir les cycléaux de chaque zone. Mais pour cela nous serons attentifs à plusieurs sortes d'influences. Nous l'avons dit plus haut , le contenant se moule sur le contenu ; et , dans ce cas , des cein- tures, qui auraient été composées de noyaux similaires, si l'influence primitive en eût seule décidé , sont par d'autres influences assez fortement modifiées pour offrir des formes dissemblables. Quelle condition nouvelle , ajoutée à d'autres conditions radicales, aura opéré ces 17* (*48 ) complications? Ou , ce qui -revient au même, quel est Fétat du système médullaire sur toute la ligne de l'appa- reil crânien , au sortir du canal vertébral ? On sait que , dans le canal même, ce système est com- posé de deux tiges, qui d'abord sont séparées et qui se réunissent dans la suite, quelcjuefois jusqu'à se con- fondre. Entré dans le crâne, où il prend un accroisse- ment très-considérable, sa composition binaire reparaît. Les lobes encéphaliques y sont disposés par paires, toutefois le long d'un axe médullaire commun , dont les portions constituantes se pénètrent plus ou moins inti- mement. Cette composition binaire se manifeste en outre bien davantage, lorsque le système médullaire sort de la boîte cérébrale pour aller se répandre et finir dans les organes des sens. Le système osseux qui circonscrit le système médullaire le répète dans toutes ses modifica- tions 5 d'où il suit que les parties cycléales sont plus ou moins renflées. Ce point de théorie exposé, nous pouvons considérer l'axe de l'appareil crânien. Je l'ai fait représenter pi. 16, fig. 4 et 6g. i3 5 il se compose des portions marquées lettres A, B, C, D, E , F , G , c'est-à-dire , des cycléaux que j'ai nommés (i) prolosphénal , rlùnosphénal , eth- mosphénal ', enlosphénal , hyposphénal , otosphénal et basiphcnal. Quant à ces points d'axe, les choses sont comme nous venons de l'établir dans la théorie précédente : il n'y a d'osseux que les noyaux G , F , E , D , qui correspondent aux masses médullaires conjointes \ les autres noyaux (i) Veuillez consulter le tableau synoptique qui accompagne l'article premier, et qui forme la pi. 9 de l'Atlas. ( afo ) C, B, A, qui correspondent aux masses disjointes, allant se perdre dans les organes des sens , sont carti- lagineux. Cette dernière circonstance rend douteuse la déter- mination indiquée; je l'ai toutefois admise d'après les élémens suivans : i° une face aussi allongée n'était pos- sible avec cet excès , qu'en raison de l'allongement des cycléaux ; 2° ceux-ci ne pouvaient acquérir autant de longueur , qu'aux dépens de leur dimension en largeur; 3° lames verticales et devenant sur le centre autant de diaphragmes qui séparent les masses médullaires ou nerveuses disjointes , elles forment les parties faibles des ceintures osseuses ; 4° ^ eur condition cartilagineuse, laquelle est l'état primitif de tout système osseux dans l'embryon , est un état de privation qui persévère en raison du développement excessif des parties latérales ; 5° il est ordinaire, enfin , qu'un appareil , composé de segmens semblables , aille s'atténuant vers les extré- mités : c'est cela qu'on observe aux dernières vertèbres cocevgiennes , et il en doit être de même aux dernières vertèbres céphaliques , vers lesquelles les afflux artériels ne peuvent plus se porter en dose suffisante pour un aussi riche développement que plus en-deçà. Mais , dira-t-on , c'est montrer des portions cartilagi- neuses , où la théorie , c'est-à-dire , les analogies , des- quelles on est parti , réclament une formation d'un degré plus élevé , eu égard à la série des développemens; en d'autres termes, réclament une ossification complète. C'est une objection sérieuse, mais à laquelle il est pour- tant possible d'opposer les observations suivantes : Premièrement , les cycléaux cartilagineux des Cro- codiles sont dans le cas de toutes les parties du système ( 250 ) osseux qui sont sorties de leur classement ordinaire comme volume -, celles-ci n'acquièrent point de dimen- sions démesurées qu'elles n'en soient comme accablées , et que par suite elles ne soient privées de consistance, persévérant ainsi dans le caractère embryonaire. Ainsi, le larynx , chez les Mammifères , reste long-temps , ou même il demeure toujours cartilagineux, ne prenant de consolidation osseuse qu'en de certaines places , et, selon les âges, les sexes ou les espèces, en plus ou moins grande quantité. Secondement, l'état cartila- gineux des cycléaux du Crocodile est un fait individuel; chez les Oiseaux , ainsi que nous le verrons dans l'Art. 3, l'ethmosphénal , le rliinospliéual et le protosphénal sont des noyaux ou centres vertébraux d'une pleine et entière ossification. Si l'on ne peut se dispenser, même à la simple inspection des parties, d'admettre l'iden- tité de ces diaphragmes , qui , étant osseux chez les Oi- seaux , sont cartilagineux chez les Crocodiles , nous serons forcés de reconnaître que ce caractère différentiel n'offre rien en soi de véritablement essentiel. Les difficultés qui sont le sujet de la précédente dis- cussion n'existent plus- quant aux cycléaux postérieurs, c'est-à-dire relativement à ceux qui constituent les par- ties centrales du sphénoïde et de l'occipital inférieur : car l'ossification en est complète. Le cerveau , ainsi que nous l'avons remarqué plus haut, est excessivement petit. Le sphénoïde l'est dans la même raison, et de plus, il fait partie de cette quille ou de la base de l'édifice qui se soude de très-bonne heure. De-Sà , difficulté pour en apercevoir les sutures. Je donne donc un fait nouveau de quelque intérêt, en montrant (voyez pi. 16 , fig. 4 , lettres D, E) distinc- ( *$! ) tcment et dégagés l'un de l'autre les corps de deux sphé- noïdes , ouïes pièces cycléales du quatrième et du cin- quième rang, savoir, Y entosphénal D etY hyposphénal IL. L'os hasilaire(G -+- F) se voit derrière lbypospbénal et fournit de même une longue apophyse qui descend verticalement. Notre figure n° 4 fait voir cette circons- tance, dont l'explication sera donnée , quand je traiterai du développement excessif de l'hérisséal ; et elle pré- sente en même temps les contours de cette dernière partie du crâne. Un trait vertical , dessiné en points , indique que je rapporte la portion G , ou la portion pos- térieure , au basisphénal , et l'autre , F , ou antérieure , à Yotosphénal. Cette détermination est ici purement théo- rique , mais elle se rapporte à une observation que j'ai faite autrefois sur des monstres humains , et que j'ai depuis répétée dans d'autres occasions. Je traite de ce point dans ma Philosophie anatomique , tom. 2, p. 78. J'y fais connaître que deux pièces, originairement et essentiellement distinctes, se confondent en une seule, laquelle devient le basilaire ou l'occipital inférieur. C'est à la situation inférieure et centrale , et plus encore à leur part d'influence dans la première formation du fœtus , qu'on doit la précocité de leur soudure. Ces pièces sont figurées séparément dans l'Atlas de mon ouvrage. § II. — Des os formant L> plancher inférieur du Crâne. Il est plusieurs pièces sur lesquelles nous passerons rapidement, et dont la détermination frappe d'évidence à leur simple inspection*, tels sont Yadnasal ou l'in ter- maxillaire , voyez lettre S , fig. 1 , 2 et 3 ; Yaddental ou le maxillaire supérieur proprement dit, lett. L, fig. 1 et 3. Viennent ensuite , en prolongeant le plancher du ( 25a ) crâne d'avant en arrière, le palatal (palatin), lett.f, fig. 3, et Vhérisséal, ou l'apophyse ptérigoïde interne, lett. v , môme figure. Ce sont les déterminations que j'avais données dans le 10 e tome des Annales du Muséum, ayant considéré l'hérisséal comme un second palatin ou le palatin postérieur, parce qu'il en remplit presque tou- jours la fonction. Cependant , la détermination de celte dernière pièce , comme ramenée à l'apophyse ptérigoïde interne, avait été plus anciennement trouvée par M. Cu- vier (i). Quant aux pièces o et x , que les connexions, prin- cipe fécond . m'avaient fait croire et avaient fait de même juger à M. Cuvier et à tous les autres anato- tomistes jusqu'à ce jour devoir être rapportées au jugal et au temporal, je les donne aujourd'hui différemment. J'attribue l'antérieure o à l'adorbital , et la postérieure x au cotyléal : je vais expliquer ce dissentiment, et faire voir qu'un pins judicieux emploi du principe même des connexions , donne nécessairement et rigoureusement cette autre et nouvelle détermniation. De ï Adorhilal. — On avait ignoré qu'il existe, chez le fœtus de l'Homme , comme sur tous les foetus de Mammifères , une pièce étendue du palais à l'oeil , ou du maxillaire proprement dit au jugal. M. Serres en fit le premier mention dans ses Lois de Tostéogénle , et la découvrit pour être remonté un peu plus haut dans les formations foetales que ne l'avaient fait ses prédéces- seurs. Mais cette pièce découverte dans la vue d'ex- pliquer les cavités du système osseux, et que j'avais le premier signalée d'après M. Serres, dans le Journal (ï) Leçons d'analomie comparée, tome 2 , page ji. ( 253 ) 'complémentaire (i), était restée sans emploi pour les .déterminations générales. Revenu à des difficultés qui m'avaient autrefois arrêté, et excité par conséquent à un nouvel effort de méditation, je m'en ressouvins, et j'eus l'idée de la considérer comme un élément primi- tif, et de la faire entrer en ligne de compte. Il est tout simple qu'an lieu où elle avait été trouvée , sur l'Homme dont la face est si courte et chez qui la queue du maxillaire est nécessairement tronquée et comme ru- dimentaire , cette pièce n'ait fait aucune sensation ; comme il est également naturel qu'elle acquiert une longueur considérable chez les animaux à longue mâ- choire ; elle y est de ressource , ou mieux il n'est d'autre moyen d'étendre l'apophyse maxillaire jusque sur les os de l'ouie. Cette pièce se porte par une autre de ses apophyses vers le jugal , existant entre le maxillaire proprement dit, le lacrymal, le jugal et le cotyléal , que nous allons faire connaître tout à l'heure; elle forme une des parties de l'oriite. Pour rappeler ce qu'elle est dans le crâne humain , je l'ai désignée dans mon tableau sous le nom de portion orbitaire du maxillaire , d'où j'ai tiré le nom d'adorbital. Ainsi , en traitant autrefois des Crocodiles et des Animaux ovipares , nous étions dans une autre erreur, quand nous appelions la partie L du palais maxillaire supérieur; ce n'en était qu'une por- tion , sa partie orbitaire étant dans les déterminations anciennes données sous le nom de jugal. Du Cotyléal. — ( Lettr. x , fig. i et 3. ) C'est l'os que M. Cuvier, que la plupart des anatomistes et que moi-même , en 1807 , avions pris pour le temporal. (1) Rapport présenté a V Académie des Sciences; journal complé- mentaire du Dictionnaire des Sciences Médicales , tome 3, p. 67. ( a54 ) de la fausse détermination de la pièce précédente , on était conduit nécessairement à celle également fausse du cotyléal , parce que les connexions servant de guide, un anneau qualifie son suivant. On avait cru avoir sous les yeux la rangée d'os qui forme le flanc du crâne , et qui passe par les pommelles en s'étendant sur les tempes , tandis qu'on avait observé sans le savoir une ligne parallèle intérieure , dont l'axe dentaire forme la partie avancée. J'ai découvert le cotyléal d'abord dans le Hérisson , puis dans tous les autres petits Mammifères nocturnes , ensuite cbez l'Homme, et enfin partout. En présentant dans mon tableau synoptique les noms de l'ancienne no- menclature , j'ai , à la correspondance du mot cotyléal , placé innominé , quand j'aurais pu rappeler qu'on avait déjà traité de cet os à l'égard des Animaux ovipares, et qu'on l'avait employé sous le nom de temporal : mais j'avais rédigé mon tableau pour les personnes occupées seulement d'anatomie humaine ; ef jusqu'à ce que j'eusse annoncé cette découverte , on n'en avait rien soupçonné cbez les Mammifères. C'est un os qui n'est isolé cbez le fœtus bumain que dans les deux derniers mois de gesta- tion : il couvre le roeber , auquel il se soude bientôt -, et s'étendant extérieurement et par-delà le cadre du tympan , il devient , en se réunissant avec ce dernier , la saillie circulaire dite le tuyau auditif : inséparable cbez les Animaux diurnes du cadre du tympan , il s'étend au- dessous du roeber en une sorte de conque , forme à la- quelle il est nécessairement assujetti , parce qu'il sert d'arebe de pont à la carotide interne. Cbez les Animaux nocturnes , au contraire , son premier, point d'attacbe est avec le corps du spbénoïde postérieur ou avec l'by- pbspbénal ; et cbez plusieurs il ne contracte même au- v ^55 j cuhe liaison avec les os de l'oreille , qu'il continue ce- pendant à protéger en leur servant de coiffe extérieure. Ceci est surtout manifeste chez le Hérisson : s'unissant dans les Chats aux deux os du tympan , le tympanal et leserrial, il contribue à former avec ceux-ci cette grosse caisse auditive qui caractérise l'oreille de ces Animaux. Ainsi sans manquer à ses connexions et fonctions , le cotyléal se montre en quelque sorte flottant dans les di- verses familles sous le rapport des points d'appui qu'il réclame et qu'il adopte comme sous celui des époques auxquelles il se soude avec quelques voisins. Il ne pou- vait chez les Mammifères mieux montrer sa condition d'individualité , prouver sa qualité d'élément primitif. Mais c'est de quoi on sera bien autrement assuré, du moment qu'on sera informé que c'est l'os qui, chez les Animaux ovipares , intervient avec un tel caractère de grandeur et de spécialité , qu'on avait pris le change à son égard , et qu'on l'avait déclaré l'os temporal. Dès que j'ai eu saisi ces rapports et trouvé cette déter- mination, j'ai considéré ces résultats comme assez im- porlans pour en devoir traiter aussitôt dans un Mémoire ad hoc. J'ai lu ce Mémoire à l'Académie royale des Sciences, le i^ juillet 1820, mais je n'en ai encore imprimé qu'un extrait dans les Mémoires du Muséum d'histoire naturelle, t. 7 , p. i63. Le cotyléal du Crocodile, fig. 1 et 3 , lettr. x , est une lame allongée employée comme un anneau d'articu- lation , et servant à fixer le maxillaire supérieur sur les parties de la caisse-, savoir, au-devant, au moyen de Vadorbitalo, et en arrière en s'étendant sur la grosse tubérosité tenant lieu de condyle maxillaire , et com- posée des principaux élémens de la caisse , le tympanal et le serrial. Tous les rapports qu'ont offerts les Mammi- ( 256 ) fères s'observent ici , sauf une modification qu'avoue toutefois le principe des connexions. Les deux pièces , Yaclorbital et le jugal , qui à partir du lacrymal forment le bord extérieur de l'orbite , sont quant à leur volume respectif dans un rapport inverse , eu égard à ce qui , sur ce point, caractérise l'Homme et les Mammifères; et eu effet cbez ceux-ci , l'adorbital étant très-petit , le jugal devient si considérable , qu'il fournit lui seul à l'oeil une ceinture latérale de la moitié ou du tiers du pour- tour j c'est le contraire cbez le Crocodile, d'où il ré- sulte que l'adorbital o, occupant la plus grande partie de la demi-circonférence extérieure, repousse le jugal O, et ne le laisse qu'en arrière intervenir , pour qu'il puisse continuer ù faire partie de la fosse oculaire. D'après ce qui précède , j'ai toute raison , je pense , de considérer que je donne de la pièce lettr. o une détermination exacte, réellement incontestable. De î dégustai. — Je donne ce nom à une pièce pala- tine u, fig. 3. Son principal usage dans le Crocodile est de servir de contrefort et de lien aux os du palais et à la bran- die dentaire : elle fait partie de la voûte palatine dont elle augmente d'autant l'étendue à l'extérieur. Cette pièce, faite comme un x , m'avait en 1807 fortement préoc- cupé , tous mes efforts furent infructueux \ car la déter- mination à laquelle je m'étais arrêté, était erronée. Dans l'intervalle , M. Cuvier (1) s'en est occupé , et il m'est agréable d'avoir à dire que c'est avec le plus grand succès. Il l'a vue correspondante au segment osseux qui dans le foetus bumain est désigné sous le nom d'apopbyse ptérygoïde externe. Je pourrais faire parler ma con- (1) Voyez Annales du Muséum d'histoire naturelle , tome iz, page 6. ( *h ) viction et appuyer par de nouveaux motifs celte judi- cieuse détermination. Mais pour ne point allonger inu- tilement ce Mémoire , je me contenterai de la laisser sous la garantie d'un aussi grand talent. J'ai dit plus haut qu'on doit à M. Cuvier la détermination de l'hé- risséal , rapporté par lui à l'osselet de côté , ou à l'apo- physe ptérigoïde interne. Du Vomèral. — J'appelle ainsi la pièce marquée 5, fig. 2. On la donne habituellement comme unique et médiane sous le nom de vomer ; mais il s'en trouve deux chez le plus grand nombre des Mammifères. Telle est sa condition chez le Crocodile. Les deux vo- mers ou les voméraux s'y désarticulent sans difficulté. s Un rebord intérieur et vertical devient la lame articu- laire qui les unit au rhinospliénal. Leur engrenage avec celui-ci est favorisé par une scissure où ils engagent leur tête ; scissure produite par une saillie du proto- sphénal à sa partie postérieure , qu'on voit fig. i3 , lettr. Y , et qui longe inférieurement le rhinospliénal. L'idée d'un seul os^voméral puisée dans l'analomie humaine , a été étendue et généralisée pour tous les Animaux, sur l'inspection d'une pièce considérable du crâne des poissons , où elle sert d'arc-boutant pour les parties avancées de la tête, et où elle remplit encore d'autres fonctions. Quand j'en viendrai à l'exposition des faits ichtyologiques, je montrerai que cette forte pièce est triple , pouvant se désarticuler chez un grand nombre de poissons, et que par conséquent elle se compose au centre du rhinospliénal , et sur les côtés de pièces qui sont deux élémens de vomer ou les deux voméraux. Du caractère 'vertébral des pièces précédentes. — Je n'abandonnerai point ce sujet sans considérer les os du ( a58 ) segment céphalique sous un aulre point de vue , sous celui de leur arrangement vertébral. Nous savons que le protosphcnal A , fig. i3 , s'étend sous la lame cartilagi- neuse B, et qu'il s'en distingue par un renflement sensible sur les côtés comme par deux filets terminaux lellr. t , que j'oserais presque nommer deux apophyses. De ces filets naissent les voméraux , en sorte que par un effet de la longueur du museau , caractère dominant cbez le Cro- codile , ces pièces ne sont point groupées toutes trois en travers, mais qu'elles sont placées à la suite les unes des autres , les voméraux après le protospliénal. En même temps le protosphénal porte pour ailes des appendices de nature cartilagineuse qui se répandent en lames minces au-dessous des adnasaux , et qui viennent rem- plir le vide entre ces os , par où débouchent les conduits des narines. Ces lames font partie des conduits olfactifs: tels sont dans un volume fort restreint les cartilages du nez ou les vestiges des élémens osseux que j'ai nommés protopliysaux. Les principales parties de la vertèbre labiale , du moins les seules qui, avec les voméraux, soient pleinement ossifiées, sont l'adnasal et l'addental. Reproduisant un fait de l'organisation des Mammifères, elles appartiennent à la fois aux deux planchers de la face, venant origi- nairement d'un côté, puis se renversant et rentrant de l'autre , de manière à ençeindre de toutes parts l'or- gane olfactif. Voilà comment les voméraux, qui dans des Animaux plus descendus, comme degrés organiques , occupent tantôt le lieu le plus bas et tantôt le plus élevé, sont repris comme en sous-œuvre et deviennent des pièces de l'intérieur des fosses olfactives. En définitive , chez le Crocodile , ce qui est donné dif- ( *&9 ) féremment par les animaux des rangs inférieurs , comme les poissons ; chez le Crocodile , l'ordre des pièces pour composer la vertèbre labiale, me paraît ainsi : au centre , le protospbe'nal ; supérieurement , les protophysaux et les adnasaux , et inférieur enient, les addentaux et les vo- meraux. § III. — Des os formant le plancher supérieur du Crâne. Un tiers de la face, fîg. i , se compose des adnasaux SS et des addentauxLL. Ceux-ci sont comme partout séparés par les nasaux TT. De chaque côté, et en arrière , sont d'autres pièces d'une détermination facile et qui est in- contestablement donnée par leurs connexions, tels sont les lacrymaux MM ; puis tout-à-fait en arrière des na- saux , entre les orbites et se prolongeant sur le cerveau, est l'unique pièce U , évidemment un frontal unique: ce qu'indiquent avec certitude les positions et con- nexions que je viens de rappeler. En vertu des mêmes indications , nous nommons pariétal la pièce Y, sur ses flancs les temporaux PP, et en retour le jugal O, lequel , tout reculé qu'il est quant à l'orbite , salifait là et ne peut satisfaire que là à ses connexions. J'insiste sur cette pièce , parce que M. Cuvier l'a dé- terminée comme un élément nouveau , en lui donnant le nom de frontal postérieur. Je lui trouve au contraire tous les caractères du jugal ; elle est un des composant de l'orbite 5 elle donne une facette au plancher extérieur, une autre à la fosse temporale, une troisième à la fosse oculaire -, et enfin , elle se trouve pourvue à l'ordinaire de quatre apophyses, l'une gagnant le frontal, l'autre le temporal , une troisième la grande aile du sphénoïde ou le ptéréal , et la quatrième le maxillaire supérieur. ( a6o ) Mais surtout cette dernière circonstance n'avait point été aperçue , parce qu'on avait jusqu'ici ignoré que la por- tion orbitaire du maxillaire supérieur acquérait un grand volume et occupait, comme pièce distincte, le bord latéral de l'orbite. Du jugal ainsi déterminé , je passe incontestablement à la pièce qui le suit ordinairement, au temporal P. Je l'ai nommée tout à l'beure pour m'avoir été indiquée par les connexions du pariétal ; elle l'est donc aussi par celle du jugal : et enfin, comme tel est l'os que M. Cu- vier a donné pour un autre élément , que je ne retrouve pas plus que le frontal postérieur chez les Ovipares , et qu'il a fait connaître sous le nom de mastoïdien , j'insis- terai sur une autre preuve en faveur de ma détermi- nalion$ c'est que cet arrangement peut seul rendre un compte satisfaisant de la large percée à travers le crâne, qui est comprise entre les pièces , lett. Y , P et O , fig. 1 . Cette percée n'est autre que la fosse temporale; de quoi on est enfin tout-à-fait convaincu en la voyant remplie, comme partout ailleurs , par une partie des muscles élévateurs de la mâchoire inférieure, par le masséter. On pourrait croire que dans un travail de détermina- tion, dont le succès est principalement fondé sur la con- sidération des connexions, l'intervention de deux pièces nominales, le frontal postérieur et le mastoïdien, appor- terait d'autres causes d'erreur , des élémens de fausse détermination , pour tout le reste du v crâne ; mais c'est ce qui n'a pas eu lieu , et ce dont on était en effet pré- servé d'une part , parce qu'il y a des percées , comme le trou occipital , le trou auriculaire, la fosse orbitaire, etc. , qui deviennent au besoin des moyens de repaire 5 et d'autre part , parce que les deux os supposés avaient été ( *6i ) nominalement créés en remplacement de deux autres , omis comme n'ayant point encore été aperçus chez les Mammifères. Nous ayons vu que ce sont Yadorbital et le cotyléal , dont M. Cuvier avait fait son jugal et son temporal, non pas seulement pour le Crocodile, mais pour tous les Animaux ovipares. Il importe d'assurer la détermination des pièces O et P, rapportées au jugal et au temporal, et, eu considé- ration du haut rang dans la science du célèbre anatomiste dont j'ai fait connaître le dissentiment, d'écarter tout sujet de prétexter une objection. Or t on pourrait songer à en déduire une de la considération qu'il n'y a de visibles , fig. i , qu'un seul frontal U et qu'un seul pariétal Y. Il était sans doute naturel de présumer que ces pièces uniques provenaient de soudures opérées de très-bonne heure ; car il n'en est point de médianes qu'elles ne doivent être attribuées à cette cause. Mais je m'en suis assuré par une observation directe, faite sur un sujet prêt à sortir de l'œuf. Le frontal de l'adulte est chez le jeune Crocodile composé de deux pièces , dont une est repré- sentée, letlr. U, fig. 12. Il en est de même du pariétal , composé à cet âge de deux pariétaux YY, fig. 6. Il y a mieux , une fontanelle existe alors , ainsi que le montre le large trou , lett. A. Enfin , j'ai fait encore représenter le temporal de ce même fœtus, voyez P, fig. 1 1 . On a beau- coup diminué les autres figures de la planche des Cro- codiles , mais on a représenté au triple de leur volume les sujets des fig. 6, n et 12. DeYethmophy-sal, et d'abord , sous un point de vue général , de Yethmoïde. — Je suis encore sur la pièce n , fig. 1 et 8 , en dissentiment avec M. Cuvier , qui l'a considérée comme un démembrement du frontal , et qui Tome III. i8 ( î6a ) l'a nommée frontal antérieur. Je lui trouve au contraire un analogue dans les cornets supérieurs , représentés par le mot cthmophysal ,• nouvelle dénomination , à la- quelle les besoins de la science m'ont forcé de recourir. Au risque , et avec le regret de me répéter, je rap- pellerai que c'est pour avoir pris chez l'Homme , à sa naissance, les faits de cette question et les motifs d'en juger, qu'on a nommé ethmoïde un ensemble de feuil- lets osseux, alors liés les uns aux autres et ayant de plus une large base cribleuse , s'épanouissant en dedans de la boîte cérébrale. On avait d'ailleurs aperçu en devant d'autres feuillets enroulés , les cornets inférieurs , et l'on fut par-là induit à traiter de la partie enroulée de l'ethmoïde sous le nom de cornets supérieurs ,• mais une première décision ayant été prise , ce n'était pas alors à titre d'os à part ; ou du moins on ne s'expliquait point franchement sur ce point. Cependant, on avait pu vé- rifier sur des foetus moins avancés , que l'ensemble pro- prement dit des cornets supérieurs ne tenait pas à un corps médian ; celui-ci ne reçut point de dénomination particulière. On se bornerait aux remarques précédentes , qu'on devrait se croire autorisé par elles à considérer l'eth- moïde , ainsi qu'il est compris dans l'anatomie humaine , comme composé de trois parties distinctes ; mais d'autres considératious y engagent encore plus impérieusement. Les cornets du nez diffèrent chez le Chien et chez l'Homme , en ce qu'ils sont chez le premier plus volu- mineux et plus long-temps isolés. Leur grandeur leur est acquise aux dépens de la partie médiane, qu'on sup- pose ne pas exister \ en sorte qu'il n'y aurait pas d'eth- moïde proprement dit chez les Chiens , l'axe médian ou ( 263 ) le corps venant à manquer. Mais c'est là un fait mal observé ; il est bien vrai qu'en ne donnant pas assez d'at- tention aux préparations qu'on en peut faire , on n'en retire que deux masses de cornets , sans qu'il y ait de traces de parties médianes. On les néglige parce qu'on les a détruites, et on les détruit parce qu'elles sont car- tilagineuses. Voilà le mot de l'énigme. Ainsi , la théorie des analogues n'est point en défaut à cet égard , comme on l'avait pensé. Le corps médian ne manque pas abso- lument, mais il est resté dans son caractère de premier âge, quand les os latéraux, auxquels il donne appui, ont continué à parcourir tous les degrés des dévelop- pemens organiques, et à le faire avec d'autant plus d'a- vantages , qu'ils ont profité pour, s'accroîtred e l'état rudimentaire imposé à la partie médiane. Sans nous ar- rêter plus long-temps sur ces considérations, nous regar- derons comme évident que l'ethmoïde , ainsi qu'on l'a d'abord entendu , n'est un os unique qu'un moment cbez l'Homme ; plus tôt il est formé d'un corps et de deux ailes, et plus tard il est compris dans l'ossification com- plète du crâne. Sans le moindre doute, le choix de ce moment a été fait arbitrairement 5 et ce qui prouve au surplus que c'est là une circonstance purement acciden- telle , c'est qu'en admettant que la naissance dût former une époque pour tenir compte de la soudure des os, principe dont il serait facile de démontrer la fausseté, nous serions forcés de nous décider différemment, suivant les familles , variables à l'infini sur ce point, et, par exemple , de prendre chez les Ruminans , pour vin seul os , les deux cornets supérieurs et le vomer. Le corps ethmoïdal est, dans les Ruminans comme dans les- Chiens, cartilagineux. Or, ses ailes étant sur les flancs 18* ( *64 ) privées d'un appui suffisant , s'étendent inférieurement pour y en chercher un de nature osseuse et le prennent sur le voraer , avant de trouver celui définitif et plus étendu qu'amène la marche progressive de l'ossification générale. Quoi qu'il en soit , le corps médian de l'ethmoïde se montrant, à la naissance de l'être , tantôt cartilagineux et tantôt osseux , suivant les familles , quand les ailes sont toujours de nature osseuse , forme une circonstance décisive pour établir sûrement que chaque partie est placée sous une influence propre , c'est-à-dire, que cha- cune a ses conditions d'individualité , dont nous expri- mons le caractère en le disaut celui d'un élément pri- mitif, d'un os essentiellement distinct de tout autre. Voilà ce qui nous a engagés à désassembler théorique- ment les parties de l'ethmoïde et à donner le nom d ' ethmosphénal à l'une d'elles ou au corps médian , et celui iïellimophjsal aux deux autres , savoir , aux ailes nommées les cornets supéiieurs. Je reviens à l'ethmophysal du Crocodile , qui occupe le côté interne de l'orbite ( voyez n, fig. 8), et dont une facette ( n, fig. 1) intervient dans le plancher extérieur. Os pair, chaque ethmophysal occupe la même place que l'os pïanum du fœtus humain , l'une des parties de l'ethmoïde, ou mieux, la portion produite au dehors du cornet du nez -, il est chez le Crocodile entouré des mêmes os , savoir : intérieurement des apophyses an- térieures du frontal , en dehors du lacrymal et en avant du nasal. Sur les renseignemens donnés par ces con- nexions, nous devons regarder la détermination de l'ethmophysal comme irrécusable; car l'isolement où est cette pièce , eu égard à l'axe médian qui ne lui donne ( 2 65 ) d'appui que comme lame cartilagineuse , est uu fait en, tous points semblable à celui de la condition ethmoïdale des Chiens et des Ruminans , que nous avions citée plus haut. Ainsi , le Crocodile reproduit exactement celte même structure et cette môme combinaison. Ce- pendant , comme, anciennement employé sous le nom de frontal antérieur , l'ethmophysal est devenu le sujet d'une toute autre détermination , je demande la per- mission de rappeler que plus anciennement encore , dès 1807 , j'avais déjà considéré la partie latérale de l'eth- moïde, ou le cornet supérieur, comme son véritable ana- logue. Je vais par de nouvelles explications ajouter aux preuves précédentes. Premièrement, on pourrait m'opposer qu'en raison de sa portion intervenant tout à l'extérieur de la face, l'ethmophysal ne réalise point exactement chez le Cro codile la position même de l'os planum , logé au con- traire dans la fosse orbitaire. J'aurais déjà répondu à cette objection, en montrant qu'il résulte de l'aplatis- sement du crâne chez le Crocodile que sa fosse orbi- taire a beaucoup moins de profondeur ; ce qui la dé- ploie en quelque sorte au profit de la face. Sur ce pied , la lame de l'ethmophysal, visible fig. 1 , n'est plus qu'à la place nécessitée par ce rapport des parties. Mais je crois donner une réponse encore plus satisfaisante , en faisant remarquer que toute la superficie dont se com- pose la fosse orbitaire fait , chez tous les Animaux , partie intégrante de la superficie générale de la face. Or, s'il importe peu que la chambre oculaire soit plus ou moins enfoncée , limites qui lui sont impérieusement prescrites par le volume de l'oeil, il n'y a plus à s'in- ( 166 ) quiéter si notre lame de l'ethmophysal se montre nn peu plus en dedans ou un peu plus en dehors de la cavité oculaire. Secondement, les elhmophysaux réunis à l'ethmo- sphénal remplissent très-exactement les fonctions dé- volues ailleurs à I'ethmoïde , c'est-à-dire , aux cornets supérieurs du nez et au corps ethmoïdal. Ils forment diaphragme pour séparer la boîte cérébrale et la fosse oculaire des chambres olfactives. Ils fournissent deux piliers , qui soutiennent deux liens qui areboutent les planchers opposés. Chez l'Homme et chez les Oiseaux, ce soin concerne uniquement l'ethmosphénal; mais cet axe médian étant cartilagineux chez le Crocodile , il est, comme par manière de compensation , pourvue ce ser- vice par les elhmophysaux , qui, à cet effet, ont, à partir du plancher extérieur , de véritables jambages allant gagner le plancher intérieur. Enfin , ces jambages sont larges et concaves du côté des chambres olfactives , auxquelles elles servent de premières murailles tout en arrière. L'ethmophysal, lig. 8, est de grandeur naturelle ; il ne provient point de l'individu dont j'ai fait dessiner les crânes , mais d'une espèce plus grande 5 en général sa forme varie beaucoup. Je résume ces derniers faits et je conclus que les con- nexions, les fonctions et la position relative des parties s'accordent pour donner comme certain que les pièces n , n , de la planche ci-joinle , se rapportent aux cornets supérieurs du nez. J'aurai donc été autrefois heureuse- ment inspiré , en donnant, dès l'origine de ces recher- ches , comme à présent , cette détermination. ( 3 6 7 ) Du palpébral. — M. Cuvier a décrit (i) un Croco- dile de l'Amérique septentrionale , sous le nom de Caïman à paupières osseuses (Crocodilus palpebrosus}', un Crocodile ayant les paupières rendues fixes par la présence d'un os, Effectivement , entre les feuillets membraneux dont sont formées les paupières , et en remplacement du cartilage tarse, existe chez le Palpe- brosus un os étendu en lame , assez épais , solide , qui n'a de bord articulaire qu'à ses points de contact avec le frontal, faisant saiilie en avant, s'arrondissant en arrière, et coupé carrément à son bord externe. Nous l'avons fait, lett. N, fig. g, représenter de grandeur naturelle et dans la place qu'il occupe , savoir; articulé avec tout le bord orbitaire du frontal , en connexion par-derrière avec le jugal O, et par-devant avec l'etli- mopbysal n. Nous avons donné le nom de palpébral à cet os des paupières, lequel n'est, en définitive , qu'un développement parvenu au caractère d'ossification du cartilage tarse. Au surplus, il est à remarquer qu'il n'y a que sa dimension , en quelque soi te démesurée , qui soit propre au Crocodilus palpebrosus. A cette dimension près, son existence est d'ailleurs un fait général. Tous les Crocodiles ont l'os palpébral. Mais chez tous les autres, où il n'avait pas été remarqué, il est ramassé , renflé, presque de la forme d'un haricot , et tel enfin que le présente notre figure n° 10. C'est une nouvelle et cu- rieuse application de notre principe du balancement des organes. Le palpébral n'acquiert une grande étendue superficielle que s'il est singulièrement aminci. (i) Add. du Mus. tl'Hist. nat. , tome 10, p. 35. ( a68 ) § IV. — Des os formant la base du Crâne. La détermination des os de la base du crâne m'a pré- senté d'assez grandes difficultés ; mais du moins les re- cherches qu'il m'a fallu de nouveau entreprendre ont eu, je crois , un heureux résultat : je vais donc donner cette détermination différemment qu'en 1807, bien que j'aie en ce point été entièrement suivi par les naturalistes qui se sont après moi occupés de ces questions. Des os occipitaux. — Le trou occipital devient ordi- nairement un excellent point de repaire quant à la base du crâne : néanmoins dans cette occasion , il a fourni quelques indications trompeuses. On le sait, ou du moins, on l'a toujours cru le produit d'une enceinte osseuse, formée supérieurement du sur-occipital , sur les côtés de chaque ex-occipital et inférieurement du sous-occipital ou du basilaire. -C'est parti de ce l'enseignement qu'on a cru jusqu'à ce jour qu'à de vrais segmens occipitaux correspondaient les pièces marquées, fig. 5 , par les lettres Q, Z + R, Z+R et G + F. On aurait du, avant de s'en tenir à cette détermina- tion , discuter au moins une anomalie assez sérieuse, c'est que la pièce Q ne faisait point partie du trou central. Mais au lieu d'élever des doutes sur ce point , on a sup- posé que les ex-occipitaux s'étaient avancés l'un sur l'autre jusqu'à se rencontrer , qu'ils avaient fcùt ainsi supporter leur hypertrophie au sur-occipital , en lui dérobant sa place habituelle au pourtour du trou central , et que la pièce Q , contrainte à souffrir cet empiétement , s'était accommodée d'une autre position entre les ex-occipitaux inférieurement et les temporaux supérieurement. Mais C 269 ) supposer n'est pas démontrer, et par conséquent la question restait entière. Une connexion en défaut ne peut fournir une propo- sition aussi facilement admissible , même à titre d'ex- ception. Et en effet , ma confiance dans la valeur du principe des connexions (1), si ce cas semble se pré- senter, va jusqu'à en rejeter, sans aucune hésitation , le mécompte sur les calculs de l'observateur , plutôt que sur les données de l'observation. J'étais renvoyé , dans ce cas-ci , à l'application de ces principes , et je n'hésitais nullement. Prévenu par des éludes sur la monstruosité , sur les poissons et sur l'os- téologie des embryons appartenant aux animaux de de- grés élevés, que le sur-occipital est primitivement tou- jours formé de deux pièces, et que les époques de sou- dures des os sont des cas variables qui deviennent les traits caractéristiques des diverses familles , je me suis demandé ce que déciderait à lui seul le principe des connexions , si seul il était consulté sur l'arrangement des élémens osseux , tels que chez le Crocodile ils font partie de la base du crâne. Or voici quelle considéra- tion générale fut donnée en réponse.. Le trou occipital se montre à son pourtour, toujours composé par les deux sur-occipitaux en dessus , par les deux ex-occipitaux sur les côtés , l'un à droite et Vautre à gauche , et par le sous-occipital en bas. Sur cette réponse , j'admis la per- sistance de ce fait chez le Crocodile , sauf les modilica- (t) J'ai lu quelques observation; dirigées coutre le principe des con- nexions. Proviendraient-elles d'impuissance dans le travail, ou d'un fond de légèreté, ou du désir de faire effet et d'en imposer par quel- qu'éclat extraordinaire? ( 37° ) lions suivantes. Partant de la pièce inférieure , dont la détermination est incontestable , c'est-à-dire du sous- occipital (F +G) , je remonte à droite et à gauche sur de plus larges pièces que je vois allant tout- à-coup fermer l'anneau occipital , anneau que nous venons de dire toujours complété par quatre ou seulement par trois os, si la paire médiane est de bonne heure soudée. Puisque chaque côté donne nécessairement un ex-occipital et un sur-occipital , je n'ai que le choix entre l'une ou l'autre des propositions suivantes : ou bien le sur-occipital aura été atrophié et avorté, et les ex-occipitaux se seront ac- crus et prolongés jusqu'à leur mutuelle rencontre , ou chaque ex-occipital se sera soudé de bonne heure avec le sur-occipital contigu , pour ne former qu'une seule pièce. S'accorder ces faits, c'est admettre une chose toute simple, une chose qui est dans l'ordre des varia- tions d'espèce à espèce; car, d'une part, il est connu que tout excès de volume préjudicie aux dimensions des parties voisines; et d'autre part, il est beaucoup d'exemples, même-chez le Crocodile, sur tous les autres points , pour nous montrer deux os passant dans tine espèce beaucoup plus tôt et comme d'une manière précoce à nne articulation synarthrose, soudure qu'il leur faut d'ailleurs souffrir tôt ou tard. Je me suis fixé à la seconde des deux propositions possibles sur les renseignemens fournis par le système musculaire. J'ai vu les cinq paires de muscles qui se rendent des vertèbres cervicales sur les occipitaux , et qui partagent leurs attaches entre F ex-occipital et le sur-occipital, se distribuer de cette même façon et de chaque côté , par parties égales , sur tout l'os réuni , et quant à l'un de ces muscles prin- cipalement sur la ligne supérieure d'articulation. ( rç* ) Du Rupéal. — Or voyez comme l'enchaînement des faits de annexion trouve ailleurs à se justifier par des preuves évidentes, comment en effet ce principe exerce sa faculté d'investigation. Il faut qu'au-delà des occipi- taux se trouve le rocher; car c'est ce voisinage qui est indiqué par le sur-occipital et par Tex-ocoipital., qui l'est sur un autre bord par le temporal. Dans ce cas, qu'a- perçoit-on chez le Crocodile qu'on puisse croire dans cette mesure? Ici les faits parlent ; c'est une anomalie qui s'y manifeste. On voit dans l'emplacement , tel que nous venons de le circonscrire , au profit de chaque côté , une seule pièce , une pièce sur la ligne médiane. Le sur-occipital se serait-il atrophié ou abaissé pour laisser passer les deux rochers qui, arrivés l'un sur l'autre , se seraient soudés en un seul ? C'est une proposition si inattendue, que bien qu'elle soit déjà révélée par le principe des connexions que nous savons être une règle constante , infaillible, il ne faudra croire ce fait que s'il y a une surabondance de preuves. Or voici sur quoi repose l'opinion que j'ai prise de l'existence sur la ligne médiane d'un rupéal unique , d'un seul rocher chez la Crocodile. Premièrement, je rappelle les connexions déjà signa- lées -, l'unique pièce Q , cette unique pièce que je con- sidère comme étant le seul rupéal , comme le seul rocher du Crocodile , est supérieurement recouverte par le pariétal médian et unique également, et sur les ailes par les temporaux PP, et elle est flanquée et entourée par les pièces doubles (R + Z) , (R+Z). Mais, de plus, l'os carré ou l'énostéal ( p+y + H) , que nous verrons plus bas former la caisse auditive, y entre en plein, l'un à droite et l'autre à gauche ; circonstance dont nous ne ( 272 ) pouvons trop recommander la valeur, puisque seule elle- établirait incontestablement la certitude de notre déter- mination. Secondement , tout l'organe auditif est contenu dans notre pièce impaire. La portion du rupéal qui forme or- dinairement le fond de la caisse , est très-considérable , sorte de supplément sans doute très-extraordinaire , car ce fond de caisse est à l'égard de chaque conque auri- culaire sans limite. De-là le rupéal est percé de part en part, et ce n'est pas uniquement comme sinus os- seux, puisqu'il n'est en dedans aucun diaphragme mem- braneux. A un rupéal unique correspond alors une caisse unique , et ici il faut s'expliquer sur la valeur de cette expression. Je l'emploie comme on Fa toujours fait en anatomie humaine , c'est-à-dire pour désigner un lieu et non la partie qu'Hérissant a nommée l'os carré. Cet os carré , dont nous allons tout à l'heure nous occuper sous le nom d'énostéal, forme le conduit auditif qu'une membrane , celle du tympan , sépare en deux compar- timens : la partie extérieure commence la conque au- riculaire, et la partie intérieure est aussi une première partie pour la caisse , dont le surplus et le fond se trou- vent fournis par une excavation dans la substance même du rocher. Cette excavation est , chez le Crocodile , éten- due d une conque auriculaire à l'autre, d'où il arrive par conséquent que traversant le rocher de part en part , elle constitue avec chaque cercle tympanique une seule chambre à air, et, comme on la nomme ordinairement, une seule caisse. Ce qui doit en outre surprendre, c'est la grandeur de cette caisse en dedans d'un os d'une dimension aussi restreinte. Cependant cette grandeur de caisse n'est, au ( *fl) surplus , que le fait ordinaire des animaux qui vivent dans l'eau* principalement des poissons, ainsi que je viens de m'en assurer tout récemment. Toute oreille se compose nécessairement de trois principaux comparti- mens : i° d'un entonnoir recueillant les rayons sonores, Chambre d'introduction; ?.° d'un tambour où ils reten- tissent avec énergie , et où ils augmentent d intensité , Chambre de renforcement ; et 3° d'une cellule intérieure, composée des trois canaux semi-circulaires , et d'un ves- tibule commun , dans lesquels se répand la substance nerveuse, Chambre de sensations et modifications. Cette troisième partie indispensable de l'oreille , ne manque pas plus cbez le Crocodile que les deux pre- mières. Différente en ce point de la caisse , elle n'est point sur la ligne médiane : il y a donc, au fond, les élémens de deux oreilles distinctes. Chaque large espace que ferme la platine de l'étrier , eu égard à l'unique com- partiment sur la ligne médiane ou la caisse , se voit in- férieurement, un de chaque côté, vers les bords d'ar- liculalion du rupéal , des grandes ailes et de l'ex-occipital. Cette cavité est creusée dans la substance de ces trois pièces , qui y concourent à peu près par égales por- tions ; mais ce qui ne s'observe que dans le rupéal , c'est qu'en dedans de ses lames seulement, sont creusés les trois canaux demi-circulaires qui aboutissent au vestibule commun. Tout cela existe tant à droite qu'à gauche, et sans doute il suffit de cette observation, pour nous donner en toute évidence la connaissance et par conséquent la détermination du rupéal. Troisièmement , toute la face externe du rupéal , bien qu'entièrement reculée en arrière, bien qu'uni- quement dirigée sur les vertèbres cervicales, n'en est pas ( »74 î moins accidentée comme les rochers des autres animaux : effectivement on aperçoit vers les angles supérieurs de 1 qnique rupéal des Crocodiles , une saillie li ès-pronon- cée, laquelle répond évidemment à l'apopliyse mastoïde , et donne lieu à de mêmes attaches musculaires. Cette apophyse , partie sur laquelle on s'est étrangement mé- pris dans ces derniers temps, bien loin de se détacher du rocher comme un os à part , que selon cette suppo- sition on avait dit former l'os mastoïdien, rentre aussi bien chez le Crocodile que chez tous les autres animaux dans ses conditions et services ordinaires, c'est-à-dire sur le pied où ou l'a vu d'origine en anatomie humaine. L'apophyse mastoïde est la seule partie du rocher qui intervienne dans l'extérieur du crâne; car tout ce qu'on a cru d'ailleurs dans ce cas , c'est-à-dire tout ce qu'on en a supposé de visible à la base du crâne chez l'Homme et aux mêmes places correspondantes chez les animaux , forme des surfaces qui y sont produites au contraire par le développement du tuyau auditif et de l'os coty- léal. Quatrièmement, il suffirait de donner attention à la manière dont les temporaux ont gagné le plafond du crâne , et au peu d'intervalle que l'unique pariétal laisse subsister entre eux , pour conclure que la seule pièce qui existe sur la ligne médiane eiitte les temporaux et au- dessus du pariétal est décidément un senl et unique ro- cher; car il est ordinaire aux temporaux d'acculer les rochers sur les ex-oceipitaux. Voilà donc le prétendu sur-occipital Q qui reçoit enfin une détermination conforme à sa position , à ses con- nexions et à ses usages. On admettra sans doute que décidément les preuves sont assez nombreuses pour ( ^ ) que nous puissions prononcer avec certitude que c'est bien là le rocher, notre rupéal. Mais cette démonstration donnée, elle réfléchit à son tour le jet d'une vive lumière sur la détermination des occipitaux ; car si le rupéal est repoussé de la combi- naison qu'on avait d'abord admise, les occipitaux n'en sont que mieux abandonnés aux conséquences de leurs propres faits. De VÉnostéal. — Hérissant fit le premier attention à une pièce d'une articulation mobile chez les Oiseaux, laquelle lui apparut sous une forme à peu près quadran» gulaire et qu'il nomma os carré. A peu près dans le même temps , Petit l'Ancien la remarquait et propo- sait de l'appeler os en massue, et beaucoup plus tard , vers 1806, Schneider, insistant sur sa position et ses usages entre et pour les deux mâchoires , la désigna sous le nom à' intermaxillaire. Hérissant en avait essayé la détermination , la croyant un démembrement de la mâchoire inférieure ; mais j'ai depuis long -temps remplacé ces vues, en démontrant que c'était au contraire un démembre- ment de la caisse auditive , ce qui engagea M. Cuvier à substituer le nom de caisse à celui d'os carré. Cet os ne s'unit jamais au crâne chez les Oiseaux et chez la plupart des reptiles, tandis qu'il y est au contraire soli- dement ancré chez le Crocodile et chez la Tortue. C'est l'os crânien qui m'a le plus souvent et le plus péniblement occupé ; j'en ai écrit ex professo dans plusieurs ouvrages , et dernièrement dans un Mémoire lu à l'Académie , dont il n'a été imprimé qu'un extrait. Les résultats définitifs auxquels je suis parvenu , sont que l'os carré ou que YénostQal , dénomination que ( 276 ) j'adopte , était un os composé principalement du cadre du tympan ( le tympanal et. le semai ) , et d'une pièce qui chez les Mammifères revêt inférieurement le rocher (/e cotyléal) , et qui chez les Oiseaux et animaux ovipares , provient de l'hyoïde ( le stjlhial) : c'est ce que j'ai cher- ché à rappeler lîgurativement dans mon tableau synop- tique, par l'emploi des troislettresappellativesp+j + ZT,- voyez fig. 3, 4i 5. Je n'insiste pas davantage sur cette détermination ; il m'a paru qu'elle a reçu l'aveu de tous les naturalistes; son nouveau nom (Te'nostéal restant étranger à ses formes variables à l'infini, lui convien- dra , quels que soient ses métamorphoses et même ses composans. Des osselets de Vouie. — Ils se composent chez le Crocodile, voyez lig. 7, d'une branche cartilagineuse q analogue au marteau , et d'un long osselet filiforme , dont l'extrémité est une large platine : le long manche filiforme /• correspond à l'enclume , et la platine z à l'étrier. Avant remplacé ces trois noms par ces équiva- lens , mal/éal , incéal et stapéal , je donne à la pièce filiforme un nom qui rappelle sa composition, ou le nom des élémens dont elle est le produit , celui d'incéo- stapêal. § V. — Des os de la boite cérébrale. Nous avons déjà traité du frontal et du pariétal, pièces uniques : ce que ces os semblent avoir perdu en dimensions superficielles leur a été amplement restitué en épaisseur : les mailles de l'intérieur se remplissent avec l'âge , et tout le corps osseux devient éburné ; la scie l'entame difficilement. Le canal entre les occipitaux égaie presque en Ion- ( *77 ) gucur le reste de la boîte cérébrale ; e'est que les occi- pitaux sont d'une grandeur gigantesque et bors de pro- portion à l'égard des autres pièces. Nous ajouterons à ce que nous avons dit plus baut , au sujet des pièces cy- cléales , que l'bypospbénal forme une languette très • resserrée entre le sous-occipital et l'hérisséal , et que l'entospbénal , par sa disposition en lame et par sa si- tuation verticale, prépare les cycléaux antérieurs à l'in- suffisance de développement qui les caractérise. Nous allons faire mention des deux seules pièces dont nous n'ayons encore rien dit, de celles qui servent de lit aux lobes cérébraux , savoir, du ptéréal et de l'in- grassial. Du ptéréal, lettre X, fîg. 4. — Ce sont les grandes ailes du spbénoïde que je distingue depuis long-temps sous Ce nom. Elles naissent de l'hypospbénal ou du corps postérieur du spbénoïde ; elles gagnent supérieu- rement le pariétal , et sont enfermées en avant par les petites ailes ou les ingrassiaux , en arrière par le rupéal, et au-dessous par une partie des occipitaux : au point de leur contact avec le rupéal , elles développent une gorge évasée qui entre pour un tiers dans la com- position du vestibule ou chambre auditive interne : c'est sans doute d'après cette considération que M. Cuvier aura donné cette pièce pour le roeber. De l'ingiassial, lelt. V, fig. /[• — Os analogues aux petites ailes d'Ingrassias , et sous l'abri desquels les nerfs optiques gagnent le centre de la ebambrè orbi- taire. L'ingrassial est ici du double plus étendu que le ptéréal •, il le précède , et vers le plafond du crâne il atteint le pariétal en arrière et le t'rontal en devant : il envoie de plus une apophyse sur l'entospncnal. Tome III. ig ( ^ ) Je viens de décrire ce que j'aperçois, ce que je lis, pour ainsi dire , sur le Crocodile ; et les personnes , au courant de l'anatomie humaine , auront pu penser que j'ai seulement voulu rappeler les connexions de ces pièces chez l'homme et les mammifères. Enfin elles recouvrent les mêmes parties cérébrales 5 elles leur sont donc en tous points analogues. De l'exposition qui précède , il résulte que je viens de comprendre dans cette énumération des pièces crâniennes du Crocodile, exactement tous les os qui composent le crâne d'un foetus humain, ayant à peine terminé sa vie embryonnaire. Ainsi je n'en ai omis aucun, comme je n'en ai non plus trouvé davantage. C'est à l'égard du plus petit nombre seulement que j'ai été forcé , pour saisir partout les mêmes correspondances , pour les re- trouver encore là même où elles cessent d'être visuelles , d'en rechercher l'existence , et de les poursuivre sous l'état et sous le masque de ces parties imparfaites , qui est un premier état de leur formation , et qui ne nous deviennent manifestes que sous l'apparence d'un tissu cartilagineux. Il est donc des parties dans un minimum de compo- sition chez le Crocodile ; mais en revanche la presque to- talité est au contraire dans un maximum extraordinaire de développement. Cela place ce farouche reptile dans des conditions de diflérences singulières, qui deviennent les traits particuliers et les caractères disliuctifs de sa famille. Après avoir démontré comment cet être , choisi comme le plus disparate et le plus anomal des animaux verté- brés , se trouve cependant, sous le rapport du nombre , des usages et des connexions des parties osseuses de la ( 2 79 ) tète , ne différer aucunement de ces mêmes animaux quant aux points de ressemblance philosophique , fai- sons voir maintenant comment des différences dans le volume respectif des parties , dans le degré du dévelop- pement , et dans la soudure plus ou moins précoce des bords articulaires , introduisent, parmi tous ces ma- tériaux au fond véritablement identiques , des causes de diversité si grandes, qu'il ait fallu tant d'efforts, d'observations et de profondes méditations, pour con- cevoir enfin et les faits identiques et les faits différen- tiels que révèlent les nombreux détails de la compo- sition de toute tête osseuse^ § VI. — Du Crâne des Crocodiles sous le rapport de l'ano- malie et de la spécialité de ses formes. Le crâne des Crocodiles rentre en effet dans des con- ditions caractéristiques et spéciales, dont le fait prin- cipal est fourni par un développement très-considérable de certaines de ses, parties. Le trait dominant du Croco- dilecnfait un animal d'une voracitéeffrayante; soncràncy semble sacrifié, de manière à procurer la plus grande éten- due possible aux branches maxillaires et à la voûte pala- tine. Et en effet, les dimensions du palais passent tout ce que l'imagination aurait pu pressentir de plus con- sidérable ; d'où il est résulté une habitude singulière qu'Hérodote a racontée avec la naïveté d'un homme sans préjugés , et avec tout autant d'exactitude que le pouvait faire un littérateur peu au fait des détails et dps distinc- tions anatomiques. Cest le seul animal , a dit Hérodote , dont la mâchoire inférieure ne. soit pas mobile , et qui fasse au contraire retomber la mâchoire supérieure sur l'inférieure. Vovez Traduction de M. Miot , t, T, p. 27 y , V ( a8o ) Paris 1822. Les célèbres Perrault et Duverney, qui dans la fameuse dispute, sous Louis XIV, de la prééminence de mérite des divers âges de la littérature , prirent parti pour les modernes contre les anciens , avaient vive- ment reproché à l'historien de l'antiquité son peu d'exactitude quant à ce point. Ils disaient posséder des preuves manifestes que la mâchoire supérieure ne se sépare pas du reste du crâne; ce qui était vrai, sans qu'ils en eussent été plus en droit de quereller. Mais aussi qui au premier abord pouvait soupçonner qu'une tête entière fût comme encapuchonnée, qu'elle en vînt à être cachée entre ses mâchoires , que la tête serait dé- cidément assez petite, et que les mâchoires s'accroî- traient au point que la totalité serait logée dans une de ses parties (1) ? C'est la seule distinction que n'avait pas faite, que. ne pouvait faire Hérodote. Les condyles formés' par l'énostéal (p + y + /7) terminent le crâne , mais non pas la tête : la mâchoire inférieure prolonge au-delà toute sa branche montante, et le plus puissant de ses muscles masticateurs, le crotaphite. L'intervention de ces parties en dedans et au-dessus des muscles du cou , procure à la première moitié de celui-ci un gros- sissement considérable et rend sensible aux yeux, sur- tout si on observe un animal vivant , que la tète du Crocodile se continue par-delà son crâne. La mâchoire inférieure s'abaisse peu et très-diilîcilemcnt , en raison d'une des écailles cervicales rencontrée par l'extrémité de la branche montante. Il ne pouvait se faire que le palais acquît une di- (1) J'ai dans mon article , lecture i'Hérodotp, explique ce me'canismc 1 détail ; voyez Annales du Muse'um d'Histoire nat. , tome 10 , p. 376. ( a&i ) mension aussi grande , sans qu'il n'arrivât au maxillaire , et de prendre une étendue hors de mesure , et de rester pour cela décomposé en ses divers élémens , portion den- taire, portion orbitaire, portion ptérygoïdienne en dedans et portion ptérygoïdienne en dehors -, c'est-à-dire sansqu'il n'arrivât à chacun de ses composans de montrer une pro- pre et individuelle existence, sa condition d'élément pri- mitif et vertébral. Mais malgré ce développement extraor- dinaire , les branches maxillaires, de môme que les bran- ches palatines placées sous les mêmes conditions d'ac- croissement que celles-là , n'atteignent cependant pas l'os carré ou l'éuostéal. Nous avons vu plus haut cet os com- plexe formant les angles ou les parties les plus reculées du crâne : toutefois les branches maxillaires trouvent à s'unir à l'énostéal au moyen du cotyléal, lequel n'ap- partient à celui-là que pour le border par-devant , et que pour faire en ce lieu l'office d'un anneau ac- crochant les deux bouts de la chaîne. Les branches pa- latines , au contraire , ne trouvent d'appui que sur l'axe : car par derrière elles s'étendent en ailes sans rencontrer , ce qu'il leur arrive de faire ordinairement , l'énostéal *, lequel en décrivant un arc de cercle en sens contraire , semble par-là se détourner et vouloir se soustraire à leur union. Il résulte de cet allongement des parties latérales un renversement en arrière et un refoulement tant sur le centre que vers le plancher supérieur de la boîte céré- brale, dont l'hérisséal, devenu libre sur les côtés, a profité pour étendre presqu'indéfiniment ses ailes. Nul animal n'a cet os porté à un aussi haut degré de développement. Nous allons continuer à donner tous les détails de cette singulière anomalie. L'hérisséal , et je puis ajouter , un seul hérisséal , ( o.8 2 ) termine postérieurement la voûte palatine : un seul , parce que ses deux composans reproduisent au plancher inférieur le même fait d'une soudure anticipée que les composans de l'unique pariétal et de l'unique frontal au plancher supérieur. Cette circonstance , jointe à celle de son ampleur , prépare celte pièce à prendre dans l'édifice général l'ascendant d'une principale quille : on sait que tout au contraire chez les Oiseaux et chez la plupart des Reptiles, cette solidité est procurée à l'é- difice crânien par lVïlhmoïde , os composé de trois par- ties , de l'ethmosphénal et des deux ethmophysaux , et que les hérisséaux comme les énostéaux y sont essen- tiellementdans une immobilité continuelle. Ce n'est pour- tant point par ses ailes , qui ne font aucune rencontre sur les flancs et qui n'y éprouvent aucun obstacle , que l'hérisséal du Crocodile y prend tout son ascendant , mais il le doit à un puissant ancrage sur les corps des sphé- noïdes , dont la solidité est en outre augmentée par l'ar- ticulation toujours maintenue des palatins en avant et des adgustaux sur les côtés. Or , c'est dans ces circons- tances que les ethmophysaux , partant du plancher su- périeur , prolongent verticalement de non moins so- lides apophyses sur l'hérisséal , et que , continuant au Crocodile le même office que celles-ci remplissent chez les Oiseaux , ils deviennent les pièces d'assemblage et comme les contreforts des deux planchers. Voilà donc comment l'hérisséal , qui chez le plus grand nombre des ovipares ne forme qu'un chaînon peu remarquable des arcades palatines, devient chez le Crocodile véritable- ment la quille de l'édiGce crânien , et de quelle manière il fournit enfin le trait éminemment caractéristique de la tète du plus dangereux et du plus vorace des Reptiles. La forme du crâne et celle eu particulier de l'hé' ( 283 ) risséal , peuvent de plus être envisagées sous un autre rapport , celui de leur aptitude à favoriser l'acte de la respiration. Les sinus olfactifs, qui se prolongent tout autant que le crâne, sont d'une ampleur considérable , mais surtout ils deviennent , étendus des vomers aux arrière-narines , d'une grandeur prodigieuse ; l'héris- séal qui se trouve en ces lieux s'y renflant en boule. L'intérieur est tapissé d'une simple membrane , et , sans autres relations avec les chambres olfactives que d'en continuer et que d'en étendre les conditions tubulaires, ce sont deux vastes canaux, ou plutôt, en raison de leur développement spbéroïdal, deux vastes réservoirs, qu'on ne peut qu'attribuer à l'appareil respiratoire à titre d'or- ganisation supplémentaire : je vais dire de quelle ma- nière. J'ai vu en Egypte des Crocodiles se reposant sur des rampes sableuses à la naissance des îles ; ils élevaient à d'assez longs intervalles leur tète entière qu'ils déta- chaient de la mâchoire inférieure, celle-ci restant im- mobile sur le sol : c'était pour porter hors de l'eau et dans l'air l'extrême partie de leur museau, c'est-à-dire la région qui est terminée par les ouvertures nasales. Attentif à cft actes évidemment produits dans le dessein de respirer , j'ai très-bien remarqué que la répétition de ces mouvemens se faisait attendre plusieurs minutes , et quelquefois un demi-quart d'heure. Ce souvenir et l'aspect des capacités considérables des tubes olfactifs m'ont suggéré l'idée que d'aussi grandes cavités étaient de quelque ressource pour le Crocodile , et qu'elles lui procuraient en avant de la trachée-artère tous les avan- tages de deux magasins ou de deux sinus servant à un approvisionnement d'air. Je n'en ai plus douté , quand C 384 ) j'ai eu connu la structure de ces larges sinus osseux en avant du larynx. On pourrait désirer savoir pourquoi et comment l'appareil respiratoire se trouve recourir à une orga- nisation supplémentaire aux dépens de l'appareil crâ- nien. Il n'est pas sans doute de mon sujet de traiter aujourd'hui du premier : aussi je n'en donnerai que cette seule idée. Les poumons des Crocodiles , beau- coup plus celluleux que ceux des Mammifères , le sont incomparablement bien moins que ceux des autres Rep- tiles, chez lesquels, en effet , ces organes deviennent de fort grands sacs, et ajoutent par conséquent à leurs services habituels les ressources d'un réservoir à air. Le défaut d'espace , qui caractérise les cellules aériennes du poumon des Crocodiles , est donc chez eux com- pensé par l'accroissement des chambres nasales , et de plus par une disposition du pharynx. Ainsi les Moni- tors , sorte de Lézards aquatiques , emportent sous l'eau une portion d'air renfermée dans les sacs pulmonaires , et le Crocodile une même provision renfermée dans les cavités nasales et pharyngiennes , les ailes du nez se fermant d'elles-mêmes et s'opposant au retour de l'air que l'animal aurait puisé dans le milieu atmo- sphérique. Effectivement , ce développement des cham- bres nasales manquant, qui sait si les Crocodiles , solli- cités par bien d'autres puissances organiques à séjourner dans l'eau , le pourraient faire également ? Chaque es- pèce diffère par le volume du renflement latéral des hérisséaux. Qui sait encore si cet élément de diver- sité n'est pas le mobile des déterminations de l'animal , et la cause de son plus ou moins de capacité pour pro- longer davantage son séjour dans le milieu aquatique sans recourir à une nouvelle inspiration ? ( »85 ) J'ajouterai tin mot sur le pharynx : il n'est plus sous la tète. L'excédant de longueur des maxillaires inférieurs l'a entraîné très-loin en arrière, et avec lui le larynx et la langue ; car la langue ne manque point : ce qu'avait dit Hérodote , et ce qu'on croit voir sur le vivant. Mais elle est tellement reculée en arrière, et elle s'est par conséquent si fort étalée en de- dans des brandies maxillaires, qu'il ne lui reste aucun moyen de saillir par devant, en sorte que pour l'obser- vateur, elle est comme si elle n'était pas , et surtout qu'elle ne se trouve d'aucune ressource contre les insectes du genre Icbneumon , qui viennent envahir et qui ta- pissent tout l'intérieur de la gueule immense du Croco- dile , quand celui-ci dort gissant sur le sable (i). De cet arrangement il résulte que le pharynx devient un ves- tibule d'une grande étendue ; interposé entre le crâne , le larynx et l'œsophage , il disparaît comme cavité quand ceux-ci s'approchent de la tête , se vidant par ce moyen de tout l'air vicié que la respiration y aurait pu aupara- vant accumuler ; et au contraire quand le voile du palais long et sillonné sert de diaphragme en avant et que le larynx et l'œsophage sont tirés et fermés en arrière , le pharynx redevient une vaste cellule à air en communication seulement avec les sinus nasaux : la capacité de ceux-ci comme réservoirs à air se trouve donc augmentée de (1) Le TrochUus , a dit Hérodote, entre dans la gueule du Croco- dile; il y trouve une proie abondante, et le Crocodile en e'prouve un si grand soulagement qu'il se garde bien de mouvemens qui inquié- teraient et écarteraient le Trochiùts. J'ai vériGé ce récit , il est exact : cet oiseau est une espèce voisine de notre petit Pluvier. En Amérique, c'est un Todier qui rend ce service au Crocodile dit de Saint-Do- mingue. ( 286 ) celle qu'y ajoute la cavité pharyngienne. Quand l'a- nimal se î^etire sous l'eau avec une si grande provision d'air , il manœuvre ensuite à loisir pour échanger l'air qui se vicie en dedans de ses poumons contre celui qui est encore renfermé dans ses réservoirs antérieurs ; ce qui lui devient possible en agissant sur sa glotte, dont il règle l'ouverture et la fermeture à sa volonté et selon ses besoins. L'hérisséal , qui étend ses usages sur le pharynx , en lui fournissant une base élargie, et sur l'organe res- piratoire, en lui conservant de l'air en réserve, et qui d'ailleurs , quille toute-puissante , s'emploie à asseoir avec toute la solidité désirable et à réunir dans xine sorte de lien commun toutes les parties de la face et de la boîte cérébrale , devient comme pièce élevée au plus haut point des développemens possibles , et comme sa- tisfaisant à des emplois aussi multipliés qu'énergiques , devient, dis-je , l'une des plus grandes singularités que nous offrent les variations organiques , en même temps qu'il forme le trait fondamental de l'organisation parti- culière de la tète des Crocodiles. Combien cette tète du Crocodile , surtout si on la compare à celle de l'Homme , semblera comme tour- mentée ! Enjeffet, afin qu'elle fût étendue latéralement , et, pour le surplus , contenue entre les branches maxil- laires , les pièces de la boîte cérébrale, sont établies , comme si elles avaient été contraintes de s'entasser sur le centre, et, par conséquent, de s'y faire les pli petites possibles. Cette sorte de culbute les a portées se souder dès leur apparition , quand les autres pièces abandonnées à plus de liberté , sont toute la vie dans le cas contraire. Effectivement sont soudés ensemble. ( »8 7 ) sur la ligne médiane , les composaus du frontal , du pariétal , du rupéal et de l'hérisséal, Le frontal et le pariétal paraissent avoir subi , avec quelques difficultés , le joug des parties latérales. Cela résulte de la quotité de leurs élérnens formateurs. En eifet , les molécules osseuses leur sont distribuées à l'or- dinaire et comme à des os appelés à une grandeur consi- dérable -, mais privées de se ranger côte à côte , elles s'établissent sur plusieurs rangs en hauteur 5 non- seulement les os qui en proviennent ont une épaisseur considérable, mais en outre ils sont plus pénétrés , plus remplis 5 tous les vides de leur partie réticulaire dispa- raissent , et leur substance est partout éburnée et d'une dureté extrême. Que d'évéuemens amène ainsi l'envahissement des parties latérales delà tête par les maxillaires! Les tempes ne sont plus sur les flancs, mais deviennent parties in- tégrantes du plancher supérieur, s 'inclinant pour une portion et à angle droit en arrière. Dans ce cas , les temporaux , en raison du peu de largeur du pariétal qui les sépare en dessus, se sont assez approchés l'un de l'autre , pour avoir plus bas repoussé les élérnens du rupéal sur la ligne médiane , où ces élérnens se ren- contrent et se soudent , et où, dans l'excès de cette ano- malie , ils viennent comme usurper la place d'un os qui forme toujours le couronnement de l'anneau occipital. Et ce qui complète tout le piquant de ce jeu merveil- leux des variations organiques , c'est que tous ces prodiges, si je puis me permettre de les appeler ainsi, se passent comme en présence ou plutôt sous l'autorité du principe des connexions. Ainsi, tous les matériaux crâniens changent de forme, ils varient dans leur vo- ( a88 ) lume respectif, ils refluent les uns sur les autres, pour s'entasser ou en arrière, ou en devant, ou sur les lignes médianes ; mais ils gardent toutefois leur distance res- pective ; ils se maintiennent enchaînés , comme les perles d'un collier , par le fil qui les pénètre 5 ils conservent invariablement leurs connexions (1). Parmi tant d'anomalies , qui caractérisent le crâne des Crocodiles , figure en première ligne la petitesse ex- trême delà boîte cérébrale. Quaud on réfléchit que c'est là une sorte de salon commun à toutes les chambres des organes des sens , que contrairement à ce qui est chez les animaux supérieurs , les capacités de ces chambres observent, dans l'ordre de leur dimension respective , une raison inveuse , et que cette boîte crâ- nienne donne nécessairement la condition d'extrême pe- titesse du cerveau , on ne peut qu'être infinimeut surpris d'un aussi singulier résultat. Mais, au surplus , je ne finirais pas, si je voulais entre- prendre d'énumérer tous les faits de spécialité qui dis- tinguent les Crocodiles. Il me suffira sans doute de dire, par forme de conclusions , qu'ayant réussi dans les pre- mières parties de cet écrit à montrer ce que , comparé à l'universalité des êtres , un tel Reptile , choisi parmi les plus diflérens de sa famille, pouvait offrir de considé- rations analogiques , je ne m'étais cependant pas privé entièrement de la faculté de le recommander à l'atten- tion des naturalistes , pour les singularités nombreuses et les anomalies bizarres que le jeu des variations spé- (1) Consultez sur le principe des connexions , dans le tome 2 de ma Philosophie Anatomiquc, la discussion de la page 192 et tout le pa- ragraphe commençant à la page 4a5. ( 289 ) cifiques réserve à chaque animal. Un crâne, qu'intéres- sent autant les faits de similitude philosophique et ceux non moins curieux de diversité, ainsi choisi vers le milieu de l'échelle zoologique , devient, commenté et dévoilé, comme il appert par ce qui précède, une clef qui va pénétrer toutes les autres organisations du même ordre , et nous fournir enfin les moyens de les exposer à nu dans la suiie et sans la moindre difficulté. ab uno ( Difliciliore ) , disce omnes. § VII. — Répartition des élêmens crâniens en appareils vertébraux. Il suffirait , pour la solution de cette question, de renvoyer à mon Tableau synoptique ; mais il n'est lui- même qu'une expression générale , qu'une sorte de type idéal , dont je suis allé prendre les élémens , princi- palement chez les Animaux les plus descendus de l'é- chelle. 11 m'a paru que , considérées plus près de leur formation originelle, les parties osseuses se seraient moins détournées de leurs conditions primitives et verté- brales \ et c'est effectivement en suivant les développe- mens organiques chez les Animaux qui respirent dans l'eau , et en apercevant l'aile temporale et l'opercule moins compliquées, en même temps que portées au maximum de leur étendue possible , que j'ai pu conce- voir la répartition des élémens crâniens, comme je l'ai donnée dans mon Tableau synoptique. Mais un autre mode de respiration détermine ces élémens à se grouper plus intimement , et fait ainsi prendre davantage à l'appareil crânien un propre et spé- cial caractère 5 de respiratoires qu'étaient plusieurs des ( 2 9° ) parties postérieures , elles deviennent auditives : ce qui n'a lieu qu'en vertu d'une atténuation extrême des par- ties ainsi modifiées. L'opercule est transformée en petits os de l'oreille , et sa large base en un cadre tympanique d'une petitesse proportionnelle ; cela étant ainsi, la boîte cérébrale acquiert un volume d'autant plus grand que l'appareil pour être auditif est devenu plus pelit. Le Crocodile est sur la limite de ces deux systèmes organiques , et , par conséquent , il présente plus de conditions vertébrales qu'aucun autre animal respirant dans Pair. Nous avons dit plus baut que c'est par cela même qu'ayant à exposer un assez grand nombre d'or- ganisations spéciales, nous l'avions cboisi pour premier sujet d'études. Toutefois , ces conditions ne se montrent bien déci- dément vertébrales que considérées dans les trois ou quatre premiers segmens. L'entassement des parties postérieures , bien que favorisées , quant au point qui nous occupe, par la petitesse du cerveau , a cependant produit des amalgames d'élémens , qui , comme l'unique frontal , l'unique pariétal , l'unique bérisséal , l'uuique rupéal , nous privent d'attribuer à cbaque segment trans- versal , tout autant d'os que la théorie , ou mieux nos recherches sur 'la vertèbre , nous apprennent qu'il en existe. L'énostéal surtout , formé par les composans de la caisse et par d'autres réunions aux dépens de quelques pièces de l'occiput , ajoute en outre à ces difficultés. Mais au surplus , c'est chez le seul Crocodile que le sur-occipital et l'ex-occipital sont soudés dès l'origine. Je donne , dans ce cas , un nom particulier à ces pro- duits de soudure anticipée , et je propose pour cette réunion insolite d'occipitaux, le nom de plar-occipital ( plura-occipitalia ). ( 2 9 r ) § VIII. — Répartition des élémens crâniens en appareils ou organes des sens. Des fonctions identiques ne sont pas toujours des dépendances nécessaires des identités organiques dé- montrées par les connexions ; mais cependant j'avais déjà, en 1807 (1), remarqué qu'il en était autrement des appareils ou organes des sens. Ce résultat , vrai- ment très-singulier et si neuf alors , m'avait dès cette époque engagé à distinguer et même à désigner les parties crâniennes conformément à l'ordre manifeste de leurs destination et usages. Ainsi, j'avais donné comme géné- rales les propositions suivantes : « Le crâne est une sorte de maison composée de chambres particulières et d'un salon commun. L'objet de celui-ci , ou de la boîte crânienne , est l'encéphale , et celui des chambres les organes des sens. Ainsi, il y a constamment un occupant pour chaque espace occupé. Chaque chambre a nécessairement deux issues , l'une débouchant dans le monde extérieur et l'autre dans le salon principal, c'est-à-dire , l'une pour recevoir par les corps ambians des sujets d'affection , et l'autre pour en faire opérer la perception par le cerveau. » Tous os crâniens étant interposés entre les organet. des sens , sont pour la tète ce qu'est pour une maison chaque cloison qui en sépare les pièces ; et , comme il est de la nature d'une muraille d'être mitoyenne , c'est- à-dire , d'appartenir par ses deux surfaces opposées à des chambres contiguës , de même aussi les os du crâne sont communs à plusieurs organes des sens. Toutefois , (1) Annales du Muséum d'Histoire naturelle , tome 10, p. 249. ( 3 9 2 ) la répartition des os crâniens n'est point rendue par-là impossible , parce que , si on les considère chez tous les Animaux , on finit par découvrir qu'ils fournissent cons- tamment l'une de leurs parois à la même chambre, quand ils affectent l'autre paroi , tantôt à l'une et tantôt à l'autre chambre. Ainsi, tels os crâniens sont plus spécialement dévolus à tel organe des sens , bien qu'ils se rendent encore utiles à un antre. » Cependant , d'où provient que les identités des pièces de la tête ne se bornent pas à l'uniformité de leur en- grenage respectif, mais qu'elles s'étendent aussi à leur nombre et surtout à leurs visages? J'avais acquis autre- fois ce résultat comme un fait d'observation , et je viens de le mettre bien mieux en évidence dans mon Ta- bleau. Il était tout simple de s'en contenter au début de ces travaux de détermination : mais présentement, avec plus de faits , nous avons des inductions plus mul- tipliées , et nous ne craindrons pas de nous livrer à quelques recherches sur les causes d'identités aussi nom- breuses et aussi invariables. i°. Les élémens primitifs sont d'autant plus assurés de parvenir au plus haut degré de leur production qu'ils appartiennent à un système plus amplifié. Or, telle est la condition des pièces crâniennes , dont la moyenne grandeur serait à peu près donnée par la plus grande dimension d'une vertèbre dorsale. Dans tout sys- tème entraîné vers l'hyperthrophie les avortemens de- viennent difficiles, et sont, par conséquent, fort rares. Le même nombre de pièces constamment reproduit est donc le fait nécessaire , la conséquence inévitable de tout maximum de développement. 2°. Les fonctions auxquelles il n'arrive de rester in- ( 2 9 3 ) variables qu'à l'égard d'organes formés exactement par les mêmes matériaux, se montrent à l'égard des parties osseuses de la tête d'une identité tout-à-fait soutenue. Cependant , il est bien quelque jeu dans le report de ces parties constituantes , quelques modifications dans l'ordre de leur groupement ; celles-ci , chez un Animal , s'engagent dans un appareil antérieur , quand chez un autre elles s'articulent sur les flancs de l'appareil sui- vant. Malgré ces causes de diversité, les fonctions de chaque pièce restent à chacune acquises invariablement. La raison que j'en aperçois , c'est que chaque élément étant arrivé dans le crâne au plus haut degré de déve- loppement, s'y conduit comme s'il était lui -même le produit de plusieurs ; il exerce une puissance de masse ; il a définitivement la fixité d'un organe qui réunirait au grand complet toutes ses parties élémentaires. Nous citerons cependant quelques exceptions ; mais elles con- firment au besoin ces explications : car, s'il est quelques élémens sacrifiés , atténués ci rudimentaires , ces parties atrophiées se voient toutes vers l'extrémité du museau. Il en est de ceîle-ci comme de l'autre extrémité du cha- pelet vertébral ; les dernières parties labiales ne se pro- duisent non plus entièrement que les dernières parties coccygiennes ;. elles conservent leur première condition d'existence, la formation embryonnaire, leur état pré- osseux , c'est-à-dire, cartilagineux. Voilà ce qui arrive particulièrement au premier cycléal (notre, proto- sphénal), à ses ailes , c'est-à-dire, aux cartilages du nez. Cependant, ces mêmes parties échappent quelquefois à ces influences de position , pour arriver aussi à un déve- loppement supérieur , pour acquérir le caractère complè- tement osseux. Cela se voit pour Tune ou pour l'autre de Tome III. 30 ( *9Ï ) ces pièces, chez le Cochon , où elles deviennent os du boutoir, chez la Taupe, chez l'Ours et chez la plupart des poissons , où j'ai aperçu de véritables os , dont on ne parlait pas , faute de les concevoir, dans les rapports généraux. Dans tous les cas, les os crâniens abandonnant, le médium de leur volume comme parties vertébrales , pour grandir hors de mesure , trouvent dans cette conduite des raisons d'une moindre sujétion , pour s'appartenir et se coordonner comme élémens verté- braux , et plus de motifs au contraire, pour contracter de nouvelles alliances et pour se dévouer davantage au ser- vice des organes des sens , qu'effectivement ils reçoivent au milieu d'eux et qu'ils défendent à titre de cloisons. Voilà ce qui explique les difficultés de la première répartition , § VII , en segmens vertébraux , et les faci- lités plus grandes au contraire , de notre seconde ré- partition , conformément au nombre et à l'arrangement des organes des sens. C'est d'après les principes que je viens d'exposer, et dans l'ordre suivant , que j'ai divisé les pièces osseuses de la tête en os de la bouche, os du nez, os de l'œil, os de ï oreille et os de l 'encéphale ; savoir : i. Os de la bouche. — Protosphénal , addental , ad- nasal , adgustal , cotyléal , palatal , hérisséal. ■?.. Os du nez* — Rhinpsphénal , rhinophysal, proto- physal, ethmophysal , nasal , voméral. 3. Os de Vœil. — Ethmosphénal , frontal , lacrymal , palpébral , jugal, adorbital. 4- Os de Toreille. — Hyposphénai , temporal , rupéal, serrial , tympanal , malléal , incéal , stapéal. Ô. Os de î encéphale. — Entosphénal , pariétal, in- ( »95 ) grassial , ptéréal , sous-occipital , ex-occipital , sub-occi- pital. § IX. — » Concordance des diverses déterminations des os crâniens pour le Crocodile. Il entrait dans le plan des Leçons d'Anatomie com- parée de donner la détermination des os crâniens du Crocodile ; mais des ouvrages , qui s'étendent à toutes les parties d'une science aussi nouvelle , ne la peuvent d'abord présenter approfondie au même degré sur tous les points. Cependant, quelques essais consignés dans ce mé- morable ouvrage , dont une première publication date de l'an VIII (i 80 1), deviennent de précieux jalons. L'auteur y désigne , tom. 2, p. 29 et 7 1 , suffisamment les intermaxil- laires , les maxillaires , les nasaux , le frontal unique , le pariétal unique, les os de l'occiput et ceux du palais. C'est en traitant de ceux-ci qu'il nous a fait connaître les véritables analogues des apophyses ptérigoïdes : impor- tante découverte, dont rien n'avait encore préparé les voies. Notre savant confrère n'aura pas été aussi heu- reux dans sa détermination d'une apophyse post-orbi- taire du frontal , dans celle de l'os de la pommette, et de plus , dans celle de deux lacrymaux , dont il admit deux paires. Cependant , je vins à établir , dès 1807 , que le succès de ces déterminations ne deviendrait possible et assuré qu'autant qu'on ne négligerait aucune pièce, et je donnai alors un travail ex professo sur cette ma- tière. Si en plusieurs endroits j'y reproduis, ou même si j'y combattis à tort quelques-unes des propositions de M. Cuvier, c'est dans ce Mémoire toutefois que je crois avoir jeté les premières bases de mes travaux ul- 20* ( ?.96 ) lérieurs, principalement de ceux qui eurent pour sujet la décomposition de l'aile temporale et de la constante et merveilleuse analogie de toutes les parties de l'organe auditif. J'insistai de plus alors sur le prétendu lacrymal intérieur, que je rapportai aux cornets supérieurs du nez. On a vu plus haut d'après quels motifs j'ai cru de- voir persévérer dans cette détermination. M. Cuvier a également donné en 1808 (1) un travail complet sur la tête des Crocodiles-, il est alors revenu sur la détermination du lacrymal intérieur, et, en gé- néral, il a dès ce moment procédé selon des vues dont il a plus tard (en 1812) résumé les principaux traits , comme il suit : « i°. Le frontal des trois classes inférieures serait (je cite textuellement) plus divisé que celui des Mammi- fères , en ce que ses deux apophyses orhitaires forment deux os particuliers i qu'il convient de nommer frontal antérieur et frontal postérieur 5 2 la lame cribleuse de l'ethmoïde manque entièrement ; et 3° les ailes du sphé- noïde établissent des rapports suivis avec les pala- tins (2). » La troisième proposition est incontestable; elle re- pose sur la judicieuse détermination des apophyses pté- rigoïdes , dont nous avons traité plus haut. 11 n'en est pas de même , je crois, de la seconde et de la première. Car si la lame cribleuse n'existe pas comme forme, comme pièce perforée dans plusieurs sens , elle ne manque point absolument, en tant que c'est un des élémens osseux; (1) Obser\>ations sur l'Ostcolagie des Crocodiles virans , Annales du Muséum d'Histoire naturelle, tome XII, pages 4 et suivantes. ( 2) Composition de la tâte osseuse dans les Animaux vertèbres ; même ouvrage , tome XIX , p. i»3. ( 2 97 ) elle est accidentée d'une manière dans une famille , dif- féremment dans une autre. Ce n'est plus là qu'un fait secondaire 5 et en effet, l'ethmoïde est d'ailleurs au complet, soit chez les Oiseaux, où ces trois parties sont soudées en une seule, soit chez le Crocodile, où il n'y a d'osseux que les ailes, le corps médian se trouvant formé d'une lame cartilagineuse. Enfin , j'ai plus haut suffisamment discuté les faits de la première proposition ; telle qu'elle est avancée, c'est une opinion qui ne me parait point appuyée sur une démonstration. M. Spix , dans sa Cephalogeiiesis , publiée en i8i5 , a de même figuré et nommé les pièces crâniennes des Crocodiles , voyez pi. I , II , V ; mais il a presque partout suivi, soit mon travail, soit celui de M. Cuvier. Il nous avait trouvés au sujet de l'adgustal dans un dissentiment d'opinion; il a ouvert sur ce point un troisième avis, quand il a proposé de joindre celte pièce à l'adorbital et au cotyléal , pour n'en faire qu'un seul os , sous le nom àejugal, qu'il vit alors subdivisé en plusieurs apophyses. Pour traiter définitivement du sujet de ce paragraphe et rendre notre récapitulation des os crâniens du Cro- codile tout-à-fait complète et plus méthodique , je vais en produire une nouvelle énumération, que je rangerai sous quatre chefs différens. Je me suîs fixé, quant aux tra- vaux de M. Cuvier , à ses plus récentes déterminations, qu'il a fait tracer en toutes lettres sur les crânes mêmes des animaux de la collection publique, et qu'il a pré- sentées à l'Académie des sciences en 1812 ,à l'appui de son nouveau Mémoire ; je vais donner d'abord les noms de M. Cuvier , cl ceux de ma nomenclature auxquels ils correspondent. ( =9» ) Tableau pour la concordance des os crâniens chez le Crocodile; correspondance et dénomination de ces os. Dans le travail de M. Cuvier. Dans le présent Mémoire. Intermaxillaires Adnasaux. Palatins Palataux. Apophyses ptérigoïdes internes. Hérisseaux. 1 .Coïncidence do- 1 Apophyses ptériçoïdes externes. Adeustaux. pinion sur les J T r r J r a T ° Faits : détermi- < Lacrymaux Lacrymaux. nation semblable. ) Frontal unique ^ Frontal unique. Pariétal unique Parie'tal unique. Caisse Enoste'al. Occipital inférieur. . . . Sous-occipital. Maxillaires supérieurs. . . Addentaux (i). Jugaux Adorbitaux. Frontaux antérieurs. . . . Ethmophysaux, Frontaux postérieurs. . . Jugaux. Dissentiment J Temporaux Cotyléaux. sur les faits : dé- / Mastoïdiens Temporaux. termination dif- j Q cc ipital supérieur. . . . Rupéal unique. ' Occipitaux latéraux. . . . Plur-occipilaux. Rochers Ptéréaux. Grandes ailes du Sphénoïde. Ingrassiaux. Os malléiforme Incéo-stapéaux. Adorbitaux. Voméraux. Cotyléaux. . Palpébraux. Entosphénal. '. . Hyposphéual. j°. Os primitifs , Protosphénal. non - distingués l Rhinosphénal. îusqua ce pur I . r comme élémens 1 Rhinopbysaux. crâniens : leur j , . . . ' Ethmosphénal. nature est cardia- I Malléaux. gineuse. ■ ' i) Mon Tableau synoptique donne la valeur de ces termes ; ainsi, ( *99 ) Explication de la Planche 16. Fig. 1, 3, 5. De grandeur naturelle, d'après un crilne retiré d'une momie, que j'ai moi-même trouvée dans les catacombes de Thèfoes en Egypte. Ce crrtnc m'a fourni les premières indications d'une nou- velle et petite espèce vivant dans le Nil ; je lui ai donné le nom de Crocodilus suclius. Anw., etc. , tome X , p. 8-4 • Fig. 2,4- Réduites au i/o d'après le crilne du Crocodilus biporcalus Cuv. , mêmes ouvrage et volume , page 48. Fig. 6, 11, 12. Grossies cinq fois et faites d'après des pièces prises à un fœtus du Crocodilus vulgaris, Cuv. Fig. 8. De grandeur naturelle , d'après une pièce du Crocodilus scle- rops , Cuv. Fig. 9, 10. De grandeur naturelle, d'après une pièce , 9 , du Croco- dilus patpebrosus , Cuv. , 10 , du Crocodilus vulgaris. Mémoire Géologique sur le sud-ouest de la France , suivi d 'observations comparatives sur le nord du même royaume , et en particulier sur les bords du Rhin ; Par M. Ami Booé. ( Suite. ) Le Calcaiie à gryphiles ou le Lias, qui forme à l'or- dinaire l'assise inférieure du Calcaire du Jura, ne se trouve peut-être guère sur le pied des Pyrénées , ou du moins je n'ai vu des couches marneuses grisâtres, pé- tries du Gryphœa arcuata , Lam. : ( Gr. incurva , Sow. ), qu'au nord de Saint-Girons, et je n'ai pas pu par exemple , le mot aidenlal signifie la première moitié {dentaire ) du maxillaire supérieur; adorbital, la seconde moitié {orbitairc) du même maxillaire , et plur - occipital , l'os résultaut de la réunion et fusion des deux pièces , L'occipital supérieur et l'occipital latéral. ( 3oo ) décider- si elles reposaient simplement sur le Muschel- halk, ou si elles étaient intercalées dans le Calcaire ju- rassique. La Dolomie jurassique est assez abondante dans les Pyrénées. Cette assise se trouve à l'ordinaire , comme on le sait (i) , assez près du Lias , et elle aurait dû Gxer l'at- tention des géologues depuis long-temps, puisqu'elle se trouve bien décrite par MM. Voigt et Lupin, dans le quatrième volume des Ephémérides de Moll. Cette roche a , comme ailleurs, une structure grenue fine , ou bien elle n'est composée que de rhomboèdres de chaux carbonatée magnésifère. Sa couleur est le grîs- brunâtre , le jaunâtre et le blanc-jaunâtre veiné de bru- nâtre (Dax)-, elle se désagrège en sable 5 elle est fort .indistinctement stratiûée ; elle est fendillée et caver- neuse comme en Franconîe. Les masses les plus consi- dérables que j'en ai observées sont près d'Or thés , de Saint-Girons , de Nalzen , de Tercis et de Dax. Dans celle dernière localité elle ressort sur les bords de l'Adour, au pied delà bute de Diabasc, et elle en im- pose d'abord par son aspect cristallin. On y observe cependant quelques traces de restes organiques , en particulier des impressions de bivalves du genre Téré- bratule ?. Le reste du Calcaire jurassique des Pyrénées m'a paru être formé des Calcaires compactes , qui sont à l'ordinaire dans les parties inférieures ou tout-à-fait supérieures du Calcaire jurassique. LesOolithes y sont rares et ne se mon- trent que dans la partie nord-est. \ Voici quelques exemples de ces calcaires. Au sud d'O- (1) y oyez M. de Huch , Journal de Physique, tome g5 ; et se;. Mémoires lus à L'Académie île Berlin, en 182.». et i8a3. ( 3oi ) genn3 , clans la commune de Dogueu . on trouve à côte du Quadersandstein des couches d'un Calcaire compacte , blanchâtre , qui alterne avec des lits d'un Calcaire mar- neux de la même couleur et légèrement rosaire, qui l'enferme des Coraux, des piquans d'Oursins , et les mêmes débris d'Isis, qu'on observe dans les Grès in- férieurs. A l'ouest d'Ogenne l'on retrouve les mêmes couches accompagnées de quelques masses de Calcaire blanc-jaunâtre à Nummulites. A Tercis , près des bains chauds , l'on observe des couches fort inclinées d'un Calcaire compacte ou mar- neux, gris-blanchâtre, à débris d'Orthocératites , à Bival- ves , à Peignes et à Huîtres , et l'on trouve aux rochers de Tercis, sur le bord de l'Adour, des variétés de Calcaire grisâtre , noirâtre et brun-jaunâtre , à débris de Madré- pores , de Coraux , d'Encrines , d'Oursins et d'Huîtres. A Montgaillard , le Calcaire compacte est gris-blanc et alterne avec des Marnes calcaires brunes et grisâtres. Près de Foix et de Nalzen , la chaîne jurassique gro- tesque offre des couches quelquefois contournées d'un Calcaire compacte gris ou jaunâtre 5 on y voit du Fer sulfuré et des restes organiques , et dans sa partie infé- rieure il y a quelquefois des amas ou des bancs en partie composés de Fer hydraté globulaire rougeâtre , et des petits amas de Liguites ou Jayet , comme près de Maudin (1). De semblables liguites se voient aussi près d'Orthès , _et, suivant M. Palassou , on y aurait trouvé quelque- fois une résine succinique : fait qui , s'il n'y a pas erreur de gissement , mérite quelque v alteulion , puisque M. le (1) ^ryc: Mém. de M. Palassou , iSi5,i>ng<; /jfr). ( 3o a ) professeur Mérian , de Bàle , m'a montré des résines semblables, découvertes près de cette dernière ville dans une Argile bitumineuse, qu'on regarde comme inférieure et appartenant au Lias. Après avoir esquissé à grands traits la constitution géologique des Pyrénées , si nous portons notre atten- tion vers le nord du grand bassin de la Gascogne , dont les Pyrénées sont la limite méridionale, nous trou- vons que la plupart des formations secondaires de cette ebaîne , à l'exception du Calcaire jurassique, n'y occupent qu'une place si peu considérable , qu'on peut facilement les omettre dans une vue générale. Les recherches des géologues n'ont encore fait dé- couvrir dans cette partie de la France que quelques masses de Grès bigarré et de Calcaire secondaire co- quiller ancien, de Ouadersandtein et de Calcaire à mine- rais de Plomb et de Zinc (Mclle , départ, des Deux-Sè- vres \ Sanarais, départ, de la Vienne, et Allau , départ, de la Charente ) (i). Ce dernier a son gissement sur les Grès houillers des départemens du Lot et de l'Aveyron , et parait se rapporter, d'après les observations les plus ré- centes, plutôt au Muschelkalk qu'au Zechstein. Outre le Grès bigarré qui existe dans le fond oriental de notre bassin, on peut y rapporter, avec quelque vraisemblance, les masses gypseuscs compactes et spathiques , éparses ça et là, comme celles des environs de Saint-Front, de Le- vert el de Repeire , près derRochéfort , de Cognac , de Saint- Jean-d'Angely , de Bergerac , de Beaumont et de Villeréal, dans le département de Lot-et-Garonne, et plus (1) Voyez Koticc sur une formation métallifère dans l'ouest de la France, par M. Bonnaril ( Bull. Je la Soc. Fhilom. , avril 1823, p; 57.) ( 3o3 ) au nord , les Gypses de Decizcs et de quelques autres points (i). Ces Gypses et ces Marnes sembleraient indiquer fai- blement la liaison du Grès bigarré de la Lorraine avec celui des Pyrénées. Cependant la position de ces masses dans les dépar- temens de la Charente-Inférieure , de la Charente et du Lot, presque sur la limite du Calcaire jurassique, du Grès vert et de la Craie , est assez particulière pour attendre de nouvelles recherches , qui achèvent de fixer définitivement l'âge de ces dépôts morcelés. Le Calcaire jurassique recouvre toutes les formations plus anciennes , probablement à cause du niveau bas qu'elles avaient seulement atteint ou qu'elles avaient lors du dépôt jurassique. Ce Calcaire entourant le bassin du nord de la France sépare , d'abord , le sol intermé- diaire du Limousin de celui de la Vendée , et s'étend ensuite au sud jusqu'à environ une ligne, qui passerait au nord deRochefort, d'Angoulême , de Périgueux , de Gourdon , et au sud deCahors et de Gaillac. La partie inférieure de ce dépôt calcaire paraît se trouver seule- ment dans le fond oriental du bassin dont nous nous occupons , et le Calcaire à gryphites ( Terrasson , etc. ), ainsi que les étages inférieurs du Jura paraissent y abonder , tandis que dans toute la portion nord-est de cette étendue calcaire , l'on ne voit guère que des Oolithes, des Calcaires compac es, et les assises les plus récentes de celte formation , telle que le Calcaire à poly- piers ( Coralrag des Anglais) , etc. M. Jouanet cite (2) des impressions de Poissons dans (1) A quelle formation appartient le Gypse d'Aiguepcrseen Auvergne? fa) T^ojez le calendrier des corps administratifs et judiciaires du département de la Dordogne, pour 1820. ( M ) un Calcaire du Périgord. Il serait intéressant de s'as- surer s'il appartient au Calcaire jurassique , et s'il faut aussi annexer à ce dépôt ou à la Craie ces Calcaires qui couronnent les coteaux de Chavagnac et de Ladoma , et qui renferment, d'après le même savant, des Peignes , des Ammonites , des Huîtres , des Bélemnites , des Pois- sons et des Ecrcvisses. Ayant observé que ce dépôt jurassique était difficile à étudier dans l'intérieur du pays , je me suis dirigé , avec- plus d'espoir de succès , vers la côte, et j'ai trouvé , en effet, qu'entre Luçon et Rochefort les dillereus Cal- caires jurassiques étaient assez bien exposés le long du rivage. Cependant, la stratification très-peu inclinée et même ondulée de ces roches , les marécages et les sables des baies profondes, empêchent de suivre d'un bout à l'autre toutes les différentes couches de ce dépôt. Assisté des lumières et des connaissances locales de MM. Fleuriau de Bellevue et d'Orbigny, j'ai pu observer, grâce à leur bienveillance envers moi, les faits suivans. Les Calcaires compactes et coquillers de cette côte sont tous de la partie supérieure du calcaire jurassique , ou , plus exactement , au-dessus de la grande masse oo- lilhique , comme l'on peut s'en assurer , soit en Angle- terre , soit en faisant la route de Metz à Verdun , de Nancy à Bar-le-Duc ou de Lure à Troyes. Néanmoins , dans l'intérieur du pays , il paraît qu'il y a des Calcaires jurassiques plus anciens , car à une lieue au nord de Niort abonde ce Calcaire particulier , à débris d'Encrincs et d'une teinte brune-jaunàtre , qu'on voit dans le nord- est de la France, non loin du Calcaire à grypbiles ou du Lias , comme autour de Nancy et de Metz. Le plus ancien Calcaire de la côte parait être le Cal* aire compacte, blanc ou blanc-jaunàtrc, qui s'adosse ( 3o5 ) immédiatement contre le sol intermédiaire delaVendée ; il renferme clans certains lits un grand nombre de pé- trifications , parmi lesquelles se remarquent surtout , de même qu'en Bavière et dans le département de la Meuse , des Ammonites , des Nautiles , desTérébratules, des Cardium , etc. , comme près de Lucon , de Grelot, etc. D'autres lits, qui semblent un peu su- périeurs , contiennent une grande abondance d'impres- sions et de moules de Donaces , de Sabots , de Bncardes, d'Isocardes (I. Diceras d'Orbigny) , de Vis, de Fu- seaux et de Céritbes , comme cela se voit près de La Rochelle et à Angoulin. Parmi les pétrifications rares de ce dépôt , le savant et laborieux M. d'Orbigny m'a fait voir dans sa belle collection des Diceras , des Patelles , des Ptérocères et même des Eburnes. Autant qu'on en peut juger, il parait que les parties tout-à-fait supérieures de ces Calcaires sont des alterna- tions de Calcaire compacte lumachelle ou pétri de pe- tites Huîtres. Immédiatement au-dessus s'élève le Cal- caire à polypiers (i), comme cela se voit à la pointe Duché. Cette dernière roche n'est qu'un agrégat de plusieurs espèces de Madrépores ,'ou , plus exactement, de rochers de polypiers , contre lesquels sont venus s'appliquer des bancs d'Huîtres et .des Encrines , et dont les interstices ont été remplis par des fragmens d'êtres marins et par un limon calcaire qui s'est durci. La décomposition donne actuellement, à ces couches des formes tout-à-fait grotesques oxt, une surface fort raboteuse. (i) T'oyez le beau travail de M. Prévost sur la Normandie , Annales des Sciences Naturelles, toin. I , p. 2Ç)3 ; et les Mémoires de la Soc. Linn. de Caen v. i. ( 3o6 ) Au-dessus de cette assise , d'une dixaine ou vingtaine de pieds environ d'épaisseur , se trouvent quelques lits de Calcaire compacte ou marneux , qui renferme des débris de Madrépores et de coquillages, et probable- ment là-dessus reposent les couches puissantes de Marne grise et bleuâtre, qui sont si bien exposées à la pointe de Chateillallion , car malgré leurs ressemblances avec certaines parties du Lias anglais , le manque de pétri- fications caractéristiques et leur place entre les Calcaires jurassiques très-récens et le Grès vert, laissent peu de doute sur leur place géognostique. Ces Marnes , plus ou moins endurcies , forment une masse à surface convexe , qui se trouve divisée eii un grand nombre de lits. A la pointe de Chateillallion on peut compter au moins quatorze lits de Marne endurcie, alternant avec d'autres plus tendres , et ça et là l'on y aperçoit clés coquillages et surtout des Bivalves. Sur elles repose une couche de Calcaire oolithique et sablonneux blanc-jaunàtre , à JNummulites et coquil- lages, puis vient une lumachelle à Huîtres crétées , à petites Gryphées ( G. auricularis , Bg. ), et à Trigonics , et enfin des Calcaires marneux à surface bosselée, qui indiquent déjà le voisinage du Grès vert, par des points verdàtres d'une substance ressemblant à la Chloriie terreuse. Dans le fond delà baie, entre les pointes de Chateil- lallion et de Fouras , l'on revoit , au lieu dit le Rocher, des masses de Calcaire lumachelle , et peu à peu l'on se trouve dans les sables , les Grès et les Marnes du Grès vert. D'après les détails que nous venons de douner sur la composition des bords du bassin du sud-ouest de la Frauce , nous voyons évidemment que ce n'est qu'une ( à°7 ) immense cavité entourée de Calcaire jurassique et for- mée , comme le bassin du nord de la France , par l'inclinaison opposée des masses de Calcaire des deux côtés du bassin •, en un mot , c'est une cavité qui n'est pas tant due à un creusement postérieur qu'à la con- cavité même des couches qui constituent son fond et qui ont dû se modeler sur la surface inférieure des roches , qui formaient entre les Pyrénées , le Limousin et la Vendée , le lit fort profond d'un bassin ou d'une grande baie. Sur le dépôt jurassique est venue se placer \a. formation crayeuse , qui , comme ailleurs , présente dans sa partie inférieure le terrain du Grès ou du Sable ferrugineux et vert (Iron et Green sand des Anglais), et est com- posée elle-même de Craie chloritée , de Craie grossière et de Craie proprement dite. Cette formation occupe une étendue considérable dans la partie nord du bassin, s'étend le long du Calcaire ju- rassique, le recouvre même souvent , surtout dans les départemens de la Charente et de la Dordogne , et vient se cacber sous les terrains tertiaires vers une ligne qui passerait environ .par Mortagne , au nord de Mirambeau et de Coutras , non loin de Bergerac , et qui traverserait la partie septentrionale du département de Lot-et-Ga- ronne , pour venir se terminer dans celui du Lot , au nord-ouest de Cahors. Mais dans ces deux départemens , différens terrains tertiaires recouvrent très-souvent la Craie , en isolent des portions dans le fond des vallées et rendent très- difficile l'énumération des lieux où elle se trouve. C'est encore moins aisé au pied des Pyrénées , où. la formation crayeuse ne se trouve que çà et là dans le département t 3o8 ; des Landes et près de l'embouchure de l'Adour , et où ces couches, très-fortement inclinées ou même verti- cales (Bedat), indiquent les pentes rapides qu'elles re- couvrent ou les bouleversemens qu'elles ont subis. Le long du reste des Pyrénées , et dans le fond du bassin , les terrains plus récens empêchent probable- ment de l'apercevoir 5 cependant , d'après la constitu- tion géologique des Landes et les espèces de^ hauteurs qui les traversent environ du sud sud-est au nord nord- ouest , il n'est pas impossible qu'avant le dépôt ter- tiaire , la Craie de Dax, etc. , ne formât une chaîne plus ou moins continue jusqu'à l'embouchure de la Garonne, et que c'est dans ce bassin crayeux presque fermé , que se sont déposés les terrains tertiaires. Cette formation ne présente dans les Landes que le Grès vert, la Craie chloritée et grossière , tandis que la Saintonge et le Périgord offrent la série de ces dépôts plus complète même que dans le nord de la France et l'Angleterre. Le Grès ferrugineux et vert y forme sous la Craie une bande continue , très-importante pour l'industrie des départemens de celte partie de la F.rance ; ce terrain est composé de Sables , de Grès , de Marnes plus ou moins argileuses , et de dépôts de Fer hydraté et de Lignites. Les sables sont quartzeux et quelquefois micacés ou chlorités; ils sont blanchâtres, jaunâtres ou ferrugi- neux et bruns-jaunâtres -, ils sont agglutinés , ç.à et là , en Grès quelquefois assez grossiers et même assez fortement cimentés pour servir de pavé, comme les Grès de Tenssac, qui forment le pavé de Bordeaux. Ces roches renferment dans certains lits des rogn£rts ( 3o 9 ) de Marne ou de fer hydraté , ou bien quelques traces de Lignites quelquefois imprégnés de fer hydraté. Les carrières ou les escarpemens de ces Sables ont le plus souvent l'apparence des Sables tertiaires, supé- rieurs au gypse de Montmartre , comme , par exemple , le9 Sables qui sont à une lieue de Rochefort et qui rap- pellent ceux du Mans. Les Marnes sont grisâtres , noirâtres ou jaunâtres ; elles sont plus ou moins feuilletées et renferment sou- vent de petites particules dune substance verte : on v trouve çà et là des lits bitumineux ou même des amas de Lignite, composés de Bois dicotyîédons et de Plantes marines , et accompagnés de Pyrite blanche et de pro- duits siliceux ou calcédoniques. Ces Marnes passent à l'Argile schisteuse et alternent avec des Sables ou des Grès , comme cela se voit bien à la pointe de Fourras et vis-à-vis de l'île d'Aix. Dans la première localité, l'on voit sur le côté nord- est des Calcaires compactes jaunes , brunâtres , à débris xle coquilles , former le toit supérieur de la formation jurassique, et à quelque distance de-là paraissent , à fleur de la mer, des couches presque horizontales de Marnes feuilletées grises-noirâtres , à parties verdàtres , à py- rites et à petits fragmens de Lignite. Le lit le plus in- férieur est extrêmement bitumineux et est couvert d'ef- florescences d'alun •, c'est probablement presque le même que celui qui renferme, au port des Bagues dans l'ile d'Aix, les bois bitumineux, pyriteux et siliceux, l'amas de Fucus fossiles ou de Tourbe marine de M. Fleu- riau de Bellevue , et les rognons d'une espèce particu- lière de Retinasphalte jaune-brunâtre e* identique avec celle de la Craie chlori^ée d'Obora en Moravie. Ces Tome 111. 21 ( 3.o ) bois montrent qu'ils ont été long-temps sur le rivage de la mer , puisqu'ils sont couverts d'Huîtres et de Serpules, et qu'ils sont percés de trous de Tarets , qui ont été remplis postérieurement par de la Pyrite blanche ou de la Calcédoine (i). Sur ces Marnes repose une couche d'un Sable jau- nâtre ou blanchâtre, qui est en partie agglutiné en un Grès qui offre la particularité qu'une partie de la por- tion supérieure de ses lits horizontaux a une incli- naison propre de quinze degrés au sud ; et de plus ce Grès, à ciment calcaire, présente des concrétions en forme de choux-fleurs comme le Grès de Fontainebleau^ Quelques débris de Lignite existent aussi dans ces couches arénacées qui sont séparées par des Argiles mar- neuses , schisteuses , brunâtres , d'une masse de vingt pieds d'épaisseur d'un Grès jaunâtre, souvent sablon- neux et çà et là ferrugineux. Ce dernier dépôt , qui paraît correspondre aux Sables au nord de Rochefort , est recouvert , de même que ceux-ci, par une couche d'un Calcaire compacte , sa- blonneux , jaunâtre , qui renferme quelques Térébra- tules et des Bivalves indistinctes. Des dépôts semblables se voient , par exemple, près d'Angoulême cl de JVIareuil , où. les Grès sont quel- quefois grossiers, très- ferrugineux , ou rougeâtres , et jaunes-brunâtres , et il reste à décider si les Grès assez semblables , accompagnés d'Argile rouge et jaune (i) Voyez pour plus de détails le Me'raoire de M. Fleuriau de Bel- levue. Serait-ce peut-être un dépôt semblable , auquel appartiendrait la forêt sous-marine à roseaux , à feuilles d'arbres et à substances cal- cédoniques, découverte près de Morlaix, par M. de ia Fruglaye? ( 3ir ) et de Minerai de fer hydraté, qu'on rencontre près deTbiviers et de Clermont , appartiennent au Grès dont nous nous occupons, ou au Quadersaiidstein. Néanmoins il est certain que ces roches abondent dans le Périgord , dans le nord de l'arrondissement de Bergerac et de Sar- lat, comme à Quinsac , Villars , Saint-Crépin , etc. Elles renferment beaucoup de rognons et d'amas de fer hydraté , et dans certains endroits une grande abon- dance de bois silicifiés et percés de Tarets et de Fistuianes, comme à Saint-Apre, Mensignac , à Ville-Chalane , à Saint-Martial , entre ce bourg et Quinsac , dans la forêt de Villambard, à Bussière, à Varaignes, à Saint-Martin de Fressingues et au lieu dit Chambor près de Sarlat , où on voit aussi des produits calcédoniques (i) et pyriteux , et quelques coquillages siliceux tels que des Olives. Ailleurs , comme dans le vallon de Pommier en face de Proseau , près de Périgueux , on v voit du charbon minéral dans un Calcaire bleuâtre , et les Cal- caires crayeux des mêmes contrées ont offert rarement de petits rognons de résine fossile, comme près de Château- TEvêque (2). Les dépôts de fer hydraté de cette forma- tion méritent une attention particulière , puisqu'ils ali- mentent beaucoup de forges et d'usines de cette partie de la France. Le fer hydraté est disséminé dans les Grès ou les Sables, où il s'y rencontre en rognons ou nids plus (1) Lorsque ces nids siliceux du Grès vert ou de la Craie sont co- lores par du 1er hydrate' , ils rappellent quelquefois le Jaspe brun égyptien, et indiquent peut-être ainsi son gissement. (2) Voyez les intéressantes observations mine'ralogiques de M. Jouan- net, dans le Calendrier des corps administratifs, judiciaires et mili- taires du département de la Dordogne , 1820. 21 » ( 3.2 ) ou moins gros ; il forme des masses cellulaires et com* pactes ou des hématites , comme dans plusieurs localités du Périgord , à Fulgon et non loin de Fumel , dans le déparlement de Lot-et-Garonne. Sur ce dépôt se trouve la Craie givssière , qui forme aussi nue bande traversant la France depuis Rocliefort jusque dans le nord du département de Lot-et-Garonne , et on la voit reposer sur le Grès vert, soit à Fourras, soit entre Saint-Pierre et Charrois , près de Rocliefort. Cette Craie grossière se présente soùs un aspect un peu différent qu'autour du bassin du nord de la France et de. l'Angleterre ; elle offre en général un Calcaire assez compacte , très-blanc , et rarement faiblement tachant. Cette roche a un grain plus ou moins grossier, et a l'air, au premier aspect, d'une singulière Oolithe indistincte et compacte ; mais quand on vient à l'examiner avec atten- tion , on s'aperçoit que ce n'est véritablement qu'ui agrégat de débris d'êtres marins , qui sont plus 01 moins brisés en pet : ts morceaux, et cimentés ensemble par un limon calcaire ou spathique. Quand tous les in- terstices n'ont pas été ainsi remplis , la roche a çà et là des cellulosités. Dans le voisinage du Grès vert on y aperçoit aussi quelquefois quelques points verdàtres ou quelques écailles de mica. • Les pétrifications intactes y sont rares et appartiennent surtout aux genres de fossiles les moins fragiles : ainsi on y trouve des Bivalves indistinctes , des Pétoncles , des Huîtres , de petits Peignes, des Térébratules (Fumel), des Trigonies et des Vis , et surtout dans certains bancs une assez grande quantité de débris et d'individus en- (M) tiers de Spliérulites , de Caprines ( C. opposila d'Orbi- gny ) (i) et d'Ichliosarcolites., Les Spliérulites occupent parleurs lames horizontales des étendues quelquefois très -considérables , et leur in- térieur est assez souvent rempli d'une marné terreuse , et les singuliers Ichliosarcolites ont de quatre pouces à un pied et demi de long. Ces restes organiques sont épars dans tout le dépôt, comme à Fourras , entre Rochefort et Tonnaint ( Cha- rente ) , dans le Périgord , et à Fumel , dans le départe- ment de Lot-et-Garonne. Ce Calcaire est employé souvent pour les routes et pour la bâtisse, et il est même excellent pour les cons- tructions sous l'eau , lorsqu'il est un peu grossier, comme celui des carrières de Saint - Savinien , qui rappelle certains Calcaires du Leithagebirge en Autriche-. Celui qui est Cn , comme la roche de Crasanne, est bon pour bâtir des maisons. La Craie proprement dite passe à la roche précédente au moyen de couches intermédiaires qui, sans avoir la compacité des Craies grossières, se distinguent cepen- dant par le manque de cette cassure terreuse uniforme de la véritable Craie , qui parait restreinte à la 1 Sain- tonge et au Périgord. Cette roche est divisée comme la précédente , généra- lement en lits presque horizontaux et quelquefois on- dulés ; elle abonde , comme partout ailleurs , en Silex pyremaque et corné (Hornsleiii), qui paraissent presque entièrement manquer dans les assises de la Craie gros- si) 1 (Soyez Annales &ii Muséum. ( 3i4 ) sière , et qui y sont irrégulièrement disséminés ou en espèces rie bandes interrompues. Les pétrifications de la Craie sont abondantes et en partie siliceuses 5 ainsi l'on trouve, soit dans la Saintonge, soit dans le Périgord, une grande abondance de Sphé- rulites et d'Alcyons siliceux, et Ton y voit distribués irré- gulièrement des Madrépores, desFlustres, des Gorgones, des Orthocéralites , des Huîtres, des Peignes (Saintes) , des Plagiostomes ( P. Spinosa ) , etc. ( Saintes ) , des Térébratules , etc. Des Oursins et des Nummulites s'y rencontrent à Talmont, près Royan à l'embou- chure de la Gironde, des Cyclolites siliceux à Cendrieux près de Vergt , et dans le lit de la Double , près de la source de la Lucre dans le Périgord , et peut-être des Hamites , suivant M. Jouannet , à Saint-Jean-de-Cole (1). Sur le pied des Pyrénées , dans le département des Landes (2) , le Grès vert ne se montre que çà et là dans le fond de quelques vallées , comme dans celle de Gabas près de Sainte-Marie, et, suivantM. Dufour, à Gambon et Mugron. Il est composé de gros grains de Quartz et à particules vertes disséminées , et il est çà et là très- fortement cimenté , comme le Grès des paveurs du Mans et de La Flèche. (1) t^oyez Calendrier, etc., du de'partement de la Dordogne, 1820. (3) C'est avec le plus grand plaisir que je reconnais ici combien m'ont été utiles, dans ce de'partement, soit les renseignemens des savans et obligeans docteurs Grateloup et Dufour , soit la vue de la précieuse collection de M. de Borda à Dax; tout ce que je dis de celte contrée, est connu de ces Messieurs, mais faute d'avoir fait de la géologie une étude particulière , le'classement des objets leur devenait quelquefois difficile ; j'aurais bien à me féliciter de mon voyage , si ce faible essai pouvait'contribuer à diminuer leur embarras et nous procurer bientôt une description détaillée de cet intéressant pays. ( 3i5 ) Cette agrégation particulière et irrégulière fait qu'il ne reste quelquefois de ces couches détruites que quel- ques blocs épars qui , entourés çà et là de terre végé- tale ou de champs , ont l'air de monumens druidiques ou de blocs roulés comme les roches primitives sur le Jura. Ce fait se voit bien dans la vallée de Gabas. Les Sables ferrugineux ne s'y laissent pas apercevoir, et en général il paraît que la Craie chloritée , plus ou moins mélangée de parties sablonneuses , remplace dans cette contrée une portion de ce dépôt ; du moins cette assise particulière de la formation crayeuse , ressort dans un grand nombre de points sous les recouvremens ter- tiaires. Ainsi on voit de la Craie chloritée au nord et à l'ouest de Coudure , dans la commune de Sainte- Colombe , à 7\ires-, à l'entrée du chemin de la Hon- tannette, près de Bastènes , à Baiglz, à Lahosse , à Lour- quen , à Mugron , à Montfort, à Nousse , à Ozoure , à l'Esperon , à Talamon , ta Bedas ( trois métairies sur l'Adour, entre Tercis et Dax ), à Tercis , à Pouillon , à Biodos et entre Saint-Jean de Marsacq et Saint-Vincent. Dans plusieurs de ces localités , la Craie chloritée est en partie employée à la bâtisse , et en partie exploitée comme Marne pour l'amendement des terres , comme dans la superbe carrière de Tribaix , dans la commune de Sainte-Colombe , où l'on peut compter au-delà de douze alternations de Craie chloritée assez compacte , et de Craie marneuse chloritée, et où abondent les Crabes , les Echiuites, les Nautiles , les Térébratules ( T. sub- striata Schl. , Def ranci, Bg. ) , les Plagiostomes (P. spi- nosa Sow. , les petites et grandes Huîtres ( O. vesicu- /amLam.), et quelques autres Bivalves et Univalves tur- riculées , en particulier une Univalve voisine d'un Buccin. ( 3i6) Dans la carrière de pierre à bâtir près de Bedat, non loin de l'Adour , l'on voit alterner de même plusieurs couches semblables qui sont remplies de Clypéastres bom- bés , de Cassidules , de Plagiostomes (P. spinosa Sow.), des Madrépores, etc. Elles sont placées verticalement à côté de couches jurassiques semblablement situées , et n'en sont séparées que par un lit mince d'Argile ; c'est un bel exemple du renversement d'une grande série de couches. Ce dépôt est en général riche en pétrifications , tant zoophytiques que de la classe des Mollusques, des Crus- tacés , et même rarement de celle des Poissons, dont des dents et des impressions y ont été trouvées aux envi- rons de Saint-Séver. On y rencontre aussi des petits amas ou lits de Lignite, ou des bois bitumineux percés, comme à l'île d'Aix, de trou deTarets, comme cela se voit à Saint-Jean de Mar- sacq , près de Saint-Vincent, de Tercis et au pont de Brinx , et même on y trouve, rarement, la résine fossile et les produits calcédoniques de la Saintonge , comme près de Pouillon. Enfin des Silex cornés (Hornslein) ou pyromaques ne s'y voient que rarement , comme , par exemple , dans une couche de Bedat et à Aires , près de Saint-Séver , où l'on voit reposer sur une Craie chloritée durcie , verte, bleuâtre , une Craie blanchâtre , peu chloritée et à silex , et une Craie marneuse blanche à silex corné et pyromaqne. Outre la Craie chloritée , le département des Basses- Pyrénées présente çà et là ( Baigtz près d'Orthcs ) des Calcaires marneux assez schisteux et noirâtres , dans lesquels abondent les Orbitolitcs , et le département ctés (3i 7 ) Landes offre encore ça et là des masses de Craie ou plutôt dé Calcaires compactes crayeux àNummulites, à Madrépores , à Serpules et à Peignes , comme dans les communes de Montfort , de Gamarde , de Lahosse , de Baigtz -, dans la lande de Bergoucy et entre Donzat et Bastènes , au pont de Brinx près d'Orlhes. A un quart d'heure au nord-ouest de Bastènes, l'on voit paraître, à côté des Marnes bigarrées à Gypse et à Arragonites , une petite masse de Craie proprement dite , qui renferme des Silex cornés et pyromaques , et qui , par sa position , semblerait supérieure au Calcaire à Nummulites. Du reste , toutes les portions de Craie sont si mor- celées dans le département des Landes, et se trouvent si singulièrement placées , soit à côté du Grès bigarré et du Calcaire jurassique , soit près du Calcaire grossier ter- tiaire et des Sables tertiaires supérieurs , que ce n'est que par analogie et par les pétrifications qu'on peut par- venir à classer ces masses. ( La suite au prochain Numéro. ) Esquisse d'une distribution générale des Mollusques , d'ajyrès un ouvrage inédit , intitulé : Familles Naturelles du règne animal , exposées succinctement et dans un ordre analytique , avec l'indication de leurs Genres | Î*ar M. Latreille, ( De l'Acade'mie royale des Sciences , etc.) Lacécité de M. le chevalier de Lamarck, événement qui eût affligé le simple ami de l'humanité, mais bien plus déplorable par ses suites pour l'ami des sciences natu- (3x8 ) relies , l'a obligé de me confier la tâche honorable de le remplacer dans l'enseignement public. Afin de répondre de mon mieux à ce nouveau témoignage d'estime et d'amitié, il m'a fallu détourner mon attention des ob- jets dont je m'occupe habituellement pour la porter sur d'autres , tels que les Mollusques , les Annelides , les Radiaires, etc., avec lesquels j'étais peu familier. Sans vouloir m'élever au-dessus des fonctions d'interprète , et toujours pénétré de l'idée que je n'étais que l'organe de ce célèbre professeur, je devais néanmoins chercher, par de nouvelles études et la méditation des meilleurs ouvrages traitant de ces animaux , à suppléer , par des développcmens et des commentaires , à la concision des leçons écrites que je donnais en son nom aux élèves. Sans parler de son excellente Histoire des Animaux sans vertèbres, qui en formait la base, j'avais pour moyens auxiliaires le Règne Animal, distribué d'après son organisation , par M. le baron Cuvier, ouvrage éminem- ment classique , ses beaux Mémoires sur les Mollus- ques, ceux de MM. Savigny etBlainville, d'autres travaux importans , tels que ceux d'Adanson et de MM. Poli, Férussac , Sowerby , Roissy , Lamouroux , Rudolphi , ainsi qu'un grand nombre d'autres , qu'il serait trop fastidieux de citer ici. Mais une vérité qui me paraît incontestable , c'est que vu les immenses progrès qu'ont faits, dans ces derniers temps, les sciences naturelles, l'exposition de ce dédale efirayant de genres et de sous-genres , résultat de la rapidité d'une telle impul- sion , est incompatible avec un cours élémentaire et de peu de durée ; et qu'il faut se restreindre à présenter aux étudians les coupes principales. Ne voulant pas courir les risques de m'égarer dans ce vaste labyrinthe , ( 3i 9 ) dont les difficultés sont d'autant plus grandes que la synonymie en est un elle-même, je me suis attaché à bien connaître les groupes les plus importans , en des- cendant graduellement des premiers, ou des classes , aux tribus et à leurs divisions les plus remarquables. Ajoutant aux données que j'avais ainsi acquises sur les Animaux invertébrés et inarticulés , celles que j'avais déjà sur les autres invertébrés , et dont j'augmente chaque jour le nombre , soit par mes propres obser- vations , soit par la connaissance de celles des autres entomologistes , j'ai rédigé , pour tous les Animaux sans vertèbres , un prodrome général. Des motifs exposés dans l'ouvrage annoncé par le titre de ce mémoire, m'ont déterminé à réunir à ce prodrome un tableau des Animaux supérieurs , exécuté sur le même plan , et qui fait de ce livre un programme général de zoolo- gie. L'exemple d'une application partielle de mon travail, et ayant pour objet les Mollusques , envisagés sous l'ac- ception générale que M. Cuvier donne à cette dénomi- nation , pourra faire connaître d'avance ce que le public a à espérer de moi , par la mise au jour de cette produc- tion , et relativement aux classes dont je m'étais peu occupé. Pour éviter l'équivoque , qui résulte de la diversité d'emplois de la dénomination de Mollusques , peut-être serait-il à propos de la remplacer par celle d'Animaux à manteau ou mantelés , palliata , puisque cette expan- sion dermique de leur corps est l'un des caractères es- sentiels de leur organisation extérieure. Ces Animaux forment dans ma distribution générale la première division , ou race de ma seconde (i) grande coupe des Animaux , celle que j'appelle Céphalidiens , Petite- fi) La première est celle des Spini-Ce'rébraux ou vertébre's. ( 3ao ) Tétc , attendu qu'ils n'ont plus qu'un encéphaloïdë , composé d'un à quatre ganglions nerveux pro - oeso- : phagiens , et qu'ils manquent de cerveau et de cer- velet. Les Zoopliytes de M. Cuvier et ses Mollusques acéphales sans coquilles forment ma troisième et der- nière grande division du Règne Animal , celle des Acé- phales. Ici, lors même que les nerfs sont distincts, il n'existe plus d'encéphaloïde ou de ganglions nerveux pro-oesophagiens. Celui que l'on a découvert dans les Mollusques acéphales précités , ou les Tuniciers de M. deLamarck, est sous-œsophagien, et ce qu'on ap- pelle ici houche est simplement le pharynx. Quoique la distribution des Mollusques de ce savant naturaliste , et celle que M. Cuvier a donnée des mêmes animaux, présentent quelques diOërences , leur série, cependant , à un petit nombre d'exceptions près , est presque identique : je fais abstraction des titres et des dénominations des coupes. Quelques considérations ana- tomiques, et plus spécialement les variétés du mode de réproduction , dont M. de Lamarck n'a pas toujours fait usage , quelqnes divergences encore dans l'applica- tion de certains caractères extérieurs , ont produit les disparités des deux méthodes. C'est ainsi , par exemple, que pour n'avoir pas tenu compte des organes généra- teurs , M. de Lamarck a placé à la suite des Gastéro^- podes ntidibranches et inféro-branches de M. Cuvier, 1rs Cyclobranchcs et une portion des Scutibranchcs, Mol- lusques terminant dans la méthode de celui-ci sa classe des Gastéropodes, et immédiatement suivis des Acé- phales ou des Conchifères de M. de Lamarck. S'il était possible d'établir une transition entre les Poissons et lés Mollusques , les Céphalopodes, ainsi que le montre la (3,1 ) supériorité de leur organisation sur ces derniers ani- maux , nous fourniraient ce chaînon ; ces rapproche- mens ont été l'objet de l'un de mes Mémoires. M. de Lamarck, attachant plus d'importance à quelques carac- tères extérieurs des Mollusques qu'il nomme Hétéro- podes , a jugé qu'ils se rapprochaient davantage des poissons 5 mais toujours fait-il venir immédiatement après eux les Céphalopodes. Ceux-ci , dans l'ordonnance méthodique de M. Cuvier , sont suivis de Ptéropodes. L'autre professeur , négligeant encore la considération des organes sexuels , et voyant que dans quelques-uns de ces animaux, comme les Hyales , la tète n'était plus distincte , caractère propre aux Acéphales ou Conchi- fères , a pensé que les Ptéropodes étaient intermédiaires entre ceux-ci et les Trachélipodes , qui sont des Gasté- ropodes pour M. Cuvier. C'est néanmoins sur des bases anatomiques et de première valeur que repose la clas- sification de M. de Lamarck. Il s'est ensuite plus parti- culièrement attaché à l'examen de la coquille, et de manière que dans la plupart des cas l'on puisse arriver à la détermination des genres , par la seule étude de ce corps testacé, et sans que les rapports naturels soient offensés. Afin de suppléer à l'impuissance où l'on est , la plupart du temps , d'observer l'habitant de la co- quille , il a donné une autre méthode , uniquement fondée sur ce moule extérieur du corps de l'animal. C'est aussi ce qu'a fait un autre naturaliste , dont l'ou- vrage , en latin et danois , est peu connu, M.Schu- macher. Mais cet estimable auteur parait avoir perdu de vue que , dans les méthodes artificielles même , il faut tâcher de s'éloigner le moins possible de l'ordre naturel , et que dans le cas dont il s'agit, l'organisation (3*a) du Mollusque doit toujours servir de boussole : sans cela, l'on confond des tests de Cirripèdes , d'AnneliJes et d'Échinodermes avec celui des Mollusques , ou on prend pour une Coquille une peau osseuse , et on rap- proche des objets très-disparates. Aux genres déjà pu- bliés , ce naturaliste ne a ajouté de nouveaux , et que Ton retrouve dans des ouvrages postérieurs , sous d'au- tres dénominations ; c'est ce qui m'a déterminé à donner la correspondance de sa nomenclature géné- rique avec celle de M. de Lamarck. M. Turton , na- turaliste anglais , dans son ouvrage sur les Coquilles bivalves de la Grande-Bretagne, n'a pareillement em- ployé que le test pour signaler ses coupes génériques. Dans sa distribution générale des Mollusques , faisant partie des quatorzième et quinzième livraisons de son magnifique ouvrage sur les Mollusques terrestres et fluviatiles , M. le baron de Férussac suit une marche parfaitement régulière , puisqu'elle est toujours établie sur l'organisation de ces animaux , et que les carac- tères tirés de la coquille ne sont que secondaires. Sa méthode , au surplus , quant aux Mollusques marins , ne diffère guère de celle de M. Cuvier, qu'en ce qu'elle est moins simple et accompagnée d'une synonymie très- étendue. Ayant donné trop de latitude à ses familles, les signalemens que lui fournit la coquille sont for- cément trop généraux et peu déterminés ; et ceux qui viennent en première ligne étant censés non avenus , puisqu'on ne possède point , le plus souvent , l'animal , cette méthode ne peut être , telle qu'elle est présentée, d'un grand secours pour le conchyliologiste. Ces remar- ques ne s'étendent point aux Gastéropodes terrestres et fluviatiles , personne ne les ayant mieux étudiés que lui , ( 3a3 ) et n'en possédant une collection aussi considérable en es- pèces et en variétés. Nous croyons pouvoir ajouter que ce savant aurait dû employer, dans ses caractères, des parties de l'animal, autres que celles dont il se sert ordinaire- ment, telles que les tentacules , les yeux et quelques autres. C'est exclusivement sur la connaissance appro- fondie et complète de l'organisation des Mollusques , et dont les Mémoires de M. Cuvier nous offrent le modèle, que l'on pourra établir des genres bien naturels. De cette connaissance seule dépend encore l'explication de la variété de formes des coquilles ou de la corrélation du moule avec l'objet moulé. Si à l'égard du genre Scarabée de Linné , l'on s'en fût tenu aux caractères qu'il lui assigne , dans quel embarras ne serions-nous pas aujourd'hui pour signaler les neuf cents à mille espèces , dont, d'après ses principes , il se compose maintenant 5 pourquoi le genre Hélix de M. de Férussac ne serait-il pas aussi une famille ou une sous-famille ? Je ne doute pas qu'une étude profonde et détaillée de divers organes des Mollusques , auxquels jusqu'ici on a donné peu d'at- tention , n'eût fait connaître les rapports de ces parties avec les formes de la coquille. Ces caractères, inaperçus jusqu'ici , auraient consolidé l'établissement de ces coupes , qualifiées du titre de genres par les plus ha- biles naturalistes , et qui ne sont plus que des sous- genres pour M. de Férussac. Voulant soumettre la no- menclature à un système raisonné , il a changé toutes leurs dénominations. Mais en rendant justice aux ta- lens et aux bonnes vues de cet auteur, j'ai peine à me persuader que ce néologisme puisse prévaloir sur les habitudes mémoriales , qui opposent un si grand obstacle à ces sortes de réformes. 11 en sera probablement ainsi ( 3*4 ) <îe la nomenclature d'un célèbre zootomiste, qui, après MM. Cuvier et Poli , connaît le mieux l'anatomie des Mollusques, M. de Blainville. Il nous est permis, d'a- près ce qu'il a déjà publié sur eux, de présumer que l'ar- ticle du Dictionnaire des sciences naturelles , relatif à cette division zoologique et dont il est chargé , sera l'un des plus riches en observations et une mine fé- conde pour le conchyliologiste. Admettant, à l'exemple de M. Cuvier, le mode de reproduction des Mollusques , comme l'un des élémens essentiels de leur classification , je partage d'abord, ces animaux en deux premières coupes ou branches ; les Phanérogames, ou ceux dont les deux sexes sont bien dis- tincts , où celui du mâle s'annonce par la présence d'un organe copulateur , tantôt solitaire , tantôt réuni avec celui de la femelle sur le même individu ; et en Agames , ou ceux qui offrent un tel assemblage , mais sans organe propre à la copulation. Dans les premiers , la féconda- tion nécessite l'accouplement; les seconds se fécoudent eux-mêmes. Ces combinaisons et les services variés des organes générateurs ont été employés avec un grand avantage par M. Cuvier , dans l'exposition des carac- tères des coupes principales de son embranchement des Mollusques , et je ne fais ici que généraliser l'applica- tion de ces moyens. Les Gastéropodes scutibranches et cyclobranches de ce savant étant Agames devront , d'a- près ma division , sortir de cette classe et en former une autre , que je nommerai Peltocochlides , coquille en forme de bouclier, soit qu'elle soit d'une seule pièce , comme dans la plupart -, ou de plusieurs et en forme de cuirasse , comme dans les Oscabrions. Les Sigarels sont si voisins des Haliotides que M. de Lamarck les met d;ms ( 3a5 ) la même famille , celle des Macrostomes ; que dans la méthode de M. Cuvier ils terminent les Pectinibranches, et que les Ormiers ou Haliotides sont le premier genre de l'ordre suivant, celui des Senti branches,. Les Sigarets ayant les sexes séparés ou étant Dioïques (i) , il s'ensuit que dans un ordre naturel tous les Gastéropodes , pareil- lement Dioïques , doivent précéder immédiatement les Sigarets , et ce caractère est en effet commun à tous les Peclinibranches. Le "genre Yet d'Adanson , réuni avec les Volutes par M. de Lamarck , parait à M. de Férussac être le plus voisin du précédent ;. mais comme dans l'animal des Sigarets le manteau est ample et qu'il renferme sa co- quille, les Porcelaines et les Ovules, et tous les autres genres où les lobes du manteau, ou du moins l'un*d'eux , recouvrent à un certain âge la coquille , me semblent s'en approcher davantage. De-là, j'ai dû, en remontant , passer naturellement à des genres de coquilles enroulées , et arriver graduellement aux Pectinibranches dont le man- teau ne forme plus de siphon et où la coquille est cons- tamment accompagnée d'un opercule. Dans la méthode de M. Cuvier le G. Strombe de Linné , ou la famille des Ailées de M. de Lamarck , précède immédiatement les Sigarets. De tous les Mollusques phanérogames, les Céphalopodes et les Pléropodes sont les plus favorisés sous le rapport de la faculté locomotrice. Des tentacules couronnant leur tète , ou des nageoires situées de chaque côté du cou, leur donnent la facilité de nager. L'absence d'un (1) Les Entozoës nous ofl'rent aussi des Phanérogames dioïques ; les autres sont Agames , et soit Androgynes , soit. Agènes , ou sans sexes distincts. Tome LIT. m ( i'Aii ) pied ventral les distingue en outre des autres Mollusques phanérogames. Ils formeront une première section , celle des Ptérygiens , que l'on pourrait aussi nommer Apo- gaslres . ventre sans pied, par opposition aux Gasté- ropodes. On a d'abord partagé la classe des Céphalopodes en deux ordre., les Décapodes et les Octopodes. M. Gray en a depuis formé un troisième , celui desNautilophores, composé seulement du genre Nautile. Ces Céphalopodes paraîtraient en effet s'éloigner des autres par leurs ten- tacules beaucoup plus nombreux et saus suçoirs ; maisnous n'avons point à cet égard d'observations bien positives. Je divise les Décapodes en deux familles , les Poly- thalamès et 'les Enlérostés , ou ceux qui , comme les Seiches , les Calmars, etc. , ont un osselet intérieur. La première se subdivise en quatre tribus ou sous-familles : i° les Orlbocérates ; 2 les Polycycliques ou les Spiru- lites et les Ammonites; 3° les Nautilites , dont l'ordre établi par M. Gray fait partie ; 4° les Milléporites. Je crois être parvenu, en multipliant les divisions et subdi- tisions , à exposer clairement les genres ou sous-genres de Denvs de lYIontfort , qui se rapportent distincte- ment à cette famille. Les Octopodes se composent aussi de deux familles, les Acochlides ou ceux qui n'ont point de coquilles, et les Cymbicochlides , dans laquelle , d'apr es une re- marque de M. Defrance , je place , outre les Argo- nautes , le genre Bellérophe du naturaliste précédent. La classe des Ptéropodes est formée de deux ordres les Mégaptérygiens et les Microptérygiens. Celui-ci ne comprend que les genres Pneumodermc et Gastéro- ptère. L'autre se partage en deux familles, les Procé- ( % ) pbales , ayant eu tète le genre Limacine , et les Cryp- tocéphales , n'offrant que celui d'Hyale. La seconde section dos Mollusques phanérogame», celle des Aptérygiens. embrasse la classe des Gastéropodes de M. Cuvier, s^uf, ainsi que je l'ai dit plus haut , les deux derniers ordres , savoir , les Scutibranches et les Cyclo- branches. Parmi les Gastéropodes , les uns sont Hermaphrodites et les autres Dioïques. Là comme ici la respiration s'o- père de deux manières 5 par des branchies ou par des pneumu-brauchies _, c'est-à-dire des sortes de branchies aériennes, faisant l'office .Je poumons , à raison de leur communication immédiate avec le fluide respirable. Les Gastéropodes hermaphrodites respirant l'eau ou pourvues de blanchies se diviseront en trois ordres , comme dans la méthode de M. Cuvier : 1° les JVudi- branches , qui se composent de trois familles , les Uro- branches , commençant par le genre Carinaire ; les Séri- branches ou Tritoniens de M. de Lamarck , et les Phyllobranches , où je place les Glaucus , les Éolides et les Tergipes de M. Cuvier. 2 . Les Inférobranches , par- tagés en deux familles, celle des Bifaribranches , formée des genres Phyllidie et Diphyllide ; et celle des Una- branches, offrant ceux des Pleurobranche,Linguellc,"etc. 3°. Les Tectibranches , constituant pareillement deux familles, les Tentacules et les Acères. Viennent ensuite les Hermaphrodites respirant l'air di- rectement , et formant l'ordre des Pulmonés de M. Cuvier. Si Ton en retranche notre première famille , celle des Nu-Limaces , cet ordre , réuni aux deux suivans et à quelques Sculibranches , compose celui de Trachéli- podes de M. de Lamarck. Les Gastéropodes hermaphro- ( 328 ) dites respirant par des branchies ou nos trois premiers ordres , les autres Scuiibranchcs et les Cyclobranches ensuite, forment seuls dans sa méthode l'ordre des Gas- téropodes. Je partage celui des Pulmonés en trois familles, les Nu- Limaces , les Géocochlides et les Limnocochlides. Celle des Auricules de M. de Férussac rentre dans celle-ci , et en forme la première division. Il a établi avec les Cyclostomes et les Hélicines, un nouvel ordre , celui des Pulmonés operculés , ou de Phanéropneumones de M. Cray. Aucune de ces dénominations n'étant conforme aux règles de l'art, je leur ai substitué celle de Pneumopo- mes , formée de deux mots grecs , poumon , opercule. Cet ordre est le premier des Gastéropodes dioïques, et si l'on en excepte l'organe respiratoire , il se rattache par tous les autres rapports à la famille des Turbines de l'ordre suivant, celui des Pectinibranches : on peut donc le considérer comme en étant un appendice latéral : c'est donc encore parles Turbines et autres Mollusques analogues que nous devons ouvrir l'ordre des Pectinibranches. Les uns , et qui en composent la presque totalité , ont la coquille extérieure ; ils formeront une première section , celle des Gvmnocochlides ou Coquilles nues. Nous la partage- rons, ainsi que l'ont fait MM. de Lamarck , Cuvier et Férussac, en deux divisions principales , ayant pour ca- ractères l'absence ou la présence d'un siphon produit par le prolongement antérieur du manteau , caractère exprimé sur la coquille par la dilatation rostriforme ou léchancrure de sa base. La famille des Péristomiens de M. de Lamarck se lie avec celle des Turbiner? , qui mène à celle des Tro- choïdes. Le genre Mouodonte terminant la dernière , ( 3*9 ) nous conduira aux Néritacés , qui seront suivis des Mélanides et des Plicacés. Les deux genres de cette dernière famille , savoir les Tornatelles et Pyramidelles, ont été placés par M. de Férussac , mais dubitativement, dans celles des Auricules. Il distingue la famille des Trochoïdes ou Toupies de celle des Turbinacées ou Sabots par le nombre des tentacules de ces Mollusques. Ceux de la dernière en auraient deux et les autres quatre. Mais M. Cuvier remarque, dans son Analomie des Haliotides , que deux de ces tentacules , dans ceux qui paraissent en avoir quatre , ne sont que des pédi- cules oculaires. C'est plus spécialement sur la forme du manteau , tantôt simple , tantôt garni sur ses bords de lanières , que doivent porter les caractères. Ils n'a- vaient pas échappé à Adanson , et nous voyons ici la preuve de oe que j'ai avancé plus haut , que les signale- mens génériques doivent embrasser toutes les parties de l'animal. Des Mélanides et des Plicacés , nous passerons aux genres Potamide et Cérite , qui seront les premiers de la famille des Fusiformes. Avec elle commence la série des Pectinibranches , dont le manteau se prolonge an- térieurement en manière de sipbon. Vient ensuite la famille que je désigne par la dénomination de Variqueux, et qui se compose d'une grande partie du genre Murex de Linné. Succèdent les Cassidites,lcs Doliaires, les Buc- cinides , les Subulés, les Columellaires et les Conoïdes Nous arrivons par les derniers aux Pectinibranches » dont la coquille , toujours adermique ou sans épiderme , est enveloppée avec l'Age par les lobes du manteau ou par l'un d'eux. Ils forment deux petites familles , les OU- ( 33o ) vaires et les Ovoïdes , qui rentrent dans celle des En- roulées de M. de Lamarck. Nous atteignons maintenant les Pectinibranches , dont la coquille est intérieure ; ils composent notre seconde section , celle des Cryptocochlides. Le genre Sigaret est le type de la seule famille qu'elle comprend , celle des Macrostomes , nom emprunté de M. de Lamarck. Les Haliotides et les autres genres qui en dérivent , réunis parce naturaliste avec les Sigarets, dans sa famille des Macrostomes , devant en être séparés , en formeront une autre , celle des Aurîformes. Ici finit l'ordre des Pectinibranches et la série des Mollusques phanérogames. La seconde branche , celle des Agames , se partage en deux sections, les Exocéphales et les Endocéphales. La première forme la classe des Peltocochlides , divisée en deux Ordres, les Scutihranches et les Cyclobranches. Celui - là comprend la famille des Auriformes et celle des Piléiformes ; celui-ci en présente deux autres , les Scutiformes et les Lamelles ou les Oscabrions. La section des Endocéphales est composée de deux classes : celle des Brachiopodes , qui , au moyen des Té- rébratules , des Orbicules et des Crames , nous paraît , ainsi que l'avait déjà pensé M. de Lamarck , se lier , par les Ostracées, avec les Conchifères, ou les Acéphales de M. Cuvier. Les deux bras charnus qui forment l'un des caractères de cette classe , nous semblent être les ana- logues des tentacules de la bouche des Mollusques de la dernière. Les Braehiopodes sont divisés en deux ordres , les Pé- doncules et les Sessiles. La coquille de ceux-là estéqui- valve ou inéquivalve j tel est le signalement des deux ( 33i ) familles désignées de la même manière , qui composent ce premier ordre. Les anciens ayant affecté la dénomination de Cochlcea aux coquilles univalves et contournées , et celle de concha aux Coquilles bivalves , le nom de Concliifères donné par M. de Lamarck à la classe des Mollusques que M. Cuvier avait établie et appelée Acéphales , convient très-bien à ces animaux. Nous le préférerons d'autant mieux que la dénomination' d'Acéphales ne s'applique rigoureusement qu'aux animaux de notre troisième divi- sion générale, et que nous les désignons ainsi. M. Cuvier partage ses Acéphales tcstacés en cinq fa- milles. Les trois premières sont pour nous autant d'ordres particuliers -, les deux dernières en forment un autre. Le premier ordre , celui des Manteaux-ouverts , patuli- palla , se divise en deux sections : les Mésomyo- nes , ceux dont la coquille n'offre qu'une seule im- pression musculaire et presque centrale , on située du moins dans une ligne abaissée perpendiculairement de la charnière ; et les Plagimyones , ou ceux dont la co- quille présente deux impressions analogues, l'une anté- rieure et l'autre postérieure (1). Il résulte des observa- tions de M. Cuvier, que plusieurs Coquilles de la divi- sion des Monomyaires de M. de Lamarck ont réellement deux muscles •, mais l'impression que leur attache laisse sur les valves n'en est pas moins pkcée dans la ligne médiane de leur face in; urne. Si leur muscle constric- teur est plus prononcé ou plus robuste , les deux enfon- (i) Le côté de la coquille qu'on a coutume dénommer antérieur, est au contraire le postérieur et vice versa ; il eût fallu mettre sa si- tuation en rapport avec la direction du corps de l'animal , et c'est ce que n'ont point fait la plupart des naturalistes. ( 33a ) ccmcns sont alors éloignés tic cette ligne. Tels sont les motifs qui m'ont déterminé à remplacer les mots de Mo- nomyaires et de Dimyaires par ceux de Mésomyones (muscle médiaire ), et Plagymyones (muscle latéral). Notre première section est composée de trois familles : les Ostracés, les Pectinides et les Oxygones ( les genres Peine , Marteau , Avicule , etc. ) ; la seconde n'en com- prend qu'une , celle des Arcacées. Désormais la coquille sera toujours plagymyone. Lé second ordre , les Man- teaux-biforés , Biforipalla , renferme les Mytilacés et les Nayades. Le troisième , celui des Manteaux-triforés , Triforîpalla , les Tridacniies ou Bénitiers. Le quatrième, les Manteaux-tubuleux , TuhipaUa , est divisé en deux sections, les Uniconques et les Tubicoles. Je relègue à la fin des Uniconques , et au moyen de caractères divi- sionnaires , les Myaires , les Solénides , familles compo- sant, avec les Tubicoles, celle des Enfermés de M. Cuvier. En remontant à l'autre extrémité du même ordre , je débute par les Camacés , dont la coquille est distincte de celles des familles suivantes , en ce qu'elle est irré- gulière et fixée par l'une de ses valves. Je passe ensuite , ainsi que le fait M. de Lamarck , aux familles dont la coquille n'a qu'un ligament, et qui est toujours totale- ment extérieur. Se présentent d'abord les Cardiacés , et ensuite les Conques ; la charnière des conques fluviatilcs étant sujette à des anomalies , tandis que celles des es- pèces marines est généralement constante, et que l'une de leurs valves au moins offre toujours trois à quatre dents cardinales, nous avons isolé ces Conques marines; elles forment la famille des Vénérides , et les autres celle des Cycladines. Le mode d'habitation de celles-ci, indiqué d'ailleurs par le faux épiderme de leurs coquilles. ( 333 ) servira à les distinguer des précédentes et de quelques autres Conchifères avec lesquels on pourrait être exposé à les confondre. La famille des Vénérides , ainsi cir- conscrite , est alors bien distincte de la suivante , celle des Tellinides. Ici chaque valve de la coquille ou l'une d'elles offre au plus deux dents cardinales. Cette coupe embrasse les Lithophages et les Nymphacées de M. de Lamarck. Nous passons ensuite aux familles où le liga- ment de la coquille est tantôt unique, mais en partie extérieur et en partie intérieur , tantôt double, et dont l'un est externe et l'autre interne. Ces familles sont au nombre de trois : les Corbulés , les Mactracés et les Ampbidesmites ou Lavignons. Celle-ci nous conduit aux Myaires , qui entraînent à leur suite les Solénides et les Pholadaires. La section des Tubicoles , et qui sont en quelque sorte des Diconques , se compose des genres Taret, Fistulane et autres analogues. Je n'y forme qu'une famille , celle des Térédinites. Telle est la marche analytique de notre classification des Mollusques. La méthode naturelle est si avancée à cet égard , et la distinction des groupes 1 principaux est si bien établie , que tous les perfectionnemens dont leur distribution générale est susceptible se réduisent à une exposition plus simple et plus nette des caractères de quelques-uns d'entre eux et à quelques changemens dans leur ordonnance. Si l'on en excepte en effet quel- ques transpositions dans l'ordre des Pectinibranchcs , la conversion des Scutibranches et des Cyclobranches en une classe , et le déplacement des Brachiopodes et des Acéphales sans coquilles , la série des Mollusques que j'ai présentée est en harmonie parfaite avec celle donnée par M. Cuvier. J'ai essayé de combiuer sa mé- ( 334 ) thode avec celle de M. de Lamarck. La première m'a fourni le plan , et la seconde les détails. Celle-là suppose des observations anatomiques très-délicates, celles, par exemple , qui sont relatives aux organes de la généra- tion ; celle-ci les exclut , et si elle emploie les parties extérieures de l'animal , la coquille supplée le plus sou- vent à l'impossibilité où l'on est de les connaitre. Aussi cette méthode, moins naturelle dans quelques points, plus naturelle dans d'autres , est-elle plus élémentaire ou plus usuelle. M. de Lamarck d'ailleurs a présenté à l'article Conchyliologie de la seconde édition du nou- veau Dictionnaire d'Histoire Naturelle, un tableau des genres de Mollusques , uniquement fondé sur les ca- ractères de leurs coquilles , et coordonné cependant à sa distribution générale. Celle que je viens d'esquisser peut aussi servir de base à un système conchyliologique analogue. Car si on sépare d'abord les Coquilles uni- valves polythalames , ensuite les Coquilles univalves sans prolongement canaliculé ni échancrure à leur base infé- rieure , et dont beaucoup sans opercule, presque toutes les autres pourront être distinguées génériquement et groupées dans l'ordre que nous avons exposé, indépen- damment de la connaissance de l'animal. Les Sigarets et les Pellococblides univalves seront portés dans les pre- mières divisions , ou comme dans la méthode de M. de Lamarck. Des renvois au surplus pourront rétablir l'ordre naturel, lorsqu'il sera troublé par suite de la marche systématique ou de l'absence de caractères corrélatifs. Voilà un exemple de la manière dont j'ai traité , dans l'ouvrage que je vais mettre au jour, les classes de la zoologie , en dehors du cercle ordinaire de mes études. Ne m'en étant occupé que transitoiremeut , il m'était TABLEAU ANALYTIQUE DES FAMILLES NATURELLES DES ANIMAUX COMPOSANT L'EMBRANCHEMENT DES MOLLUSQUES DE M. LE BARON CUVIER. PAR M. LATREILLE , DE h ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES. Nora. Ce tableau , à quelques additions et corrections près, est le même que celui présenté par l'auteur à l'Académie royale des Sciences , dans sa Ml II LUSQ1 ES. — Définition. — Animaux invertébrés, Céphalidiens , ayant une circulation double, respirant par des branchies aquatiques ou aériennes ( faisant l'office de poumons ), inexuviables ( point sujets à des mues ), inarticulés, pourvus d'un manteau formé par une expansion dermique; sans pieds, ou n'ayant, pour en tenir lieu, qu'un prolongement ventral; privés, un petit nombre excepté, d'yeux propres la vision; sécrétant, pour la plupart , et par couches successives, un test calcaire ou coquille, le plus souvent univalve ou bivalve, flxé au corps au moyen de muscles, distinct de ses tégumens proprement dits , ou n'étant qu'un simple appendice protecteur, renfermant ordinairement le corps, et ne recouvrant, tlans quelques-uns , qu'une partie de sou dos. Observations. — D'après i eue définition . le tes! des Oursinsct le sac des Ascidies, que M- Savigny nomme test, ne sont point des coquilles, puisqu'ils constituent les tégumens propres ou la pc.au de ces animaux. Les Cirripcdes nom pas non plus de cpiill. , ..h Lui. ..ailles ne „„,[ .| T |. .1, - portions dur. ies .1, leur épidémie. Le tube renfermant le corps de certaines Aniielidcs peut seul eue considéré comme un corps testace analogue; niais il n'adhère point, pal des muscles . A l'animal. PREMIÈRE SECTION. — PHANÉtint.AMES ( uollusqdb t.,,i|iull. . t.aijni.r- uni.aLr. , I. plus .ou. mi ti .--.. m tournées ; habitat I l'HIlYGlENS (ou APODES). t d'opercule. Coquilles, pour la plupart , mulilloculeirc,; les uniloculaires contournées sur le même plan. ) ! Familles Pol. thnlau.e,, du Lie en quatre tri In,. ( Irtln.e, rallie. , Pulycy cliques (partagés Splrulilcsol ômumnilc, ), rs a o I , I ites, Milléf, des genres Seiche .Calmar, etc. | l'an,, Iles: J.-lli, ( sans coquille ), cumpo.l -Otrrorooss.... | „„,„,., ., ^ K . Be»ccu e ue. r Puulpe. Crmlicoclilidcs ( Point d'opercule. Coquilles toujuut macine, Allante, Clio,C1éodore,Cymbulie,Crv / >ror, es Pncurnodcrme, Gastéroptère. II. APTF.RVGIENS ( GASTÉROPODES oo TRAI HÉL1PODES ). Hermaphrodites. , le |,l,„ ..,!,. A Hydrobrenckes : !.. .... I.i. . respirant l'eau). "'" ,l " >-''"'" '" [1"I '« Carinaire, 1 Poljcère, Oncbiodore). Sériisanches (les B"'"f. In' I. Un- , Scellée, . Pl„llul, uuel.c, (les gen, ,■, 1 „..,., é, Gluueu, , Kolule . rergipes . . I. - génie. l'I,, llnjie, D.phyllide, Atlas? ), Unul/runches (les genres ."„--""" l'I' Un I \,,i.uelie,A,,lv,ie, Dolabelle, Dullinc), Acira I ri le iF.nuJIe. : 1 l'aie > .Familles: Nu-luuu.,:, Ma.im.n Je Lam. ,, f.Voc oel.iides 1 les I olunacés au mém genre. Cvele-lnm , 11. I Anne nie, ,1 en v .. ,„,t ,e!n, de Vitrine ,. /„, I ( la famille de. J„r,cu/c, de M de Ferussac , et le. /.,„,„,„„ de M. de Lainarck II. Dio'iqrie* I se ( Un opercule dans le plus granil luire et coulnucnée son c.licri bec uu de queue , canuliculée, pares ). . Coquille A. Pneu a-.Béliti D. Hyi anel.es ( coquillages terrestres ). , Tubieines, familles établies par M. de mener ( coquillages ocpialiqucs ). Famille, PiristeseietU I. Peruiomieu, et Seuteriens de M. de Lamarck), Turiinés (formant „v.e la .«ironie et I, genre l.„„|, ,„e , , .11, ,le. TWnnnr.i, Jn nu'ine ,, Trod.oide, (le, genre. Troque, l'adran, Rnulellr, M | , , V, „,,„,, . .l/,/„„„/,, ' le, genres Pl,,s„"nelle , Mi lame . MCI apside . Pjrène , Pl.„, .„e ,, PUraeU ( les genres Tornalelle, Pyram.delle ). H. Slphoneulis a Entremit* in/ rieun dt la coqu.lle Italie en manière tir bec ou de queue, urée uu eoasl forme par I. r „f.e, f rain,i ,/, /', ,„,re Vu opercule dani tour. Famille,: /V,.,/.,™. , eue, „..„,.„„ ,,.,, 1, .,.,.„,, , Pot.„n„ie ce Céritc,, , Mis, Vunaueui le. g, nu -II... I.er , Rouelle . 1 , ,toi, , Struthiolaire. ), Cassidltet ( les genres Ricinule ' Cas- sidaire .Casque). b Extrémité infénruséje la coquille »., prolongement rostriforsn, , „ oljeani „mpl,- • ( u opercule avals ou tt/.piique dans tous . coquille non enroulée. . Familles: Dcln.irc, ( le. genres Tonne, Licocnc, Contlmlepa. ,, , Buee.nides (le, genres Nasse , ■' y,,-,-, .»., ,„■„,,„, opercule . cet opercule esh.r, i,.ujo,„ . /.,„ allongé, « coquille enroulée F..aC=""'fcLfc le ■'<"■' {':',.■ ■'-,' !.. .'",',; \ T-.'"' al-'-^c'.. 'ombelle, Volvaire , Com.ides I le genre C.lne , < u-f (ans tous. dro et de la caisse UesConcniiLTessoir . , /-.,-. \ *•!•. tr„~;„,.„, plutôt des tribus que des familles P rd»de et Cérite) , Ailes, Variquei prementdites,maisla clarté de la màsidites ( les genres Kicinule , L.& ■ thode exigeait qu'elles fussent pre'sen tées ainsi. mt rostr i/orme , et offrant simph on enroulée. ( 335 ) impossible de les enrichir de nouveaux faits. Mais on peut encore servir la science , lorsque , par une disposi- tion particulière des matériaux qu'on a sous la main , on rend son accès plus facile. C'était là toute mon am- bition. Mémoire sur la Calyptrée. Par M. G.-P. Deshayes , Membre de la Société d'Histoire Naturelle de Paris. Les Calyptrées répandues dans les mers d'Europe furent connues de la plupart des anciens auteurs 5 Buo- naui, Lister, Rumphius-, etc.. en font mention d'une manière particulière ; ils les placèrent pnrmiles Patelles, et déjà ils en firent apercevoir les différences par la lame ou l'appendice qu'ils remarquèrent à l'intérieur. Quoiqu'il n'en connût qu'un petit nombre , Lister les sépara des vraies Patelles , comme il en sépara aussi les Cabochons, les Fissnrelles et lesCrépidules, ce qui pouvait donner aux auteurs qui suivirent quelques indications pour former de chacune de ces divisions autant de genres séparés -, mais nous voyons qu'il n'en a pas été ainsi , car Linné se contenta de suivre Lister, en partageant son genre Patelle . et répéta ce qui avait été fait avant lui. Bruguière lui-même, qui le premier donna l'exemple des réformes dans le système linnéén , ne proposa qu'un seul démembrement des Patelles, le genre Fissurclle . qui fut généralement admis. M. Lamarck proposa le pre- mier de séparer ebacune des sections du genre Patelle de Linné en autant de coupes génériques, et il y trouva en outre les élémens de plusieurs genres qu'on y avait ( 336 ) confondus : aussi nous voyons dès 1801, dans le Système des animaux sans vertèbres , figurer à côté des Patelles et des Fissurelles, les genres Émarginule, Crépidule et Calyptrée. M. Lamarck a sans doute emprunté ce dernier nom générique à Klein (Ostrac., pag. 118), qui le premier a employé le mot Calyptr a -pour les Calyptrées, que Hum- phrey (Muséum calumnianum ) reproduisit , en l'appli- quant spécialement aux véritables Calyptrées. M. Félix Roissy ( t. 5 des Mollusques du Buffon de Sonnini , p. 24 r ) pense que certaines Calyptrées , celles qui ont une lame spirale et une spire extérieure , ont tant d'analogie par leur forme avec certains Trochus , qu'on devra les en rapprocher. Montfort, saisissant cette idée, fit avec la Calyptrœa trochifovmis , en y joignant le Trochus concavus, et quelques autres analogues , son genre Infundibulum : ce genre ne fut point admis , et il ne pouvait l'être , car les élémens en sont hétéro- gènes. Sowerby seul l'a conservé dans son Minerai Con- chologj. M. Lamarck en 181 1 (Extrait du cours) établit une famille sous le nom de Calyptraciens , parmi les Gasté- ropodes -, il la sépara avec juste raison des Patelles, sur la différence des branchies , et il la composa des genres Cabochon (Montfort), Fissurelle , Émarginule , Calyp- trée et Crépidule. Tel était l'état de la science , lorsque M. Cuvier pu- blia le Hègne Animal. Ce célèbre zoologiste forma la famille des Scutibranches , qu'il divisa en Scutibranches non symétriques et en Scutibranches symétriques. C'est parmi les genres de celte dernière division que se trouve celui delà Calyptrée. Quelque temps après la publica- ( 33 7 ) lion de l'ouvrage que nous venons de mentionner , M. Lamarck publia son grand ouvrage des Animaux sans vertèbres ; il y conserva la famille des Calyptraciens , en y ajoutant toutefois le genre Parmophore , que M. de Blainville , appuyé de la connaissance de l'animal , re- produisit du Scutus de Montfort. Il opéra dans les Ca- lyptrées la division" indiquée par M. Roissy et faite par Montfort , c'est-à-dire que ce zoologiste , trompé sans doute par une analogie de formes , plaça avec les Troclius la Caliptrœa trochiformis, sous le nom de Troclius calyp- trœformis. Ce changement , dont il est difficile d'aper- cevoir les motifs , n'est basé que sur un rapprochement de caractères assez éloignés , ce qui rompt évidemment les véritables rapports. On a dû remarquer dans l'exposé rapide que je viens de faire des divers travaux qui mentionnent les Calyptrées, qu'il n'a point été question de l'animal : c'est qu'effecti- vement il n'est point encore connu. La manière dont on a classé ce génie n'a donc été fondée que sur des formes extérieures, ce qui pouvait permettre un plus grand nombre de changemens qu'il n'en a subis; on doit même s'étonner que les conchyliologues qui en ont parlé aient presque tous suivi la même marche , comme pour tendre à un but unique, c'est-à-dire l'aient constamment rappro- ché des Patelles. Cette analogie , forcée pour ainsi dire par les rapports , n'est pas le seul exemple que nous pourrions citer. L'opinion que l'on a eue généralement sur ce genre, ne pouvait cependant , sans la connaissance de l'animal, avoir de base solide ; et quoiqu'elle se trouve pleinement justifiée , comme on le verra bientôt , je crois rendre un service à la science, en fermant une lacune qui devait toujours laisser du doute dans l'esprit des nomenclateurs. ( 338 ) L'anima) qoe je vais décrire appartient an Calyptrœa sinensis Lamk, Pat.el/a sinensis Linné, qui se trouve quelquefois sur les < ôtes de la Manche , d'où je l'ai reçu conservé dans la liqueur. La coquille de forme circulaire n'acquiert jamais un grand volume ; elle a la forme d'une pyramide conique très-déprimée, ayant le sommet cen- tral et légèrement mamelonné. C'est vers cette partie que l'on observe dans quelques individus un indice de la spire, correspondant à la lame septiforme oblique qui se voit à l'intérieur. Toute la surface extérieure est lisse bu légèrement sillonnée par des accroissemens obliques. En dessous cette coquille est concave, présente une lame oblique, triangulaire, mince, transparente, partant du sommet , épaissie en son bord interne ou columellaire , U-anchante au bord inférieur , et soudée obliquement en formant un demi-tour de spire à la partie gauche de la coquille. L'animal est pourvu de deux tentacules oculés exté- rieurement dans leur milieu ; ils sont aplatis et un peu coudés dans l'endroit de l'insertion de l'oeil ; ils ne pa- raisssent point rétractiles. La tète est petite , aplatie , divisée en-dessus en deux petits lobes . qui inférieurement se continuent par un sillon médian assez profond , au haut duquel se trouve la bouche , qui est munie de chaque côté de deux lèvres charnues, longitudinales, ce qui donne à cette face inférieure de la tète l'apparence quadrilobée. Cette tête est soutenue par un cou assez long , triangulaire , très-déprimé, et muni de chaque côté de membranes très-minces qui le font paraître plus large qu'il ne l'est réellement. Au-dessus du cou se trouve une grande cavité bran- (33 9 ) chiale , formée par le manteau , qui est largement ou- vert ; cette portion du manteau est. mince , transparente, et forme un sac assez irrégulier par l'insertion de son bord postérieur au reste de l'animal. Les branchies sont composées d'une multitude de fila- mens cornés ou cartilagineux, élastiques, creux à l'in- térieur, flottans par une extréraké , pectines , traver- sant la cavité branchiale obliquement de gauche à droite , insérés demi-circulairement à gaurhc de l'animal dans un épaississcment du manteau. On voit à leur origine le vaisseau branchial qui donne naissance à plusieurs ra- meaux qui se rendent à un tronc commun qui entre dans le corps de l'animal vers le milieu de sa longueur, sur son bord gauche , où il aboutit bientôt au cœur. On voit dans cette môme cavité branchiale une por- tion de l'intestin, le rectum, comprise dans l'épaisseur de l'insertion du manteau : cet intestin est ordinairement rempli de petits fragmens ovoïdes , grisâtres , de matière fécale, que l'on retrouve quelquefois rejetés dans la cavité des branchies où se trouve l'anus , un peu à droite, en avant du muscle d'attache de l'animal à sa coquille. Outre ces parties que nous venons de mentionner, se remarque encore dans le sac branchial l'orifice de l'or- gane générateur femelle , qui se prolonge jusque près du bord droit du pied. Cet orifice se continue en un ovaire assez grand qui passe derrière le rectum , devient plus postérieur , et va gagner le bord libre du foie dans l'endroit où cet organe s'insère sur le dos , et où se ter- mine le sac branchial postérieurement. Le pied est un disque charnu adhérant au ventre par un pédicule court et large ; il semblerait qu'il n'est point dans la ligne médiane de l'animal pris dans son ( 34* ) ensemble - , on croirait qu'il est rejeté plus à droite, mais cela est dû «à une fausse apparence, produite par l'extension latérale gauche de la cavité branchiale. La bouche est terminale , placée entre les deux lobes antérieurs de la tète; vue à une forte loupe, les lèvres présentent quelques petits crochets que je crois car- tilagineux ; elle est dépourvue de trompe. Par la transpa- rence de sa paroi supérieure , et mieux après lavoir coupée en deux longitudinalcment , on aperçoit un petit appareil lingual formé de pièces cartilagineuses articu- lées. La cavité buccale est assez grande ; elle se rétrécit en un œsophage assez long qui aboutit directement à l'estomac : celui-ci est charnu ; ses parois sont épaisses, ridées à l'intérieur-, de son fond part un intestin qui descend sous le foie , et en y arrivant reçoit les vais- seaux biliaires ; il se prolonge , enveloppé par cet organe, jusque vers l'ovaire, où il pénètre un peu ; c'est là, sur le bord postérieur du foie , qu'il se replie , remonte en s'y enfonçant de nouveau , parvient en s'élargissant vers son bord antérieur, jusqu'à son insertion dans la cavité branchiale , comme nous l'avons précédemment observé. Le foie n'a qu'un seul lobe assez grand ; il est séparé du reste du corps par un enfoncement aussi grand que la lame oblique qui se voit dans l'intérieur de la co- quille -, il remplit avec la portion de l'ovaire et de l'in- testin toute la cavité qui est au-dessus de cette lame. Cet organe est couvert en dessus d'une membrane jau- nâtre , au travers de laquelle on voit des vaisseaux assez gros ; en dessous il est brun, marbré de jaune verdâlre : on aperçoit sur cette surface les. vaisseaux biliaires , qui se réunissent en un seul tronc, qui se rend dans l'intestin au sortir de. l'estomac. ( 34' ) L'organe excitateur mâle est très-petit , placé au côté droit du cou, au-dessus du tentacule ; lorsqu'il est ré- tracté on l'aperçoit quelquefois se prolongeant jusque vers la moitié du cou , en s 'infléchissant un peu -, son extrême ténuité et la petitesse des animaux de l'espèce que j'ai à ma disposition , ont été pour moi des obstacles que je n'ai pu vaincre pour le disséquer. Mais ce qu'il était essentiel de constater, c'est l'hermapliroditisme de ces animaux , qui portent tous un organe mâle et un ovaire. Les organes de la circulation se composent d'un cœur avec son oreillette , d'un vaisseau branchial et d'un sys- tème vasculaire général. Le cœur est petit , placé dans un péricarde au côté gauche de l'estomac , et un peu au-dessous de lui, lorsque cet organe est en place; il n'est séparé de l'oreillette que par un étranglement fort court. L'oreillette est sub- triangulaire ; elle donne naissance par un de ses an clés 1 antérieur , au vaisseau branchial qui traverse la peau pour suivre le trajet que j'ai indiqué plus haut. Le sys- tème vasculaire général ne m'est que très-imparfaite- ment connu ; je n'en ai trouvé des vestiges que sur la face supérieure du foie, où les vaisseaux sont bien déve- loppés , pour fournir sans doute à la sécrétion de la bile. Quoique nous ne connaissions qu'imparfaitement l'animal des Crépidules , nous reconnaîtrons pourtant qu'il offre avec ceux des genres voisins , des rapports assez intimes ; on les distinguera néanmoins des Émar- ginules, des Parmophores et des Fissurelles , par la position des yeux et la disposition des branchies qui ne sont point symétriques , ainsi que par le cœur , qui ne saurait l'être. Les différences qui se remarquent Tome III. 2 3 ( 34^ ) avec les Calyptrées ne sont pas moins sensibles •, elles s'observent d'abord dans la position des yeux et la forme de la branchie , qui est un panache dans la Crépidule et en peigne dans la Calvptrée. Cependant malgré ces diffé- rences , on ne peut disconvenir que les Calyptrées n'aient de très-grandes affinités avec tous les genres des Calyp- traciens. Elles se trouvent donc convenablement placées, et dans la famille qui leur a emprunté son nom, et dans leurs rapports avec les genres voisins. Avant d'en venir à la partie purement descriptive , je dois avertir que les mêmes parties dans toutes les figures sont désignées par les mêmes signes (pi. 17. ) Pour arriver à la connaissance de tous les organes que j'ai mentionnés dans la Calyptrée , je l'ai d'abord vue à la loupe avec soin sans la disséquer , et j'ai obseivé la tète portant deux tentacules aa oculés vers leur milieu, et coudés dans l'endroit de l'insertion de l'œil bb. Elle a dans son milieu une rainure au haut de laquelle est l'orifice de la bouche c. Cette bouche est pourvue à l'intérieur d'un petit appareil lingual d, corné , armé de pointes ( fig. jr très-grossi , fig. 9). Au-dessous du tentacule droit, on voit une petite languette triangulaire e (fig. 5 et 6 ) , qui est l'organe excitateur mâle rétracté -, je l'ai vu développé et cylindrique eV (fig. 7 et 8 ). De chaque côté du cou on voit des membranes flottantes f très-minces et assez larges. C'est encore au côté droit du cou qu'on aperçoit quelquefois , et seulement sur un petit nombre d'indi- vidus, l'extrémité des branchies g, qui passent au-dessous du manteau hh , ouvert naturellement au - dessus du cou ouvert dans presque toute sa largeur. Dans la cavité branchiale on voit le rectum 1 placé à l'origine du man- teau , ainsi que l'orifice j de l'ovaire. (343) Derrière l'insertion du manteau et des deux organes dont nous venons de signaler les orifices extérieurs , se trouve le foie k. Il est fixé par un bord antérieur, et libre dans tout le reste de son étendue. Dans sa position naturelle il est soutenu par la lame oblique , qui est à l'intérieur de la coquille (fig. 2). Son bord droit et postérieur est uni à l'ovaire Z, qui l'embrasse dans cette partie. A la hauteur de l'insertion du foie à droite se trouve le muscle d'attache m, de l'animal à sa coquille, et enfin tout-à-fait postérieurement et à droite une partie de la surface supérieure du pied est à découvert. Si après avoir examiné l'animal par sa face dorsale , nous le retournons pour voir la face abdominale , outre quelques-unes des parties que nous avons indiquées ci- dessus , nous remarquerons (fig. 6) que la fissure de la bouche s'étend en dessous, jusque vers le milieu de la tête •, que le pied n est un disque charnu fort grand , attaché au corps par un pédicule. Nous voyons aussi à la partie antérieure, du côté du cou, une ouverture a' pratiquée dans le manteau : elle fait communiquer di- rectement la cavité branchiale avec le dehors. Sur le bord postérieur du pied, on voit une petite portion du foie qui le déborde. Pour bien voir les branchies , il a fallu couper le manteau à son insertion sur le côté droit , continuer la séparation , de son insertion postérieure jusqu'à son bord droit, et renverser le lambeau dans son en- tier - , alors on voit dans toute leur étendue les bran- chies pectinées o fixées par la base à un épaississenient p du manteau un peu au-dessus duquel règne le vais- seau branchial q. Cette disposition est indiquée par 23* ( 344) la préparation anatomique (fig. 7). Sur le même individu, après avoir .enlevé une partie de la peau de la tête et da cou , nous avons aperçu la cavité buccale r, l'œsophage s, qui aboutit à l'estomac t. Par la même section et à côté de l'estomac , se voit un petit renflement u, qui est le cœur dans son péricarde. Après avoir enlevé une partie du foie dans son épaisseur , en commençant par le lieu de son insertion , et en conduisant la dissection avec un très-grand soin, on parvient à mettre à découvert l'in- testin v ainsi que les vaisseaux biliaires qui s'y rendent ; ceux-ci touchent presque à la face inférieure de cet organe. C'est sur les bords droit , postérieur et gauche, c'est-à-dire dans presque toute la circonférence du foie qu'adhère l'ovaire 1 qu'on voit là dans tout son déve- loppement. La préparation de la fig. 8 diffère de la précédente en ce que nous avons détaché et isolé les intestins et l'ovaire, enlevé entièrement le foie dont on ne voit plus que l'insertion y : nous avons rejeté l'estomac un peu à droite , pour fendre le péricarde et mettre le cœur u à découvert, ainsi que son oreillette z. Le vaisseau bran- chial naît de l'angle supérieur de cette oreillette. Nous avons représenté du côté gauche le ganglion nerveux a\ qui a un gros filet traversant au-dessus de l'œsophage pour s'anastomoser sans doute avec son congénère : il offre aussi quelques autres filets que nous n'avons pu suivre , mais destinés probablement aux perceptions générales de l'animal. ( 345 ) Rapport sur le Microscope achromatique de M. Selligue, Par M. Fresnel. ( Lu à l'Académie royale des Sciences , séance du 3o août 1824- ) Nous avons été chargés par l'Académie , M. de Hum- boldt , M. Mirbel et moi , de lui faire un rapport sur le microscope qui lui a été présenté dans sa séance du 5 avril dernier par M. Selligue (1). Le perfectionnement des microscopes est , comme ce- lui des télescopes , du plus haut intérêt pour le progrès des sciences •, si les uns étendent le champ des observa- tions astronomiques , les autres nous font apercevoir les détails les plus délicats de l'organisation des végétaux et «les animaux-, ils montrent à nos yeux une infinité de petits êtres vivans et de phénomènes cachés , plus curieux et plus admirables peut-être que le grand spectacle des cieux. Il reste sans doute à l'homme bien plus de décou- vertes à faire dans ces merveilles dont il est entouré , qui sont sous sa main et qu'il peut soumettre à des ex- périences variées , que dans l'étude des corps célestes. On doit donc s'étonner que les opticiens aient négligé jusqu'à présent d'appliquer aux microscopes les combi- naisons achromatiques qu'ils emploient depuis long- temps pour les télescopes et même pour de simples lor- gnettes , surtout quand on réfléchit combien il est diffi- (t) Les personnes qui voudraient se procurer cet excellent instru- ment , peuvent s'adresser à l'inventeur , rue des Vieux-Augustius , n 8 à Paris ; quoiqu'il soit occupé de travaux importais en mécanique, M. Selligue se fait un plaisir d'en surveiller l'exécution. B. ( 346 ) cile de se procurer de grands morceaux de Flint-Glass exempts de stries pour achromatiser les objectifs des lu- nettes astronomiques , tandisque cette difficulté capitale n'existe plus pour les petites lentilles objectives des mi- croscopes. Si l'on a tant tardé à apporter dans leur construction cette amélioration essentielle, cela tient sans doute à ce que les services qu'ils ont rendus aux sciences naturelles, entre les mains d'observateurs habiles , sont encore as- sez réceus. Les découvertes dues aux lunettes astrono- miques sont plus anciennes. L'utilitéde leurs applications est généralement sentie; tandis que les observations mi- croscopiques semblent destinées seulement à satisfaire notre curiosité. Mais quand elles n'auraient d'autre avantage que de permettre à l'homme de pénétrer un peu plus avant dans les secrets de la nature , n'est-il pas heureux que quelques esprits inventifs s'efforcent de lui pr'curer ces jouissances élevées , lorsque tant d'au- tres sont occupés à satisfaire ses besoins physiques. Dailleurs, des exemples multipliés ont assez prouvé que les découvertes qui d'abord semblaient n'intéresser que la science, finissent presque toujours *par recevoir des applications utiles. Sans doute les observations micros- copiques, en éclairant la physiologie végétale et animale, contribueront aussi dans la suite à notre bien-être phy- sique. On doit donc, sous tous les rapports, attacher une grande importance au perfectionnement des micros- copes et savoir gré nu savant opricien Amici , et à M. Selligue. de leurs heureux efforts pour atteindre un but si désirable. On sait que les microscopes sont composés, comme les télescopes, d'un objectif et d'un oculaire. Le premier sert ( 347 ) à produire une image amplifiée de l'objet , dont les rayons sont ensuite reçus par l'oculaire qui la présente à l'oeil , en l'amplifiant comme une loupe au travers de laquelle on regarderait les caractères d'un livre. Les corps cé- lestes ou même terrestres qu'on observe avec un téles- cope sont toujours infiniment plus éloignés de l'objectif que leur image. C'est l'inverse dans les microscopes com- posés. L'objet est beaucoup plus près de l'objectif que son image , et voilà pourquoi celle-ci est, absolument parlant , plus grande que l'objet. Si par exemple la dis- tance de l'image est dix fois plus grande que celle de l'ob- jet , le diamètre de l'image sera dix fois plus grand que celui de l'objet. Dans les microscopes ordinaires , la lentille objective a toujours un très-court foyer , surtout pour les forts grossissemens. On se sert du même oculaire , en chan- geant seulement la lentille objective , selon le degré de grossissement que l'on veut obtenir. M. Amici a remar- qué le premier qu'en rendant les objectifs plus parfaits, il ne serait pas nécessaire de leur donner un foyer aussi court. Ce qui laisserait les objets plus distans de l'extré- mité voisine de l'instrument et permettrait de les éclai- rer plus commodément par-dessus , quand ils sont opa- ques. Et en effet , plus l'image produite par l'objectif a de netteté , plus on peut augmenter la force de l'ocu- laire qui sert à l'observer. Dans les objectifs dioptnques des microscopes ordinai- res, deux choses nuisent à lanétteté des images, l'aberration de réfrangibilité qui en colore les contours , et l'aberra- tion de sphéricité qui concourt aussi à les rendre vagues. Pour obtenir un achromatisme parfait, M. Amici a (348 ) abandonné les objectifs dioptriqucs et leur a substitué un miroir concave , comme Newton l'avait fait pour les télescopes. Quant à l'aberration de sphéricité, l'opticien de Modène a dû la corriger complètement , si comme il l'annonce /les petits miroirs concaves de ses beaux mi- croscopes ont une courbure rigoureusement elliptique. Car alors tous les rayons partis du même point de l'ob- jet- situé à l'un des foyers de l'ellipse, vont se réunir aussi en un point unique à l'autre foyer où se forme l'image. Mais en admettant que cette condition soit exactement remplie, la combinaison catoptrique de M. Amici pré- sente encore plusieurs iuconvéniens : i° les deux ré- flexions successives des rayons incidens, d'abord sur un miroir plan et ensuite sur le miroir concave , en dimi- nuent l'intensité des trois quarts. De plus le miroir plan, intercepte une partie des rayons réfléchis par l'autre et précisément ceux qui sont les plus voisins de l'axe. 2°. Les miroirs métalliques ne sont pas susceptibles de recevoir un poli aussi parfait que le verre, et les défauts de poli^ toutes choses égales d'ailleurs , ont plus d'influence sur la réflection que sur la réfraction. 3°. Enfin , le moindre frottement raie aisément la surface des miroirs métal- liques , qu'altère aussi l'action prolongée d'un air humide. En un mot , les raisons pour lesquelles on préfère gé- néralement les lunettes astronomiques aux télescopes, se présentent ici, et ce sont elles sans doute qui ont déter- miné M. Seliigue à substituer au miroir concave d'Amici , une lentille achromatique composée d'un crown et d'un flint, qui offre sensiblement les mêmes avantages, sans avoir les mêmes inconvéniens, et se rode dans des bassins (349) sphériques par les procédés ordinaires , tandis que les miroirs elliptiques d'Amici ne peuvent être exécutés avec précision que par des moyens qu'il n'a pas fait connaître. A la vérité ces lentilles achromatiques produisent né- cessairement un peu d'aberration de sphéricité -, mais comme elles affaiblissent peu les rayons qui les traver- sent , il n'est pas nécessaire de leur donner un diamètre aussi grand qu'à un miroir concave pour obtenir la même quantité de lumière : or, on sait que l'aberration de sphéricité diminue comme le carré du diamètre de la lentille. Pour augmenter le grossissement , M. Selligue compose son objectif de deux, trois et jusqu'à quatre lentilles achromatiques. Ces lentilles ayant a peu près la même longueur de foyer, quand on emploie les quatre à la fois , au lieu d'une , on doit rapprocher l'objet quatre fois davantage environ pour que l'image se trouve à la même distance, et en conséquence, le diamètre de l'image est devenu quatre fois plus grand. On peut encore agrandir l'image en l'éloignant de l'ob- jectif par un petit rapprochement de l'objet. Trois tubes glissant les uns dans les autres , dont se compose le corps de l'instrument, permettent d'en doubler la longueur et d'éloigner ainsi l'oculaire d'une quantité double de sa distance primitive. Enfin , lorsque les quatre lenlilles achromatiques de l'objectif sont réunies et tous les tuyaux tirés, on obtient encore un plus fort grossissement, sans changer l'ocu- laire, en vissant un verre concave à l'extrémité du tube qui le porte. Ce verre concave se trouve situé en avant de l'image formée par l'objectif , et l'amplifie en aug- mentant la divergence des faisceaux lumineux. Mais ( 35o ) comme il change en même temps le lieu du foyer con- jugué , ce n'est que par un calcul , à la vérité très-simple, qu'on se rend bien compte de l'effet produit. Le grossissement de l'instrument à ce maximum est de cinq cents fois , et à son minimum de vingt-cinq ou trente fois le diamètre de l'objet , quand on a supprimé le verre concave, ainsi que trois des lentilles objectives et renfoncé les tuyaux. Au moyen du tirage des tuyaux et en replaçant successivement les quatre pièces suppri- mées , on passe graduellement du second grossissement au premier. Avec un oculaire plus fort et un verre plus concave, on peut le porter jusqu'à neuf cents , et la lu- mière d'une lampe suffit encore pour éclairer les objets transparens ; mais les contours ont beaucoup perdu de leur netteté. Le corps de la lunette est fixé au haut du pied qui le supporte , par une charnière autour de laquelle il peut tourner et prendre les inclinaisons qu'on veut, depuis la direction horizontale jusqu'à la verticale. Pour éclairer les corps transparens , M. Selligue em- ploie , comme dans les microscopes ordinaires , un miroir concave placé au-dessous de l'objet et qui réfléchit la lu- mière de bas en haut en concentrant ses rayons -, mais il a ajouté un écran, à deux centimètres au-dessous du porte-objet, et percé d'un petit trou d'un ou deux mil- limètres qui correspond exactement à l'axe du corps de la lunette et ne laisse ainsi tomber sur l'objet ou dans son voisinage que des rayons peu inclinés à l'axe. Un second diaphragme de trois millimètres et demi d'ouver- ture placé au-dessus de l'objectif à quinze millimètres en- viron et qui se trouvl toujours éloigné du premier de cinq à six centimètres au moins, intercepte tous les rayons ( 35! ) un peu trop éloignés de l'axe , en sorte que le pinceau de lumière qui environne l'objet et va former le champ lu- mineux sur lequel son image se détache , n'est composé que de rayons presque parallèles à l'axe do l'instrument , et qui n'ayant traversé que les parties centrales des len- tilles objectives, ont éprouvé fort' peu d'aberration de sphéricité : ce qui donne une grande netteté aux contours de l'image , du moins tant que le grossissement n'excède pas deux cents. Mais le second diaphragme, en réduisant beaucoup l'ouverture de l'objectif, occasione une dimi- nution considérable dans l'intensité de la lumière, dimi- nution qu'on ne pourra éviter qu'en donnant plus de perfection encore à l'objectif, afin qu'il puisse supporter une ouverture plus grande (i). Au reste sous le rapport de la clarté , les autre?; microscopes dioptriques ne nous ont point paru l'emporter sur celui de M. Selligue. Lorsqu'on porte son grossissement à 5oo, la lumière des nuées ne suffit plus pour bien éclairer les contours des objets, et il faut employer la lumière plus vive d'une lampe , qui en outre a l'avantage d'être fixe et constante. Dès qu'on supprime le verre concave , la lumière du ciel est suffisante dans la plupart des cas. À la vérité , le gros- sissement n'est plus alors que de deux cents ; mais on gagne en netteté ce qu'on perd en grandeur. Il nous a (r) La petitesse de l'ouverture de l'objectif a un autre inconvénient , c'est d'occasioner des illusions d'optique dans les forts grossissemens; parce que la loi ordinaire île la réfraction, d'après laquelle les rayons partis d'un même point lumineux, doivent concourir en un point unique, n'est rigoureusement exacte qu'autant, que la surface réfrin- gente est indéfinie. 11 n'est pas nécessaire cependant qu'elle soit très- grande pour que cette condition soit sensiblement remplie, et d'au- tant moins que l'image vient se former plus près de l'objectif. ( 352 ) paru que l'addition de ce verre ou la substitution d'un oculaire plus fort ne faisait pas mieux distinguer les petits détails et n'augmentait pas réellement la puissance de l'instrument, du moins pour une vue ordinaire (i). M. Selligue éclaire les objets opaques en dessus au moyen d'un prisme dont la base reçoit les rayons sous l'incidence de la réflexion totale*, et dont les faces d'en- trée et de sortie sont convexes , de manière à concentrer le faisceau lumineux sur l'objet. Ce prisme sert à la fois de miroir et de loupe. Il a sur un miroir étamé l'avan- tage de réfléchir la lumière avec plus d'abondance , et de n'être pas sujet aux mêmes altérations. Il résulte de l'essai qui a été fait du nouveau micros- cope par M. Mirbel , que cet instrument est très-supé- rieur à ceux dont il s'était servi jusqu'à présent ; malheu- reusement , aucun des commissaires n'a eu à sa disposi- tion un microscope d'Amici pour le comparer à celui de M. Selligue. Mais sur le mérite relatif de ces deux instru- mens , nous pouvons citer avec confiance à l'Académie , l'opinion de M. Dumas qui s'est long-temps servi du microscope d'Amici , appartenant à la société du Musée académique de Genève , et qui trouve que celui de M. Selligue fait distinguer au moins aussi bien les petits détails des corps opaques. L'opinion d'un observateur aussi habile nous paraît d'un grand poids dans cette cir- constance. (i) Cette proposition n'est peut-être vraie que pour quelques corps. En ge'ne'ral lorsqu'un objet présente des détails très-petits , on les voit bien mieux lorsqu'on les examine avec des grossissemens faibles d'abord, et puis de plus en plus élevés. Ou peut parvenir ainsi jus- qu'à 4 °u 5oo diamètres , et l'habitude qu'on a acquise de voir les formes qu'on étudie, compense très -bien la perte qu'on éprouve dans leur netteté. R- ( 353 ) Lors même que le nouveau microscope n'égalerait pas celui d'Amici sous tous les rapports, ce n'en serait pas moins un service important rendu aux sciences , que de leur avoir procuré un instrument presque aussi parfait sans être sujet aux mêmes altérations, qu'on peut fabri- quer par les procédés ordinaires et qui ne coûte que 34o francs , tandis que le prix du microscope d'Amici est de huit à neuf cents francs. Nous avons comparé le microscope de M. Selligue aux meilleurs microscopes ordinaires que nous ayons pu nous procurer. Il n'est pas nécessaire de dire que nous l'avons trouvé très -supérieur pour l'étude des corps opaques. Quant aux corps transparens qu'on éclaire en dessous , il nous en a donné aussi des images beaucoup plus nettes tant que le grossissement n'excédait pas deux cents fois ; mais nous devons dire que lorsque nous avons porté les gros- sissemens à cinq et neuf cents fois , comparé à un excel- lent microscope d'Adams , il a perdu cette supériorité si prononcée , et qu'alors dans celui-ci les contours des images ne paraissaient pas plus vagues que dans le mi- croscope de M. Selligue (1). Ainsi que nous l'avons déjà dit , M. Selligue a réuni quatre objectifs achromatiques pour les forts grossisse- (1) Il est juste d'observer à ce sujet que la comparaison a été' éta- blie entre le microscope de M. Selligue et un microscope d'Adams que M. Selligue lui-même avait eu la complaisance de retoucher il y a quelques années, pour rendre nos observations plus exactes et plus faciles. Il avait si bien réussi que nous n'avons pu trouver encore un seul microscope non achromatique qui puisse être comparé à celui que nous possédons. 11 est donc probable que tous les micros- copes d'Adams ne seraient pas capables de rivaliser aussi bien avec celui de M. Selligue, pour les corps transparens. R. ( ^4 ) mens; cette combiuaison lui a paru préférable à uu seul objectif d'un foyer égal , parce que les courbures quatre fois plus fortes qu'il faudrait donner aux deux verres dont il se compose seraient plus difficiles à bien exécu- ter. 11 Y a encore un avantage important dans la subdi- vision d'un objectif en quatre autres : c'est qu'on peut diminuer considérablement l'aberration de sphéricité , en combinant leur courbure d'une manière convenable ; mais il en résulte aussi un inconvénient , c'est la perte de lumière occasionée par les réflections multipliées à la surface des quatre objectifs, qui s'élève presque au tiers # des rayons incidens. Peut-être parviendra-t-on à cons- truire avec une grande précision des objectifs achroma- tiques d'un foyer très-court et même à donner à leur surface la courbure nécessaire pour corriger l'aberration de sphéricité. Mais si l'on vient .1 bout de remplir cette dernière condition , ce ne sera sans doute, qu'au moyen de procédés mécaniques. En attendant que l'art soit arrivé à ce haut degré de perfection , il est très-heureux que M. Selligue ait cons truit par les procédés ordinaires un instrument aussi bon et d'un prix modéré. Nous estimons qu'il a rendu en cela un service important aux sciences naturelles , et que les résultats satisfaisans qu'il a obtenus méritent l'approbation de l'Académie. Signé Mirbel , Humboldt , Fresnel , rapporteur. Observations des Rédacteurs, su?- l'emploi des Microscopes. Le rapport qu'on vient de lire va nous fournir l'oc- casion d'entretenir un instant nos lecteurs d'un genre ( 355 ) d'observations qui intéresse toutes les branches de l'his- toire naturelle. L'emploi du microscope exige quelque circonspection en raison des chances d'erreur auxquelles cet instrumeut expose , inconvénient qu'il partage d'ail- leurs avec tous les appareils d'optique. Mais ces erreurs peuvent être divisées en deux classes , les unes prove- nant du jugement que l'observateur porte sur l'image qu'il a perçue , les autres étant dues aux altérations de l'image réelle par les imperfections inhérentes à l'ins- trument lui-même. Il est évident que les premières ne peuvent être atté- nuées qu'au moven d'un exercice soutenu et d'un em- ploi varié de ce genre d'appareil. L'habitude de voir au moyen du microscope forme peu à peu le jugement de la même manière que l'habitude de voir avec les yeux nous apprend à donner une valeur exacte aux sensations que ces organes nous procurent. C'est une éducation nouvelle à donner au sens de la vue ; une fois terminée , il appré- cie aussi correctement les objets vus au moyen du micros- cope , que ceux qu'il aperçoit directement. A la vérité bien des personnes sont effrayées des effets fâcheux qu'un emploi prolongé de cet appareil peut produire sur l'or- gane de la vue. Plusieurs naturalistes ont éprouvé de graves maladies , quelques-uns d'entre eux sont même devenus aveugles après avoir exécuté des observations microscopiques, et l'on a attribué ces pénibles accidens à l'instrument qu'ils avaient employé. Il est ici une dis- tinction à faire qui sera facilement compris , et nous admettrons, pour ne pas compliquer inutilement la ques- tion , que le microscope a produit en effet tous les mal- heurs dont on l'accuse , ce qui pourtant n'est rien moins que prouvé. Le but des observations microscopiques est ( 356 ) d'apercevoir les détails d'un corps très-petit, et lorsqu'ils ont été amplifiés , ils acquièrent un volume apparent assez considérable pour qu'un modèle de ce corps cons- truit sur les proportions que l'instrument lui donne pût être examiné à la vue simple sans difficulté. Supposons pour un instant que l'appareil soit parfait , c'est-à-dire qu'il ne modifie en aucune manière les conditions sous les- quelles notre oeil a l'habitude devoir. Il restera toujours une source de fatigue pour cet organe , c'est l'attention prolongée à laquelle on l'oblige pour examiner un objet d'une structure plus ou moins compliquée sous toutes ses faces. Si les formes qu'il présente sont simples, tout le monde pourra l'étudier sans inconvénient; si elles offrent des détails multipliés, il ne pourra plus être examiné avec l'attention convenable que par des personnes capa- bles d'exécuter des travaux délicats à la vue simple. Il est donc bien essentiel que chaque naturaliste mesure ses forces , et nous ne saurions trop dissuader ceux qui seraient incapables de faire avec précision un dessin minutieux sans fatigue, de se livrer d'une manière habi- tuelle à ce genre d'observations. C'est une conséquence nécessaire de la nature des résultats qu'on veut obtenir, mais elle est tout-à-fait indépendante de l'emploi de l'instrument qu'on met en usage. On aurait tort cependant de conclure de ce qui pré- cède qu'avec de bons yeux il est permis d'espérer qu'on pourra se servir d'un microscope quelconque sans in- convénient. Il faut encore que l'instrument soit bon, et nous donnerons ici quelques résultats pratiques qui pourront diriger les naturalistes dans le choix des ap- pareils et des méthodes. Toutes choses égales d'ailleurs , les microscopes qui (357) ont le champ le plus étendu , sont ceux qui fatiguent le moins. D'où il suit que les loupes simples sont d'un emploi très-dangereux , surtout lorsque leur foyer est très-court. Parmi les microscopes composés , ceux de Dellebare sont les plus mauvais sous ce rapport , ceux de M. Amici et de M. Selligue viennent ensuite et leur sont très-supérieurs , mais ils le cèdent peut-être aux instrumens construits par Adams, qui nous ont paru les plus parfaits sous ce point de vue. Mais si l'on exa- mine les principes qui ont dirigé MM. Amici et Selligue dans la construction de leurs appareils , on verra facile- ment que 1 un est limité nécessairement pour l'étendue du champ qu'il obient , tandis que l'autre pourrait aug- menter considérablement celle de son instrument en donnant plus d'ouverture au diaphragme qui se trouve placé au-dessus des objectifs. Ce résultat sera facile à atteindre. La netteté des images influe beaucoup sur les altéra- tions de l'œil qu'on ressent après des observations micros- copiques. En classant les appareils précédens sous ce point de vue , les plus mauvais seront ceux de Dellebare , ceux d' Adams viendront ensuite •, nous placerous au troi- sième rang les lentilles simples , et les microscopes de M. Amici ainsi que ceux de M. Selligue auront, sur les autres , une grande supériorité. Il résulte de ces diverses comparaisons qu'un obser- j vateur prudent doit s'interdire l'emploi des microscopes i de Dellebare , lorsqu'il s'agit d'une recherche de longue i haleine," qu'on ne doit se servir des loupes simples con- j nues sous le nom de loupes montées que pour de faibles grossissemens et qu'on peut au contraire faire usage avec Tome III. 24 ( 358 ) sécurité des microscopes d'Adams , de M. Amici et de M. Selligue. Il est essentiel que les verres et les réflecteurs soient très-propres. Le meilleur moyen pour les débarrasser de la poussière qui finit par se ramasser à leur surface , consiste à les laver avec de l'esprit de vin. On les essuie ensuite avec un linge fin. La manière d'éclairer les objets mérite aussi la plus grande attention ; parlons en premier lieu des corps trans- parens. On les éclaire généralement en plaçant au-dessous du porte-objet un miroir plan ou concave qui réfléchit la lumière et la renvoie dans le champ du microscope. Nous avons renoncé complètement à l'emploi de la lu- mière solaire directe , soit parce qu'il n'est jamais né- cessaire d'avoir un pinceau lumineux aussi vif, soit parce qu'elle produit beaucoup de couleurs , soit enfin parce qu'elle occasione une extrême fatigue. Le seul moyen d'en faire usage consiste à placer l'instrument à l'ombre, v i s .à-vis d'un mur blanc , éclairé par le soleil et situé à quinze ou vingt pas de lui. C'est une condition généra- lement facile à remplir , mais il est plus simple encore d'employer la lumière des nuées qui suffit presque tou- jours même pour les plus forts grossissemens , et qui n'occasione aucune fatigue. On peut lui substituer, et toujours avec avantage , la lumière d'une lampe à double courant , ce qui permet de faire des observations soit pendant la nuit , soit pendant le jour , lorsque le ciel est couvert. M. Selligue a introduit un perfectionnement très- sensible dans ce genre d'éclairement , en plaçant un dia- phragme étroit entre le miroir réflecteur et le porte-objet. Les images en deviennent beaucoup plus nettes. (35 9 ; Il est essentiel que l'oeil reçoive , le moins possible , de lumière étrangère à celle qui lui arrive de l'appareil. A cet effet il est utile de placer, autour de l'oculaire, uu écran de carton noirci de quatre à ciuq pouces de dia- mètre. Enfin il est quelquefois bon de préserver l'objet de la lumière qui pourrait en éclairer la partie supérieure. Il suffit pour cela de placer entre l'objet et l'objectif, un tube de carton noirci à l'intérieur. Celui-ci repose sur le porte-objet et intercepte toute la lumière étrangère à celle que le miroir envoie 5 et comme sa surface inté- rieure est noircie, elle absorbe les rayons émanés du réflecteur qui pourraient lui parvenir. Occupons-nous maintenant des corps opaques. Il se présente pour les éclairer deux genres de difficultés fa- ciles à saisir. Il est bien évident qu'il faut d'abord en- voyer sur un corps opaque plus de lumière que n'en exigerait un corps transparent pour être vu avec la même netteté, toutes choses égales d'ailleurs. La quantité de lumière qui s'éteint par la réfiection sur un corps, étant bien plus considérable que celle qui se perd par la trans- mission 5 d'un autre côté il est absolument indispensable d'éclairer les corps opaques par-dessus, ce qui ne peut se faire que lorsqu'il y a , entre l'objectif de l'instrument et l'objet, une distance assez considérable pour que le pinceau lumineux arrive sur le corps à éclairer, suivant une direction peu éloignée de l'axe de l'appareil. Plus on s'éloigne de cet axe, et plus aussi les saillies de l'objet deviennent difficiles à observer en raison des ombres por- tées qui résultent de cet éclairement latéral. De-là une foule d'illusions qui ne permettent pas de compter sur les résultats. *4* ( 36o ) ïl fallait donc remédier à ces deux inconvéniens et trouver des instrumens exempts de pareils reproches. Quant au premier, M. Selligue l'a fait disparaître avec tin succès complet. Il a augmenté la quantité de lumière qui arrive sur l'objet, en remplaçant la cheminée de verre des lampes d'Argant , par une cheminée en cuivre percée d'une ouverture latérale correspondant à la flamme, et munie de deux miroirs réflecteurs qui concourent au même point. La lumière se trouve déjà rassemblée de la sorte en un large pinceau qui est reçu par le prisme adapté au microscope. L'emploi de ce prisme donne une grande supériorité à l'instrument de M. Selligue, car M. Amici, ainsi que tous ses prédécesseurs, s'était borné à faire usage d'une simple loupe pour arriver au même résultat. Mais comme ce mode d'éclairement donne né- cessairement un pinceau très-oblique, il avait donné la préférence au miroir métallique percé, qu'on employait autrefois. Ce miroir embrasse l'objectif, reçoit la lu- mière du miroir inférieur et la renvoie sur l'objet opaque. Pour que toutes ces conditions puissent être remplies , il est indispensable que celui-ci soit d'un petit diamètre , afin que la Lumière puisse arriver d'un miroir à l'autre. Il est aisé de voir en outre que ces deux réflections af- faiblissent considérablement l'intensité du pinceau lumi- neux. L'appareil de M. Selligue, qui éclaire les objets de toutes les dimensions et qui les éclaire mieux, mérite donc la préférence à tous égards. Quant au second point qui consiste à conserver une distance de 12 a i5 lignes au moins entre l'objectif et l'objet , afin de permettre au pinceau lumineux d'arriver sous une incidence très-rapprochée de la perpendiculaire, il est clair qu'on n'a pu l'obtenir qu'au moyen des nou- (36i ) velles constructions. Dans les anciens microscopes , l'ob- jectif était variable , et lorsqu'on avait besoin d'un gros- sissement considérable , il fallait mettre des lentilles d'un foyer d'une demi-ligne au plus. M. Amici a vaincu le premier cette difficulté en plaçant le pouvoir amplifiant dans l'oculaire , et M. Selligue a construit son instru- ment d'après le même principe. Il en résulte que la dis- tance de l'objectif à l'objet peut rester invariable même pour une écbelle de grossissement qui arrive jusqu'à 3oo diamètres au moins. On sera peut-être surpris de voir combien nous met- tons d'intérêt à des modifications en apparence assez simples. Mais l'étonnement cessera sans doute si l'on réfléchit à l'importance des observations faites sur les corps opaques , et à l'avantage qu'il y a à éclairer par- dessus les objets même qui pourraient être commodément examinés par transmission. Les expériences de M. Amici ont bien prouvé qu'il était plus utile d'étudier tous les détails des végétaux , comme s'ils étaient opaques , afin d'éviter les fausses apparences qui résultent des modi- fications que la lumière éprouve dans son trajet au tra- vers de ces corps, lorsque ceux-ci présentent des parties de diverses densités, et en particulier, comme cela ar- rive souvent, lorsqu'une lame d'air se trouve renfermée entre deux lames de tissu organique transparent. Mais de tous les avantages que présente ce mode d'observation, le plus évident consiste dans la possibilité d'examiner les objets en place, sans avoir besoin de les disséquer pour les amincir au point nécessaire au libre passage de la lumière. Avec les anciens microscopes, on désespérait de jamais avoir une anatomie des glandes , susceptible d'éclairer leurs fonctions dans la vie animale-, ( 36i ) avec les nouveaux , ce résultat sera obtenu dès l'instant où l'on voudra s'en occuper. Il nous reste à indiquer le petit nombre de procédés à mettre en usage dans l'observation des corps opaques. Supposons en premier lieu qu'elle puisse se faire hors de l'eau. Si le corps est blanc on le placera sur un support d'ébène large d'un pouce environ , ou bien encore on le mettra sur une lame de verre dont la face inférieure aurait été fortement noircie avec de l'encre de Chine gommée. Nous employons de préférence un petit appareil qui consiste en deux lames de verre noircies sur une de leurs faces , et que nous appliquons l'une sur l'autre , en mettant les surfaces noires en contact, pendant qu'elles sont encore humides. Elles restent adhérentes après la dessiccation , et on a de la sorte un porte-objet fort com- mode pour l'observation des corps blancs ou jaunes. Quant à ceux qui sont noirs , rouges , ou bleus , on les place sur des porte-objets blancs. Le plus souvent on emploie une lame de papier, mais il vaut mieux cons truire un porte-objet en verre analogue au précédent et dans lequel on fait usage de blanc de céruse gommi au lieu d'encre de Chine. Si le corps était de nature à devoir être observé soi l'eau , ainsi que cela a lieu pour les anatomies des vis- cères d'insectes , pour les dissections animales déli- cates, etc., on ferait usage de petits godets en porcelaine ou en faïence , au fond desquels on aurait coulé ui mastic composé de cire et de térébenthine. Ce mastic es bon pour les corps noirs , mais pour le rendre propre l'observation des ohjets blancs ou jaunâtres , il faut le noircir avec du noir de fumée. On le rend d'ailleurs plus ou moin3 mou en diminuant ou augmentant la dose de ( 363 ) térébenthine. En général il doit être assez mou pour qu'on puisse y planter les épingles ou les aiguilles qui doivent fixer le corps qu'on a disséqué. En faisant usage de ces divers moyens, ou pourra ob- server après quelques jours d'exercice , rapidement , commodément et sans fatigue, tous les corps vers lesquels on dirigera son attention. Mais lorsqu'on emploiera des grossissemens de 3oo à 5oo diamètres pour étudier des corps trausparens , il se présentera diverses causes d'er- reurs qui tiennent essentiellement à la diffraction de la lumière. Nous essaierons d'en discuter les conséquences dans une autre occasion en examinant les globules du sang sous le point de vue de leur forme réelle. Il se présente fréquemment dans les observations mi- croscopiques , une question, assez délicate qui consiste à déterminer avec exactitude le diamètre réel des objets observés. Voici le procédé qui nous semble le plus com- mode. On place au foyer de l'instrument un micro- mètre divisé en fractions du millimètre. On en regarde les divisions avec l'oeil droit. On fixe en dehors de l'ap- pareil une règle divisée en millimètres, et on la main- tient à 8 pouces de l'œil gauche qui en lit les divisions. Il est facile alors de faire coïncider l'image perçue par l'oeil droit avec celle que l'oeil gauche reçoit, et de su- perposer les divisions du micromètre et celles de la règle. Si par exemple y^- de millimètre occupe sur la règle , un espace de 6 millimètres , on a un grossissement de 5oo fois en diamètre. En répétant la même opération pour les principales combinaisons dont l'instrument est susceptible on se fait uue échelle qui sert à déterminer le diamètre réel de tous les corps qu'on veut observer. Il suffit en effet de voir combien l'objet occupe de milli- ' ( 364 ) mètres sur la règle, dans les conditions précitées , et de diviser cette valeur par le grossissement employé. Nous joindrons ici les pouvoirs amplifians du micros- cope de M. Selligue , pris sur l'instrument qui a évé examiné par MM. les Commissaires de l'Académie. Deux objectifs , point de verre concave , oculaire le plus faible. Tuyaux ferme's 4° f°i s en diamètre. Tuyau A tiré 70 id. Tuyaux A et B tirés go id. Quatre objectifs , point de verre concave, oculaire le plus faible. Tuyaux fermés 80 fois en diamètre. Tuyau A tiré. 140 id. Tuyaux A et B tirés 180 id. Quatre objectifs , verre concave le plus faible , oculaire le plus faible. Tuyaux fermés 180 fois en diamètre. Tuyau A tiré 33o id. Tuyaux A et B tirés 4^° *<%. Quatre objectifs, verre concave le plus faible , oculaire le plus fort. Tuyaux fermés 3oo fois en diamètre. Tuyau A tiré 600 id. Tuyaux A et B tirés 840 id. Quatre objectifs, deux verres concaves, oculaire le plus fort. Tuyaux A et B tirés 1,200 fois en diamètre. Il serait facile de multiplier ces combinaisons , mais les exemples précédens doivent suffire pour l'emploi de l'appareil. Explication de la Planche 18. Fig. 1. Microscope de Selligue monté et prêt à servir; H pied de l'instrument ; G charnière qui sert à le rendre horizontal ou vertical à volonté ; F engrainage à crémaillère pour rapprocher ou éloigner le porte - objet E des objectifs. DM miroir pour éclairer les objets transparens; N diaphragme percé , qui intercepte tous les rayons ( 365 ) lumineux, qui passeraient trop loin de l'objet transparent qu'on vou- drait examiner. P prisme à surfaces sphe'riques, pour éclairer les corps opaques. On peut suivre sur la figure la marche des rayons RRR,qui viennent se rendre sur le porte-objet- D objectifs achro- matiques , au nombre de quatre , lorsqu'on veut obtenir le pouvoir amplifiant le plus fort ; S verre concave destiné à accroître la force de l'instrument en augmentant la divergence des rayons ; O oculaire, C corps de la lunette; A, B tubes mobiles à frottement, qui servent à éloigner à volonté l'objectif de l'oculaire. Fig. 2. Marche des rayons dans l'appareil. Pour simplifier l'ex- plication et la figure, on n'a supposé qu'un seul objectif. Soit os, l'axe de l'instrument, et r le limbe du diaphragme de l'objectif, oh placé un peu plus loin que le foyer u de l'objectif, sera vu dans les con- ditions suivantes. Le rayon parti du point h, par exemple , après avoir traversé l'objectif , ira croiser l'axe et tomber en s sur le verre concave pq ; au lieu de se diriger alors suivant la droite sd , il ira tomber en a sur le premier verre plan-convexe ab de 1 oculaire. Devenu convergent, il se dirigerait vers z foyer du verre ab , s'il ne rencontrait un second verre plan-convexe fg, qui augmente encore sa convergence et le conduit à l'œil , qui se trouve situé un peu en deçà du foyer. Nouvelles observations sur le genre Nepenthes, extraites d'une lettre adressée à M. Ad. Brogniart , Par M. Nées d'Esenbeck. Je viens d'étudier , dans le premier cahier des An- nales des Sciences Naturelles , vos observations sur les genres Cytikus et Nepenthes. A cette occasion je me suis ressouvenu d'un échantillon de ce dernier genre , qui existe dans mon herbier , et que je dois à mon ami M. Blume, à Batavia. Cette espèce, très-différente de toutes celles qui sont décrites jusqu'à présent , m'est arrivée sous le nom de Nepenthes melamphora, B.einw. , nom que M. Reinyvardt lui-même soupçonne s'être ( 366 ) glissé, par la faute de l'écrivain, au lieu de Phyllam- pïwra , mais qui se trouve encore imprimé dans le Ca- talogue du Jardin de Buitenzorg, à l'ile de Java, publié par M. Blume en 1823. L'espèce en question se rapproche beaucoup de votre N. cristata , et peut-être davantage de cette autre (foliis majoribus) que vous avez citée d'après un échantillon incomplet de l'herbier de M. de Jussieu , et qui est probablement le Nepenlhes maxima de M. Reinwardt. Mon échantillon de la plante femelle étant parfaitement bien conservé , et en outre accom- pagné de quelques fruits déjà mûrs et déhiscens, j'ose espérer qu'il vous sera agréable d'en recevoir la des- cription ci-jointe , et le dessin , pour pouvoir , en sup- plément de votre mémoire , en faire usage dans les An- nales. J'observe encore que j'ai substitué au nom de Melamphora celui de Gymnamphora , pour éviter une nomenclature désavouée par l'auteur même auquel elle fut attribuée par M. Blume. Quant aux graines , j'y trouve la plus grande res- semblance avec celle que vous avez figurée d'après les dessins de M. Richard , excepte seulement l'embryon , qui m'a paru droit comme dans les autres espèces que vous avez observées. Nepepjthes gymnamphora , Reikw. Nepenthes melamphora , R. Blume, En. Hort. Bui- tenzorg , p. ni (i). N. foliis oblongis in petioluni a itenuatis , subtus punctato scabris costû birtû, scyphis ovoideis in iatere superiori membranis duabus crislatis, radicalibus apliyllis , floribus racemosis , pedunculis bifulis. (i). Nornen Dlelamphora errore calami pro Phjllamplwra posi- tum , cura nigri nibil habeant . dclevimus , ejusdemque loco Gymnam- phorum substiluimus, foliorum racticalium indolczn esprimens. (36 7 ) Habitat in Java insula. Descr. Caulis simples, 3-4 pedalis , crassiusciilus, setulis confertis patentibus hirtus ; foliorum radicalium ac novellorum loco soli scyphi sunt, petiolis iuiposili tripollicaribus, supra canaliculatis, subtus convexis hirsutis , basi in vaginam, quœ folii vestigia refert nervoque crasso dividitur , dilatatis , tripollicares , ovoidei , utrinque parum attenuati ; nervis pluribus longitudinalibus notati interstitiis pulchre venoso-reticulatis , hirsuti , in latere superiori cristis duabus mem- brauaceis, a basi ad apicem perductis ; laciniato-ciliatis instructi , superficie interna, inferne ad médium usque tuberculis parvis concolo- ribus exasperata , superne lacvi et pruinosa. Annulus orificium cingens, lineam latus , transversini dense costalus margineque interiori laminis confertis, lanceolatis , retrorsum versis cili.ito-serratus. Operculum cordatum, obtusum , venoso-nervosum , subtus in disco glandulis parvis inspersum. Folia 6-6 1/2 pollices (Rhenanos ) longa , 2 pollices lata , alterna , pa- tcntia j inferiora basi attenuata in petiolum crassum aniplexicaulem supra profunde canaliculatum pilisque adspersum 5 summa sessilia ; oinnia acuta , integerrima, firma costâque mediâ crassâ utrinque hirtû in cirrhum cxcurrente pmeterque eam nervis utriusque lateris quatuor tenuibus marginibus parallelis venisque interstitiorum anas- tomosantibus contextis divisa ; subtus tubeiculi crebris fuscis aspera et in iitrâque superficie setulis minutissimis erectis , deciduis scabra, adultiora denique prseter costam tota fere glabra. Cirrhus folio sno brevior,in planta herbarii nostri aseypbus apiccque in spiram con- tortus parumper incrussatus et scyplii principio incompleto minuto lanceolato atque hirsuto coronatus, in aliis forte perfectior et struc- tura; ejusdem , quam indicavimus. Pedunculus communis terminalis , 6-uncialis , nudus , compresso- angulatus , hirsutus. Racemus ( femineus , naoi masculam plantain non vidimus ) quatuor pollicutn ereclus , angustus , satis densus. Rachis angulata , hirsuta. Pedicelli ad flores usque semip«llicares , hirsuti, a inedio bifidi et paulo inferius bractea minuta patente subulata aucti , basi ebracteati. Periantbium femineum profunde quadripartitum , patenti-reflexum , laciniis ellipticis obtusis extus fulvo-birtis inttis glandulis annulatis inspersis. Ovarium ovatum , <|iuidricostatum , fulvo-strigosum, quadriloculare , septis oxi contiguis latcribusque subexcavatis ovarii roediis affixis, e placentis cotislan- tibus utroque latere dense ovuligeiis. Stigma sessile, discifbrme , obsoletissirue quadrilobum. Racemus fructuum malin 01 uni g'ubor. Capsula; 12-14 bnacas long- 1 ?" ( 368 ) tetragnnae, lanceolato-oblongœ, glabrœ, ad basin usque in valvula» quatuor déhiscentes , quadriloculares , placentis parietalibus septi- formibus persistentibus. Semina plurima, minuta, ascendentia , imbricata , fusiformi- Cliformia extremitate inferiori aliquanto crassiori, pallida. Integu- m en tu m exterius laxum , utrinque attenuatum , pulchre reticulatum , nucleum , proprio integumento tectum , in medio fovens obovato- ellipticum apiceque mucroniformi suspensum. Embryo in pcrispermio centralis , rectus , erectus , ad médium in cotyledones arcte sibi con- tiguas divisus ; radicula crassa , cylindrica , obtusa. Adnot.Y. Integumentum illud exterius, de quo sermo fuit, cura tantum d:stet a semine seu nucleo , forte arillum quis appellaret- cui sententiœ confirmandne aliquas saîlem rationes inservient. Arillum esse, ubi podospermii stratum exterius , desinens id quidem in pleris- que ad ortum seminis , proeter modum expanditur et semen ipsuin , vel lot uni vel aliqua ejus parte involvit. Hoc idem fieri autem in ]Nepenthe génère , deficienteque omni podospermii vestigio, id ipsum Tesicae in modum inflatum , abire in membranam seu arillum , ovulum cingenteua , obliquum, ex altéra deniquc parte in nonnullis obliquo apice, quem recte podospermii terminum esse indicat Cl. Brongniart, prominentem. Tum vero podospermii funiculus centralis, ad interius hujus vesicaj latus dccurrens, superiora versus ferri in- testam seu veram exteriorem membranam seminis eamque vero in- teriori tunicae tam arcte adhœrentem , ut amplius una ab altéra ne- queat discerni. Qualcm et in aliis plantis fabricant seminis, v. c. in multis glumaceis seu gramineis, magisque congruente exemplo in Orchidearum ordine reperies. Hujus ordinis plantoe , simili mera- branae exterioris structura insignes; transitum ejus in pulpam pro- dunt , atque forte ad extremum hallucinati sunt , qui arillo banc similem esse dicerent, tamétsi , nostra quidem sentcntia , in tanto- rum virorum lite ncutrum quidem errasse , sed subesse potius grave problema, nova disticctione solvendum , fas sit suspicere. Quod ad specicm universam, babitum dicunt , Nepenthes ornnes non parum habent Orchidearum ineuntque ex longe altiori meritoque loco nexum quemdam obscuium , Rafllesia deinceps et Aphyteja ab omni parte cognitis , illustrandam. Monendum autem , nos neutiquam familiœ sive ordinis vinculum , sed solam monocotyledonum et dicotyledo- num per gradua familiarum affinitaiem , seu parallelismum , in his intellexisse. Adnot. II. Est ctiam alia nobis species , a Reinw ardto , amico di- tectissimo , relata , cujus et marem et florem et fructum maturum , ( 369) seminibus fœtum , coram habemus. Et isti quidem scyphos esse cris- tatos, Reinwardtus docuit maximosque forte omnium, utpote qui ad pedis longitudinem sœpe crescant. Perianthii masculi laciniœ oblongo- lanceolatœ, reflexae , exlus fulvo-hirtae , intus vix glanduloso-punc- tatœ, limbo omni dense fulvo-subtomentoso columna filamentorum 2 i/a lin. longa , basi hirta. Antherœ 16, pallidre. Pedunculi florum femineorum biflori , scabri. Capsulée 16 lineas longae, lanceolatee , tetragonae , punctis elevatis exaspérât» , in sulculo medio valvularum subhirtœ , nitidulx. Semina formas ejusdem , quam in antecedentibus adnotavimus, filiformia dico, in medio nuculigera , sed duplo Ion- giora , ad novem lineas et ulterius protensa. Structura seminum interna ut in praecedente. Specïem hanc , in Celebe insula a se lectam, JVepenthen maximam salutavit Reinwardtus. Addit , rariare foliorum cristas in hisce , aliisque a se visis speciebus, tu m magnitudine, tum margine quoque magis vel minus inciso ciliatoque. Ad eandem Cytinearum farailiam , de qua sermo fuit, pertinere videtur genus quoddam memoratu dignissimum, cujus characterem naturalem in Catalogo Horti Buitenzorgensis nuper , cum aliorum plurium charactcribus , praefationis loco exbibuit Cl. Blumius t horti hujus , post Reinwardtum , director. Liceat hic addere verba auctoris : « GONYANT HES (1). ( Gynandria triandna , Lin. ) » Caltx corollinus, superus (id est adhaerens germini) , tubulosus, inferne dilatato-triangularis, superne angustato-triqueter , persistens, ore tridentato ; dentibus ovatis apice recurvatis convexis. Faux stig- mate subchusa. Stamina : filamenta nulla 5 antherae très , ovales ; auriculatœ seu laterc appendiculatœ, tubo calycis prope oriûcium sub- sligmate insertœ dentibusque calicis alternas. Pistillum : germen in- ferum ; stylus capillaris , longitudine fere tabi ; stigma trilobum , lobis obovatis convexiusculis anlherarum auriculis adnatis. » Pericarpitjm : capsula infera , triquetra , latere rimis tribus trans- ■versalibus dehiscens, uniloculans. Receptaculurn columnare , cylin- diïcum , rugosum , tenuissimum. Semina numerosissima , minima, elliptico-compressa , arillata; ariîlo lincari-alato reticulato-membra- naceo. » Habitcs. Planta tenera (3-4 pollicaris) vaginata, in radicibus pa- ra sitica ; scapus tetragonus , apice bifidus , tri-quadriflorus. (1). L. c. p. 19. ( 3. 7 o ) Spec. i. G. Cand'ula , Bl. » Monet auctor per litteras, antberas, sic dictas, meras esse massas pollineas seu glandulosas, quales in plantis orchideis deprehenclimus , quam ob rem etiam orchideis banc adnumerandam esse aliquis censeat , nisi reliqua floris structura , cujus elegantem icooem , figura; plan- tulœ adjectam , anlo oculos habemus , et styli pnesertim indoles , Asclepiadarum quidquam prodens , id consilium dissuadèrent. Explicalio iconum. Tab. 19. Fig. A. Nepenthes gymnanipliora (minor naturali statnrâ). Folium naturali magnitudine; a. Ramulus racemi feminei roagnitu- dine naturali cum binis ûoribus, b. Capsula dehiscens naturali ma- gnitudine. c. Semen naturali magnitudine. d. Idem valde aùctum, dissecto nucleo. Tab. 20. Fig. 1. Scyphi radicales, magnitudine naturali. Fig. 2. a. Flos masculus JYepenthis maximœ , Reinw. , valde auctus. b. Ejusdem capsula magnitudine naturali. a. Semeu magnitudine naturali. d. Idem , auctum , proportione augmenti seminis pra?ce- dentis (iV. Gymnamphorœ ) tertia parte nrnori. Note au sujet de la réponse faite par M. Deshayes , à quelques observations critiques de M. de Férussac , sur la famille des Néritacées de M. de Lamarck , et sur le genre Navicelle ; PiR M. DE FÉRUSSAC. Les observations de M. de Férussac ne portaient qu'accessoirement sur la place du genre Pileolus , dans la famille des Néritacées , et il n'a point prétendu , ainsi que le dit M. Deshayes , quil avait eu tort de pro- poser ce rapprochement (voy. l'art, incriminé , dans Je Bulletin universel des Sciences et de l'Industrie , mai i8a4\ P- 97 )• Il a dit : Quoique , selon toutes les appa- rences, ï opinion de ces deux naturalistes (M. Sowerby . auteur du genre, qui le premier l'a placé dans la fa- mille des Néritacées, et M. Deshayes) soit bien fondée au sujet de la place de ce nouveau genre , clic est encore ( 3 7 i ) hypothétique , ri étant appuyée que sur des analogies qui tous les jours nous égarent (i). C'était plus spécialement aux bases des rai sonne mens présentés par M. Deshayes, au sujet de la famille des Néritacées , que s'appliquaient les réflexions de M. de Férussac , qui a avancé que lés Nérites et les Notices appartenaient à deux familles distinctes. M. Deshayes soutient, dans sa réponse, la légitimité de cette famille ; mais c'est précisément avec les auteurs qu'invoque ce naturaliste , que M. de Fé- russac appuie la validité de sa proposition. Adanson, Bruguière , MM. de Lamarck et Cuvier , ont, sans doute, trouvé beaucoup de ressemblance entre les Nérites et les Natices 5 mais les deux premiers n'ayant point fait de familles, n'ont pu les placer dans des' familles distinctes. Adanson s'est contenté de figurer les animaux des deux genres et de les décrire. Bru- guière n'ayant traité ni l'un ni l'autre de ces genres , ne saurait être appelé en témoignage , et M. de Fé- russac ne connaît pas le passage où il dit avoir trouvé beaucoup de ressemblance entre eux ! Quant à M. de Lamarck , son système de classification n'étant point basé sur les rapports naturels , il est hors de la question qui nous occupe. Il ne reste donc que le témoignage de M. Cuvier. Or , si M. Deshayes avait bien voulu , avant de répondre à M. de Férussac , lire le Mémoire de M. Cuvier sur la Vivipare d'eau douce, p. i3 et suivantes , il aurait trouvé l'indication précise des deux groupes ou familles que M. de Férussac a établis dans ses Tableaux de classification des animaux mollusques (1) C'est ce que prouve, entre mille faits, le Planorbis contrarius ou Cornu arietis , placé par tout le monde , dans les Planorbes , et qui, comme Ta indiqué M. Sowerby, est une véritable Ampullaire. (3 7 a) en familles naturelles, et dont l'un de ces groupes, le premier, a pour chef de file , comme l'avait indiqué M. Cuvier , la Vivipare et autres espèces à tentacules simples , et le second , le Turbo pica et autres espèces à tentacules doubles. Plus loin, en parlant de l'ancien genre Nérite , divisé en Nérites et en Natices , M. Cuvier ajoute : Les Animaux qui Thabitent répondent aux deux types que nous avons déterminés plus haut pour les Turbo et les Trochus , etc. Or , si ces deux genres font réellement partie de deux groupes distincts , selon M. Cuvier , on ne voit pas comment ils doivent rester dans le même. Les espèces des deux genres , examinées et figurées par M. Cuvier , montrent , comme les dessins ' et les descriptions d'Adanson , que les Nérites ont quatre tentacules , dont les deux plus courts portent les yeux à leur sommet , tandis que les Natices n'ont que deux tentacules et les yeux placés à la base de ceux-ci. Ces naturalistes n'ont donc pas tous vu, comme M. Des- hayes, plusieurs espèces de Natices ayant les yeux placés sur des pédicules , à la base des tentacules ; ce qui existe également dans les Nérites. M. Desbayes paraît être le seul qui ait vu cela ; ce qui prouve qu'il n'a vu que des Nérites , mais qu'il n'a pas examiné de Natices, et que les figures et les descriptions de M. Cuvier et d'Adanson n'étaient point présentes à son esprit. Du reste , Bruguière et M. de Lamarck, compris dans ceux qui ont tous vu , ne disent nulle part avoir vu, d'aucune façon, les Animaux dont il s'agit. Il n'y a pas non plus oubli et contradiction dans ce que M. de Férussac a avancé , et Ton a lieu d'être surpris des con- clusions tranchantes de M. Deshayes. Ce que M. de Fé- russac a dit ne détruit pas un seul des faits qui prouvent (8-yé) incontestablement que plusieurs Natices ont les yeux semblables en tout à ceux des Nérites ; ce qui voudrait évidemment dire , d'après ce qu'on vient de lire , que plusieurs Natices sont des Nérites et non des Natices. Quant au peu de fondement de la séparation des Nérites et des Néritines , M. Deshayes reconnaissant que M. de Férussac a raison , il n'y a rien à dire à ce sujet. A l'égard des opinions de M. de Férussac sur les rapports de la pièce cornée interne des Navicelles , ce qu'il dit de ce genre montre clairement que cette pièce a d'autres fonctions à remplir que celle de l'opercule ; sa forme, sa situation sont très-difiérentes , elle n'est point articulée comme les autres opercules , ainsi que le dit M. Deshayes , ni dans un état rudimentaire , ainsi qu'il le pense. M. Deshayes se serait épargné sa longue dissertation sur ce genre , s'il avait bien voulu voir que M. de Férussac n'a rien décidé à l'égard de son emplacement dans les Pulmonés -, il a proposé ses doutes. Toute la question est là : est-ce xin Pulmoné ou un Pectini- branche ? Le doute existant d'après les faits qu'il a rapportés et ceux que M. Van Hasselt nous fournit, il a pu dire que le genre Navicelle étant encore peu connu , on ne peut baser des raisonnemens sur ses rapports ni sur l'intervalle qui le sépare des Nérites. M. Deshayes appelle à son secours des considérations tirées de la forme des coquilles -, il nous apprend que celles des Ancyles sont parfaitement symétriques ; ce qui prouve seulement qu'il ne connaît qu'une des deux espèces de France , YAncjlus lacustiis n'étant point symétrique. Il ajoute qu'il n'en est pas de même pour la Navicelle , dont le sommet s'incline à droite , en mon- TOME III. 25 ( M ) trant de ce côté un commencement de spire; ce qui montre que M. Desliayes tie connaît pas les Navicelles ; qu'il a eu sous les yeux quelque espèce de Crépidule , qu'il a prise pour elle \ car aucune des espèces de Na- vicelles n'offre de commencement de spire , et l'incli- naison presque insensible du sommet d'une de ces es- pèces ne peut empêcher qu'on ne les considère toutes comme des coquilles parfaitement symétriques. Rapport fait à T Académie des Sciences , sur un ouvrage de M. Dalman, ayant pour titre : Ahalecta ento- mologica 5 Par M. Latreille. On peut diviser le fond de cet ouvrage en trois parties , correspondantes à autant de modes descriptifs : i° monographies -, r>P exposition de caractères de nou- veaux genres 5 3° description d'espèces nouvelles. A l'égard des monographies , l'auteur en donne deux : i° celle du genre Diopsis , diptères très-remarquables par les piolongemens latéraux de leur tète , et portant à leur extrémité les yeux et les antennes ; de-là , la dé- nomination de Mouches à lunettes , qu'on a donnée à ces Insectes. Il en décrit cinq espèces et qui sont toutes de Sierra-Leonc eu Afrique ; 2 monographie de mon genre Drjinus , insecte de l'ordre des Hyménoptères , fa- mille des Pupivores. Il en fait connaître quatorze es- pèces, et le plus souvent les deux sexes. Quant aux genres, il en décrit neuf, savoir : i° Thyrsia, coléoptère de la famille des Longicornes et voisin des Priones ; i° Polytomus , le même que j'avais (3 7 5 ) nommé Rhipicère. Il appartient aTrra tribu des Cébrio- nites. Des trois espèces qu'il mentionne , deux sont nou- velles et propres au Brésil -, 3° Zirophorus, Ce serait un Staphylin dans la méthode de Linnée. M. Dalman en cite trois espèces. Le même genre a été publié par M. Germar sous le nom de Leptochirus. 4° Hydroptila, genre très-voisin de celui de Phrygane, mais en étant distinct par ses ailes inférieures non plissées et de forme presque linéaire, comme les supérieures et ciliées. 5° Xyela , de l'ordre des Hyménoptères et de la tribu des Tenthrédines. M. de Brébisson , naturaliste de Falaise, l'avait encore décrit et lui avait donné le nom de Pini- cola. Voyez cet article dans le nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle , seconde édition. 6° Divrhinus , et 7° Agaon. Ce sont aussi des Hyménoptères assez singu- liers et de la famille des Pupivores. L'auteur ne men- tionne à chacun d'eux qu'une seule espèce -, mais il au- rait pu rapporter au premier , ou à celui de Divrhinus , le Chalcis corrigera de Jurine.Lcs deux derniers genres sont très-extraordinaires. Celui de Celjphus a pour type une espèce de Mouche , dont Técusson recouvre en- tièrement l'abdomen , ainsi qu'il le fait dans ces sortes de Punaises que M. de Lamarck nomme génériquement Scutellères. On n'en a observé qu'une seule espèce , et qui est particulière aux Indes-Orientales. Le dernier genre est celui de Chionée (Chionea). Il est formé sur un Tipulaire aptère et semblable à une Araignée. On le trouve en Suède dans tout l'hiver , courant sur la neige , et quoique le thermomètre soit de quelques degrés au- dessous du point de congélation. J'ai reçu le même in- secte des Alpes , et il parait qu'on le rencontre aussi dans les montagnes du Jura. (3 7 6) Viennent ensuite des descriptions d'espèces et de divers ordres} les unes exotiques, au nombre de io5, et qui sont, pour la plupart , de l'ordre des Lépidop- tères et de celui des Coléoptères; les autres , de Suède, au nombre de quinze. Parmi les premières ou les exoti- ques , nous remarquerons X Aptéraryne globulaire, genre d'Hyménoptères d'Afrique et d'Arabie , et qui n'avait pas encore été représenté avec les détails convenables. Parmi les secondes ou les espèces de Suède , nous citerons la Rhysodes exaratus , genre pareillement peu connu , et une espèce de Céroplate nommée testaceus. L'ouvrage est termina par quelques observations , dont voici les plus importantes: i° l'un des sexes de quelques Papillons diurnes , tels que XHesperia amor de Fabri- cius , ou le Papillon triopus de Cramer, son P. Aunay a l'extrémité supérieure de ses antennes composée d'ar- ticles distincts et grenus, ou en forme de chapelet; 2* les pieds postérieurs de quelques Bombyx exotiques {Cjl- lopoda ) mâles sont plus courts et comme avortés (Spujïi.) Dans les Lépidoptères diurnes tétrapodes, ce sont au contraire les antérieurs. 3° On avait cru , jus- qu'ici , que les Coléoptères étaient privés de petits yeux lisses ; mais il paraîtrait que le Pausus bucephalus et quelques espèces de la famille des Brachélytres en ont deux. 4° 11 faudra retirer de ce genre quelques espèces. Ainsi , la précédente doit former , selon M. Dalman , un nouveau genre , celui à'Hylotorus. Celle que Fa- bricius nomme Flavicornis est pentamère, avoisine les Malachics , et deviendra probablement aussi le type d'une autre coupe générique. Ce travail , d'un auteur déjà distingué dans la science , ne peut qu'ajouter beaucoup à sa réputation. (3 77 ) Explication du Système Nerveux des animaux invertébrés ; Par M. Serres , D. M. Le but définitif de l'anatomie comparative est d'ex- pliquer l'organisation intime des animaux 5 ses moyens pour y parvenir consistent à déterminer rigoureusement les élémens organicpies qui les composent. Sans cette dé- termination préalable il est impossible d'établir les rap- ports , qui forment l'essence de cette brandie de nos connaissances. Pour donner l'anatomie comparée d'un système or- ganique quelconque, il est donc indispensable de con- naître sa valeur réelle dans tout le règne animal. Pour établir «ur des rapports naturels , l'anatomie comparative du système nerveux, il était donc indispensable aussi de ramener à des termes positifs , ses modifications nom- breuses dans l'immense série des Animaux vertébrés et invertébrés. Considérant ces deux grands embrancliemens du règne animal , M. Serres a d'abord établi que les premiers se distinguaient des seconds par Yaxe cérébro-spinal du système nerveux. Cela posé , il a prouvé que le système nerveux des invertébrés correspondait à la partie excen- trique de ce même système chez les vertébrés , c'est-à- dire aux ganglions intervertébraux et à leurs radia- tions (1). (1) Les zootomistes auront sans doute remarque' que cette extermi- nation du système nerveux des animaux articule's a été' assignée en même temps par l'auteur de deux articles insérés clans les An. des Se. Nat. , tom. II , pag. 3o4 , et tom. III, pag. 19g; une réflexion sur (3 7 8) Cette détermination hardie a d'abord choqué les phy- siologistes. On ne peut méconnaître chez les invertébrés, une volonté, des sens , et des actes en harmonie avec les impressions qu'ils leur transmettent. On a paru croire que l'action des sens , les impressions et une volonté sup- posaient nécessairement un encéphale. Mais à peine cette objection était-elle faite, que des expériences physiolo- giques sur la cinquième paire , et des observations pa- thologiques sur l'homme, sont venues confirmer cette donnée fondamentale de l'anatomie du système nerveux des invertébrés. Reste à savoir maintenant si le système nerveux des différentes classes des invertébrés peut être ramené à ce type unique. On se rappelle que dans l'explication du système ner- veux des vertébrés , M. Serres a prouvé que les inférieurs étaient, pour certaines de leurs parties, des embryons per- maneus des classes supérieures, et que dans leurs diverses métamorphoses, les embryons des vertébrés supérieurs répétaient successivement les formes permanentes des vertébrés inférieurs ; que conséquemment toutes les dis- semblances de Y axe cérébro-spinal des vertébrés étaient produites par quelques métamorphoses de plus ou de moins. En serait-il de même des invertébrés ? les embryons laquelle nous devons insister, c'est que cet auteur et moi sommes parvenus au même résultat par des voies différentes. L'un y arrive par des considérations physiologiques et par des vues élevées sur la situation et les connexions des parties; l'autre par les lois de l'anatomie transcendante. La réunion sur le même point de ces deux méthodes d'investigation , donne à la détermination qu'elles concourent à démon- trer un degré de certitude qu'on n'aurait jamais eu par l'une ou l'autre de ces voies isolées. ( 3 7 9) des uns répéteraient-ils les formes permanentes des au- tres ? y aurait-il une succession semblable dans les dé- veloppemens? M. Serres le pense et il le prouve de la manière suivante. De même que chez les vertébrés , il prend son point de départ de la formation des embryons des invertébrés supérieurs; considérant l'état primitif des larves des in- sectes , il voit le système nerveux se développer de la circonférence au centre-, les deux parties dont il se com- pose sont d'abord disjointes et écartées ; par les progrès des développemens ces deux parties marchent à la ren- contre l'une de l'autre , leur jonction s'opère en pre- mier lieu autour de l'œsophage , puis en second lieu à l'extrémité opposée vers les ganglions inférieurs , et en troisième lieu enfin , sur le milieu de la larve. Il y a ainsi trois époques embryonnaires distinctes dans la formation de la larve. La première de toutes est celle où les deux parties du système nerveux sont tout-à-fait isolées. La seconde correspond au moment où les ganglions oesophagiens sont les seuls qui soient encore réunis. La troisième , plus avancée , est celle où le système nerveux s'est rejoint à ses deux extrémités opposées. Cela donné , M. Serres observe que le système ner- veux de certains Vers et des Mollusques , est l'état per- manent de l'un ou de l'autre de ces types embryonnaires. Il remarque d'abord que chez le Ver lombrical de l'homme et du cheval , et chez le Bulla aperta , les deux parties du système nerveux sont disjointes et écartées l'une de l'autre comme dans le premier état de la larve. Il observe ensuite que chez la Clio boréale, les Doris, Yslplysie , la Tritonie , la Sèche , Y Escargot , Y Hélice ( 38o ) vigneronne , le système nerveux s'est rejoint unique- ment autour de l'œsophage , tandis qu'il reste séparé et écarté dans le reste de son étendue , absolument comme on le remarque dans la seconde période de la formation delà larve, dont ce système nerveux est l'état permanent. Il cite enfin comme correspondant à la troisième pé- riode de la larve , le système nerveux de la Mulette des peintres. Ici en effet le système nerveux s'est réuni autour de l'œsophage d'abord , et à son extrémité inférieure en- suite -, les parties moyennes comprises entre ces deui points extrêmes restent seules écartées. Toutes les variétés du système nerveux des Mollus- ques sont renfermées dans l'une ou l'autre de ces trois modifications principales. Il en résulte donc que sous le rapport du système ner- veux , les Mollusques sont des embryons plus ou moins avancés des larves des insectes. Si cela est , ou voit de suite pourquoi les Mollusques n'ont point d'axe nerveux continu sur la ligne médiane du corps , comme la plupart des Vers , tous les insectes et les Crustacés. Chez ces derniers animaux, la forma- tion de cet axe nerveux est le dernier terme de leur dé- veloppement ; or les Mollusques restent toujours au- dessous de ce terme. En définitif donc, chez les invertébrés de même que chez les vertébrés , les formes embryonnaires des classes supérieures répètent les formes permanentes des classes inférieures , et celles-ci reproduisent le type fixe des formes fugitives des embryons supérieurs. ( 38 1 ) Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques des Oiseaux , et sur la manière de les préparer j Par M. E. A. Lauth , D. M. ( Lu à l'Académie royale des Sciences , séance du 16 août 1824. ) Un fait bien digne de remarque, dans l'histoire des Vaisseaux qui nous occupent , c'est que les idées que s'en formaient les anatomistes se sont rectifiées dans le même ordre qu'ont suivi celles relatives aux Vaisseaux lym- phatiques en général. L'existence des lymphatiques dans les Mammifères était déjà universellement admise ; leurs véritables fonctions commençaient à être recon- nues , sans qu'aucun anatomiste, en suivant la voie de l'analogie, qui a fait faire de nos jours des progrès si rapides à la science , osât soupçonner leur existence dans les Oiseaux. Quoique la recherche de ces vais- seaux puisse être regardée comme la partie la plus dé- licate de l'anatomie , on parvient cependant , à force de travail , à acquérir un coup-d'œil pratique , qui permet de distinguer de prime abord les lymphatiques , quelque ténus qu'ils soient. Nous ne pouvons doue que nous étonner de la longue ignorance dans laquelle l'on est resté à ce sujet. Tout en enseignant l'absorpliori par les lymphatiques dans les Mammifères, les anatomistes, au lieu de rechercher des organes analogues dans les Oiseaux , trouvaient plus commode d'y admeltre , dans les veines sanguines , des ori lices ouverts , au moyen desquels celles-ci pompaient les liquides contenus dans l'intestin : « In Volucrum quidern génère, lacteorum » loco , vense mesaraicœ in cavitatem intestinorum Tome III. — Décembre. 2.6 ( **■ ) » hiant (i), » croyant trouver la preuve de cette as- sertion dans le passage réciproque de l'air soufflé , soit dans les veines mésaraïques , soit dans la cavité intes- tinale. Une opinion qui se rapproche déjà de la vérité , est celle professée par Lister (a) , qui admet dans les Oi- seaux des lymphatiques très-courts , qui se versent de suite dans les veines : « At sine interventu , ut arbitror, « lacteorum , ut brevissimorum , proxime et immédiate » in venas mesaraicas chylum in ullis animalibus ad- )> mitli non posse , quod vense et arteria? unum et con- » tinuutn vas sunt , nec sanguinis effusio prohiberi » posse videtur , si aliter esset ; scilicet si per se et sim- ■» pliciter finirentur. Ideo e circulo sanguinis nullus » egressus est , nisi mediante et arteriolam excipiente » aliquo ductu excretorio, ita nec ingressus in istum w orbem , nisi chyliferi alicujus ductus. « Igitur quemadmodum in bomine venam subcla- » viam , ila in ave venas mesaraicas chylus subit. » J'ai cru devoir citer ce passage en entier, parce qu'on voit par-là , que si d'un côté Lister a été mauvais obser- vateur , il a cependant parfaitement saisi les caractères distinctifs des veines et des lymphatiques : caractères que quelques auteurs modernes semblent avoir méconnus. Plusieurs anatomistes , dont quelques-uns étaient bien antérieurs à ceux que nous venons de citer , paraissent cependant avoir vu quelques lymphatiques dans les (1) Peyer Diss. de glandul. intestin. Cap. 8, vid. Parerga anatotnica et medica, p. 53. — Conf. Perrault descr. anat. d'un Ibis blanc et de deux Cigognes, dans les Me'm. pour servir à l'Hist. nat. des Ani- maux, t. III, p. 68 des Anciens Me'ui. de l'Acad. R. des Sciences. (a) Martin Lister. Diss. de liumoribus , Amslelod. 1711,8°, p. m8. ( 383 ) Oiseaux. C'est ainsi que Swammerdam (1) envoya à la Société royale de Londres, une préparation des lym- phatiques du bas-ventre d'une Poule : « Lyniphaticum » peculiare ex abdomine Gallinœ •, » et Jacoboeus dit (2): « Vidiinus in Mesareo tria vasorum gênera, » quorum unum nervosum forsan est , alterum sangui- » neum manifeste et fortasse arteriosum, tertium remo- » tissimum , quod latius ac tenuius , forsan venosum, » licet humorem serosumeontinens. » Quelque vague que soit cette expression , on ne peut cependant , je crois , la rapporter qu'aux lactés, Lang (J) dit de môme avoir trouvé un lymphatique dans un Dindon; etJ. Hunter(4) vit des vaisseaux et des glandes lymphatiques au cou d'un Cygne. Ce n'est cependant que depuis A. Monro et W. Hew- son , que l'existence de ces vaisseaux dans les Oiseaux a été regardée comme démontrée, seulement est-il à re- gretter que la prétention à la priorité de cette décou- verte ait donné lieu entre eux à vine dispute (5) qui ne cessa qu'avec la mort de Hewsou. Toutefois me paraît-il (i) Birch , the history of the royal society of Londou, etfi. ,T, III, p. 3i2, ann. 1676. (2) Olig. Jacobœus, anatonie Ciconiœ, in Th. Bartholini act. med . et philosoph. Hafniens. vol. V, p. 247, ann. 1677-79. (3) Chr. J. Lang, Physiologia , vid. Opéra medica omnia. fol. Lips. '7°4> P 99- (4) Hewson, Expérimental inquiries info the lymphatic system, p. 68. (5) A. Monro, state of facts concerning the paracentesis of the thorax , on account of air eîfused , and lymph. vessels in oviparous »nimals, 1770. — Tlie structure and physioîogy of fishes, ch. VII : of the first discovery of the System of lacteal and lyraph. vessels of (isbea, birds and amphibious animais. Édimb. 178D. W. Hewson, expérimental inquiries on the proportion of the blood, with some remarks on its, and an appendix relating to the lymph. syst. in birds, fishes and amphibious animais. Loud. 1771. 26* ( 384 ) démontré qu'ils découvrirent , chacun de leur côté , les lymphatiques dans les Oiseaux, sans avoir eu connais- sance de leurs travaux mutuels , mais la priorité appar- tient à Monro, ce qui est prouvé par le passage sui- vant (i) : « Quamquam avihus desint, vel saltem adhuc » non detegantur vasa lymphatica , in Gallo tamen » gallinaceo vasculum bis deteximus , quod admira- » tionem excitavit , etc. » C'était un vaisseau lympha- tique du testicule , qu'il aperçut après des recherches infructueuses. Hewson (2) ne paraissant avoir vu que les lymphatiques du tronc et du cou , la description et la gravure qu'il en donne, laissaient beaucoup à dé- sirer. M. Tiedemann (3) est le premier anatomiste qui ait donné une bonne description de l'ensemble des lymphati- ques dans les Oiseaux , et en dernier lieu M. Fohmann (4), chez qui j'ai vu les premières injections de ces vaisseaux, a démontré , de la manière la plus évidente , leurs com- munications avec les veines rénales et sacrées. Je ne sache pas que depuis la publication du Mé- moire de Hewson , aucun anatomiste ait douté de l'existence du système lymphatique dans les Oiseaux ; cependant, à l'occasion d'une loi de généralité énoncée par le savant auteur de la Philosophie anatomique , (1) A. Monro Diss. de testibus et semine in variis animalibus. Ldimb. 1755, c. 12, § 3. (a) An account of the lymph. syst in birds by W. Hewson dans les Phil. transact. 1768, vol. 58 , p. 217 , et Experim. inquir. (3) Anatomie und Naturgeschichte der Vœgel, 1810 , T. 1 , p. 533. (4) Anatomische Unlersuchuugen iiber die Verbindung der Sau- gadern mit dfen Venen. Heidelb. 1821 , p. 63 Trad. en français par M. Breschet, dans les Mém. de la soc. Me'd. d'Émulation , avril 1822, p. i36. ( m ) M. Magendic répéta les recherches de ses prédéces- seurs sur le système lymphatique des Oiseaux , et il consigna le résultat de ses travaux dans un Mémoire lu à l'Académie des sciences en 1819 Ce Mémoire (1) nous apprend que M. Magendie n'est parvenu à voir les lymphatiques du cou que dans l'Oie et le Cygne. Quant au reste du système , il fut moins heureux , car il n'en découvrit aucune trace ; il en conclut donc que les lym- phatiques n'existent qu'au cou des Oiseaux , et spécia- lement au cou de ceux où il les avait trouvés, et que par conséquent les veines sont chargées dans les Oi- seaux des fonctions que remplissent les lymphatiques dans les autres animaux. Dans un voyage que je fis à Heidelberg , pour voir les belles préparations de M. Fohmann, cet habile ana- tomiste injecta en ma présence les lymphatiques d'une Oie, et je profite de cette occasion pour le remercier du parfait accueil qu'il me fit lors de mon séjour dans cette Université. Ayant donné plus de suite à ces re- cherches , à l'occasion de ma Dissertation sur les Vais- seaux lymphatiques , et ayant été assez heureux pour découvrir quelques nouveaux détails dans la marche de ces vaisseaux , désirant suppléer à l'imperfection de la gravure de Hewson , la seide que je connaisse sur ce sujet, j'ai eu l'honneur de soumettre au jugement de l'Académie mon Mémoire (2) accompagné de dessins. Anatomie générale. Les vaisseaux lymphatiques des Oiseaux diffèrent de ceux de l'Homme , quant à leur structure , par un moins (1) Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques des oiseaux ; journal de Physiologie de M. Magendie , T. I, p. 4?- (a) J'ai déjà publié quelques détails relatifs à la distribution des ( 386 ) grand nombre de valvules , qui , en outre , y sont moins résistantes 5 en sorte qu'il m'est plusieurs fois arrivé de pouvoir 1rs injecter par voie rétrograde. Cette injection en sens inverse du cours de la lymphe , n'a lieu ce- pendant que jusqu'à un certain degré, et ce n'est que très-rarement que j'ai pu injecter ces vaisseaux jusqu'à leurs radicules. Les lactés , les lymphatiques des autres viscères et les canaux thoraciques, ont des tuniques très-faibles, et il arrive très-rarement d'achever une préparation , sans que quelques-uns de ces vaisseaux, et surtout les canaux thoraciques , ne se soient rompus. Ce sont ces ruptures qui m'ont fait voir que ces vaisseaux , malgré leur extrême ténuité, sont, comme ceux de l'Homme , com- posés de deux tuniques 5 en effet , la tunique interne étant la moins résistante , c'est toujours elle qui se rompt la première , et on voit alors le mercure distendre la tunique externe fibreuse, et s'infiltrer entre elle et l'in- terne. Par son aspect , la lymphe des Oiseaux m'a paru sem- blable à celle des Mammifères ; mais leur chyle (1) dif- lymphatjques dans les oiseaux , dans mon Essai sur les vaisseaux lym- phatiques, Strasb. 1824, pag« 29, 37 et suivantes. (1) J'ai su depuis, de M. le professeur Dutne'ril, qu'il avait vu, il y a long-temps, les lactés sur un Pic-Vert gelé, qui venait d'être tué après avoir avalé une grande quantité de Fourmis , et que le chyle que contenaient ces vaisseaux était blanc et opaque. M. Duméril pense que cette opacité du chyle, dépendait de la nourriture animale qu'a- vait prise cet oiseau, puisqu'il est d'observation , que dans les animaux carnassiers, le chyle est d'un blanc de lait, tandis qu'il est le plus souvent transparent , ou opalin dans les herbivores. D'après ces consi- dérations, je fus d'abord étonné d'avoir toujours rencontré dans les Oies du chyle transparent ,. quoique ces oiseaux se nourrissent indis- tinctement de subslances animales et végétales , et je voulus voir si ( 38 7 ) fère essentiellement de celui de ces derniers, par sa transparence et son manque de couleur , ce qui peut rendre raison de la difficulté qu'on éprouve à trouver les vaisseaux qui le contiennent. Quant à leur marche , les principales différences des lymphatiques des Oiseaux d'avec ceux de l'Homme , consistent dans l'absence de leur plan superficiel dans les membres , et dans le défaut des glandes lympha- tiques , à l'exception de quelques glandes situées k la partie supérieure de la poitrine, formées par les lymphatiques du cou et quelquefois par ceux des ailes. Ces glandes , qui offrent en général la même structure que celles de l'Homme , sont cependant un peu plus une expérience directe confirmerait l'opinion ci-dessus émise. Je nourris en conséquence de chair , pendant plusieurs jours consécutifs, un Dindon et une Oie , et je les tuai quand ils furent en pleine digestion , devant alors m'attendre à y rencontrer du chyle blanc, au cas que ce fût la nourriture animale qui lui donnât cette couleur. Le chyle tant du Dindon que de l'Oie, était cependant aussi transparent que l'était celui des oiseaux que j'avais tués précédemment , sans les avoir spé- cialement nourris de chair. Il me paraît donc prouvé par-là, que ce n'est -pas la nourriture animale qui donne l'opacité au chyle. — Quel- ques argumens viennent encore à l'appui de cette proposition : nous trouvons du chyle opalin , et quelquefois même blanc, dans les lactés du Cheval et du Bœuf, et cependant ces animaux ne se nourrissant incontestablement que de végétaux; et d'un autre côté, nous devrions trouver constamment les lymphatiques , des autres parties du corps, remplis d'une lymphe opaque, parce qu'ils n'absorbent en grande par- tie que les molécules du corps lui-même ; or l'expérience vulgaire nous apprend que, dans l'état physiologique, ils contiennent toujours une lymphe transparente, et ce n'est que dans des cas très-rares, et dans l'état de maladie , qu'on y rencontre une lymphe opaque , comme dans le cas où M. Dupuytren les a trouvés gorgés de pus , et dans un autre , où mon père les vit remplis de sanie gangreneuse. Toutefois l'ob- servation de M. Duméril est un fait auquel il faut ajouter foi, quoi- que nous ne puissions pas l'expliquer. i ( 388 ) molles. Dans toutes les autres parties du corps , les glandes lymphatiques sont remplacées par des plexus considérables , qui présentent aux endroits de réunion et de division des vaisseaux qui les constituent, des dilatations , qui sont évidemment les analogues des pré- tendues cellules des glandes lymphatiques. Comme dans les Mammifères , on trouve souvent deux branches volumineuses , qui , par leur réunion , forment un tronc dont le calibre est bien inférieur à celui de chacune des branches qui le constituent. On remarque constamment dans les grands plexus du tronc , des rameaux souvent assez considérables , qui se versent dans les veines sanguines voisines ,- ce qui établit de nouveau l'analogie entre ces plexus et les glandes , dans l'intérieur desquelles les communications des lymphatiques avec les veines sont hors de doute aujourd'hui. Une dernière différence entre les lymphatiques des Oiseaux et ceux de l'Homme , consiste dans leur ter- minaison par deux canaux thoraciques , un de chaque côté , qui se versent dans les veines jugulaires , ordi- nairement par plusieurs orifices. Les Oiseaux (i)qui ont servi à mes recherches (2) , sont le Dindon, la Poule, le Héron , la Cigogne, le Goéland gris , l'Oie sauvage et domestique et le Canard, (1) M. Fohmann a injecté les lymphatiques de la Cigogne, du Héron, du Butor . de l'Oie, du Canard et de la Buse. (2) Sur une Buse que M. Magendie me donna à examiner , j'ai cherché, mais en vain , les lactés ; cela tenait sans doute à ce que l'oi- seau était tué depuis quelque temps , et que les ligatures nécessaires n'avaient pas été appliquées aux vaisseaux du mésentère. Mais M. Foh- mann ayant été plus heureux que moi , l'existence des absorbans dans les oiseaux de proie n'en est pas moins démontrée. ( 38 9 ) que j'ai eu occasion de disséquer les uns à l'amphi- théâtre de la Faculté de médecine de Strasbourg , et les autres à Paris (i). Je dois ces derniers aux bontés prévenantes de MM. Cuvier et Breschet , qui m'ont se- condé dans mes recherches , non-seulement en m'ac- cordant les Oiseaux dont j'avais besoin , mais en faisant même venir de Heidelberg les iustrumens nécessaires. L'Oie a servi de type à mes descriptions , parce que je l'ai disséquée un plus grand nombre de fois. Ne devant pas entrer dans des considérations physio- logiques , je me bornerai à observer que les conclusions des auteurs , qui ont refusé la faculté absorbante aux vaisseaux lymphatiques dans les Mammifères , en se fondant sur leur défaut dans les Oiseaux , que ces con- clusions , dis-je , sont inadmissibles, par le fait même de leur existence , comme je crois l'avoir suffisamment prouvé dans ma dissertation (2). Anatomie descriptive. * Les lymphatiques de la pâte forment, parleur réunion, des rameaux, que l'on trouve aux parties latérales de chaque orteil. Dans les Palmipèdes , il existe des lym- phatiques anastomosans , qui vont du rameau collatéral d'un orteil à celui de l'orteil voisin , en formant sur la membrane natatoire des arcades plus ou moins multi- (1) Les préparations qui se trouvent au Musée de la Faculté' de Mé- decine de Paris, et au cabinet d T Anatomie comparée du jardin du Roi , sont du nombre M. Breschet. a bien -voulu présenter à la Société Phi- loniatique quelques-unes de ces premières préparations. (2) Essai sur les Vaisseaux lymphatiques , Strasbourg 1824 , sec- tion IV ; usage des vaisseaux lymphatiques, p. 44 e * suiv. ( 3 9 o ) pliées. Ces rameaux se rendent sur la partie antérieure de l'articulation du métatarse , pour y former un petit plexus , dont partent trois à quatre rameaux ; les uns , antérieurs et internes , accompagnent les vaisseaux san- guins en les entourant d'un réseau $ les autres , posté- rieurs et externes , reçoivent les lymphatiques de la plante du pied, puis montent le long du tarse et forment vers son articulation avec la jambe un plexus à mailles très-serrées , dont quelques rameaux se sont remplis de mercure jusqu'à la face externe du derme. Tous ces vaisseaux montent le long de la jambe, en l'entourant d'un plexus jusque vers sou milieu , où ils se réunissent en deux branches , dont l'une , plus petite , monte à la face antérieure externe , dans la gouttière formée par la réunion du tibia et du péroné, jusqu'à la partie supé- rieure de ces os , où , en passant par leur intervalle, elle s'unit en arrière à l'autre branche montante et accollée aux vaisseaux sanguins. A mesure que le tronc qui ré- sulte de la réunion de ces deux branches s'avance le long des vaisseaux de la cuisse, en y formant plusieurs divisions et réunions , il reçoit les petits rameaux mus- culaires de cette partie , et une branche as?ez volumi- neuse qui accompagne les vaisseaux fémoraux profonds. Le tronc entre ensuite dans le bas-ventre, en passant sous l'arcade crurale , reçoit plusieurs rameaux qui lui viennent des parties latérales du bassin , et se divise en deux branches , une inférieure et une supérieure. La première reçoit quelques lymphatiques des lobes supé- rieurs des reins, ceux des ovaires ou des testicules , et communique supérieurement avec les rameaux qui en- tourent l'artère mésentérique supérieure ; inférieure- ment, avec un plexus qui entoure l'aorte et ses brandies , ( 3gt ; et qui reçoit deux lymphatiques venant du plexus rénal et accompagnant l'artère sacrée moyenne. La branche supérieure résultant de la division du tronc des lymphatiques de la cuisse , se porte sur l'aorte , et y forme un plexus avec la branche du côté opposé et avec les lymphatiques qui viennent des intes - tins. Ces lactés (i) accompagnent les rameaux de l'artère (i) Tout récemment , c'est-à-dire après les dernières injections que j'ai faites à ce sujet , ou a élevé' plusieurs questions relativement aux chylifères dans les oiseaux , auxquelles je crois devoir répondre. i°. Les absorbans que l'on voit sur le mésentère des Oiseaux, ap- partiennent-ils au mésentère seul , ne sont-ils qu'une portion du système lymphatique général, ou appartienntnt-ils aux intestins en même temps ? J'ai poursuivi ces vaisseaux a l'œil nu jusque sur les tuniques intes- tinales , où j'ai reconnu très-distinctement leur distribution. J'ai pu m'assurer qu'à l'exemple de ceux de l'homme ils sont plus larges sur l'intestin , et qu'ils diminuent beaucoup de diamètre , en entrant dans le mésentère. Le peu de résistance de leurs parois , ne me permit pas de les injecter sur les tuniques intestinales, mais en les injectant sur le mésentère, le mercure remplit , par voie rétrogade, plusieurs rameaux jusqu'au bord concave de l'intestin, et il était facile, tant que la pièce était fraîche, de se convaincre que ces vaisseaux injectés se continuaient avec ceux qui rampaient sur l'intestin. 2°. Ces vaisseaux sont-ils de véritables lactés , en supposant qu'on les trouve sur les intestins , et ne sont - ils pas trop petits et trop peu nombreux pour quils puissent servira l'absorption du chyle , vu la rapi- dité de la digestion dans les oiseaux ? En désignant ces vaisseaux sous le nom de lactés, je conviens qu'on en donne une idée fausse, parce qu'ils charient du chyle transparent j mais comme le mot de lactés, même dans les animaux où ces vais seaux contiennent du chyle blanc, est mal appliqué, parce que le lait et le cbyle sont très-diflérens, et que cela n'a cependant pas empêche qu'on ne continuât de s'en servir, j'ai cru pouvoir l'employer aussi, surtout après avoir parlé |Téalablement de la transparence du chyle dans les Oiseaux. L'identité de structure des lactés et des autres lym- phatiques , la connexion intime de ces deux systèmes vasculaires, prou- vent que ces vaisseaux sont les mêmes, et si ses lactés sont les seuls lymphatiques qui élaborent le chyle , c'est qu'ils sont les seuls qu l ( 3g» ) mésentériquc supérieure, où l'on voit, pour une artère, plusieurs lymphatiques , qui , en s'anastomosant fré- quemment entre eux, entourent celle-ci d'un réseau. puissent opérer sur du chyme, car sans chyme point de chyle. Par conséquent, si on parvenait à placer les orifices des autres lympha- tiques dans une condition aussi favorable pour l'e'laboration du chyle , que le sont les orifices des lactés dans les villosite's intestinales, et qu'on soumît alors à leur action, du chyme convenablement prépare' par l'es- tomac et le duodénum, ces lymphatiques deviendraient de véritables chylifères. Si les physiologistes n'ont pas réussi à nourrir les ani- maux par des voies autres que le tube digestif, c'est qu'ils n'avaient pas pu appliquer les substances à absorber à une surface aussi étendue que le canal intestinal et pourvue d'un épiderme aussi mince , et qu'é- tant persuadés que le chyle et le lait sont identiques , ils avaient em- ployé le plus souvent ce dernier liquide dans leurs expériences. Les lactés ne sont donc autre chose que les lymphatiques des intestins. Ces vaisseaux sont aussi nombreux dans les Oiseaux que dans les Mam- mifères, parce qu'ils forment un lacis autour des vaisseaux sanguins; et à leurs radicules, où on ne voit plus qu'un seul lacté accompagner l'artère et la veine , nous trouvons une compensation dans la grosseur proportionnelle du lacté, qui alors a un calibre presque égal à celui de l'artère lorsqu'il rampe dans le mésentère , et qui la surpasse de beau- coup en diamètre, tant qu'il se trouve encore sur l'intestin. Il est certain que la digestion se fait très-rapidement dans les Oiseaux ; mais comme la circulation du sang est proportionnellement aussi rapide , il ne répugne pas, ce me semble , d'admettre que l'absorption l'est aussi , surtout si on considère que digestion rapide et absorption rapide du chyle , sont à peu près synonymes. 3". Les lymphatiques du mésentère existent-ils dans des Oiseaux autres que VOie et le Cygne ? Je répoudrai à cette question par l'affirmative, au moins pour ce qui concerne le Dindon, la Poule et le Canard, où je vis très-distinc- tement les lactés accompagnant les vaisseaux du mésentère; mais il ne me fut pas possible d'y introduire le tube, sans doute parce qu'il n'était pas assez fin ; cependant ce n'est pas là une raisoD suffisante pour en douter. D'ailleurs je ne pouvais pas me tromper sur la nature des vaisseaux que je voyais : le mésentère était sans graisse à cet endroit, les vaisseaux sanguins se voyaient à côté , remplis de sang , et on re- connaissait facilement les filets nerveux par leur opacité plus grande. ( 3 9 3 ) Avant d'arriver sur l'aorte , ces vaisseaux communiquent avec la branche inférieure de ceux de la cuisse et avec ceux des ovaires ou des testicules ; après quoi ils se portent sur l'aorte , où ils reçoivent les lymphatiques du pancréas et du duodénum , et finissent par s'unir sur le tronc cœliaque à ceux du foie , du ventricule succen- turié, du gésier et de la rate , en formant un riche plexus, où il n'est pas rare de rencontrer des rameaux lympha- tiques qui se versent dans les veines voisines. On trouve enfin, sur les reins , un plexus considé- rable de lymphatiques , provenant , les uns de ces vis- cères mêmes \ et les autres du rectum , et des muscles et de la peau qui recouvrent le sacrum et le coccyx. De ce plexus partent plusieurs rameaux , qui accom- pagnent l'artère mésentérique inférieure , reçoivent des lymphatiques du rectum , du cœcum et de ses appen- dices , et s'unissent enfin aux plexus des vaisseaux qui entourent l'artère mésentérique supérieure. Deux autres rameaux , partant du plexus rénal , accompagnent l'ar- tère sacrée moyenne , et se rendent dans le plexus qui entoure l'aorte. Les rameaux les plus nombreux et les plus considérables qui composent le plexus rénal, s'ouvrent directement dans les veines rénales et sacrées , ce que l'on voit très-bien , surtout au moment où l'on injecte. Le plexus aortique , qui est formé par tous les lym- phatiques que nous venons de décrire, donne naissance à deux canaux thoraciques d'un calibre très-variable, mais souvent de plus d'une ligne de diamètre , situés à leur origine derrière l'œsophage et devant l'aorte. Ils se portent en haut et en dehors, en s'écartant l'un de l'autre, montent sur les poumons, reçoivent quelques rameaux ( 3 9 4 ) de ces viscères et de l'œsophage , et se terminent chacun dans la veine jugulaire de son côté par un ou plusieurs orifices , après s'être réunis aux lymphatiques des ailes. Le canal thoracique gauche , avaut de se ter- miner dans la veine jugulaire, reçoit le tronc des lym- phatiques du cou de ce côté 5 celui du côté droit n'en reçoit qu'un rameau. Les lymphatiques des ailes suivent la marche de l'ar- tère brachiale , en formant un plexus autour d'elle , surtout vers l'articulation huméro-cubitale. Leur tronc principal , auquel se joignent vers le tiers supérieur de l'humérus tous les rameaux collatéraux, est jusqu'à cet endroit très-volumineux -, mais bientôt son diamètre diminue , et à la partie supérieure du bras il n'a plus qu'un calibre très-médiocre. Arrivé aux parois tho- raciques , il reçoit deux ou trois rameaux qui naissent dans les muscles pectoraux , et un autre rameau qui ac- compagnait le plexus brachial. Peu après ce tronc forme quelquefois une petite glande lymphatique , et s'unit enfin au canal thoracique de son côté. Les lymphatiques de la tète accompagnent les divi- sions de la veine jugulaire , comme on le voit as- sez facilement entre les branches de la mâchoire infé- rieure, où ces vaisseaux sont très-souvent variqueux. Nous ne nous arrêterons pas ici à l'observation des frères Wenzel (1), qui disent avoir découvert les lymphatiques du cerveau dans des Corbeaux , au moyen du mercure introduit dans la cavité crânienne , qui aurait été ab- sorbé par les lymphatiques qui s'y trouvent. Le raison- nement suffirait pour nous faire douter de l'absorption (1) Bemerkungen iiber die Hirawassersucht Tiibing. 1806, p. 1 4 s dans la note. ( 3 9 5 ) du mercure à l'état coulant, et l'expérience , plusieurs fois répétée sans succès , est venue confirmer ce que l'on pouvait avancer à priori. Les lymphatiques de la tète se réunissent à ceux du cou , qui forment à droite et à gauche deux branches ac- compagnant la veine jugulaire (i), et situées , l'une à son côté interne , l'autre à son côté externe. Ces vais- seaux communiquent entre eux à la partie supérieure et inférieure du cou , au moyen des branches trans- verses ou obliques. Ils reçoivent dans leur marche des rameaux musculaires et d'autres rameaux provenant des glandes particulières qu'on remarque sous la peau du cou. A la branche interne du côté gauche s'unit en outre un lymphatique assez considérable venant de l'œsophage. Vers la partie inférieure du cou , ces vais- seaux reçoivent un rameau notable qui accompagne les artères carotides , et peu après ils forment de chaque côté une glande lymphatique située sur la veine jugu- laire. Tantôt cette glande est formée par un tronc ré- sultant de la réunion des deux branches externe et in- terne; d'autres fois elle l'est par la branche interne seule, et dans ce cas , le vaisseau sortant s'unit bientôt à la branche externe des lymphatiques du cou , qui continuait sa marche à côté de la veine jugulaire , et ordinairement le tronc résultant de celte réunion est moii.5 volumi- neux que chacune des branches qui lui donne naissance. Du côté droit , le tronc des lymphatiques du cou se (i) J'ai constamment observe que la veine jugulaire gauche est de beaucoup moindre que la veine jugulaire droite; n'ayant pas trouvé cette remarque dans les ouvrages d'anatomie comparée qui sont entre mes mains , j'ai cru devoir en faire mention ici. ( 3g6 ) verse dans la veine jugulaire après avoir fourni un rameau de communication avec le canal thoracique de ce côté, et du côté gauche, il s'unit directement au canal thoracique correspondant. Manière de préparer les lymphatiques des Oiseaux. En attendant l'exposé de la manière d'injecter les vaisseaux lymphatiques en général , que je me propose de faire à un autre endroit , il ne sera pas inutile , je crois, d'entrer dans quelques détails relativement aux instrumens dont je me suis servi pour les injecter , après quoi je décrirai la méthode qu'on emploie pour rendre ces vaisseaux visibles dans les Oiseaux. Il y a peu d'instrumens d'anatomie qui aient éprouvé plus de changemens que ceux qui composent l'appareil servant à l'injection des lymphatiques , presque chaque anatomiste leur ayant fait subir des modifications plus ou moins utiles. Il serait oiseux de décrire tous ces ap- pareils-, nous nous bornerons donc à rappeler qu'ils sont de deux' sortes. Au moyen des uns , on fait avancer le mercure dans les vaisseaux par une pression exté- rieure 5 au moyen des autres , le mercure avance uni- quement en vertu de sa pesanteur. Ceux-ci ont sur les premiers l'avantage de donner , par la hauteur de la colonne , l'exacte mesure de la force avec laquelle entre le mercure, en sorte que c'est cette espèce d'appareil qui est la plus généralement répandue. L'appareil dont je me suis servi est fait par M. Goerck , à Heidelberg, et se compose de tubes en acier très-déliés , recourbés et effilés vers le bas , et augmentant un peu en épais- seur vers le haut, où ils sont sondés à un petit montant ( ^97) qui se visse à un robinet , le tout en acier. C'est à ce robinet que s'adapte , tantôt immédiatement, un tube en verre surmonté par un petit entonnoir-, tantôt on interpose à ces deux pièces une canule flexible , longue de douze à quinze pouces , faite avec une sonde de gomme élastique , recouverte de peau de cbamois. On conçoit que cette canule flexible doit beaucoup faciliter les mouvemens 5 cependant , en employant l'instrument sans cette pièce , on a un autre avantage , c'est de pouvoir maintenir le tube dans une situation fixe et dé- terminée, au moyen du nouveau fixateur de M. Ehr- mann , que nous décrirons plus bas ; et pour peu qu'on soit babitué à manier l'instrument, on parvient à exé- cuter les diflerens mouvemens avec la même facilité qu'en employant la canule flexible. Il est facile à voir pourquoi les tubes en acier sont préférables à ceux en verre. En effet, si ces derniers surpassent un peu les miens en ténuité , la solidité de ceux-ci décidera toujours en leur faveur. En examinant les tubes métalliques de Heidelberg , dont le mode de préparation m'est inconnu, et surtout en les com- parant à ceux faits en Angleterre , on serait porté à croire qu'ils ont reçu le dernier degré de perfection ; cependant M. Brescbet, en appliquant à la confection de ces tubes métalliques un procédé déjà connu dans les arts, s'est acquis des droits à la reconnaissance des anatomistes , en leur faisant connaître les moyens d'en avoir de plus fins encore , et à peu de frais. Ces tubes métalliques sont tirés à la filière : « Un mandrin extrê- » mement délié est placé au centre d'une lame très- » mince de tôle, bien décapée et recourbée en gout- )> tière , qu'on tire successivement par des ouvertures Tome III. 37 ( 3 9 8 ) » de plus eu plus petites -, le tube s'allonge , et le canal » intérieur conserve toujours le même calibre , qu'il m doit au mandrin qui le remplit (i). » On obtient de cette manière un bout de tube dune certaine longueur , parfaitement cylindrique , et qu'on découpe alors pour l'usage. Ces tubes, comme nous l'avons dit, sont plus fins encore que ceux de Heidelberg; mais comme ils sont également fins à leurs deux extrémités , ils ont l'in- convénient d'offrir bien moins de résistance que les autres, qui sont légèrement coniques , et qui en outre permettent de les fixer plus solidement au montant des- tiné à les recevoir. Cependant, je crois qu'il serait possible d'obtenir , par le même procédé , des tubes coniques , en tirant des portions de tube d'autant moins longues que les ouvertures par lesquelles elles doivent passer sont plus petites. M. Brescbet , dans la présentation qu'il a faite à la Société Pbilomatique , de mes injections , indique la manière de faire les tubes en acier , telle que la pra- tiquait Mascagni. M. Straus a perfectionné ce procédé , en faisant les tubes coniques , et il est parvenu à leur donner une finesse telle , qu'ils ne sont plus perméables qu'aux liquides les plus ténus. Un ressort de montre long de douze à quinze lignes , parfaitement détrempé , est retenu suivant sa longueur par un étau , de manière à laisser dépasser la moitié de la largeur. Il est avan- tageux de placer le ressort entre deux cartes , parce qu'on court moins de risques de le casser que s'il se trouve en contact immédiat avec l'étau. Moyennant de (i) Note sur la recherche des vaisseaux lymphatiques des oiseaux , et sur les procédés employés pour les découvrir. Bul "'in des Sciences par la Société Philomatique de Paris, juin 1824. ( %9 ) légers coups de marteau donnés sur la partie du ressort qui dépasse , on la replie à angle droit sur celle qui est retenue. Dans la gouttière qu'on obtient ainsi , on place un mandrin en fer ou en acier détrempé , conique , et aussi acéré que possible. A petits coups de marteau on recourbe de plus en plus les bords sur le mandrin , de manière à ce que ceux-ci venant à se toucher , on ob- tienne un canal complet. On diminue , avec une petite lime la trop grande largeur du ressort à l'endroit qui doit correspondre à l'extrémité acérée du tube et on finit ensuite de rapprocher les deux lèvres. Le tube étant achevé , on diminue l'épaisseur de ses parois au moyen de la lime , et on retire le mandrin. Ainsi préparé , il est reçu dans un petit montant en ivoire , percé d'une ouverture en forme de cône tronqué. Cette ouverture se trouve par-là parfaitement en rapport avec le tube qu'on veut y fixer. Le tube, dont la grosse extrémité est en- tourée d'un peu de papier à lettre , est introduit dans le montant par son extrémité effilée , et quelques légers coups de marteau le retiennent comme un coin. Si l'on désire avoir des tubes courbés , on n'a qu'à placer dans l'intérieur un fil de fer , pour empêcher le canal de s'effacer , et au moyen d'une pince , dont les extré- mités sont garnies de papier, on le courbe à volonté , en ayant soin de placer la fente du tube à la partie convexe.- Pour fixer le tube, et pour pouvoir disposer de mes deux mains , je me sers , depuis environ deux ans, d'une machine, dont M. Ehrmann , chef des travaux anato- miques à Strasbourg , a conçu l'heureuse idée. Cette machine se compose d'une colonne de fer de trente pouces de hauteur et de sept lignes de diamètre , bien ^7* ( foo ) recrouie. au marteau, aiiu de pouvoir résister au poids qu'elle doit supporter. Elle est moulée à son pied au moyen d'une vis, sur une agraffe dormante, ayant à sa partie inférieure une vis de pression , afin de pouvoir être fixée à la table. A cette colonne se trouve un bras à potence , de buit pouces de longueur, pouvant tourner horizontalement autour de la colonne , qui lui sert d'axe, et être monté et descendu à volonté ; il est arrêté par une vis de pression. L'extrémité de ce bras s'articule en genou avec une autre pièce en forme de pince , dont les deux brandies se terminent chacune par un demi- cylindre creux ; le canal formé par le rapprochement de ces deux branches est destiné à recevoir le tube en verre. Une première vis rend à volonté l'articulation en genou immobile , et une seconde vis , en rappro- chant les deux branches de la pince , fixe également le tube de verre. Cet instrument, fait par M. Lichten- berger à Strasbourg , est aussi depuis quelque temps employé aux laboratoires d'anatomie de la Faculté de Paris. En me servant du fixateur, j'emploie ordinairement des tubes sans canule flexible, et à cet effet , on procède de la manière suivante : La vis qui retenait la boule étant relâchée, on place le tube de verre entre les branches destinées à le recevoir , de manière à ce qu'on puisse lui imprimer quelques mouvemens. De cette façon , on laisse pendre le tube dans une direction qui ne s'éloigne de l'horizontale qu'autant qu'il le faut pour que le mercure ne coule pas par le bout évasé. En lais- sant ainsi le tube parfaitement mobile , on a l'avantage de pouvoir l'introduire de suite dans le vaisseau lym- phatique ouvert-, cela fait , un maintient le tube dans (4oi ) le vaisseau avec une main, et avec l'autre on resserre d'abord la vis qui rapproche les branches de la pince ; mais il faut avoir soin d'établir le parallélisme entre le tube et les pinces qui le retiennent , sans quoi on risque de le voir quitter le vaisseau ou le soulever. C'est là la partie de la manipulation qui exige le plus de soin, car après il n'y a plus qu'à serrer la vis qui retient la boule , pour maintenir tout l'appareil en parfaite im- mobilité. Au moyen du fixateur on peut faire les injections sans aide , pourvu qu'on ait des pinces dont les branches puissent être maintenues rapprochées,, au moyen d'un coulant 5 en effet, on saisit le vaisseau à lier avec ces pinces , qu'on retient avec la bouche , tandis qu'on a les deux mains libres pour faire la ligature. En injectant avec la canule flexible , j'emploie un ap- pareil de suspension très-simple ; il se compose de deux fils de fer , longs de 10 à i5 pieds , tendus horizontale- ment à la partie supérieure de deux murs parallèles. Un autre fil de fer est fixé par ses extrémités à la partie moyenne des deux précédens. Du milieu de ce troisième fil descend une ficelle , au moyen de laquelle on sus- pend le tube en verre , de manière à ce qu'étant rempli de mercure , son extrémité inférieure ne soit élevée que de trois à quatre pouces au-dessus du niveau de l'en- droit où l'on injecte , et qu'une partie de la canule, qui porte à son bout le robinet avec le tube en acier , soit couchée sur la table. On conçoit que le jeu des diverses pièces qui composent cet appareil, doit produire toute l'élasticité désirable , et qu'en même temps le poids du mercure se trouve parfaitement soutenu sans fatiguer la main de l'anatomisle. Pour introduire le ( 4o* ) tube dans un lymphatique , on saisit le robinet comme une plume à écrire, en laissant passer la canule flexible sur le dos de la main , de manière à lui faire décrire une courbe semblable à un c/v Le système lymphatique des Oiseaux , étant , comme celui de l'Homme et des autres Mammifères , plus dé- veloppé dans les jeunes sujets , on choisira de préfé- rence ceux qui viennent seulement d'acquérir leur parfait développement. Le procédé que je mets en usage pour rendre les lymphatiques visibles, m'a été indiqué par M. le doc- teur Fohmanu à Heidelberg. Il consiste à enlever les plumes de la partie supérieure des membres de l'Oiseau, immédiatement après l'avoir tué , et à embrasser ceux-ci par des ligatures assez serrées pour arrêter les progrès de la lymphe , sans cependant couper les chairs. On applique une semblable ligature à la partie inférieure du cou 5 cela fait, on plume l'Oiseau, pour ne pas être embarrassé pendant le travail. Je dois observer qu'il ne faut arracher les pennes des ailes qu'avec beaucoup de ménagemens , sans quoi on risque d'emporter en même temps les parties de peau qui les entourent. Pour ne pas se salir pendant la préparation, il sera en outre convenable de flamber les Oiseaux , qui , comme par exemple les Palmipèdes , sont couverts d'un duvet abondant. Immédiatement après, on procède à la re- cherche des lymphatiques. Dans les temps chauds , il faut recouvrir l'Oiseau d'un linge mouillé, pour s'opposer à la dessiccation des parties , qui rendrait l'injection impossible. L'Oiseau étant couché sur le dos , on enlève une petite portion du derme, qui recouvre les orteils ainsi que leur articu- ( 4o3 ) lation avec le métatarse , en ménageant le tissu cellu- laire subjacent. Si l'Oiseau est déjà âgé, il convient d'en- lever préalablement les écailles épidermoïques, qui, étant très-épaisses, donnent trop de ligidité à la peau. Les vaisseaux lymphatiques qui viennent des parties laté- rales des orteils et de la membrane natatoire , forment en cet endroit un petit plexus , où il sera facile d'intro- duire le tube dans quelques-uns de ces vaisseaux , que l'on reconnaît de suite à leur transparence et à leur manque de couleur. Vu leurs fréquentes anastomoses et leur peu de valvules, il suffira d'en injecter trois ou quatre sur la partie antérieure de la pâte ; on retourne alors le sujet , et on en fait autant pour la partie pos- térieure. Dans les Palmipèdes et les Echassiers , la re- cherche des lymphatiques sur la pâte ne souffre aucune difficulté 5 mais il n'en est pas de même des autres classes d'Oiseaux, où les lymphatiques y sont tellement fins, qu'ils n'y paraissent que comme des lignes de la plus grande ténuité. On ne pourra, le plus souvent , injecter ces vaisseaux que sur le tarse , où ils accompagnent les vaisseaux sanguins, qui guideront l'anatomiste dans ses recherches. Cette différence de grosseur dans les lym- phatiques des pieds, dans les diverses classes d'Oiseaux, me paraît dépendre de la différence de milieu où ils vivent, les Palmipèdes et les Echassiers ayant les extré- mités inférieures le plus souvent plongées dans l'eau. On pourrait retirer de cette circonstance un argument en faveur de la faculté absorbante des lymphatiques , si cette doctrine n'était déjà démontrée par une foule de preuves plus directes. Les lymphatiques des ailes suivent plus exactement encore la marche des vaisseaux sanguins que ceux du ( M ) pied. On n'a donc qu'à rechercher ceux-ci pour trouver facilement les premiers. J'ai ordinairement introduit le tube dans un vaisseau situé à la partie interne du bord inférieur du fouet de l'aile. Les lymphatiques du cou sont si volumineux et si faciles à voir , que l'œil le moins exercé les distingue de prime abord; on en trouve en effet un plexus assez considérable aux parties latérales , toutes supérieures du cou. Je remarquerai , à l'égard de ces lymphatiques, que je les ai le plus souvent trouvés remplis d'une lymphe rongeàtre ou même d'un rouge intense. Il me paraît pro- bable que cette.couleur provenait du sang nouvellement absorbé , les Oiseaux que j'ai injectés ayant été tués par la section des carotides. En jetant la vue sur les lymphati- ques du cou , on serait porté à croire leur injection très- facile ; il n'en est cependant pas ainsi. Un tissu cellulaire, à mailles très-écartées , qui les unit faiblement aux par- ties voisines, fait qu'ils n'offrent aucune résistance au tube qu'on veut y introduire. Il est donc essentiel de mettre le vaisseau parfaitement à découvert avant d'y faire au- cune incision ; celle-ci étant faite , on relient le vais- seau avec des pinces à sa partie supérieure , après quoi l'introduction du tube n'éprouve plus de difficulté. Pour injecter les lactés, on tue l'Oiseau trois ou qualre heures après l'avoir bien nourri. Ces vaisseaux, qui , à raison du manque de couleur, du chyle, seraient mieux appelés les lymphatiques des intestins, s'injectent quelquefois par voie rétrograde , par ceux des extré- mités inférieures. Si cela n'a pas lieu , ou si l'on veut se borner à leur injection, on fait de suite , après l'ouver- ture de l'abdomen , une ligature autour des vaisseaux méscntériques, le plus près possible de leur origine. Le (4o5 ) progrès du chyle est arrêté, et les lactés, qui con- tinuent d'absorber quelque temps après la mort, s'en trouvent bientôt gorgés. Hewson , qui avait indiqué ce procédé, le mettait même en usage sur des Oiseaux vi- vans ; ce qui , d'après ma propre expérience , est inu- tile. Pour prévenir la prompte dessiccation des parties contenues dans le bas-ventre, il faut avoir soin de les asperger souvent d'eau. Après avoir rempli les vaisseaux lymphatiques , on pousse une injection différemment colorée , dans les veines et les artères. Si on veut conserver la pièce dans l'esprit- de-vin , on n'a plus qu'à reprendre l'injection des lymphatiques, pour remplir de nouveau les vais- seaux qui se seraient vidés pendant le travail , et on lie le vaisseau de suite après l'injection , pour s'opposer à la sortie du mercure. Pour les préparations des lym- phatiques , je préfère cependant toujours la conserva- tion par dessiccation , attendu que ces vaisseaux de- viennent plus apparens par ce moyen. A cet effet, j'enlève toutes les grandes masses musculaires , l'es- tomac, l'intestin grêle et les cœcums. Je place des liga- tures aux extrémités de l'œsophage , que je distends d'air •, j'en fais autant du rectum , en ayant soin de con- server le mésorectum, qui est traversé par plusieurs lymphatiques. Je lie les vaisseaux qui se rendent au coeur et au foie , ainsi que ceux qui en partent , et j'en- lève également ces viscères. De cette manière , les lym- phatiques sont visibles dans tout leur trajet , tout en conservant leurs rapports avec les vaisseaux sanguins. Pour préserver les pièces des attaques des insectes , et pour favoriser leur dessiccation , il sera bon de les laisser séjourner pendant quelques jours dans de l'alcool tenant (4o6 ) un sel arsenical en dissolution. La pièce étant des- séchée, ou l'enduit soigneusement d'une couche épaisse de vernis gras. Explication des Planches. JVota. Les artères sont coloriées en rouge; les veines sanguines en bleu et les vaisseaux lymphatiques en jaune. Planche su. Fig. i. Appareil servant à fixer le tube pour l'injection des vaisseaux lymphatiques. Une colonne en fer aa. peut être vissée à une table , au moyen d'une agraife dormante L. , munie d'une vis dépression c.,d. bras à potence arrête' par une vis de pression e.-f. pinces terminées par deux demi-cylindres creux servant à retenir le tube en verre gg. unies au bras à potence au moyen d'une articulation en genou ( voy. fig. 2.) Fig. 2. a. Extrémité du bras à potence , terminée par deux cuillers demi-sphériques bb. Elles embrassent une boule c. , surmontée d'une pince d. qui se termine par deux demi-cylindres creux ee ; f. vis qui retient les deux cuillers ; g. vis qui retient la boule ; h. vis qui rapproche les branches de la pince. Fig. 3. Lymphatiques des extrémités inférieures, des reins , des intes- tins et canaux thoraciques. a. Portions du poumon où l'on voit un rameau lymphatique qui s'y distribue; bb. veines jugulaires. On voit en ecc les terminaisons des canaux thoraciques ; d. aorte descendante ; e. tronc cœliaque avec un rameau lymphatique venant de l'estomac; f. Artère mé- sentérique supérieure, qui est entourée par un plexus de vais- seaux lactés; g. veine cave inférieure; hh. veines crurales ac- compagnées par les lymphatiques de la pâte; ii. veines rénales : on voit en /. un lymphatique qui se termine dans une veine; m. artère sacrée moyenne , avec les lymphatiques qui l'accompa- gnent. Planche 22. Fig. 1. Vaisseaux lymphatiques de la partie postérieure des extrémités inférieures. Ce dessin a été pris par M. le docteur Faivrj d'Esnans sur le même sujet , dont la planche première représente la face antérieure. On remarque en a. , un plexus de lymphatiques très- serré , où plusieurs vaisseaux s'étaient remplis jusque sous l'é- C 4o 7 ) piderme. Ce dessin ayant été fait sur une pièce desséchée, il est à observer que beaucoup de vaisseaux visibles à létat fais, se sont vidés par la dessiccation, et n'ont par conséquent pas pu être représentés ici. Fig. 2. Lymphatiques de l'extrémité inférieure gauche d'une Oie sau- vage. Un rameau lymphatique traverse en a. la membrane na- tatoire, pour établir la communication entre les vaisseaux colla- téraux des orteils. Planche 2 5. Fig. 1. Lymphatiques de la face externe de l'extrémité inférieure droite. Fig. 2. Lymphatiques de la face antérieure de cette même extrémité. Fig. 3. Vaisseaux lymphatiques de la face antérieure de l'extrémité inférieure gauche. Planche a4. Distribution des lactés ; a. artère mésentérique supérieure ; b. branche stomachique du tronc cœliaque ; c. Pancréas; dd. Duodénum ; eeee. Intestin grêle ; ff. appendices cœcaux ; gggg- rameaux lactés qui se sont injectés par voie rétrograde jusque sur les tuniques intestinales. Planche 2 5. Fig. 1. Vaisseaux lymphatiques du tronc; a. œsophage; b. Ventricule siiccenturié avec quelques lymphatiques qui y naissent; c. bronche gauche; ddd. poumons : on y voit la distribution de plusieurs rameaux lymphatiques; ee. testicules avec leurs lymphatiques; ff. reins ; g. Intestin rectum ; h. mésorectum où l'orifvoit un plexus lymphatique accompagnant les vaisseaux sanguins , et servant à réunir le plexus rénal au plexus qui entoure l'artère mésen- térique supérieure ; ii. Veines sous-clavières, où on voit se ter- miner les canaux thoraciques; /. artère aorte ; m. tronc cœliaque; 71. artère mésentérique supérieure, embrassée par un plexus con- sidérable de lactés ; o. vaisseaux cruraux ; p. plexus des veines rénales , recouvert par un plexus de vaisseaux lymphatiques. On y voit la terminaison de plusieurs lymphatiques dans les veines. Fig. 2. Vaisseaux lymphatiques des ailes et du cou , et leurs rapports avec les canaux thoraciques; aa. trachée artère; bb. oesophage; c. ventricule succeDlurié; dd. poumons; ce. veines sous-clavières; ( 4o8 ) /. tronc cœliaquc; g. artère mésenténque supérieure; hh. glandes lymphatiques placées sur les veines jugulaires et formées parles lymphatiques du cou ; i. glande lymphatique placée sur le pou- mon , traversée quelquefois par les lymphatiques des ailes j /. veines cl lymphatiques sortant des muscles pectoraux. Rapport faii à V Académie royale des Sciences , sur le travail de M. Lauth , par MM. Cuvier et Du- méril ,• (Lundi, i5 novembre 1824.) Nous avons été chargés MM. Cuvier, Magendie et moi, de rendre compte à l'Académie d'un mémoire sur les vaisseaux lymphatiques des oiseaux, qui lui a été présenté par M. le docteur Lauth, avec des pièces injectées et des dessins qui retracent la véritable disposition de ces canaux dans un oiseau palmipède. M. Lauth ayant publié à Strasbourg une thèse inau- gurale, ayant pour litre : Essai sur les vaisseaux lym- phatiques , y avait déjà consigné la plupart des faits qu'il décrit et qu'il représente dans le nouveau travail qu'il a soumis à l'Académie. Vos commissaires ont vu ce jeune anatomiste injecter avec adresse et préparer artistement ces vaisseaux sur des oies sacrifiées dans ce but, et il leur a présenté des préparations anatomiques, bien con- servées , qui ont servi d'originaux aux dessins présentés à l'Académie dans l'une de ses séances. Hewson avait déjà décrit et figuré quelques vaisseaux lymphatiques dans les oiseaux, et MM. Tiedemann et Fohmann avaient fait connaître plus en détail ce système vasculaire et démontré ses communications avec les veines des reins et celles qui forment le plexus pelvien. Mais M. Lauth ( 4«9 ) en donne une description beaucoup plus complète dans le mémoire dont nous rendons compte. Il présente d'abord quelques observations générales sur la structure de ces vaisseaux , qui ont moins de val- vules que ceux des mammifères, ce qui permet de les injecter quelquefois dans une assez grande étendue par voie rétrograde : leurs tuniques sont très-minces, surtout l'intérieure qui se rompt plus facilement que l'externe. Le chyle des oiseaux est le. plus souvent translucide : ce défaut de couleur explique , selon M. Lauth , la difficulté que Ton éprouve à voir les chylifères et à les injecter. I! paraît aussi, d'après les recherches de cet anatomiste, que les oiseaux n'ont pas les vaisseaux lymphatiques des membres formant deux couches comme dans les mammi- fères: au moins n'a-t-il observé que- la plus profonde, celle dont les principaux troncs accompagnent les artères. Les ganglions lympbatiquessont aussi très-rares, et il n'en a remarqué que vers la partie supérieure de la poitrine. Partout ailleurs ils paraissent remplacés par des plexus-, ils oifrent aussi cette particularité qu'ils communiquent fréquemment avec les veines sanguines , et qu'ils forment le plus souvent deux canaux thoraciques. Ces dernières particularités ne sont au reste que des confirmations de faits déjà observés et décrits. M. Lauth décrit succinctement, dans le mémoire dont nous rendons compte à l'Académie, tout le système lymphatique des oiseaux, et il y a joint quatre dessins qui sont destinés à en représenter là distribution. . Nous ne pouvons terminer cette analyse du mémoire de M. Lauth, sans rappeler à l'Académie une circons- tance qui donne à l'objet dont il traite un intérêt tout particulier pour la science. Quelques physiologistes n'a- (4" ) vaient pu, malgré leurs recherches , rencontrer la plupart des vaisseaux absorbans dans les oiseaux, surtout les chylifères dans la région du mésentère, et ils avaient conclu, de leur absence présumée, que l'absorption du chyle ne pouvait s'opérer chez les oiseaux et les reptiles que par les veines , et même , que d'ans le plus grand nombre des cas , le chyle était pompé principalement par les radicules des veines sanguines. M. Lauth oppose à cette opinion les faits qu'il a observés. Deux de vos commissaires avaient vu autrefois ces vaisseaux lymphatiques du mésentère sur un pic-vert gelé qui avait été tué pendant un grand hiver, au mo- ment où il venait de se repaître d'une quantité considé- rable de fourmis dont les débris se trouvaient encore dans ses intestins. Or, dans ce cas particulier, le chyle ab- sorbé était opaque*et d'une couleur blanc de lait, qui rendait très-apparens les vaisseaux dans lesquels il était contenu. Vos commissaires déclarent que le travail de M. Lauth leur a paru très-satisfaisant, et ils proposent à l'Académie d'arrêter que ce mémoire sera inséré parmi ceux des savans étrangers. Signé, Baron Cuvier , Duméiil, rapporteur. L'Académie adopte les conclusions de ce rapport. Observation. Il est de notre devoir de faire connaître l'opinion de M. Magendie au sujet des lactés des Oiseaux. En véritable ami de la science, et avec l'impartialité qu'il apporte dans l'examen des faits , M. Magendie a reconnu la vérité de ceux qui sont rapportés dans le Mémoire de M. Lauth, bien qu'ils fussent contraires aux observations négatives qu'il avait publiées lui-même. Mais tout en admettant la présence de vaisseaux lymphatiques sur le mésentère, il persiste à les considérer comme n'étant pas destinés à l'absorption du chyle. C'es t donc là le point en litige, et c'est seulement sur cette question qui ns peut encore être décidée que par voie d'analogie, que M. Magendie n'a point partagé l'opinion de ses confrères. (-A0 (•■•4*i ) Remarques sur quelques Poissons de mer, et sur leur distribution géographique ; ( Lues â la Société d'Histoire Naturelle de Paris, le ao août 1824.) Par MM. Qcot et Gaimard, Médecins de la Marine royale , Naturalistes de l'expédition de décou- vertes autour du monde, commandée par M. le capitaine Freycinet. La nature de 1 élément qu'habitent ces animaux , la difficulté de se les procurer , et celle non moins grande de les observer avec fruit , ont fait que leur histoire est une des parties de la zoologie qui offre le plus de la- cunes. Si , dans la classe la plus brillante et la plus belle , celle des Oiseaux , qui de tout temps a attire' les regards et fixé l'attention , on ignore encore la patrie de certains d'entre eux ; si l'on confond ou si l'on sépare à tort l'âge et les sexes , selon que les teintes varient , à combien d'incertitudes et de méprises n'est-on pas , à plus forte raison , exposé en ce qui regarde les Poissons marins , qui , dans le milieu où ils vivent , peuvent si aisément se soustraire à nos moyens d'investigation ! Quoique les voyages nautiques soient les plus propres à ce genre de recherches , par la facilité qu'ils donnent d'explorer les côtes , le temps manque toujours à ceux qui veulent observer. Former des collections est tout ce qu'on a pu faire jusqu'à présent. Avant de faire connaître les espèces nouvelles que nous avons apportées, nous hasarderons quelques consi- dérations générales , quelques remarques superficielles saisies à la hâte en sillonnant l'Océan ; notions bien incomplètes sans doute, mais qui, jointes à celles qui ( 4» ) viendront s'y rattacher par la suite, contribueront à combler les vides qui existent dans cette branche de l'histoire naturelle. Comme les Animaux qui parcourent la surface de la terre, plusieurs habitans de l'onde ont leurs contrées, leurs parallèles, d'où ils ne s'éloignent guère, parce qu'ils y trouvent, selon la diversité de leur nature , la subsistance qui leur est propre , la fraîcheur et l'ombre , ou la chaleur et la lumière qui leur conviennent. D'autres , ne se fixant nulle part , parcourent en vaga- bonds les vastes solitudes de l'Océan : ce sont ordinaire- ment ceux qui , à l'instar des animaux carnassiers qui habitent la terre, font , au sein des ondes, une guerre perpétuelle aux espèces plus faibles, destinées à satisfaire leur voracité. A leur tète sont les Squales , parmi les- quels se distingue le Requin. Ce n'est point pour répéter tout ce qu'on a dit d'un peu exagéré sur ce terrible animal, que nous allons en parler. Il est assez redoutable par lui-même , sans qu'il soit nécessaire de grossir encore l'effroi qu'il inspire. Nous n'avons à citer que quelques remarques faites sur le grand nombre de ceux que nous avons vus ou pris. Quoi qu'on en dise, le vrai Requin (Squalus carcha- rias) nous a paru habiter presque toutes les mers. Il fréquente l'Océan atlantique, la Méditerranée , les rives de l'Inde , les Moluques , les plages de la Nouvelle- Hollande et celles des archipels du Grand-Océan. Dans tous ces lieux, nous avons comparé les espèces entre elles , et partout nous avons rencontré une resemblance parfaite de formes. Les allures de cet animal sont naturellement lentes, et nous ne lui avons jamais vu la vivacité de certains ( 4"3) autres Poissons , même après qu'il a été légèrement blessé. Cette dernière circonstance donne lieu à remar- quer , ou que sa sensibilité est très-altérée, ou bien que le sentiment impérieux de la faim l'emporte sur la douleur*, car on le voit reveuir mordre et se prendre à l'appât qui l'a déchiré. Sa voracité est extrême dans certains cas : dans d'autres , elle est nulle , sans qu'on puisse en donner de bonnes raisons. Nous avons vu des Requins rôder autour du vaisseau des journées entières , refuser pen- dant long-temps la chair qu'on leur présentait , enfin , se laisser prendre , et ne rien offrir dans leur tube digestif. On a dit qu'ils ont la faculté de s'élancer hors de l'eau, pour saisir leur proie 5 nous ne l'avons jamais remarqué. On raconte l'histoire de ce matelot qui , en se baignant , fut poursuivi par un de ces animaux vo- races : à ses cris, on lui lance une corde, qu'il saisit • mais à peine a-t-il quitté la surface de l'eau , que le Requin furieux l'atteint et lui emporte une jambe. Nous nous arrêtons à combattre cette narration, parce qu'elle est évidemment contredite par tout ce qu'on sait des mouvemens que l'organisation des Squales peut leur permettre. Par la position de leur gueule au milieu et au-dessous d'un long museau, ils ne peuvent saisir une proie qu'en se renversant sur le côté ou sur le dos. Or , nous le demandons , dans une position aussi défavorable , cet animal peut-il s'élancer en soulevant une masse d'eau considérable qui pèse non-seulement sur son corps , mais encore sur ses im- menses nageoires pectorales , dont la direction cons- tamment horizontale est un des plus grands obstacles à Tome III. 28 ( 4*4 ) la faculté qu'on lui prête de bondir hors Je l'eau. Sans nous en tenir au raisonnement , nous avons voulu , à plusieurs reprises , recourir à l'expérience ; et c'était toujours eh vain que nous présentions au Requin le plus affamé , une amorce à six pouces de la surface de l'eau ; il l'abandonnait alors sans faire la moindre ten- tative pour la prendre. Jamais ces Poissons n'ont le corps et la tète au-dessus du niveau de la mer 5 tout ce qu'ils peuvent faire , c'est de montrer l'extrémité de la nageoire dorsale ; quelquefois , mais rarement , le lobe supérieur de celle de la queue; c'est même à ce premier signe que, dans le calme, on peut les reconnaître de loin. Nous croyons aussi qu'on a trop accordé à la puissance de leurs mâchoires et à l'action tranchante de leurs dénis. Certes , aucun poisson n'en a de mieux affilées ; mais si l'on considère leur position très-oblique en arrière , qui fait que quelques-unes sont parallèles à l'axe du corps , et la manière dont elles se comportent les unes par rapport aux autres; si l'on examine le mé- canisme des mâchoires , qui , ne se correspondit pas , sont dans l'impossibilité de se fournir mutuellement un poiut d'appui, on verra qu'elles n'agissent pas perpen- diculairement sur le corps à diviser , qu'elles ne peuvent le trancher net , s'il est très-résistant , comme un os , par exemple. D'après cela , nous regardons au moins comme exagéré ce qu'on rapporte d'hommes coupés en deux, ou qui ont eu les jambes emportées ; de semblables faits méritent une confirmation authentique, Toutes ces rangées de dents crénelées , dirigées vers la partie pos- térieure , paraissent plus spécialement destinées à dé- chirer et à vaincre les elforts d'une victime encore vi- vante dans le gouffre qui l'englouiit. Les Squales ne (4i5 ) peuvent briser et démembrer un homme que lorsqu'ils sont plusieurs tirant en sens contraire. C'est aiusi qu'à Cayenne on est encore effrayé de la mort vraiment horrible de notre malheureux confrère Robinet , qui , se baignant imprudemment trop au large , fut entraîné et dévoré par ces monstres. Le lendemain , on trouva ses membres épars sur le rivage. Nous leur supposons l'odorat très-développé. Cepen- dant, la finesse de ce sens ne les porte pas à suivre les navires où il y a des malades , comme le disent les ma- telots. Ils n'apparaissent jamais que dans les calmes; et, pour peu que les voiles s'enflent, il ne leur est plus permis de suivre le vaisseau. Il serait fastidieux de relever toutes les puérilités qu'on a débitées sur les Squales. Bien des marins ont encore l'imagination remplie de ce merveilleux que les pre- miers navigateurs répandaient sur tous les objets qui avaient frappé leurs regards dans des contrées lointaines. Laissons ces tyrans de la mer , dont les formes hi- deuses décèlent la férocité , pour ne nous occuper que de ces belles espèces qui, vivant dans des ondes pour ainsi dire enflammées , approprient à leur substance l'éclat de la lumière , décomposent ses rayons et les re- flètent de toutes les parties de leur corps en mille nuances aussi variées que brillantes. Ce serait â tort qu'on croirait que les poissons four- millent au milieu de l'Océan. Il a, comme la terre, ses solitudes et ses déserts , dans lesquels errent cer- taines espèces. LesCoryphènes, la nombreuse famille des Scombres , qui vivent de chasse , n'ont point de limites fixes, et le traversent en troupes dans tous les sens. Ceux-là exceptés , et quelques autres encore , il arrive 28* ( 4*6 ) quelquefois au navigateur de parcourir des espaces de mer immenses sans rencontrer un seul de ces animaux. Ce n'est réellement que sur les grands bancs sous-marins et aux approches des côtes qu'on les voit en grand nombre : ils y trouvent des abris et des lieux commodes pour y déposer leurs œufs. Les régions équatoriales sont admirables par l'éton- nante quantité de ces êtres animés qui pullulent de toutes parts. Sur ces fonds de peu de profondeur où l'oeil pé- nètre sans obstacle , on ne sait ce qu'on doit le plus admirer , ou l'éclat des Madrépores, des Eponges, des Alcyons et de tous ces animaux-plantes , ou bien les riches couleurs des Poissons qui circulent dans ces par- terres émaillés de l'Océan. C'est là qu'habitent les Chéto- dons comprimés , les Glyphisodons , les Pomacentres , les Acanthures , etc. Les localités se présentent-elles sous un aspect différent ; aux lieux calmes succède-t-il des côtes rocheuses battues par une mer profonde et limpide : alors s'offre l'éclatante tribu des Balistes , au nager vacillant et incertain , des Labroïdes à lèvres charnues et rétractiles , des Gomphoses , des Diacopes , des Scares , des Caraux. Mais partout l'or et l'argent mêlent leur teinte aux couleurs du prisme ; partout dans la zone torride, les mêmes dispositions ramènent les mêmes phénomènes. Ils se reproduisent à l'Ile-de- France , à Timor, dan>s les Moluques, aux Mariannes , dans les archipels de l'Inde et du Grand-Océan. Aux îles Mariannes surtout , où nous avons fait un long séjour, nous avons eu tout le loisir de contempler cette fécondité organique. A Guam , devant Agagna , existent des récifs de Madrépores, qui découvrent à mer basse : alors , on voit do pauvres femmes enlever les branche C 4«7 ) de Coraux , dans lesquelles se sont réfugiées toutes les petites espèces propres à ce climat , et les recevoir dans des paniers de feuilles de cocotier. La réunion de ces Poissons forme le contraste de couleurs le plus charmant qu'on puisse voir : il semble que l'imagina- tion vagabonde d'un peintre ait tenté d'exécuter toutes les combinaisons de nuances que son art peut produire ; et comme la plupart de ces ricbes parures ont été re- fusées aux Poissons de la zone que nous habitons , on a long-temps douté, et l'on doute même encore, de l'exactitude des peintures de ceux d'Amboine, que Renard nous a transmises. Nous pouvons assurer que s'il y existe des erreurs , c'est plutôt dans les formes que dans ces merveilleux reflets de couleurs qu'on disait calculés à plaisir , et qui , pour le plus grand nombre des espèces , sont cependant reproduits d'après nature (i). Il en est des Poissons comme des oiseaux , des in- sectes , des végétaux -, à mesure qu'on s'éloigne , dans les deux hémisphères , des parallèles où régnent une chaleur et une lumière constantes, on leur voit perdre successivement leurs belles couleurs pour en revêtir de plus sombres , analogues aux fonds et aux rochers qu'ils fréquentent. Ce n'est pas qu'entre les tropiques on ne rencontre quelquefois des espèces peu brillantes, comme des Baudroies , des Percis , des Sauras et quel- ques Pleuronectes , qui, fuyant la lumière, vivent ha- (i) « C'est une grande merveille que la diversité prodigieuse de » ces poissons tous d'une beauté' inimitable , et dont les couleurs sont » aussi vives que les plumes des Perroquets, et que les ailes des plus » charmans Papillons.» Regard , tome II, (note de la planche 2), et il ajoute : « Ces belles couleurs se fanent comme les fleurs, quaud » les poissons sont hors de l'eau- » ( 4i8 ) biluellcmeut à l'abri des fucus, datis les sables ou sous la vase , et semblent en emprunter les couleurs ternes ; de même, que sur certains points de notre climat tem- péré, comme la Méditerranée et le golfe de Gascogne, on trouve des Labres avec leur riebe livrée : mais ce ne sont que des exceptions à la règle générale. Déjà , la baie des Cbiens-Marins , quoique placée par environ i6° de latitude sud , n'a plus de beaux Poissons , mais de nombreux Squales , d'où elle a tiré son nom , des Tétroclons, des Balistes peu brillans. Le cap de Bonne-Espérance , situé sur un parallèle encore plus élevé , nourrit des Gades , d'énormes Scienes , et des essaims de Chimères antarctiques , animal informe , qui ne meut sa lourde masse qu'au fond des eaux. On le prend à l'hameçon; cependant, l'un de nous se souvient * * > • 1 '1 que, lors d'un voyage antérieur dans cette contrée, il en vit pêcher , avec la seine , une quantité si grande que tout un canot en fut rempli. Les Silliigos, les Muges , les Picarels et les Sidjans, que l'on voit au Port-Jackson, ont tous des couleurs sombres. Il en est de même pour les Poissons des Ma- louines. Il est vrai qu'à l'exception de quelques Muges qui se cachent dans les trous des ruisseaux d'eau douce , ces plages n'offrent point de grandes espèces ; elles ne sauraient s'y développer, parce que des milliers d'oiseaux aquatiques les dévorent en naissant. Chaque fois que nous jetions des filets , nous ne prenions pas dix livres de très-petites Chipées, qui formaient l'espèce domi- nante. En évaluant à cinquante mille livres la consom- mation journalière de fretin que font ces oiseaux , nous croyons être au-dessous de la vérité , car l'estomac d'un Manchot ou d'un Cormoran bien repu en contient plus de deux livres. ( 4'f) ) Pendant tout le lemps que nous demeurâmes sur les eaux bourbeuses et peu profondes de Ptio de la Plata , l'équipage se nourrit des Silures qu'on prenait en abon- dance à la ligne. Ce poisson , qui dans les fleuves du Nord acquiert un si grand développement , atteint à peine ici la longueur de deux pieds. Bien que Rio de Janeiro soit sous le tropique , il offre peut-être une exception à la règle qui fait coïn- cider l'éclat des Poissons avec la position des parallèles. La couleur de ceux que nous avons aperçus dans les marches est , en général , terne ; ce sont des Raies , la Rhynobate surtout, quelques espèces de la famille des Salmones , telles que des Curimates , des Hydrocyns, des Saurus , des Scombres , etc. Nous n'v avons vu qu'une ou deux fois des Labroïdes en petite quantité; mais les Gais et les Trichiures y abondent. Les îles volcaniques des Sandwich , principalement celles qui n'ont point de ports , dont les eaux sont limpides , semblent être plus spécialement habitées par les Labroïdes. On ne voyait, pour ainsi dire, que des poissons du grand genre Labre , dans les pirogues qui revenaient de la pêche. Les seules îles d'Owhyhi et de Mowi nous ont fourni, en espèces nouvelles, cinq Girelles , une Cheïline , deux Gomphoses , le nouveau genre ylnampses et une nouvelle espèce de Rason. Nous représenterons ces poissons dans l'x\tlas zoologique de notre voyage. Les naturels les mangent crus au sortir de Peau et encore palpitans. Lorsqu'ils pèchent à la ligne , ils ont la singulière habitude d'attacher une pierre près de l'hameçon pour le faire couler , mais de manière que lorsqu'il est au fond, elle puisse se détacher , en donnant un léger coup. Nous ne savons pas s'ils ont reconnu un ( 4** ) avantage particulier à cette méthode , qui nécessite un nouveau caillou pour chaque fois qu'on retire la corde. ïl semblerait bien plus simple de l'y fixer à demeure. Les Labres ne paraissent pas fréquenter en grand nombre les côtes coralligènes et herbeuses des Mo- luques et des Mariannes. Ils cèdent la place aux espèces que nous avons précédemment énumérées. Dans ces belles mers où l'on navigue paisiblement , il nous est quelquefois arrivé de déplacer des poissons , qui , lorsque nous passions près de quelque île , pre- naient notre navire pour leur rocher accoutumé , et le suivaient dans sa route. Nous avons vu , de cette ma- nière , des Chétodons, des Glyphisodons , nous accom- pagner pendant près d'un mois. Dans le jour, ils fuyaient l'éclat du soleil et cherchaient l'ombre sous les flancs de la corvette. Ainsi, lorsque dans la haute mer on rencontre de petites espèces qui semblent comme perdues, c'est que, le plus souvent, elles y ont été entraînées par les courans , à l'abri des fucus ou des grands arbres déracinés. Ce besoin de se mettre à cou- vert leur est quelquefois funeste , quand le hasard les conduit dans des parages où il existe beaucoup de Phy- salies : trompées par la vue des longs tentacules bleus de ces Zoophytes , qui leur offrent l'apparence des plantes marines qu'elles affectionnent, elles s'en approchent et sont frappées , au .moindre contact, par une brûlante électricité qui les tue. Les Poissons ne nous ont jamais paru phosphorescens par eux-mêmes pendant leur vie : nous donnerons , dans un prochain Mémoire, relatif à la phosphorescence de la mer , les raisons qui ont pu quelquefois accréditer celle croyance. Ces animaux sont sujets à rencontrer dans les eaux , (*» ) des causes délétères inconnues qui instantanément en détruisent un grand nombre. C'est ainsi, par exemple, que M. Dussumier , négociant de Bordeaux , qui se plaît à contribuer aux progrès des sciences naturelles , a re- marqué sur les côtes du Pégu , pendant plus de vingt lieues , une énorme quantité de Cenlrisques de l'espèce Scutatus , qui étaient morts-, et que, pareillement, M. Sait a vu, en septembre 1809, par environ 8° de latitude sud , à cinq lieues de la côte de Zanguébar , non loin du cap Delgado, le temps étant très-frais, un banc de plusieurs milliers de poissons morts qîii flot- taient sur l'eau. C'étaient principalement desSpares, des Labr.es et des Tétrodons. Ils semblaient , d'après la vi- vacité de leurs couleurs et la rougeur de leurs ouïes, avoir cessé de vivre tout récemment. Le lendemain il rencontra encore un autre banc de Poissons 5 mais ceux-ci étaient en putréfaction. (Deuxième Voyage en Abyssinie , traduction française, tome 1, pag. 119 et 120.) Dans l'état actuel de nos connaissances en zoologie , il est probable que c'est parmi les Poissons qu'il y a le plus d'espèces à faire connaître , ce qui tient aux causes que nous avons indiquées au commencement de ce Mémoire. Description de l'Apodakthes , nouveau genre de plantes Phanérogames parasite ,• Par M. A. Poiteau. La plante parasite qui fait le sujet de ce Mémoire se trouve à la Guiane sur le tronc et sur les gros rameaux d'un arbre appelé par les liabitans Petit-Bois-Gaulelle , pour le distinguer d'un autre Bois-Gaulettc plus grand , ( 4*a ) qui est le Cascaiia macrophyUa des botanistes!. Le Petil- 13ois-Gaulette est aussi un Casearia voisin ou peut-être le même que le C. syh'e-ttris. Les Caséarias sur lesquels j'ai observé des Apodanthes , avaient de douze à vingt-cinq pieds de bauteur, et le dia- mètre de leur tronc était comme celui du poignet et de la cuisse : leur écorce était raboteuse , calleuse , couverte d'Apodantbes jusqu'à l'origine des gros rameaux. Il ma paru que quand cette parasite est établie sur un arbre , elle s'y multiplie de plus en plus , et finit par le faire mourir ; car j'ai remarqué que les arbres qui en nourrissaient étaient languissans : un seul avait quelques fruits qui m'ont servi à en déterminer le genre. APODANTHES. Dioica. Flos. mas. desideratus. Flos.fœm. Calix semi-adherens 4-lobus-, lobis subro- tundis coarctatis. Cor. o : stam. o : sed earum loco repe- riuntur squammae quatuor , petalœformes ovato corda- tse , basi appendiculatse calicis lobis alternantes , ovario procul calice insertae ; ovarium subrotundum : stylus crassus , brevis, subconicus : stigmaincrassatum, trunra- tum , superne vix quadrilobum. Fructus immaturus subrotundus, carnosus , iudehiscens unilocularis, polyspermus : ovulis ovatis , parietalibus , quadrifariâm disposais. APODANTHES Casearije. Jpodanthe du Petit-Bois- Gaulette. Cette plante paraît sortir des couches intérieures et vivantes de l'écorce de ce Casearia; elle est grosse comme un pois ordinaire, d'un blanc sale dans la jeunesse , un ( 4*3 ) peu teintée de rouge dans un âge plus avancé. Le pé- doncule très-court est entièrement caché dans les couches extérieures desséchées de l'écorce et de l'épidémie. Lé bas de l'ovaire est muni de deux petites écailles opposées ; son calice, semi-adhérent , se divise en quatre lobes ar- rondis appliqués sur l'ovaire qui se rétrécit au-dessus en un style gros , conique , terminé par une tête aplatie sur laquelle on remarque l'empreinte d'une sorte de stig- mate en croix. On ne trouve ni corolle ni étamines dans cette fleur ; mais à une certaine distance au-dessus du calice , on remarque sur l'endroit où l'ovaire se rétrécit en style, quatre écailles alternes avec les lobes du calice, ovales , arrondies supérieurement , échaucrées en cœur, et prolongées en un petit appendice à la base , de ma- nière qu'elles sont légèrement ombiliquées. L'ovaire ne change pas de forme en grossissant : sa coupe offre une substance charnue , blanche, et quatre faisceaux de fibres qui vont de la base au stigmate en suivant la convexité du fruit : le centre est occupé par une seule loge assez grande , à peu près carrée , et dont les quatre parois sont couvertes d'un grand nombre d'ovules sessiles ovales , centripètes. On trouve des Apodanthes dans toutes les saisons de l'année ; je n'ai pas eu l'occasion de reconnaître l'époque où elles se développent plus particulièrement. Cette rare et singulière production mérite toute l'at- tention du botaniste physiologiste. Je me proposais de la suivre dans les diverses périodes de sa vie et dans toutes les circonstances de sa reproduction , lorsqu'un ordre inattendu m'a fait revenir en France. Je pense que l'Apodauthe doit être placée auprès du Cylinus , et voici pourquoi : d'abord ces deux plantes ( 4*4) sont parasites sur des végétaux vivans ; l'une et l'autre ont la fleur unisexnée et l'ovaire adhérent. Si ensuite on considère les quatre écailles attachées vers fe haut de l'ovaire de l'Apodanthe, comme des étamînes avortées et monstrueuses, ce qui , selon l'opinion de M. de Jussieu, est extrêmement probable, les rapports entre ces deux plantes seront frappans. Reste une différence dans l'in- térieur de leur fruit : celui du Cytinus est multiloculaire , selon Linné , MM. de Jussieu et Decandolle , et celui de l'Apodanthe est uniloculaire 5 mais cette différence ne pourrait-elle pas s'évanouir par un examen plus solide du fruit du Cytinus ? Je me suis assuré, par exemple , que le fruit du Monotropa hypopytis , qu'on dit être à quatre ou cinq loges est uniloculaire dans la partie supé- rieure , et qu'il ne paraît multiloculaire dans la partie inférieure, que parce que les trophospermes qui émanent de la paroi interne se touchent par le bas an centre du fruit. La contiguïté de ces trophospermes a été prise jusqu'à présent pour une continuité, pour un réceptacle central indivisé , et on a dit que ce fruit était organi- quement multiloculaire, tandis qu'il ne l'est que condi- tionuellement à la base , et point du tout dans la partie supérieure. Maintenant si la multilocularité du fruit n'est pas mieux fondée dans le Cytinus qu'elle ne l'était dans le Monotropa, qui , nonobstant nos classifications, a de grands rapports avec lui , la place de l'Apodanthe sera naturellement auprès du Cytinus (1). (») M. Ad. Brongniart a montré dans son Mémoire sur le Cytinu dent je n'ai eu connaissance que depuis la rédactiou de ces observa tiens , que le fruit de ce genre singulier était réellement uniloculaire et à placenta pariétaux, ce qui confirme entièrement le rapprochement que j'avais déjà présumé entre ce genre et l'Apodantbes. : ( 4*5 ) Puisque je viens de parler du Monotropa , j'ajouterai que les cavités que tous les auteurs indiquent au bas de ses pétales ne sont autre chose que les étuis de quatre paires de cornes qui émanent du bas de l'ovaire , qui sont alternes avec les étarnines , et dont aucun bota- niste ne parle. L'existence de ces cornes et les trophos- permes pariétaux sont des caractères que le Monotropa partage avec les Violettes auprès desquelles on pourrait le placer systématiquement aussi bien qu'auprès de la Pyrole où M. Robert Brown le range. Un botaniste , célèbre par son exactitude dans l'ana- lyse , à qui j'ai communiqué l'Apodanthe en nature , le dessin et la description que j'en avais faits à Cayenne , n'a cru voir dans cette plante qu'une métamorphose des fleurs de Casearia causée peut-être par la piqûre de quelque insecte. Ce botaniste fondait son opinion sur ce que le fruit du Casearia a les ovules pariétaux comme ceux de ma plante. Une telle concordance est bien faite en effet pour en imposer à celui qui n'a pas vu les choses sur les lieux ; mais je crois que cette concordance est for- tuite , car toutes les espèces de Casearia ont les fleurs axillaires sur les jeunes rameaux, et l'Apodanthe ne croît que sur la vieille écorce du tronc de lune de ces espèces. Explication de la Figure. PL 26. Fig. 1. Apodanlhes Giseaiïœ. a. Jeune rameau du Casearia sur le tronc duquel croît l'Apodanthes. b. Morceau de tronc couvert d'Apodanthes , de grandeur naturelle. t. Une Apodanthe grossie. d. La même, dont on a ôté les lobes du calice. e. Coupe horizontale montrant la loge et les ovules pariétaux. f. L'une des quatre écailles épigynes grossie , on voit son point d'attache en *. ( 4*6 ) Monographie du genre Etjchemide , par M. le Baron de Mannerheim (i) : précédée d'observations ; Par M. Latreille (2). Peu d'ouvrages spéciaux peuvent rivaliser avec celui- ci , tant sous les rapport descriptif, que pour la per- fection des planches et l'exécution typographique. Il nous prouve que St. - Pétersbourg possède aujourd'hui des artistes non moins habiles que ceux de Paris et de Londres. Pour arriver à son sujet, l'auteur, dans sa pré- face, passe en revue les divers changemens qu'a éprouvés le genre Elateràe Linné, et dont le genre Eucnemis faisait partie. Mais quoiqu'il paraisse bien connaître les travaux publiés à cet égard , il s'est trompé en attribuant à Fa - (1) Cette brochure a pour titre : Eucnemis insectorum genus mono- «raphice tractation iconibusque illuslratum , a C, G. libero barone de Manneuheim, iu-8°, Pelropoli, 1823. (2) La connaissance des nouveaux genres est indispensable à toute personne qui s'occupe se'rieusement de classification , et les natura- listes de chaque pays regrettent de ne pouvoir souvent les connaître que de nom , ou par les espèces qui y sont rapportées. Plusieurs causes qu'il serait inutile d'énumérer entretiennent cette ignorance très-nuisible aux progrès de la science, et qui, de toute part, menace de l'encombrer d'une synonymie pour le moins inutile ; c'est afin de remédier à ce mal, dont il serait difficile de prévoir le terme, que nous nous attacherons à faire'connaître dans les diverses branches de l'his- toire naturelle , les caractères des genres judicieusement fondés de manière à en donner chaque année un tableau autant complet que possible. Tous les entomologistes apprécieron! l'obligeance de M. La • treille à nous aider de ses conseils et à nous donner son opinion daDS la partie entomologique de notre travail. [JYote des Rédacteurs.) ( 4*7 ) bricius rétablissement du genre Mélasis. Les caractères de cette coupe ont été présentés pour la première fois par Olivier , dans le second volume de l'Entomologie des Coléoptères , et Fabricius l'a adoptée ensuite dans son Entomologie systématique. Le genre Eucnemide a été institué par M. Ahrens , d'après une seule espèce ( Ca- pucinus ) , qui depuis a été rangée avec les Elaters ou Taupins , et sous divers noms , comme il l'observe très- bien. Ce coléoptèrc semble faire la transition du genre pré- cédent à ceux de Mélasis et de Throsque , mais il offre des caractères propres , et que M. le baron Manrcerheim développe avec beaucoup d'étendue. Cependant, lors- qu'on les compare en détail avec ceux des Taupins, Tonne voit pas , d'une manière assez explicite , en quoi les deux genres diffèrent essentiellement l'un de l'autre. Cet em- barras provient de ce que l'auteur de cette monograpbie associe aux Eucnemides des insectes qui n'en sont point, et qu'il aurait dû restreindre ce genre aux espèces com- posant sa seconde section, les Eucnemides propres, et en retranchant encore les espèces de sa troisième subdi- vision , telles que VE. Filum et Nigriceps. Ainsi modifié ou resserré dans ses limites primitives , le genre Eucne- mide formera un groupe net et bien distinct de ceux qui l'avoisinent par les caractères essentiels suivans : tarses à articles entiers , hanches ( laminas pectorales posticas , Manh ; meriaia, Rnoch ) des deux 'pattes postérieures fermant presque entièrement en arrière la cavité de la poitrine (du métathorax) fixes, en forme de lames trian- gulaires, pouvant cacher entièrement les cuisses : antennes très-rapprochées à leur base , se logeant, de chaque côté, dans un sillon creusé immédiatement au-dessous des bords ( 4*8 ) latéraux dix corselet ; labre et mandibules entièrement cachées dans le repos , par l'extrémité antérieure du sternum , prothorax , épistome ou chaperon appliqué alors sur elle , élargi et transversal en devant. Dans YEucnemis fûum, les antennes sont toujours libres ou à découvert. Ce Colénptère offre d'ailleurs les autres caractères des Eucneniides -, toutefois il formera , à raison de cette différence, un nouveau genre, celui de Cryptoslome. Mais toutes ces coupes ne pourront être bien consolidées que par une révision générale de celles dont elles dérivent, c'est-à-dire du genre Elater (i). EUCNEMiS. Cha.r. generis. Labrum membranaceum , sub-inte- grum. Mandibuïœ unidentatœ. Palpi apicem versus cras- siores , articulo uldmo oblongo-ovato , sub-securiformi. Maxilice membranaceœ bifidœ. Labium sub-emargina- tum. Ligula intégra , apice rotundata. Antennœ in f route valde approximatœ , articulo primo elongato , secundo minimo. Sternum primum , clypeo recluso , os recipiens. Mu- cro sub thorace minimus , quare facultas j^esiliendi de- bilior quam in Elateribus. Capn.it inflexion , intra tho- (i) Nous avons supprimé dans ce travail les descriptions de'taille'es des espèces, et nous nous sommes bornés à présenter pour chacune d'elles une phrase caractéristique. Les figures étant coloriées avec soin, tout autre détail devenait superflu; nous en userons le plus souvent de la sorte ilans les publications de cette nature que l'intérêt de la science nous fait un devoir de reproduire, et nous nous bornerons à donner à nos lecteurs ce que les Mémoires renferment de neuf et d'essentiel, sans ajouter des accessoires qui n'apprennent rien ou très- peu de chosi'. (H.) ( 4*9 ) racem retractum. Fovea inter oculos et marginem clypei pro antennarum articulo primo subtrahendo. La- mince pectorales posticœ femora vel Iota vel quoad partent , dum pedes contrahuntur , obtegentes. Femora postica appendice trochanteriformi instructa. Tarsi corn- pressi, in pedïbus quatuor posterioribus articulo primo elongato , penultimo minimo , sub-bifido. Generis Tjpus : Eucn. Sahlbërgi. Sectio I. Laminse pectorales fere recte truncatœ , ad conniventiara integrœ, nec in apicem productœ (i). I. EuCNEMIS GlGAS. Tab. 27. fig. I. 2. Oblongus sub-cjlindricus punctatus , supra nigro-pi- ceus , subtus obscure sanguineus , antennis , palp'is , pedibusque rufo-brunneis. Habitat ad Caput Bonae Spei. Mus. olim Pajkull. , nunc Regiaî Academise scientiarum Holmiensis. , 2. Eucnemis ckuentatus. Tab. 27. fig. 3. 4' Linearis sub-cjlindricus , nigro-piceus obscurus , an- tennis, pedibus , thoracis eljtrorumque margine , ab- dominisque signaturis sanguineis. Elateh cruentatus. Schoenh. Sjn. Ins. I. 3. 3i4- tâ$. Gyllenh. Ins. Svec. I. 1. 435. 64. Billb. Enum. p. 21. Habitat in Fennia australi rarissime. In' ligno pu- trido salicis ad Loppis prope Aboam a Dom. Pippings- ()) Les trois espèces appartenant à cette section pourraient former, suivant l'auteur , un sous-genrc propre pour lequel il propose le nom de Xylophilus, compose' de deux mots grecs qui signifient aimant le bois, et qui de'signe la nourriture propre à ces insectes. R. Tome III. 29 ( 43o ) koeld utriusque jnris Candidato , amico mihi exoptatis- simo, semel tantum lectus. ^. Eucwemis Alni. Tab. 27. fîg. 5. 6. Linearis convexus niçer , antennis crassis , thoracis mar- gine pedibusquc rufo-sanguineis, eljtris rufis , umbra postica nigrescente. Elatf.r Alni. Schoenh. Syn. Ins. i. 3. 3 1 4- 238. Gyllenh. Ins. Svec. I. i. 434- 63. Fabr. Syst. El. II. 2^6. 127. Herbst. Col. X. i4o. 181. Iixig. Mag. IV. io3. 127. Billb. Enum. p. 21. Elater corticalis. Payk. Fn. Sv. III. 43. 5o. ElAter testaceus. Herbst. Col. X. 101. 1 i8.Tab. 167. fig. 8. h. Habitat in truncis Alni, Betulse , in Westrogothia Svecise rarius. DD. Gyllenbal et Schocnherr. Sectio II. Laminse pectorales ad conniventiam in apicem productse , femora ant tota aut quoad maximam partem subtegentes \ EucNEMinES proprii. Subdivisio 1. Thoracis margine pro receptione an- tennarnm inflexo. 4. Etjcnemis sericatus. Tab. 27. fîg. 7. 8. Oblongus , brunneus sericeo-pubescens , antennis com- pressis sub-serratis , ihorace postice bi-foveolato , elytris striatis , stras impunctatis. Habitat ad Hio Janeiro Brasilia?. Do m. Freyreis. Mus. Scnoenherr. ( 43. ) 5. Eucnemis Capucikus. Tab. 27. fig. 9. 10. Oblongo-ovalis, niger , sub-cyiindricus , punctaiissi- mus , antennis pedibusque fusco-piceis , thorace pos- tice foveolatîm impresso , elytris sub-striatis. Ahrens. ActaHal. II. 2. 4o. Tab. n. fig. 7. 8. 9. Schoenh. Sjn. Ins. I. 3. 3 18. r. Eochemis deflexicollis. DejeAW. Catalog. p. 34- Elater carinatus. Billb. Enum. p. 21. Elater macrotis? Beck. Z?eyf/-. 18. i5. Tab. 5. fig. 25. Elater deflexicollis . Megerle, in litteris. Habitat in Germanise quercu cariosa rarius. Dom. Ahrens. Occurit etiam in Svecia rarissime. DD. Bill- berg et Zetterstedt. 6. Eucnemis MONiLicoRNis. Tab. 27. fig. n. Oblongus niger sub-pubescens , antennarum monilifor- mium articulo. primo pedibusque femigineis , elytris suh-strialis , subtililer punctulatis. Habitat in America boreali ? Dom. T. Lund. Mus. Gyîlenbal. Subdivisio 2. Thorace subtus pro receptione anten- narum canaliculalo. 7. Euchemis Sahxbergi. Tab. 27. fig. 12, i3. Elorigatus sub-cylindricus ferrugineus , ocuh's nigris , thorace enterais vàlde elevato , elytris rugoso-punc- tatis sub-striatis , antennis crassis , in utroque sexu serraiis. v Habitat in truncis putridis pini Finlandia: rarissime 5 in Nylandia DD. Nordenskiœld et Savenius ; prope Aboam, D. Pippingskiceld. ( 43s ) 8. Eucnemis Pygmœus. Tab. 27. fig. 14 , i5 , 16. Oblongus sub-cylindricus , profunde rugoso-punctatus , niger, tibiis tarsisque palliais, elytrîs vix striatis , antennis crassis , longe pectinatis (mas). Dejean. Catalog. p. 34- Elater pygmœus. Schoenh. Syn. Ins. I. 3. 3 14. 0.^0. Payk. Fn. Sv. III. 4^. 48. Fabr. Syst. El. II. 246. 129- Eut. Syst. I. ii. 234. 95. Panz. .Eraî. Germ. I. 243. 56. Billb. Enum. p. 21. Femina paulo major , antennis acute serratis. Elater. pygmœus. Gyllenh. Ins. Svec. I. 1. 436. 65. (mas). Herbst. Col. X. 96. 112. Tab. 167. fig. 2. b. Habitat in Finlandia rarius. In Botbnia orientali Dom. Hast. Circa Aboam , ad Ylœne Nygoerd et in in- sula Runsala a Do n. Sahlberg excipulo e gramine ali- quoties captus. 9, Eucnemis procerulus. Tab. 27. fig. 17, 18, 19. Lineari-elongatus niger , griseo-pilosus , antennis per- foliatis extrorsum , tibiis tarsisque rufescentibus , thorace longiore absque foveolis , elytris evidenter striatis. Elater pygmœus, femina. Gyllenh. Ins. Svec. I. 1. 436.65. Habitat in Svecia rarissime. Ad Sparresaeter Wes- trogotbiée, D. Schoenberr ; in Botbnia occidentali, D. Marklin. Siibdivisio 3. Thorace subtus integro. ( 433 ) io. Etjcnemis Filtjm. Tab. 27. fig. 20, 21. Linearis depressus , niger pubescens, antennis perfo- liatis pedîbusque rufo-ferrugineis , thoracis dorso ca~ naliculato , eljtiis striatis. Dejeàn. Catalog. p. 34- Elater filum. Schoenh. Syn. Ins. I. 3. 3o6. 18g. Fabr. Sjst. El. II. 240. 97. Herbst. Col. X. i44- l %9- Elater luprestoides ? Fabr. Ent. Sjst. I. i r. 234- 84- ElAter notoxoides. Helvig , in litteris. Habitat in Austria , DD. Megerle et Andersck ; in Lusitania, D. Helvig. II. EuCNEMIS NIGRICEPS. Tab. 27. fig. 22. Lineari-elongatus ferrugineus pubescens , capite abdo- minisquc margine nîgris , thorace brevi rufo , posticc canaliculato , elytris punclato-striatis. Habitat in Georgia Asiae , D. Steven. Mus. Scboenberr. Explication de la Planche 27. A. A. Tête ( Eucn. sahlbergi ) vu en devant. B. Labre 5 C. mandibule; DDD. palpes; E. mâchoire ; F. lèvre in- férieure; G. languette; H. antenne; I. pied postérieur. (Toutes ces parties grossies.) Fig. 1. EucriEMis gigas en dessus. —Fig. 2. Le même, vu de profil. Fig. 3. Eurw. crcentatus , <7. Grandeur naturelle; b. grossi et vu en dessus. — Fig. 4- -Le même, vu de proûl. Fig. 5. Enctr. aini , a. grandeur naturelle; b. grossi et vu en dessus. — Fig. 6. Vu de proûl. Fig. 7. Eucn. serricatus, a. grandeur naturelle; b. grossi et vu en dessus. — Fig. 8. Le même, vu de profil. Fig. g. Eucn. capdcinus, a. de grandeur naturelle ; b. grossi et vu en dessus. — Fig. 10. Le même, vu de profil. ( 434 ) Fig. II. Eijcn. monilicornis , a. de grandeur naturelle; b. grossi et tu en dessus ; c. antenne grossie. Fig. ii. Eucn. sahlbergi, a. de grandeur naturelle;!», grossi et vu en dessus. — Fig. i3. Le même, vu de profil. Fig. 14. Eucn. pygmjeus, a. de grandeur naturelle; b. grossi et vu en dessus. — Fig. i5. Le même, vu de profil. — Fig. 16. Antenne de la femelle grossie. Fig. 17. Eucn. procerulus, a. de grandeur naturelle; b. grossi et vu en dessus. — Fig. 18. Le même, vu de profil. — Fig. 19. Antenne de cette espèce, grossie. Fig. ao. Eucn. filum, a. de grandeur naturelle; b. grossi et vu en dessus. — Fig. ai. Le même, vu de profil. Fig. ai. Eucn. nigriceps , a. de grandeur naturelle ; b. grossi et vu en dessus. Analyse comparative du Bitume élastique du Derby skire et de celui des mines de Houille de Montrelais ; Par M. Henry fils. M. Ollivier , à qui l'on doit la découverte du second de ces bitumes dans le département de la Loire-Inférieure , a publié sur le gissement de ce corps une note, dans laquelle il donne des détails curieux sur ses caractères physiques et sur sa manière d'être dans le filon où il se rencontre, en le comparant toujours au Bitume élastique du Derbyshire. (Annal, des Se. Nat., t. II, p. i4°>) Cette substance particulière , n'ayant pas encore été rencontrée en France, devait présenter quelqu'intérêt sous le point de vue chimique 5 il semblait curieux en effet de rechercher si ce bitume se comportait avec les réactifs de la même manière que celui trouvé en Angleterre , et s'il offrait avec lui quelque analogie de composition \ aussi, à l'invitation de M. Ollivier , avons-nous tenté plusieurs essais que nous allons l'apporter. ( 435 ) Nous regrettons seulement que la très-petite quantité mise à notre disposition nous ait forcé de restreindre beaucoup nos expériences. Sans rapporter les caractères physiques de ces deux Bitumes , puisqu'on les trouve consignés dans la note de M. OUivier , nous rappellerons seulement que le Caoutchouc fossile du département de la Loire-Inférieure avait une couleur beaucoup plus noire, nullement ver- dàtre , et une élasticité bien plus prononcée que celui du Derbyshire , exposé à la vérité depuis long-temps à l'air. L'analyse du Bitume élastique ou résine fossile d'An- gleterre, fut faite , comme on le sait, par Klaproth (Ann. de Chini. , t. 4^ , p. 3o)-, nous sommes heureux de nous être rencontrés avec cet habile chimiste , et d'avoir eu des résultats bien analogues à ceux qu'il obtint-, soumis à l'action de la chaleur ce Bitume se fond très-facile- ment et prend alors l'aspect d'une substance noirâtre visqueuse , qu'il conserve ensuite. 11 brûle avec une flamme blanchâtre très-fuligineuse, en dégageant une odeur désagréable nullement sulfureuse, mais assez sem- blable à celle du suif fondu et un peu bitumineuse. Il répand en même temps des vapeurs blanches , surtout lorsqu'on le chauffe en vase clos , et ces vapeurs four- nissent par leur condensation un liquide jaunâtre très- combustible , plus léger que l'eau à laquelle il est en partie immiscible ; soluble dans l'éther , à peine dans l'alcool , et ayant un peu l'odeur soit du pétrole soit des produits de la décomposition du succin. Ce liquide n'agit pas sensiblement sur le sirop de violettes. Traité par la potasse et la chaux, il n'a produit aucun dégagement d'ammoniaque , peut-être à cause de la trop petite quan- tité de bitume décomposé , mais il était légèrement ( 436 ) acide et rougissait un peu la teinture de Tournesol. Dans l'analyse de Klaproth, on voit qu'il a obtenu de sa décomposition , outre l'acide carbonique et l'hy- drogène percarboné, une quanliié considérable d'huile bitumineuse et de phlegme acidulé. La partie non volatilisée se présentait sous l'apparence d'un corps brun visqueux, ayant l'odeur de pétrole; il n'était pas plus soluble dans l'alcool et l'eau 5 mais il se dissolvait dans l'éther et la potasse caustique ; ces disso- lutions brunes formaient des précipités jaunâtres sales , soit par l'addition de l'eau dans la première , soit par celle d'un acide dans la seconde. Lorsqu'on chauffe pins long- temps ce produit sans le contact de l'air, on obtient un charbon noir luisant qui, après son incinération, laisse un résidu fixe rosé , insipide , doux au toucher, assez variable dans sa composition suivant les différens échantillons de Bitume analysés, mais formé cependant presque constam- ment de beaucoup d'oxide de fer et de silice , plus de quel- ques traces d'alumine , d'hydrochlorate sans doute à base de potasse , car la dissolution de platine y annonçait la présence de cet alcali •, enfin d'une très-petite quantité de chaux provenant du sous-carbonate calcaire. Au reste ces substances n'existaient que dans des proportions très- faibles, la silice et l'oxide de fer paraissant seules com- poser la totalité du résidu dont le poids fut également assez variable , puisque dix grammes de Bitume élastique de Derbyshire en formèrent 2,1 et 1,8. Il est probable que les matières terreuses qui se ren- contrent dans ce Bitume , ayant été enveloppées par ce corps , sans doute primitivement liquide , ne sont qu'ac- cidentelles et doivent alors nécessairement varier beau- coup daus leur nature. C'est ce qui est aussi un grand ( 43 7 ) obstacle à la connaissance exacte de la pesanteur spé- cifique de cette substance que M. Hatcïiett a établie à i,233 et o,9o53, nombres très-éloignés comme on le voit. Nous avons tenté en outre l'action de divers mens- trues sur ce Bitume •, celle de l'éther et de l'essence de térébenthine , par exemple , nous a présenté quelques particularités. Ces deux liquides, mis enébullition avec le corps dont nous nous occupons , en ont séparé une partie poisseuse d'un brun jaunâtre , non élastique, insoluble dans l'eau, à peine dans l'alcool , très-amère et formant environ la moitié du poids du Caoutchouc. Elle se dissolvait assez bien dans la potasse, puis s'en précipitait lors de l'ad- dition d'un acide , brûlait sur les charbons et produisait une odeur analogue à celle du pétrole. Ce qui n'avait pas été attaqué par l'éther ou par l'huile essentielle de térébenthine, offrait une substance grisâtre , sèche , comme papyracée , soluble en partie dans la potasse caustique ; elle brûlait et se charbon- nait en laissant un petit résidu de matière fixe. En mêlant la partie poisseuse à celle dont nous ve- nons de parler, on n'a pas rendu à cette dernière son élasticité , soit que l'état moléculaire fût différent , que quelques principes eussent été altérés par le traitement, soit enfin qu'il n'y eût pas alors d'air ou de gaz interposé entre les molécules , pour suivre l'opinion émise par M. Hatchett sur l'élasticité de ce Bitume. Voici maintenant les caractères que présente le Bi- tume élastique du département de la Loire soumis aux mêmes agens chimiques. Au moyen de l'éther chaud , il s'est séparé en deux (438 ) portions; l'uue soluble, poisseuse , non élastique, plus jaunâtre , l'autre sèche et noirâtre , combustible comme celle obtenue du Caoutchouc d'Angleterre. Le Bitume élastique indigène brûlait avec une flamme blanche, répandant beaucoup de fumée et une odeur dé- sagréable de suif décomposé. Soumis à une chaleur mo- dérée dans un petit tube recourbé , faisant l'office d'une corne avec son récipient , on en a retiré un liquide jau- nâtre amer, surnageant l'eau, d'une odeur désagréable , presque insoluble dans ce menstrue et dans l'alcool , mais soluble dans la potasse ou la soude. IKrougissait la teinture de tournesol , mais moins fortement que le pre- mier Bitume examiné plus haut. On a retiré , par la décomposition de ce Caoutchouc fossile indigène , un charbon noir luisant , dont l'inci- nération laisse un résidu grisâtre de silice et d'oxide de fer , formant environ le -g- du poids primitif du Bitume. Nous observerons de nouveau qu'il nous a été impos- sible de faire beaucoup d'essais sur ce second Bitume , ■ à cause de la trop petite quantité dont nous pouvions disposer, voulant d'ailleurs en réserver une partie , afin de la soumettre à l'analyse élémentaire. On peut voir au surplus qu'il offre beaucoup de res- semblance avec le Caoutchouc fossile du Derbyshire. Il nous restait à rechercher si la composition élémen- taire de ces deux Bitumes était semblable ou au moins presque la même 5 pour la connaître, nous avons suivi le mode ordinaire , celui qui consiste à brûler la subs- tance an moyen du deutoxide de Cuivre. Sans entrer ici dans les détails de l'analyse et des précautions que cette opération nécessite , nous rapporterons seulement le résultat comparatif de nos essais sur chaque Bitume , ( 4*9 ) en les établissant pour 100 parties de ces substances (i) , savoir : Caoutchouc fossile de France. Carbone 58, 26. Hydrogène. • . • 4)8g. Azote o,io4- Oxigène. . . . 36,7/(6. 100,000. Caoutchouc fossile d'Angleterre. Carbone 52,25. Hydrogène. . . • 7»49^- Azote o,i54- Oxigène 4°5 r0 °- 100,000. On peut voir par ces résultats qu'il n'existe entre ces deux bitumes qu'une différence peu grande entre les proportions des principes élémentaires , différence dont l'état élastique, assez variable de ces Bitumes , peut déjà rendre raison. Mais ce qui semblera étrange sans doute, c'est de trouver une aussi grande quantité d'oxigène dans » ces deux Caoutcboucs fossiles , et ce fait nous a d'abord étonnés ; cependant si l'on vient à considérer avec M. Halchett (Ann. de Cliim. , t. a5 , p. 63), le Bitume élastique comme s'étant formé par l'oxigénation du pé- (1) Pour agir sur la matière organique seule de ces deux Bitumes ^ sans comprendre les substances fixes qu'ils renferment, on en a calciné des poids déterminés , et le résidu a été évalué. Ce résidu a toujours été défalqué d'un poids semblable de Bilume employé pour chaque analyse. 0:44°) trole , on pourra s'étonner moins de cette grande pro- portion d'oxigène ; nous ferons de plus remarquer qu'elle est moins considérable dans le Bitume indigène, dont l'é- lasticité est plus grande que celle du Caouthouc d'An- gleterre , et qu'elle a été aussi assez variable, suivant les divers échantillons analysés dont l'état n'était pas toujours le même. Ne serait-il pas possible que l'action de l'air sur ces Bitumes primitivement liquides, tels que le napbte , le pétrole et peut-être quelque autre analogue , fût sem- blable à celle qu'éprouvent les huiles fixes et essentielles qui s'épaississent et se durcissent même par l'action pro- longée de l'oxigène. C'est au reste une hypothèse que nous n'avançons qu'avec crainte , mais qui peut-être ne serait pas dénuée de vraisemblance , d'après les idées de M. Hatchett. Sur les Vespertilions du Brésil. Par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. La collection zoologique recueillie au Brésil par M. Auguste de Saint-Hilaire , si remarquable par le nombre et la valeur scientifique des objets qui la com- posent , est surtout très-riche en Chauve-Souris. Ces singuliers Mammifères étant nocturnes , et se cachant le jour dans des retraites profondes , se présentent rare- ment au voyageur naturaliste , et ne sont guère pour lui que la récompense et le fruit de patientes et nombreuses recherches. Cependant M. Auguste de Saint-Hilaire est parvenu à se procurer une centaine environ de ces ani- (44i ) maux. Plusieurs appartiennent aux genres Phyllostome , Glossophage , Mulot-volant et Nyctinome où quelques- unes forment de nouvelles espèces ; mais le plus grand nombre se rapporte au genre Vespertilion. Ces der- nières Chauve-Souris , quelques autres Vespertilions du Brésil qui se trouvent depuis long-temps dans les collec- tions du Muséum , quelques autres envoyées tout récem- ment en France, rendent enfin possibles l'étude et la dis- tinction des différente* espèces de Vespertilions qui exis- tent au Brésil. C'est ce travail que je me propose ici d'entreprendre , en essayant de déterminer et de faire connaître les espèces que j'ai examinées, et qui sont toutes ou nouvelles ou très-imparfaitement connues. Tous les Vespertilions du Brésil se ressemblent sous plusieurs points de vue. Ils ont tous un poil abondant , moelleux , doux au toueber 5 chez tous , la queue est presque aussi longue que le corps : chez tous , le tour de la bouche est garni de moustaches peu fournies , et le pelage est en dessus plus ou moins brun. Rien de plus facile , malgré ces ressemblances générales , que de s'a- percevoir de l'existence de plusieurs espèces parmi eux. Les espèces que j'admets comme distinctes , sont au nombre de trois : deux d'entre elles ont la membrane interfémorale couverte à sa partie supérieure de poils, plus ou moins abondans : dans la troisième espèce , la membrane est nue comme chez la plupart des Chauve- Souris. A. Espèce à membrane interfémorale non velue. Vespertilion de Saint-Hilaire. Vesperùlio Hilarii. Cette espèce me paraît être celle que M. Desmarest a ( 44* ) nommée Vesp. Brasiliensis(i). Elle a en effet, comme l'es- pèce décrite par ce savant zoologiste , les oreilles médio- cres , le pelage très-doux, et soyeux d'un brun obscur lavé de marron , les incisives petites, la queue presque aussi lon- gue que le corps, et entièrement enveloppée dans la mem- brane interfémorale , près d'un pied d'envergure , et, les membranes des ailes noires. J'ajouterai que sa couleur est assez variable : elle passe , en dessus , du brun-noir au brun-marron ; en dessous du grisâtre au brun-roux. Les oreilles sont triangulaires et velues à leur base : elles présentent à leur bord externe une très-légère échan- crure ; elles sont ridées transversalement: mais ces rides sont peu apparentes : sur plusieurs sujets même , on ne les aperçoit qu'avec beaucoup de difficulté. Les oreil- lons , de forme allongée, n'offrent rien de remarquable. Le bout du museau et les parties latérales de la face sont nus , ou tout au plus recouverts d'un poil très-peu abondant. Enfin la membrane interfémorale est tout-à- fait nue. Le Vespertilion de Saint-Hilaire est le plus grand des Vespertilions du Brésil. Il habite la capi- tainerie de Govar et la province des Missions. Je dédie cette espèce au célèbre voyageur auquel nous en devons la connaissance , M. Auguste de Saint- Hilaire. Je n'ai pu adopter pour elle le nom de Ves- pertilio Brasiliensis, et parce qu'il convient également aux deux autres espèces que je vais faire connaître , tt sur- tout , parce que je ne suis pas entièrement certain de l'identité du Vesp. Brasiliensis de M. Desmarest et du Vesp. Hilarii. (i) y~oyez M.'imraalogie de l'Encyclopédie , et Dictionnaire des Sciences Naturelles de De'tei ville, tome 35, au mot Vespertilion. ( 443 ) B. Espèces à membrane inlerfcmorale en partie velue. Vespertilion polythrice. Vespertilio polythrix. Cette Chauve-Souris est d'une taille un peu supé- rieure à celle de notre Pipistrelle. Elle se distingue très- facilement de l'espèce précédente , i» par les poils qui se remarquent sur la membrane interfémorale , dans la portion qui avoisine le «orps 5 1° par des poils très-longs et très-abondans qui couvrent également et toutes les parties médianes et toutes les parties latérales de la face ; l'extrémité du museau est presque la seule partie de la face qui soit nue ; 3° enfîu par ses oreilles , dont le bord extérieur est largement échancré. La face de cette Chauve-Souris , entièrement couverte de longs poils , lui donne ,une physionomie tout-à-fait hideuse, qui la rend très-remarquable. Elle ne varie pas pour les cou- leurs comme l'espèce précédente : elle est toujours en dessus d'un brun-marron très-foncé , et en dessous , d'un brun-marron tirant légèrement sur le grisâtre. Les poils qu'on remarque sur la membrane interfémorale , sont quelquefois extrêmement rares : quelquefois ils sont plus abondans , mais sans l'être jamais autant à beaucoup près que-^le sont ceux dont est recouverte la mem- brane interfémorale tout entière chez le Vespertilio Lasiurus , chez le V. Noveboracensis , et chez quelques autres espèces. C'est à cause du premier de ces caractères , et aussi à cause que sa face est velue dans toute sou étendue, que j'ai donné à cette Chauve-Souris le nom de V . Polythrix. Je ne sais si cette espèce est celle qui a été appelée Pi- pistrelle du Brésil : quelques auteurs pensent qu'elle ( 444) n'est autre que le Vespertilion du Brésil, et par consé- quent que le Vespertilion de Sain t-Hilaire; quoi qu'il en soit, aucune espèce brasilienne n'a plus que le Vesper- tilion polylhrice , de rapports extérieurs avec la Pipis- trelle. C'est dans la capitainerie de RJo-Grande et dans celle des Mines que le Polylhrice a été trouvé 5 il paraît n'y èlre pas rare -, au moins c'est une des Chauve-Souris du Brésil qui ont été envoyées en France le plus souvent et en plus grand nombre. Vespertilion léger. Vespertilio levis. Cette espèce est remarquable par sa petite taille 5 elle est plus petite encore que la précédente et que notre Pipistrelle. Elle est non moins remarquable par le grand développement de toutes ses membranes. Ses oreilles sont presque doubles de celles du Vesp. poly- thrix , quoique la taille de celui-ci soit supérieure à la sienne , et ses oreillons se sont allongés dans la même rai- son : du reste les oreilles et les oreillons du Vesp. levis ressemblent pour la forme à ceux du Vesp. polytluix. Les membranes alaires et iuterfémorale sont aussi très-déve- loppées. La queue est aussi longue que le corps , et 1 a- vant-bras est à peine plus court : enfin le bras et les pha- langes sont aussi plus allongés que dans les espèces pré- cédentes. La face , beaucoup plus couverte de poils que chez le Vesp. de Saint-Hilaire , l'est sensiblemeut moins que chez le Vesp. polythrice : la membrane interfémorale est très-peu velue. Les couleurs du pelage sont les mêmes que dans l'espèce précédente. Telles sont les trois espèces qu'un examen attentif ( 445 ) m'a fait admettre parmi les Vespertilions du Brésil : j'ai réuni leurs caractères distinctifs dans des phrases courtes qui pourront , jointes au tableau des dimensions de ces Chauve - Souris , et des proportions de leurs princi- pales parties , les faire connaître et distinguer avec pré- cision. f^. de Saint-Hilaire. — Oreilles petites , triangu- laires , presque aussi larges que longues , peu échan- crées à leur bord extérieur : corps un peu plus long que le bras et l'avant-bras \ queue seulement aussi longue que l'avant-bras -, membrane interfémorale nue 3 face nue latéralement. V. polythrice. — Oreilles assez petites , plus longues que larges, échancrées à leur bord extérieur : corps à peu près aussi long que le bras et l'avant-bras 5 queue seulement aussi longue que l'avant-bras ; membrane in- terfémorale couverte dans sa partie supérieure d'un poil peu abondant ; face presque entièrement velue. V. léger. — Oreilles longues : corps moins long que le bras et l'avant-bras ; queue aussi longue que le corps 5 quelques poils sur la membrane interfémorale ; face en partie nue. Le tableau suivant va donner les dimensions des trois espèces, et, ce qui est surtout important , leurs propor- tions. Longueur du corps et de la Longueur de Longueur de Envergure. tête. la queue. l'avant-bras. m. m. m. m. V. Hilarii. . 0,067 °Md 0,044 0,3 24 V. polylhrix. o,o56 0,040 o,o3S 0,254 y. levis. . o,o4o 0,040 o,o38 0,354 Tome III. 3o ( 446 ) OREILLARD VOILÉ. PLECOTUS VELATUS. Parmi les espèces de Vespertilions que je viens de dé- crire , je n'ai pas compris une autre Chauve-Souris du Brésil , appartenant au groupe des Vespertilions à oreilles réunies , dont mon père à fait un genre à part sous le nom d'Oreillard (i). Cette nouvelle espèce d'Oreillard est de la taille de notre Vespertilion Marin. Son pelage est brun ou marron en des- sus, brun plus ou moins grisâtre en dessous : sa couleur est, comme on voit, susceptible de présenter quelques variétés; mais toujours le poil noirâtre à l'origine , plus clair vers la pointe , est moelleux, abondant et assez long. La queue est de la longueur du corps, et entièrement enveloppée dans la membrane interfémorale-, les oreilles" sont aussi longues et plus larges que chez le Murin 5 on y remarque deux replis longitudinaux, dont l'un interne va de la base de l'oreille à sa pointe, et borne ainsi un petit es- pace triangulaire , garni en dessus de poils plus ou moins abondans ; l'autre externe est plus considérable, et dis- posé de telle façon que le bord extérieur parait large- ment échancré. Les oreilles présentent des stries trans- versales, mais elles sont surtout remarquables en ce qu'elles sont couchées sur la face, comme cela se voit chez les Nyctinomes et les Molosses , dont cet Oreillard se rapproche à plusieurs égards. Leur réunion se fait aussi à peu près comme dans ces genres,, et non pas comme chez les autres Oreillards. L'oreillon est de forme al- longée : il présente en dehors et toul-à-fait à sa base, (1) Voyez Description de l'Egypte. (447 ) une petite échancrure demi-circulaire; ie museau est. assez court , et la face est une en grande partie. Telle est cette nouvelle espèce qui offre, comme l'on voit, une association encore non observée de caractères et qui doit former dans le genre Oreillard une petite section à part : c'est par allusion à la disposition remarquable de ses oreilles, que je lui donne le nom de Plecotus velatus. M. A. de Saint-Hilaire a trouvé l'Oreillard voilé dans le district de Curityba : on le trouve aussi dans plusieurs autres parties du Brésil. Longueur du corps et de la tête; o m ,076 ; de la queue , 0,049 ; de l'avant-bras (1) o,o/j4, envergure o,'3a4. (1) La longueur proportionnelle et absolue de l'avant-bras m'a fourni, comme on a pu Je remarquer, un bon caractère distinctif pour les diverses espèces de Chauve-Souris que j'ai décrites; cependant je ne crois pas qu'on en ait encore fait usage , tandis que l'on n'a ja- mais omis, dans l'en umérat ion des caractères , la longueur de la queue, sans doute à cause que cet organe, d'ailleurs important chez les Chauve- Souris à membrane interfémorale , est l'un des plus extérieurs et des plus apparens chez tous les animaux. Les os du bras et de l'avant-bras au contraire, enveloppes, chez presque tous, de plusieurs couches mus- culaires épaisses, dont la présence les soustrait à l'observation, ne peuvent être, pour l'ordinaire , étudiés que sur le squelelte; mais dans les Chauve-Souris où les muscles de l'avant-bras • sont si grêles et si petits, les os de l'avant-bras deviennent des organes extérieurs et ac- cessibles à l'observation: importans d'ailleurs, puisque l'étendue de l'aile dépend en grande partie de leur longueur propre, ils doivent être mis au nombre des caractères qu'on peut employer avec le plus d'avantage pour la distinction des diverses espèces de ChauTe-Souris entre elles. Je vois même au caractère tiré de la longueur de l'avant- bras, un avantage sur ceux tirés de la forme et de l'étenduedes oreilles ■ des oreillons, des feuilles nasales, et de la longueur même de la queue. La dessiccation apporte en effet un grand changement à l'étendue et à la forme de ces parties; et souvent, d'après ces derniers caractères deux individus de la même espèce, l'un frais, ou conservé dans la liqueur, l'autre desséché, paraissent appartenir à des espèces diffé- 3o* ( 448 ) Extrait d'une lettre adressée à M. Hcnning (i).w le Physodactyle , nouveau genre de Colc'oplcre voisin des Taupins ,• Par M. G. Fischer de Waldheik. Si le temps me l'avait permis , je vous aurais de- mandé l'agrément de faire une description de toutes vos nouvelles espèces, et particulièrement de quelques-unes plus rares; mais je me suis attaché à un seul insecte, à ce Coléoplère Élatéroïde que vous aviez placé parmi les douteux, en connaissant très-bien son importance et la place qu'il doit occuper. La forme générale de l'animal ne laisse pas méconnaître sa proximité des taupins , mais la forme dés antennes , en partie moniliformes; les mandibules qui se prolongent et se courbent tel- lement , qu'elles forment un grand anneau sous la bou- che , dont il n'est pas facile de deviner l'utilité ; les pieds forts , à jambes de devant torses , et à tarses garnis de vessies, destinées peut-être à marcher sur des surfaces d'arbres extrêmement lisses ; le corselet bombé, muni en arrière d'un ombilic 5 sa base singulièrement échancrée , tout ceci ma concilié l'assentiment unanime de cette réunion d'hommes savans , avec lesquels je voudrais être tous les jours. J'espère que d'autres natu- rentes. Les os de l'avant-bras et du bras , au contraire, n'étant sus- ceptibles d'aucun changement de dimension, leur considération ne peut, induire en une semblable erreur. (1) M. Jean Henning , Conseiller de collège , membre de plusieurs Sociétés savantes, est un Médecin habile de Saint-Pétersbourg , et un Entomologiste très-distingué. L'insecte qui fait le sujet de cette notice appartient à sa collection. !>■ ( 449 ) ralistes partageront notre opinion. M. le comte Man- nerheim, homme d'Etat, mais entomologiste passionné, et connu par une excellente monographie des Eucné- mides, a bien voulu prendre la peine d'en faire le dessin. Vous recevrez donc le résultat de ces observations avec votre bonté accoutumée. La formation des tarses a pré- valu dans sa dénomination. Le nom de Phjsodacljle exprime assez bien cette conformation des tarses sou- tenus par de petites vessies , de sorte que M. le comte Mannerheim donne la préférence à ce nom , et je le pré- fère avec lui à celui de Cjllopode, que j'avais imaginé d'abord pour désigner les jambes torses des pieds de devant. Son sternum à proportion extrêmement court ; la fosse qui le reçoit, quoique grande et profonde, mais peu Hssc ; me font croire que la faculté de sauter de ce Coléoptère doit être moins grande que celle des autres taupins. En voici la description comme je l'ai faite, sous vos yeux. Physodactylis. Glvpeus abbreviatus reflexus. Labrum inflexum os supra claudens. Mandibulœ fortes , acuminatœ, prominentes extra os, impie circulum liberum conjunclœ , qui calamum scrip- torium tenuem facile permeare sinit. JSIaxillœ çorneœ , penicillatce. Labium corneum quadratum latum. Palpi inœquales , anticis arliculo primo longo , compresso subsecuriformi } secundo breviori securiformi , ullinio longo cjlindrico; poslicis muïto mhioribus filiformibus. Antennes moniliformi-scrratce j articulo primo crasso ( 45o ) conico , secundo et teitio moniUformibus , sequentibus serratîs , pedetcnlim diminutis , ullimo capilulalo sive ovoideo. PHYSODACTYLUS HENNINGIl. Caput latum porulosnm , clypeo abbreviato reflexo ; nigrum subhirhiro, oculis magnis splendentibus. Thorax rufus, convexus, punctulatus, nitens,antice subnutans s. caput cucullans , hirtus, marginatus, marginibus subreflexis nigris; postice utrinque spinosus, tnedio subbifurcatus s. bidentatus. Sursum medio canaliculatus posticeqae umbilicatus. Scutellum magnum, ovatum, punctatum. Elylra dorsata , sulcata , sulcis foveolatis , nigra , sutura impressa punctato-lineata. Corpus infra atro-fuscum birtum, in primis lateribus pilis exsertis. Pedes singulari attentione digni : Anticl cruribus fere globosis , concurrentibus cum sterno brevi forti, foVnae profundx pcctorali adapto. Tibiœ triangulares varae , externe breviter hirsutre , interne snbarcuata, infra excavatœ, bispinosœ, spinis obtusis. Tarsortam articulus primus abbroviatus , très sequentes longiorcs tenuiores, vësicis orbicolaribus suiTulli, ultimo longo unguieali, unguibus distantibus. Omnibus articulis birlis. Intermedii similes anterioribus , omnibus tamen partibus graci- lioribus. Postici crura gerunt magna, clavata , fulcris cruralibus magnis suf- fulta, in acetabulo magno polito articulantia. Tibia: minus fortes et fere recta; recipiunt tarsum articulis gracilioribus et minus distinctis , sed articuli rjus a latere visi, vesiculas longiores et an- gustiores gerere videntnr. Articulus unguicalis longus incurvus , unguibus approximatis debilioribus. Habitat in America meridionali. Longitudo insecti septem et dimidiam Iineas sibi sumit ; lalitudo ejus duabus et dimidiœ xquat. J'ai à ajouter deux mois sur deux autres genres de la famille des Elatérides , qui me paraissent tout aussi fon- dés que le Physodactyle , c'est le Phisodactyle d'Uliger, (45i ) et le Campjle de mon Entomographie de la Russie (i). Le Phisodactjle («) a une conformation très-singu- lière dans ses antennes , dont plusieurs articles sont ailés. Degeer (3) l'a très -bien rendu dans sa figure, de sorte que le nom a plutôt rapport aux antennes qu'aux tarses. Mais le Campjle , sur lequel vous ne partagez pas tout-à-fait mon opinion , a assurément des caractères plus difficiles à saisir. Le corps allongé , la tète dilatée, mais proéminente, le sternum tellement court, que la faculté de sauter doit disparaître , me paraissent des causes suffisantes de le retrancher du genre des Tau- pins. Les parties de la bouche très-serrées comme dans une espèce de boîte ; la différence du sexe qui se dis- tingue tellement dans une espèce , qu'on en a fait deux , comme de YElatev linearis et mesomelas F. , forment un second argument pour la formation de ce nouveau genre. Explication de la Planche 27. B. 1. Le Puysodactyle de Henning , de graudeur naturelle. — 2. La têle vue par-devant et agrandie. — 3. Pied de devant agrandi. — 4- Pi^d de derrière. — 5. Tarse du pied de devant, vu en dessus dessiné sous la loupe. — 6. Le même, vu en dessous. (i) Kntomographia rutlienira, Vol. II, ïab. a.j- (a) Illicf.r's Magazin VI, p. 342. Schonherr î>yu. 1ns. III. 2G7. (3) Pyrochroa n'aida. Degeer, Mem. , vol. V. , p. 27, no 2, Tub. i3,. f. 6, 7. ( 45^ ) Note sur un nouveau genre d'Orchidées du Mexique , extraite dune lettre adressée à M. De Candolle; Par M. J.-J. Laxabsa. Cette note, intéressante par l'éloignement où l'auteur se trouve de l'Europe, était accompagnée d'un dessin colorié qui nous a paru trop incomplet pour que sa pu- blication fût utile aux botanistes , et la description qu'on va lire nous a semblé suffisante pour faire con- naître ce nouveau genre» ALAMANIA Cl. Gynand. Linn. Ord. nat. Orcliideae Juss. Rinemospermae Epidendrœ , G. lo. Extr. ex. prodr. florœ Micciancnsis. Cliaracler naluralis. Perigonium sexpartitum, laciniis subœqualibus lan- ceolatis , trinervosis. Labellum segmentis perigonii con- forme , basi glandulosum , lamina lanceolata erecta. Nectarium verum tubulatum , infra labelli insertionem productum. Gynostemium carnosum, subelevatum, tri- cuspidatum. Antbera opercularis decidua.Pollinis massse quatuor, cereacese , pedicellatre. Operculum quadrilo- culare reniforme. Capsula gibbosa , clavata , elongata , sex-sulcata. Semina scobiformia. Character dijferenlialis . Perigonium regulare , segmentis liberis , labello con- formi lanceolato , caudiculis spermaticis ligulatis. Habitus : berbula parasitica , bulbifera , scapi sim- plices multiflori. Flores pollicares spatliulati , pulcher- rirni , liliacearum habitu. ( 453 ) Alamama pcnicea. Tuberculis radicalibus incrassalis , bulbis exiguis , folis binis ovatis , floribus œquipetalis , labello la ii ci for mi. Bulbilli oblongi, conferti, ciceris aut pisi magnitudine, apice bi- folii, floriferique , membranulis scariosis inducti : radiées vermiformes fasciculatœ , crassitudine digiti, diverso sensu contortse intus fungoso- virescentes, extus albida; laevigata; : fîbrillœ centrales, tenaces, filiformes. Folia ovata.crassa, coriacea, carinata, acuminata, fusca, enervia, bina, rarius terna in singulo bulbo, opposite sessilia, divergentia aut reflexa. Scapus bipollicaris , coloratus , tennis, ex apice bulborura procedens. Flores alterni , inodori , bracteolis acutis membranaceis cincti. Perigo- nium carnosum, puniceutn, regulare, laciniis 2 inferioribus basi con- natis calcarem referentibus, omnibus lanccolatis subœqualibus, tri- nerviis. Labellum concolor, basi glanduliferum , lactescens. — Gynos- teroum carnosum luteum. Operculum atropurpureum. Reiiqua ut in charactere generico. Viget supra arbores in excelso monte Quintzeo prope f^allisoletum. Floret aprili. Vernacule Tzauhtli apud Mexicanos ; Tatringueni seu Oliilen inter Tarascos Michuacassenses. Affinïlas. Genus Stennglosso Humboldtii , labelli forma 1 tantum af- fine , charactcribus mcmoratis satis diversum. Etymnlogia diximus in honorera, viri ornatissimi D. D. Lucœ Alamanii , Americœ sept, decoris , in scientia botanica maxime eruditi , nunc relationum externarum internarumque ministri. Suite des remarques sur la déterminalion du Système Solide et du Système Nerveux des Animaux arti- culés (1). D'après l'analogie que M. Serres a établie entre le système nerveux des animaux inférieurs , et celui des embryons des animaux des classes supérieures, on peut considérer ce dernier comme offrant , à une certaine époque de son développement , des dispositions sem- blables à celles que nous avons reconnues dans les ani- (1) Annales des Sciences Naturelles, tome III , p. 19g. ( 454 ) maux articulés; examinons comment ce premier mode d'organisation peut se changer en celui que présente l'animal pourvu de vertèbres. Il suffit , pour s'en faire une idée nette, de concevoir que les arcs formés de chaque côté par les paraaux et les épiaux de M. Geof- froy Saint-Hilaire , d'abord séparés comme ils le sont toujours dans les animaux articulés, viennent à se réunir par celles de leurs extrémités qui sont opposées à la colonne cycléale -, dans le canal qui résulte de cette réunion , il se développe d'abord un tube membraneux renflé dans sa partie antérieure destinée à devenir l'en- veloppe immédiate du cerveau , tandis que le reste du même tube doit devenir celle de la moelle épinière. La substance médullaire se dépose ensuite dans ce tube qui ne contient d'abord qu'un liquide et qui, d'après les de- couvertes de M. Serres sur la névrogénie , n'a d'abord aucune connexion avec les nerfs , ceux-ci viennent en- suite s'y anastomoser à mesure qu'ils croissent de la cir- conférence au centre. Pendant ce temps, le liquide con- tenu dans le tube prend la consistance propre au cer- veau et à la moelle épinière. Tant que ces anastomoses n'ont point encore eu lieu, les nerfs sont uniquement sous l'empire de deux systèmes ganglionnaires, l'orbito-maxillaire et le tri-splanchnique, dont le premier semble plus spécialement destiné aux se nsations Instinctives , et le second aux mouvemens ins- tinctifs , l'animal ne peut clone sentir et se mouvoir qu'à la manière des invertébrés. Mais bientôt le cerveau qui n'offrait qu'un liquide gélatineux renfermé dans la mem- brane qui doit l'envelopper , se remplit de substance médullaire , et le système orbito-maxillaire s'y réunit; alors l'animal est en quelque sorte vertébré relativement ( 455 ) aux sensations que ce système transmet au cerveau, et invertébré relativement aux mouvemens des membres dont les nerfs ne communiquent encore avec le reste du système nerveux que par les filets qu'ils reçoivent des ganglions tri-splancbniques. Un peu pins tard, le liquide contenu dans la partie postérieure de la même enveloppe reçoit à son tour la substance médullaire qui doit le changer en moelle épi- nière , et les nerfs des membres viennent s'y réunir , comme ceux du système orbito-maxillaire s'étaient déjà réunis au cerveau : ce n'est qu'alors que l'animal est complètement dans les conditions de l'organisation des vertébrés. Entre ces deux époques , il doit présenter un cerveau complet et réuni , comme il l'est dans les ani- maux supérieurs, avec les nerfs des sens, mais offrir, au lieu de moelle épinière , une membrane remplie d'un liquide gélatineux, sans communication avec les nerfs qui doivent s'y insérer par la suite. Dans cet état inter- médiaire , la partie antérieure du système nerveux a at- teint le degré de perfection propre aux animaux verté- brés , par la réunion du cerveau avec le système orbito- maxillaire , tandis que la partie postérieure est encore dans les conditions qui caractérisent les invertébrés. Cet état provisoire doit exister quelques instans pour tous les animaux qui arrivent à une organisation plus parfaite , mais ne serait-il pas possible qu'il devînt per- manent pour l'animal qui , dans l'ordre naturel, se trouve au dernier rang des vertébrés, et qui , sans cesser de l'être, diffère le moins possible des animaux articulés? Cet animal conserverait ainsi toute sa vie un mode d'organisation qui n'est que transitoire à l'égard des animaux plus parfaits. Quand on lit le mémoire que M. Desmoulins vient de pu- (456) blier (T. IV , p. -î3g du Jour, de Physiol. de M. Ma- gendie) , ne semblerait-il pas que la Lamproie , celui de tous les animaux vertébrés qui s'approche en effet le plus des articulés, a été créée comme pour offrir aux méditations du naturaliste , la représentation fidèle de l'époque de la vie des vertébrés dont nous venons d'in- diquer les caractères? Ce que M. Desmoulins appelle la moelle de l'épine de la Lamproie, n'en est évidemment que l'enveloppe remplie seulement du fluide au sein duquel se dépose plus «tard la substance médullaire. Ce cordon simplement membraneux et élastique , sans con- nexion avec les nerfs du tronc , ne peut remplir aucune des fonctions auxquelles la moelle épinière est destinée dans les animaux plus élevés. Ces nerfs , privés de la communication qu'elle établit ordinairement entre eux et l'encéphale, sont mis par leur connexion avec le sys- tème ganglionnaire en relation avec la cinquième paire et le quatrième ventricule du cerveau. Mais cette sin- gulière anomalie, loin d'être eu opposition avec les lois générales de l'organisation, est une nouvelle confirma- tion de l'analogie qu'ont établie M. Geoffroy Saint-IIi- laire et M. Serres entre les divers animaux de l'échelle zoologique, et les divers états par lesquels passe , avant sa naissance, un animal pris dans une des classes su- périeures. Rapport sur un Mémoire de M. de Bonnard , intitule : Notice géologique sur quelques parties de la Bour- gogne 5 Par M. Al. Brongniart. ( Lu à F Académie des Sciences, séance du 8 novembre 1824- ) Le Mémoire que l'Académie nous a chargés d'exa; ( 45 7 ) jniner, M. Brochant, M. Cordier et moi , est très-volu- mineux. L'auteur n'en a lu que quelques parues en présence de l'Académie. Le reste, rempli de descrip- tions géognostiques locales et très-détaillées , ne pou- vait être , par cela môme, ni suivi, ni compris sur une simple lecture. Nous ne voulons point faire un reproche à l'auteur de ses longs détails § nous le louons au contraire du courage qu'il lui a fallu pour les entreprendre , de la patience et de la persévérance qu'il a mise à les pour- suivre , car c'est un travail long, pénible même, et qui n'a pas plus d'attrait pour celui qui le fait que pour ceux qui le lisent. Mais ce sont précisément ces recherches de détails, ces descriptions qui ne peuvent être précises si elles sont tronquées , ces travaux enfin, qui, en rendant la géologie beaucoup moins amusante qu'elle ne l'était autrefois, lui donnent le caractère d'une science exacte. Quand la géologie était une explication de la formation de la terre , due presque entièrement à l'imagination des auteurs, elle n'offrait alors aucun de ces prémices trop fatigans , pour ceux qui ne veulent qu'un résultat , sans s'inquiéter s'il est conforme à la vérité. Mais depuis qu'on a vu qu'il fallait étudier sérieusemeut la structure du Globe pour arriver à la connaître réel- lement, et qu'il fallait la connaître avant de chercher ' à l'expliquer , la géologie a pris le caractère des véri- tables sciences ; elle a été soumise , comme elles , à des recherches de détail , analogues aux minutieuses ex- périences de la chimie , aux calculs délicats de la phy- sique, aux dissections rebutantes de l'anatomie , et ce n'est que par l'investigation complète des routes dif- ( 458 ) (icilcs et tortueuses, qui conduisent à celte connais- ■ sauce, qu'on peut espérer d'obtenir des résultats inté- rcssans. Il ne s'agit donc pas d'examiner s'il y a beaucoup de descriptions de lieux et de roches dans le Mémoire de M. de Bonnard; si ces longues descriptions en rendent la lecture laborieuse, mais bien si elles étaient néces- saires , si elles sont présentées avec la méthode qui en facilite la comparaison , enfin, si elles doivent conduire à l'un des buts que se propose le géognoste, c'est-à-dire à la connaissance de l'ordre qui règne dans la position respective des roches , minéraux et débris organiques qui composent la surface de la terre. Les différentes phases que cette recherche a présen- tées , et, par conséquent, les règles qu'on a cru recon- naître depuis le peu de temps qu'on s'en occupe sé- rieusement , offrent des variations et des points de vue bien différens et souvent presque opposés. D'abord , et ce temps n'est pas encore bien loin de nous, on ne soupçonnait pas qu'il régnât dans la posi- tion et les relations des nombreuses roches et des miné- raux qui entrent dans la composition de l'écorce du Globe, aucun rapport observable, aucun ordre constant, par conséquent aucune loi générale. On se contenta ensuite de remarquer que tel minerai métallique se trouvait placé plus constamment dans certaines roches que dans d'autres , que sa présence même était comme liée avec la nature des roches que traversait sa gangue; et comme cette loi était de la plus grande importance pour l'exploitation des mines , on en poussa la généra- lité beaucoup trop loin , et on en admit les conséquences avec trop de précipitation. Il ne reste de ces observa- (4%) lions qu'une seule règle assez bien constatée, c'est la présence nécessaire de certaines roches, pour y pré- sumer celle de certains minerais ou minéraux recher- chés pour notre utilité. La généralité de ces associations conduisit à exa- miner les rapports de position des roches qui renfer- maient souvent des minéraux utiles , avec celles qui n'en présentaient que très-rarement ou même jamais. Ce genre de recherche, aussi curieux qu'utile, dirigé par nu homme qui réunissait toutes les qualités propres à les rendre rapides par le zèle qu'il savait exciter, et fructueuses par l'ensemble qu'il avait eu l'art de mettre dans le mode d'observer, inspira aux naturalistes d'Al- lemagne , et ensuite à ceux de presque toute l'Europe , une heureuse émulation , et fit bientôt reconnaître dans la superposition des roches im ordre qui parut être tellement constant dans des pays assez nombreux , assez distans les uns des autres , qu'on crut pouvoir en conclure qu'il était le même dans toutes les contrées de la terre , et qu'on pouvait établir avec certitude la loi de formation successive des diverses couches de l'écorce du Globe. Mais à force de poursuivre ce genre d'observation , on crut apercevoir des exceptions 5 bientôt elles se multi- plièrent , elles semblèrent même se confirmer, et plu- sieurs géologues sont arrivés au point de douter que cet ordre si précis , si généralement proclamé , si unanime- ment admis , existe réellement, au point de demander si la structure géologique de chaque grande contrée n'a pas été soumise à des lois particulières , si même il y a des lois , et si les mêmes phénomènes géologiques , les mêmes êtres organisés , n'ont pas paru plusieurs fois sur (/jGo) certaines contrées du Globe , et dans une succession qui n'admet pas d'ordre constant. Cette époque d'incertitude dans la science de la géo- gnésie , semble indiquer qu'on est sur le point , non pas de reconnaître que tout a été déposé au hasard sur la terre et dans son sein, mais de découvrir quelque nouvelle loi, quelque nouvelle cause, qui, en rendant un compte plus satisfaisant et plus général des phé- nomènes , fera disparaître les prétendues anomalies. Il faut donc recommencer les observations, comme on recommence les expériences en physique, et les analyses en chimie, à mesure que ces sciences s'enrichissent de phénomènes ou de corps nouveaux. Il faut les faire avec plus de précision, les rendre comparables jusque dans leurs dernières limites , pour découvrir à quoi tiennent ces prétendues exceptions, cet apparent dé- sordre. C'est ce qu 1 on a déjà fait pour l'Angleterre, l'Allemagne , l'Italie , et pour plusieurs parties de la France , etc. Le Mémoire que nous avons été chargés d'examiner est dirigé vers ce but. M. de Bonnard a examiné ui terrain très-limité, et, pour ainsi dire, concentré , si l'on peut se servir de cette expression, c'est-à-dire, qui présente sur peu d'espace une grande variété de roches , et sous très-peu d'épaisseur des terrains que l'on regarde comme appartenant à des époques de formation très- éloignées. Il a examiné une contrée clans laquelle le Cal- caire oolithiquedu Jura , l'un des derniers terrains de sé- diment, louche presque au Granité, peut-être le plus ancier des terrains primitifs, lia donc pu embrasser, pour ainsi dire , d'un seul coup-d'oeil des terrains qui , dans d'autres contrées , sont tellement puissans qu'il faut parcourir ( 46i ; de grands espaces pour en voir les extrêmes, et qu'il devient difficile alors d'en comparer les diverses parties. C'est dans la Bourgogne , près d'Avalon , et à peu de distance de cette ville, que se présente cette réunion rare et instructive. M. de Bonnard n'eût-il fait que dé- crire avec exactitude , détails et clarté, une contrée particulière de la France -, n'eût-il donné qu'une mono- graphie géologique , pour nous servir de cette expres- sion des naturalistes , il aurait déjà fait un travail utile et digne de fixer l'attention de l'Académie. C'est en effet par une description longue et très-dé- taillée des terrains qu'il a étudiés , qu'il commence son Mémoire. Mais ces longues descriptions sont indispen- sables , elles sont la base de l'édifice et conduisent l'au- teur à deux résultats importans , et qui ont cela de re- marquable , qu'ils semblent confirmer les lois générales reconnues dans ce que nous avons indiqué tout à l'heure comme la seconde époque de la géologie, et mettre sur la voie d'expliquer les exceptions ou anomalies qu'on a cru découvrir dernièrement dans ces lois. Pour faire remar- quer ce double résultat à l'Académie, nous sommes obligés de rappeler quelques règles générales de la géologie et quelques détails renfermés dans le Mémoire de M. de Bonnard. Le but d'un travail géologique semblable à celui que M. de Bonnard a entrepris , est de rechercher si l'ordre qu'on observe dans la succession des roches de la contrée que l'on étudie , est le même que celui que présentent des terrains analogues dans d'autres parties de la terre. Cette détermination offre de nombreuses difficultés. Il faut d'abord s'assurer de l'ordre de superposition des diverses roches dans le canton que l'on veut connaître. Or, comme la série de ce roches ne se présente ordi- nairement d'une manière complète sur aucun point , Tome III. *3i ( 46» ) comme les parties de celte série sont elles-mêmes, et peu étendues et difficiles à reconnaître , il faut arriver à placer ces portions les unes au-dessus des autres avec certitude. On n'a que deux moyens pour acquérir cette connaissance : le premier est la ressemblance minéralo- gique des roches ; mais tantôt il est très-incertain , la même couche pouvant paraître , soit sous la forme d'un Grès, soit sous celle d'un Calcaire, d'un Schiste argileux ou même d'un minerai de fer, suivant que l'une de ces parties composantes devient plus abondante et tout-à-fait dominante ; tantôt il est tout-à-fait trompeur , lorsque a même nature de roche, un vrai Grès, par exemple, se présente dans des positions évidemment différentes. Le second moyen est tiré de la ressemblance et de la différence des espèces auxquelles appartiennent les dé- bris organiques qu'on rencontre fréquemment dans les roches ; mais la valeur de ce moyen est mise en doute , et c'est précisément une des circonstances géologiques dans laquelle on prétend qu'il ne faut plus mettre beau- coup de confiance. Nous en conclurons qu'il est des caractères géologi- ques comme de toutes les ressemblances et les diffé- rences en histoire naturelle. Il n'y en a presque aucune d'absolue , c'est uniquement dans la réunion d'un grand nombre de circonstances qu'on doit chercher la véritable analogie des roches et des terrains , comme on y re- cherche celle des genres et des familles. C'est d'après ces principes que M. de Bonnard fait voir que l'ordre de superposition des principaux groupes de roche de la Bourgogne peut être comparé à celui qu'on observe dans tous les terrains calcaires de sédi- ment qui paraissent appartenir à la même grande époque géologique , et il confirme ce qu'on savait déjà , c'est que les terrains de sédiment de ces contrées appartien- ( 4(33 ) nent à ceux que l'un de nous a désignés sous le nom de terrain de sédiment moyen, et que les géognostes dé- signent sous les noms do Calcaire du Jura , de Calcaire à Gryphées , et sous le nom. si impropre , .si difficile à employer dans notre langue , et , par conséquent , si inconvenant de Muschelkalk. Mais M. de Bonnard a voulu aller plus loin, et rap- porter chaque partie de ce puissant sédiment, ou , pour parler comme les géognostes , chaque membre de cette ioriiation aux membres analogues des terrains décrits par plusieurs géologues modernes. Ce rapprochement devenait beaucoup plus difficile , et il est peut-être même quelquefois impossible. Nous soupçonnons que c'est aller contre la nature des choses que de vouloir le pousser trop loin 5 que c'est troo exiger de la géologie , que de lui demander de nous montrer une ressemblance générale de nature et de po- sition respective , non-seulement dans tous les grands groupes de roches des diverses contrées de la terre , mais encore dans leur dernière subdivision. La description que M. de Bonnard vient de nous donner de quelques parties de la Bourgogne nous fait voir quelles sont les roches qui , dans cette contrée , sont analogues à celles que l'on connaît dans des terrains semblables situés dans d'autres contrées , quelles sont celles qui paraissent en différer par leur nature ou leur position. L'auteur nous indique les causes de ces différences , ou bien nous met sur la voie de les trouver. Ainsi , en allant de haut en bas , afin d'arriver sur la fin à la partie la plus dif- férente , la plus remarquable , la plus instructive du terrain décrit par M. de Bonnard , à celle qui donne à son travail le second degré d'importance et de nou- 3i* / ( 464 ) veauté dont nous avons parlé, nous reconnaissons : i° vers la partie la plus superficielle des terrains les plus élevés et les plus nouveaux, un Calcaire compacte à cassure conchoïde , qui termine souvent , dans la même position , les bancs calcaires du terrain jurassique , et qui parait être le Calcaire lithographique. 2°. Et au-dessous, nous voyons le Calcaire oolithique , membre principal et le mieux caractérisé de ce même terrain , avec les coquilles fossiles qu'il montre dans les parties de la chaîne du Jura où il est si abondant , et les Marnes calcaires blanches qui l'accompagnent. 3°. Ensuite , un Calcaire presque entièrement com- posé de débris d'Entroques ou tiges fossiles d'Enclines , aui se trouvent aussi dans la formation du Calcaire juras- sique. Ce lit est un de ceux dont il ne faut pas s'obs- tiner à chercher l'analogue dans tous les terrains ju- rassiques. On ne connaît pas encore assez bien son importance, et il ne faudrait pas lui donner dans les descriptions une valeur caractéristique plus grande que celle qu'il parait avoir dans la nature. 4°. Au-dessous se présente une couche ou plutôt des lits de Calcaire marneux renfermant, comme Coquille caractéristique, le Grjphœa Cymbium , des Ammonites, et bien d'autres coquilles. Cette couche ne se trouve pas non plus partout , nous ne la connaissons pas avec le Gryphœa Cymbium dans le Jura. Mais on la cite en Al- lemagne , notamment aux environs de Goetingue , de Gotha', etc. -, elle s'y trouve , avec cette même Grvphée , au-dessous du Calcaire oolithique et au-dessous du ter- rain suivant , qui est un des plus caractéristiques de celte formation . par conséquent, un des plus im- por tans. ( 46.5 ) Il parait qu'on a confondu, dans celte partie de 1 Eu- rope , le terrain marneux dont nous venons de parler •> avec celui qui se trouve au-dessous de lui , en leur don- nant , du moins suivant M. de Schlotheim , le nom de Gryp hitenhalh. 5°. Mais le véritable Calcaire à Gryphites des géo- logues français , celui qu'on observe dans tant de lieux diflerens de la France , dans la même position et avec les mêmes caractères minéralogiques et zoologiques, est un Calcaire souvent marneux , caractérisé par la Co- quille à laquelle nous avons appliqué le nom de GrypJicea arcuata. M. de Bonnard , les nombreux géologues dont il cite les observations et les opinions , placent ce Cal- caire dans le même rapport de position en Angleterre , en Normandie , dans le midi de la France , dans toute la longue chaîne du Jura, et en Allemagne dans tous les lieux où on l'a reconnu. Tous s'accordent sur sa posi- tion au-dessous du Calcaire blanc ooiithique du Jura, et au-dessus d'un autre Calcaire plus compacte , plus fin, plus gris , moins marneux, qui comprend Je terrain calcaire qu'on nomme Muschclkalk , et le Calcaire alpin ou Zechslein , etc. Il présente aussi , dans tous ces lieux, les mêmes circonstances minéralogiques , et a reçu pres- que partout le même nom. M. de Bonnard fait très-bien ressortir ces caractères en décrivant le Calcaire à Gry- phites, si abondant et si remarquable dans les lieux qu'il a étudiés. Jusque-là , la série des principaux dépôts ou terrains calcaires s'est maintenue sans aucune anomalie dans des lieux très-éloignes les uns des autres-, le travail de M. de Bonnard tend donc à confirmer , au moins' pour cette partie de l'écorce du globe , l'opinion des géo- ( *6.G ) logues , 4111 pensent que les roches ou corps organisés fossiles ont suivi, dans leur apparition sur la surface de la terre , un ordre constant , déterminé par des lois que nous ne connaissons pas, niais dont l'influence est établie par les effets. C'est au-dessous de ce Calcaire que semblent se pré- senter quelques exceptions, quelques anomalies dans l'ordre admis. D'abord , les exceptions ne sont que négatives, et le défaut porte ici sur des roches assez mal caractérisées. 6°. On a reconnu dans plusieurs parties de l'Europe , notamment en Allemagne , au-dessous de ce Calcaire à Gryphées et des couches qui le suivent , mais que nous avons passées sous silence comme peu importantes et de- vant rentrer dans les détails auxquels il ne faut point s'arrêter; on a reconnu , disons-nous , une roche aréna- cée , un Grès que nous ne savons encore comment nom- mer eu français , que les géologues allemands désignent sous le nom de Quadersandstein, nom que nous essaie- rons de rendre par celui de Grès à bâtir ou à carreaux. Ce Grès manque en Bourgogne, ou s'il ne manque pas tout-à-fait ( car il en est presque des formations comme des organes en zoologie , il est rare qu'elles disparaissent entièrement), il est tellement mêlé d'Argile-, de Cal- caire, etc. , qu'on ne peut le reconnaître avec certi- tude. 7 . C'est au-dessous de ce Grès que les géologues allemands placent un Calcaire dont la détermination et la position ont été pendant long-temps un sujetde con- troverse pour les géologues français. L'embarras vient en partie de son nom , presque insignifiant pour les Al- lemands , beaucoup trop significatif et surtout impro- ( #7 > prémuni significatif pour les Fiançais, quand ils ont voulu In traduire ; c'est le Muschelkalk , qu'il faut laisser en allemand, malgré la bigarrure qu'il forme dans notre nomenclature , malgré la difficulté que nous éprouvons à le prononcer convenablement ; mais qu'on ne peut traduire par Calcaire coquillier , car il faudrait toujours y joindre une longue explication pour faire connaître de- quel Calcaire coquillier on entend parler. Ce Calcaire, qui est si bien caractérisé par ses pétri- fications , se trouve en France dans plusieurs lieux très-distans les uns des autres, par exemple, dans la Meurthe et dans le Var, et il s'y trouve avec des carac- tères minéralogiques et zoologiques si conformes à ceux qu'il présente en Allemagne, qu'on ne peut sans éti- .quette en distinguer les échantillons; ce Calcaire , disons-nous, manque en Bourgogne, ou du moins, comme le Grès à carreaux, il n'est point reconnais- sable. M. de Bonnard croit .qu'il est représenté par la roche calcaire qu'il a nommée Lumdchelle. Elle se trouve en effet dans la place que lui assignent tous les géo- logues qui l'ont étudiée , et renferme quelques pétrifica- tions qui peuvent appartenir au calcaire de Goetingue; on voit, dans ce dernier lieu, une roche calcaire com- posée aussi de débris de Coquilles, une véritable Luma- chellc qui semble confirmer ce rapprochentent. 8°. C'est après , c'est-à-dire au-dessous de cette roche calcaire, que se présentent les différences les plus grandes entre les terrains de Bourgogne et les terrains classiques de l'Allemagne, de l'Angleterre, et de quelques autres contrées. Au-dessous de ce Calcaire et dans ces contrées, on trouve, avant d'arriver au Granité, un grand nombre de ( 468 ) formations et de roches, parmi lesquelles nous nous con- tenterons de citer le Grès ou Psamnite bigarré, le Cal- caire compacte gris de fumée ou Zechslein, ou Calcaire Alpin , le terrain liouiller , le Psammite rougeàtre , les Psephites, et enfin toute la série des roches et terrains de transition. En Bourgogne , on trouve entre les roches calcaires que nous venons de rappeler et le Granité, une roche arénacée , composée de grains de Quarz , de Felspath , mêlée de Calcaire , de Baryte, de Galène, etc.; et for- mée tantôt entièrement par voie mécanique ou d'agré- gation , et tantôt en partie par cette voie , en partie par voie chimique ou de dissolution; suivant sa composition et son mode de formation , M. de Bonnard la rapporte aux Psammites ou aux Arhoses. Immédiatement au-dessous de celte roche vient le Gra- nité. Il manque donc eu Bourgogue un grand nombre de terrains ou de formations. Mais manquent-elles tout-à-fait, ou, réduites à une faible dimension , ne sont-elles pas seulement difficiles à reconnaître et môme confondues ensemble ? M. de Bonnard le soupçonne pour plusieurs d'entre elles, et nous partageons son opinion. C'est ici même qu'est la partie la plus remarquable de son travail , celle qui fait faire à la géognosie quelques pas de plus, celle enfin qui peut servir à détruire de prétendues anomalies en con- duisant à leur explication ; M. de Bonnard nous fait donc reconnaître en Bourgogne a peu près les mômes roches que celles qu'on a reconnues dans les terrains analogues des autres contrées , seulement elles sont moins développées, moins bien caractérisées; mais elles sont à leur place principale , et ce n'est pas encore ici qu'est la plus grande (46 9 ) anomalie. Cette anomalie se trouve dans leur mélange presque complet , tandis qu'ailleurs elles paraissent cons- tamment séparées et régulièrement superposées ; elle se trouve dans la présence des Coquilles et des autres débris organiques , qui , au lieu de ne se rencontrer que dans les couches qui leur sont propres , se montrent ici depuis l'Arkose, immédiatement placée sur le Granité, jusque dans le Calcaire à Grypliées ; elle se trouve encore, et de la môme manière, dans les minéraux métalliques qui sont répandus dans toutes ces couches, seulement avec plus ou moins d'abondance. Elle se trouve enfin dans la liaison presque intime des parties les plus inférieures de l'Arkose, avec les parties les plus supérieures du Granité. La grande et remarquable exception consiste donc, non pas dans une inversion de l'o*dre connu de super- position, cette inversion n'existe pas réellement; non pas dans l'absence d'un assez grand nombre de roches, cette circonstance n'est ni complète , ni même impor- tante \ mais ici, dans le mélange de ce qui est séparé et distinct ailleurs. Or, les circonstances locales semblent expliquer ce mélange d'une manière assez satisfaisante par le peu d'épaisseur des bancs ou couches des diverses sortes de roches, et par l'absence d'un certain nombre de celles qui se présentent dans d'autres contrées. Celte disposition prouve seulement que les époques de forma- tion des dhïérens terrains n'ont pas été aussi longues ni aussi distinctes qu'on le pense communément, et que quand de grandes masses de matières minérales ne sont pas venues séparer complètement les diverses sortes de roches , ou anéantir entièrement les espèces de corps organisés et leurs générations, les espèces ont pu cou- C fo° ) limier de vivre ensemble, et mêler leurs dépouilles dans des lits minces de matières minérales. Des observations de M. "VVoltz , qui fout connaître que des terrains dilïé- rens sont ou confondus ou très-distincts, suivant qu'ils sont puissans ou séparés les uns des autres par d'autres roches , offrent des phénomènes analogues aux mélanges décrits par M. de 13onnard , et confirment l'opinion qu'il laisse entrevoir, avec beaucoup de sagesse et même avec hésitation, sur leur cause. Les faits que nous venons de remettre sous les yeux de l'Académie, en les présentant d'une manière plus gé- nérale que l'auteur, et en cherchant à en faire ressortir les principaux résultats, nous semblent suflisans pour prouver ce que nous avons avancé au commencement de ce rapport, et pour répéter dans notre conclusion : Que le Mémoire de M. de Bonnard, considéré seulement comme une monographie géognostique d'un canton de la France, serait, par cela seul, et par la manière dont elle est faite , un travail digne de l'approbation de l'A- cadémie. Mais ce géologue, en choisissant un canlon re- marquable par la simplicité de sa structure géologique , par l'uniformité de cette structure sur un grand espace de terrain, en faisant voir les rapports que sa compo- sition avait avec celle des terrains analogues , observés dans d'autres pays , et cela malgré les différences qu'elle offrait au premier coup-d'oeil , en faisant connaître les anomalies que ces terrains semblaient présenter, et eu les appréciant à leur juste valeur, en donnant ainsi les moyens de confirmer , même par les exceptions appa- reilles, les règles qu'on croit avoir reconnues dans la structure de l'écorce du globe-, ce géologue, disons- nous, a contribué très-efficacement par ses observations ( 47' ) nouvelles, par ses rapprochemens ingénieux, et par ses explications sages et vraisemblables , aux progrès de la géognosie, et a acquis aux encouragemens et aux éloges de l'Académie, des droits nouveaux et d'une plus baute valeur que ceux que lui aurait déjà mérités une pure description géognostique. Nous avons donc l'honneur de proposer à l'Académie d'approuver le Mémoire géologique de M* de Bonnard, sur quelques parties de la Bourgogne , et de décider qu'il sera imprimé dans les Mémoires des savans étran- gers, avec la Carte géologique et les coupes qui doivent en rendre l'intelligence plus prompte et plus facile. Signé Brochant de Villiers , Cordier et Bromgniart. L'Académie adopte les conclusions du rapport. Explication de la coupe représentée Planche 28, et détails caractéristiques des roches et couches qui y sont représentées. N° 1. Calcaire conchoïde presque sans pétrifications , couvert dans quelques parties de blocs de granité, et contenant seulement une Coquille bivalve qui paraît appartenir au genre Lima. N° 2. Calcaire jurassique, compacte et oolitique avec les pétrifica- tions qui le caractérisent. IX ° 3. Calcaire terreux, plus fissile, faisant partie du calcaire juras- sique et renfermant plus particulièrement les corps organises fossiles suivans : Ammonites (nombreuses.) Pinnogène de Saussure. — (Grande Coquille bivalve de'priméc à structure fibreuse , fibres perpendicu- laires aux surfaces , voisine des Catillus). Per/ia aviculoïdes Sow. Cardium Prnlei. A. Br. N° 4- Calcaire compacte à Entroques, renfermant en outre des Huîtres, des Xe'rébratules , des Cassidules, etc. IX e 5. Seconde formation marneuse, très-riche en corps organisés fossiles : Ammonites. rjcleinnites. J . ( 47* ) Modioles. Huîtres. Tvochus. Gryphœa Cymbium et lalisslma. Pccten nnwah'is , Sow. Planiosloma semilunaris . ]N e 5. Fer oxidé pisolithe en amas dans les cavités superficielles du calcaire suivant. ]N° 6. Calcaire compacte et marnes à Gryphiles avec Galène et Bar rytite disséminées. Dans les parties supérieures : Belemnites. Dans les parties moyennes et notamment dans les lits marneux : Unio Hybrida. slmmonites Bucklandi. Mya intermedia Pecten lens. Troclms. Fucoïdes. Dans les parties inférieures : Gryphœa arcuala. La réunion des n° s 4> 5 et 6, paraît cire analogue à la formation du Lias d'Angleterre. ]N° 7. Marnes calcaires et Lumachelles en rognons disséminés en lits dans les couches : Plagiostoma lœviusculum. No 8. Fer oligiste terreux, faisant partie intégrante de la couche n° 7. ]N° 9. Calcaire lumachelle , Marne argileuse et Psammite alternant ensemble, renfermant de la Galène et de la Barylile, et , en corps organisés fossiles, YUnio hybrida , Sow. , et des Zoophytes. ]N° to. Marne argileuse et | Gypse en nodules ellipsoïdes, lenticu- laires , etc. K 11. Calcaire lumachelle quarzeux , Macigno ou Psammite calcaire, Psammite quarzeux, renfermant en corps organisés fossiles : De nombreux Zoophytes. Des Astéries? Ammonites. Pecten. Trigonies. Les W os 7, 8, 9, 10 et 11 , paraissent appartenir à la même sous- formation , et pouvoir être rapportés au Calcaire lumachelle ( Mitschelkalk de Goetingue. ) Le Grès à bâtir (Quiukfsaïuhlcin), qui devrait se trouver au- dessus , paraît manquer dans le plus grand nombre des cas. ( 473 ) N 12. Arkosc, Arène (c'est-à-dire Arkosc et Psammites réduits à l'état sableux ou friable) , et Psammite quarzeux alternant et comme mêlés ensemble avec Barytite , Fluor, Fer oxidé et Galène ou disse'minés, ou en veines , et renfermant en corps organisés fossiles : Ammonites. Unio Hybrida. Plagias lonia punctatum. Oryphœa arcuata. M. de Bonnard regarde cette couche comme analogue au Grès bigarré, ou au Grès vosgien. N tf i3. Granité se mêlant dans certaines parties avec l'Arkose , et recevant des filons ou veines de cette roche , les minéraux (Barytite et Fluor) et les métaux (Galène) qu'elle renferme. Description du Graphiola , nouveau genre de plante parasite do la famille des Champignons ; Par M. A. Poiteau. GRAPHIOLA (i). Peridium duplex , sessile , thallo nudatum : exterius crassiim , crustaceum , fragile ; interius membranaceum partitum, exteriore longius, marcescens, et. cujus fundo surgent filamenta uumerosa , longa, sirnplicia, fascicu- lala, pulvere granulosa intermixta. Graphiola phoenicis. Graphiole du Dattier. Depuis trois ans j'observe ce parasite sur les feuilles vivantes de cpielques Dattiers cultives en serre cbaucre chez M. Noisette à Paris : elle prend naissance sous l'é- piderme supérieur et inférieur des folioles et du pé- (1) Id. est Penicellus parvus. tiole : sa présence se manifeste d'abord par une petite protubérance qui , après avoir soulevé , cléebiré ou fendu Tépidermc , se montre sous la forme d'un corps ovale sessile , noir, luisant, très-dur, et qui atteint au plus un millimètre dans son plus grand développement. Ce petit corps est le péridium externe de la plante ; il n'a aucune base apparente ; on voit qu'il est partagé lougi- tudinalement par un sillon qui le divise en deux lobes, et que chaque lobe a lui-même un autre petit sillon lon- gitudinal. Bientôt il se forme , entre les deux lobes, une fente qui , en s'élargissant successivement , devient une ouverture arrondie' de. laquelle sortent les découpures d'un péridium interne membraneux et fugace. Du fond de ce péridium interne s'élève une grande quantité de filamens blanchâtres longs de quatre à six mil- limètres , entremêlés de grains poudreux, jaunes. Ces fila- mens forment toujours dans leur jeunesse une seule gerbe contenant beaucoup de poussière ; mais quand la plante est adulte, ils se tordent plus ou moins, ou se divisent en plusieurs faisceaux divergens , de manière que le Graphiole se présenté sous un grand nombre d'aspects différens , selon qu'on l'examine à diverses époques de sa durée : peut-être toutes ces formes et ces torsions sont- elles dues à quelques propriétés hygrométriques. C'est particulièrement en mai et en octobre que cette plante se développe en quantité sur les feuilles du Dattier, qui sont dans la seconde et troisième année de leur exis- tence ; on n'en remarque pas sur les feuilles de l'année actuelle ; elle parait , végète et augmente pendant en- viron six semaines ; après ce temps écoulé , elle se des- sèche sans diminuer de volume; ses filamens se brisent au moindre toucher , et laissent à nu le péridium externe ( W ) qui persiste sous la forme dune petite cupule noire ar- rondie ou anguleuse et très-dure. La grande multiplication du Grapliiole altère les feuilles du Dattier , en les salissant et les desséchant en partie. M. Noisette n'a commencé à remarquer cette plante qu'en 1 8 1 9 •, il pense qu'elle n'existait pas aupa- ravant dans ses serres : on peut craindre quelle ne s'éta- blisse aussi sur les autres espèces de palmiers. Les filamens du Grapliiole ne sont pas de première formation •, car lorsqu'on ouvre un péridium fort jeune, on ne trouve qu'une poudre jaune dans son intérieur. Il faut beaucoup, d'attention pour découvrir le péridium interne. On ne connaissait parmi les Champignons qu'un petit nombre de genres qui eussent un péridium double -, le Grapliiole en est un nouvel exemple ; sa place paraît devoir être auprès des Didermes dont il diffère , i° en ce qu'il n'a pas de thallus -, 1° en ce que son péridium est sessile , dur, crustacé dès sa nais- sance cl non mucilagineux 5 3° en ce qu'il croît sur une plante vivante ; 4° en ce que ses filamens sont simples , parallèles, libres et non anastomosés en réseau. Explication des Figures. PL 26. tig. 2. G raphiola phœnicis. a. Portion eVune loliole de Dattier couverte de Graphiola, de gran- deur naturelle. h. Grandeur naturelle d'un pe'ridiurd avant l'émission îles filamens. c. Divers péridiums grossis. d. Péridiums qui commencent à s'ouvrir. On voit à leur base le morceau d épidémie soulevé' et desséché , sous lequel ils étaient cachés. e. Péridium très-grossi , portant en dessus le morceau (L'épi derme qui le couvrait avant son apparition. f. Plante plus avancée dont le péridium interne est divisé en quatre ( W ) lanières qui paraissent soutenir chacune un faisceau de filamens couverts de poussière. ggg. Autres plantes plus développées. Iihk. figures montrant comment les filamens se divisent quelquefois jusqu'à former depuis deux jusqu'à cinq faisceaux divergens. i. Filamens tors, tels qu'ils se présentent le plus souvent dans une plante âgée. /. Coupe d'une plante dont les filamens étaient réunis en cinq fais- ceaux qui formaient une sorte d'étui rempli de poussière. Celle figure, ainsi que deux des précédentes, montrent des débris du péridium interne. m. Coupe verticale faisant voir que les filamens naissent du fond du péridium. Recherches anatomiques sur les Carabiqtjes et sur plu- sieurs autres insectes Coléoptères ; Par M Léon Dufour. {Suite.") COLÉOPTÈRES HÉTÉROMÈRES. Je viens de passer en revue le canal digestif des Co- léoptères qui ont cinq articles à tous les tarses , et que M. Duméril a le premier désignés sous le nom de Pen- tam'eres. Je vais maintenant me livrer à la description de ce même canal dans les Coléoptères , dont les deux paires de tarses antérieurs ont cinq articles , tandis que la paire postérieure n'en a que quatre , ce qui leur a valu le nom à'Hétéromères. Famille FIL , Mélasomes. Le genre Tenebrio de Linnseus rentre dans cette nom- breuse famille a laquelle M. I^alreille a récemment im- ( 477 ) posé le nom de Mélasomes à cause de la couleur noire des Insestes qui la composent. Ce dernier auteur avait auparavant distribué ces Coléop- tères en deux familles distinctes, que je crois convenable de conserver comme sections des Mélasomes. L'une était celle des Piméliaires , l'autre celle des Ténébrio- nites. A. Piméliaires. Ces Mélasomes n'ont point d'ailes et leurs élytres sont soudées ensemble. Ils se rencontrent plus fréquem- ment dans les terrains sablonneux des contrées méridio- nales de l'Europe , et plusieurs d'entre eux fuient la lu- mière. Ce dernier trait leur a valu de la part de M. Du- méril la dénomination de Lucifuges ou de Photophy ges. Us vivent de substances végétales plus ou moins altérées. Les espèces de cette section , dont j'ai été à même d'étu- dier l'anatomie, sont les suivantes : Erodms gibbus; Pimelia bipunctala; Scaurus striatus; Akis Hispanica; Asida Gigas ; A: grisea ; Blaps Gigas ,• B. similis. Leur organe de la digestion débute dans l'arrière- boucbe par un vestige d'appareil sécréteur, dont la classe des Coléoptères n'offre que bien peu d'exemples , mais que l'on retrouve plus parfaitement organisé, dans d'au- tres classes d'Insectes, notamment dans les Orthoptères , les Hémiptères , les Hyménoptères , les Diptères , et quelques Aptères. Je veux parler d'un appareil salivaire. Je l'ai évidemment reconnu dans les Blaps et Y Asida grisea , Insectes que j'ai disséqués récemment avec un soin scrupuleux, et je ne doute point qu'il n'existe aussi dans les autres Piméliaires. Cet appareil a une simpli- ToME III. 32 (47*) cité en quelque sorte rudimentaire. Il consiste en deux vaisseaux ou tubes flottans parfaitement simples dans Y Asida, irrégulièrement rameux dans les Blaps , insé- rés un de chaque côté , vers l'origine de l'œsophage , et pénétrant par leurs extrémités libres jusque dans la ca- pacité abdominale. Le tube alimentaire des Piméllaircs a trois fois en- viron la longueur de leur corps. Un œsophage court débouche dans un jabot, plus ou moins prononcé, sui- vant les genres , lisse et glabre à l'extérieur. Il est bien plus développé dans YErodius , la Pimelia, le Scaurus , YAhis, où il forme une poche ovoïde logée dans la poi- trine, que dans les Asida et les Blaps, où il fait à peine une saillie hors de la tète. Ce jabot est garni intérieurement de plissures ou de colonnes charnues longitudinales qui , dans YErodius et la Pimelia, aboutissent, du côté du ventricule chylifique , à une valvule formée de quatre pièces principales, ovaîaires , conniventes et cornées, tandis que ces pièces manquent dans les Blaps, où la valvule est produite' par le rapprochement des co- lonnes charnues , qui sont évidemment plus saillantes et d'une consistance un peu calleuse. Le ventricule chylifique est, à l'exception de celui de Y Asida, hé- rissé en dehors de papilles si courtes qu'elles ressem- blent à des points saillans. Il est allongé , flexueux ou replié , quelquefois renflé à son origine , proportionnel- lement un peu plus long daiîs Y Asida et le Blaps, que dans les autres Piméliaires. Quand il n'est pas très-disten- du, il est marqué de bandelettes musculaires transversales. Il se termine par un bourrelet, calleuxen dedans , où se fait la première insertion des vaisseaux biliaires. Comme je J'ai déjà fait pressentir, la tunique externe du ventri- ( 479 ) culc cliyliiique de YAsida est parfaitement glabre et lisse, même quand on l'observe avec le secours de la loupe. L'intestin grêle est lisse, cylindrique, replié sur lui- même. Il se renfle en un cœcum parcouru en dedans par des bandelettes musculaires. Le rectum est assez dis- tinct. M. Marcel de Serres (i) a de'crit l'appareil digestif de YAkis glabra , du Blaps Gigas , du Blaps morlisaga, et de la Pimelia bipunctata. Cet auteur , peu fixé alors sur les véritables fonctions des diverses parties du tube alimentaire , ne parle point du jabot de ces Mélasomes quoiqu'il existe, surtout d'une manière très-apparente, dans YAkis et la Pimelia. Il désigne sous le nom d'es- tomac ce que j'appelle ventricule cbylifique , tandis que dans d'autres Insectes il appelle duodénum ce même or- gane. Par suite de cette incertitude dans la nomencla- ture , il donne la dénomination d'intestin grêle au cœ- cum , et il finit par placer le duodénum immédiatement avant le rectum. Du reste , ce savant paraît s'être attaché tout particulièrement à l'étude de la texture des tuni- ques du canal digestif , et il nous a donné sur ce point, d'auatomie des détails pleins d'intérêt. B. Ténébuionites. Parmi les Mélasomes dont les élytres peuvent s'ouvrir et recouvrent des ailes , je n'ai pu encore soumettre à mes recherches zootomiques que le Tenclrio obscurus. Ce Coléoptère, dont la larve vit dans la farine, se ren- contre lui-même dans les moulins, les boulangeries et les lieux où l'on conserve les farines. Son organe de la di- (\) Observations sur les usages des diverses parties du tube intestinal des insectes , page 53 et suiv. 3a ( 48o ) gestion , quoiqu'ayant beaucoup d'analogie pour sa con- formation générale avec celui des Blaps, en diflère néan- moins par plusieurs traits qui méritent d'être signalés. D'abord , je n'y ai reconnu aucune trace de l'existence des vaisseaux salivaires. Cependant je présume , par ana- logie , que de nouvelles dissections dirigées plus spécia- lement vers ce but les découvriront. Le jabot est assez petit, oblong, lisse et glabre en deliors. TAamdohr ," qui a décrit et fleuré l'appareil alimentaire du Tenehrio 7k moliior , qui n'est peut-être que la même espèce (i), représente cet organe, auquel il donne, ainsi qu'au gésier des carnassiers, le nom iï estomac à replis, comme, garni intérieurement de quatre colonnes ter- minées par des soies et séparées par des gouttières pro- fondes. Je n'ai pas été à même de confirmer par ma propre observation cette structure intérieure, mais je l'avais présumée à travers les parois du jabot, dont la demi-transparence permet de reconnaître l'existence de pièces internes d'une nuance un peu plus foncée , et peut-être de nature calleuse ou cartilagineuse. Le ven- tricule cliylifique est moins long que dans les Blaps , à peu près droit-, mais les papilles dont il est hérissé' sont un peu plus prononcées que dans ces derniers et bien moins que dans la figure de Ramdobr. L'intestin grêle est assez long , filiforme. Il dégénère en un cœcum al- longé , séparé du rectum par un léger bourrelet annu- laire , et. non pas, comme i'a exprimé l'auteur précité , par un étranglement fortement prononcé. (i) Loc. cit. , Tab. IV ,-fig. i et 8. { 48* ) Famille J 111. Taxicornes. Les Coléoptères hétéromérés que M. Latreille a grou- pés dans la famille des Taxicornes , et M. Dnméril dans celle des Fonglvores , sont des Insectes de petite taille. Leurs antennes se terminent par une massue per- foliée. Jls vivent, soit dans les champignons , soit sous les écorces des vieux arbres. Y? Hypoplilœus castaneus , le Dlaperis violacea , YEledona reticulata , sont les Taxicornes dont j'ai pu étudier l'ànatotniei Le canal alimentaire de YHypophlœus aune longueur qui n'excède pas deux fois et demie celle de son corps. Malgré les recherches les plus scrupuleuses , je n'ai pu y découvrir aucune trace des vaisseaux salivaires qui exis- tent bien distinctement dans la Dlaperis. La petitesse de cet Insecte , qui n'a pas une demi-ligne de largeur ,' me les a peut-être dérobés. Le jabot est excessivement court et fort difficile à mettre en évidence à cause des faisceaux musculeux qui garnissent la région occipitale de la tête. On le reconnaît à son tissu lisse et glabre. Le ventricule chylifique débute dans le corselet même. Il est d'une texture fort délicate, allongé, cvlindroïde, plus ou moins flexueux et hérissé , à l'œil armé de la loupe , de papilles piliformes bien saillantes , égales en longueur dans toute l'étendue de l'organe. L'intestin grêle se fléchit en une anse et dégénère insensiblement en vin coecum ohlong. Le rectum se distingue brusque- ment de celui-ci. Il est assez long et droit. Il s'accom- pagne , ainsi que dans les deux espèces suivantes, d'un appareil des sécrétions excrémentiliellcs dont je parlerai ailleurs. ( 4»* ) Le tube digestif de la Diaperis a absolument la même forme et la même texture que celui de YHypophlœus. Il a seulement un peu plus de longueur, puisque cette dernière égale quatre fois celle du corps -, et il offre à son issue de la tête deux vaisseaux salivaires , flexueux , capillaires , flottans par un bout. Celui de YEledona n'offre pas de différence remar- quable avec le précédent ; mais je ne lui ai trouvé aucun vestige d'appareil salivaire. L'œsophage et le jabot y sont plus distincts , et le ventricule chylifique est assez long pour faire une circonvolution à son entrée dans l'ab- domen. L'examen comparatif des figures qui représen- tent les organes de la nutrition de ces trois Insectes dis- pense d'autres détails. Famille IX, Sténélytres. Les Insectes que M. Lalreille a compris dans cette famille forment deux divisions que nous allons étudier séparément, celle des Hélopicns et des OEdémériles. A. Hélopiens. Ici se rangent ceux des Stênèlyties qui ont tous les articles des tarses , ou du moins ceux des postérieurs, entiers. Je vais exposer ce que j'ai appris par la dissec- tion de YHelops strîatus , et de la Cislela badiipennis. l-ÎHelops se trouve sous les éeorces des arbres , et fait peut-être sa nourriture du détritus du bois ; il a des ha- bitudes sédentaires. Son tube digestif a la plus grande ressemblance pour sa forme et sa structure avec celui du Ténébrion, genre dans lequel Linna?us , ainsi que ( 483 ) Geoffroy, avaient placé la plupart des IIclops qu'ils ont connus. Sa longueur égale environ deux fois et demie celle de tout le corps. L'oesophage se dilate aussitôt en un jabot court , conoïde , dont les parois ont uue certaine épaisseur. Le ventricule chylifique en est sé- paré par une contracture brusque-, il est allongé , pres- que droit , revêtu extérieurement de papilles courtes et obtuses -, il renferme une pulpe alimentaire brunâtre. L'intestin grêle, sensiblement moins long que dans le Ténébrion , est conoïde à son origine , puis filiforme. Le coecum est oblong , séparé , par un léger bourrelet , du rectum qui est assez long, droit et bien plus étroit que lui. La Cistela habite les fleurs et parait se nourrir du pollen des étamines. Son canal de la digestion est un peu moins long que celui de YHelops ; mais il n'en dif- fère essentiellement qu'en ce que sou ventricule chylifi- que observé, même à une très-forte loupe, n'offre aucun vestige de papilles, Le rectum est moins prononcé que dansl'espèce précédente. B. OEdémékites. Cette division des Sténélytres comprend ceux dont le pénultième article de tous les tarses est bilobé. Tous ces Insectes habitent les fleurs et se nourrissent principa- lement de la poussière fécondante des étamines. Ceux dont j'ai étudié l'organisation intérieure sont les suivans : OEdemera cœrulea , OEd. calcarota , OEd ruficollis , Mycterus curculioides. Nous retrouvons dans les OEdcmcres , comme dans quelques Mélasomes et Taxicornes , des vaisseaux sé- créteurs de la salive. Il y en a un de chaque côté de (484 ) l'origine de l'œsophage. Ils sont très-simples, flexueux, flottans , presque diaphanes , et d'une grande ténuité ; ce qui les rend difficiles à mettre en évidence. Mais j'en ai constaté l'existence dans les trois espèces soumises à mes recherches. Le canal de la digestion n'a qu'une fois et demie la longueur du corps. L'œsophage est grêle , presque ca- pillaire ; il traverse le corselet sans changer de diamè- tre , puis il présente un jabot tout-à-fait latéral , une véritable panse, munie d'un cou ou pédicelle court, pendante , ovoïde et lisse , quand elle est dilatée par la pâte alimentaire , plus ou moins oblongue , et froncée dans le cas contraire. L'existence d'une panse latérale dans les OE démères est un trait anatomiqne qui leur est jusqu'à ce jour exclusivement propre. Je n'ai trouvé rien d'analogue dans aucun autre genre de Coléoptères; mais la classe des Orthoptères et surtout celle des Dip- tères en offrent des exemples. Le ventricule chyliûque des OE démères est allongé , droit , parfaitement lisse , et glabre à l'extérieur dans YOEd. cœrulea , couvert de points papillaires à peine sensibles dans YOEd. cœrules- cens et YOEd. rujîcollis. L'intestin grêle est filiforme, plus ou moins flexueux. Le ccccum est renflé , ohlong. Le rectum est brusquement distinct de ce dernier, droit , long , plus allongé dans la femelle. Le Mjcterus qui rappelle par sa physionomie et sa conformation générale , les Charansons , mais qui est Hétéroméré , tandis que ces derniers sont Tétramères , termine la famille des Sténélytres. La longueur de son canal digestif ne surpasse pas deux fois celle de son corps. L'œsophage, parvenu dans la poitrine, se dilate en un jabot assez -vaste,, vu la grandeur de l'Insecte, ( 485 ) tantôt pyriforme , tantôt irrégnlier , quand il est gonflé par de l'air. Une contracture brusque , siège d'une val- vule , le sépare du ventricule chylifique. Celui-ci est cy- lindroïde , plus ou moins flexueux , lisse , c'est-à-dire dépourvu de papilles ou de points saillans , mais pré- sentant souvent dans l'état de vacuité des rubans mus- culeux transversaux. Je l'ai trouvé rempli d'un liquide jaunâtre , couleur qui est due au pollen des fleurs dont ce Coléoptère fait sa nourriture. L'intestin grêle est bien distinct , filiforme. Le ccecum est oblong et se ter- mine par un rectum grêle et long. Famille X. Trachélides. Cette famille , la dernière des Coléoptères Hétéromères, comprend des Insectes herbivores ou florivores , qui diffèrent entre eux autant par leur physionomie et leur structure que par des traits entomologiques bien carac- térisés. Aussi a-t-on réparti les genres assez nombreux qui la composent en plusieurs sections, dont M. La- treille avait fait précédemment, et avec raison , des fa- milles particulières. Celles de ces dernières , dont j'ai été à même d'étudier l'anatomie , sont les Mordellones et les Cantharidies. A. MORDELLONES. Les Insectes de cette section sont de petite taille et -vivent sur les fleurs. Leur corps comprimé latéralement et arqué, leur tête basse et inclinée sur la poitrine, leurs étuis courts et terminés en pointe, leur abdomen conique en font une famille d'une tournure toute parti- culière. Je n'ai encore pu disséquer que la Mordella fascîata. C 4«6) Elle a deux vaisseaux salivaircs repliés , floitans , plus longs que tout le corps et cTime ténuité plus que capil- laire. L'oesophage est si court qu'il est inapercevable hors de la tète , ainsi que le jabot dont je ne puis que soupçonner l'existence. Le ventricule chylifique est al- longé , droit, très-lisse, et à parois assez épaisses. L'in- testin grêle est étroit, flexueux , bien marqué et assez; long. Le cœcum est oblong , distinct. Il renferme une pâte excrémentitielle jaune. B. CantHAHIDIES. La propriété vésicante de la plupart des Coléoptères de cette section les a fait désigner par M. Duméril sous le nom d'Eprsp astiques. Les espèces soumises à mes in- vestigations anatomiques sont les suivantes : Mylabris melanura , Mylabris variabilis , Mcloe majalis, Zonitis prœusta , Sitaris humeralis. Je n'ai point reconnu dans ces Canlharidies la moin- dre trace de l'existence des vaisseaux salivaires. Leur tube digestif n'a pas plus d'une fois et demie la longueur du corps. L'oesophage se dilate en un jabot plus ou moins apparent suivant les genres. Dans le Meloe , qui est un Insecte vorace et essentiellement herbivore , il est vaste et semble revêtir les caractères d'un véritable gé- sier 5 car il est garni intérieurement de plissures cal- leuses , comme anastomosées entre elles , et séparé du ventricule chylifique par une valvule formée de quatre pièces principales , résultait chacune de l'adossement de deux cylindres creux , tridentés en arrière. Cet or- gane est moins prononcé dans les trois autres génies qui vivent du pollen des fleurs. II est même insensible dans le Zonitis. Le ventricule chylifique est droit , conoïde ou cylindroïde. Dans le Zonitis et le Sitaris, il est glabre, C 48 7 ) lisse el comme simplement membraneux. Celui du Mcloc et des Mylabris est formé de rubans musculaires trans- versaux bieu prononcés. L'intestin grêle est flexueux fili- forme. Il offre à son origine, dans le Meloe, une por- tion conoïde dont l'intérieur a de légères plissures lon- gitudinales et une valvule coirespondant au ventricule cbylifique , composée de six tubercules ovales, bilobés, un peu calleux. Je n'ai point observé cette structure dans les autres Cantharidics. Le coecum est ovale ou oblong , lisse , et le rectum est assez marqué. L'organe nutritif du Meloe proscarabœus , représenté par Ramdobr (1) , n'a point les plissures transversales qui caractérisent le ventricule cbylifique de notre Meloe majalis et des Mylabris ; mais il lui ressemble pour les autres parties. Celui de la Lytta vesicatoria , que cet auteur a aussi figuré (a) , a la plus grande analogie avec celui des Mylabris. Son jabot, désigné par cet auteur sous le nom de Pharynx , a intérieurement des bande- lettes musculaires transversales , séparées par des la- mes longitudinales saillantes garnies de petites soies. Le ventricule cbylifique , appelé estomac par Ramdobr, paraît avoir des rubans charnus annulaires , ainsi que les Mylabris. Explication des Planches. Planche XXIX. Fig. 1. Appareil digestif fort grossi de la Pimelia biptjnctata. a. jabot; b. ventricule cbylifique ; ce. vaisseaux hépatiques tronques j d. intestin grélej e. cœcum. Fig. 2. Face interne du jabot et pièces de la valvule py torique. Fig. 3. Appareil digestif fort grossi de I'Asida cfisea femelle. (1) Loc. cit. , Tab, IV , fig. 3,4. (2) Loc. cit., Tab. XI, fig. 4,5, 6'. ( 488 ) a. Tète; bord occipital légèrement trilobé ;.vcrtex chagriné, région frontale avec des points saillans ombiliqués piliftres ; antennes brièvement hérissées; le troisième article le plus long, l'avant- dernicr dilaté, turbiné, recevant en échelonnement le dernier qui est rudimentnire ; mandibules robustes, tranchantes, édentées ; labre échancré , cilié; dernier article des palpes un peu sécuri- farme; bb. vaisseaux salivaires ; c. ventricule chylifique , précédé d'un jabot excessivement court ; ddd. vaisseaux hépatiques tron- qués ; e. intestin grêle; f. cœcum; g. rectum bien marqué; h. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 4- Appareil digestif fort grossi du Blaps gigas. a. Tête, jeux transversaux, enchâssés, peu saillans; antennes dont les quatre derniers articles sont sphéroïdes et le terminal pointu ; labre tranversal échancré , cilié ; dernier article des palpes plus gros, tronqué, un peu sécuriforme ; bb. vaisseaux salivaires, c. ventricule chylijïque précédé d'un jabot court ; dd. vaisseaux hé- patiques; e. intestin grêle; f. cœcwn , suivi d'un rectum ; g. ap- pareil des sécrétions excrémentitielles ; fe.' dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 5. Portion considérablement grossie de l'appareil digestif du Blaps gigas. aa. Palpes maxillaires ; h. palpes labiaux et en arrière les mâchoires à deux lobes garnis de soies rousses, dont le plus postérieur se ter- mine par un crochet noir bien marqué; d. œsophage précédé d'une sorte cTépiglotte , et suivi du jabot. Celui-ci a sa tunique intérieure à découvert, parcourue par huit colonnes charnues; ee. vaisseaux salivaires irrégulièrement rameux;/. portion du ventricule chy- lifique ouverte. Fig. 6. Appareil digestif fort grossi du Tenkbrio obscurus. a. Tête, bord occipital fortement échancré avec un lobe peu pro nonce au milieu de l'échancrurc; troisième article dos antennes bien plus long que le second ; b. ventricule chylifique précédé d'un jabot fort court; ce. vaisseaux hépatiques ; d. intestin grêle ; e. cœcum allongé, suivi d'un rectum ;f. dernier segment dorsal de l'abdomen. Flanche XXX. Fig. i. Appareil digestif fort grossi de I'Eledona rf.ticci.ata. a. Tête, bord occipital fortement échancré avec un lobe à peine sensible dans l'echancrure ; yeux réticulés, bilobés, c'est-à-dire divisés par une scissure en deux globes , l'un supérieur l'autre ( 48 9 ) inférieur ; antennes courbées en arc; les trois derniers articles for- ment une masse ; les quatre précédens en scie triangulaire ; labre transversal distinct 49' ) a. Tête; bord occipital avec un lobe ou col ; labre demi-circulaire mandibules édentées ; palpes filiformes ; mâchoiies lancéolées aiguës, frangées, munies d'un lobe interne plus petit ; b. jabot et œsophage; c. ventricule chylijique ; dddd .vaisseaux hépatiques tron- qués ; e. intestin grêle ;f. cœcum et rectum; g. dernier segment dorsal de l'abdomen , accompagné de deux crochets copulateurs. Fig. 9. Appareil digestif fort grossi du Sitaris humeralis m.1le. a. Tête; bord occipital avec un lobe ou col trilobé, yeux transver- saux oblongs ; mandibules édentées fortes, pointues, cambrées; labre membrano-scarieux demi-circulaire; mâchoires lobées, ci- liées; b. jabot et œsophage ; c. ventricule chylijique ; dd. vaisseaux biliaires; e. intestin grêle ; J. cœcum; g. derniers segmens dor- saux de l'abdomen. Sun l'Adgustal, Tun des os de la voûte palatine; Par M. E. Geoffroy Saint-Hilaire. Je quitte à peine ce sujet , dont j'ai traité dans mon article Crocodile ( voyez plus haut , page a56 ) , et je suis déjà dans le cas d'y revenir. ïl est sans doute fâ- cheux de montrer de l'irrésolution. N'importe., cet in- convénient n'est que pour moi-, quand, au contraire, s'il m'arrive de remplacer l'erreur par la vérité, ce retour à des idées plus justes doit profiter à tous. Dans ce cas , et fidèle à l'épigraphe de mes deux derniers ou- vrages (utilitati) , je n'hésite pas. L'Adgustal est un os qu'on croit n'avoir encore été observé que surles Ovipares : s'il ne se borne pas, Comme chez les oiseaux, à flanquer l'arcade maxillaire et à y fi- gurer sous la forme d'un filet longitudinal, il prend de l'importance en s'étendant transversalement d une ar- cade à l'autre , c'est-à-dire des maxillaires sur les pala- tins : il unit et consolide toutes les parties détachées de ( 49* ) la voûte palatine , et de plus , il contribue à en augmen- ter retendue, u est sa lettre indicative dans ma planche du Crocodile : c'est donc une pièce de ressource, princi- palement chez les reptiles et chez les poissons , puis- qu'elle y apporte solidité et augmentation de surface. Tous ces avantages sont surtout procurés aux animaux qui se distinguent par de plus longues mâchoires. Or, l'on sait que les Ovipares sont pour la plupart dans ce cas. . Chez ces animaux, d'une voracité insatiable, la bou- che devient le trait dominant -, tout y est singulièrement agrandi , mandibules et voûte palatine : mais c'est , quant aux os qui les composent, sous une condition qu'il faut expliquer. Comme ces os sont formés et nourris par des artères à une distance quelconque de la branche-mère , mais à une distance respectivement la môme chez tous les animaux, ils tiennent leur principale essence du nombre des molécules sécrétées -, or ce nombre est nécessai- rement toujours réglé par le diamètre du vaisseau lui- même , au point de son arrivée et de son action dans le tissu osseux. Nous ne nous étions pas encore élevés à ces causes d'action ; mais nous en avions empiriquement reconnu les effets , quand nous avons posé les bases de notre principe du balancement des organes. Les os mandibulaires et palatins , auxquels n'est dé- partie qu'une quantité réglée d'élémens formateurs, ne peuvent satisfaire à cette longueur voulue du museau , ni prendre une forme allongée , qu'en acceptant d'être amaigris sur les côtés. Ailleurs, chez les mammifères à courte face, en qui les élémens formateurs se distri- buent au contraire tout autour de leur point d'arrivée, les os s'étendent les uns vers les autres dans tous les ( 49^ ) sens, et se joignent : il n'y a nulle part solution de con- tinuité : ils sont disposés en table : c'est enfin une voùle pleine. La voûte palatine est au contraire obligée de recourir à une autre figure , si ses os sont disposés en une double série longitudinale. Vicq-d'Azir a le premier fait usage des expressions significatives : arcades maxil- laires , arcades palatines. Des intervalles , de grands vides existent entre les os mandibulaires et palatins dans le cas de leur accroissement en longueur; il n'en est point ainsi , si l'accroissement a eu lieu par irradiations autour d'un centre. Dans le premier cas, trop d'indépen- dance, entre les parties externes et les internes , les ex- pose à un défaut de solidité. L'Adgustal règle donc leur condition. N'est-il qu'un filet grêle adossé à l'ad- dental et à l'adorbital , comme dans les oiseaux? il ne répare rien sous ce rapport. Mais se répand-il , comme dans les Serpens et les Crocodiles , d'une arcade à l'au- tre ? cette position y procure une intervention toute puissante. Cependant, ce n'est encore là l'bistoire que d'une pièce uniquement connue chez les animaux Ovipares. Mais ou notre théorie sur la composition des os crâniens est fausse , ou cette pièce a chez les Mammifères une par- tie correspondante. Quelle est cette partie ? C'est ce qui va être ici discuté, et ce que je me suis en effet pro- posé de découvrir et de donner dans ce nouveau Mé- moire. J'ai, en 1807, essayé le premier de soulever le voile qui nous cachait ces rapports : la réflexion suivante fait connaître et ma tentative et ma méprise. « M. Geof- » froy, content d'arranger son compte des os, en fait » ( de l'Adgustal) la grande aile temporale , quoique la Tome III. 33 ( 4 9 4 ) » grande aile existe (i) à sa véritable place. » Voyez Ossemens fossiles , édition nouvelle, tome V, partie 2, P a g e 79- M. Cuvier avait déjà dit , seize ans auparavant ( en 1808, Ann. du Mus. , tome XII, page 6): « M. Geof- » froy compare cet os à la grande aile du sphénoïde. Je » pense que s'il faut lui trouver un analogue , c'est plu- » tôt dans Yapophyse ptérjgoïde externe qu'on doit le » chercher. » Ce qui était là dubitatif est devenu affirmatif , en 1817, dans l'explication des planches du Règne Animal : Y 'Ad- gustal y est nommé ptérjgoïdien externe. Cette détermination a été adoptée par plusieurs natu- ralistes, par M. G. Bakker, entre autres 5 lequel a décrit la pièce os pterygoideum externwn, et en a donné de (1) Cela est vrai en soi, mais non pas comme l'entend M. Cuvîer; car il place la grande aile où sont les ailes dlngrassias , parce qu'il avait pris les véritables grandes ailes pour le rocher, et le rocher re'el pour l'occipital supérieur. Par un effet singulier du sort, le troisième cahier des présentes An- nales, où est mon travail sur le Crocodile , et le dernier volume de la nouvelle édition des Ossemens Fossiles , où se trouvent les re- marques critiques précédentes, ont été présentés à l'Académie royale des Sciences le même jour, 6 décembre iSî/j- M. Cuvier, art. 1 er , Détermination des os de la télé des Crocodiles, a cru devoir, dans des annotations longues et multipliées, s'occuper avec moi de cette grande question et en faire le sujet d'une assez vive controverse : ces débats sont une bonne fortune pour les jeunes natu- ralistes à l'instruction desquels ils profiteront : cependant il ne faudra pas négliger de lire aussi la dernière note de l'ouvrage , page 524; note dans laquelle mon célèbre et savant confrère prévient que ses Obser- vations sur ma Théorie, concernant la tête du Crocodile, ne s'appli- quent qu'il mes publications de 1807, et non au nouveau travail sur ce sujet que j'avais alors déjà lu à l'Institut. (W ) très -bonnes figures. Voyez de Osseographia piscium , Groningœ : apud Van Boekeren, 1822. J'ai fait comme M. Bakkcr , et de confiance j'avais adopté, comme j'ai en effet suivi, page 256, les indi- cations de M. Cuvier. Ce qu'afin de ne point allonger inutilement mon Mémoire , je déclarais pouvoir passer sous silence, avait trait à d'anciens doutes. L'apophyse ptérygoïde externe se sépare-t-elle , à un moment quel- conque des formations foetales , dans l'espèce humaine ? L'ouvrage de M. Serres sur les lois de Tostéogénie, m'avait donné une réponse affirmative. Cependant , le principe des connexions m'avertissait d'aller chercher plus en avant , la pièce correspondante à l'Adgustal ■ c'est alors que j'ai supposé que chaque palatin était séparé longitudinalement, et que j'ai de plus aperçu que l'apophyse de cet os (sa portion externe), qui se rend du maxillaire sur la gorge faite par la jonction des deux ptérygoïdiens , formait aussi une pièce isolée de son corps principal; cela me détermina, en 1820, à faire établir par M. Huet un dessin représentant plusieurs palatins d'animaux et de l'homme. Était-ce à l'une ou à l'autre, ou même à l'ensemble de ces deux pièces , les- quelles seraient réunies chez les Ovipares , que corres- pondait l'Adgustal? Je suis resté à cet égard dans une grande perplexité : et c'est pour avoir réfléchi que , dût cette question être diversement décidée en théorie cela n'importerait enjien à l'essence de l'Adgustal chez les Ovipares , que j'ai définitivement adopté l'avis de M. Cuvier. Cependant cet état provisoire n'est plus tolérable aujourd'hui qu'ont paru les dernières publications de 33* ( 496) M. Cuvier, sur les os crâniens des Crocodiles. Voici ce qu'on lit dans le volume précité , page 80 : « J'avais d'abord imaginé de regarder cette pièce )> ( V stdgustal) comme remplaçant l'apophyse pléry- » goïde externe , et je me confirmai dans cette opinion w en voyant que , dans le Cabiai , l'apophyse ptérygoïde » externe va joindre , par son bord ordinairement m libre, la réunion du palatin , du temporal et du maxil- » laire \ mais depuis que je me suis convaincu que cette m apophyse n'est à aucun âge , dans les Mammifères , » séparée de la grande aile temporale , je suis obligé de » reconnaître que si ce n'est pas ici un os nouveau, » c'est au moins un démembrement prononcé du sphé- » noïde , comme les os , que j'ai appelés frontal anté- » rieur et frontal postérieur , sont des démembremens » du frontal. En aucun cas, on ne peut le rapporter à » l'un des os naturellement distincts dans les fœtus des i) Mammifères. Je me suis donc vu obligé de lui donner » un nom spécial , et , à cause du rôle qu'il joue dans un » grand nombre de reptiles , j'ai cru devoir l'appeler » fos transvase (1). » C'est très -convenablement que M. Cuvier n'a pas donné de suite à ses remarques sur la tête osseuse du Cabiai ; on généraliserait fort mal effectivement , en s'aidant d'anomalies à peine reconnues et non entière- ment démêlées. Quant au démembrement supposé , ad- mettre qu'il fût possible, ce serait reproduire la détermi- nation abandonnée 5 car l'apophyse ptérygoïde externe , (1) On a vu plus haut qun l'Adgustal des Oiseaux n'a pas cette si- tuation en travers : il en est de même de celui de la Tortue, que per- sonne, sijeneme trompe, n'a encore aperçu. ( 497 ) comme partie de la grande aile, n'est, dans le langage de l'analomie humaine , qu'une pièce détachée du sphé- noïde. De plus , l'assimilation théorique n'est pas heu- reuse : il n'y a pas répétition du même fait , puisque nulle part le frontal n'est démembré. Enfin je ne conçois pas un os nouveau; car je ne puis admettre une création à l'extraordinaire pour deux parties d'un tout qui en com- prend soixante -dix - sept, quand les soixante- quinze autres sont constamment une répétition d'elles-mêmes. En effet peut-il intervenir , accidentellement et ex- ceptionnellement dans l'organisation , de ces créations soudaines , de semblables nouveautés ? J'ai traité celte question dans une grande hauteur philosophique à l'oc- casion d'un article (i) imprimé dans le XI e volume des Mémoires du Muséum d'Histoire Naturelle, et j'y ren- voie. Je n'attache, au surplus, pas plus d'importance qu'il ne convient, à un compte tout fait d'os; car je ne me règle jamais par suite d'un vouloir capricieux. Mais si une ob- servation attentive m'a fait découvrir qu'il y a, quant aux os du crâne, un nombre normal, le même pour toutes les espèces , sauf (pielques exceptions fort ra- res (2) , je porte avec opiniâtreté mon attention sur ces exceptions fort rares, et presque toujours je suis assez heureux pour les faire rentrer dans la loi commune. (1) De l'aile opercuLnre ou auriculaire des Poissons , considérée comme un principal pivot sur lequel doit rouler toute recherche de détermination des pièces composant le crâne des animaux ; suivi de Tableaux synop- tiques donnant le nombre et expliquant la composition de ces pièces, Mém. tome XI, page 4 2 °- (2) C'est ainsi que M. Cuvier, page 2 de son ouvrage pre'cité, ailopte comme siennes et qu'il exprime des opinions, que je puis avouer main- tenant sans craindre aucune critique de sa part. ( 49» ) Je ne sortirai point de mon sujet pour donner une application de ces vues ; car, ayant à revenir sur la dé- termination de l'Adgustal , je n'en dirai point la re- cherche inutile ; ce qui aurait pour effet de retirer à toujours la science d'une question où elle aurait pénétré : mais pour l'y retenir, je préférerai de le tenter par un travail ardent et persévérant. Effectivement , la science n'existe que par la décou- verte du rapport des choses. Des faits isolés et des noms pour les rappeler, en deviennent les premiers be- soins , comme ils en sont les indispensables et précieux matériaux. Je ne me suis point donné de repos que je n'aie trouvé ce que j'apprenais qu'il restait à découvrir. J'ai passé près d'une semaine entière à examiner des têtes de fœtus appartenant à plusieurs Mammifères, et principalement des crânes d'embryons humains : et aujourd'hui que je me crois récompensé de l'opiniâtreté de ces nouveaux efforts, je suis étonné de la simplicité de mon résultat, et plus encore du léger voile qui cachait les rapports cherchés. Car les faits , dont la recherche venait si vivement et si péniblement de m'occuper , étaient déjà dans la littérature médicale, où ils avaient en effet éclaté pres- qu'au même moment, en provenant de plusieurs sources. M. Serres , s'adressant à l'Académie des Sciences , en janvier 1819, et M. Réclard au public, quelques mois plus tard, dans ses intéressans Mémoires sur Yostéose, avaient donné la composition des maxillaires hu- mains. Voici un extrait de leur travail : « Vers deux mois de l'âge foetal , il y a pour former le maxillaire supérieur ( 499 ) de quatre à cinq os , cinq (i) suivant M. Séries, bavoir : i° un os pour l'apophyse palatine qui forme la paroi interne des alvéoles , autres que celles des dents inci- sives 5 2° un pour l'apophyse jugale , allant sur l'orhite -, 3° un pour l'apophyse nasale , allant sur la face ; et 4° un os incisif extrêmement petit , qui se réunit très- promptement au reste du bord alvéolaire. » Tel est cet extrait que j'ai emprunté à M. le docteur Piorri , qui a rédigé l'article O siéo génie à\\ grand Dictionnaire des Sciences Médicales, tome XXXVIII, page fôi. De ces quatre os , l'un va à Yadgustal, c'est le pre- mier \ le second correspond à Yadorbital; le troisième est notre addent.nl; et le quatrième avait déjà un nom propre chez les Mammifères , le nom à" inter-maxillaire que nous avons changé en celui (X ad nasal. Ainsi Yadna- sal est le segment du maxillaire au-dessus des incisives , Yaddental le segment au-dessus des dents moyennes , Yadorbital le segment au-dessus des grosses molaires, et Yadgustal le segment sur le palais en dedans des trois extérieurs. Pour trouver que ces quatre pièces , qui se réunissent de très-bonne heure dans l'espèce humaine , correspon- dent effectivement à quatre os également contigus chez les animaux Ovipares , et d'ailleurs offrant tout au con- traire le caractère d'une séparatiou long-temps persévé- rante , il fallait échapper à plusieurs obsessions -, à l'en- traînement de nos anciennes études, décisions et règles, (1) J'ai rappelé cette circonstance dan.s le rapport que j'ai présenté le 17 février 1819 à l'Académie îles Sciences sur les recherches d'os- téogemèj de M. Serres : ce rapport a été imprimé dans le journal com- plémentaire , tome III, page G7 : le cinquième os du maxillaire est une pièce libre, le plus souvent chez les Poissons , et qui y prend le nom de Protophysol. ( 5oo ) et surtout à la fausse idée que Ion s'était faite, en croyant à une certaine liaison obligée entre les époques de la soudure des os , et celles de la gestation comme durée. Toutes ces relations sont des cas spéciaux , mais faute d'avoir fait cette distinction , ce qu'on avait observé à cet égard cbez l'homme , on est allé le chercher , on a sup- posé qu'on le trouverait chez les animaux. Cependant les soudures des os sont des événemens plus ou moins anticipés comparativement à l'âge des for- mations fœtales, suivant le moins ou le plus d'espace abandonné aux développemens des organes. Ainsi la face est-elle plus allongée chez les animaux , même chez les plus voisins de l'homme ? Dès-lors , l'os des dents in- cisives (adnasal ) y prend un caractère plus décidé, et y conserve son isolement encore assez long-temps après la naissance. Le grand développement du cerveau a con- tribué à restreindre chez l'homme les proportions de la longueur de sa face : les composans de chaque maxil- laire, alors retenus dans des conditions rudimentaires , se sont entassés , atteints et réunis de très-bonne heure. On n'a pas songé que , puisqu'il en était autrement chez le Crocodile et chez les animaux qui s'en rapprochent par la longueur des mandibules , c'est le contraire qu'il fallait y demander, ou y chercher. Là , les os maxillaires sont-ils parvenus au plus haut degré de développement? La conséquence de ce fait , c'est le contraire de l'entas- sement , c'est le dégagement des parties composantes , c'est par conséquent une soudure très-retardée qui en est l'inévitable résultat. Ainsi la théorie, ou, pour ne pas effaroucher certains esprits que ce mot inquiète , la déduction suivie de proche en proche de tous les faits précédemment exposés , nous porte à devenir certains C Soi ) que les quatre os , concentrés dans le maxillaire humain , doivent nécessairement être étalés et séparés dans le maxillaire correspondant des Ovipares. Or , il est de règle de rencontrer chez les Mammi- fères , en avant du jugal , le maxillaire supérieur , ou plutôt, en faisant attention aux subdivisions manifestes dans le fœtus, le segment de ce maxillaire , qui se rend à l'orbite. Un grand os forme cet anneau intermédiaire chez les reptiles. Tel est notre adorbital ou l'analogue du segment maxillaire-orbilaire. Un autre anneau , ou bien (dans les Oiseaux) se colle à celui-là bord contre bord, ou bien (chez les Crocodiles, Lézards et Serpens) s'étend en partant du même os pour se rendre de l'arcade maxillaire sur l'arcade intérieure ou palatine; il garde avec l'adorbital , tantôt un parfait parallélisme , et tantôt s'en écarte par une légère déclivité ; c'est l'adgustal des Ovipares : mais c'est évidemment encore le segment maxillaire-palatin , dont la détermination est principale- ment l'objet de ce Mémoire. La plupart des anatomistes de l'Allemagne qui avaient bien reconnu le jugal , mais qui voyaient chez les Ovi- pares deux anneaux de trop entre cet osselet et celui qu'ils prenaient pour le corps maxillaire supérieur, s'é- taient tirés passablement de cette difficulté , en admettant tout autant de jugaux que de pièces qu'ils n'avaient point déterminées. Portons un dernier trait de lumière sur les conclu- sions que nous venons d'admettre. Ce qui prouverait encore le peu de fonds à faire des opinions émises sur l'Adorbital et sur l'Adgustal , ce sont les jugemens di- vers portés à leur sujet. Pour accoutumer l'esprit à ( 502 ) notre idée nouvelle, arrivons-y en outre par une sorte de transition. M. Cuvier a fait connaître les subdivisions des maxil- laires inférieurs-, et en appliquant des noms à cliaque composant, il a fait surgir des existences inconnues. On s'y est habitué : on en est venu à considérer les mâ- choires à branches courtes sous le même point de vue que celles à branches longues ; et Ton a reconnu que les mêmes parties étaient dans celles-là comme dans celles-ci , mais se trouvaient dans celles-là sans subdi- visions bien manifestes pourtant -, et cela , en raison de- là petitesse de tout l'ensemble s ce qu'il fallait attribuer à une soudure anticipée. Les choses étant de la sorte inférieurement , pourquoi manqueraient - elles d'être ainsi, supérieurement ? On sait que les maxillaires d'en haut suivent les conditions des maxillaires d'en bas, et vice versa. On n'y avait pas pensé; c'est tout ce qu on a ici légitimement à répondre. Par les explications que j'ai fournies plus haut, tout redevient symétrique : Tordre est revenu où il n'était pas. Voici bien un autre résultat curieux. On ne trouve ja- mais de grosses molaires chez les animaux Ovipares. Mais nous aurions l'explication de ce fait dans la dé- termination précédente-, c'est que les deux lames qui forment le sinus maxillaire où naissent les grosses mo- laires, ne se joignent point entièrement chez les Ovi- pares vers leurs bords en regard : l'une d'elles est en- traînée dans une sorte de déclivité par le palatin écarté de la branche maxillaire. Dans cet état de choses, point de jonction bord contre bord, point de sinus, et conséquemment point de bassin alvéolaire , où de grosses dents puissent intervenir. ( 5o3 ) Cependant , dira-t-on , on dislingue chez les reptiles deux os producteurs de dents : sans doute les deux os inter-maxillaires et maxillaires proprement dits? C'est là une pure illusion ; vous avez , en fait de dents , dans le premier os , les dents analogues aux incisives , et dans le second , celles analogues aux dents moyennes ou ca- nines. Mais nullement vous ne trouvez chez les Ovipares les troisièmes ou les grosses molaires : leur domicile ou sinus manque par l'écartement et la disjonction des murailles alvéolaires. Que de faits anatomiques , que d'idées physiologiques, quel bonheur d'explications procure la distinction des quatre maxillaires! Citons encore cet exemple. Les adnasaux , ou les os des dents incisives , avortent dans plusieurs familles de Mammifères , les Galéopi- thèques , le Vespertïlio cephalotes , les Musaraignes, les Hérissons, quelques Marsupiaux, et principalement chez tous les Plongeurs. Inattentif à cet événement, on a pris pour un tout complet le reste des pièces crâ- niennes. Cependant , si l'on eût établi sa nomenclature en comptant les dents d'arrière en avant, on eût dis- cerné le vrai dès l'origine , car on eût appelé les deux sortes de dents des Rongeurs , molaires et canines. Mais avec la marche inverse , ces dernières , qui ne sont réel- lement que les dents de la seconde sorte, quand on les compare aux dents des Carnassiers , ont paru de pre- mières dents ou les incisives, les mâchoires n'en ayant pas d'autres en avant. Les adnasaux, quand ils existent, tiennent à distance les addentaux, ou les os des dents moyennes : qu'ils dis- paraissent, ceux-ci sont ramenés l'un sur l'autre, le museau est effilé , leurs dents ( canines ) sont voisines , ( 5o4 ) et trouvent à se développer avec plus d'étendue. Ainsi , dans les monstruosités Rhinencéphales , toutes les par- ties oculaires , quand avorte l'appareil nasal intermé- diaire , tombent les unes sur les autres , et constituent l'être sous la ligure d'un Cyclope. Tout ceci sera amplement exposé dans la seconde partie de mon Système dentaire : je l'ai déjà indiqué dans la première, page 77. — 18245 chez Crévot li- braire. Extrait dune lettre de M. le colonel 13ory de Sàiwt- Viucent., sur la Coquette , nouvel appareil propre à la dessication des Végétaux. ....L'usage m'ayant suggéré l'idée d'amélioration pour l'appareil dessicateur dont vous avez publié la descrip- tion dans vos Annales (septembre 1824)* et quelques botanistes ayant trouvé insuffisant ce que j'en avais dit , je vous envoie une figure et une explication dé- taillée qui suffiront sans doute pour qu'on puisse en construire de semblables. A. Planchette fondamentale ; vue par-dessous dans la figure 1 , pi. 32 , de profil dans sa longueur , fig. 2 , de profil dans sa largeur, fig. 3; je la choisis en hêtre 5 elle est percée d'une multitude de trous , dont le nombre peut être arbitrairement déterminé , mais qui produira d'autant plus d'elle t sur la dessication des plantes qu'il sera plus considérable , sans néanmoins trop diminuer la solidité de la planchette , que j'ai soin de laisser un peu plus épaisse et légèrement bombée vers le milieu du cote intérieur de l'appareil. ( 5o5 ) B. Quatre lanières de très-fort ruban de fil fixées axi- dessous de la planchette par de petits clous , et servant à retenir quatre petites boucles d. On les voit à plat dans la fig. i ; la partie libre est en face dans la fig 2 ; de profil , fig. 3. c. Petits clous bien engagés dans l'épaisseur de la planchette , au nombre de sept aux deux extrémités , et à l'un desquels , de chaque côté , on attache à demeure de bonnes ficelles h ; C. est- celui de ces petits clous où la ficelle est définitivement fixée. E. Deux tringles de fer d'une ligue à peu près d'é- paisseur , dont une seule paraît de profil dans la fig. 1 5 et les deux , par lune de leurs extrémités arrondie en bouton , se distinguent dans la fig. 3. On coût fortement ces deux tringles parallèlement l'une à l'autre aux deux côtés d'une pièce de canevas F , de la même grandeur à peu près que la planchette , et qui se voit en place , de profil par sa longueur à la figure 25 et de même , mais par sa largeur , dans la fig. 3. On coût encore sur ce canevas et sur chaque tringle deux morceaux G. de ce même ruban de fil qui fixe les boucles B. dessous la planchette et correspondans à ces mêmes boucles , de manière à les y pouvoir passer quand on veut se servir de l'appareil. On doit choisir le canevas le plus fort , mais en même temps le plus clair. Au besoin on le pour- rait mettre en double. Il faut pratiquer aux deux extré- mités de cette partie de la Coquette ) six œillets J. , fig. 3 , qu'on fortifie par de petits anneaux en fer , et par lesquels on fait passer la ficelle h , fixée au petit clou c'C. Les choses étant ainsi préparées , on doit d'abord , pour dessécher une dixaine de plantes, placer les échantillons choisis , entre dix à douze feuilles de papier qui les se- ( 5o6 ) parent , comme on le ferait selon la méthode ordinaire de conservation. Ainsi disposées I. , on place ces plantes sur la planchette A. du côté homhé où ne sont point fixées les boucles B. ; le canevas F. , tendu par les deux tringles E., remplace la partie supérieure des presses ordinaires , et se trouve fortement tendu latéralement au moyen des rubans de fil G. qu'on voit en face dans la fig. 2 , et de profil dans la fig. 3 ,• on lace encore les extrémités au moyen de la ficelle h , alternativement passée par les oeillets j. et les petits clous c. Cette ficelle s'arrête au moyen d'un nœud coulant, au dernier des petits clous C du côté opposé à celui où son autre extrémité est fixée à demeure. On sent que de la sorte on peut obtenir une pres- sion considérable et suffisamment égale. Soit qu'on ex- pose au soleil , sur un poêle , dans un four au devant d'une cheminée , la Coquette convenablement garnie , et telle qu'elle vient d'être décrite, la dessicalion sera très-prompte , parce que la chaleur pénétrera de tous côtés, et que l'évaporation aura lieu en tout sens. Je saisis cette occasion pour répéter ce que j'ai dit précédemment en faisant connaître l'appareil auquel le temps n'apportera probablement plus de changemens notables ; je n'ai point cherché , en l'employant ou bien en le perfectionnant, à faire des choses impossibles, telles que de conserver , aussi bien que des Graminées par exemple , des Cactes ou des Bolets très - charnus ; mais à obtenir un moyen plus commode, plus simple et plus rapide pour la dessicalion des végétaux ordi- naires. ( 5o 7 ) Descriptions de quelques nouveaux genres de Plantes recueillies dans le voyage autour du monde , sous les ordres du capitaine Freycinet ; Par M. Gaudichaud , Membre de la société' d'Histoire Naturelle de Paris. Pinonia. (Sociét. d'Hist. Natur. Paris, 1824.) Sori dorsales submarginalcs : indusium capsulœforme , bivalve ; valvula exteriore fornicata , affixa , interiore li- béra operculœformi. Pinonia splendens. P. caudice arboreo aureo-lanuginoso : fondibus tri- pinnatifidis vel tripinnatis ; pinnis lineari-lanceolatis sub- acuminatis basi sub-auriculatis ; laciniis oblongis obtusis apice crenulato-dentatis ; rliacbi venisque birtis ; stipite inferne lanato. Habitat in insulis sandwicensîbus. Cette belle fougère est remarquable par une sorte de laine très-épaisse, de couleur d'or (formée d'écaillés capillaires , articulées ) , qui recouvre presque entière- ment sa tige et ses pétioles ( stipes. ) D'après M. R. Brown, que j'ai consulté sur cette plante , il est possible qu'elle ait déjà été publiée par M. Smitb, sous le nom générique de Dicksonia. Je n'ai pu vérifier ce fait. Schizoloma. (Sociét. d'Hist. Naf. Paris, 1824.) Sori lineares continu! , marginales : indusium duplex, exterius dehiscens. 1. Schiz oloma cordafum. S. fronclibus sterilibus ovato-oblongis , cordatis, obtusis 5 ( 5o8 ) fertilibus bastatis , semi-bastalis vel cordatis ; stipitc tc- reti canaliculato basi hirto. Habitat in insulis moluccis. ( Rawak. ) 2. Schiz. Billardieri. S. frondibus pinnatis, pinnis lineari-lanceolatis ob- tusis, serralis, basi cuneatis, interdum auriculatis, petio- latis ; terminali, elongala, triloba vel pinnatifida : stipite tetragono nilido : caudice repente paleaceo. Lindsrea laneeolata. Labill. Nouv. Holl., t. 248. R. Brown. prod., p. i56. TVilld. Sp. plant., 5, p. 4 2I « Habitat in insulis marianis. ( Guam , Golta , Tinian. ) 3. Schiz. Guerinianum. S. frondibus lanceolatis, pinnatis; pinnis oblongis, ob- tusis, basi semihastatis : stipite triangulari, angulis mar- ginatis ; caudice repente paleaceo. Habitat in insulis moluccis. ( Rawak. ) Adenophorus. ( Sociét. d'Hist. Natur. Paris, 1824. ) Sorisubrotundi, solilarii, subterminales, apici vense in receptaculum dilatato insidentes : capsulée glandulis sti- pitatis intermixtée} indusium nullum. Frondes utrintpie glandulos?e. 1. Adenophorus tripinnatifida. A. frondibus bipinnatis , oblongis 5 laciniis bi vel tri- pinnatifidis ; rhachi stipiteque màrginatis; caudice re- pente , paleaceo ; paleis denliculatis. Habitat in insulis sandwicensibus. 2. Adenophorus hipinnala. A. frondibus bipinnatis lanceolatis; laciniis integris ( 5o 9 ) oblongo-linearibus : stipite tereti, marginato; caudice repente paleaceo. 3. Adenopliorus minuta. A. frondibus parvis piunatis; pinnis abbreviatis, pin- natifidis, lobis tribus vel quînque , ovato-oblongis : sti- pite filiformi flexuoso; radiée fasciculato-fibrosa. Fre YCINETIA. Diœcia Monandria? Linn. Familia. Pandaneœ R. Brown. prod., p. 34o. Flores dioeci 5 masculi Feminei : Ovaria creberrima, spadicem undique et arctissime obtegentia, libéra, nuda (perianthio destituta), ad basim staminibus 1-8 miuutis effetis cincta, sœpius quinquangulata , unilocularia. Stamina effeta : antheraï cordatœ , biloculares , secundum longitudinem déhis- centes. Sligma sessile , adnatum , disciforme, e lineolis 2-7 sub annularibus (non nisi versus centrurn stigmatis interruptis), prominenlibus comeis , placentarura pa- ribus respondentibus, eûbrmatum , coronam dentis mol- laris quoJanr modo referens. Fructus baccati , molles (teste Brown.), interdum per paria connati, uniloculares. Placenta; pariétales 4 _I 4> per paria approxiraatse , angustissime linearts , pericarpio secundum longitudinem adnatcs. Semina creberrima , minuta, fusiformia, striata, subarcuata, ad unum (exte- rius) lattis strophiola longitudinali notata, rubro-colorata, podospermio ( funicnlo umbilicali ) brevi slipilata, in pulpa mucosa sub liquida natantia. Perispermium car- nosum ? liyalinum. Embryo minutissimus, in parte su- periore perispermii locatus , obovato-subturbinatus. Tome III. 34 ( 5to ) Caudcx snblignosus, scaudens et radicans, interdum arborcus. Folia imbricata, angusta, inferne vaginantia et amplexicaulia , margine dorsoque spinulosa-, floralia bracteiformia , colorata. Spadices ( feminci ) terminales, oblongo-cylindracci vel ovati. i. Frejcinetia arborea. F. caudice arboreo ; foliis elongatis linearibus , su- perne angustato-subulatis , coriaceis ; spadicibus femi- neis, cylindraceis ; stigmate 6-7 lobo. Crescit in insulis Sandwicensibus. 1. Frejcinetia radicans. F. caudice radicante ; foliis elongatis , linearibus , carnoso-membranaceis ; spadicibus femineis oblongo-cy- lindraceis-, stigmate bilobo. Crescit in in'sulâ Rawak Moluccensium. 3. Frejcinetia scandens. F. caudice scanden te 5 foliis lineari-lauceolatis , mem- branaceis ; spadicibus femineis ovatis ; stigmate trilobo. Crescit in insula Timor. TABLE DES PLANCHES RELATIVES AUX MÉMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME. PI. I. Coupe et vue du Banc de Grignon. PI. II. Myrmécie ( Myrmecidm) nouveau genre d'Aranéides. PI. III. Coupe du Val Canaria. PI. IV. Cœur et sang du Poulet à diverses heures de l'Incu- bation. PI. V. Ovules de Chien et corps jaunes du même animal. PI. VI. Détails des ovules de Chien plus avancés. PI. VII. Ovules de Lapin et corps jaunes du même animal. PI. VIII. Figures relatives aa Mémoire de M. Mitscherlich, sur la méthode de calculer les angles des cristaux. PI. IX. Tableau comprenant l'exposition générale et l'expres- sion détaillée des élémens du crâne, dans les Animaux ver- tébrés. PI. X. Appareil digestif de I'Omophron ltmeatcm ( fig. 1 ) , de la ClCENDELA CAMPESTRIS (fig. 2 ) , du DyTISCCS ROE- selii ( fig. 3 ) , du Gtrinds natator ( Gg. 4 ) » du Sta- PHYLINUS ERYTHROPTERDS (fig- 5) , du StAPHYLINUS PUNC- TATISSIMUS ( fig. 8 ) , du P^EDERUS RIPAR1US ( fig. 9 ). Pl. XI. Appareil digestif du Buprestis NOVEMMACCLATA(fig. î), du Bupr. viridis ( fig. 2 ) , de I'Elater murinus ( fig. 3 ) , de I'Elater gilvellus (fig. 4)> du Lycus rufipennis f fig. 5), du Lampyris splendidula et de sa larve ( fig. 6 ct 7 ). Pl. XII. Figures et détails analytiques du Francoa sonciii- folia. Pl. XIII. Appareil digestif du Telephorus lividus (fig- * ), du Malachius jenecs ( lig. 2), du Clercs alvearius mâle ( fig. 3 ) , du Hister sinuatus ( fig. 4 ) j du Silpha obscura ( fig. 5 ) , du Silpha littoralis ( fig. G' ). Pl. XIV. Appareil digestif du Tiiymalcs (fig. 1 et 2), du Co- pris ldnaris ( fig. 3 ), du Melolontha yulgaris (fig. 4)- Pl. XV. Appareil digestif de la Cetonia adrata (fig. 1 ), du LlJCANUS CERVUS (fig. 2 Ct 3) , du LcCANUS PARA LLEL1PIPEDUS ( fi g-4> ( 5i 2 ) PI. XVI. Composition de la tête osseuse du Crocodile. PI. XVII. Anatomie de la CaltptrjEa sinensis. PI. XVIII. Microscope achromatique de M. Selligue. PI. XIX. Nepenthes gtmnamphora, individu femelle. PI. XX. Feuilles radicales du Nepenthes gtmnamphora, et détails de la fleur dans le Nepenthes maxima. PI. XXI. Appareil pour l'Injection des vaisseaux lympha- tiques. — Vaisseaux lymphatiques des extrémités anté- rieures, des reins, des intestins et canaux thoraciques de rOiE. PI. XXII. Vaisseaux lymphatiques de la partie postérieure des extrémités inférieures du même animal. PI. XXIIL Lymphatiques de la face interne de l'extrémité inférieure droite du même animal. PI. XXIV. Disposition des vaisseaux lactés. PI. XXV. Vaisseaux lymphatiques du tronc. PI. XXVI. Apodanthes casearijE et ses détails anatomiques. — Graphiola phoenicis à diverses époques de développe- ment. PI. XXVII. Diverses espèces du genre Eucnemis. — Phtso- DACTYLE. PI. XXVIII. Coupe théorique de quelques terrains de la Bourgogne. PI. XXIX. Organes digestifs de la Pimelia biponctata (fig. 1 et a ) , de I'Asida grisea (fig. 3 ) , du Blaps gigas ( fig. 4 ) , du Tenebrio obscurus ( fig. 5 ). PI. XXX. Organes digestifs de I'Eledona reticulata (fig. i ), de l'HTPOrHLOEUS castaneus ( fig. 2 ) , du Diaperis violacea (fig. 4 et 5) , de la Cistela badiipennis ( fig. G) , de l"OE-r DEMERA COERULEA ( fig. 7 ) , de l'OEnEM. RUFICOLLIS ( fig. 8). PI. XXXI. Organes digestifs de la Mordella fasciata (fig. 1), du Mycterus curculioides ( fig. 2 et 3 ) , du Meloe jia- jalis ( fig. 4 > 5 et 6 ) , du Mïlarris melanura (fig. 7 ) , du ZONITIS PRiEUSTA (fig. 8) , du SlTARIS HTJMERAUS (fig. 9). PI. XXXII. Nouvelle machine propre à la dessieation des plantes, décrite sous le nom de Coquette par M. Bory de Saint-Vincent. l'iv nr. LA "table nr.s ï'lynches. TABLE METHODIQUE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME. AWATOM1E ET PHYSIOLOGIE ANIMALE. I •»«• Développement du cœur et formation du sang; par MM. Prévost et Dumas. 96 Troisième Mémoire. De la génération dans les Mammi- fères, et des premiers indices du développement de l'embryon ; par MM. Prévost et Dumas. 1 i3 Composition de la tète osseuse de l'Homme et des Ani- maux ; par M. Geoffroy Saint-Hilaire. 473 et 245 Sur l'Adgustal, l'un des os de la voûte palatine; par M. Geoffroy Saint-Hilaire. 4o° Remarques additionnelles sur la détermination du sys- tème solide et du système nerveux des Animaux ar- ticulés. 199 et 453 Le nerf olfactif est-il l'organe de l'odorat? Expérience sur cette question ; par M. Magendic. ao3 De l'influence de la cinquième paire de nerfs sur la Nutrition et les fonctions de Yœ'A;par M. Magendie. 209 Explication du Système Nerveux des animaux inver- tébrés ; par M. Serres. 377 Reckercbes anatomiques sur les Carabiques et sur plu- sieurs autres insectes Coléoptères; par M. Léon-Du- four. (Suite. ) 2i5 et 47J Mémoire sur les vaisseaux lympbatiques des Oiseaux; et sur la manière de les préparer; par M. E.-A. Lauth. 38 1 Bapporl fait à l'Académie royale des Sciences, sur lu mémoire de M. Laulh , par MM. Cuvier et Duménl. 4°8 ( 5i4 ) ZOOLOGIE. Sur les Vespertilions du Brésil; Par M. Isidore Geof- froy Saint- Hilaire. 44° Remarques sur quelques Poissons de mer, et sur leur distribution géographique; par MM. Quoy et Gaimard. 4 1 * Esquisse d'une distribution générale des Mollusques, d'après un ouvrage inédit, intitulé : Familles Natu- relles du règne animal , exposées succinctement et dans un ordre analytique, avec V indication de leurs genres ; par M. Latreillc. Z\"] Réponse à quelques observations eriliques de M. de Férussac , sur la famille des Néritacées de M. de La- marck, et sur le genre Navicelle; par 31. G. P. Dcshayes. 8 1 Note de M. de Férussac adressée à MM. les Rédacteurs des Annales, au sujet de la réponse de M. Deshayes. 370 Mémoire sur la Calyptréej par M. G. P. Deshayes. 335 INote sur un nouveau genre d'Aranéides, par M. La- treille, de l'Acad. roy. des Sciences. 23 Rapport fait par M. Latreille sur un ouvrage de M. Dalman , ayant pour titre : Analecta entomo- logie a. 374 Monograpbie du genre Eucnémide, par le baron de Manncrhcim ; précédée d'observations par M. La- treillc. 426 Extrait d'une lettre adressée à M. Henning sur le Phy- sodactyle, nouveau genre de Coléoptère voisin des Taupins ; par M. G. Fischer de JValdhcim. 448 Extrait d'une lettre de Van Hasselt, datée de Builtcn- zorg (île de Java), sur les Biphores. 78 ( 5i5 ) BOTANIQUE. payes. Description du Graphiolu , nouveau genre de plantes parasites de la famille des Champignons; par M. A. Poileau. 47 2 Note sur un nouveau genre d'Orchidées du Mexique, extraite d'une lettre adressée à M. De Candolle; par M. J.-J. Laxarsa. £5i Nouvelles observations sur le genre Nepenthes, extrait d'une lettre adressée aux Rédacteurs; par M. Necs d'Esenbcck. 365 Description de l'Apodanthes, nouveau genre de plantes Phanérogames parasites; par M. A. Poiteau. 421 Observations sur la famille àesCohceacèes; par M. Da- vid Don. ioS Rapport sur un Mémoire de M. Auguste Saint-Hilaire, ayant pour titre Monographie des genres Sauvagesia et Lavradia; par M. Desfontaines. ^6 Histoire de l'Arenaria tetraquetra, h.; par M.J. Gay. 27 Note sur le genre Francoa; par M. Ad. de Jussieu. 102 Note sur le genre Capsella ; par M. Sendel. lia Descriptions du Pinonia , du Schizoloma, de l'Adeno- phorus et du Freycinetia , nouveaux genres de Plantes recuillies par M. Gaudichaud. 507 Sur un nouvel appareil propre à dessécher les végétaux pour l'herbier; par M. Bory de Saint-Vincent. 16 Extrait d'une Lettre de M. Bory de Saint-Vincent , sur un nouvel appareil propre à la dessication des Végétaux. 5o4 MINÉRALOGIE ET GÉOLOGIE. Sur la Méthode de calculer les angles des Cristaux et le rapport de position de leurs faces; par M. E. Mits- cherlich. i4q ( 5i6 ) pages. Analyse comparative du Bitume élastique du Der- byshire, et de celui des mines de Houille de Mon- trelais ; par M. Henry fils. 434 Observations sur le banc de Grignon , sur le Calcaire renfermant des restes de végétaux, et sur les couches supérieures de cette localité ; par M. J.-J. N. Huot. 5 Note Géologique sur le prétendu Fossile Humain trouvé près de Moret, département de Seine-et-Marne ;par M. J.-J. N. Huot. i3S Mémoire Géologique sur le sud-est de la France, suivi de quelques observations comparatives sur le nord du même royaume, et surtout sur les bords du Rhin ; par M. Ami Boue. (Suite.) 55 et 299 Rapport fait par M. Al. Brongniart , sur un Mémoire de M. Bonnard , intitulé : Notice géologique sur quel- ques parties de la Bourgogne. 456 Note sur une Ichthyolithe des roebers des Vaches- Noires ; par M. Constant Prévost. 243 Note sur le gissement du Gypse dans les Alpes; par M. Victor Jacquemont. °7 Observations sur la Géologie de la côte orientale du Groenland -, par M. Jameson. *7° VARIÉTÉS. Rapport sur le microscope achromatique de M. Selh- gue ; par M. Fresnel. 3 45 Observations des Rédacteurs sur l'emploi des Micros- 354 copes. ^ Table des Planches relatives aux Mémoires contenus dans ce volumes 1 1 Errata du tome troisième. Page 378 (note de M. Serres). Considérations physiologiques, - lisez : Considérations psycologiques.